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Définition et synonyme de : PARTI POLITIQUE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis PARTI POLITIQUE « Groupe à part » de personnes unies contre d'autres en raison de leurs opinions communes (Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1998), la notion de parti politique (pars, en latin) associe l'idée de rassemblement dans un même choix (un même « parti ») et celle de séparation, d'opposition (partire, « partager »). Étymologie et histoire convergent pour souligner la charge conflictuelle du phénomène (Daniel- Louis Seiler, Les Partis politiques, 2000). Au cœur de traditions d'analyses diversifiées Les partis ont suscité de solides traditions de recherche, les unes se réclamant de la sociologie des organisations et privilégiant un éclairage par les logiques propres au champ politique ; les autres, d'inspiration plus « sociétale », s'efforçant de les étudier dans leur environnement social et culturel ambiant (Seymour Martin Lipset et Stein Rokkan, Party Systems and Voters Alignments, 1967). Le parti est ainsi devenu objet de définitions : les unes, restrictives, le pensent sur le mode « d'organisation locale bien établie et apparemment durable, entretenant des rapports réguliers et variés avec l'échelon national [animée par] la volonté délibérée des dirigeants nationaux et locaux [...
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PARTI POLITIQUE

« Groupe à part » de personnes unies contre d'autres en raison de leurs opinions communes (Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1998), la notion de parti politique (pars, en latin) associe l'idée de rassemblement dans un même choix (un même « parti ») et celle de séparation, d'opposition (partire, « partager »). Étymologie et histoire convergent pour souligner la charge conflictuelle du phénomène (Daniel-Louis Seiler, Les Partis politiques, 2000).

Au cœur de traditions d'analyses diversifiées

Les partis ont suscité de solides traditions de recherche, les unes se réclamant de la sociologie des organisations et privilégiant un éclairage par les logiques propres au champ politique ; les autres, d'inspiration plus « sociétale », s'efforçant de les étudier dans leur environnement social et culturel ambiant (Seymour Martin Lipset et Stein Rokkan, Party Systems and Voters Alignments, 1967). Le parti est ainsi devenu objet de définitions : les unes, restrictives, le pensent sur le mode « d'organisation locale bien établie et apparemment durable, entretenant des rapports réguliers et variés avec l'échelon national [animée par] la volonté délibérée des dirigeants nationaux et locaux [...] de prendre et exercer le pouvoir [et par] le souci enfin de rechercher un soutien populaire à travers les élections ou de toute autre manière » (La Palombara, Weiner) ; les autres, extensives, assimilent les partis à « des sociations reposant sur un engagement (formellement) libre ayant pour but de procurer à leurs chefs le pouvoir au sein d'un groupement et à leurs militants actifs des chances – idéales ou matérielles – de poursuivre des buts objectifs, d'obtenir des avantages personnels ou de réaliser les deux ensemble » (Max Weber).

Par-delà cet exercice de définition récurrent, l'identité des partis est couramment approchée à l'aide d'un inventaire des grandes fonctions remplies par ces organisations, que l'on se situe dans un système de parti unique ou multipartisan : recrutement et sélection des élites, mise en forme de programmes concourant à la structuration de l'opinion, coordination et contrôle des processus de décision, intégration sélective de revendications portées par différents groupes sociaux et converties sous forme d'offre politique, et enfin incorporation d'individus et de groupes au système politique par la socialisation et les mobilisations politiques.

Pour mieux rendre compte de leur diversité, de nombreux concepts et classifications ont été forgés. Partis de cadres ou de masses (Maurice Duverger, Les Partis politiques, 1951), parti attrape-tout (Otto Kircheimer), parti cartel (Richard S. Katz et Peter Mair, « Changing models of party organization and party democracy. The emergence of the cartel party », in Party politics, 1995) sont ainsi devenus des emblèmes de l'analyse politique. D'autres travaux se sont employés à redessiner leur ancrage socio-historique (Bernard Pudal, Prendre parti, pour une sociologie historique du PCF, 1989) en inscrivant au cœur de leur démarche une problématique attentive aux usages sociaux de la relation partisane, afin de mieux comprendre combien les partis peuvent être des enjeux d'investissements différenciés ; comment aussi, sous un même label partisan, se jouent des modalités d'implantation et d'organisation très variables, de même que la fabrication d'identités politiques plurielles (Frédéric Sawicki, Les Réseaux du Parti socialiste, 1997).

Une origine récente

Les partis tels que nous les connaissons incarnent une forme historiquement située d'entreprise revendiquant, avec un succès inégal, un rôle moteur en politique. Le phénomène a rapidement suscité des travaux menés par des pionniers soucieux de l'analyser scientifiquement (Moisei Ostrogorski, La Démocratie et les partis politiques, 1902 ; Roberto Michels, Les Partis politiques, 1911). En France, si leur histoire fait écho à l'émergence de structures spécifiques entre la Révolution française et la fin du xixe siècle, elle n'en porte pas moins une marque de fabrique comparable à celle d'autres nations occidentales (États-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne...). Les partis sont nés en relation avec la consolidation d'un espace politique spécialisé, qui s'est jouée via une parlementarisation des luttes politiques et une politique électorale commandée par l'élargissement du suffrage. En France, des regroupements parlementaires embryonnaires commencent, au début de la IIIe République, à cohabiter au côté d'autres organisations, électorales, créées de manière ponctuelle et locale par des candidats, avant que ces dernières ne se muent progressivement en des structures plus durables et nationales, et de surcroît mieux coordonnées avec les formations présentes dans l'arène parlementaire.

Hors Hexagone, les premiers partis ne sont certes pas tous nés à cette époque. Certains ont précédé l'extension du droit de vote (Norvège, Suède) et, en Afrique, leur émergence n'a guère fait écho à quelque dispositif de représentation politique que ce soit. L'observation plus récente de l'import-export de ces structures hors Occident atteste l'instrumentation de l'entreprise partisane par des prétendants affrontés à l'autorité d'élites plus anciennes, fortes de positions sociales acquises dans la durée ou construites sur une base plus traditionnelle : ils s'emploient à les combattre en se servant de partis politiques pour légitimer leur action et la parer de toute une symbolique modernisatrice.

Des partis en recomposition ?

Depuis une quinzaine d'années, les partis sont confrontés à de profondes mutations : disparition des identifications à de larges groupes de référence, autonomisation accrue des élites politiques aux transformations de la « société civile », déperdition de militants, poids du développement de sources publiques de financement, qui suscitent d'âpres discussions et alimentent de nouvelles réflexions concernant aussi bien leur déclin, que leur américanisation (Jonathan Hopkin « Towards a checkbook democracy ? Business, parties and the funding of politics in Italy and the United States », http ://www.york.ac.uk/depts/poli/conferences/papers/Hpkin.htm), ou leur transformation en appareils modernes de campagne (Russell J. Dalton, Martin P. Wattenberg, Parties without partisans. Political change in advanced industrial democracies, 2000).

Auteur: ERIC PHELIPPEAU