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Définition et synonyme de : SÉCURITÉ COLLECTIVE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis SÉCURITÉ COLLECTIVE La sécurité collective correspond, en relations internationales, à un objectif précis : il s'agit d'empêcher ou, en cas d'échec de la dissuasion, de stopper et de sanctionner l'usage agressif de la force armée. Cet objectif suppose la réunion de plusieurs éléments : un consensus large pour sanctionner ou contenir le « déviant » ; le rassemblement, pour ce faire, de forces militaires crédibles ; la croyance partagée en l'existence d'une véritable communauté internationale décidée à agir fermement et collectivement contre un agresseur clairement identifié ; un système de concertation consensuel. Cette logique du « tous contre l'État hors la loi » implique encore que la paix soit considérée comme une sorte de bien commun dont le maintien ou le rétablissement profite à tous, et non comme l'élément d'un jeu à somme nulle, profitant aux uns au détriment des autres. Elle s'oppose en cela à la logique des alliances, qui compte davantage sur l'équilibre des puissances et sur le rapport de force que sur l'idéal d'une paix et d'une sécurité indivisibles. La S.D.N., échec d'une utopie ?
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SÉCURITÉ COLLECTIVE

La sécurité collective correspond, en relations internationales, à un objectif précis : il s'agit d'empêcher ou, en cas d'échec de la dissuasion, de stopper et de sanctionner l'usage agressif de la force armée. Cet objectif suppose la réunion de plusieurs éléments : un consensus large pour sanctionner ou contenir le « déviant » ; le rassemblement, pour ce faire, de forces militaires crédibles ; la croyance partagée en l'existence d'une véritable communauté internationale décidée à agir fermement et collectivement contre un agresseur clairement identifié ; un système de concertation consensuel. Cette logique du « tous contre l'État hors la loi » implique encore que la paix soit considérée comme une sorte de bien commun dont le maintien ou le rétablissement profite à tous, et non comme l'élément d'un jeu à somme nulle, profitant aux uns au détriment des autres. Elle s'oppose en cela à la logique des alliances, qui compte davantage sur l'équilibre des puissances et sur le rapport de force que sur l'idéal d'une paix et d'une sécurité indivisibles.

La S.D.N., échec d'une utopie ?

Au cours du xxe siècle, l'opposition entre, d'une part, une vision réaliste, parfois qualifiée de « cynique », des relations internationales, fondée sur la sécurité par la puissance, et, d'autre part, les tenants de la sécurité collective, assimilés à des « idéalistes » ou à des libéraux, a marqué aussi bien le débat entre intellectuels qu'entre responsables politiques. Il a notamment été reproché à la conception dite de la sécurité collective son caractère inefficace et utopique.

L'échec de la Société des Nations et des idéaux du président américain Thomas Woodrow Wilson qui en fut le promoteur, au lendemain de la Première Guerre mondiale, a semblé confirmer tous les reproches que les partisans d'une approche réaliste peuvent adresser à l'idée de sécurité collective : impossibilité de rassembler une « communauté internationale » dans une volonté politique commune, impossibilité de doter cette communauté internationale d'un outil militaire crédible, et, partant, naïveté dangereuse qu'il y a à poursuivre de telles chimères au moment où des dictatures s'arment et multiplient les conquêtes en s'appuyant sur la force. Les succès allemands, italiens et japonais de l'entre-deux-guerres le démontraient : le seul moyen, pour les démocraties, de préserver leur paix et leur sécurité était la fermeté plutôt que le rêve d'une sécurité collective mettant la guerre « hors la loi », comme le pacte Briand-Kellog de 1928 prétendit le faire, alors même que le système de sécurité collective ainsi ébauché ne comptait en ses rangs ni les États-Unis, ni l'U.R.S.S., ni aucune des puissances menaçantes. Dans l'esprit de nombreux observateurs, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, vingt ans après la fin de la Première, sonna comme la condamnation définitive de l'utopie d'une sécurité collective.

Les enjeux contemporains

La paix armée qui, pendant près d'un demi-siècle, a marqué la configuration bipolaire de la guerre froide, a même semblé confirmer qu'un système fondé sur l'équilibre des puissances était un facteur de sécurité. Mais la disparition de ce monde bipolaire au tournant des année 1990 et la domination croissante exercée par une puissance américaine désormais sans rivale ont relancé le débat sur les moyens de garantir la paix, la sécurité et la stabilité internationales. L'équilibre des puissances étant désormais impossible, deux orientations majeures demeurent : le retour à l'idée de sécurité collective d'une part, ou le passage à une pax americana d'autre part. La guerre du Golfe de 1990-1991 avait amorcé, croyait-on, la consécration de la première orientation : la formation d'une vaste coalition militaire menée par les États-Unis parvenant à repousser l'invasion irakienne du Koweït, le retour au premier plan de l'O.N.U., et l'invocation constante du droit international, allaient dans ce sens. Mais l'intervention de l'O.T.A.N. au Kosovo en mars 1999, puis surtout la crise irakienne de 2002-2003, allaient inverser la tendance. Le caractère controversé d'interventions militaires promues essentiellement par une puissance américaine qui consulte de moins en moins ses alliés et se défie des Nations unies, préfigure un système international fondé sur la stabilité hégémonique, c'est-à-dire sur la capacité d'une seule puissance à assumer la responsabilité du maintien de l'ordre sans mécanisme de consultation préalable ni même sans cadre juridique contraignant.

Au début du xxie siècle, les choix stratégiques de l'administration américaine ont ouvertement remis en cause l'idée même de sécurité collective : d'abord par une posture unilatéraliste assumée (possibilité de guerre préventive sur seule décision des États-Unis) ensuite par la remise en question du rôle des Nations unies, enfin par la conviction affichée selon laquelle il revient à Washington d'assurer seul la régulation des affaires internationales. Néanmoins, à l'opposé de cette position américaine, une forte demande de multilatéralisme et de sécurité collective s'est fait jour, à la fois en Europe et dans d'autres régions du monde. Le débat clé pour la communauté internationale porte précisément sur la question suivante : les grands défis à venir (terrorisme, prolifération des armes de destruction massive, inégalités, protection de l'environnement, droits de l'homme...), qui impliquent une vision large de la notion de sécurité, vont-ils imposer un retour de l'idée de sécurité collective – quitte à l'adapter par rapport à la définition qui pouvait en être faite au début du xxe siècle –, ou au contraire rendre cette idée obsolète ?

Auteur: FREDERIC CHARILLON