Etude des formations alluviales et lacustres de la région d'Ilave (Département de Puno,Pérou) - article ; n°2 ; vol.3, pg 152-162

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Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Année 1966 - Volume 3 - Numéro 2 - Pages 152-162
On the S margin of Titicaca Lake, the Ilave region presents terrace systems which have been built during high stages of the lake level contemporaneous of cold periods with glacial advance. The oldest forms are glacis, probably of Villafranchian age, which are not quite clear. In the following period, R. Huenque Valley has been fossilized under volcanic conglomerates, reworked by water, and subsequantly re-excavated. These conglomerates have suffered important tectonic deformation, with faults and folds, which have hempered drainage. In the synclines, lakes have been darned by the folds during the time which has been necessary to the river before cutting gorges through the anticlines. Under climatic influence, deltas have been built in the lakes forming t' alluvial unit. Later on, two other alluvial units, t et t' have been laid down during lacustrine transgressions. They are only locally and slightly affected by tectonics.
Résumé. — La région d'Ilave, au S du Titicaca, montre un système de terrasses mises en place pendant des périodes froides durant lesquelles le lac a connu de hauts niveaux. Des glacis douteux semblent appartenir au Villafranchien. Ensuite, la vallée du R. Huenque a été fossilisée sous des conglomérats hydrovolcaniques puis réentaillée. Ces conglomérats ont été déformés, ondulés et taillés. La vallée a été tronçonnée par ces mouvements. Des lacs se sont formés dans les synclinaux tandis que des gorges tranchaient les anticlinaux. Des deltas se sont édifiés, sous l'influence d'une oscillation froide et pluviale, dans les lacs et forment la nappe t'. Postérieurement , deux nappes alluviales climatiques, t et t' se sont édifiées pendant des périodes de transgression lacustre. Elles ne sont déformées que localement et faiblement.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1966
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Olivier Dollfus
P Taltasse
Jean Tricart
Etude des formations alluviales et lacustres de la région d'Ilave
(Département de Puno,Pérou)
In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 3 - Numéro 2 - 1966. pp. 152-162.
Abstract
On the S margin of Titicaca Lake, the Ilave region presents terrace systems which have been built during high stages of the lake
level contemporaneous of cold periods with glacial advance. The oldest forms are glacis, probably of Villafranchian age, which
are not quite clear. In the following period, R. Huenque Valley has been fossilized under volcanic conglomerates, reworked by
water, and subsequantly re-excavated. These conglomerates have suffered important tectonic deformation, with faults and folds,
which have hempered drainage. In the synclines, lakes have been darned by the folds during the time which has been necessary
to the river before cutting gorges through the anticlines. Under climatic influence, deltas have been built in the lakes forming t'"
alluvial unit. Later on, two other alluvial units, t" et t' have been laid down during lacustrine transgressions. They are only locally
and slightly affected by tectonics.
Résumé
Résumé. — La région d'Ilave, au S du Titicaca, montre un système de terrasses mises en place pendant des périodes froides
durant lesquelles le lac a connu de hauts niveaux. Des glacis douteux semblent appartenir au Villafranchien. Ensuite, la vallée du
R. Huenque a été fossilisée sous des conglomérats hydrovolcaniques puis réentaillée. Ces conglomérats ont été déformés,
ondulés et taillés. La vallée a été tronçonnée par ces mouvements. Des lacs se sont formés dans les synclinaux tandis que des
gorges tranchaient les anticlinaux. Des deltas se sont édifiés, sous l'influence d'une oscillation froide et pluviale, dans les lacs et
forment la nappe t'". Postérieurement , deux nappes alluviales climatiques, t" et t' se sont édifiées pendant des périodes de
transgression lacustre. Elles ne sont déformées que localement et faiblement.
Citer ce document / Cite this document :
Dollfus Olivier, Taltasse P, Tricart Jean. Etude des formations alluviales et lacustres de la région d'Ilave (Département de
Puno,Pérou). In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 3 - Numéro 2 - 1966. pp. 152-162.
doi : 10.3406/quate.1966.2082
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/quate_0004-5500_1966_num_3_2_2082Bulletin pour nnur l'étude VpAuAp. de l'Association du au nuntP.rnntrP..Quaternaire. française 1966 )a,, " 2- » Pa§e ,,-, 152
ETUDE DES FORMATIONS ALLUVIALES ET LACUSTRES
DE LA REGION D'ILAVE
(Département de Puno, Pérou)
par
O. DOLLFUS, P. TALTASSE et J. TRICART.
Résumé. — La région d'Ilave, au S du Titicaca, montre un système de terrasses
mises en place pendant des périodes froides durant lesquelles le lac a connu de hauts
niveaux. Des glacis douteux semblent appartenir au Villafranchien. Ensuite, la vallée
du R. Huenque a été fossilisée sous des conglomérats hydrovolcaniques puis réentaillée
Ces conglomérats ont été déformés, ondulés et taillés. La vallée a été tronçonnée par ces
mouvements. Des lacs se sont formés dans les synclinaux tandis que des gorges tran
chaient les anticlinaux. Des deltas se sont édifiés, sous l'influence d'une oscillation froide
et pluviale, dans les lacs et forment la nappe t'". Postérieurement , deux nappes allu
viales climatiques, t" et t' se sont édifiées pendant des périodes de transgression lacustre.
Elles ne sont déformées que localement et faiblement.
Summary. — On the S margin of Titicaca Lake, the Have region presents terrace
systems which have been built during high stages of the lake level contemporaneous
of cold periods with glacial advance. The oldest forms are glacis, probably of Villafranchian
age, which are not quite clear. In the following period, R. Huenque Valley has been
fossilized under volcanic conglomerates, reworked by water, and subsequantly re-excavated.
These conglomerates have suffered important tectonic deformation, with faults and folds,
which have hempered drainage. In the synclmes, lakes have been darned by the folds
during the time which has been necessary to the river before cutting gorges through
the anticlines. Under climatic influence, deltas have been built in the lakes forming t'"
alluvial unit. Later on, two other alluvial units, t" et t' have been laid down during
lacustrine transgressions. They are only locally and slightly affected by tectonics.
LE CADRE GEOGRAPHIQUE D'ENSEMBLE.
La région d'Illave est située au S-W du lac Titicaca, sous le 16° de latitude Sud.
La nappe d'eau du lac, qui se trouve à un peu plus de 3 800 m, occupe le fond
d'une vaste cuvette endoréique ; les paysages sont formés de hautes plaines
(altiplano), coupées de petits chaînons plissés. Elles sont bordées, à l'Est des
plateaux ondulés de « la puna », surmontés de grandes cordillères qui culminent
à plus de 6 000 m, tandis qu'à l'Ouest d'immenses plateaux volcaniques s'étendent
au pied des volcans qui jalonnent la ligne de partage des eaux avec le Pacifique.
Ces vastes hautes plaines, encadrées de collines et de plateaux, ont un climat
rude : la température moyenne à Puno est de 8,4° et les gelées nocturnes sont
quotidiennes de mai à octobre. Mais dès que l'on s'éloigne de l'influence adou
cissante du lac, les contrastes thermiques sont plus accentués et la nuit, en saison
sèche, le thermomètre s'abaisse fréquemment en dessous de — 10°. La région FORMATIONS ALLUVIALES ET LACUSTRES DE LA RÉGION D'iLAVE 153
fait partie des Andes sèches ; elle est située en lisière de la bande aride qui
traverse le continent, mais aussi là où les volumes montagneux andins sont les
plus élevés et les plus largement étalés. Les précipitations annuelles, au bord du
lac, varient entre 500 et 600 mm en moyenne, et près de 80 % tombent de décembre
à avril. Elles diminuent progressivement vers le Sud et le S-«W. L'air est très sec
dans ces hautes régions et si l'humidité moyenne annuelle est de 64 %, elle
s'abaisse souvent à 40 et même à 30 % : la limpidité de l'atmosphère, surtout en
saison sèche, de mai à octobre, est admirable.
Partout autour du lac, on remarque d'anciennes terrasses ou des banquettes
lacustres, tandis que les vallées des rivières qui se déversent dans le Titicaca ont
leur fond tapissé de nappes alluviales plus ou moins emboîtées et que les versants
des collines sont recouverts des dépôts de pente hérités des périodes plus froides
du Quaternaire. Les variations du niveau du lac ont, depuis longtemps déjà, attiré
les observations des voyageurs, géographes et géologues (Agassiz, Bowman,
Monheim, Neveu-Lemaire, Newell et Troll, entre autres).
A l'échelle de l'année les variations du niveau du Titicaca sont comprises entre
40 et 60 cm (Monheim) et dépendent de la pluviosité et des apports des rivières,
mais à l'échelle de la décennie elles peuvent atteindre 5 m. Ainsi, en 1933, le lac
a atteint une cote de 1,20 m au-dessus du 0, arbitrairement établi à 3 803 m tandis
qu'en 1943 il a stationné à la cote — 3,80. Cependant, au cours du dernier millénaire,
il ne semble pas que les variations aient été très considérables.
Tout autour du lac on peut observer un niveau très constant à + 8 m ;
il se marque par des petites plages mortes au pied des falaises d'abrasion lacustre,
par des remblaiements dans d'anciennes baies peu profondes auxquels se raccor
dent des cônes périglaciaires très surbaissés et parfois emboîtés dans des cônes
plus anciens comme au sud de Pomata ; à ce niveau correspond la basse terrasse t,
au-dessus des rivières (rio Putina). Les dépôts lacustres sont de type pelliculaire,
présentant des alternances de lits de limon gris et de sables fins ; ils ne sont
pas altérés.
Les niveaux situés à des altitudes supérieures, entre 20 et 40 m sont moins
bien définis et moins constants. On remarque, au flanc des collines tournées vers
le lac, que des dépôts colluviaux, soliflués sur les versants, ont été lavés et repris
par l'action lacustre. Ils alimentent des plages de galets médiocrement dessinées
et situées à des altitudes variables comme autour de la péninsule de Copacabana
en Bolivie. Il semble ainsi qu'il y ait eu au cours de la dernière période plus
humide et probablement plus froide, de fréquentes variations du niveau du lac,
empêchant l'entaille de banquettes d'abrasion et limitant la formation de plages
à des altitudes constantes. Les déformations tectoniques récentes interviennent
aussi.
En revanche, en différents points de l'altiplano on peut observer, à des alt
itudes relatives variant entre 60 et 100 m, des dépôts lacustres et des banquettes
d'abrasion parfaitement nettes. Depuis longtemps, les voyageurs avaient noté
l'existence de ces hauts dépôts, fins, lités et très peu altérés qu'ils attribuèrent
à un grand lac plus étendu que l'actuel Titicaca. En 1914, Bowman baptisa ce
« paléo Titicaca » du nom de Ballivian qui fut l'un des premiers géologues
boliviens. Ces dépôts lacustres sont abondants au nord du Titicaca, en bordure
du lac Arapa et Je long du rio Azangaro où ils ont de 60 à 80 m de puissance.
Us paraissent horizontaux à cet endroit où ils forment une terrasse de 70 m,
dominant directement l'altiplano. D'autres témoins de ces formations lacustres
se trouvent en Bolivie, à proximité de Jésus de Machaca, mais leur altitude relative
est un peu inférieure à celle de la haute terrasse du lac Arapa. En Bolivie ils sont
formés de sables fins et de limons dans lesquels s'interstratifient des calcaires
lacustres et quelques lentilles gypseuses. Bowman avait pensé que ces dépôts BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 154
étaient ceux d'un immense lac rejoignant la cuvette du Poopo, à 250 km au Sud.
En 1928 Troll montre qu'en fait il y eut à la même période deux lacs, l'un dans le
bassin du Poopo (lac Michin), l'autre dans celui du Titicaca (lac Ballivian).
Des seuils, collines rocheuses qui émergent au-dessus des remblaiements de la
plaine, séparent les deux cuvettes. La sédimentation, dans le lac Michin, comporte
davantage d'évaporites que celle du lac Ballivian, ce qui serait l'indice d'une plus
forte aridité que l'on note encore maintenant.
Par ailleurs, dans les collines rocheuses, sont entaillées localement des ban
quettes d'abrasion lacustre qui s'échelonnent entre 50 et 150 m. Les banquettes
sont souvent fossilisées sous des dépôts colluviaux. Newell cite l'exemple de la
banquette qui tronque des schistes dévoniens, à 3 950 m d'altitude, à 6 km au
nord de Juliac et à proximité du rio Cabanillas. Près de Taraco, le Cerro Coagullo
est tranché à 3 890 m par l'érosion lacustre ; sur cette colline, qui est le seul
affleurement andésitique du secteur, on trouve des galets et des graviers Tournis
par l'attaque de la roche en place. Les banquettes les plus parfaites qui sont
modelées au pied de falaises rocheuses, sont exposées au S-S-E et parfois au S-S-W.
L?ur façonnement implique un stationnement prolongé du lac au même niveau
et des vents de secteur sud poussant les vagues.
Enfin, des glacis d'érosion, longs de quelques centaines de mètres à 2 ou 3 km,
tranchent des schistes et des grès plissés au nord du lac Arapa. Leur profil longi
tudinal est régulièrement concave. Ces glacis qui s'étendent au pied de versants
plans dont la pente est comprise entre 20 et 30° sont couverts d'une mince
pellicule de cailloutis anguleux, peu altérés, mais fendillés ; dans des roches plus
épaisses, une matrice limoneuse emballe des fragments hétérométriques. Il semble
qu'il s'agisse de glacis de pédiplanation, élaborés par un ruissellement aréolaire,
nettoyant en amont, sur les versants, un matériel préparé par la gélifraction.
Ainsi, en différents points de l'altiplano et de ses bordures se lisent, dans le;
formes du relief, les témoignages des variations climatiques et parfois tectoniques
avant affecté ces régions au cours du Quaternaire. Ils sont particulièrement
intéressants à analyser plus en détail dans la moyenne vallée et sur le cône
deltaïque du rio Huenque-Ilave.
Cette rivière naît à proximité de la ligne de partage des eaux, sur les flancs
û'un massif volcanique culminant à 5 400 m. A 165 km de ses sources elle se jette
dans le lac Titicaca où ses alluvions construisent un vaste delta, large d'une
trentaine de kilomètres. Son bassin, qui s'étend sur 7 300 km2, est installé dans
se partie supérieure sur une couverture de laves, de brèches et de cinérites
(formations Tacaza et Sillipaca de Newell). Ce n'est que dans les cinquante der
niers kilomètres de son cours, que la rivière traverse des séries sédimentaires
crétacées qui reposent en discordance sur le Permien
LE CADRE STRUCTURAL.
La vallée du rio Huenque (Have après sa confluence avec le rio Grande) traverse,
du Cerro Capani, à l'amont, jusqu'à la pampa de Kamicachi a l'aval, quatre unites
structurales orientées NW-SE. Ce sont successivement :
— le voussoir anticlinal du Cerro Capani à Have,
— le graben comblé par des formations quaternaires (pampas d'Ilave-Acora) ;
— l'anticlinonum étroit des cerros Tancatancani et Tatanca, qui a rejoué jusqu'à
une époque très récente ;
— le synclinal effondré auquel correspond, en bordure du lac Titicaca, la pampa
de Kamicachi.
Vers le SE ces unîtes structurales disparaissent près de Juli sous un épais recouvre
ment de terrains volcaniques. Vers le NW, elles s'amincissent et se soudent entre Saman
et Azangaro et forme l'anticlinorium de Huancané. C'est en suivant l'axe de la vallée
du rio Huenque que ces quatre unîtes ont leur plus grande largeur. FORMATIONS ALLUVIALES ET LACUSTRES DE LA RÉGION D'iLAVE 155
A. — Le voussoir anticlinal du Cerro Capani-Ilave est, dans sa partie méridionale,
souvent masqué par des cinérites et des tufs rhyolitiques. En émergeant de ces format
ions, cet anticlinal montre, dans le détail, un style de plis à grand rayon de courbure
où les pendaees ne dépassent pas 10°. Ces séries, formées de calcaires lithogra
phiques du Crétacé inférieur, reposent en discordance sur îes grès rouges en plaquettes
du Permien. L'ensemble est maille d'un réseau de petits décrochements qui facilite
le travail de l'érosion.
B. — Le graben d'Ilave-Acora, qui se continue dans la région de Chucuito, est comblé
par des formations fluviatiles et des dépôts lacustres à dominante calcaire. Le compar
timentage par failles du graben est particulièrement net au nord d'Acora, à
proximité du Cerro Sutuco. Des appareils volcaniques du Quaternaire ancien (basaltes
et andésites) s'alignent dans l'axe du fossé (Cerros, Capalla, Cacanique, Kaakaa). Des
pampas marécageuses occupent une partie du graben et leur drainage est difficile par
suite du dégorgement de la nappe aquifère, en charge des calcaires du Crétacé, et
des petites transgressions annuelles du lac.
C. — Dans l'anticlinorium de Tancatancani-Tatanca, les faciès lithologiques sont
légèrement différents de ceux de l'anticlinorium du Cerro Capani-Ilave. Les grès rouges
à plaquettes du Permien passent progressivement à des grès mauves grossiers, sans
stratification apparente tandis que les calcaires sublithographiques crétacés, qui sont
discordants, passent à des calcaires récif aux (Acora), puis à des dolomies dans les-
auelles s'interstratifient des bancs de marnes rouges (Cerro Tatanca, au nord
d'Ilave).
L'ensemble est formé par une série complexe de t>etits synclinaux perchés, pressés
les uns contre les autres, parfois même qui se chevauchent comme aux Cerros Huilasipi
et Tatanca. Des mouvements récents ont contribué à gauchir l'anticlinorium.
D. — Le svnclinal effondré de la pampa de Kaminachi. Des grès rouges, à bancs conglo-
mératiques (formation Puno, peut-être miocène), s'appuient, redressés à la verticale, sur
le flanc N-E de l'anticlinorium. Ils forment des chaînons au relief vigoureux, accidentés
de failles longitudinales NW-SE. Au NE le le synclinal s'affaisse par compartiments,
remplis par les dépôts quaternaires de la pampa de Kamicachi.
LES FORMES ET TERRASSES QUATERNAIRES A PROXIMITE D'ILAVE.
On retrouve, le long du cours inférieur du rio Have, des terrasses, analogues
à celles observées en d'autres régions proches du lac Titicaca et qui traduisent
à la fois les vicissitudes climatiques et les mouvements tectoniques quaternaires.
C'est ainsi qu'il est possible d'analyser la succession de terrasses, plus ou moins
déformées par le rejeu de l'anticlinorium Tancatancani-Tatanca et un niveau
d'érosion, plus ancien.
A. — Le niveau ancien d'érosion tranche les flancs de l'an tic] inorium de
Tancatancani-Tatanca, à 70 m environ au-dessus du rio Have. Il forme de petits
plateaux, où les calcaires dolomitiques, très perméables, sont recouverts d'une
pellicule limoneuse emballant des blocs et des galets mal roulés de quartzites
et surtout d'andésites. Ce niveau d'érosion, qui est vraisemblablement pliovilla-
franchien, est particulièrement net au nord d'Ilave. Il est légèrement plus bas à
l'Est (Cerro Tatanca) qu'à l'Ouest (Cerro Tancatancani), ce qui peut être inter
prété, en première analyse, comme la conséquence du gauchissement de l'axe
de l'anticlinorium suivant un axe orthogonal. Ces glacis semblent correspondre
aux aplanissements locaux réalisés en roches tendres le long de la moyenne
vallée du R. Huenque et qui, après avoir été disséqués, ont été partiellement fossi
lisés sous la partie supérieure des tufs rhyolitiques t,v par exemple au C. Zorro-
cocha.
B. — La terrasse t"' forme un delta très ouvert au N-E et au N-W de la bour
gade d'Ilave.
Au N-E d'Ilave elle est à 45 m environ au-dessus du talweg actuel et ses
dépôts remplissent l'ensellement qui sépare, à l'intérieur de l'anticlinorium Tanca
tancani-Tatanca, les cerros Tancatancani, à l'ouest, du cerro Tatanca à l'est |
BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 156
Au nord de l'anticlinorium, elle plonge rapidement par flexure sous la terrasse t"
de la pampa de Kamicachi. Le long de l'axe de l'anticlinorium elle apparaît
déformée et, sur son flanc amont, elle plonge, vers l'amout, à 4°. Le bombement
qu'elle dessine est jalonné de sources en charge qui sont alimentées par la
nappe aquifère des dolomies du substratum.
Au N-W de l'Ilave, dans le graben d'Ilave-Acora, formant couloir, la haute
terrasse subsiste en donnant des buttes (cerros Colline, Castilluma et Esqquena)
dont l'altitude diminue vers le N-W et qui finissent par disparaître sous les
dépôts t" près d'Acora.
Le matériel de t'" est d'origine deltaïque. Des lentilles marneuses ocres s'inter
calent dans des sables très grossiers, gris clair. Des phénomènes de suffosion
contribuent au démantèlement des flancs des buttes témoins ; ils sont en rapport
avec la structure du dépôt.
r I AVE K= Kdll CH CHUCU1T0 CG Cei i o Capani- Ca Cerro Ccap_ _ rta Cerro Kadbad TT CerroTancaUncam Ta Gecro lalanca- S Cerro Sutoco
TERRASSES QUATERNAIRES es EP/NCHEMENTS VOLCAN IQUES,CINERITES TERTIAIRE (Gi es rouges ) cretace is l ) Cs/cdires-Do/omies Permien Gnesi INTRUSI' DIZVUNICN METAMORPHIQUE
FAILLES ppleS n,t, nAls
t" constitue la majeure partie des pampas de Kamicachi et C. — La nappe
d'Acora. C'est sur la terrasse t" qu'est construite la ville d'Ilave. Dans la pampa
de Kamicachi son matériel comprend des sables argileux associés à des argiles
lacustres ocre, finement litées. Dans la pampa d'Acora, où la nappe t" s'étale
largement, on remarque des argiles lacustres plastiques, mais surtout des cal
caires lacustres compacts, blancs et lapiazés, passant souvent en surface à des
formations zonées, présentant une structure de croûte.
La pente de t" en direction du lac est très faible, de l'ordre de 0,6 %o. Entre
Esqquena et Acora, cette nappe forme une terrasse au-dessus de t' qui, au Cerro
Ullacache, est à une vingtaine de metres au-dessus du lac. Dans l'une des nom- ALLUVIALES ET LACUSTRES DE LA RÉGION D'iLAVE 157 FORMATIONS
breuses carrières qui exploitent les calcaires lacustres, on remarque à Esqquena
que les calcaires de t" sont déformés par un mouvement à très grand rayon de
courbure d'axe N-E-S-W.
La répartition des dépôts de t" et leur faciès montrent qu'à l'époque de leur
mise en place, le drainage du rio Have s'effectuait principalement par le couloir
Ilave-Acora, l'écoulement vers le N-E (Ilave-Kamicachi) étant rendu difficile
par le soulèvement de t'" le long de l'axe de l'anticlinorium. L'altération des
calcaires a fourni des « terra rossa », qui sont de bons sols pour l'agriculture.
D. — La nappe t' s'étend dans le couloir Ilave-Acora, comme dans la pampa
de Kamicachi, où elle correspond aux secteurs marécageux de Taracollo et de
Santa Rosa. Elle est formée d'argiles gris sombre associées à des lentilles minces
et très discontinues de graviers et de cailloutis. Ces derniers sont surtout repré
sentés près d'Acora tandis que, dans la pampa de Kamicachi, les dépôts de t'
sont exclusivement lacustres. Ceci indique qu'au moment de la mise en place de t'
le rio Have s'écoulait uniquement vers Acora, le bombement affectant t'" sur
l'axe de l'anticlinorium empêchant le déversement des eaux vers le N-E.
E. — La nappe actuelle t' correspond au lit majeur du rio Have et au niveau
supérieur des transgressions plus ou moins cycliques du lac Titicaca.
Le rio Have, immédiatement en aval de la bourgade, fait un coude brusque
vers le S-E et lèche la bordure du Cerro Tatanca. D'Hâve au Cerro Porongota,
il coule en direction de la pampa de Kamicachi sur une plaine alluviale entre les
berges formées par les levées du lit majeur, et où manquent les terrasses t', t" et t'".
De part et d'autre de son embouchure, il construit une plaine fluviolacustre
actuelle, qui s'édifie d'autant plus facilement que le lac est très peu profond
dans ce secteur.
Ainsi l'observation des formations fluviolacustres proches d'Ilave montrent
qu'à plusieurs reprises au cours du Quaternaire, la rivière, inégalement alimentée,
selon les périodes, par les précipitations tombant dans son bassin, a changé la
direction de son cours inférieur en fonction des mouvements tectoniques affectant
l'anticlinorium Tancatancani-Tatanca. L'orientation actuelle, en aval d'Ilave, est
très récente. La rivière a délaissé le couloir d'Acora pour s'orienter au N-E,
peut-être à la suite d'un léger affaissement du Cerro Tatanca et du soutirage des
eaux à travers les dolomies qui forment cette petite colline ; une crue exceptionn
elle pouvant mettre à profit ces différents éléments pour canaliser l'écoulement
superficiel vers le N-E. En amont d'Ilave, les caractéristiques des terrasses qua
ternaires se modifient. Les variations de niveau du lac Titicaca perdent de leur
importance, tandis que l'influence des oscillations climatiques persiste. Ces oscil
lations continuent d'interférer avec les déformations tectoniques quaternaires
et il s'y ajoute les effets du volcanisme. Ce secteur sera l'obiet d'un nouveau
chapitre.
LES TERRASSES DU RIO HUENQUE.
La rivière a creusé sa vallée en suivant la pente tectonique créée par le
soulèvement en voûte anticlinale à très grand rayon de courbure qui a affecté
l'ouest du lac Titicaca depuis le Néogène. Son cours recoupe, à peu près
perpendiculairement, les unités mineures prises dans le soulèvement et qui ont
plus ou moins rejoué au fur et à mesure qu'il se produisait. La combinaison
des influences tectoniques (jeu de gouttières synclinales) et lithologiques (déblai
ement ditférenciel de volumes plus tendres) engendre une succession de gorg2s
et de bassins. Ces bassins ont permis une bonne conservation de formations
plioquaternaires variées. BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE Db QUATERNAIRE 158
A. — La succession des formations plioquaternaires.
Le bassin, assez ample, de Zorrochata, au Nord de l'hacienda Ocaqqueno, pré
sente une gamme complète de dépôts plioquaternaires. Dans cette cuvette, située
à environ vingt-cinq kilomètres en amont d'Ilave on y trouve, par ordre d'âge
décroissant :
a) Des cinentes bien stratifiées, en bancs de 10 à 30 cm d'épaisseur, remaniées
par l'eau, qui comblent une dépression evidée dans les « Capas rojas » (formation Puno).
Elles sont conservées sous la forme de buttes atteignant une centaine de mètres au-
dessus du talweg.
b) Des tufs rhyohtiques qui fossilisent une vallée nettement entaillée dans les
cinérites et descendent un peu en-dessous du talweg actuel. Il s'agit d'une formation
hydrovolcanique, en bancs massifs de 1 à 3 m d'épaisseur, contenant de nombreux
galets de roches allogènes pris dans une matrice de cendre rhyohtiques remaniées.
Chaque banc correspond à une séquence sedimentaire : à la base, une trainée de
matériel grossier, mise en place par un epandage brutal, ne comporte ni lentilles
ni traces de remous ; elle passe vers le haut à un matériel graduellement plus fin,
aux galets de plus en plus petits et isolés dans une matrice de texture gréseuse
Ces tufs réagissent à la météonsation comme les ignimbrites de Huaron. La désagrégation
granulaire de la pâte permet la sculpture de reliefs ruiniformes, de falaises et de
clochetons. La macrofissuration est rendue difficile par l'allure massive des couches
et la faible densité des grandes diaclases. L'épaisseur totale de la formation doit
atteindre une centaine de mètres. Emboîtée dans les cinérites, son sommet leur est
inférieur.
c) Des remblaiements fluviolacustres qui succèdent aux tufs rhyohtiques. Ils forment
une terrasse de 40 m environ nettement emboîtée dans les tufs. An centre de la
cuvette, des couches à litage pelhculaire alternent avec des lits de cinérites remaniées
et des argiles limoneuses, gris-verdâtres par suite de la réduction des oxydes de
fer. Ces couches sont plus épaisses, plus grossières et moins régulières sur les bords.
Des coulées de pierraille descendues des versants et alimentées, entre autres, par les
tufs rhyolitiques, s'y intercalent Ces dépôts de pente se sont mis en place sous l'action
combinée de la gravité, du ruissellemtrnt diffus et, probablement, de la géliturbation
des pipkrakes. Des cônes locaux largement étalés et aplatis se raccordent aux dépôts
lacustres. Leur matériel est fin, riche en argile reprise aux couches rouges, mais peptisée
par du calcaire. Lorsqu'ils n'ont pas été disséqués, ils ont ultérieurement été recouverts
par des nappes minces de pierraille étalées au pied de la montagne et qui se sont
déposées lors de la mise en place du matériel des terrasses plus récentes.
d) Deux terrasses, constituées exclusivement de cailloutis fluviatibles, moyenne
ment émoussés et à matrice sableuse, qui bordent le rio Huenque. Des galets atteignent
10 cm Le matériel du ht actuel est plus fin et formé surtout de sables qui, lors
des crues, sont les seuls à sortir du lit mineur et à se déposer dans les herbes du
lit majeur.
La terrasse la plus ancienne (t") est formée, dans le bassin du Zorrochata, par
des apports longitudinaux dans lesquels viennent s'imbriquer quelques cônes latéraux
peu développés. Des glacis entaillés dans les dépôts lacustres, se raccordent à son
sommet, qui se trouve à 7-8 m au-dessus du lit majeur actuel
La terrasse inférieure (t') n'est qu'à un ou deux mètres au-dessus du plancher
alluvial ; elle dessine des méandres entailles dans t" dont les rives concaves viennent
parfois saper directement le lacustre. Des cônes latéraux s'y raccordent. Son matériel,
analogue à celui de t" est différent des dépôts sablolimoneux du lit majeur qui colmat
ent les dépressions entre ses levées.
B. — La disposition des formations plioquaternaires.
Tout au long du rio Huenque on retrouve ce type de succession, avec, parfois,
quelques modifications locales.
Les cinérites sont conservées dans la plupart des bassins où une moindre
intensité de l'érosion a préservé partiellement ces couches fragiles. On les remarque
sur le seuil fermant à l'aval le bassin de Mazocruz, puis en amont de cette bourgade
où elles sont recouvertes par des éboulis de rhyolithes, qui les protègent ainsi FORMATIONS ALLUVIALES ET LACUSTRES DE LA RÉGION D'iLAVE 159
A 30 km en amont de Mazocruz, des coulées de rhyolithes mises en place après
les cinérites, ont bloqué l'entaille de la rivière. Une vaste cuvette remblayée de
cinérites a pu persister sans être érodée. De grands glacis, pavés de pierrailles
rhyolitiques, tranchent les cinérites. On retrouve ces glacis plus en aval, où ils
sont disséqués. Mais tandis qu'à Zorrachata ils marquaient le sommet des buttes
vers 100 m d'altitude relative, à 12 km en amont de Mazocruz ils sont à 40-50 m
au-dessus du talweg.
Les tufs rhyolitiques, plus résistants, sont beaucoup mieux conservés. On les
trouve non plus seulement dans les bassins mais aussi dans les gorges. Ils passent
graduellement, vers l'amont, à des coulées qui, à partir de 27 km au-delà de
Mazocruz, fossilisent les vallées entaillées dans les cinérites, bloquant ainsi
l'érosion régressive postérieure. Dans les coulées, on observe des paquets feuilletés
et des dispositions tourbillonaires. La lave s'est donc épandue à l'état fluide,
fossilisant des vallées souvent étroites.
Les coulées on été émises par des volcans situés un peu au nord de la ligne
de partage des eaux, et qui ne semblent plus avoir été actifs par la suite. Tufs et
coulées rhyolitiques ont fossilisé des vallées bien entaillées où des gorges signalent
les couches dures. A l'aval de Mazocruz, on l'a vu, la vallée était incisée dans les
cinérites plus ou moins consolidées. En amont de l'hacienda Ocaqquendo, une
grande gorge recoupant calcaires et couches rouges, a été remplie aux deux tiers.
Parfois les tufs rhyolitiques débordent sur les aplanissements locaux, taillés dans
les marnes et les calcaires à l'amont de la gorge ou dans les cinérites du
bassin de Zorrochata.
En revanche, les remblaiements lacustres, désignés par le symbole t'" sont
exclusivement localisés dans les bassins où ils sont très étendus. Dans la
cuvette située en amont de la gorge de l'hacienda Ocaqqueno, la terrasse t'"
n'est qu'à 15 m. Largement étalée, elle est limoneuse dans le centre de la dépression
et passe latéralement à un delta caillouteux venant de l'ouest. Une accumulation
du même type se retrouve dans une autre cuvette à 9 km en amont de Mazocruz.
Son sommet est recoupé par des glacis qui se raccordent à la terrasse fluviale t"
emboîtée dans t'" mais très faiblement : la différence d'altitude entre t" et t'"
n'est plus que d'un mètre. En amont les deux terrasses se confondent et le rem
blaiement caillouteux de t" dont la pente longitudinale est plus forte recouvre
t'" qui disparaît en protondeur. Dans le bassin en amont de la gorge de l'hacienda
Ocaqqueno, les dépôts lacustres (t'") sont également recoupés par des glacis se
raccordant au sommet de t" mais à cet endroit la différence d'altitude entre les
sommets des deux terrasses est d'environ une dizaine de mètres.
Dans la gorge de l'hacienda Ocaqqueno, les terrasses sont médiocrement conser
vées par suite du rétrécissement de la vallée. Il en subsiste cependant quelques
lambeaux aux confluences et la où, par suite de la structure, la vallée est un peu
plus ouverte. Mais nulle part on ne voit des formations lacustres : t" est formée
par des cônes-terrasses au matériel souvent grossier. Quant à t' il forme une
terrasse continue et très nette, qui domine le talweg de 2 à 3 m. Elle se raccorde
latéralement à des éboulis nourris par la désagrégation des tufs, libérant les blocs
et les galets, et dont des paquets se sont effondrés après avoir été mis en
porte-à-faux. Des cônes-terrasses s'imbriquent dans t'.
C. — La reconstitution de l'évolution
La succession des différentes nappes volcaniques et détritiques permet de
retracer l'évolution suivante.
1° Une première période de creusement et de dissection se place avant le
dépôt des cinérites. Elle a permis une certaine ablation différentielle et, notamment, BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 160
l'érosion des couches tendres, principalement des argiles rouges et des pélites
ont été excavées en bassins.
2° Les cinérites correspondent à un paroxysme volcanique général dans la
région. Leur masse est considérable et elles recouvrent de grandes surfaces à
proximité des volcans et des events voisins de la ligne de partage des eaux.
Remaniées par l'eau, elles ont été entraînées par le ruissellement dans la vallée
du rio Huenque qui a été partiellement fossilisée. Dans la région de Tacna,
étudiée en détail par l'un de nous (J.T.) une importante nappe de cinérites précède
la mise en place de la plus ancienne accumulation quaternaire (t"", alluviale et
torrentielle, mais où quelques cinérites s'intercalent dans la masse et surmontent.
3° Après la mise en place des cinérites, une accalmie du volcanisme a permis
une période de creusement au cours de laquelle les gorges ont été nettoyées. Les
talwegs ont atteint, au moins jusqu'à Mazocruz, des cotes peu différentes de celles
précédant la fossilisation. Bien que les cinérites soient tendres, leur déblaiement
a dû prendre un certain temps du moins à l'échelle du Quaternaire.
4° Un nouveau paroxysme volcanique se place au moment de l'émission
des coulées rhyolitiques, qui passent à l'aval, par remaniement fluviatile, à des
tuts. C'est la dernière grande crise volcanique, bien que, par la suite, quelques
émissions locales, mais de faible volume se soient produites. Les séquences
que l'on peut suivre dans les tufs et l'abondance des blocs et galets de roches
variées reprises dans ceux-ci incitent à admettre l'hypothèse que les tufs se
sont mis en place pendant une période au cours de laquelle le climat était
déjà, par lui-même, favorable à l'accumulation. Les tufs rhyolitiques seraient ainsi
l'équivalent des remblaiements très épais de cailloutis désignés par le symbole
tlv dans la région de Tacna.
Cette hypothèse est appuyée par des observations faites à Tarata dans la
haute vallée du rio Sama, entre Tacna et le rio Huenque supérieur.
Là, des coulées de laves importantes issues du même ensemble volcanique,
s'imbriquent dans le remblaiement de tiv. Les tufs rhyolitiques seraient alors
le faciès local de la plus ancienne accumulation quaternaire.
5° Après leur mise en place, les tufs ont été affectés par d'importantes déformat
ions. A l'entrée amont de la gorge de l'hacienda Ocaqqueno, ils sont failles et
basculés de 10 à 15°. La faille a localisé le nouveau cours du rio, différent de
celui qui a précédé la fossilisation sous les tufs. Ces derniers sont affectés
par des ondulations qui reflètent, en plus atténué, celles du substratum mésozoïque:
la voûte anticlinale tranchée par la gorge de l'hacienda Ocaqqueno, est flanquée
de deux cuvettes synclinales dont celle de Zorrochata, en aval. En-dessous de
cette dernière, une nouvelle gorge coïncide avec la remontée anticlinale des tufs,
tranchée obliquement par le rio Huenque qui suit une ligne de faille transversale.
Le rio est donc surimposé par rapport au remblaiement des tufs mais il est
antécédent à leurs déformations. Entaille des tufs et déformations sont contempor
ains. Mais l'incision de ces roches massives a été difficile et lente, malgré
des adaptations de détail suivant les cassures locales. Des lacs se sont ainsi
formés dans les cuvettes synclinales. Chaque cuvette en amont de la gorge de
l'hacienda Ocaqqueno était allongé perpendiculairement à la rivière, dans un
synclinal en gouttière. Celui de Zorrochata, dans une région tectoniquement très
complexe, était plus ramassé e de forme irrégulière. Tous ces lacs, barrés
à l'aval par les anticlinaux lentement sciés par des gorges, étaient indépendants
du lac Titicaca. Mais ils étaient peut-être contemporains du lac Ballivian.
6° Après la mise en place des dépôts lacustres, qui coïncide avec une phase
d'accumulation climatique, comme le montrent les deltas imbriqués dans les
couches lacustres, le creusement a repris. Le rio Huenque finit par vidanger