Génie minoen et génie égyptien, un emprunt raisonné - article ; n°1 ; vol.113, pg 77-96
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Description

Bulletin de correspondance hellénique - Année 1989 - Volume 113 - Numéro 1 - Pages 77-96
Τό ερώτημα είναι αν δ μινωικός Δαίμονας έχει αίγαιϊκή προέλευση βασισμένη πάνω στή λιονταρίσια μορφή πού προηγείται άπό τίς παραστάσεις του ιπποπόταμου ; Κατά τόν Cl. Baurain , οί τελευταίες πρέπει νά επηρεάστηκαν άπό τήν Θουήριδα του Βιβλίου των Νεκρών. Στην Αίγυπτο, πρίν άπό τη χρονολογία των πρώτων σφραγιδόλιθων μέ τόν κρητικό δαίμονα ('Αρχαία καί Μέση Αυτοκρατορία), ή Θούηρις εμφανίζεται σάν τέρας μέ παλαϊκό κεφάλι ιπποπόταμου ή λιονταριού καί κύριο χαρακτηριστικό τήν απόφυση της ράχης. Πρόκειται γιά άποτροπαϊκό δαίμονα πού συνδέεται μέ τό φυτικό καί μέ τόν υδρόβιο κόσμο. Ή πιθανότερη υπόθεση είναι ό δανεισμός άπό τήν Αίγυπτο ήδη άπό τίς πρώτες αναπαραστάσεις, χωρίς νά καταφύγουν στό κατά πολύ νεώτερο Βιβλίο τών Νεκρών. Ενδιάμεσο αύτου του δανεισμού υπήρξε χωρίς αμφιβολία ή Συρία- Παλαιστίνη οπού ή Θούηρις εμφανίζεται μέ μορφή πολύ συγγενική μέ αυτή του μινωικού δαίμονα. Στην Κρήτη, τήν υιοθεσία της αιγυπτιακής Θουήριδος, ακολούθησε μία εικονογραφική καί θρησκευτική προσαρμογή πού τήν μετέτρεψε σέ αυθεντικό μινωικό 6ν.
Le génie minoen aurait-il une origine égéenne basée sur son aspect léonin antérieur aux représentations de l'hippopotame? Selon C. Baurain, celles-ci seraient influencées par la Thouéris du Livre des Morts. En Egypte, avant la date des premiers sceaux du génie crétois (Ancien et Moyen Empire), Thouéris apparaît comme un monstre à tête fruste d'hippopotame ou de lion, caractérisé surtout par son appendice dorsal. C'est un génie apotropaïque, lié au monde végétal et aquatique. Un emprunt à l'Egypte dès les premières représentations est l'hypothèse la plus vraisemblable, sans avoir recours au Livre des Morts, trop tardif. L'intermédiaire de cet emprunt fut sûrement la Syro-Palestine où Thouéris présente une apparence très proche de celle du génie minoen. En Crète, l'adoption de Thouéris l'Égyptienne fut suivie d'une adaptation iconographique et religieuse, la transformant en être authentiquement minoen.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1989
Nombre de lectures 29
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Exrait

Chantal Sambin
Génie minoen et génie égyptien, un emprunt raisonné
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 113, livraison 1, 1989. pp. 77-96.
περίληψη
Τό ερώτημα είναι αν δ μινωικός Δαίμονας έχει αίγαιϊκή προέλευση βασισμένη πάνω στή λιονταρίσια μορφή πού προηγείται άπό
τίς παραστάσεις του ιπποπόταμου ; Κατά τόν Cl. Baurain , οί τελευταίες πρέπει νά επηρεάστηκαν άπό τήν Θουήριδα του Βιβλίου
των Νεκρών. Στην Αίγυπτο, πρίν άπό τη χρονολογία των πρώτων σφραγιδόλιθων μέ τόν κρητικό δαίμονα ('Αρχαία καί Μέση
Αυτοκρατορία), ή Θούηρις εμφανίζεται σάν τέρας μέ παλαϊκό κεφάλι ιπποπόταμου ή λιονταριού καί κύριο χαρακτηριστικό τήν
απόφυση της ράχης. Πρόκειται γιά άποτροπαϊκό δαίμονα πού συνδέεται μέ τό φυτικό καί μέ τόν υδρόβιο κόσμο. Ή πιθανότερη
υπόθεση είναι ό δανεισμός άπό τήν Αίγυπτο ήδη άπό τίς πρώτες αναπαραστάσεις, χωρίς νά καταφύγουν στό κατά πολύ νεώτερο
Βιβλίο τών Νεκρών. Ενδιάμεσο αύτου του δανεισμού υπήρξε χωρίς αμφιβολία ή Συρία- Παλαιστίνη οπού ή Θούηρις εμφανίζεται
μέ μορφή πολύ συγγενική μέ αυτή του μινωικού δαίμονα. Στην Κρήτη, τήν υιοθεσία της αιγυπτιακής Θουήριδος, ακολούθησε μία
εικονογραφική καί θρησκευτική προσαρμογή πού τήν μετέτρεψε σέ αυθεντικό μινωικό 6ν.
Résumé
Le génie minoen aurait-il une origine égéenne basée sur son aspect léonin antérieur aux représentations de l'hippopotame?
Selon C. Baurain, celles-ci seraient influencées par la Thouéris du Livre des Morts. En Egypte, avant la date des premiers
sceaux du génie crétois (Ancien et Moyen Empire), Thouéris apparaît comme un monstre à tête fruste d'hippopotame ou de lion,
caractérisé surtout par son appendice dorsal. C'est un génie apotropaïque, lié au monde végétal et aquatique. Un emprunt à
l'Egypte dès les premières représentations est l'hypothèse la plus vraisemblable, sans avoir recours au Livre des Morts, trop
tardif. L'intermédiaire de cet emprunt fut sûrement la Syro-Palestine où Thouéris présente une apparence très proche de celle du
génie minoen. En Crète, l'adoption de Thouéris l'Égyptienne fut suivie d'une adaptation iconographique et religieuse, la
transformant en être authentiquement minoen.
Citer ce document / Cite this document :
Sambin Chantal. Génie minoen et génie égyptien, un emprunt raisonné. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 113,
livraison 1, 1989. pp. 77-96.
doi : 10.3406/bch.1989.4709
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1989_num_113_1_4709MINOEN ET GÉNIE ÉGYPTIEN* GÉNIE
Un emprunt raisonné
La découverte en 1981 du triton en pierre de Malia (fig. 1), avec sa représentation
originale de deux génies à carapace dans une scène de libation, a relancé la discussion sur
l'origine et la nature de cette figure extraordinaire du monde mythologique crétois1. On
lui a reconnu le plus souvent avec A. Evans2 une ascendance égyptienne, les premiers
sceaux ou empreintes où figure le génie, dès l'époque protopalatiale, étant assez proches
des représentations de la déesse Thouéris.
Cl. Baurain, l'heureux inventeur avec P. Darcque de ce triton, a consacré à ce sujet
un long article3, que nous résumerons ici. Selon lui, parmi le groupe ancien des génies, on
ne peut dater avec précision l'empreinte de Cnossos4 (fig. 2) du type le plus égyptisant où
le génie présente une tête d'hippopotame. Dans l'incertitude de la chronologie, il serait
plus judicieux de reconnaître l'antériorité des impressions de Phaestos5 (fig. 3) (MM II au
plus tard) où le démon apparaît déjà avec des caractères que Cl. Baurain considère
comme typiquement égéens : mufle léonin, collier, cape bordée de petites boules. Il
faudrait alors écarter l'hypothèse d'un emprunt fondé sur l'aspect physique seul et
considérer «une contamination entre Thouéris et une réalité minoenne à détecter»·. Les
premières représentations du génie à Phaestos illustreraient donc un concept minoen et ce
* Cet article s'inscrit dans la suite directe d'une étude sur le génie minoen et ses rapports avec l'Egypte
faite en 1980 à l'Université de Lyon 2 sous la direction conjointe de J.-Cl. Goyon (égyptologie) et O. Pelon
(monde égéen); cette étude, rédigée avant leur découverte, a été partiellement utilisée par Cl. Baurain et
P. Darcquf. dans leur publication du triton de pierre de Malia, BCH 107 (1983), p. 40, n. 129 (O. Pelon).
(1) Cl. Baurain et P. Darcque, BCH 106 (1982), Chronique, p. 680-683; BCH 107 (1983), p. 3-58, cité ci-
après Baurain (1983). Dans l'impossibilité de distinguer la part qui revient à chacun des auteurs dans la
publication et Cl. Baurain ayant par la suite poussé plus avant certaines des analyses, seul le nom de celui-ci
apparaît dans le cours du texte.
(2) Cf. en particulier PM IV, p. 431-441.
(3) Cl. Baurain, BCH, Suppl. XI (1985), p. 95-118, cité ci-après Baurain (1985).
(4) Gim., n» 7 (nous mentionnerons les sceaux et empreintes selon la numérotation de M. A. V. Giix,
ΛΜ 79 [1964], p. 15-21 et AJA 74 [1970], p. 406).
(5) Giu., n» 8.
(6) Cl. Baurain (1985), p. 101. 78 CHANTAL SAMBIN [BCH 113
Fig. 2. — Empreinte de Cnossos.
M H 202. (Gill n° 7).
Fig. 1 . — Représentation des génies du triton de Malia. Fig. 3. — Empreinte de Phaestos.
MH 697. (Gill n° 8).
n'est que dans un second stade que l'impact de la Thouéris égyptienne serait sensible
(ainsi sur l'empreinte de Cnossos).
L'auteur estime encore qu'il conviendrait en tout état de cause d'exclure la Syro-
Palestine du processus des mutations subies par le génie, Thouéris en étant, selon lui,
absente (en dehors toutefois des statuettes de Byblos).
Enfin, point essentiel de la démonstration, la Thouéris qui a impressionné les
Minoens serait presque certainement celle du Livre des Morts et nulle autre : d'après
Cl. Baurain, ce recueil aisé à trouver et à transporter fut l'agent majeur de diffusion des
thèmes égyptiens. Une vignette ornant le chapitre 186 représente la déesse debout, de
profil, devant la nécropole. Or cette position apparaît comme une constante du génie
minoen. L'auteur remarque encore que, dans cette illustration, Thouéris joue un rôle de GÉNIE MINOEN ET GÉNIE ÉGYPTIEN 79 1989]
pivot entre deux mondes (humain-divin, vivant-mort), au même titre que les génies qui
apparaissent aussi comme des intermédiaires.
Nous voudrions reprendre ici point par point les arguments de cette démonstration
et, en nous plaçant du seul point de vue égyptien, proposer une étude nouvelle du
processus de l'adaptation de Thouéris en Crète.
Thouéris en Egypte avant les premières représentations du génie minoen
Les empreintes de Phaestos datant au plus tard du MM II, celle de Cnossos du
MM II ou MM III7, il convient d'étudier à cette époque (ou à date antérieure) les
différentes apparences qu'a pu revêtir Thouéris en Egypte et les supports de ces
figurations.
D'entrée de jeu, nous voulons préciser que la dénomination «Thouéris» n'est pas assurée pour
la période précédant le Nouvel Empire (avant 1600 av. J.-C. environ). Le terme égyptien «t3 wrt» :
«La Grande» ou «L'Ancienne» est une formation du Moyen Empire8 mais un seul exemple de ce
nom est signalé à cette époque ; il désigne une personne de sexe féminin et non la déesse9. Les
amulettes et autres représentations sont anépigraphes (en dehors des signes-symboles). En un cas
seulement des hiéroglyphes sont inscrits devant le génie10 :^f; s'agit-il déjà de ^*? rrt : «La
Truie», appellation fréquente de la déesse au Nouvel Empire? On ne sait. Toutefois comme
Thouéris est le nom le plus commun de cette divinité, employé quand les textes sont imprécis, nous
conserverons ce terme dans la présente étude.
Une tombe de la VIe Dynastie à Balat (oasis de Dakhleh) a livré une amulette-bijou
en or de la déesse11 (fig. 9). Celle-ci, de profil, représente un hippopotame avec le ventre
proéminent de son espèce. L'animal ouvre la gueule et tire la langue. Dans sa patte avant,
il tient le signe sa de protection. Une sorte de crinière encadre le museau ; à l'arrière, un
appendice relevé en pointe à ses deux extrémités suit les contours du dos, avec l'échiné
fortement marquée et des incisions horizontales assez espacées.
Pourtant les amulettes ne sont pas, habituellement, aussi «élégantes». La silhouette
de l'animal est le plus souvent très fruste, voire grossière12 (fig. 8). Sur un cylindre-sceau
de l'Ancien Empire, l'appendice dorsal est remplacé par un crocodile entier très stylisé
mais reconnaissable au motif en résille qu'il porte sur le dos13 (fig. 4a). L'hippopotame est
juché sur une sorte de podium, sans doute la base d'une statue. On retrouve ce piédestal
(7) Ibid., p. 99.
(8) A. Erman, Zeitschrifl fur âgyptische Sprache 44 (1907), p. 108 sq. Sur le personnage de Thouéris, voir
également R. Grundlach, «Thoëris», dans Lexikon der Âgyptologie VI/4 (1985), col. 494-497; L. Stôrk,
«Nilpferd», ibid., IV/4 (1981), col. 501-506; D. Meeks, «Ipet», ibid., III/2 (1978), col. 172-176; H. Schlôgel,
«Reret», ibid., V/2 (1985), col. 494-497.
(9) H. Ranke, Personnennamen I (1935), p. 355, n° 13.
(10) H. Altenmuller, Apotropaia, Dissert. Mûnchen (1965), p. 45.
(11) M. Vallogia, Bulletin de l'Institut français d'archéologie orientale 78 (1978), p. 72 et pi. XXXVID.
(12) W. M. F. Pétrie, Amulets (1972), pi. XL, n° 236.
(13) P. Kaplony, Die Rolls iegeln des Allen Reiches, Monumenta Aegyptiaca 3b (1981), pi. 102F .204. 80 CHANTAL SAMBIN [BCH 113
Fig. 4. — Cylindres-sceaux de l'Ancien Empire.
320
Fig. 6. — Scarabées Fig. 5. — Empreintes d'Uronarti.
XIIIe Dynastie. de la 2* Période intermédiaire.
(Collection F. Matouk).
5jf
Fig. 7. — Sceaux du Musée de Turin.
symbole spirales grossièrement tenant sur (1977), est Sehalfalk, un (14)(15)reconnaissable Les (16) p. autre un ou 21-23 Mirgissa Ibid., A. scarabées de bâton15 Grenfell, à la et des sceau14 pi. perfection incisées 28. II 168, 148, hiéroglyphes (1967), du (fig. NR.49. F. Journal sur Moyen 107 encadrent 4d). p. neferu 4b). et d'autres 79, of pi. Egyptian Empire n« Une signifiant 172, (fig. 420-422. un F. disposition cylindres 5). Archaeology 132. portent personnage Le la Sur plus Fig. en protection les os. souvent de 8. antithétique 2 groupes VIe — (1915), masculin cette Amulettes Dynastie. : antithétiques, l'effigie pi. le époque XXXII, nœud signe héritée (fig. de est sa 4c), n°22; : la cf. déjà placé de Fig. deux déesse Monumenia ou Balat. D. l'Orient 9. mentionné, se devant Dunham, — Thouéris associée font Ancien Amulette Aegypliaca asiatique l'animal face Uronarti, Empire. à ou en très des en le or 2 GÉNIE MINOEN ET GÉNIE ÉGYPTIEN 81 1989]
debout. Parfois déformé, il peut évoquer un vase ou une branche selon le hiéroglyphe
utilisé17 (fig. 7). En règle générale, l'animal divin brandit un couteau mais le geste du bras
tenant l'arme n'est pas toujours clairement reconnaissable18 (fig. 6).
D'autres objets à caractère apotropaïque représentent encore Thouéris. Ce sont les
«ivoires magiques», appelés aussi apolropaia, travaillés dans des défenses d'hippopotame
et chargés d'assurer la protection du nouveau-né ou du mort renaissant19. Ils sont ornés
de divinités monstrueuses, souvent composites ; parmi ces génies figure presque toujours
Thouéris : gueule ouverte, appuyée d'une patte sur le signe de protection sa, elle brandit
de l'autre son couteau. Sa gueule caricaturale d'hippopotame est encadrée par une
crinière de lion figurée sous la forme d'un collier strié (fig. 10). L'appendice dorsal
présente souvent des stries, parfois rassemblées en bandes horizontales. La poitrine
tombante apparaît nettement sous le bras ; le ventre est plus ou moins proéminent. La
crinière et l'élément recouvrant le dos peuvent être transformés en une sorte de chevelure
descendant presque jusqu'à terre20 (fig. 13). Il arrive aussi que le crocodile entier soit
juché sur le dos de l'hippopotame21 (fig. 11). Comme sur les sceaux, on trouve le génie
dédoublé selon le schéma antithétique classique ou reproduit en frise, seul22 ou en
alternance avec un lion dressé23 : le lion est en effet souvent présent sur les ivoires
magiques, debout, dévorant des serpents et appuyé comme l'hippopotame sur le signe sa.
C'est à propos d'un de ces ivoires, au musée du Louvre24 (fig. 12), que Cl. Baurain
remarque combien Thouéris est loin de l'iconographie du génie minoen. En effet, cet
apotropaion est moins schématique, mieux dessiné qu'habituellement, mais il reste
justement que cet aspect «soigné» est une exception et ne peut servir de référence.
Des objets de toilette représentent encore des génies du même type. Sur des pots à
khôl, l'animal est gravé, au niveau de la panse ou du couvercle, avec son gros ventre et
son appendice curieusement implanté au niveau du crâne25 (fig. 14). On trouve aussi des
épingles à cheveux de la XIIe Dynastie présentant une extrémité en forme de Thouéris26.
Le mobilier peut, de son côté, comporter des pièces incrustées ou gravées à l'effigie
de la déesse : lits27, chevets28 et surtout un trône de Sebekhotep III (XIIIe Dynastie)29
(fig. 16) qui représente sur le dossier deux animaux dressés à tête de lion, avec la crinière
nettement dessinée et la poitrine tombante. L'appendice montre qu'il ne peut s'agir que
(17) R. Lanzone, Dizionario I (1982), p. 23, fig. 3.
(18) F. Matouk, Corpus du scarabée égyptien (1977), n°» 320-321.
(19) H. Altenmuller, Apolropaia (1965); Studien zur altâgyptischen Kultur 13 (1986), p. 1-27; ivoire
d'une collection privée.
(20) S. Schoske, D. Wildung, Àgyptische Kunsl, Mûnchen Katalog, p. 40 : AS 2952.
(21) H. Altenmuller, Studien zur altâgyptischen Kultur 13 (1986), p. 11, flg. 13.
(22) Ibid., p. 12, n° 90 : New York, MMA 08.200. 19.
(23)p. 13, n° 12 : Berlin 18.805.
(24) Baurain (1985), p. 99 ; ivoire magique du Louvre, cf. F. Legge, The Magic Ioories, Proceedings ofthe
Society of Biblical Archaeology (1905), pi. VI.
(25) F. W. von Bissing, Sleingefàsse, Catalogue général de» antiquités égyptiennes du Mutée du Caire (1904),
pi. IX.
(26) W. Hayes, The Scepter of Egypt I (1960), p. 240.
(27) W. Stevenson Smith, Ancient Egypt, Muséum of Fine Arts (I960), p. 100-101.
(28) H. Altenmuller, Apolropaia (1965), p. 153.
(29) Hieroglyphic Texte in the British Muséum V (1914), pi. 12. Illustration non autorisée à la diffusion
10; — Ivoires magiques. British Muséum. Pig.
Fig. 11. — Ivoire magique. Collection privée. Fig. 12. — Ivoire magique. Louvre.
Fig. 13. — Ivoire magique. Munich AS 2952. GÉNIE MINOEN ET GÉNIE ÉGYPTIEN 83 1989]
de Thouéris (au Nouvel Empire, une statue d'Hatchepsout grandeur nature représente la
reine sur un trône décoré à l'arrière de deux Thouéris en relief)30.
On trouve encore au Moyen Empire des statues ou statuettes de la déesse : ainsi
celles du Metropolitan Muséum qui sont une combinaison de l'hippopotame, du crocodile
et du lion avec des bras humains tenant une plante de papyrus31. Des récipients creux à
l'image de Thouéris nous la montrent portant une patte à un sein dont le mamelon est
perforé32.
Enfin, un graffito sur le temple du Moyen Empire de Medamoud est la preuve de la
popularité de la déesse à une époque située entre le Moyen et le Nouvel Empire33 (fig. 15).
L'animal debout, figuré avec son appendice dorsal et deux oreilles dressées, est en train
de saisir un objet malheureusement indéterminé.
Du point de vue iconographique, nous avons vu des représentations le plus souvent
schématisées montrant un animal monstrueux, agressif, à tête d'hippopotame (mais aussi
de lion) avec une crinière (ou une chevelure), une poitrine tombante, tenant un couteau ou
une plante et caractérisé surtout par son étrange appendice dorsal (parfois remplacé par
le crocodile) ; le ventre est en général proéminent, mais pas plus que pour un animal de
son espèce.
Les supports de ces représentations sont les objets les plus simples, ceux de la vie de
tous les jours : cylindres-sceaux, scarabées, ivoires magiques, statuettes, pots à onguents
ou petit mobilier. Ce sont donc pour la plupart des objets aisément transportables. Quant
au trône de Sebekhotep, il est évident qu'il n'a pas voyagé mais que des étrangers se
présentant à pharaon n'ont pu manquer d'en voir la décoration. La personnalité de
Thouéris apparaît clairement à travers ce petit matériel : elle n'est pas une grande
divinité, mais bien un génie familier, apotropaïque, issu du monde magique pour effrayer
l'ennemi ou tout simplement écarter la maladie ou la mort grâce à son couteau mais
surtout par sa seule apparence grotesque et terrifiante.
Une autre de ses caractéristiques est sa relation étroite avec le monde végétal. Des
statuettes du Moyen Empire représentent des hippopotames de type classique (l'animal
debout sur ses quatre pattes) couverts de la végétation des marais : lotus, plantes
aquatiques variées34. Sur l'ivoire magique de Munich, les génies doubles tiennent une
immense fleur, comme le font les Thouéris des statues du Metropolitan Muséum. Les pots
à khôl associent encore la déesse à un rameau. Il est donc certain que, bien avant de
devenir la patronne des femmes enceintes, Thouéris était un être d'aspect terrifiant, venu
tout droit du monde aquatique et végétal.
Très proche du lion du point de vue iconographique, en possédant la crinière
caractéristique et associée à lui sur les ivoires magiques, la déesse hippopotame a pu être
(30) W. Hayes, The Scepter of Egypt II (1959), p. 100.
(31) Ibid; Scepter I, p. 227; II. Wini.ock, BullMMA (1933-34), p. 30, fig. 29. Un autre exemplaire a été
découvert à Tell Basta dans le palais du Moyen Empire ; il représente une Thouéris très grossière portant un
crocodile sur le dos : cf. A. el Sawi, Excavations at Tell Basta (1979), p. 76-77 et fig. 177-179.
(32) Ces vases sont du Nouvel Empire surtout mais on en trouve déjà au Moyen Empire : cf. W. Hayes,
Scepter I, p. 100.
(33) F. Bisson de la Roque, Fouilles de Medamoud 1927, FIFAO V (1928), fig. 77.
(34) Ex. Brooklyn Muséum n° 351276 : E. Riefstahl, Ancient Egyptien Glass and Glazes in the Brooklyn
Muséum (1968), pi. II. 84 CHANTAL SAMBIN [BCH 113
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 14. — Pots à khôl. Musée du Caire.
Fig. 15. — Grafiîto de Medamoud. Fig. 16. — Représentation de Thouéris.
Trône de Sebekhotep, XIIIe Dynastie. Temple du Moyen Empire.
transformée elle-même en vraie divinité lionne quand elle protégeait le roi ; dans cette
évolution on ne faisait que donner plus d'importance à l'aspect terrible, sauvage du génie
composite. Bien des statues du Nouvel Empire représentent ainsi la déesse Thouéris
léontocéphale (même sans contexte monarchique), mais cette particularité remonte déjà
au Moyen Empire.
Ainsi la distinction proposée par Cl. Baurain entre un génie hippopotame plutôt
égyptien et un lion plutôt crétois ne peut être retenue. L'exemple de l'ivoire du Louvre
qu'il donne pour soutenir sa démonstration reste exceptionnel. GÉNIE MINOEN ET GÉNIE ÉGYPTIEN 85 1989]
Le Livre des Morts.
Par ailleurs Cl. Baurain fait du Livre des Morts le modèle d'où est sorti le génie
minoen ; or ce recueil n'apparaît que vers 1550 av. J.-C. S'il tire sa substance de textes
antérieurs, il présente surtout une nouveauté, celle d'illustrer par de petites vignettes les
différents «chapitres». Ceux-ci sont une compilation de diverses formules rédigées pour
assurer la sauvegarde du mort contre les périls qui le guettent dans d'au-delà. Le Livre des
Morts n'était donc pas un ouvrage que l'on gardait auprès de soi pour une consultation
fréquente mais il représentait plutôt une sorte de «passeport» pour le royaume des morts.
A ce titre on le déposait roulé et scellé sur le sarcophage, enfermé dans une statuette
d'Osiris en bois ou encore glissé dans les bandelettes de la momie. Les textes en étaient
parfois rédigés à l'avance, certainement par les prêtres qui laissaient «en blanc» le nom du
futur défunt. La famille en acquérant le papyrus faisait compléter les formules au nom et
titre du mort35.
Nous ne connaissons pas personnellement d'exemplaire du Livre des Morts qui ait été
trouvé en dehors de l'Egypte et il paraît bien peu probable que ce recueil magique à
caractère exclusivement funéraire ait pu influencer des «étrangers». Il n'était certain
ement pas fait pour être exhibé ; bien au contraire, on le conservait précieusement dans le
secret de la tombe.
Les conditions très spéciales de son utilisation et sa datation au Nouvel Empire
rendent donc absolument impossible une quelconque influence de la Thouéris du Livre des
Morts sur la naissance ou même sur le développement du génie minoen.
Thouéris hors d'Egypte
Thouéris en Syro-Palestine.
A l'inverse, Cl. Baurain exclut catégoriquement la Syrie-Palestine comme jalon
intermédiaire entre l'Egypte et le monde minoen. L'adoption de Thouéris par les Égéens
n'aurait pu se faire par cet intermédiaire puisque la déesse en est «parfaitement absente».
En note cependant36, l'auteur admet que les statuettes de Byblos à son effigie sont
incontestablement égyptiennes.
De fait, à Byblos, dans le dépôt de l'ante du Temple aux obélisques, près d'une
quarantaine de statuettes datées du Moyen Empire représentent des hippopotames assis
ou couchés37 et sept autres sont plus directement à l'effigie de Thouéris elle-même38. La
déesse debout, une jambe en avant, la crinière encadrant son mufle assez grossier,
présente un ventre saillant et porte l'appendice dorsal très stylisé39 (fig. 17a) ou bien un
crocodile plus ou moins schématisé. Sur un exemplaire, le saurien est très nettement
(35) P. Barguet, Le Livre des Morts des Anciens Égyptiens (1967), p. 6-7; H. van Voss, l^exikon der
Agyptologie VI (1985), col. 641-643.
(36) Baurain (1985), p. 101, n. 29.
(37) M. Dunand, Byblos II (1937-38), n« 15121, 15152.
(38) Ibid., n°· 15153-15160.
(39)n» 15153.