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Introduction - article ; n°1 ; vol.41, pg 1-10

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Gallia préhistoire - Année 1999 - Volume 41 - Numéro 1 - Pages 1-10
La grotte du Bourrouilla à Arancou, Pyrénées-Atlantiques, découverte en 1986, avait été affectée par une fouille clandestine dont les déblais ont été tamisés sous l'eau, livrant des restes lithiques et fauniques abondants ainsi que des oeuvres d'art mobilier en os et bois de Cervidé, attribuables au Magdalénien. Un sondage important effectué à l'extérieur mit en évidence trois ensembles de couches contenant un possible Azilien, du Magdalénien supérieur et un possible Magdalénien moyen.
Les datations carbone 14 des ossements provenant du sondage confirment l'appartenance des niveaux datés au Magdalénien supérieur et moyen. Les résultats de ces datations sont comparés à ceux obtenus antérieurement pour d'autres sites de la région pyrénéenne. Les deux séries d'outillage lithique du sondage et des déblais de la fouille clandestine sont attribuées au Magdalénien moyen et supérieur à final. Les vestiges découverts dans le sondage ont bénéficié de nombreux remontages, d'un classement sommaire par catégorie de matières premières et d'une étude typo-technologique. L'outillage recueilli dans les déblais de la fouille clandestine complète les données typologiques de la fouille.
L'outillage en matières dures animales, os et bois de Cervidé, est varié et comporte des aiguilles à chas, des harpons à double rang de barbelures, des sagaies à biseau simple ou double, ainsi qu'une pièce en os portant une douille et qui a dû servir a l'emmanchement. Les sagaies fourchues caractéristiques du Magdalénien pyrénéen ont été trouvées dans le sondage au dessous des couches à harpons. L'un des objets les plus caractéristiques du site est une lame d'os sur côte refendue et polie, façonnée en forme de canif et souvent décorée. Les parures sont principalement des incisives sciées et des craches de Cerf percées. Des déchets de débitage sur os et bois de Cervidé indiquent les techniques de débitage par rainures doubles et par tronçonnage. Le bois de Renne a été utilisé de préférence au bois de Cerf malgré l'abondance moindre du Renne dans les restes de faune. Vingt-deux objets provenant du tamisage des déblais portent des décors plus ou moins élaborés ou des gravures figuratives, certaines d'une grande qualité. Dans cinq cas, sont associées sur le même support des espèces animales différentes appartenant à des classes ou des ordres différents. Toutes ces représentations sont de petite taille, parfois de l'ordre du centimètre, et certaines sont très finement détaillées, d'un style qui présente des affinités avec d'autres oeuvres du Magdalénien supérieur de sites pyrénéens, aveyronnais ou périgourdins. L'étude technologique accompagnée par un examen au microscope électronique à balayage, permet d'élucider la séquence des gestes du graveur ainsi que la mise en place des motifs sur les pièces.
La faune abondante (plus de 3 000 restes osseux déterminés spécifiquement) appartenant à une quinzaine d'espèces d'Herbivores et de Carnivores. Le Cerf élaphe, le Renne et le Cheval sont les Herbivores les plus abondants suivis du Chevreuil, Sanglier, grands Bovidés. Les Carnivores sont nombreux avec principalement le Renard roux et le Renard polaire. Le Loup, les Félidés, les Ursidés et les Mustélidés sont également présents. L'association faunique dénote un climat relativement froid et un paysage composé de couverts forestiers et d'espaces ouverts (prairies-steppes). L'absence constante de certains éléments squelettiques (colonnes vertébrales par exemple) fait supposer que les Herbivores ont été amenés dans la grotte découpés. L'abondance des Carnivores atteste d'activités de piégeage aux alentours de la cavité. Les oiseaux, principalement rencontrés dans les déblais de la fouille clandestine, témoignent aussi des capacités de piégeage des Magdaléniens aussi bien que de la richesse de leur environnement. Les espèces déterminées sont de milieu humide, de forêt et de milieu découvert et comprennent des passereaux aussi bien que des espèces plus grandes. Certaines espèces de milieu marin attestent de relations avec le rivage de l'Atlantique. Le Harfang, qui comprend la majorité des restes déterminés n 'a pas été chassé dans un but alimentaire. La microfaune est également riche et atteste d'un climat froid sans être rigoureux.
Les poissons, présents presque exclusivement dans les déblais de la fouille clandestine, sont surtout des restes de salmonidés ainsi que de brochets. L'examen des vertèbres indique une saison de pêche (et donc de présence de l'Homme surplace) pendant l'été principalement, ce que confirme l'étude des lames minces tirées des molaires de grands Herbivores, malgré une minorité de pièces indiquant la mauvaise saison.
Quelques fragments humains trouvés dans les déblais de la fouille clandestine, pourraient être attribuables à des sépultures néolithiques, comme dans d'autres cavités de la région.
Les résultats de cette première phase d'étude de la grotte d'Arancou sont enfin replacés dans le contexte régional formé par les gisements magdaléniens des Pyrénées occidentales (sud des Landes, Pyrénées-Atlantiques, Guipuzcoa, nord de la Navarre espagnole).
When, in 1986, the Grotte du Bourrouilla at Arancou, Pyrénées-Atlantiques, was discovered, it was also found to have been excavated clandestinely. The sediments from these workings were wet sieved to produce an abundance of faunal remains and of bone, antler and lithic tools, as well as a few decorated pieces of bone and antler, which might be attributed to the Magdalenian. An extended test excavation outside the entrance to the cave gave evidence of three sets of stratified layers containing a sequence of occupation levels : a possible Azilian, an upper Magdalenian and a possible middle Magdalenian.
Radio carbon dating on bone from the test pit confirms that these levels relate to phases of middle and upper Magdalenian occupation and the results are comparable with those previously obtained for other sites in the Pyrenean region.
The tool assemblages from both the test pit and the clandestine excavations have been identified as belonging to the middle, late and final Magdalenian. The artifacts from the excavation have been classified, initially according to raw material and by typo-technological analysis and numerous refits have been found. The tool complex recovered in the spoil from the clandestine diggings reinforces the typological data of the test pit assemblages.
The range of antler and bone tools is varied and includes bone needles, double barbed harpoons, single and double bevelled points as well as an implement with a socket which may have been used for a haft. In the layers beneath the harpoon level there were forked bone points, typical of the Magdalenian in the Pyrenees. The most characteristic object is a small knife shaped, polished blade, made on a fragment of split rib, frequently decorated on the external surface of the bone. For ornament, deer incisors and canine teeth were sawn and drilled to make beads. The fragments left over from cutting cervid bone and antler indicate that artifacts were produced using a groove and splinter technique. Reindeer antler was used in preference to that of red deer, even though their bones were proportionately less abundant amongst thefaunal remains.
Twenty two of the objects recovered from the clandestine spoil bear more or less elaborate decoration or figurative engravings, some of which are very fine. On five of the pieces there are engravings of a number of animal species from different zoological taxons depicted in association with one another. All these figures are very small, occasionally no larger than a centimetre in height and some are extremely delicately detailed, in a style which has affinities with other objects from sites in the Pyrenees, Perigord or the Aveyron valley. The techniques employed by the engraver have been studied using an electron microscope, which has made it possible to trace the sequence of tool movements and the order in which lines were produced. The rich fauna (more than 3,000 taxonomically determined bones) includes fifteen herbivorous and carnivorous species. Red deer, reindeer and horse are the most abundant, followed by roe deer, wild boar and large bovids. Carnivores are also numerous, especially red and arctic fox. Also present are wolf, felids, bear and mustelids. The faunal association indicates a relatively cold climate and a composite landscape of forest and open prairie steppe country. The consistent absence of certain skeletal elements, the vertebral column for example, suggests that
Herbivores were butchered prior to being brought to the cave. The proposition that trapping was carried on in the vicinity of the cave is borne out by the abundance of carnivorous species.
Bird bones came mainly from the clandestine spoil and supply further evidence of the trapping capabilities of the Magdalenian hunters as well as of the richness of the environment. The identified species are from marsh, woodland and grassland habitats and small passerines are represented as well as some larger species of waterfowl and game birds. The migratory species give mixed seasonal indications, with a
number of Summer visitors but also some wildfowl present during the Winter. Numerically, snowy owl bones dominate over those of all other species from the spoil, a feature which has affinities with a number of other late Magdalenian sites. Microfaunal remains are also numerous and indicate that the environment was cold but not quite periglacial.
Fishes are also present, almost exclusively in the clandestine spoil and are mainly salmonids and pike. Examination of the vertebrae shows that most were caught during the Summer, indicating the presence of man at that season. A study of thin sections taken from the molars of the Herbivores demonstrates a similar trend, although there is evidence that a minority of these died during the Winter months.
Some human fragments, found in the clandestine spoil, may belong to Neolithic burials, similar to those which occur in other caves in the region.
The results of this first phase of study in the Grotte du Bourrouilla are put into the regional context and compared to other sites in the
western Pyrenees.
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Publié le 01 janvier 1999
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Langue Français
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Claude Chauchat
Introduction
In: Gallia préhistoire. Tome 41, 1999. pp. 1-10.
Citer ce document / Cite this document :
Chauchat Claude. Introduction. In: Gallia préhistoire. Tome 41, 1999. pp. 1-10.
doi : 10.3406/galip.1999.2338
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1999_num_41_1_2338Résumé
La grotte du Bourrouilla à Arancou, Pyrénées-Atlantiques, découverte en 1986, avait été affectée par
une fouille clandestine dont les déblais ont été tamisés sous l'eau, livrant des restes lithiques et
fauniques abondants ainsi que des oeuvres d'art mobilier en os et bois de Cervidé, attribuables au
Magdalénien. Un sondage important effectué à l'extérieur mit en évidence trois ensembles de couches
contenant un possible Azilien, du Magdalénien supérieur et un possible Magdalénien moyen.
Les datations carbone 14 des ossements provenant du sondage confirment l'appartenance des niveaux
datés au Magdalénien supérieur et moyen. Les résultats de ces datations sont comparés à ceux
obtenus antérieurement pour d'autres sites de la région pyrénéenne. Les deux séries d'outillage lithique
du sondage et des déblais de la fouille clandestine sont attribuées au Magdalénien moyen et supérieur
à final. Les vestiges découverts dans le sondage ont bénéficié de nombreux remontages, d'un
classement sommaire par catégorie de matières premières et d'une étude typo-technologique.
L'outillage recueilli dans les déblais de la fouille clandestine complète les données typologiques de la
fouille.
L'outillage en matières dures animales, os et bois de Cervidé, est varié et comporte des aiguilles à
chas, des harpons à double rang de barbelures, des sagaies à biseau simple ou double, ainsi qu'une
pièce en os portant une douille et qui a dû servir a l'emmanchement. Les sagaies fourchues
caractéristiques du Magdalénien pyrénéen ont été trouvées dans le sondage au dessous des couches à
harpons. L'un des objets les plus caractéristiques du site est une lame d'os sur côte refendue et polie,
façonnée en forme de canif et souvent décorée. Les parures sont principalement des incisives sciées et
des craches de Cerf percées. Des déchets de débitage sur os et bois de Cervidé indiquent les
techniques de débitage par rainures doubles et par tronçonnage. Le bois de Renne a été utilisé de
préférence au bois de Cerf malgré l'abondance moindre du Renne dans les restes de faune. Vingt-deux
objets provenant du tamisage des déblais portent des décors plus ou moins élaborés ou des gravures
figuratives, certaines d'une grande qualité. Dans cinq cas, sont associées sur le même support des
espèces animales différentes appartenant à des classes ou des ordres différents. Toutes ces
représentations sont de petite taille, parfois de l'ordre du centimètre, et certaines sont très finement
détaillées, d'un style qui présente des affinités avec d'autres oeuvres du Magdalénien supérieur de sites
pyrénéens, aveyronnais ou périgourdins. L'étude technologique accompagnée par un examen au
microscope électronique à balayage, permet d'élucider la séquence des gestes du graveur ainsi que la
mise en place des motifs sur les pièces.
La faune abondante (plus de 3 000 restes osseux déterminés spécifiquement) appartenant à une
quinzaine d'espèces d'Herbivores et de Carnivores. Le Cerf élaphe, le Renne et le Cheval sont les
Herbivores les plus abondants suivis du Chevreuil, Sanglier, grands Bovidés. Les Carnivores sont
nombreux avec principalement le Renard roux et le Renard polaire. Le Loup, les Félidés, les Ursidés et
les Mustélidés sont également présents. L'association faunique dénote un climat relativement froid et un
paysage composé de couverts forestiers et d'espaces ouverts (prairies-steppes). L'absence constante
de certains éléments squelettiques (colonnes vertébrales par exemple) fait supposer que les Herbivores
ont été amenés dans la grotte découpés. L'abondance des Carnivores atteste d'activités de piégeage
aux alentours de la cavité. Les oiseaux, principalement rencontrés dans les déblais de la fouille
clandestine, témoignent aussi des capacités de piégeage des Magdaléniens aussi bien que de la
richesse de leur environnement. Les espèces déterminées sont de milieu humide, de forêt et de milieu
découvert et comprennent des passereaux aussi bien que des espèces plus grandes. Certaines
espèces de milieu marin attestent de relations avec le rivage de l'Atlantique. Le Harfang, qui comprend
la majorité des restes déterminés n 'a pas été chassé dans un but alimentaire. La microfaune est
également riche et atteste d'un climat froid sans être rigoureux.
Les poissons, présents presque exclusivement dans les déblais de la fouille clandestine, sont surtout
des restes de salmonidés ainsi que de brochets. L'examen des vertèbres indique une saison de pêche
(et donc de présence de l'Homme surplace) pendant l'été principalement, ce que confirme l'étude des
lames minces tirées des molaires de grands Herbivores, malgré une minorité de pièces indiquant la
mauvaise saison.
Quelques fragments humains trouvés dans les déblais de la fouille clandestine, pourraient être
attribuables à des sépultures néolithiques, comme dans d'autres cavités de la région.Les résultats de cette première phase d'étude de la grotte d'Arancou sont enfin replacés dans le
contexte régional formé par les gisements magdaléniens des Pyrénées occidentales (sud des Landes,
Pyrénées-Atlantiques, Guipuzcoa, nord de la Navarre espagnole).
Abstract
When, in 1986, the Grotte du Bourrouilla at Arancou, Pyrénées-Atlantiques, was discovered, it was also
found to have been excavated clandestinely. The sediments from these workings were wet sieved to
produce an abundance of faunal remains and of bone, antler and lithic tools, as well as a few decorated
pieces of bone and antler, which might be attributed to the Magdalenian. An extended test excavation
outside the entrance to the cave gave evidence of three sets of stratified layers containing a sequence
of occupation levels : a possible Azilian, an upper Magdalenian and a possible middle Magdalenian.
Radio carbon dating on bone from the test pit confirms that these levels relate to phases of middle and
upper Magdalenian occupation and the results are comparable with those previously obtained for other
sites in the Pyrenean region.
The tool assemblages from both the test pit and the clandestine excavations have been identified as
belonging to the middle, late and final Magdalenian. The artifacts from the excavation have been
classified, initially according to raw material and by typo-technological analysis and numerous refits
have been found. The tool complex recovered in the spoil from the clandestine diggings reinforces the
typological data of the test pit assemblages.
The range of antler and bone tools is varied and includes bone needles, double barbed harpoons, single
and double bevelled points as well as an implement with a socket which may have been used for a haft.
In the layers beneath the harpoon level there were forked bone points, typical of the Magdalenian in the
Pyrenees. The most characteristic object is a small knife shaped, polished blade, made on a fragment
of split rib, frequently decorated on the external surface of the bone. For ornament, deer incisors and
canine teeth were sawn and drilled to make beads. The fragments left over from cutting cervid bone and
antler indicate that artifacts were produced using a groove and splinter technique. Reindeer antler was
used in preference to that of red deer, even though their bones were proportionately less abundant
amongst thefaunal remains.
Twenty two of the objects recovered from the clandestine spoil bear more or less elaborate decoration
or figurative engravings, some of which are very fine. On five of the pieces there are engravings of a
number of animal species from different zoological taxons depicted in association with one another. All
these figures are very small, occasionally no larger than a centimetre in height and some are extremely
delicately detailed, in a style which has affinities with other objects from sites in the Pyrenees, Perigord
or the Aveyron valley. The techniques employed by the engraver have been studied using an electron
microscope, which has made it possible to trace the sequence of tool movements and the order in
which lines were produced. The rich fauna (more than 3,000 taxonomically determined bones) includes
fifteen herbivorous and carnivorous species. Red deer, reindeer and horse are the most abundant,
followed by roe deer, wild boar and large bovids. Carnivores are also numerous, especially red and
arctic fox. Also present are wolf, felids, bear and mustelids. The faunal association indicates a relatively
cold climate and a composite landscape of forest and open prairie steppe country. The consistent
absence of certain skeletal elements, the vertebral column for example, suggests that
Herbivores were butchered prior to being brought to the cave. The proposition that trapping was carried
on in the vicinity of the cave is borne out by the abundance of carnivorous species.
Bird bones came mainly from the clandestine spoil and supply further evidence of the trapping
capabilities of the Magdalenian hunters as well as of the richness of the environment. The identified
species are from marsh, woodland and grassland habitats and small passerines are represented as well
as some larger species of waterfowl and game birds. The migratory species give mixed seasonal
indications, with a
number of Summer visitors but also some wildfowl present during the Winter. Numerically, snowy owl
bones dominate over those of all other species from the spoil, a feature which has affinities with a
number of other late Magdalenian sites. Microfaunal remains are also numerous and indicate that the
environment was cold but not quite periglacial.
Fishes are also present, almost exclusively in the clandestine spoil and are mainly salmonids and pike.
Examination of the vertebrae shows that most were caught during the Summer, indicating the presenceof man at that season. A study of thin sections taken from the molars of the Herbivores demonstrates a
similar trend, although there is evidence that a minority of these died during the Winter months.
Some human fragments, found in the clandestine spoil, may belong to Neolithic burials, similar to those
which occur in other caves in the region.
The results of this first phase of study in the Grotte du Bourrouilla are put into the regional context and
compared to other sites in the
western Pyrenees.L'habitat magdalénien
de la grotte du bourrouilla
À Arancou (Pyrénées-Atlantiques)
Éditeur scientifique : Claude Chauchat
Introduction (p. 4-10)
Claude Chauchat
Datations radiocarbone (p. 10-12)
Michel Fontugne et Christine Hatté
L'industrie lithique : premiers résultats (p. 12-36)
Morgane Dachary
L'industrie sur matières dures animales (p. 36-53)
Dominique Bonnissent et François-Xavier Chauvière
L'art mobilier (p. 54-97)
Carole Fritz et Alain Roussot
La grande faune mammalienne : remarques préliminaires (p. 98-113)
Philippe Fosse
Les oiseaux et la microfaune (p. 113-127)
Anne Eastham
Analyse squelettochronologique de quelques restes dentaires (p. 127-129)
Hélène Martin
Les poissons (p. 129-132)
Olivier Le Gall
Restes humains, étude anthropologique (p. 132-133)
Dominique Gambier
Conclusions : la grotte du Bourrouilla dans le contexte régional magdalénien (p. 133-143)
Claude Chauchat
Dominique Bonnissent, 17 rue Hanappier, F-33000 Bordeaux.
Claude Chauchat, UMR 5808 du CNRS, Institut de Préhistoire et Géologie du Quaternaire, Avenue des Facultés,
Université Bordeaux I, F-33405 Talence cedex. Mél : claude.chauchat@wanadoo.fr
François-Xavier Chauvière, 3 rue du Midi, CH-2206 Les Geneveys-sur-Coffrane, Suisse.
Morgane Dachary, EP 2058, Maison de l'Archéologie et de l'Ethnologie, 21 allée de l'Université, F-92023
Nanterre cedex.
Gallia Préhistoire, 41, 1999, p. 1-151 © CNRS ÉDITIONS, Paris, 2000 Chauchat et al. Claude
Anne Eastham, Labordy Ymchwill Cleddau, Cleddau Laboratory for Archaeozoological Analysis ; Dolau,
Dwrbach, Fishguard, Pembrokeshire, Wales, SA65RN, Grande-Bretagne.
Michel Fontugne, Centre des Faibles Radioactivités, laboratoire mixte CNRS-CEA, Avenue de la Terrasse,
F-91198 Gif-sur-Yvette cedex. Mél : fmr@cfr.cnrs-gif.fr
Philippe Fosse, UMR 5554 du CNRS, ISEM, laboratoire de Paléontologie, université de Montpellier II, case courr
ier 64, 1 place Eugène-Bataillon, F-34095 Montpellier cedex 05. Mél : fosse@evol.isem.univ-montp2.fr
Carole Fritz, UMR 5608 du CNRS Toulouse, laboratoire de Préhistoire et laboratoire de recherche des Musées
de France, 6 rue des Pyramides, F-75041 Paris cedex 01.
Dominique Gambier, UA 0376 du CNRS, laboratoire d'Anthropologie, université Bordeaux I, Avenue des
Facultés, F-33405 Talence cedex.
Christine Hatté, Centre des Faibles Radioactivités, laboratoire mixte CNRS-CEA, Avenue de la Terrasse, F-91198
Gif-sur-Yvette cedex. Mél : hatte@cfr.cnrs-gif.fr
Olivier Le Gall, UMR 5808 du CNRS, Institut de Préhistoire et Géologie du Quaternaire, Avenue des Facultés,
université Bordeaux I, F-33405 Talence cedex.
Hélène Martin, UMR 5608 du CNRS, UTAH, laboratoire de Préhistoire, Maison de la Recherche, 5 allée
Antonio-Machado, université Toulouse-Le Mirail, F-31058 Toulouse cedex.
Alain Roussot, Musée d'Aquitaine, cours Pasteur, F-33000 Bordeaux.
Mots-clés. Paléolithique supérieur, Magdalénien, Pyrénées, Pays basque, datations carbone 14, dates calibrées, matériel lithique taillé,
technologie lithique, outillage osseux, art préhistorique, art mobilier, paléontologie, archéozoologie, mammifères, oiseaux, microfaune,
poissons, saisonnalité paléo-environnement, restes humains.
Key-words. Upper Palaeolithic, Magdalenian, Pyrenees, Basque country, Radiocarbon dates, calibrated age, knapped lithic material,
lithic technology, bone tools, antler tools, prehistoric art, decorated objects, paleontology, archaeozoology, mammals, birds, microfauna,
fishes, seasonality, paleoenvironment, human remains.
Résumé. La grotte du Bourrouilla à Arancou, Pyrénées-Atlantiques, découverte en 1986, avait été affectée par une fouille clandestine
dont les déblais ont été tamisés sous l'eau, livrant des restes lithiques etfauniques abondants ainsi que des oeuvres d'art mobilier en os et
bois de Cervidé, attribuables au Magdalénien. Un sondage important effectué à l'extérieur mit en évidence trois ensembles de couches
contenant un possible Azilien, du Magdalénien supérieur et un possible Magdalénien moyen.
Les datations carbone 14 des ossements provenant du sondage confirment l'appartenance des niveaux datés au Magdalénien supérieur et
moyen. Les résultats de ces datations sont comparés à ceux obtenus antérieurement pour d'autres sites de la région pyrénéenne.
Les deux séries d'outillage lithique du sondage et des déblais de la fouille clandestine sont attribuées au Magdalénien moyen et supérieur à
final. Les vestiges découverts dans le ont bénéficié de nombreux remontages, d'un classement sommaire par catégorie de matières
premières et d'une étude typo-technologique. L'outillage recueilli dans les déblais de la fouille clandestine complète les données typologiques
de la fouille.
L'outillage en matières dures animales, os et bois de Cervidé, est varié et comporte des aiguilles à chas, des harpons à double rang de
barbelures, des sagaies à biseau simple ou double, ainsi qu'une pièce en os portant une douille et qui a dû servir a l'emmanchement. Les
sagaies fourchues caractéristiques du Magdal énien pyrénéen ont été trouvées dans le sondage au dessous des couches à harpons. L'un des
objets les plus du site est une lame d'os sur côte refendue et polie, façonnée en forme de canif et souvent décorée. Les parures
sont principalement des incisives sciées et des craches de Cerf percées. Des déchets de débitage sur os et bois de Cervidé indiquent les
techniques de débitage par rainures doubles et par tronçonnage. Le bois de Renne a été utilisé de préférence au bois de Cerf malgré
l'abondance moindre du Renne dans les restes de faune.
Gallia Préhistoire, 41, 1999, p. 1-151 © CNRS EDITIONS, Paris, 2000 '
La grotte du Bourrouilla à Arancou
Vingt-deux objets provenant du tamisage des déblais portent des décors plus ou moins élaborés ou des gravures figuratives, certaines d'une
grande qualité. Dans cinq cas, sont associées sur le même support des espèces animales différentes appartenant à des classes ou des ordres
différents. Toutes ces représentations sont de petite taille, parfois de l'ordre du centimètre, et certaines sont très finement détaillées, d'un
style qui présente des affinités avec d'autres oeuvres du Magdalénien supérieur de sites pyrénéens, aveyronnais ou périgourdins. L'étude
technologique accompagnée par un examen au microscope électronique à balayage, permet d'élucider la séquence des gestes du graveur
ainsi que la mise en place des motifs sur les pièces.
La faune abondante (plus de 3 000 restes osseux déterminés spécifiquement) appartenant à une quinzaine d'espèces d'Herbivores et de
élaphe, le Renne et le Cheval sont les Herbivores les plus abondants suivis du Chevreuil, Sanglier, grands Bovidés. Les Carnivores. Le Cerf
Carnivores sont nombreux avec principalement le Renard roux et le Renard polaire. Le Loup, les Félidés, les Ursidês et les Mustélidés sont
également présents. L'association faunique dénote un climat relativement froid et un paysage composé de couverts forestiers et d'espaces
ouverts (prairies-steppes). L'absence constante de certains éléments squelettiques (colonnes vertébrales par exemple) fait supposer que les
Herbivores ont été amenés dans la grotte découpés. L'abondance des Carnivores atteste d'activités de piégeage aux alentours de la cavité.
Les oiseaux, principalement rencontrés dans les déblais de la fouille clandestine, témoignent aussi des capacités de piégeage des
Magdaléniens aussi bien que de la richesse de leur environnement. Les espèces déterminées sont de milieu humide, de forêt et de milieu
découvert et comprennent des passereaux aussi bien que des espèces plus grandes. Certaines espèces de milieu marin attestent de relations
avec le rivage de l'Atlantique. Le Harfang, qui comprend la majorité des restes déterminés n 'a pas été chassé dans un but alimentaire. La
microfaune est également riche et atteste d'un climat froid sans être rigoureux.
Les poissons, présents presque exclusivement dans les déblais de la fouille clandestine, sont surtout des restes de salmonidés ainsi que de
brochets. L'examen des vertèbres indique une saison dépêche (et donc de présence de l'Homme surplace) pendant l'été principalement, ce
que confirme l'étude des lames minces tirées des molaires de grands Herbivores, malgré une minorité de pièces indiquant la mauvaise
saison.
Quelques fragments humains trouvés dans les déblais de la fouille clandestine, pourraient être attribuables à des sépultures néolithiques,
comme dans d'autres cavités de la région.
Les résultats de cette première phase d'étude de la grotte d 'Arancou sont enfin replacés dans le contexte régional formé par les gisements
magdaléniens des Pyrénées occidentales (sud des Landes, Pyrénées-Atlantiques, Guipuzcoa, nord de la Navarre espagnole).
Abstract. When, in 1986, the Grotte du Bourrouilla at Arancou, Pyrénées-Atlantiques, was discovered, it was also found to have been
excavated clandestinely. The sediments from these workings were wet sieved to produce an abundance offaunal remains and of bone,
antler and lithic tools, as well as a few decorated pieces of bone and antler, which might be attributed to the Magdalenian. An extended
test excavation outside the entrance to the cave gave evidence of three sets of stratified layers containing a sequence of occupation levels : a
possible Azilian, an upper Magdalenian and a possible middle Magdalenian.
Radio carbon dating on bone from the test pit confirms that these levels relate to phases of middle and upper Magdalenian occupation and
the results are comparable with those previously obtained for other sites in the Pyrenean region.
The tool assemblages from both the test pit and the clandestine excavations have been identified as belonging to the middle, late and final
Magdalenian. The artifacts from the excavation have been classified, initially according to raw material and by typo-technological
analysis and numerous refits have been found. The tool complex recovered in the spoil from the clandestine diggings reinforces the
typological data of the test pit assemblages.
The range of antler and bone tools is varied and includes bone needles, double barbed harpoons, single and double bevelled points as well
as an implement with a socket which may have been used for a haft. In the layers beneath the harpoon level there were forked bone points,
typical of the Magdalenian in the Pyrenees. The most characteristic object is a small knife shaped, polished blade, made on a fragment of
split rib, frequently decorated on the external surface of the bone. For ornament, deer incisors and canine teeth were sawn and drilled to
make beads. The fragments left over from cutting cervid bone and antler indicate that artifacts were produced using a groove and splinter
technique. Reindeer antler was used in preference to that of red deer, even though their bones were proportionately less abundant amongst
thefaunal remains.
Twenty two of the objects recovered from the clandestine spoil bear more or less elaborate decoration or figurative engravings, some of which
are very fine. On five of the pieces there are engravings of a number of animal species from different zoological taxons depicted in
association with one another. All these figures are very small, occasionally no larger than a centimetre in height and some are extremely
delicately detailed, in a style which has affinities with other objects from sites in the Pyrenees, Perigord or the Aveyron valley. The
techniques employed by the engraver have been studied using an electron microscope, which has made it possible to trace the sequence of tool
movements and the order in which lines were produced.
Gallia Préhistoire, 41, 1999, p. 1-151 © CNRS ÉDITIONS, Paris, 2000 Claude Chauchat et al.
The rich fauna (more than 3,000 taxonomically determined bones) includes fifteen herbivorous and carnivorous species. Red deer, reindeer
and horse are the most abundant, followed by roe deer, wild boar and large bovids. Carnivores are also numerous, especially red and arctic
fox. Also present are wolf, felids, bear and mustelids. Thefaunal association indicates a relatively cold climate and a composite landscape
of forest and open prairie steppe country. The consistent absence of certain skeletal elements, the vertebral column for example, suggests that
Herbivores were butchered prior to being brought to the cave. The proposition that trapping was carried on in the vicinity of the cave is
borne out by the abundance of carnivorous species.
Bird bones came mainly from the clandestine spoil and supply further evidence of the trapping capabilities of the Magdalenian hunters as
well as of the richness of the environment. The identified species are from marsh, woodland and grassland habitats and small passerines
are represented as well as some larger species of waterfowl and game birds. The migratory species give mixed seasonal indications, with a
number of Summer visitors but also some wildfowl present during the Winter. Numerically, snowy owl bones dominate over those of all
other species from the spoil, a feature which has affinities with a number of other late Magdalenian sites. Microfaunal remains are also
numerous and indicate that the environment was cold but not quite periglacial.
Fishes are also present, almost exclusively in the clandestine spoil and are mainly salmonids and pike. Examination of the vertebrae shows
that most were caught during the Summer, indicating the presence of man at that season. A study of thin sections taken from the molars of
the Herbivores demonstrates a similar trend, although there is evidence that a minority of these died during the Winter months.
Some human fragments, found in the clandestine spoil, may belong to Neolithic burials, similar to those which occur in other caves in the
region.
The results of this first phase of study in the Grotte du Bourrouilla are put into the regional context and compared to other sites in the
western Pyrenees.
INTRODUCTION
Le petit village d'Arancou est niché dans une zone
karstique légèrement déprimée, dans les collines
qui dominent au sud le confluent des gaves à peu de
distance de son confluent avec l'Adour, sous le nom
des gaves Réunis à la limite des départements des Landes
et des Pyrénées-Atlantiques. Il est groupé autour d'une
église gothique, halte sur l'un des chemins de Saint-
Jacques-de-Compostelle à son entrée en Pays basque.
Dans ce calcaire, le ruisseau du Lauhirasse a taillé un
vallon profond qui rejoint, à quelques kilomètres au
nord, la Bidouze descendue des Arbailles. Du haut de ces
collines, on aperçoit fort bien la barre blanche de la Fig. 1 - Gisements magdaléniens des Pyrénées occidentales. La zone
falaise du Pastou (Sorde-1 'Abbaye) , à moins de 10 km au de montagne est représentée en grisé, généralement au-dessus de 500 m
nord, sous laquelle se trouvent les abris de Duruthy et d 'altitude ; la grotte du Bourrouilla est signalée par une étoile ; dans
Dufaure. l'océan Atlantique a été figurée la ligne des 100 m qui indique
approximativement la position du rivage au moment du Nous nous trouvons donc ici sur la marge nord du
Magdalénien. Pays basque historique, entre la Navarre, le duché de
Gramont et le Beam, zone encore naguère de bois touf
fus et de landes appelées parfois bois de Mixe ou encore Vers le début du siècle, E. Daguin fit, dans tout le pi
Lauhire. Vers le sud, à une quinzaine de kilomètres dans émont des Pyrénées occidentales, Chalosse comprise, des
le piémont basque, se trouve la colline du Gaztelu entre récoltes de surface dont certaines proviennent de cette
Isturitz et Saint-Martin-d'Arberoue, qui abrite un presti zone. Toutefois, ce ne fut que dans les années soixante
que l'expansion agricole du maïs provoqua la mise en gieux ensemble de grottes préhistoriques. L'océan
Atlantique n'est distant que de 40 km (fig. 1). culture de ces vastes étendues indivises, amenant par
Gallia Préhistoire, 41, 1999, p. 1-151 © CNRS EDITIONS, Paris, 2000 La grotte du Bourrouilla à Arancou
contrecoup des découvertes de gisements ou d'objets
préhistoriques ramenés en surface par les premiers
défonçages. Ces découvertes ne furent sans doute que
sporadiques, à cause du petit nombre de personnes
capables d'en reconnaître l'importance. C'est ainsi que
Jean Blancant, préhistorien amateur habitant la com
mune voisine d'Escos, découvrit lui-même ou suscita, de
la part d'agriculteurs voisins, la découverte de plusieurs
gisements de surface de diverses périodes et de nom
breux objets isolés, formant un ensemble de grand inté
rêt (Chauchat étal, 1996).
C'est en 1986 que J. Blancant nous fit visiter la grotte
du Bourrouilla, à quelques centaines de mètres du vi
llage, en compagnie de C. Normand. L'entrée, affectant
la forme d'une demi-ellipse plus haute que large, se pro
longeait par une galerie plongeant assez rapidement et
obstruée par un bourrelet de terre. Lors de la première
visite, sous la pluie, une pellicule d'eau courait sur le
terre-plein devant le porche et ruisselait à l'intérieur.
L'humidité visible du terrain n'engageait guère à voir
dans cette petite grotte un habitat préhistorique possible.
Ce ne fut donc que lors d'une deuxième visite dans de
meilleures conditions météorologiques que nous déc
idâmes de désobstruer ce bourrelet de terre qui se révéla
être très mince et placé là tout exprès pour décourager la
visite. En pénétrant dans la petite salle située au bout de
la galerie d'entrée nous nous aperçûmes de l'existence
d'une énorme excavation de plusieurs mètres de dia
mètre et de 1 à 2 m de profondeur, clairement attri-
buable à une fouille clandestine.
La grotte est donc constituée essentiellement d'une
galerie de 1 à 2 m de large sur environ 4 m de long et
d'une petite salle d'environ 3 m x 5 m (fig. 2). Elle
s'ouvre dans une zone lapiazée constituée de calcaires de
l'Albien (n7C : « calcaires à Mélobésiées » de la carte géo
logique au 1/50 000 « Orthez ») et à peu de profondeur
de la surface de ce lapiaz. L'entrée elle-même débouche
sur un espace plat, comblé de colluvions, à peu de pro
fondeur en contrebas de ce lapiaz et entouré sur trois
côtés par celui-ci. La minceur de la roche recouvrant la
grotte est soulignée par une lucarne percée dans la voûte
Fig. 2 - Plan d'ensemble de la grotte du Bourrouilla : situation de la de la galerie à 2 m de l'entrée. Lorsque l'on pénètre dans
fouille clandestine, du sondage et delà tranchée sur le terre-plein extérieur. la salle, il faut descendre un talus terreux subvertical de
plus de 1 m de haut pour se retrouver de plain-pied avec
le sol de la fouille clandestine, une zone ovalaire centrale était bien visible, quoique plus étroite, et les déblais de la
plus restreinte se situant toutefois encore 50 cm plus bas. fouille clandestine avaient été tassés contre la paroi
Lors de notre première visite, cette grande excavation ouest, avec un soutènement de fortune. Si le sol originel
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Chauchat et al. Claude
Fig. 3 - Profil général de la grotte du Bourrouilla et de son remplissage d'après la coupe visible sur le talus de la fouille clandestine
ainsi que les données du sondage et de la tranchée extérieure.
s'était trouvé au niveau de l'entrée dans la salle, les nécessaire un sauvetage par fouille totale du dépôt
fouilleurs clandestins auraient dû en évacuer une grande archéologique. Il fut décidé, d'une part l'achèvement de
partie à l'extérieur pour que cette excavation centrale l'évacuation et du tamisage sous l'eau des déblais de la
soit visible ; cela fut peut-être le cas si cette activité a duré fouille clandestine, d'autre part un sondage à l'extérieur
longtemps, quoique nous n'ayons trouvé aucune trace de de la grotte. Le tamisage des déblais ne fut achevé qu'en
déblais à l'extérieur. Néanmoins, une autre hypothèse est 1993. En novembre 1991, une grille fut scellée à l'entrée
vraisemblable et de futures fouilles nous permettront de la grotte. Parallèlement, une plainte ayant été dépos
peut-être de la vérifier. Un niveau karstique actif existant ée, eut lieu une enquête de gendarmerie, qui resta sans
sous la grotte, comme cela a été observé à plusieurs occa résultat.
sions, il est possible que le toit en ait cédé à une époque L'extension de la grotte étant connue, le sondage pra
indéterminée, en aspirant un bouchon de sédiment tiqué à l'extérieur était destiné à nous donner des infor
contenant les couches archéologiques au centre de la mations sur l'extension du gisement dans cette direction,
salle. Ainsi se trouvèrent dégagées des parois verticales ainsi que sur la stratigraphie, de préférence jusqu'au sol
probablement truffées de matériel archéologique, rude rocheux, dans le but explicite de proposer à l'entreprise
tentation pour des spéléologues peu scrupuleux attirés un programme de sauvetage du gisement.
par la zone lapiazée. Ce sondage débuta à la pioche sur une surface de
Dès le premier examen de la surface des déblais, un 1 m2, avec l'intention de passer à des outils fins dès la ren
riche matériel archéologique était évident. Les premières contre du premier témoin archéologique, mais ne ren
séances de tamisage sous l'eau de ces déblais par une contra que des colluvions stériles jusqu'à 1 m de profon
équipe sous la direction de J. Blancant et C. Normand deur. Un prolongement jusqu'à 2 m à l'aide d'une tarière
devaient permettre de récupérer en abondance de l'ou à main ne donna aucun résultat. Il fut donc décidé de
tillage lithique, des restes de faune et de l'outillage déblayer jusqu'à cette profondeur avec une pelle mécan
osseux, ainsi que quelques œuvres d'art mobilier sur os et ique, d'où l'extension indispensable de la superficie à
bois de Cervidé. Le Magdalénien moyen et supérieur 4 m x 2 m. En fait, ce sondage se trouvait à l'aplomb d'un
pyrénéen forme l'énorme majorité de ce matériel avec, four à chaux enterré (médiéval ?) et les couches archéo
très probablement, un peu d'Azilien et des traces d'oc logiques n'apparurent qu'à 2,50 m en cet endroit (mais
cupations postérieures. Aucune occupation antérieure plus haut en dehors de ce four, sur les côtés) . Ce sondage
au Magdalénien n'est décelable. atteignit la surface lapiazée du rocher en place vers 2 m
Le terrain se situait en bout de propriété d'une de profondeur dans sa partie avant, la plus éloignée de
carrière exploitée par la cimenterie du Boucau, sur le l'entrée. Cette surface rocheuse étant en forte pente, elle
port de Bayonne (Société des Ciments de l'Adour). En n'était pas encore atteinte à 3 m de profondeur près de
1989, nous avons été averti d'une accélération des tr l'entrée, alors que les couches archéologiques sont à peu
avaux de la carrière, dont le front de taille devait atteindre près horizontales (fig. 3). Des couches plus profondes
la grotte dans un délai de quelques années, rendant existent donc sans doute ; il fut jugé peu prudent d'es-
Gallia Préhistoire, 41, 1999, p. 1-151 © CNRS ÉDITIONS, Paris, 2000