L'immigration au Venezuela - article ; n°2 ; vol.2, pg 25-47

-

Documents
25 pages
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Revue européenne de migrations internationales - Année 1986 - Volume 2 - Numéro 2 - Pages 25-47
Immigration to Venezuela.
Michel PICOUET, Ada PELLEGRINO, Jean PAPAIL
Immigration to Venezuela is clearly of a short-term nature. Flows follow job opportunities and adjust to the labour markel and to the financial capacity of the exchange market. The large increase of migratory movements to Venezuela in the 1970s is characterized by a diversification of their places of origin and by a greater instability. To a large extent, the migrants are illegal, especially those coming from Columbia and the Caribbean islands. Because of the crisis of the early 1980s, which is now worsened by the down trend of both oil prices and the US dollar, Venezuela has become less attractive to immigrants, particularly from neighbouring countries. The problem for Venezuela is not so much that of the overall number of migrants, but rather lies in the fact that immigrants are not really integrated in Venezuela and their return might upset the fragile balance on the labour market, especially as far as specialized and technical jobs are concerned.
L'immigration au Venezuela.
Michel PICOUET, Ada PELLEGRINO, Jean PAPAIL
L'immigration au Venezuela a un caractère conjoncturel marqué. Les flux suivent les opportunités d'emploi, s'adaptent à la situation des marchés du travail ou à la capacité financière du marché des changes. La croissance importante des déplacements vers le Venezuela dans les années 70 s'accompagne ainsi d'une plus grande diversification de leur provenance et surtout d'une plus grande instabilité des flux. Ils sont largement clandestins, en particulier ceux originaires de la Colombie et de la Caraïbe. La crise que connait le Venezuela depuis le début des années 80, renforcée actuellement par l'évolution profonde du marché des produits pétroliers et de la baisse du dollar, le rend certainement moins attractif aux immigrants de toutes nationalités, surtout à ceux en provenance des pays limitrophes. Le problème tient sans doute qu'au fait que nombre des immigrants de ces dernières décennies ne se sont pas réellement fixés dans le pays et que leur départ risque d'entamer le fragile équilibre des compétences et de la technicité, moins aux effectifs eux-mêmes.
La inmigración en Venezuela
Michel PICOUET, Ada PELLEGRINO, Jean PAPAIL
La inmigración de Venezuela tiene un marcado carácter conjantural. Los flujos ségún las oportunidades de empleo se adaptan a la situatión de los mercados de trabajo o a la capacidad financiera de los mercados de cambio. El importante crecimiento de los deplazamientos hacia Venezuela en los años setenta se debió a una de las más grande diversificación de sus procedentes. Y sobretodo a un grande instabilidad de flujos que son la mayor parte de clandestinos de origines Colombianos y del Caribe. Desde el principio del año ochenta Venezuela conoce una crisis que está reforzado actualmente por la évolución del mercado de los productos petroleros y de la baja del dolar dando como consecuencia una disminución de todo tipo de inmigración, sobretodo los provenientes de los paises limitrofes. El problema es por consecuencia al hecho que la mayor parte de los inmigrantes de los últimos diez años, no están fijados realmente en el país y el riesgo de la salida de estos inmigrantes traería un desequilibrio de la compétencia y de la technicidad.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1986
Nombre de visites sur la page 21
Langue Français
Signaler un problème

Michel Picouet
Adéla Pellegrino
Jean Papail
L'immigration au Venezuela
In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 2 N°2. Novembre. Amériques. pp. 25-47.
Citer ce document / Cite this document :
Picouet Michel, Pellegrino Adéla, Papail Jean. L'immigration au Venezuela. In: Revue européenne de migrations
internationales. Vol. 2 N°2. Novembre. Amériques. pp. 25-47.
doi : 10.3406/remi.1986.1097
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1986_num_2_2_1097Abstract
Immigration to Venezuela.
Michel PICOUET, Ada PELLEGRINO, Jean PAPAIL
Immigration to Venezuela is clearly of a short-term nature. Flows follow job opportunities and adjust to
the labour markel and to the financial capacity of the exchange market. The large increase of migratory
movements to Venezuela in the 1970s is characterized by a diversification of their places of origin and
by a greater instability. To a large extent, the migrants are illegal, especially those coming from
Columbia and the Caribbean islands. Because of the crisis of the early 1980s, which is now worsened
by the down trend of both oil prices and the US dollar, Venezuela has become less attractive to
immigrants, particularly from neighbouring countries. The problem for Venezuela is not so much that of
the overall number of migrants, but rather lies in the fact that immigrants are not really integrated in
Venezuela and their return might upset the fragile balance on the labour market, especially as far as
specialized and technical jobs are concerned.
Résumé
L'immigration au Venezuela.
Michel PICOUET, Ada PELLEGRINO, Jean PAPAIL
L'immigration au Venezuela a un caractère conjoncturel marqué. Les flux suivent les opportunités
d'emploi, s'adaptent à la situation des marchés du travail ou à la capacité financière du marché des
changes. La croissance importante des déplacements vers le Venezuela dans les années 70
s'accompagne ainsi d'une plus grande diversification de leur provenance et surtout d'une plus grande
instabilité des flux. Ils sont largement clandestins, en particulier ceux originaires de la Colombie et de la
Caraïbe. La crise que connait le Venezuela depuis le début des années 80, renforcée actuellement par
l'évolution profonde du marché des produits pétroliers et de la baisse du dollar, le rend certainement
moins attractif aux immigrants de toutes nationalités, surtout à ceux en provenance des pays
limitrophes. Le problème tient sans doute qu'au fait que nombre des immigrants de ces dernières
décennies ne se sont pas réellement fixés dans le pays et que leur départ risque d'entamer le fragile
équilibre des compétences et de la technicité, moins aux effectifs eux-mêmes.
Resumen
La inmigración en Venezuela
Michel PICOUET, Ada PELLEGRINO, Jean PAPAIL
La inmigración de Venezuela tiene un marcado carácter conjantural. Los flujos ségún las oportunidades
de empleo se adaptan a la situatión de los mercados de trabajo o a la capacidad financiera de los
mercados de cambio. El importante crecimiento de los deplazamientos hacia Venezuela en los años
setenta se debió a una de las más grande diversificación de sus procedentes. Y sobretodo a un grande
instabilidad de flujos que son la mayor parte de clandestinos de origines Colombianos y del Caribe.
Desde el principio del año ochenta Venezuela conoce una crisis que está reforzado actualmente por la
évolución del mercado de los productos petroleros y de la baja del dolar dando como consecuencia una
disminución de todo tipo de inmigración, sobretodo los provenientes de los paises limitrofes. El
problema es por consecuencia al hecho que la mayor parte de los inmigrantes de los últimos diez años,
no están fijados realmente en el país y el riesgo de la salida de estos inmigrantes traería un
desequilibrio de la compétencia y de la technicidad.'
Revue Européenne
des Migrations Internationales
Volume 2 - N 2
Novembre 1^X6
L'immigration au Venezuela
Michel PICOUET, Adéla PELLEGRINO
et Jean PAPAJL
A l'arrivée des Espagnols au XVe siècle, le Venezuela
compte entre 200 000 et 500 000 habitants d'origine amérindienne : Cuicas,
Timotes. Arawaks et Caribes. L'immigration de colonisation ne sera pas aussi
intensive que dans les autres possessions andines de l'Espagne (Colombie. Pérou,
Equateur), l'histoire du peuplement colonial étant dans ce pays, celle d'une colonie
délaissée par les Espagnols et ouverte à d'autres intérêts concurrents : Hollandais,
Anglais, Français. Les flux de peuplement, à l'exception de la traite organisée à la
tin du XVIe siècle, restent cependant très modestes. La croissance de la population
est surtout due aux facteurs naturels. A la fin du XVTIP siècle, la population, où
prédominent les créoles comme conséquence du fort métissage durant l'époque
coloniale, s'élève à 800 000 personnes dont seulement 1,3 ri de blancs non créoles.
Tandis que l'Amérique du Nord reçoit quelques 36 millions d'immigrants
entre 1820 et 1920, que l'Argentine et le Brésil absorbent entre 1861 et 1920 plus de
8 millions d'Européens, le Venezuela n'accueille pratiquement pas d'étrangers.
Malgré les politiques d'immigration des gouvernements successifs, la guerre d'indé
pendance, les guerres civiles, la permanence de maladies endémiques, en particulier
le paludisme, semblent être les principales causes de ce manque d'attraction, mais
également l'absence de garanties constitutionnelles accordées aux immigrants que
systématisera plus tard R. Betancourt dans un message au Congrès : « avec des lois
mesquines, qui ne donnent aucune garantie à celui qui abandonne sa patrie pour en
trouver une seconde en notre sol. l'immigration ne sera jamais qu'une source de
spéculations misérables et honteuses... comme cela a été le cas jusqu'à présent... »
(Chen. Lrquido et Picouet, 1982). Sous le régime de Perez Jimenez (1950-1958).
l'immigration européenne prend un caractère massif, plus de 332 000 personnes,
surtout d'origine italienne, s'installent dans le pays. C'est un fait sans précédent
dans l'histoire du Venezuela, qui marquera un tournant dans le développement
industriel du pays. La restauration de la démocratie s'accompagne cependant d'une
crise économique, qui incite beaucoup d'Européens à retourner dans leur pays
d'origine, l'agressivité latente d'une partie de la population à leur égard renforçant
l'attraction qu'une Europe en pleine croissance pouvait exercer sur ces émigrés de ■
Les régions du Venezuela
f
< s >vv CENTRO OCCIDENTAL :
:
L'immigration au Venezuela 27
fraîche date. Il en résulte un solde négatif que seule la prospérité financière du pays,
après la reconsidération des prix du pétrole brut par l'OPEP en 1973 puis en 1974,
va transformer en courants largement positifs, de nature et d'intensité nouvelles.
Deux faits caractérisent la période actuelle une augmentation générale des
déplacements, qui s accompagne d une plus grande diversification de leur prove
nance, et surtout une très grande instabilité des flux. Parmi les immigrants euro
péens. Espagnols. Italiens et Portugais restent les plus nombreux, bien que Ton
observe une participation croissante d'autres pays Grande-Bretagne, France, Bel
gique. Allemagne où les problèmes de chômage incitent cadres et techniciens spé
cialisés, ou jeunes formés sans emploi à émigrer. Ces mouvements restent faibles
par rapport à la masse des immigrants en provenance de la Colombie ou des autres
pays latino-américains du cône Sud. qui traversent des crises politiques graves :
Chiliens, Uruguayens, Argentins principalement.
Cette évolution des flux au cours des dernières décennies a transformé nota
blement les conditions du peuplement et sa distribution spatiale. L'importance des
communautés étrangères augmente, passant de 1,3 rf en 1941 à plus de 5 r'c à partir
des années soixante (tableau 1 ). Par leur concentration dans les plus grandes villes,
elles accélèrent le processus d'urbanisation. Par ailleurs, l'immigration européenne,
dominante dans les années cinquante, assurait à cette époque une primauté des
communautés européennes parmi les étrangers. A partir de 1961, celles-ci ne vont
cesser de diminuer en importance relative de 68 r'c au recensement de 1961. elles
passent à 55 rr en 1971 et seulement 32 rf en 1981. Mais l'effectif global se maint
ient grâce à l'apport de l'immigration portugaise (tableaux 2 et 3). En revanche la
communauté colombienne fait plus que doubler, passant de 18.9 rf en 196 1 à 47 r7
en 19X1. Le volume de colombienne est tel qu'il masque la progres
sion de certaines communautés latino-américaines et de la Caraïbe, également très
rapide entre 1971 et 1981 : les Dominicains passent de 1 801 personnes à 17 719,
les Equatoriens de 5 239 à 21 522. les Chiliens de 3 093 à 25 000. les Péruviens de
2 188 à 21 116. etc. (tableau 4). Si les effectifs restent modestes par rapport à ceux
des autres communautés installées depuis bien plus longtemps comme celles des
Espagnols (surtout des Galiciens) ou des Italiens, leur croissance illustre la format
ion de nouvelles filières de migration dont les raisons et les caractéristiques sont
complètement différentes suivant l'origine. Les effectifs de ces communautés ne
forment que la partie observée de ces nouveaux phénomènes d'immigration, dont
les plus importants contingents sont clandestins.
Ces formes d'immigration sont de type conjoncturel. Elles suivent les opport
unités d'emploi, s'adaptent à la situation des marchés du travail ou à la capacité
financière du marché des changes. Avec la crise économique, accentuée récemment
par la baisse du prix du pétrole et celle du dollar, l'attrait du Venezuela pour les
populations limitrophes est ainsi dans une phase de reflux puisque au vu des
dernières observations, une partie des immigrants sont retournés chez eux. En
termes de peuplement, le solde actuel des installations définitives est sans doute
moins positif qu'on ne l'avait cru auparavant. La politique migratoire, la réglement
ation en matière d'emploi des étrangers ont joué un rôle important, mais non
décisif, dans la formation de ces évolutions. :
1
Michel Picouet, Ada Pellegrino, Jean Papail
TABLEAU 1 :
Importance de l'immigration dans la population du Venezuela, 1920-1981
Population En (7r, de la Dates Effectifs
Recensements totaux née à l'extérieur population totale
1920 2 479 525 28 620 1,2
1936 3 364 347 47 026 1,4
Illustration non autorisée à la diffusion 1941 3 850 771 49 928 1.3
1950 5 034 838 206 767 4,1
1961 7 523 999 526 188 7.0
10 721 522 585 352 1971 5,5
1981 14 516 735 1 074 629 7.4
TABLEAU 2 : Population née à l'extérieur suivant l'origine, 1926-1981
1971 1981 Origine 1926 1936 1941 1950 1961
Espagnols 8,0 12,2 13,9 18,2 30,8 25,1 13.4
Italiens 4,2 5,6 6.3 21.1 22,5 14,8 7,4
Illustration non autorisée à la diffusion 10,1 Portugais 1,3 5,2 7,8 8,6
Colombiens 11,0 41,3 34,0 22,0 18,9 30,2 47,3
Autres 76,8 40,9 44,5 33,5 20,0 19,8 23,3
100,0 100,0 TOTAL 100,0 100,0 100.0 100,0 100,0
Sources Recensements nationaux, OCE1.
TABLEAU 3 :
Origine des immigrants au Venezuela d'après les recensements 1926-1981
Origine 1926 (a) 1936 fa) 1941 (a) 1950 1961 1971 1981
17 477 369 298 A. Europe 13 49H 24 938 126 96b 329 850 349 126
5 796 5 746 6 959 37 889 166 660 Espagne 149 747 144 505
2 652 Italie 3 009 3 137 43 938 121 733 88 249 80 002
28 Portugal 18 650 10 954 41 973 60 430 43 029
Autres 8 654 5 072 14 192 34 185 38 932 31 424 31 590
B. Amérique 11 348 30 149 23 674 76 023 152 647 240 039 667 519
Colombie 7 798 19 421 16 979 45 969 102 314 180 144 508 166
Etats-Unis 2 480 1 832 3 575 10 610 13 271 11 277 13 234
Cuba 321 395 1 210 3 777 7 953 10 415 13 114
Illustration non autorisée à la diffusion Equateur 10 70 135 275 2 932 5 239 21 522
Chili 38 106 177 519 2 051 3 093 25 200
Argentine 76 103 142 618 3 131 3 971 11 541 '.» '.' 2 821 3 728 4 381 5 067 Trinidad 4 742
625 5 401 1 456 9 527 16 614 Autres 20 833 *70 000
/ 845 3 289 4 652 C. Asie 1 219 17 523 23 464
85 85 1 932 D. Afrique 75 333 2 650 39 941
5 E. Océanie 138 68 199
n F. Non déclarés 41 413 609 95 253 18 043
72 138 47 026 49 928 TOTAL 208 731 541 563 596 455 1 074 629
* Voir détail tableau nu 7.
(a) Exclus les Vénézuéliens nés à l'extérieur.
Sources : Recensements nationaux, OCEI. L'immigration au Venezuela 29
LES POLITIQUES EN MATIERE D'IMMIGRATION DEPUIS 1945
Les politiques mises en œuvre à partir de 1945, tendent en général à accentuer
les critères de sélection favorables à l'accueil des techniciens, ouvriers et artisans,
jusque-là essentiellement orientés vers le développement de l'immigration agricole
et de colonisation. Bien que l'immigration d'origine européenne continue d'être
recherchée, facilitée par la situation difficile d'après-guerre que connaissent la plu
part des pays européens, le caractère de sélection raciale des politiques antérieures
tend à s'estomper. Cependant, la loi d'immigration et de colonisation de 1936. qui
limitait l'entrée du pays aux personnes de race blanche et la loi des étrangers de
1937 restent en vigueur (Pellegrino, 1981).
Durant ces années le Venezuela adhère à l'Organisation International des
Réfugiés, ce qui lui permettra d'accueillir 50 000 réfugiés européens. Les gouver
nements (démocratique de 1945 à 1948, puis dictature militaire de P. Jimenez,
jusqu'en 1958) vont s'efforcer d'éliminer le caractère contraignant et restrictif des
lois en prenant un certain nombre de dispositions par voie d'instructions, circul
aires, règlements du Ministère des Relations Extérieures, directement en contact
avec les consulats implantés dans les pays européens (Berglund et Hernandez,
1985). Cette période d'immigration fut à juste titre qualifiée de « portes ouvertes ».
Il s'en suivit un accroissement considérable de l'immigration européenne.
A la chute de P. Jimenez, le gouvernement qui prend le pouvoir décide de
suspendre toutes les mesures favorables à l'accueil des immigrants excepté pour
ceux qui peuvent se prévaloir d'une famille (en ligne directe) résidante dans le pays.
La crise économique, le chômage et la xénophobie à l'égard de certaines commun
autés d'immigrants dictent une réglementation très restrictive qui va influencer les
politiques migratoires jusqu'à nos jours. Dans les années soixante une politique,
dite « d'immigration sélective » est ainsi instituée. En 1966 est créé le Bureau de
l'Immigration Sélective (Oficina de Immigration Selectiva). La même année est
promulguée la nouvelle loi de l'immigration, qui reprend Je texte de 1936. éliminant
seulement son caractère racial. Dix ans plus tard, en 1976, sous la pression des
événements internationaux sur les marchés pétroliers et en raison d'une économie
en pleine phase d'équipement et d'industrialisation est créé le Conseil National des
Ressources Humaines (Consejo National de Recursos Uumanos) pour organiser
les besoins croissants en main-d'œuvre et les rendre compatibles avec les conditions
restrictives de la politique de sélection. Il s'agissait de développer d'une manière
planifiée la sélection de la à intégrer dans les grands projets d'infras
tructure et d'industrialisation prévus dans le Ve Plan de la Nation. Simultanément
se constitue un comité tripartie de l'immigration sélective {Cornue Tripartito de
fnmigraciôn Selectiva) entre les délégués du gouvernement, les représentants de la
centrale syndicale (Central Ohreras de Trabajadores, CTV) et des entrepreneurs
privés (Federation de Empresarios Privados, FEDECAMARAS).
Dans les faits, l'efficience de ces institutions est limitée. L'immigration se
développe d'une manière spontanée, le plus souvent illégalement (un statut de
touriste, régularisé ensuite après quelques séjours constituant la pratique courante)
et dépasse largement le nombre d'immigrants qui ont transité officiellement par les
bureaux de sélection. Dans les années soixante l'immigration d'origine colomb
ienne, surtout frontalière, était déjà en grande partie illégale. Durant la décennie 30 Michel Picouet, Ada Pellegnno, Jean Papail
soixante-dix, le caractère clandestin s'accentue, s étendant à d'autres flux d'immi
grants, tout autant non qualifiés, en provenance des pays proches et de la Caraïbe.
A la différence des années soixante, ces flux se concentrent sur la région Capital de
Caracas et dans une moindre mesure sur les autres pôles de développement indust
riel (Valencia, Maracay...), provoquant une forte pression sur les services collectifs
et le logement. Cette période de forte poussée de l'immigration colombienne et
latino-américaine en général, conduisit à une série de spéculations sur la présence
« de millions d'illégaux dans le pays », créant, à travers les campagnes de presse et
certaines déclarations et mesures officielles un sentiment de méfiance à l'égard des
immigrants récents. S'ensuivit un contrôle progressivement plus rigoureux dans
l'attribution des visas et une augmentation des procédures répressives avec le
recours aux retours à la frontière manu militari (deportaciones) des étrangers sans
papiers (lus indocumentados). De 1970 à 1980 on compte 156 170 expulsions, dans
les années 1976 et 1977, les expulsions sont supérieures aux légalisations (Tor-
realba, OIT, 1985).
Le cas de l'immigration colombienne et en particulier celui, traditionnel, de
l'immigration saisonnière en période de récoltes (campagne du café notamment),
fut l'objet de politiques spécifiques dès 1942. De nombreux accords furent signés
entre les gouvernements des deux pays en 1951. 1952. En 1959, le traité de Ton-
chala engage les respectifs à régulariser la situation des immigrants
en situation illégale à la seule condition qu'ils se prévalent d'un emploi « licite ». Est
mis en place un système de carte (tarjeta agricola), valable six mois, destiné à
réglementer l'emploi des travailleurs saisonniers. Finalement, à la suite de l'Accord
de Carthagène (Le Pacte andin) auquel le Venezuela adhère en 1973, un traité
andm des migrations de travail {Instrumenta Andino de Migraciôn Laboral) est
adopté en 1977. Les Etats membres du pacte andin s'engageaient à régulariser la
situation de tous les travailleurs immigrants des dits pays en situation irrégulière.
Invoquant cet accord, le Venezuela institue en 1980 un enregistrement général des
étrangers en situation illégale {Matricula General de las Extranjeros) afin de don
ner à ces derniers la possibilité d'obtenir un document officiel mais provisoire, qui
leur permettait néanmoins et sous certaines conditions de régulariser leur situation.
Mesure exceptionnelle, dictée par la pression de l'opinion publique et les suren
chères politiques, la Matricula initialement prévue pour les ressortissants des pays
du Pacte andin, fut étendue à l'ensemble des étrangers. 270 000 personnes environ
se firent enregistrer, dont 92 % de nationalité colombienne ('). Une opération de
déportation de grande envergure était prévue pour tous ceux qui ne se seraient pas
faits inscrire avant la clôture de l'enregistrement. La menace de cette opération,
appelée returno 81 était estimée suffisante pour inciter les clandestins à venir se
faire immatriculer ou à rentrer chez eux. Seulement 5 911 personnes furent expul
sées à la suite des contrôles qui suivirent immédiatement la clôture de la Matricula
chiffre suffisamment bas pour mettre un terme aux estimations les plus fantaisistes
qui couraient sur le nombre de Colombiens et d'étrangers dans le pays. Autre
enseignement de cette opération, les indocumentados apparaissaient concentrés
dans les régions frontalières et ne constituaient pas, comme on le croyait, un
contingent important de la population des villes et en particulier de la capitale.
Au-delà des institutions créées récemment, et des plans visant à accorder le
volume et les caractéristiques de l'immigration aux programmes économiques glo
baux, au-delà de cette apparence de planification des flux, ce sont les faits qui L'immigration au Venezuela 31
dominent : doublement de la population étrangère au cours de la décennie 1970-80
(tableau 4), changements dans la nature des flux prédominants et de leur localisa
tion, instabilité des populations immigrantes. Dans cette situation, où la mobilité se
trouve brusquement accélérée, les actions officielles ont un effet non négligeable
mais peu en rapport avec le volume et l'intensité des mouvements spontanés,
pratiquement incontrôlables, peut-être en raison de leur sensibilité aux réactions
politiques, aux changements économiques ou tout simplement financiers. Les poli
tiques migratoires restent limitées dans leurs effets aux seuls déplacements parfai
tement identifiés, elles n'ont que peu de prises sur les nouvelles formes de mobilité.
EVOLUTION DES FORMES DE MOBILITE
Jusque vers les années soixante, les formes de mobilité observées au Venezuela
restent dominées par la dichotomie entre les déplacements définitifs et les déplace
ments temporaires. Traditionnellement les flux en provenance de l'Europe sont
considérés comme des flux de peuplement avec une installation définitive. Le
concept de migration de retour est encore très peu utilisé, bien que le reflux des
Italiens à la chute de P. Jimenez participe de ce phénomène. Cette notion d'instal
lation définitive illustre en fait une réalité : l'Europe est loin, les moyens de trans
ports sont encore coûteux et les voyages ne sont envisagés que dans des cas except
ionnels, enfin les migrants qui quittent l'Europe sont à la recherche d'une nouvelle
patrie. Les conditions de ces déplacements sont celles d'une migration de peuple
ment. En revanche les flux originaires de la Colombie recouvrent déjà plusieurs
formes de déplacements. En effet la facilité des communications entre la Colombie
et le Venezuela et une certaine identité culturelle des populations de part et d'autre
de leurs 1 600 km de frontières communes, ont depuis toujours déterminé le carac
tère à la fois massif et incontrôlé de l'immigration colombienne. Journaliers et
saisonniers vont et viennent, et s'installent quelquefois sur le lieu de travail {hatos
dans les plaines des Llanos, plantations de café dans les Andes, élevage autour du
lac de Maracaïbo...). Le long des frontières de l'ouest du pays, de véritables aires de
peuplement se développent sous la seule impulsion d'immigrants colombiens (Bris-
seau-Loaiza, 1982). Ces installations définitives, à caractère de peuplement, restent
cependant limitées aux zones frontalières et touchent très peu les régions centrales
où se concentre l'activité économique et politique du pays.
Durant la décennie soixante-dix, la brutale accélération des flux liée à l'accroi
ssement rapide de la rente pétrolière transforme profondément la nature des migrat
ions. L'apparition de différentes formes de mobilité de travail, l'importance des
flux de réfugiés constituent des phénomènes que le Venezuela n'a jamais connus
avec une telle intensité. Les flux en provenance de l'Europe, malgré leur déclin
relatif face aux courants latino-américains, retrouvent une certaine vigueur au
cours de ces années. Il ne s'agit plus exclusivement de migrations de peuplement,
mais surtout de déplacements de travail à l'occasion des grands projets d'infrastruc
ture et de développement industriels. Projets qui suscitent un acroissement considér
able des besoins du pays en main-d'œuvre très spécialisée. A l'exception de la
migration portugaise en particulier celle en provenance des dernières colonies
africaines du Portugal — qui semble devoir se fixer, l'immigration européenne est
soumise à de très fortes fluctuations dépendant autant des conditions économiques
des pays de départ que de celles du pays d'accueil. On observe d'ailleurs plus de 32 Michel Picouet, Ada Pellegrino, Jean Papail
célibataires parmi ces immigrants que de ménages, situation inverse de celle qui
prévalait dans les années cinquante et soixante. C'est une population très sensible
aux événements conjoncturels et par là même très instable.
L'affluence massive d'immigrants provenant d'Amérique Latine et de la
Caraïbe est largement due à un déséquilibre sur les marchés internationaux, entre
les économies des pays exportateurs de pétrole et les pays exportateurs d'autres
matières premières et de produits agricoles de base. Les variations de ces marchés et
la crise des pays industriels se répercutent sur le volume et les caractéristiques des
migrations de travail. Mais à ces facteurs conjoncturels, se sont ajoutés des raisons
structurelles propres à la situation géo-politique de cette région et à la place que le
Venezuela occupe dans le continent tant sur le plan économique que sur le plan
politique. En effet, crises politiques et gouvernements militaires dans les pays du
sud du continent (Chili, Argentine, Uruguay, Bolivie) ont provoqué, outre une
marginalisation de larges secteurs de leurs populations, un afflux de réfugiés vers
les pays d'accueil. Le Venezuela fut l'une des principales terres d'accueil de ces
nouveaux immigrants. A côté des courants traditionnels de Colombiens vers le
secteur rural, ont ainsi pris naissance des flux d'ouvriers, d'artisans, d'intellectuels,
de techniciens et de professionnels de tous types issus de toutes les couches sociales
et professionnelles des pays d'origine. Courants migratoires que l'on avait jusque-là
observés avec une moindre intensité que vers les pays industrialisés de l'Amérique
du nord et de l'Europe. Et cela au moment même où, dans le pays, la pression des
générations nombreuses nées dans les années cinquante s'accentuait sur le marché
de l'emploi.
Outre l'aspect politique, le Venezuela étant l'une des rares démocraties de ce
continent, la forte attraction de ce pays s'appuie :
--■■ en premier lieu, sur la dynamique de la croissance de l'emploi urbain,
stimulée par l'augmentation du prix du pétrole sur les marchés mondiaux et la
nationalisation du pétrole et du fer. Ce processus se produit d'une manière total
ement atypique, dans une région où déjà l'accroissement de la population urbaine
excède largement la capacité d'absorption d'emploi dans le secteur urbain. A cela
s'ajoute la carence structurelle de la main-d'œuvre agricole, résultat d'un exode
rural qui atteint le potentiel de croissance des campagnes,
- en second lieu, sur la stabilité et la fermeté de la monnaie vénézuélienne. En
effet, alors que dans la plupart des pays latino-américains et en particulier les pays
andins, inflations et dévaluations se succèdent, le Venezuela fait montre jusqu'en
1983 d'une stabilité monétaire exemplaire. Cette situation entraînait pour les immi
grants une double prime, celle d'une parité fixe du bolivar avec le dollar à une
époque ou celui-ci s'affirmait sur les marchés des changes (les revenus du pétrole
sont également libellés en dollars) et celle offerte par les différences de change entre
le bolivar et la monnaie du pays d'origine, au point que le revenu mensuel d'une
femme de ménage payée à la journée pouvait facilement excéder en 1979 le revenu
d'un cadre moyen en Colombie.
Actuellement, le recours inconsidéré à l'emprunt, tant que l'Etat que des entre
prises publiques et privées, a endetté le pays et la parité fixe avec le dollar s'est
révélée une arme à double tranchant, l'absence d'un contrôle des changes favorisant
la fuite des capitaux immédiatement réalisables en dollars. En février 1983, le
Venezuela est contraint de modifier la parité de sa monnaie. Par ailleurs en 1977 et