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La bourse de Fortunatus - article ; n°1 ; vol.39, pg 141-167

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Communications - Année 1984 - Volume 39 - Numéro 1 - Pages 141-167
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1984
Nombre de lectures 59
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Catherine Velay Vallantin
La bourse de Fortunatus
In: Communications, 39, 1984. pp. 141-167.
Citer ce document / Cite this document :
Velay Vallantin Catherine. La bourse de Fortunatus. In: Communications, 39, 1984. pp. 141-167.
doi : 10.3406/comm.1984.1587
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/comm_0588-8018_1984_num_39_1_1587Catherine Velay-Vallantin
La bourse de Fortunatus
Vers une éthique marchande
« Tu ne verras point ici les faits et gestes de ces grands héros qui ont jadis fait
trembler la terre sous le faix de leurs armes : mais d'un simple soldat qui, étant
le favori de la Fortune, sut par elle dompter les bourrasques de l'Ennui qui, le
talonnant, lui faisait toujours obstacle à sa félicité, l'embrouillant en plusieurs
hasards, où sa vie a pensé servir mille fois de butin à ses ennemis. Mais
domptant toutes les tempêtes, il surgit au port où son désir le portait, et
contraint de payer le tribut à la mort, finit heureusement sa vie, laissant ses
deux enfants héritiers de ses riches présents, enfants qui te feront enfin
connaître que la désunion apporte de grands périls en ce monde. Tu recevras ce
petit livret avec une aussi grande curiosité, comme je suis propre à te faire voir
quelque sujet nouveau. »
Telle est l'introduction du présentateur français au roman de Fortunatus l.
En voici le résumé :
Chap. 1
A Famagouste, Théodore, noble bourgeois, riche et puissant, « se souciant peu comme
ses prédécesseurs avaient tant travaillé à lui amasser ses biens et possessions... en
consomme une grande partie aux joutes et tournois ainsi qu'à la cour du roi ». Son fils,
Fortunatus, s'engage comme serviteur du comte de Flandres et s'embarque avec lui pour
Venise.
Chap. 2
Mariage du comte avec la fille du duc de Clèves.
Le comte fait l'achat de plusieurs chevaux et donne les meilleurs à Fortunatus, ce qui
provoque la jalousie des autres serviteurs du comte.
Chap. 3
Fortunatus gagne un prix aux tournois. Défi d'un serviteur du duc de Brabant : gagne un joyau supplémentaire, ce qui excite une fois de plus la jalousie des
autres serviteurs. Pour l'inciter à partir, Robert, « vieux chevalier subtil et malicieux »,
fait croire à Fortunatus qu'il fait partie d'un groupe de quatre jeunes gens destinés à être
châtrés, pour veiller sur l'épouse du comte ; de plus, « les femmes ne sont point
amoureuses de ceux qui sont eunuques ».
Épouvante de Fortunatus qui s'enfuit à l'aube 2.
Chap. 5
Arrivé à Calais, Fortunatus s'embarque pour l'Angleterre. Une fois à Londres, il se
met en ménage avec une jeune femme. 11 rencontre deux jeunes marchands cypriotes,
devient leur ami, et en moins de six mois dépense tout son argent ; cependant, les deux
141 Catherine Velay-Vallantin
jeunes marchands vendent leur marchandise, en retirent une grande somme d'argent et
repartent à Chypre en laissant Fortunatus sans un sou.
Chap. 6
Les deux « garnements » sont bien reçus à Chypre, tandis que Fortunatus est
ruiné.
Chap. 7
Fortunatus va voir son amie, lui demande de lui prêter quelque argent. Refus.
« se voit délaissé, tout seul », va rue des Lombards s'engager au service d'un
riche marchand de Florence logé pour un temps à l'hôtellerie de Jérôme Robert.
Jérôme Robert envoie Fortunatus porter des marchandises sur un navire retenu loin
du port. Pendant ce temps, le fils d'un riche marchand florentin, Andréas, dépense tout
son avoir, parvient même à extorquer de l'argent à son père par lettres de change,
jusqu'au moment où il perd tout crédit auprès des marchands. Il s'introduit auprès d'un
gentilhomme qui détient en sa possession des joyaux destinés à la sœur du roi ; Andréas
attire le gentilhomme chez Jérôme Robert, l'assassine, prend son sceau et retourne au
domicile du demander à sa femme de lui confier les joyaux. Refus de
l'épouse qui ignore où le gentilhomme a caché les bijoux. Pendant ce temps, le sang
s'écoule à travers le plancher ; de retour à l'hôtellerie, Andréas est obligé de s'expliquer ;
il jette le corps dans les latrines et s'enfuit à Venise puis à Alexandrie.
Chap. 8
Le lendemain, Fortunatus est de retour à l'hôtellerie ; le roi fait rechercher les joyaux
car la femme du gentilhomme s'est inquiétée de l'absence de son époux. Toute la famille
de Jérôme Robert est arrêtée ainsi que ses domestiques, Fortunatus y compris.
Découverte du cadavre. « Quand les Anglais eurent vu ce grand meurtre, ils firent une si
grande clameur à l'encontre des Florentins et des Lombards qu'ils furent contraints de
se cacher, se mettant hors la vue du peuple. » Mise à la question des serviteurs de Jérôme
Robert ; Fortunatus ne peut rien confesser sauf son « tourment ».
Chap. 9
On pend tout le monde, sauf un cuisinier britannique et Fortunatus, heureusement
disculpé par le cuisinier. On conseille à Fortunatus de fuir l'Angleterre.
Pillage de l'hôtellerie ; les Florentins offrent des subsides au roi, « afin de leur donner
une sauvegarde ». Le roi les gracie.
Chap. 10
A l'occasion du déménagement de l'épouse du gentilhomme, on trouve les joyaux sous
le lit.
Chap. 11
L'épouse du gentilhomme apporte les joyaux au roi ; rapide remariage de l'épouse
avec un jeune seigneur.
Chap. 12
Fortunatus arrive en Picardie où il ne trouve pas de maître ; part en Bretagne et se
perd dans une forêt immense infestée de bêtes sauvages ; le deuxième jour de son
errance, parvient à une fontaine où il se rafraîchit mais doit lutter contre des bêtes
sauvages, en particulier contre un ours qu'il tue, en boit le sang et s'endort, épuisé. A son
réveil, il voit devant lui une belle femme.
Chap. 13
Fortunatus lui raconte son histoire ; elle lui révèle qu'elle est Dame Fortune : « Par
l'influence des cieux me sont octroyées six vertus que je peux concéder... à savoir sagesse,
richesse, force, santé, beauté, et longue vie. Choisissez. » Fortunatus choisit la richesse ;
Dame Fortune lui donne une bourse où il trouvera dix pièces d'or aussi souvent qu'il y
142 La bourse de Fortunatus
mettra la main, « pièces d'or qui auront cours, en quelque lieu qu'il se trouve ». Cette
bourse aura cette vertu pour Fortunatus, ses enfants et même pour ceux qui la
posséderont du vivant de ses enfants, mais elle perdra sa vertu dès qu'ils seront
morts.
Fortunatus propose à Dame Fortune « de faire sa volonté, afin de ne jamais oublier ses
bienfaits ».
Dame Fortune lui recommande d'exécuter trois conditions pendant toute sa vie :
qu'au jour anniversaire du don de la bourse, Fortunatus fasse des feux de joie, qu'il soit
chaste et qu'il dote et marie une jeune fille pauvre. Dame Fortune indique à Fortunatus
le chemin pour sortir du bois. Il arrive à une taverne et mange.
Chap. 14
Fortunatus achète de beaux chevaux que convoitait un comte ; son aspect est si
misérable qu'on le soupçonne d'avoir volé l'argent.
Chap. 15
II est arrêté et menacé d'être mis à la question ; il se repent de n'avoir pas choisi la
sagesse. Il émeut tant les princes et les seigneurs par ses supplications qu'il est remis en
liberté ; il part pour Angers.
Chap. 16
Fortunatus achète deux chevaux et loue un serviteur. Angers est en fête à l'occasion du
mariage du duc ; Fortunatus fait la connaissance d'un vieil Irlandais, Léopoldus, qui se
plaint de la pauvreté dont souffre son pays ; Fortunatus décide de l'accompagner : ils
partent pour l'Irlande à travers l'Allemagne, la Hollande, l'Angleterre et l'Ecosse.
Chap. 11
Arrivés en Irlande, Fortunatus refait la fortune de Léopoldus. Il insiste pour visiter le
Purgatoire de Saint-Patrick, y descend, s'y perd et ne parvient à en sortir que grâce à
l'aide de l'abbé ; il lui laisse une forte somme pour son couvent et repart à Venise.
Chap. 18
De Venise, Fortunatus et Léopoldus gagnent Constantinople. Ils font halte dans une
auberge où l'hôtelier, intrigué par les dépenses effectuées par les voyageurs, vole la
bourse pendant la nuit. Fortunatus retrouve néanmoins sa bourse par un stratagème : il
parle d'un papier important caché à l'intérieur.
Chap. 19
Fortunatus donne quatre cents ducats à un pauvre homme pour le mariage de sa fille,
ainsi qu'il l'avait promis à Dame Fortune.
Chap. 20
L'hôtelier retourne dans la chambre de Fortunatus pour lui voler la bourse.
Fortunatus se réveille ; s'ensuit une bagarre. Léopoldus, en situation de légitime défense,
est contraint de tuer l'hôtelier.
Chap. 21
Léopoldus jette le cadavre dans un puits.
Chap. 22
Fortunatus arrive à Chypre où il fait bâtir une belle maison, une prévôté et une église,
sur les conseils de Léopoldus.
Chap. 23
Fortunatus entreprend de se marier ; le roi lui présente trois jeunes filles nobles ; choisit la plus jeune, Cassandra.
143 Catherine Velay-Vallantin
Chap. 24
Fortunatus épouse Cassandra.
Chap. 25
Le roi et la reine de Chypre amènent Cassandra chez Fortunatus.
Chap. 26
A l'occasion de son mariage, Fortunatus organise des fêtes et des tournois ; Léopoldus
part vivre en ermite pendant quelque temps, puis tombe malade et meurt.
Chap. 27
II naît deux fils à Fortunatus ; l'aîné est nommé Ampédo et le cadet Andolosia :
« Andolosia était toujours plus vif d'esprit que son frère Ampédo, comme il paraîtra
ci-après. »
Chap. 28
Au bout de douze ans de mariage, Fortunatus demande à Cassandra la permission de
faire un voyage « par le paganisme ». Cassandra accepte à contrecœur.
Chap. 29
Fortunatus part de Chypre et arrive à Alexandrie ; il rend visite au sultan et rivalise de
présents avec les marchands et négociants vénitiens.
Chap. 30
Grâce aux lettres de recommandation accordées par le sultan, Fortunatus peut
s'introduire « au pays des Perses, au pays du grand Kan de Cathai, aux Indes, au pays du
prêtre Jean, à Calicut, à Lamets, au monastère Sainte-Catherine et à Jérusalem ». Il
retourne enfin à Alexandrie.
Chap. 31
Le sultan invite Fortunatus à un festin ; Fortunatus offre des présents au sultan ; pour
le remercier, le sultan lui montre tous ses joyaux, en particulier un chapeau, « un feutre
de chapeau sans poil », qui a la vertu de transporter ceux qui s'en coiffent où ils désirent.
Fortunatus demande à essayer le chapeau, sous prétexte de vérifier son poids, et s'enfuit
avec lui sur une galère à destination de Chypre.
Chap. 32
Fortunatus est de retour à Famagouste ; le sultan envoie des ambassadeurs à pour négocier la restitution du chapeau, mais Fortunatus refuse et achète les
ambassadeurs.
Cassandra meurt ; Fortunatus tombe malade.
Chap. 33
Fortunatus sur son lit de mort appelle ses fils et leur enseigne la force et la vertu de la
bourse et du chapeau. Il accorde une attention particulière à la bourse : il ne faut en
parler à personne, même pas à un ami ; il faut être chaste et doter une jeune fille pauvre
le même jour ; de plus il ne peut être question de séparer les deux objets magiques. On
l'ensevelit dans l'église chère à Léopoldus.
Dès le lendemain, Andolosia propose un partage des objets magiques : Ampédo
remplit ses coffres d'or et d'argent et garde le chapeau ; de son côté, Andolosia part avec
la bourse, dont il conservera la jouissance pendant six ans, puis la restituera à Ampédo
pour également six ans. Ampédo accepte le marché.
Chap. 34
Andolosia part en France, débarque à Aiguës-Mortes, et parvient à la cour du roi de
France. Il fait la connaissance de l'épouse d'un gentilhomme et lui offre mille écus pour
144 bourse de Fortunatus La
une nuit ; la « demoiselle > accepte l'argent et demande à une amie de prendre sa
place.
Chap. 35
Andolosia part à la cour du roi d'Espagne, où il reste quelques années ; cependant, on
cherche à le marier mais il préfère partir pour l'Angleterre, où il participe vaillamment à
la guerre contre le roi d'Ecosse.
Chap. 36
Andolosia s'illustre à la guerre contre le roi d'Ecosse tant et si bien que le roi
d'Angleterre le convie à dîner ; il rend l'invitation de manière somptueuse ; le roi et
surtout la reine s'interrogent sur l'origine de la fortune d' Andolosia. La reine a décelé
chez Andolosia un penchant pour Agrippina sa fille ; elle demande à la princesse d'user
de son charme pour extorquer son secret à Andolosia.
Chap. 37
Andolosia va au rendez-vous que lui a donné Agrippina ; à ses questions, il répond
qu'il ne manquera jamais d'argent de son vivant ; que, si son père a dépensé l'argent à
voyager, son plaisir à lui est de faire la cour aux femmes ; cependant, il lui avoue n'avoir
connu de femme plus sage ni plus belle qu'elle et lui déclare son amour. Agrippina feint
d'accepter de lui « octroyer » son amour, à la condition qu'Andolosia lui révèle le secret
de sa richesse inépuisable. Andolosia s'exécute et Agrippina lui promet de passer la nuit
avec lui ; elle retourne en hâte auprès de sa mère qui met au point un piège pour voler sa
bourse à Andolosia. La nuit venue, Andolosia se rend dans la chambre de la princesse ;
Agrippina lui offre un somnifère confectionné par la reine. Agrippina vole la bourse à
Andolosia endormi ; elle refuse cependant de donner la bourse à ses parents, prétextant
avoir risqué sa vie pour la voler.
Chap. 38
Andolosia s'aperçoit peu de temps après son réveil de la disparition de la bourse ; il
donne congé à ses serviteurs et s'enfuit secrètement.
Chap. 39
Andolosia est de retour à Chypre auprès d'Ampédo ; le frère aîné lui reproche d'avoir
transgressé les « commandements » de leur père : « vous vouliez voir les pays étrangers,
maintenant vous voyez ce qui est arrivé ».
Chap. 40
Andolosia emprunte à Ampédo le petit chapeau magique et retourne en Angleterre ; il
se déguise avec un faux nez et propose aux servantes d'Agrippina de lui vendre des
bijoux ; les servantes l'introduisent au château et il montre ses bijoux à Agrippina qui ne
le reconnaît pas. A l'instant où Agrippina prend sa bourse pour payer, Andolosia la
prend dans ses bras et se souhaite avec elle dans un désert inhabitable ; ils se retrouvent
dans une île toute désolée, près de l'Irlande, sous un arbre chargé de pommes. La
princesse, étourdie, demande à Andolosia de lui cueillir quelques pommes pour la
réconforter ; Andolosia accepte de grimper sur l'arbre et pour ne pas endommager le
chapeau, le dépose sur la tête d'Agrippina. Celle-ci, ne sachant où elle se trouve, soupire
et souhaite tout haut être dans sa chambre : elle s'envole avec le chapeau et la bourse
qu'elle n'a pas abandonnée.
Andolosia se retrouve seul sur l'arbre, désespéré. Au matin, il décide de manger deux
pommes ; deux longues cornes semblables à celles d'une chèvre lui viennent sur le front.
A nouveau, désespoir.
Chap. 41
Ses cris sont entendus par un vieil ermite qui vivait dans le désert depuis trente ans ; le
vieil ermite le réconforte et le nourrit. Il lui donne également deux pommes d'un autre
145 Catherine Velay-Vallantin
arbre, et les cornes disparaissent. Andolosia cueille des fruits des deux sortes et, malgré
les exhortations de Termite à se détacher des préoccupations temporelles, il repart en
Angleterre.
Il parvient à Londres, s'installe, déguisé, devant une église et propose ses pommes à la
criée. Mais il en demande si cher que seule Agrippina les lui achète, attirée par les vertus
attribuées aux pommes par Andolosia : beauté et esprit vif. Une fois arrivée chez elle,
Agrippina mange les pommes et « s'encorne » . Tous les médecins appelés au secours sont
impuissants à la guérir.
Chap. 42
Andolosia se déguise en médecin et se fait conduire au palais par la gouvernante
d'Agrippina. Andolosia explique à la gouvernante que les cornes sont le symptôme de la
déloyauté et de la trahison.
Andolosia confectionne une pâte à base de sucre, de rhubarbe et de musc, à laquelle il
mêle les pommes magiques ; il conseille à Agrippina de confectionner des chaussettes en
peau de singe et d'en envelopper les cornes qui ainsi s'amolliront et disparaîtront grâce à
l'ingestion de la « conserve ». Embarras d' Andolosia qui ne sait comment s'y prendre
pour réclamer les objets magiques et qui redoute un simple paiement.
Chap. 43
Andolosia se coiffe rapidement du petit chapeau qu'il aperçoit sous le lit ; Agrippina, à
moitié guérie, s'apprête à payer Andolosia et prend la bourse pour y compter sou après
sou. saisit cette occasion, prend Agrippina dans ses bras et parvient au désert
irlandais, où il se fait reconnaître de la princesse ; il lui reproche son manque de loyauté,
Agrippina demande pardon et rend les objets : Andolosia accepte de lui laisser la vie
mais il refuse de faire complètement disparaître ses cornes.
Chap. 44
Andolosia installe Agrippina dans un couvent et la recommande à l'abbesse,
moyennant finances. Il retourne à Famagouste en passant par Bruges, l'Allemagne,
Venise, Florence, et Gênes.
Reçu par le roi de Chypre, Andolosia accepte de retourner en Irlande chercher
Agrippina, que le roi destine à son fils. Après être allé cueillir à nouveau des pommes
dans l'île, Andolosia guérit définitivement la princesse et l'accompagne à Chypre.
Chap. 45
Mariage d'Agrippina avec le fils du roi.
Chap. 46
Andolosia montre une si grande valeur aux tournois organisés à l'occasion du mariage
du prince et d'Agrippina qu'il « acquiert grand crédit auprès des dames », mais haine et
envie de plusieurs grands seigneurs.
Chap. 47
Après la fête, Andolosia tombe dans un piège tendu par deux comtes, ses serviteurs
sont tués et lui-même est emprisonné dans l'île de Limosi, qui appartient à l'un des
seigneurs.
Chap. 48
Ampédo, n'ayant plus de nouvelles de son frère et craignant qu'il ne lui soit arrivé
malheur, met le petit chapeau en pièces, le brûle, « en sorte que personne n'eût plus
aucun plaisir avec lui ». Puis il tombe gravement malade et se laisse mourir.
Chap. 49
Andolosia accepte de céder aux comtes la bourse magique, espérant ainsi avoir la vie
sauve. En vain : Andolosia est étranglé dans son cachot.
146 bourse de Fortunatus La
Mais les deux meurtriers ne savaient pas que la bourse perdrait sa vertu après la mort
des deux fils de Fortunatus : ils en viennent aux mains, et le bruit de leur dispute vient
aux oreilles des domestiques qui en rapportent la teneur au roi.
Chap. 50
Arrestation et punition des meurtriers qui sont roués.
Ampédo et Andolosia n'ayant aucun héritier, le prince et Agrippina s'installent dans
leur maison et jouissent de tous leurs biens.
Le roman de Fortunatus et ses fils est publié pour la première fois sans nom
d'auteur à Augsbourg en 1509. Par la suite, deux groupes principaux d'éditions
paraissent en Allemagne durant le XVIe siècle : les tirages de la première moitié
du siècle proviennent d'Augsbourg, les éditions les plus récentes principalement
de Francfort. Ce déplacement correspond à une large diffusion du récit
dans les provinces allemandes.
En Europe, le thème de Fortunatus et ses fils a été plusieurs fois repris soit au
théâtre, soit dans l'épopée ; ces transpositions n'ont cependant jamais atteint la
célébrité d'autres remaniements de contes populaires. L'adaptation théâtrale
de Hans Sachs (1553) se réduit à une sommaire mise en dialogue du conte.
Ultérieurement, la pièce anglaise Old Fortunatus, de Thomas Dekker (1599),
procède à une refonte du récit, y introduit de nouvelles figures allégoriques et en
déplace l'accent 3 ; par la suite, la pratique en Angleterre du théâtre ambulant
aboutit à d'heureuses modifications. Les adaptations allemandes présentent
plus de rigidité : en 1817, la pièce de Ludwig Tieck se calque sur le
déroulement originel de l'intrigue, mais alourdit l'ensemble en tissant autour de
chaque personnage secondaire un canevas particulier. Participant à la même
mode romantique et séduits par le fonds populaire allemand, Adelbert von
Chamisso (1804) et Ludwig Uhland (1814) ébauchent des transpositions
épiques restées à l'état de fragments.
Parallèlement à ces réécritures savantes, le roman de Fortunatus et ses fils
connaît un succès populaire grandissant de sa parution jusqu'à la fin du XIXe
siècle, et ce dans toute l'Europe. Qu'il s'agisse de rééditions ou de réajustements
littéraires, le roman est propagé en France grâce aux petits livrets de la
Bibliothèque bleue. Ici, comme dans les formes littéraires savantes, s'affirme la
pérennité du récit initial ; on enregistre peu de transformations, la plupart
maladroites. Si parfois s'y glisse une notation personnelle, c'est dans les
préfaces des rééditions successives qu'il faut la chercher 4.
Dans le catalogue international de Antti Aarne et Stith Thompson, le
Volksbuch de Fortunatus est référé au conte type 566, intitulé « Les trois objets
magiques et les fruits merveilleux. Fortunatus ». Le conte est classé dans la
rubrique « Objets magiques », elle-même affiliée au groupe des contes merveill
eux. Il se décompose en quatre épisodes :
1. A la mort de son père, le héros hérite de trois objets magiques (quelques
versions populaires présentent une variante : le personnage reçoit les objets
magiques d'un être surnaturel, génie ou fée, en remerciement d'une prestation).
Le héros dispose alors d'un objet pourvoyeur de richesses inépuisables, d'un
manteau ou tapis permettant tout déplacement dans les airs, et accessoirement
l'invisibilité, enfin d'un cornet ou d'un bâton procurant une armée.
2. Une princesse, que le héros espère épouser, lui vole les deux premiers
147 Velay- Vallantin Catherine
objets, l'un après l'autre, pendant son sommeil ou en les lui jouant aux cartes.
Le héros se fait transporter en un pays lointain avec la princesse, grâce au tapis
volant ; mais la voleuse profite de ce qu'il s'est éloigné ou endormi pour
souhaiter se retourner en emportant l'objet magique.
3. Le héros trouve et cueille deux espèces de fruits, dont la première fait
pousser des cornes (ou allonge le nez, ou encore transforme en âne) et dont la
seconde permet le retour à l'état normal.
4. Revenu dans la ville où habite la princesse, le héros déguisé en marchand
lui vent les fruits de la première espèce. La princesse métamorphosée fait appel
à plusieurs médecins qui se déclarent tous impuissants à la guérir. Le héros,
déguisé en médecin, favorise un début de thérapie grâce aux autres fruits ; mais
il prétend qu'il ne peut parvenir à un résultat complet tant que la voleuse n'aura
pas avoué ses péchés et restitué les objets volés. La princesse s'en acquitte. Le
héros lui rend sa forme initiale et parfois l'épouse (dans quelques versions il
l'abandonne à moitié guérie).
Sans doute est-ce en raison de la richesse thématique du roman de
Fortunatus, de sa cohésion et de son succès grandissant jusqu'à la fin du
XIXe siècle, qu'Aarne et Thompson ont sélectionné le nom de son héros pour
sous-titrer le conte type AT 566. Pourtant, bien qu'ancré dans le canevas
résumé ci-dessus, le Volksbuch n'est pas réductible au conte type : la conception
profonde de l'œuvre, la réévaluation morale des motifs fondamentaux, la
conduite de l'intrigue font de Fortunatus et ses fils une œuvre littéraire
différente, un roman, et, comme l'a démontré Renate Wiemann 5, une des
premières réalisations romanesques de la fin du Moyen Age allemand.
Les deux héros : Fortunatus et Andolosia.
Les aventures de ont beau occuper plus de la moitié de l'ouvrage,
elles se réduisent à l'acquisition des objets, donc à l'épisode premier du conte
merveilleux. Les aventures d'Andolosia, qui couvrent le reste de
correspondent dans l'intrigue du conte type à la perte des objets et à leur
récupération par la ruse des fruits merveilleux ; le romancier leur ajoute un
dénouement malheureux, apparemment imaginé. Fortunatus, le « tenant du
titre », le héros éponyme, évoque assez mal la figure symbolique qu'Aarne et
Thompson ont retenue pour intituler le conte type AT 566. En fait le héros
principal n'est pas Fortunatus, mais son fils Andolosia.
La répartition sur deux générations des épisodes du conte type AT 566
s'explique par l'intention du romancier d'opposer éthiquement deux héros aux
destins contrastés. Fortunatus, héros moralement positif, est le sage utilisateur
des objets ; aussi meurt-il dans son lit. Andolosia se distingue par son
insouciance et son irrespect des consignes paternelles : il expie ses fautes par
une mort dramatique. Le projet du romancier étant de proposer un récit
d'édification, les deux personnages ne prennent d'épaisseur psychologique
qu'en fonction de la leçon qu'ils doivent illustrer. Les dons merveilleux, les
quêtes initiatiques, les invraisemblances fabuleuses, toute la somme d'illusions
inhérentes au conte merveilleux sont replacés par le narrateur sous un éclairage
différent. Il n'y a pas transformation des motifs eux-mêmes mais insertion
dans une nouvelle perspective qui fait dévier la leçon du conte : l'histoire
148 La bourse de Fortunatus
« enseigne comme un jeune homme doit se gouverner, tant envers les Grands
que les Petits, entre Amis et Étrangers, tant dehors que dans son pays ».
Pourtant, cette opposition entre Fortunatus et Andolosia, reposant sur l'issue
de leurs destinées, apparaît assez superficielle si l'on compare le détail de leurs
comportements et de leurs aventures. Sous ce rapport, le père et le fils
apparaissent plutôt comme les deux faces, l'une marquée par la chance, l'autre
vouée au malheur, d'un même Janus moralement déprécié.
Comparons par exemple les aventures amoureuses du père et celles du fils.
Des données du conte merveilleux, Andolosia hérite sa mésaventure avec
Agrippina. Attiré sous de fausses promesses dans la chambre de la princesse, il
est mis hors d'état d'agir par l'absorption d'un somnifère, et délesté de sa
bourse. Il n'est pas question ici d'un accident comme dans le conte merveilleux,
mais bien d'une prédisposition inhérente au personnage. Le même malheur lui
est déjà survenu à Paris lorsqu'une demoiselle lui a promis ses faveurs contre
mille écus et l'a ridiculisé en se faisant remplacer par une amie. L'irrésistible
penchant amoureux qu'Andolosia se reconnaît lui-même semble le condamner
à être non seulement trompé dans ses attachements, mais aussi humilié et
dévirilisé.
Mais Fortunatus n'a pas été plus heureux qu'Andolosia : son amie londo
nienne le rejette sur le pavé quand elle le sait ruiné. La péripétie de Venise, bien
que relevant de l'imagination des domestiques jaloux de Fortunatus, anticipe
les faillites amoureuses qui accablent ensuite le père et le fils. Aux yeux des
valets et autres écuyers, Fortunatus n'a pas l'étoffe d'un homme fortuné et il ne
peut jouer d'autre rôle que celui d'un eunuque épiant l'épouse de son
maître.
Au total, c'est le regard des autres qui contraint Fortunatus, puis Andolosia, à
une conduite d'échec, constitutive de leur personnalité. Bafoués, ridiculisés et
rejetés, Fortunatus et Andolosia restent constamment vulnérables. Les déboires
initiaux de annoncent donc les malheurs à venir de son fils : la
première impression du lecteur est celle d'une interchangeabilité des personnag
es. Le romancier, entravé par le carcan du conte merveilleux, semble avoir
créé deux personnages à partir d'un seul : les traits négatifs d'Andolosia se
trouvent en gestation dans Fortunatus, et la ruine finale peut être lue en
filigrane dans les premiers errements de Fortunatus. Cette résurgence des
motifs, une fois suggérés, ou mieux antéposés puis réitérés, confère au roman
son unité.
Le romancier introduit néanmoins une différence importante : Fortunatus se
révèle perfectible alors qu'Andolosia persévère dans l'erreur, au moment même
où le lecteur l'en croit guéri. Le mariage de Fortunatus, héros positif, n'a
d'autre fonction que de lui faire naître un fils que l'auteur pourra accabler.
Fortunatus, crédité de qualités issues de son apprentissage religieux auprès de
Léopoldus, montre l'exemple d'une bonne utilisation des objets magiques. A
contrario, Andolosia est exemplaire par ses défauts — surtout sa désobéis
sance.
L'ordre suivi par le romancier — d'abord le héros secondaire perfectible,
ensuite le héros principal « irrécupérable » — témoigne de son pessimisme.
Andolosia est le héros exemplaire voulu par le romancier pour illustrer la leçon
négative de son roman. Ce choix était servi par le caractère du héros tel que le
présente le conte merveilleux. Il suffisait au de superposer une fin
malheureuse à la happy end proposée par le conte. Fortunatus aurait dû servir