La convention des Nations-Unies sur la protection de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille - article ; n°2 ; vol.8, pg 57-81

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Revue européenne de migrations internationales - Année 1992 - Volume 8 - Numéro 2 - Pages 57-81
Migraciones internationales - Derechos Humanos y derecho de los Estados
Henri de LARY
Méjico, Argelia y Yugoslavia figuraban en 1979 entre los coautores del primer anteproyecto de Convención relativa a la protección de los migrantes que debía elaborarse dentre del marco de las Naciones Unidas. Estos países procuraban obtener de inmediato una mejor protección de sus trabajadores migrantes irregulares en los Estados de Empleo y lo que les pareció más apropiado fue reclamar para ellos el respeto de la integralidad de sus derechos en tanto que hombres.
No obstante dos orientaciones han afectado de manera inesperada la construcción de este edificio.
La primera resulta de la constatación que se impuso durante la primera lectura según la cual los Estados de origen que ratificarían la Convención no se verían exentos del respeto de sus disposiciones, por lo menos para aquellos de sus ciudadanos que hubieran emigrado. La amplia definición del trabajador migrante « que ejercerá, ejerce o ha ejercido una actividad... en un Estado distinto del suyo », llegaba, a fin de cuentas, a reforzar dicha orientación y a reequilibrar en algo los términos de la négociación.
La segunda orientación deriva esencialmente de la voluntad de un cierto número de Estados — y no sólo europeos — de buscar e inscribir en este instrumento el mejor estatuto posible para el trabajador migrante en situación regular y para su familia.
Queda por saber si los Estados Partícipes harán del Comité creado en virtud de la Convención el instrumento de una verdadera pedagogía de los Derechos Humanos o por el contrario un espacio de lucha por sus propios intereses.
La convention des Nations-Unies sur la protection de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille
Henri de LARY
Le Mexique, l'Algérie et la Yougoslavie qui figuraient en 1979 parmi les coauteurs du premier avant projet de Convention relative à la protection des migrants, à élaborer dans le cadre des Nations-Unies, cherchaient à obtenir dans l'immédiat une meilleure protection pour leurs travailleurs migrants irréguliers dans les États d'Emploi et rien ne leur avait paru plus approprié que de réclamer pour ceux-ci le respect de l'intégralité de leurs droits, en tant qu'hommes.
Mais deux orientations ont affecté de façon inattendue la construction de cet édifice :
La première a résulté de la constatation qui s'est imposée pendant la première lecture selon laquelle les Etats d'origine qui ratifieraient la Convention ne seraient pas dispensés de respecter ses dispositions, à tout le moins pour ceux de leurs ressortissants ayant émigré. La définition large du travailleur migrant « qui va exercer, exerce ou a exercé une activité... dans un État autre que le sien », venait, au demeurant conforter cette orientation et rééquilibrer quelque peu les termes de la négociation.
La seconde orientation découle pour l'essentiel de la volonté d'un certain nombre d'États — pas seulement européens — de rechercher et d'inscrire dans cet instrument le meilleur statut possible pour le travailleur migrant en situation régulière et sa famille.
Reste à savoir si les États Parties feront du Comité mis en place en vertu de la Convention, l'outil d'une véritable pédagogie des droits de l'Homme ou le champ clos de leurs conflits d'intérêts.
International migration - Human rights and states rights
Henri de LARY
Mexico, Algeria and Yugoslavia, who were in 1979 among the co-authors of the first draft convention on the Protection of Migrants — to be developed further by the United Nations — tried to obtain at that point in time better protection for their undocumented migrant workers in the states of employment; nothing seemed more appropiate than claiming for their sake the recognition of all the rights to which they are entitled, as human beings.
However, two orientations have affected unexpectedly the creation of this structure:
The first one emerged from the observations made during the first reading of the draft convention which set forth that the States of origins who ratified the Convention would not be exempted from applying its provisions, at least with regard to their nationals who had emigrated. The universal definition of a migrant worker « who is to be engaged, is engaged, or has been engaged in an activity... in a State of which he or she is not a national », helped strengthen this argument and gave a better balance to the terms of the negotiation.
The second orientation stems essentially from the intention shown by some States — and not only European — to seek and lay forth in the Convention, the widest protection possible for the migrant worker and members of his family in a regular situation.
It will be interesting to see whether or not the States Parties will make use of the committee established by the application of the Convention as an instrument to ensure human rights or as the battleground for their conflicts of interests.
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1992
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Henri De Lary
La convention des Nations-Unies sur la protection de tous les
travailleurs migrants et des membres de leur famille
In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 8 N°2. pp. 57-81.
Citer ce document / Cite this document :
De Lary Henri. La convention des Nations-Unies sur la protection de tous les travailleurs migrants et des membres de leur
famille. In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 8 N°2. pp. 57-81.
doi : 10.3406/remi.1992.1321
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1992_num_8_2_1321Resumen
Migraciones internationales - Derechos Humanos y derecho de los Estados
Henri de LARY
Méjico, Argelia y Yugoslavia figuraban en 1979 entre los coautores del primer anteproyecto de
Convención relativa a la protección de los migrantes que debía elaborarse dentre del marco de las
Naciones Unidas. Estos países procuraban obtener de inmediato una mejor protección de sus
trabajadores migrantes irregulares en los Estados de Empleo y lo que les pareció más apropiado fue
reclamar para ellos el respeto de la integralidad de sus derechos en tanto que hombres.
No obstante dos orientaciones han afectado de manera inesperada la construcción de este edificio.
La primera resulta de la constatación que se impuso durante la primera lectura según la cual los
Estados de origen que ratificarían la Convención no se verían exentos del respeto de sus
disposiciones, por lo menos para aquellos de sus ciudadanos que hubieran emigrado. La amplia
definición del trabajador migrante « que ejercerá, ejerce o ha ejercido una actividad... en un Estado
distinto del suyo », llegaba, a fin de cuentas, a reforzar dicha orientación y a reequilibrar en algo los
términos de la négociación.
La segunda orientación deriva esencialmente de la voluntad de un cierto número de Estados — y no
sólo europeos — de buscar e inscribir en este instrumento el mejor estatuto posible para el trabajador
migrante en situación regular y para su familia.
Queda por saber si los Estados Partícipes harán del Comité creado en virtud de la Convención el
instrumento de una verdadera pedagogía de los Derechos Humanos o por el contrario un espacio de
lucha por sus propios intereses.
Résumé
La convention des Nations-Unies sur la protection de tous les travailleurs migrants et des membres de
leur famille
Henri de LARY
Le Mexique, l'Algérie et la Yougoslavie qui figuraient en 1979 parmi les coauteurs du premier avant
projet de Convention relative à la protection des migrants, à élaborer dans le cadre des Nations-Unies,
cherchaient à obtenir dans l'immédiat une meilleure protection pour leurs travailleurs migrants
irréguliers dans les États d'Emploi et rien ne leur avait paru plus approprié que de réclamer pour ceux-ci
le respect de l'intégralité de leurs droits, en tant qu'hommes.
Mais deux orientations ont affecté de façon inattendue la construction de cet édifice :
La première a résulté de la constatation qui s'est imposée pendant la première lecture selon laquelle les
Etats d'origine qui ratifieraient la Convention ne seraient pas dispensés de respecter ses dispositions, à
tout le moins pour ceux de leurs ressortissants ayant émigré. La définition large du travailleur migrant «
qui va exercer, exerce ou a exercé une activité... dans un État autre que le sien », venait, au demeurant
conforter cette orientation et rééquilibrer quelque peu les termes de la négociation.
La seconde découle pour l'essentiel de la volonté d'un certain nombre d'États — pas
seulement européens — de rechercher et d'inscrire dans cet instrument le meilleur statut possible pour
le travailleur migrant en situation régulière et sa famille.
Reste à savoir si les États Parties feront du Comité mis en place en vertu de la Convention, l'outil d'une
véritable pédagogie des droits de l'Homme ou le champ clos de leurs conflits d'intérêts.
Abstract
International migration - Human rights and states rights
Henri de LARY
Mexico, Algeria and Yugoslavia, who were in 1979 among the co-authors of the first draft convention on
the Protection of Migrants — to be developed further by the United Nations — tried to obtain at that
point in time better protection for their undocumented migrant workers in the states of employment;
nothing seemed more appropiate than claiming for their sake the recognition of all the rights to which
they are entitled, as human beings.
However, two orientations have affected unexpectedly the creation of this structure:
The first one emerged from the observations made during the first reading of the draft convention which
set forth that the States of origins who ratified the Convention would not be exempted from applying itsprovisions, at least with regard to their nationals who had emigrated. The universal definition of a
migrant worker « who is to be engaged, is engaged, or has been engaged in an activity... in a State of
which he or she is not a national », helped strengthen this argument and gave a better balance to the
terms of the negotiation.
The second orientation stems essentially from the intention shown by some States — and not only
European — to seek and lay forth in the Convention, the widest protection possible for the migrant
worker and members of his family in a regular situation.
It will be interesting to see whether or not the States Parties will make use of the committee established
by the application of the Convention as an instrument to ensure human rights or as the battleground for
their conflicts of interests.57
Revue Européenne
des Migrations Internationales
Volume 8 - N° 2
1992
La convention des Nations-Unies
sur la protection de tous
les travailleurs migrants
et des membres de leur famille*
Instrument d'une pédagogie des droits de l'homme
ou espace d'affrontement Nord-Sud ?
Henri de LARY
La négociation(') qui a duré plus de dix ans avait débuté à
la suite d'une initiative du Mexique, soutenue par un certain nombre d'États non
alignés, dont le but avoué consistait à établir dans le cadre des Nations-Unies, un
instrument capable d'assurer la protection des droits des travailleurs migrants
entrés irrégulièrement dans des pays développés. Les travaux du groupe, ouvert à
tous les États membres, devaient être présidés de bout en bout par deux représent
ants mexicains. Le premier, l'Ambassadeur Gonzalez de Léon, étant décédé pen
dant les travaux.
Le premier avant-projet rédigé par ces pays s'est trouvé peu à peu complété
pendant la première lecture du projet de convention qui a duré environ sept ans : il
a été transformé par la définition très large de la notion de travailleur migrant, par
l'adjonction de nombreuses catégories de migrants servant à la préciser et par
l'instauration d'une définition des droits à plusieurs niveaux.
Ces évolutions n'auraient pas été possibles sans la contribution de grande
qualité apportée aux travaux par le groupe des pays placés sous le sigle « Mesca »
(Méditerranée-Scandinavie) auquel la France, grand pays d'immigration, a sou
vent prêté son concours sans s'y associer véritablement. (Il était composé de :
Suède, Finlande, Norvège, Danemark, Pays-Bas, Espagne, Portugal, Italie et
Grèce).
Ce groupe, longtemps considéré comme une émanation des occidentaux, s'est
si bien imposé par sa compétence, sa haute technicité et sa force persuasive, que le
président mexicain du groupe de travail des Nations-Unies et certains représent
ants d'États qui lui étaient habituellement hostiles ne négligeaient pas, dès le début 58 Henri de LARY
de la deuxième lecture, d'étudier au début de chaque session les propositions de
rédaction qu'il avait soigneusement établies quelques semaines auparavant dans
quelque capitale accueillante d'Europe du Nord ou du Sud. Une mention spéciale à
cet égard doit être faite de la Finlande, dont le représentant a assuré pendant
plusieurs années la vice-présidence du groupe de travail et qui a accueilli par deux
fois le groupe Mesca pour des réunions d'élaboration d'articles et de définition de
stratégie.
Mention spéciale aussi pour les efforts déployés par la Grèce, mais en défini
tive pratiquement tous les pays du groupe Mesca ont organisé au moins une
réunion pendant ces années de négociation.
A côté de ce bloc européen, celui des non alignés et de leurs alliés, pas toujours
homogène, s'est efforcé de maintenir avec quelque succès l'esprit de la première
résolution rédigée par le Mexique.
Dans ce bloc figurent des pays :
— méditerranéens encore : Algérie, Maroc, Tunisie, appuyés parfois par la
Yougoslavie et par les Émirats arabes unis ;
— latino américains : Colombie, Argentine, Pérou épaulant le Mexique ;
— africains au Sud du Sahara : francophones : Sénégal, Mali, Gabon ; luso-
phone avec le Cap Vert ; anglophones : Nigeria et Ghana ;
— asiatiques : République populaire de Chine, Inde, Sri-Lanka, Philippines.
Et l'on aura garde d'oublier ni les « États continents » (États-Unis, Canada,
Australie), particulièrement actifs et souvent alliés pendant toute la négociation, ni
le Japon venu tardivement, mais hostile, tout comme la République Fédérale
d'Allemagne, au projet de Convention, ni enfin le bloc soviétique, immuablement
représenté pendant dix ans par l'URSS, l'Ukraine et la Biélorussie, parfois
rejointes par la Pologne et la Bulgarie soit pour faire alliance avec les non alignés,
soit pour imposer une notion tirée du dogme marxiste (en matière de propriété et
de religion à propos de l'article 7) soit enfin pour susciter des catégories de travail
leurs exerçant une activité rémunérée à l'étranger auxquels la Convention ne s'ap
pliquerait pas (débat autour de la rédaction de l'article 3 en première lecture).
La Communauté européenne est restée pratiquement absente des négociat
ions, malgré quelques efforts de concertation qui ont concerné d'autres disposi
tions que celles de l'article 46.
Dans ce concert, la délégation de la France s'est efforcée parfois non sans mal
de préserver les droits du travailleur migrant en faisant notamment adopter une
définition de celui-ci, élargie aux travailleurs indépendants et en infléchissant les
travaux de telle manière que les rédactions adoptées pour la troisième partie de la
Convention (droits fondamentaux de tous les travailleurs migrants) n'aboutissent
pas à amoindrir le contenu des Pactes des Nations-Unies dans lesquels elle prend
largement sa source.
Elle s'est efforcée enfin de faire reconnaître pendant toute la négociation, le
droit pour tout État partie de présenter, lors de la signature ou de la ratification de
la Convention, les réserves de réciprocité portant sur des matières sensibles (ques
tions fiscales, élargissement du droit au travail et au séjour après deux ans de
résidence, etc.). La convention des Nations-Unies sur la protection de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille 59
On pressent à la lecture de cette brève description que la Convention ne
pouvait être ni entièrement favorable aux travailleurs migrants et à leurs États
d'origine, ni aux États d'emploi et qu'elle constitue un vaste
compromis qui reconnaît aux premiers, même clandestins, tous les droits fonda
mentaux tirés des Pactes des Nations-Unies, et aux autres le droit de voir leur
souveraineté respectée dans un grand nombre de domaines.
Nous nous engagerons dans une description détaillée mais non exhaustive de
cette Convention en faisant apercevoir tout d'abord qu'il s'agit tant par l'ampleur
des catégories visées que par sa structure, d'un instrument ambitieux.
Pénétrant dans la Convention elle-même, nous décrirons ensuite une certain
nombre de dispositions, en général favorables au travailleur migrant et à sa famille
mais qui, selon qu'elles découlent des Pactes des Nations-Unies ou s'inspirent
d'instruments moins importants touchent des populations plus ou moins nomb
reuses et s'imposent également à des degrés divers aux États parties qu'ils soient
État d'accueil, État de transition ou État d'origine des migrants.
Disposant d'une meilleure connaissance de l'économie générale de la Convent
ion, nous serons alors mieux à même de comprendre les mécanismes apparents ou
sous-jacents qui se mettront en branle dès qu'elle sera en vigueur, c'est-à-dire après
ratification par vingt États.
UN INSTRUMENT AMBITIEUX
Ambitieuse, la Convention l'est aussi bien par l'ampleur des définitions, des
catégories et du nombre des États visés que par le type de protection qu'elle
instaure. Le mécanisme de contrôle qu'elle institue est par contre tout à fait
conforme à celui mis en place par d'autres instruments récents des Nations-Unies
(Convention contre la torture, Convention relative aux droits de l'enfant).
Il reste que plus que d'autres sans doute, cette Convention pourrait servir de
vecteur, une fois en vigueur, à certaines tensions politiques et que le Comité qu'elle
institue deviendra peut-être le champ clos d'affrontements entre pays d'immigrat
ion et pays d'émigration, ce qui signifie en termes de Nations-Unies et à l'époque
où nous vivons, entre pays nantis et pays pauvres.
AMPLEUR DU CHAMP D'APPLICATION DE LA CONVENTION
ET DÉFINITIONS
La première partie de la Convention (articles 1 à 6) délimite le champ d'appli
cation du texte et précise les catégories de personnes auxquelles il s'applique.
Les personnes couvertes
(Art. 1) § 1 - « Tous les travailleurs migrants et les membres de leur famille
sans distinction aucune, notamment de sexe, de race, de nationalité... ou d'autre
situation... ». 60 Henri de LARY
(Art. 1) § 2 - ...pendant tout le processus de migration qui comprend « les
préparatifs, le départ, le transit, et toute la durée du séjour dans l'État d'emploi...
ainsi que le retour dans l'État d'origine ou de résidence habituelle ».
Definitions
(Art. 2) - « L'expression travailleurs migrants désigne les personnes qui vont
exercer, exercent ou ont exercé une activité rémunérée dans un État dont elles ne
sont pas ressortissants » (suit au même article 2 la définition de huit catégories(2)
de travailleurs migrants sur lesquelles nous reviendrons). On notera l'élargissement
du champ à ceux « qui vont ou qui ont exercé », qui ne manque pas d'intérêt au
regard de la Sécurité sociale ou de la protection qui peut continuer à s'exercer
après le retour.
(Art. 3) - Ne sont pas considérées comme travailleurs migrants, six catégories
de personnes (employées par des organisations internationales ou par un État,
investisseurs, réfugiés et apatrides, étudiants et stagiaires, gens de mer et travail
leurs des installations en mer non autorisés à exercer une activité rémunérée dans
l'État d'emploi).
(Art. 4) - Les membres de la famille du travailleur. On cherchera vainement
ici, une définition univoque du mariage et de la notion de membre de famille, de
même qu'une définition de l'âge limite des enfants ou de la législation à appliquer
pour organiser le regroupement familial.
Comme pour définir le travailleur, la Convention procède ici par le haut,
laissant à la législation « applicable » celle du pays d'accueil ou celle du pays
d'origine ou aux accords bilatéraux ou multilatéraux, le soin de définir ce que sont
mariage, membre de famille, membre de famille reconnu à charge.
Au niveau où elle se situe, celui d'une définition générale servant à protéger le
plus grand nombre de personnes, la Convention ne cherche pas à régler des conflits
de loi, même s'il s'en produit entre législations applicables.
En outre, la définition ne dit même pas que la famille s'expatrie ou qu'elle
rejoint le travailleur migrant, encore moins de façon régulière ou irrégulière.
On est membre de famille du travailleur migrant si l'on a avec ce travailleur les
liens précisés à l'article 4 et régis par la loi applicable, même si l'on reste au pays
d'origine et même si le travailleur, après un séjour à l'étranger revient au et continue à correspondre à la définition du travailleur que donne
l'article 2 § 1 « qui exerce ou qui a exercé ».
Une application avant la lettre de ces définitions a été bien malheureusement
mise en lumière sur une grande échelle en novembre 1990, au moment où l'Assem
blée générale des Nations-Unies a procédé à l'adoption du texte de la Convention.
Des centaines de milliers de travailleurs migrants devaient en effet quitter
précipitamment les États du Golfe, souvent avec leur famille, pour se réfugier dans
leur pays d'origine. Les efforts déployés par les organisations internationales pour
les aider dans leur retour ou pour leur permettre d'obtenir des indemnités, s'a
ppuyaient déjà sur leur qualité de « travailleur migrant... ayant exercé... ». La convention des Nations-Unies sur la protection de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille 61
Le regroupement familial n'est pas pour autant méconnu par la Convention
puisqu'après avoir indiqué en son premier paragraphe, que « les États parties
reconnaissent que la famille est l'élément fondamental de la société », l'article 44
invite les États parties à prendre les mesures appropriées et qui relèvent de leur
compétence pour faciliter la réunion des travailleurs « avec leur conjoint ou avec
les personnes ayant avec eux des relations... qui produisent des effets équivalents
au mariage, et avec leurs enfants à charge mineurs et célibataires ».
(Art. 5) - Réguliers et irréguliers
Cet article tempère en quelque sorte l'interdiction de toute discrimination à
l'égard de tous les travailleurs migrants et membres de leur famille... sans distinc
tion de leur situation (Art. 1) en distinguant précisément deux situations : celle
dans laquelle la personne est pourvue de document et celle où elle ne l'est pas.
Plus encore sans doute que pour les définitions précédentes, la méthode est
celle du postulat, voirE de la tautologie.
a) « Sont considérés comme pourvus de documents... s'ils sont autorisés à
entrer, séjourner et exercer une activité rémunérée... conformément à la législation.
b) Sont considérés comme dépourvus de documents, ceux qui ne remplissent
pas les conditions ci-dessus ».
Il faut dire que rares ont été jusqu'à maintenant les Conventions internatio
nales traitant autrement que sous un angle répressif ou de protection minimale, des
migrants irréguliers.
On verra ultérieurement que la distinction entre irréguliers et réguliers déter
mine plusieurs niveaux de protection dans la Convention.
Les États concernés
Comme le laissaient entendre certaines expressions déjà employées « Art.
2) » : « Va exercer, exerce ou a exercé » l'État qui a des devoirs envers le travailleur
migrant n'est pas seulement l'État d'emploi. Il est admis que le travailleur migrant
de retour dans l'État dont il est ressortissant peut revendiquer des droits vis-à-vis
de ce même État d'origine et qu'il peut même en le bénéfice tout en
restant à l'étranger, au titre de sa famille demeurée quant à elle dans le pays
d'origine.
La distinction État d'origine, État de transit, État d'emploi, n'a pas été obte
nue sans mal pendant la négociation. On verra dans le chapitre suivant qu'elle
présente sans doute de l'intérêt au regard de la protection, y compris par l'État
d'origine, des droits fondamentaux du travailleur migrant et de sa famille (ce que
nous appellerons faute de mieux : l'effet miroir).
UNE PROTECTION À PLUSIEURS NIVEAUX
Poursuivant notre description, nous évoquerons brièvement les problèmes
architecturaux rencontrés par ses auteurs pour l'élaboration des parties II à VI du
projet. Henri de LARY
Ceux-ci avaient en effet à leur disposition un grand nombre de normes inte
rnationales déjà existantes auxquelles il convenait de recourir, sans les amoindrir,
pour les appliquer aux travailleurs migrants et aux membres de leur famille, tels
que définis à la partie I du projet.
Mais ces normes déjà établies et reconnues s'appliquaient soit à des popula
tions très nombreuses, voire dans le cadre des Nations-Unies à tous les êtres
humains, soit à une population plus restreinte : celle des migrants en situation
régulière dans un État.
Dans le premier cas, on poussait la reconnaissance vers le haut et l'on s'inspi
rait du Pacte des Nations-Unies relatif aux droits économiques, sociaux et cultu
rels entré en vigueur le 3 janvier 1976 ainsi que de la Convention européenne des
droits de l'Homme (entrée en vigueur le 3 septembre 1953) et de ses huit protocoles
additionnels.
Dans le second cas, on saisissait l'occasion de l'élaboration de la Convention
pour y inclure un certain nombre de dispositions figurant déjà dans des accords
multilatéraux et concernant la plupart du temps les migrants réguliers ou « pour
vus de documents ». On pouvait trouver une abondante matière à cet égard dans
les instruments conclus au sein de l'OIT (les deux grandes conventions n° 97
révisées en 1969 et n° 143 - 1975) ainsi que ceux élaborés et mis en œuvre au sein
du Conseil de l'Europe : Charte sociale européenne, Convention relative au statut
juridique du travailleur migrant.
D'autres dispositions figurant soit dans des instruments bilatéraux, soit dans
certaines législations internes pouvaient enfin être retenues, dans la mesure
notamment où elles concernaient des catégories particulières de travailleurs
migrants et permettaient à la fois d'expliciter les définitions des catégories de
travailleurs migrants qui devaient figurer à l'article 2 et de leur reconnaître certains
droits particuliers.
Les négociateurs ne s'interdisaient nullement la possibilité de proposer, che
min faisant, de nouvelles catégories de travailleurs ou de nouveaux droits en faveur
du travailleur migrant ou des membres de sa famille ou de telle ou telle catégorie
particulière.
Il y avait là matière à innover et à faire véritablement progresser, grâce à la
Convention, les droits du travailleur migrant. Si certains résultats ont été obtenus,
à propos en particulier des membres de famille (art. 50), le temps aura sans doute
manqué pour obtenir des progrès très importants et surmonter oppositions et
malentendus à propos des droits des travailleurs sur projet (c'est-à-dire détachés
sur des chantiers) et des gens de mer. Nous y reviendrons.
Quoi qu'il en soit, on aura compris que les parties II, III, IV et V de notre
Convention s'ordonnent, on ne peut mieux dire, telles des poupées russes.
Deuxième partie (art. 7) intitulée : « Clause générale de non-discrimination »,
constituant le « chapeau » en jargon de négociation de tout ce qui va suivre ; cet
article est très directement tiré de l'article 2 du Pacte relatif aux droits civils et
politiques et de l'article 14 de la Convention européenne des Droits de l'Homme. La convention des Nations-Unies sur la protection de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille 63
Concession aux évolutions constatées pendant les années quatre-vingt, en
matière de Droits de l'Homme, l'ajout de l'interdiction de toute discrimination, en
fonction de la « situation économique » et de la « situation matrimoniale ».
Le texte anglais comporte en outre l'expression « property » et ceci malgré
l'opposition très vive à l'époque (1987) des Soviétiques et de leurs alliés.
Troisième partie (articles 8 à 34) intitulée : « Droits fondamentaux de tous les
travailleurs migrants et des membres de leur famille ».
Il s'agit là sans aucun doute de la partie la plus originale puisqu'elle traite sous
le titre « Droits de l'Homme de tous les travailleurs migrants et des membres de
leur famille », des droits fondamentaux de l'homme s'appliquant à tous les travail
leurs migrants, réguliers ou irréguliers et aux membres de leur famille.
Ce sont en résumé les droits du travailleur migrant, en tant qu'homme ou
encore puisqu'il a bien fallu faire un choix, les droits de l'homme particulièrement
nécessaires de nos jours au travailleur migrant.
On pourra épiloguer sur les raisons qui ont conduit à retenir certains droits
jugés nécessaires et pas d'autres... Nous reviendrons ultérieurement sur certains de
ces droits mis en avant par les auteurs de la Convention.
Les sources de cette partie se trouvent bien entendu dans les deux Pactes des
Nations-Unies et dans la Convention européenne de sauvegarde des Droits de
l'Homme, la question s'étant constamment posée de savoir, pendant son élaborat
ion, s'il fallait s'en tenir strictement aux dispositions existant dans ces instruments
ou s'il au contraire leur ajouter des nouvelles, tenant compte de
l'évolution ou de la situation véritablement spécifique des personnes qui font
l'objet de la Convention (cf. supra art. 7).
La question n'a pas été tranchée, mais les négociateurs ont en
général écarté toutes propositions pouvant aboutir à apporter au travailleur
migrant une protection moindre que celle qui découle des Pactes.
Deux facteurs au moins ont contribué à faciliter le consensus sur cette partie :
— le caractère particulier du travailleur migrant qui revendique essentiell
ement des droits dans un autre État, a empêché certains Etats qui n'observaient pas
les Pactes pour leurs propres nationaux, de bloquer la négociation des articles de la
Convention portant sur ces mêmes droits ;
— les États qui souhaitaient faire reconnaître dans la Convention, une protec
tion de certains droits plus élaborée que celle qui découle des Pactes (en matière de
droit syndical par exemple), ont accepté de voir cette protection supplémentaire
définie et reconnue dans la IVe partie de la Convention consacrée aux droits
supplémentaires des travailleurs migrants en situation régulière. C'est pour cette
raison que certains droits sont évoqués à la fois dans la partie III et la partie IV,
tandis que d'autres le sont dans la partie III ou dans la IV seulement.
Quatrième partie (articles 36 à 56) intitulée : « Autres droits des travailleurs
migrants et des membres de leur famille... en situation régulière », elle constitue en
quelque sorte le statut du travailleur migrant en et des membres
de sa famille (art. 3).