La montre du sultan Noûr ad Dîn - article ; n°4 ; vol.4, pg 282-299

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Syria - Année 1923 - Volume 4 - Numéro 4 - Pages 282-299
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1923
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Paul Casanova
La montre du sultan Noûr ad Dîn
In: Syria. Tome 4 fascicule 4, 1923. pp. 282-299.
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Casanova Paul. La montre du sultan Noûr ad Dîn . In: Syria. Tome 4 fascicule 4, 1923. pp. 282-299.
doi : 10.3406/syria.1923.3008
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/syria_0039-7946_1923_num_4_4_3008MONTRE DU SULTAN NOUR AD DIN LA
( 554 de VHégire = U59-H60)
PAR
J>AUL CASANOVA
Le titre de cet article semblera au premier abord paradoxal, puisque l'i
nvention des montres telles que nous les connaissons ne paraît pas remonter
au delà du xvie siècle ; mais quel autre nom donner à un instrument portatif
qui sert à donner l'heure, comme celui que je vais décrire? Il ne comporte,
d'ailleurs, aucun mécanisme, et c'est, comme nous le verrons, une montre
solaire.
L'objet se trouve au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale qui
l'a acquis, sur mes indications, en août 1895, de M. Durighello de Beyrouth,
lequel déclarait le tenir de M. Darricarrère, le négociant français bien connu
de cette même ville (1). Il est donc de provenance syrienne, ce que confirme
l'inscription qui y est gravée.
C'est une plaquette rectangulaire de cuivre mesurant sur le petit côté 5 1 mm, ;
sur le grand 86 mm. Le haut se termine en chapiteau multilobé percé de deux
trous circulaires au centre, et portant un anneau mobile ou bélière. La lon
gueur totale, y compris celle du chapiteau et abstraction faite de Vanneau, est
de 98 mm. Sur le petit côté supérieur sont percés six trous rectangulaires. Le
corps môme de la pièce est divisé en six parties par sept lignes parallèles aux
grands côtés ; sur la face principale cinq lignes courbes (nous verrons qu'il
en faudrait six) traversent de gauche à droite les lignes droites, et dans les
segments ainsi formés sont tracées par lignes parallèles trente divisions, cinq
(*) La photographie jointe à cet article a été fait exécuter pour moi. La bélière y a été fixée
faite d'après une galvanoplastie que M. Plan- après coup et n'est pas mobile comme dans
chon, le regretté horloger d'art de Paris, avait l'original. MONTRE DU SULTAN NOUR AD DIN 283 LA
par segment. Au bas sont inscrits les noms arabes des douze signes du zodiaque
deux par deux, dans les six grandes divisions, ainsi :
Le Sagittaire Le Scorpion La Balance La Vierge Le Lion L'Écrevisse
Le Capricorne Le Verseau Les Poissons Le Bélier Le Taureau Les Gémeaux
Sur la seconde ligne les caractères sont renversés de bas en haut, ce qui
indique qu'il faut suivre la lecture en boustrophédon, ou plus exactement, suivant
une courbe fermée qui représente le tour de la sphère céleste décrit par le
mouvement annuel apparent du soleil.
Le même système est suivi dans la numérotation des six courbes dessi
nées sur l'instrument. On lit, en effet, les nombres disposés ainsi :
j ^ J» g l w»(4) (renversés).
7 8 9 10 11 12
Ceci nous indique bien qu'il doit y avoir six divisions, et par suite six
courbes. La première, celle qui répond au n° 1, n'a pas été tracée sur la face
principale (qui contient l'inscription au nom du sultan) ; on la retrouve sur
l'autre face. En supposant la courbe tracée, on remarquera que les six premiers
chiffres sont inscrits à droite des courbes, les six autres à gauche. C'est cette
disposition qu'on constate sur l'autre face, mais le fabricant y a négligé de
renverser les chiffres supérieurs.
Dans l'intervalle laissé libre entre la plus grande courbe et les noms des
signes du zodiaque est gravée sur la même face l'inscription suivante,
l1) Pour • tJ^JLJI ■ signes ^e kau* du en zodiaque, ^as Par mais rapport en réalité aux noms ils le sont des
(2) Pour : (j"_}ÂJi de gauche à droite parallèlement aux grands
(3) Pour : C> >fd\ c^®s e* aU8S* a l'inscription médiane dont il
sera question plus loin.
(4) Pour : w> • Les chiffres paraissent écrits ■
'
,
284 , -'TI'ï >'. .'.'■•'•:: ; SYRIA ■< ;■;• ;•>-; y,
dans le sens de la longueur (Verticalement sur la photographie), en quatre
lignes séparées par cinq dès six grandes divisions de l'instrument.
'
<ÛL« ^J [4[ pill. .LJlT crte . ^^1 ^1 ^^ [3] {sic) o
- - - ^ C. {sic)
[1] Al Malik al 'Adil Noûr ad dïn Mahmoud ibn Zengui [2] pour la connaissance
des heures dû temps et des moments de la prière [3] à la latitude dé 36°. Œuvre d'Aboû-l
Faradj 'Isa, élève d'Al Kasim fils [4] de Hibat Allah Vastrolabiste, année 554.
' On remarquera tout de suite l'affectation d'archaïsme de l'inscription : le \ ini
tial avec le trait inférieur à droite, le ? médian ouvert, le ^J et le J en lo
sange, etc., en même temps que, par certaines formes plus modernes, le gra
veur trahit son inexpérience. Des gaucheries; même des fautes d'orthographe,
accentuent encore cette inexpérience et s'ajoutent aux erreurs déjà signalées
dans les noms des signes du zodiaque. Au commencement de la quatrième
ligne il faut noter la forme bizarre du •* initial que l'artiste voulait certain
ement graver ainsi : -%■ Par maladresse, il a laissé un tel intervalle entre
le commencement et la fin du trait, qu'au premier abord on pourrait lire deux
lettres au lieu d'une, âj ou âo ; mais le nom de *M\ ^* est seul possible
ici, .d'autant que c'est celui d'un astrolabiste célèbre de cette époque, comme
nous allons le voir. -
Telle est la face principale. L'autre présente les mêmes particularités ;
mais les signes du zodiaque y sont "écrits correctement; les six courbes sont
bien marquées ; les chiffres de ces courbes sont ainsi disposés :
;'
7 8 9 10 il. 12
. * A £ ^ Ij
' 6 5 4 3 2 1 .
3e division, on lit : En travers, dans la
Connaissance des heures du temps à la latitude de 33°.
C'est le seul chiffre renversé. •' - ■"-••■•- SYRIA 1924 PL. XLV .
MONTRE DU SULÎAN NOUR Al) DIN 285 LA
Donc cet instrument a été fait par Aboû-1 Faradj 'Isa, élève d'Al Kasim fils
de Hibat Allah, en 554 de l'Hégire. Il servait à Noûr ad dîn, sultan d'Alep et de
Damas de 541 à 569, pour détermiuer les heures à la latitude de 36ff, qui est
à peu près celle d'Alep, et à la latitude de 33°, qui est à peu près celle de
•Damas.
De l'artiste je ne puis rien dire, car je n'ai trouvé son nom dans aucun
auteur. Quant à son maître, je pense qu'on peut y voir le personnage que Ibn
al Kifti appelle : Aboû Mouhammad al Kasim ibn Hibat Allah al Harîrî qui fut
l'hôte d'un certain ibn c Abd as Salâm, lequel mourut en 594 W.
Ce Kasim vivait donc vers la fin du vi« siècle de l'Hégire. Mais était-il vra
iment le fils du célèbre astrolabiste Hibat Allah surnommé « la Merveille du
temps » j\*jh g*> , h qui Ibn Khallikàn a consacré une notice biographique (3>?
Ce fut, dit-il, le plus habile fabricant d'astrolabes parmi les Arabes ; à sa mort,
il ne laissa personne capable de le remplacer. Nous voyons cependant que son
fils dut hériter de son art et former des élèves, parmi lesquels l'artiste qui a
travaillé pour le sultan Noûr ad dîn. Hibat Allah mourut en 534. Son fils a pu
vivre jusque vers la fin du vie siècle et son identification avec le personnage
nommé par Ibn al Kiftî est plausible. Toutefois le titre de Ilarîrî « marchand
de soie » ne paraît guère convenir à un fabricant d'astrolabes, car il semble
bien que le fils ait hérité, sinon du talent, au moins de la profession du
père.
Si nous en sommes réduits aux conjectures pour ce qui concerne l'ar
tiste et son maître, en revanche le possesseur est si connu qu'il est à peine
nécessaire de rappeler les principaux traits de sa biographie.
Aboû-1 Kâsim Mahmoud surnommé Noûr ad dîn était fils de Zengui, le
premier atabek de Mossoul. Il naquit le 17 chawwâl 511 (11 février 1118) et
mourut à Damas le 11 chawwâl 569 (15 mai 1174). Ce fut avant Calât ad dîn
le plus redoutable adversaire des Croisés; il leur enleva toutes les villes et
citadelles de la Syrie septentrionale, A la mort de son père, en 540, il avait
hérité de la principauté d'Alep et pris le nom d'al Malik al f Adil ; il y joignit
Damas en 551 et même l'Egypte en 564. Dans son histoire des atabeks de
(M Ta'rikh al houkamd, éd. Lippert, 4p, III, p. 580; éd. Boûlèk, II, p. 244. Cf. Ibn
Leipzig, 1903, p. 290, ligne 5, Aboû 'Ousaïbi'at 'Ouyoûn al anbdfî tabakât
(2) Ed. Wûstenfeld, n» 779 ; trad, de Slane, ai atibbâ, Le Caire, 4299, Hégire, p. 280-283.
Stria. — IV. 37 SYRIA . . . 286
Mossoul, Ibn al Athîr a fait de lui un magnifique portrait, auquel je renvoie
le lecteur {1>.
J'en viens à l'instrument lui-même, dont, si je ne me trompe, on ne con
naît aucun autre spécimen, et dont il convient d'expliquer le fonctionnement.
Pour cela, nous nous reporterons d'abord à l'ouvrage d'Aboû-1-Hasan cAlî le
Marocain, qui a composé un ouvrage sur les instruments astronomiques des
Arabes. Cet ouvrage a été traduit en français par J.-J. Sédillot et publié par
son fils, L.-Am. Sédillot, d'après le manuscrit 1147 de la Bibliothèque natio
nale (n° 2507 du Catalogue de Slane) (2). Dans le second volume de cet ou
vrage, on trouvera cet instrument décrit sous le nom bizarre de : kl^pJl djU
littéralement : jambe de sauterelle. Le traducteur fait très ingénieusement
remarquer qu'aujourd'hui les ouvriers appellent sauterelle l'équerre composée
de deux planchettes de cuivre mobiles autour de leur point d'attache. Si je ne
me trompe, cette dénomination pittoresque vient de ce que la sauterelle pré
sente un long corps posé presque perpendiculairement sur les pattes de der
rière également très longues, d'où la comparaison avec l'équerre. Dès lors
une partie de cet instrument sera naturellement le corps de la sauterelle, l'autre
en sera la patte ou jambe. De là le nom de jambe de sauterelle donné aux pla
quettes rectangulaires des astronomes.
Voici ce que dit l'auteur (2e volume, page 440).
« Construction de la jambe de sauterelle pour une latitude déterminée.
« Cet instrument se construit de deux manières : par la première le gnomon
est mobile et se transporte à l'origine de chaque signe (du zodiaque) ; alors
la construction est absolument la même que celle du cylindre propre à une
latitude déterminée, sauf la différence d'une construction sur une surface
cylindrique à une construction sur une surface plane. Les ombres dont nous
nous sommes servi dans l'autre construction sont les mêmes que celles dont
on doit se servir dans celle-ci, et il devient inutile d'entrer dans de nouveaux
détails, l'inspection de la figure suffisant pour en donner l'intelligence (3). »
blié (*) par Recueil les soins des de Historiens l'Académie des des Croisades Inscriptions pu- {3) Mg mi, fo 118> ^ no med. ^
et belles-lettres. orientaux, t. II UVî <"y*àùù **\j^v\ <jL
(«•partie), Paris, 1876, p. 293-318. ^j^ j, j^- flyj k» j| Je
l2) Traité des instruments astronomiques des ." .. .. •
Arabes, Paris, 1834-1835, 2 Vol. in-4°. ^ £-*-T <W <> LA MONTRE DU SULTAN NOUR AD D1N 287
Reportons-nous à la figure 73 à laquelle renvoie le traducteur et dont
nous donnons une photographie d'après l'original manuscrit (1), nous y consta
terons une analogie, il est vrai assez lointaine, dans le dessin de gauche, avec
notre pièce. Nous ne nous occuperons pas du dessin de droite qui représente
la jambe de sauterelle à gnomon fixe. Nous voyons dessinée une planchette
rectangulaire sur laquelle sont inscrits deux par deux, en six divisions, les
noms des signes du zodiaque (six sont renversés). Seulement ils sont placés
en haut et non en bas de la planchette — détail qui ne peut avoir une réelle
importance. Une seule courbe, indiquée comme la ligne du midi vrai, tra
verse, en les limitant, les six divisions ; les autres courbes manquent. Les
petites divisions ne sont qu'au nombre de dix-huit (au lieu de trente comme
sur notre plaquette) <2).
Cette figure est incomplète, mais il nous est facile de la compléter en nous
reportant, avec l'auteur, à la construction du cylindre. Si nous consultons dans
la traduction la figure 7 1 , laquelle correspond au cylindre construit pour une
latitude donnée (3>, nous remarquerons une bien plus grande analogie, qu'il
est facile de ramener à l'identité en considérant que cette figure représente le.
développement d'un cylindre sur une surface plane, et que notre planchette
représente la projection dudit cylindre sur un plan axial. Nous donnons ici un
schéma de cette disposition, qui permet de voir comment du cylindre on passe
à la plaquette (fig. 1). Si maintenant nous nous rappelons les six ouvertures
rectangulaires de notre instrument qui correspondent aux six divisions, et par
du'
suite aux couples de signes nous n'hésiterons pas à voir dans la zodiaque,
pièce que nous étudions une montre solaire dite jambe de sauterelle à gnomon
mobile « qui se transporte à l'origine de chaque signe ». Ce gnomon qui
devait accompagner la montre de Noûr ad dîn, comme la clef de nos montres
avant l'invention des remontoirs, a disparu. Nous pouvons nous le représenter
^ * * WMs. 2507, f» 120 v° ( (notre ppi. XL V, fig. g 3).
,e>IJa*«l Ja-w-j .)& LJLfr *a» viU>" (*) Nous parlerons plus loin du gnomon mobile
JIÂIXI JIÂXI (jo9cJj\ qui est dessiné dans le champ.
«k~> ^ U* j (3) Trad# t., II, p. 433; manuscrit, f° 418 r»
(notre pi. XLVI, fig. 1). Cf. la figure 72 ; ma- -il
nuscrit.f» 119 v» (notre pi. XLVI, fig. 2). - 288 SYRIA
bous la fonrie que lui donne Abôû"l IJaton : un stylé itionté sur une pince
qu'on introduisait dans un des troùs^ de manière à bien fixer le tout^t à main*
tenir l'aiguille perpendiculairement au plan de la plaquette,
Fig. 1. — Cylindre et « jambe de sauterelle ».
Ainsi nous définissons exactement la nature et l'origine de l'instrument :
c'est la projection du cylindre Sur lequel sont dessinées les courbes destinées
à indiquer les heures à une latitude donnée.
Pour en expliquer le fonctionnement, il faut d'abord connaître celui du
cylindre dont il est la projection.
Je résume ici, eh essayant de lui donnèf plus dé clarté, le chapitre m dd
livre II de l'ouvrage d'Aboû-1 Hasan (trad. vol. H, p. 433), où il est traité dé 1
co
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'iK-^y^J %
i - Construction du cylindre d'après Abou-1 Hasan 'AH (latitude donnée) - Construction du cvliudre dV.près Abnu-l H.isan * A f tmitf s latitudes) r
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