La nouvelle Europe de l'Est dans les échanges mondiaux : de la stagnation au déclin ? - article ; n°1 ; vol.37, pg 139-172

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Revue de l'OFCE - Année 1991 - Volume 37 - Numéro 1 - Pages 139-172
Central and Eastern Europe's foreign trade is subject to a period of radical changes. The sudden vanishing of the former exchange conditions contributes to the disintegration of a whole trade net within the CMEA, while some countries could unexpectedly improve their export performance on Western markets. Nevertheless, prospects for a successful geographical and sectoral reorientation of trade are quite narrow. Since serious structural and macroeconomic problems are arising in the transition period, it will be more difficult for each of the Eastern countries to benefit from the relative abundance of a fairly high skilled labour and from the proximity of Western Europe. In addition to this, the limited access to the Western markets, especially in the fields of agriculture, textiles, and steel, reduces the potential of economic growth in the short run. Thus, a wider opening-up of markets in the West seems to be necessary in order to prevent a vicious circle, where the shortfall of exports aggravates macroeconomic problems, which again slow down the process of restructuring. Even a considerable liberalization would none the less be insufficient to fully satisfy Eastern export needs. In this respect, a Central and Eastern European multilateral payments system could limit the wide-ranging effects of the present collapse in trade. With its positive effects on mutual economic relations, it would also ease the restructuring process of the former intra-regional trade. Without such a new framework, Central and Eastern Europe's chances to soustain growth by exports appear in return to be quite poor even in the long run.
Le commerce extérieur des pays d'Europe centrale et orientale traverse une période de fortes turbulences. Avec le démantèlement précipité du cadre antérieur des échanges, le réseau commercial intra-CAEM se décompose, tandis que certains pays enregistrent des succès d'exportation inespérés sur les marchés occidentaux. Les perspectives d'une réorientation géographique et sectorielle réussie sont cependant sombres. D'une part, les problèmes de la transition rendent plus incertaine la valorisation commerciale d'une main-d'œuvre relativement qualifiée et de la proximité de l'Europe de l'Ouest. D'autre part, l'accès difficile aux marchés occidentaux, notamment dans les domaines de l'agriculture, des textiles et de l'acier, risque d'enlever aux économies en transition une source de croissance importante dans l'immédiat. Afin d'éviter le déclenchement d'un cercle vicieux — où la modestie de l'expansion commerciale accentue les problèmes macroéconomiques, tandis que ceux-ci freinent le processus de restructuration — , une ouverture plus vaste de l'Ouest semble indispensable. Or, sa capacité d'absorption est insuffisante pour satisfaire pleinement les besoins d'exportation est-européens. La mise en place d'un système de paiements entre pays d'Europe centrale et orientale pourrait s'imposer comme moyen de limiter les dégâts, qui sont causés par l'effondrement actuel de leurs échanges. Une telle solution concertée, qui favoriserait le commerce mutuel, permettrait en même temps de restructurer progressivement un réseau multilatéral d'échanges, sans lequel une croissance durablement confortée par les exportations semble peu probable à l'Est.
34 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1991
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Langue Français
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Thomas Fricke
La nouvelle Europe de l'Est dans les échanges mondiaux : de la
stagnation au déclin ?
In: Revue de l'OFCE. N°37, 1991. pp. 139-172.
Citer ce document / Cite this document :
Fricke Thomas. La nouvelle Europe de l'Est dans les échanges mondiaux : de la stagnation au déclin ?. In: Revue de l'OFCE.
N°37, 1991. pp. 139-172.
doi : 10.3406/ofce.1991.1253
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ofce_0751-6614_1991_num_37_1_1253Abstract
Central and Eastern Europe's foreign trade is subject to a period of radical changes. The sudden
vanishing of the former exchange conditions contributes to the disintegration of a whole trade net within
the CMEA, while some countries could unexpectedly improve their export performance on Western
markets. Nevertheless, prospects for a successful geographical and sectoral reorientation of trade are
quite narrow. Since serious structural and macroeconomic problems are arising in the transition period,
it will be more difficult for each of the Eastern countries to benefit from the relative abundance of a fairly
high skilled labour and from the proximity of Western Europe. In addition to this, the limited access to
the Western markets, especially in the fields of agriculture, textiles, and steel, reduces the potential of
economic growth in the short run. Thus, a wider opening-up of markets in the West seems to be
necessary in order to prevent a vicious circle, where the shortfall of exports aggravates macroeconomic
problems, which again slow down the process of restructuring. Even a considerable liberalization would
none the less be insufficient to fully satisfy Eastern export needs. In this respect, a Central and Eastern
European multilateral payments system could limit the wide-ranging effects of the present collapse in
trade. With its positive effects on mutual economic relations, it would also ease the restructuring process
of the former intra-regional trade. Without such a new framework, Central and Eastern Europe's
chances to soustain growth by exports appear in return to be quite poor even in the long run.
Résumé
Le commerce extérieur des pays d'Europe centrale et orientale traverse une période de fortes
turbulences. Avec le démantèlement précipité du cadre antérieur des échanges, le réseau commercial
intra-CAEM se décompose, tandis que certains pays enregistrent des succès d'exportation inespérés
sur les marchés occidentaux. Les perspectives d'une réorientation géographique et sectorielle réussie
sont cependant sombres. D'une part, les problèmes de la transition rendent plus incertaine la
valorisation commerciale d'une main-d'œuvre relativement qualifiée et de la proximité de l'Europe de
l'Ouest. D'autre part, l'accès difficile aux marchés occidentaux, notamment dans les domaines de
l'agriculture, des textiles et de l'acier, risque d'enlever aux économies en transition une source de
croissance importante dans l'immédiat. Afin d'éviter le déclenchement d'un cercle vicieux — où la
modestie de l'expansion commerciale accentue les problèmes macroéconomiques, tandis que ceux-ci
freinent le processus de restructuration — , une ouverture plus vaste de l'Ouest semble indispensable.
Or, sa capacité d'absorption est insuffisante pour satisfaire pleinement les besoins d'exportation est-
européens. La mise en place d'un système de paiements entre pays d'Europe centrale et orientale
pourrait s'imposer comme moyen de limiter les dégâts, qui sont causés par l'effondrement actuel de
leurs échanges. Une telle solution concertée, qui favoriserait le commerce mutuel, permettrait en même
temps de restructurer progressivement un réseau multilatéral d'échanges, sans lequel une croissance
durablement confortée par les exportations semble peu probable à l'Est.La nouvelle Europe de l'Est
dans les échanges mondiaux
de la stagnation au déclin ?
Thomas Fricke,
Département des diagnostics de l'OFCE
Le commerce extérieur des pays d'Europe centrale et orientale
traverse une période de fortes turbulences. Avec le démantèle
ment précipité du cadre antérieur des échanges, le réseau comm
ercial intra-CAEM se décompose, tandis que certains pays enre
gistrent des succès d'exportation inespérés sur les marchés occi
dentaux. Les perspectives d'une réorientation géographique et
sectorielle réussie sont cependant sombres. D'une part, les pro
blèmes de la transition rendent plus incertaine la valorisation
commerciale d'une main-d'œuvre relativement qualifiée et de la
proximité de l'Europe de l'Ouest. D'autre part, l'accès difficile aux
marchés occidentaux, notamment dans les domaines de l'agricul
ture, des textiles et de l'acier, risque d'enlever aux économies en
transition une source de croissance importante dans l'immédiat.
Afin d'éviter le déclenchement d'un cercle vicieux — où la modest
ie de l'expansion commerciale accentue les problèmes macroéco
nomiques, tandis que ceux-ci freinent le processus de restructurat
ion — , une ouverture plus vaste de l'Ouest semble indispensable.
Or, sa capacité d'absorption est insuffisante pour satisfaire pleine
ment les besoins d'exportation est-européens. La mise en place
d'un système de paiements entre pays d'Europe centrale et orien
tale pourrait s'imposer comme moyen de limiter les dégâts, qui
sont causés par l'effondrement actuel de leurs échanges. Une
telle solution concertée, qui favoriserait le commerce mutuel, per
mettrait en même temps de restructurer progressivement un
réseau multilatéral d'échanges, sans lequel une croissance du
rablement confortée par les exportations semble peu probable
à l'Est.
A la fin des années quatre-vingt les pays d'Europe centrale et
orientale occupent une position marginale dans le commerce mondial.
Le monopole d'Etat et l'inconvertibilité des monnaies nationales d'une
part, la fixation artificielle des prix et volumes dans les échanges
mutuels d'autre part, avaient largement isolé les pays membres du
Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM ou COMECON) du
fonctionnement et de l'évolution de l'économie mondiale pendant qua
rante ans. En 1989, la part des membres européens du CAEM dans les
Observations et diagnostics économiques n° 37 /juillet 1991 139 Thomas Fricke
exportations totales de l'OCDE atteint 2,5 % si l'on inclut les échanges
intra-allemands.
Les bouleversements politiques et économiques des dernières
années entraînent une rupture nette avec cette isolation commerciale.
L'insertion dans l'économie mondiale compte parmi les préoccupations
majeures des nouvelles autorités à l'Est. Les besoins considérables de
technologies, de biens d'équipement et de biens de consommation ne
pourront pas être satisfaits par les marchés nationaux. Une propension
forte à importer en provenance de l'Occident ne pourra cependant
s'exprimer qu'en cas de hausse sensible des recettes d'exportation. Les
ventes à l'étranger seront en même temps une source de croissance
vitale, d'autant plus qu'elles devraient compenser les effets d'une
demande interne restreinte par des politiques macroéconomiques
d'ajustement. L'ouverture vers l'extérieur est enfin considérée comme
un moyen de contrebalancer les rigidités de structures de production
nationales encore largement monopolistiques.
L'issue du processus d'intégration des pays est-européens dans les
réseaux d'échanges mondiaux constitue un enjeu important pour la
région concernée et pour le reste du monde. Une forte expansion de
l'Europe centrale et orientale sur les marchés occidentaux aurait-elle un
effet d'éviction sur la production locale et celle de pays en développe
ment comparable à celui provoqué par l'émergence des NPI d'Asie dans
les années soixante-dix ? En revanche, une croissance trop modeste
des exportations est-européennes entraînerait-elle l'enlisement de la
région dans une instabilité financière et économique, comme dans des
pays d'Amérique latine, avec des risques politiques et sociaux aussi
pour l'Europe occidentale ?
La disparition du CAEM met en lumière et accentue les divergences
entre ses anciens pays membres et appelle des classifications nouv
elles. Par sa taille, la nature de ses échanges et les problèmes de mise
en place des réformes, la situation de l'Union soviétique se distingue
nettement de celle des cinq anciens membres du CAEM en Europe
centrale (1). En outre, les différences entre ces cinq pays mêmes ne sont
pas négligeables, mais elles ont une portée limitée face à l'ampleur et la
nature inédite des problèmes communs : une disparition rapide des
règles de commerce du CAEM, l'effondrement d'un réseau d'échanges
établi, les difficultés dans les relations avec l'URSS, le souci d'une
réorientation vers l'Ouest — de se rapprocher de la CEE — , les déséq
uilibres macroéconomiques ou la lenteur des privatisations.
L'abandon de l'organisation commerciale précédemment définie par
les règles du CAEM accentue, dans l'immédiat, un déclin rapide des
échanges mutuels en Europe de l'Est, tout en ouvrant la voie à une
exploitation, pour le moment théorique, de certains avantages commer-
(1) La Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie. Ces pays et
leurs relations avec l'Union soviétique seront au centre de l'analyse présente ; depuis l'union
monétaire et l'unification politique de l'Allemagne, les conditions macroéconomiques et
institutionnelles du commerce extérieur de Гех-RDA se distinguent de celles des autres
économies à l'Est, même si les problèmes de fond n'en sont pas moins comparables.
140 nouvelle Europe de l'Est dans les échanges mondiaux La
ciaux apparents et à une réorientation des échanges vers l'Occident. La
valorisation à terme de ces avantages est cependant mise en question
par les difficultés mêmes de la phase de transition, tandis qu'une
ouverture limitée des économies occidentales, et la concurrence de
régions plus expérimentées sur les marchés mondiaux, risquent d'empê
cher une forte expansion prochaine des exportations est-européennes.
La fragilité des statistiques
Certaines pratiques statistiques propres au CAEM rendent aujourd'hui
plus difficile la comparaison, dans le temps et dans l'espace, des
échanges extérieurs de ses anciens membres. L'adoption de la classifica
tion par produits CTCI (Classification type pour le commerce international)
— en Pologne, en Hongrie et en Tchécoslovaquie — et de statistiques
douanières — remplaçant le recensement par les organes de planification
centralisée - facilitera des comparaisons internationales, mais crée dans
un premier temps des problèmes liés aux difficultés de leur mise en place
et aux ruptures de séries qu'elles impliquent.
D'autres distorsions dans les statistiques officielles doivent être prises
en compte. Les taux de change officiels surévaluaient les monnaies
nationales par rapport à l'unité de facturation commune, le rouble transfé
rable (2), gonflant ainsi les recettes d'exportation des pays d'Europe cent
rale. Les statistiques globales avaient ainsi tendance à surestimer le
poids relatif des échanges évalués en roubles transférables relativement
au commerce des pays membres avec l'Occident. Des pratiques natio
nales consistant à rapprocher les taux de conversion de niveaux consi
dérés plus réalistes expliquent en plus une diversité de taux de change
croisés entre rouble et dollar selon les pays (3). De ce fait, la distorsion est
par exemple plus importante en Bulgarie — qui appliquait un taux de
change proche des taux officiels — qu'en Hongrie, où le taux appliqué est
considéré comme réaliste. La fixation souvent arbitraire des prix accent
uait généralement la surévaluation des échanges intra-régionaux des
pays d'Europe centrale, et donc aussi du poids du commerce extérieur
dans la production nationale (4). La rémunération (élevée) des produits
manufacturés, dans le commerce intra-CAEM, était souvent sans com
mune mesure avec leur qualité, si l'on se réfère aux critères du marché
mondial.
(2) Le commerce intra-CAEM était évalué en roubles transférables depuis 1964.
(3) Ce problème était accentué par la variabilité des taux effectivement employés dans
les accords bilatéraux.
(4) Dans le cas de la Tchécoslovaquie, des ajustements statistiques feraient passer la
valeur totale des exportations nationales, en 1989, de 25 milliards de dollars à probablement
17 milliards environ ; les exportations par tête passeraient sous cette hypothèse de près de
1700 dollars à moins de 1200 dollars.
141 Thomas Fricke
De la fin du CAEM au scénario
d'une destruction créatrice
L'intégration de l'Europe centrale et orientale dans l'économie mond
iale est largement hypothéquée par les conséquences lourdes des
structures du commerce intra-régional établies dans le passé. Si les
règles de fonctionnement du CAEM ont, depuis sa création en 1949,
influencé favorablement l'évolution des termes de l'échange de ses
membres d'Europe centrale (5), elles expliquent largement un faible
niveau relatif des échanges et des progrès de productivité médiocres.
L'impact du passé sur les échanges intra-régionaux
L'ancien régime de commerce extérieur...
Les échanges mutuels étaient basés sur un réseau d'accords gou
vernementaux qui définissaient, pour une période de cinq ans, des listes
imperatives de biens à échanger. Les quantités précises étaient fixées
dans des protocoles annuels bilatéraux. Les prix, exprimés en roubles
transférables, étaient déterminés chaque année en référence à une
moyenne mobile des prix mondiaux sur cinq ans (6). Dans la pratique, ce
principe a notamment été appliqué au commerce des produits de base
et du pétrole, pour lesquels l'identification des prix mondiaux était
relativement facile. En revanche, les prix des produits manufacturés
étaient en général sujets à négociations et marchandages bilatéraux,
impliquant une disparité importante des prix d'échanges au sein
du CAEM.
La planification centralisée conditionnait la non-convertibilité des
monnaies nationales, puisqu'elle s'appuyait sur un monopole d'Etat du
commerce et des devises étrangères. La mise en œuvre des plans
impératifs d'échanges bilatéraux s'effectuait par l'intermédiaire des
organisations nationales de commerce extérieur, qui servaient égale
ment comme intermédiaires entre exportateurs et importateurs et dispo
saient très souvent d'une position monopolistique pour un ou plusieurs
secteurs nationaux de production. Malgré de nombreux projets de coo
pération communs, une véritable coordination des plans nationaux n'a
jamais eu lieu à l'intérieur du CAEM, qui n'avait pas une vocation
multilatérale comparable à celle de la CEE.
... a profondément marqué les structures d'échanges dans la région
La fixation administrative des prix et volumes a permis d'orienter
souvent de façon arbitraire les échanges entre les pays membres du
(5) L'URSS fournissait à bas prix pétrole et matières premières et rémunérait favorable
ment les produits manufacturés exportés par les pays d'Europe centrale.
(6) Cette méthode a été adoptée à Bucarest en 1975.
142 :
nouvelle Europe de l'Est dans les échanges mondiaux La
CAEM. La concentration des échanges de l'Europe centrale sur le
marché soviétique et, dans une moindre mesure, sur le commerce intra-
régional contraste avec la situation d'avant-guerre. Ainsi, la Tchécoslo
vaquie effectuait en 1937 moins d'un pour-cent de son avec
l'Union soviétique. En 1988, la part officielle atteint plus de 40 %. En
1989, la part du CAEM dans le commerce extérieur des pays d'Europe
centrale atteint en moyenne 41 % pour les exportations et 40 % pour
les importations, si l'on applique aux statistiques officielles un taux de
change croisé unique et plus réaliste de deux — au lieu de 0,6 —
roubles pour un dollar (7) (voir tableau). Seules la Bulgarie, vers le haut,
et la Roumanie, vers le bas, s'écartent plus sensiblement de ces valeurs
moyennes. En 1989, l'Union soviétique à elle seule absorbe 25 % du
total des exportations de ses six partenaires en Europe et compte pour
24 % dans leurs importations. En revanche, seuls 16 % des exportat
ions des pays d'Europe centrale s'adressent aux autres partenaires de
cette région (8).
1. Répartition des exportatbns sebn les régions destinataires en 1989,
En %
Statistiques nationales Statistiques ajustées
(évaluées aux taux de change nationaux (évaluées au taux de change
croisés entre dollar et rouble transférable) croisé unique)
Exportations taux de Exportations taux de
à destination du change change à destination du
croisé croisé
rouble/dollar rouble/dollar
CAEM Reste du monde CAEM Reste du monde
Bulgarie 83 17 0,65 61 39 2,0
Hongrie 39 61 2,09 40 60 2,0
Pologne 35 65 2,96 44 56 2,0
38 62 0,96 17 83 2,0
TchécoslRoumanie
ovaquie 54 46 1,51 47 53 2,0
URSS 46 54 0,63 21 79 2,0
Source ECE.
De façon globale, l'Union soviétique jouait le rôle d'exportateur de
produits énergétiques et de matières premières, recevant en contrepart
ie des biens d'équipement et de consommation des pays d'Europe
(7) Cet ajustement permet d'obtenir une plus grande cohérence entre les statistiques
nationales respectives ; le choix du taux de change peut toujours paraître arbitraire et la
distorsion introduite par les pratiques de fixation de prix n'est pas éliminée.
(8) L'interdépendance y est la plus grande entre la Hongrie, la Tchécoslovaquie et la
Pologne.
143 Thomas Fricke
centrale. Le développement poussé des industries lourdes en Union
soviétique était basé en grande partie sur les importations de machines
en provenance de ses partenaires. En même temps, les spécialisations
et tentatives de coordination à l'intérieur du CAEM aboutissaient à tout
un réseau commercial, dans lequel mêmes les échanges entre les pays
d'Europe centrale étaient souvent complémentaires au commerce de
chacun avec l'URSS. Chaque pays disposait en plus de positions quasi-
monopolistiques pour quelques domaines très ponctuels (9).
En décourageant une intensification plus spontanée des échanges
mutuels, les mécanismes rigides guidant le commerce intra-CAEM ont
contribué à creuser l'écart de compétitivité de l'Europe de l'Est par
rapport aux économies occidentales. Les exportations jouaient en fait
non pas le rôle de moteur de la croissance, mais plutôt celui de moyen
d'équilibrer les importations indispensables dans le cadre de stratégies
d'autosuffisance nationales. Les principes de règlement au sein du
CAEM favorisaient également un commerce au plus bas niveau. Le
rouble n'était « transférable » qu'en théorie, puisque les déséquilibres
externes ne se compensaient de fait ni dans le temps, ni dans l'espace,
ce qui décourageait l'accumulation d'excédents commerciaux mutuels
entre pays membres. Le niveau d'échanges bilatéraux était déterminé
par la partie la plus faible (10).
Le poids des échanges extérieurs dans les économies d'Europe
centrale et orientale est ainsi resté relativement faible, même dans le
cas des pays les plus ouverts vers l'extérieur. A la fin des années
quatre-vingt, la part des exportations dans les PIB tchécoslovaque,
polonais (environ 20 % respectivement) et hongrois (33 %) est proche
de celle de pays comparables par leur taille et leur niveau de dévelop
pement, comme l'Espagne (20 %), la Grèce (24 %) ou le Portugal
(34 %) (11). En moyenne, la part des échanges dans le PIB se situe au-
dessous de 20 % pour les pays d'Europe centrale et atteint à peine plus
de 5 % pour l'URSS.
Les exportateurs à l'intérieur du CAEM ont peu profité des avan
tages, en termes de productivité, d'une production à plus grande
échelle. Comme leur commerce bilatéral restait largement déconnecté
aussi bien des systèmes de prix nationaux (12) que des prix relatifs
mondiaux, les importations ne pouvaient pas exercer un effet de con
currence sur la production nationale, tandis que les producteurs natio
naux exportaient à l'abri des pressions de l'offre mondiale. L'Union
soviétique notamment était considérée comme un marché sûr par ses
partenaires d'Europe centrale. L'ouverture récente des économies, dont
(9) Ceci était par exemple le cas pour les autobus hongrois, les wagons de voyageurs
est-allemands, les tramways ou équipements nucléaires de la Tchécoslovaquie ou certains
produits pétro-chimiques roumains.
(10) L'incitation à l'équilibrage mutuel s'était même prolongée au niveau sectoriel,
puisqu'un pays donné n'avait pas intérêt à vendre plus de produits théoriquement exporta
bles sur les marchés occidentaux qu'il n'en recevait de son partenaire.
(11) Elle est loin des niveaux atteints par des petits pays d'Europe « du Nord », comme
la Belgique (plus de 80 %) ou les Pays-Bas (près de 60 %).
(12) Cette déconnexion était assurée par des systèmes de compensation des prix.
144 La nouvelle Europe de l'Est dans les échanges mondiaux
la dissolution du CAEM constitue le symbole le plus marquant (13), est
destinée à rendre progressivement plus efficaces les échanges exté
rieurs. Elle les confronte cependant dans l'immédiat à une détérioration
des termes de l'échange et aux conséquences de rigidités structurelles.
Les conséquences du démantèlement du CAEM
Les insuffisances de l'ancien régime de commerce extérieur étaient
connues depuis longtemps et les autorités des pays membres ont tenté
à de nombreuses reprises d'assouplir les mécanismes de fonctionne
ment du CAEM. Après la disparition des régimes communistes, les
nouveaux gouvernements à l'Est n'auront pas réussi à se mettre d'ac
cord sur une réforme profonde de l'organisation, optant au bout du
compte pour un abandon sans transition du cadre ancien.
Les nouvelles relations commerciales en Europe de l'Est...
Le nouveau cadre des échanges est caractérisé par le règlement des
échanges intra-CAEM en devises convertibles et leur évaluation aux
prix du marché mondial (14). Ce changement devait intervenir à partir
du 1er janvier 1991 — au moment où le dernier plan quinquennal du
CAEM prenait fin — , mais aura partiellement été anticipé dès l'année
dernière. Les objectifs nouveaux impliquent d'abord l'abandon de la
planification du commerce bilatéral. En l'absence d'accords gouverne
mentaux impératifs, la négociation des contrats d'échanges devient
ainsi de la responsabilité des entreprises. Ce nouveau cadre trouve son
corollaire dans les réformes nationales du commerce extérieur, telles
que l'abandon du monopole d'Etat ou l'introduction progressive de la
convertibilité.
L'application immédiate et conséquente des nouveaux principes se
heurte à de nombreuses difficultés, notamment la pénurie en devises
convertibles et les rigidités des structures anciennes. Une organisation
minimale des échanges surtout avec l'Union soviétique s'est dessinée
dès l'année dernière, aboutissant à un « amalgame de contrats de troc,
d'accords de compensation et de transactions en monnaies fortes, à
côté d'accords bilatéraux entre gouvernements et entreprises, ou
d'entreprise à entreprise » (15). Les nouveaux accords entre les gouverne
ments d'Europe centrale et de l'Union soviétique pour 1991 prévoient,
pour une période transitoire, le recours à des listes indicatives de
produits. Ces listes ne concerneront plus qu'une partie des quantités
échangés dans le passé et leur réalisation même reste largement théori
que pour le moment (voir encadré).
(13) La dissolution définitive du Conseil s'est longtemps heurtée à des problèmes
techniques et à l'incapacité des pays membres de s'accorder sur une nouvelle forme
d'organisation.
(14) Ces nouveaux principes ont été adoptés sur la proposition de l'Union soviétique
lors de la 45e session du Conseil en janvier 1990 à Sofia.
(15) Economie Commission for Europe, Bulletin, novembre 1990.
145 Thomas Fricke
Accords commerciaux avec l'URSS pour 1991
L'accord de la Hongrie avec l'URSS, qui prévoit un règlement des
échanges exclusivement en devises fortes, ne concerne plus qu'un quart
du niveau antérieur des exportations hongroises (notamment des
machines et produits pharmaceutiques). Les importations de pétrole
seraient de 1 million de tonnes, au lieu de 6 millions initialement prévus et
4,5 réalisés l'année dernière. Des besoins hongrois supplémentaires —
estimés à plus de 6 millions de t — pourront être satisfaits dans le cadre
de contrats avec les républiques soviétiques (16). Un contrat privé sur 2
millions de t a été conclu en janvier 1991. Dans l'accord gouvernemental
avec la Tchécoslovaquie de décembre dernier, l'Union soviétique promet
d'exporter 7,5 millions de t de pétrole en 1991, après 16,8 millions prévus
et 13,5 millions effectivement livrés en 1990. Deux millions de tonnes
seraient directement échangés contre des produits industriels, le reste
devrait être réglé en devises fortes. Seules un tiers des exportations
proposées par la Tchécoslovaquie auraient été acceptées par les Soviéti
ques. L'accord entre la Pologne et l'URSS exclut le recours à un règle
ment par compensation. En revanche, sur les 4,5 millions de t d'exporta
tions soviétiques de pétrole — le besoin polonais est estimé à plus de 10
millions de t — , une partie s'effectuera en échange de machines et
navires. La Pologne a par ailleurs conclu, en janvier 1991, un contrat
supplémentaire avec la République soviétique d'Ukraine. Les listes indica
tives de l'accord bulgaro-soviétique concernent 6,5 millions de t de
pétrole — au lieu de 11 millions de t en 1989 — , qui seraient en grande
partie échangés directement contre des produits bulgares.
Des accords gouvernementaux bilatéraux entre les pays d'Europe
centrale (17) se limitent en général à la définition des nouvelles conditions
d'échanges, sans fixer des listes indicatives ni prévoir un éventuel
recours à des formes de compensation. Le règlement des excédents de
l'année dernière se fera cependant dans certains cas par des livraisons
de marchandises en 1991.
...accentuent un déclin des échanges en cours
En 1990, le volume du commerce entre les pays membres du CAEM
a connu une chute de probablement plus de 20 % (18). La baisse a été
plus forte encore dans les seuls échanges entre pays d'Europe centrale.
(16) La Hongrie se trouve dans une situation plus favorable que ses partenaires,
puisqu'elle peut disposer d'un pipeline en provenance de la Méditerranée, dont la capacité
— environ 5 millions de t — n'a jusqu'ici pas été exploitée.
(17) Notamment entre la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Pologne et la Bulgarie.
(18) Les chiffres suivants sont de source nationale : en Hongrie, le recul du commerce
avec le CAEM aurait atteint 25 % pour les exportations et près de 20 % pour les importat
ions. Dans le cas de la Tchécoslovaquie, la chute serait de 20 et plus de 10 % respective
ment. En Pologne, la baisse en volume est de plus de 10 et 35 %. Les échanges bulgares
avec le CAEM ont reculé de plus de 10 %, ceux avec l'URSS seule de près d'un tiers. Au
premier semestre 1990, le recul atteint plus de 30 %, en glissement annuel, dans le cas des
ventes roumaines à l'URSS.
146