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La taille actuelle de la pierre à la manière préhistorique - article ; n°3 ; vol.91, pg 214-224

De
13 pages
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1994 - Volume 91 - Numéro 3 - Pages 214-224
RESUME Les artisans de Cantalejo (Segovia, Espagne) taillent les éclats pour empierrer les tribula d'une façon simple et archaïque : ils frappent directement le nucléus avec le percuteur dur ; leur technique était donc déjà utilisée par les tailleurs du Paléolithique inférieur, la seule différence se trouve dans le percuteur qui, à Cantalejo, est en fer. Le travail des artisans de Cantalejo se caractérise par la monotonie de la taille ; ils employent toute une série de marteaux de poids différent et ils obtiennent, finalement, de petits éclats de dimensions et de forme très stéréotypés ; les éclats sont utilisés bruts, sans retouches, exploitant au maximum leurs propriétés tranchantes. La matière première employée est la quartzite de grain fin et le silex. L'exploitation d'une ou de l'autre roche est différente : dans la quartzite, on ne débite en général que des éclats corticaux ou semi-corticaux, extraits principalement des bords du galet-nucléus. Par contre, le cortex du silex est rejeté, et le nucleus restant est débité jusqu'à son épuisement.
ABSTRACT The craftsmen of Cantalejo (Segovia, Spain) shape stones for threshing boards in a simple and archaic way, which, to our knowledge, has been used since the Lower Palaeolithic period : they hit the core directly with a hard striker. The only difference is in the striker which, in Cantalejo, is made of iron. The work of these craftsmen is characterised by the monotony of the shaping, in which a whole range of hammers of different weights is used. Finally, using the smallest hammer for direct shaping, small flakes of a very stereotyped shape and size are obtained. These flakes are used uncut, with no finishing touches, and full advantage is taken of their cutting properties. For raw materials they use finegrained quartz and flint. Each of these two rocks is used differently : in shaping the quartz, cortical or semi-cortical flakes are generally selected — extracted primarily from the sides of the core-stone (side flakes) — and the rest of the stone is discarded. In shaping the flint to extract the flakes, however, they discard the outer part and use the remaining core until it is depleted.
RESUMEN Los trilleros de Cantalejo (Segovia, España) tallan la piedra para empedrar trillos de una manera sencilla y arcaica, utilizada, segun sabemos, desde el Paleólítico Inferior : golpean directamente el nucleo con un percutor duro. La unica diferencia es la materia del percutor que, en Cantalejo, es de hierro. Dicho trabajo se caracteriza por la monotonia de la talla en la que se utiliza toda una gama de martillos de peso diferente. AI final, con el martillo más pequeño, utilizando la talla directa, se extraen pequeñas lascas de forma y tamaño muy estereotipados. Estas son utilizadas en bruto, sin retoque, aprovechando al maximo sus propiedades cortantes. Como materia prima utilizan la cuarcita de grano fino y el silex. El aprovechamiento de una y otra roca es diferente : en la talla de la cuarcita se seleccionan, en general, las lascas corticales о semicorticales, extrafdas phncipalmente de los costados del guijarro-nucleo (lascas costeras), desechando el resto de la piedra. En la talla del silex, para la extracción de lascas, desechan, en cambio, la corteza y aprovechan el resto del núcleo hasta su agotamiento.
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Luis Benito del Rey
José-Manuel Benito Alvarez
La taille actuelle de la pierre à la manière préhistorique
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1994, tome 91, N. 3. pp. 214-224.
Citer ce document / Cite this document :
Benito del Rey Luis, Benito Alvarez José-Manuel. La taille actuelle de la pierre à la manière préhistorique. In: Bulletin de la
Société préhistorique française. 1994, tome 91, N. 3. pp. 214-224.
doi : 10.3406/bspf.1994.9770
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1994_num_91_3_9770Résumé
RESUME Les artisans de Cantalejo (Segovia, Espagne) taillent les éclats pour empierrer les tribula
d'une façon simple et archaïque : ils frappent directement le nucléus avec le percuteur dur ; leur
technique était donc déjà utilisée par les tailleurs du Paléolithique inférieur, la seule différence se trouve
dans le percuteur qui, à Cantalejo, est en fer. Le travail des artisans de Cantalejo se caractérise par la
monotonie de la taille ; ils employent toute une série de marteaux de poids différent et ils obtiennent,
finalement, de petits éclats de dimensions et de forme très stéréotypés ; les éclats sont utilisés bruts,
sans retouches, exploitant au maximum leurs propriétés tranchantes. La matière première employée est
la quartzite de grain fin et le silex. L'exploitation d'une ou de l'autre roche est différente : dans la
quartzite, on ne débite en général que des éclats corticaux ou semi-corticaux, extraits principalement
des bords du galet-nucléus. Par contre, le cortex du silex est rejeté, et le nucleus restant est débité
jusqu'à son épuisement.
Abstract
ABSTRACT The craftsmen of Cantalejo (Segovia, Spain) shape stones for threshing boards in a simple
and archaic way, which, to our knowledge, has been used since the Lower Palaeolithic period : they hit
the core directly with a hard striker. The only difference is in the striker which, in Cantalejo, is made of
iron. The work of these craftsmen is characterised by the monotony of the shaping, in which a whole
range of hammers of different weights is used. Finally, using the smallest hammer for direct shaping,
small flakes of a very stereotyped shape and size are obtained. These flakes are used uncut, with no
finishing touches, and full advantage is taken of their cutting properties. For raw materials they use
finegrained quartz and flint. Each of these two rocks is used differently : in shaping the quartz, cortical or
semi-cortical flakes are generally selected — extracted primarily from the sides of the core-stone (side
flakes) — and the rest of the stone is discarded. In shaping the flint to extract the flakes, however, they
discard the outer part and use the remaining core until it is depleted.
Resumen
RESUMEN Los trilleros de Cantalejo (Segovia, España) tallan la piedra para empedrar trillos de una
manera sencilla y arcaica, utilizada, segun sabemos, desde el Paleólítico Inferior : golpean
directamente el nucleo con un percutor duro. La unica diferencia es la materia del percutor que, en
Cantalejo, es de hierro. Dicho trabajo se caracteriza por la monotonia de la talla en la que se utiliza
toda una gama de martillos de peso diferente. AI final, con el martillo más pequeño, utilizando la talla
directa, se extraen pequeñas lascas de forma y tamaño muy estereotipados. Estas son utilizadas en
bruto, sin retoque, aprovechando al maximo sus propiedades cortantes. Como materia prima utilizan la
cuarcita de grano fino y el silex. El aprovechamiento de una y otra roca es diferente : en la talla de la se seleccionan, en general, las lascas corticales о semicorticales, extrafdas phncipalmente de
los costados del guijarro-nucleo (lascas costeras), desechando el resto de la piedra. En la talla del
silex, para la extracción de lascas, desechan, en cambio, la corteza y aprovechan el resto del núcleo
hasta su agotamiento.;
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Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 994 / TOME 91 n ° 3 214
LA TAILLE ACTUELLE DE LA PIERRE
A LA MANIÈRE PRÉHISTORIQUE
L'exemple des pierres pour Tribute
à Cantalejo (Segovia-Espagne)
Luis BENITO DEL REY et José-Manuel BENITO ALVAREZ
RESUME are used uncut, with no finishing ■ INTRODUCTION
touches, and full advantage is taken
Les artisans de Cantalejo (Segov of their cutting properties. Connaissant depuis toujours la ia, Espagne) taillent les éclats pour
provenance du village de Cantalejo empierrer les tribula d'une façon For raw materials they use fine
(Segovia, Espagne centrale) des artgrained quartz and flint. Each of these simple et archaïque ils frappent d
isans de tribula ("trilleros") — qui irectement le nucleus avec le percu two rocks is used differently in sha
fournissaient de leurs produits une teur dur leur technique était donc ping the quartz, cortical or semi-corti
bonne partie de la Vieille Castille et déjà utilisée par les tailleurs du Pa cal flakes are generally selected —
d'Estrémadure et renouvelaient les léolithique inférieur, la seule diff extracted primarily from the sides of
éclats disparus par l'usage dans les érence se trouve dans le percuteur the core-stone (side flakes) — and the
villages qu'ils visitaient — et nous iqui, à Cantalejo, est en fer. Le travail rest of the stone is discarded. In sha
ntéressant à l'étude des techniques des artisans de Cantalejo se caractér ping the flint to extract the flakes, ho
"modernes" de la taille de la pierre à ise par la monotonie de la taille ils wever, they discard the outer part and
la manière préhistorique, l'un de employent toute une série de mar use the remaining core until it is de
nous (L. B.) visita le village de Cantalteaux de poids différent et ils obtien pleted.
ejo au début des années 70. L'objnent, finalement, de petits éclats de
ectif du voyage était double dimensions et de forme très stéréo
typés les éclats sont utilisés bruts, RESUMEN • Observer les techniques des sans retouches, exploitant au max artisans "modernes" de la imum leurs propriétés tranchantes. Los trilleros de Cantalejo (Segov taille de pierre à la manière pré
ia, Espaňa) tallan la piedra para em- historique et examiner ce qu'elles La matière première employée est pedrar trillos de una manera sencilla apportaient à la connaisance des la quartzite de grain fin et le silex.
y arcaica, utilizada, segun sabemos, techniques de la taille de la pierre L'exploitation d'une ou de l'autre desde el Paleólítico Inferior golpean dans la Préhistoire. roche est différente dans la quartz directamente el nucleo con un per- ite, on ne débite en général que des cutor duro. La unica diferencia es la • Ramasser des silex pour éclats corticaux ou semi-corticaux, materia del percutor que, en Cantal nos expériences de taille extraits principalement des bords du ejo, es de hierro. galet-nucléus. Par contre, le cortex du Afin de résoudre notre premier silex est rejeté, et le nucleus restant Dicho trabajo se caracteriza por la objectif nous nous sommes mis en est débité jusqu'à son épuisement. monotonia de la talla en la que se rapport avec une famille d'artisans
utiliza toda una gama de martillos de de tribula à Cantalejo qui se montra
peso diferente. AI final, con el mar- très réceptive et aimable (1). Bien
tillo más pequeňo, utilizando la talla que cette famille ne fabriquait plus ABSTRACT
directa, se extraen pequeňas lascas de tribula au moment de notre entre
The craftsmen of Cantalejo (Segov de forma y tamaňo muy estereotipa- tien (il nous semble qu'il s'agissait du
dos. Estas son utilizadas en bruto, ia, Spain) shape stones for thre mois de Juillet), un d'entre eux nous
shing boards in a simple and archaic sin retoque, aprovechando al fit de petites et rapides démonstrat
ions de la taille de la pierre — telle way, which, to our knowledge, has maximo sus propiedades cortantes.
been used since the Lower Palaeoli qu'ils la faisaient dans le village de
Como materia prima utilizan la puis toujours — pour l'obtention thic period they hit the core directly
cuarcita de grano fino y el silex. El with a hard striker. The only diffe d'éclats que par la suite seraient em
aprovechamiento de una y otra roca rence is in the striker which, in Cant ployés pour l'empierrement des tr
es diferente en la talla de la cuarcita alejo, is made of iron. ibula. Des galets de quartzite de grain
se seleccionan, en general, las lascas fin ont été utilisés comme matière
The work of these craftsmen is corticales о semicorticales, extrafdas première. Ces démonstrations ont
characterised by the monotony of phncipalmente de los costados del mis rapidement en évidence la mo
guijarro-nucleo (lascas costeras), de- the shaping, in which a whole range notonie de la taille limitée à l'extrac
of hammers of different weights is sechando el resto de la piedra. En la tion, avec un percuteur dur, d'éclats
used. Finally, using the smallest talla del silex, para la extracción de d'aspect et de dimensions très sté-
hammer for direct shaping, small lascas, desechan, en cambio, la cor-
flakes of a very stereotyped shape teza y aprovechan el resto del núcleo (1) II s'agit de la famille Sanz de Lucas land size are obtained. These flakes hasta su agotamiento. aquelle nous voulons encore remercier. :
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réotypés. Nous nous sommes rendus LA MATIERE PREMIERE
compte, également, que la seule di
fférence existant entre ces expér
Pour la fabrication des tribula, en iences et la taille réalisée par les ar
plus du travail préalable du bois qui tisans préhistoriques était la matière
servira de support à l'empierrement et la forme du percuteur dur en
du ventre du tribulum, il y a un travail effet, à Cantalejo les artisans em
de la pierre proprement dit que nous ployaient un marteau de fer, tandis
étudierons en détail. que les artisans préhistoriques util
isaient — on le sait — une pierre.
Deux types de matière première
Fig. 1 - Différents outils (notamment une ample sont utilisés la quartzite et plus parLe deuxième objectif proposé (r gamme de marteaux de divers poids) employés dans les différents processus de taille et d'insertion ticulièrement le silex. amasser des silex pour des expér des éclats dans le "ventre" d'un tribulum. iences de taille) n'a pas pu être at • Le silex teint puisqu'il n'y a pas de silex dans
la zone de Cantalejo ni dans ses Le silex employé à Cantalejo — alentours. Tel que nous l'explique aussi utilisé. Ce percuteur, égale nous l'avons déjà signalé — n'est rons plus loin, le silex utilisé pour ment en fer, à manche court en bois pas autochtone. Il provient de la l'empierrement des tribula doit être est employé pour débiter de grands Submeseta Sur, principalement des importé du sud de la Cordillère Cent éclats de silex (de 8 jusqu'à 15 cm) provinces de Cuenca et de Guadalajral provinces de Cuenca et de il est aussi employé pour casser les ara (Brihuega), où il se ramasse sous Guadalajara surtout. "morrillos" (galets) de quartzite trop forme de blocs ou de grands éclats
grands pour être maniés avec une (2). Une fois pris sept mil ou huit mil Ayant appris, au mois de Juin seule main ou ne présentant pas une kilogrammes, on procède à leur 1990, que le métier d'artisan de tr zone adéquate (plan de frappe) pour transport et à leur stockage. ibula disparaissait rapidement, nous commencer le débitage (les galets avons décidé de préparer une publi Postérieurement, les grands blocs plus ou moins oblongs, par exempcation à ce propos avant de l'extinc et les énormes éclats sont fragmentés le). tion totale du métier. Le but de la pu en morceaux plus petits et plus manblication serait celui de faire 3 - Pour le débitage des petits iables avec le grand marteau de fer. connaître sommairement, du point éclats destinés à la partie active du Si les pièces obtenues (éclats ou petde vu du préhistorien, ses facettes ventre ("panza") du tribulum on uti its blocs) sont toujours trop grandes les plus intéressantes. C'est ainsi lise un petit marteau beaucoup plus et ne peuvent pas être maniées avec que nous avons décidé visiter à nou léger que les autres percuteurs (sem une seule main, elles sont encore déveau le village afin de cueillir de nou blable à une pioche). Il y en a deux bitées avec le marteau moyen jusqu'à velles données et rédiger ensuite types : ceux qui présentent les extré obtenir la taille voulue. Le petit bloc cette publication. mités beaucoup plus effilées (fig. 1-d anguleux et d'arêtes vives — ou
et 1-е), employés notamment pour le grand éclat — ainsi obtenu est pris Depuis notre première visite à silex, et ceux qui ont les extrémités avec la main gauche protégée par un Cantalejo, il y a une vingtaine d'an plus larges, employés principalement morceau de cuir ensuite, avec le nées, toutes les familles d'artisans pour la quartzite. marteau le plus léger, tenu doucede tribula ont abandonné la product ment à la main droite, on débite de ion, sauf celle de Félix Quintana qui 4 - Finalement, les artisans em petits éclats du bloc ou éclat-nucléus. a été cette fois-ci notre aimable rap ployent un percuteur qui ressemble Ces petits éclats, de morphologie et porteur. beaucoup plus à un marteau de taille assez homogènes, sont obteconventionnel puisqu'il n'est pas nus par des percussions monofacpointu et possède des extrémités cy iales et, en particulier, par des per
lindriques (fig. 1-е) celui-ci est emOUTILS EMPLOYÉS POUR cussions alternantes ou bifaciales, ployé particulièrement pour enlever LA TAILLE DES PIERRES souvent sans organisation, mais qui
les tablettes de ravivage des plans (ÉCLATS) POUR TRIBULA deviennent, parfois, des percussions de frappe difficiles ou pour introduire organisées plus ou moins centripètes les petits éclats dans les fentes, (fig. 2-a et 2-b).
préalablement ouvertes, de la partie Les marteaux de fer (percuteurs)
inférieure du tribulum. employés par les tailleurs de Cantal Dans le processus de la taille,
ejo dans le processus de débitage trois produits différents sont isolés En employant toute une série de d'éclats pour l'empierrement des tr
percuteurs ayant des poids a) Les petits éclats de morphologibula sont de différent poids et taille :
différents, les artisans des tribula sa ie et de taille assez homogènes
1 - Afin de fragmenter les grands vent donc parfaitement que ce n'est (grand axe morphologique de 2 jusqu'à
pas la violence du coup qui débite un blocs, les artisans employent un
plus grand ou un plus petit éclat, grand marteau de fer d'environ 5 k
mais la masse, le poids du percuteur. ilogrammes (fig. 1-a) étant donné
son poids, les deux mains sont né (2) Nous avons analysé quelques-uns des éclats-nucléus ils se caractérisent par ses Tous ces marteaux sont des percessaires pour le manier. conchoïdes proéminents, parfois jumeaux, cuteurs durs mais de transmission transformés quelques fois en authentiques
2 - Un autre marteau beaucoup élastique, plus accentuée dans les troncs de cône dans leur naissance dont la petite base correspond à la zone d'impact (une plus petit (500 gr. environ) qui re plus petits tel qu'on l'explique plus surface circulaire qui peut atteindre parfois six ssemble à une massette (fig. 1-f) est loin. millimètres de diamètre). :
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par laquelle on appelle ces galets
"morrillos costeros" et "costeras"
(côtiers=latéraux) les éclats obtenus.
La zone centrale des deux faces du
galet reste donc fréquemment corti
cale.
Notre informateur à Cantalejo
nous disait que les éclats corticaux
de quartzite sont très utilisés dans
les tribula parce qu'ils font "plus
beau". Nous ne croyons pas que
celle-ci soit la véritable raison
puisque ces éclats ne se voient que
très peu quand ils se trouvent dans
le ventre (partie inférieure) du tribu
lum ; nous pensons plutôt qu'ils sont
préférés parce que l'arête qui limite
la face inférieure d'un éclat de quartz
ite et sa surface corticale possèdent
des qualités spéciales (3) pour cou
per la paille et égrener l'épi.
Le silex, par contre, est exploité
d'une façon différente car, une fois
que la partie extérieure, corticale (le
cortex des nodules, des plaques ou
des blocs de silex) est enlevée, celle-
ci est rejetée puisqu'elle ne sert pas
à couper. Les tailleurs de pierre pa
léolithiques le savaient, sans doute,
par l'expérience, ce qui expliquerait
l'absence — à notre connaissance —
d'hachereaux du type 0 (4) en silex
au Paléolithique, et la prolifération, Fig. 2 a.- Nucleus de silex avec une morphologie générale de "triedre" dont la pointe a été enlevée par une par exemple, d'hachereaux du même taille avec quatre directions de percussion: taille qui a servi au débitage d'éclats pour empierrer des tribula. Fig. 2 b.- Nucleus de silex, d'aspect trapezoidal, sur éclat, à partir duquel ont été débités de manière plus ou type en quartzite à l'Acheuléen et au moins centripète de petits éclats pour l'empierrement des tribula . Moustérien avec hachereaux.
Si le galet de quartzite est exploité
jusqu'à son épuisement, la technique 4 cm), qui seront utilisés pour l'em quartzite au lieu du silex. La quartzite de débitage de ses éclats est simipierrement du tribulum. utilisable ne se trouve pas non plus laire à celle du silex. dans les environs de Cantalejo et les
b) Les éclats cassés, les éclats galets de quartzite ("morrillos") em Lorsque le galet de quartzite est corticaux ou semi-corticaux (il ne ployés proviennent d'une zone située trop grand pour être manié avec une faut pas oublier qu'il s'agit de silex), à quelques kilomètres du village. seule main ou lorsqu'il ne présente les éclats outre-passés ou réfléchis, pas un bon plan de frappe, le galet les morceaux informes, les grands La sélection de la quartzite est est fragmenté avec le percuteur éclats... qui sont rejetés puisqu'ils ne faite en fonction de sa qualité les moyen (la massette) et quelques-uns réunissent pas les caractéristiques quartzites de grain grossier sont reje
recherchées. tées et on n'emploie que celles de
grain fin cette qualité se reconnaît
c) Finalement, les nucleus sensu par la couleur et la structure externe (3) II faut signaler aussi que la morphologie stricto qui sont aussi rejetés une fois d'un éclat cortical, débité avec un percuteur du galet et, en cas de doute, les ga dur, est généralement biconvexe de profil et que le tailleur juge qu'ils sont épui lets sont prouvés ("catados") par possède, vu de plan, un tranchant normalement sés petits nucleus, nucleus plus ou l'extraction d'un éclat d'une extré aussi convexe. Il existe donc une certaine ressemblance morphologique avec un éclat Kom- moins globulaires ne présentant pas mité afin de vérifier la bonne qualité bewa, lequel constitue — tel que nous l'avons des plans de frappe adéquats et, en de leur structure interne pour la taille. déjà signalé — le summum de l'exploitation de
général, les nucleus qui ne sont pas l'éclat en tant que tel. (BENITO DEL REY L. (1 976) "La industria paleolitica musteriense de appropriés pour le débitage des Les galets ne sont pas générale la capa "Alfa" de la cueva del Castillo (Puente éclats dont il a besoin. Tous ces nu ment exploités jusqu'à leur épuise Viesgo, Santander)". ZEPHYRUS, Salamanca, t. XXVI-XXVII, pages. 31-84 (p. 40). En plus, cleus sont entassés avec les éclats- ; dans la plupart des cas ils puisque ces éclats corticaux de quartzite prodéchet. sont uniquement "pelés" (pelados) viennent des bords des galets, leur taille est
plus facilement contrôlable. de sorte qu'on obtient des éclats
principalement corticaux ou semicor- • La Quartzite (4) TIXIER J. (1956-57) "Le hachereau dans l'Acheuléen nord-africain. Notes typologiques". ticaux, provenants surtout des bords
Les artisans employent fréquem du galet ; ces éclats entoureraient la XVe CONGRÈS session, PRÉHISTORIQUE Poitiers-Angoulême, DE p. FRANCE, 914-923
ment, comme matière première, la zone la plus aplatie du galet, raison (p. 916). :
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A propos des percuteurs pour la
taille de la pierre, F. Bordes affirme
que les percuteurs métalliques sont
les moins appropriés (6). Or, si on
tient compte du fait que les percu
teurs employés par les artisans de
tribula de Cantalejo pour débiter les
éclats possèdent une tête métallique
proéminente — mais de très petite
masse — et que leur long manche en
bois en plus d'augmenter la vitesse
du coup augmente son élasticité, on
conviendra que ce sont de bons per
cuteurs dans leur genre.
Dans le processus de débitage
d'éclats pour tribula, nous avons pu
constater que plus nous nous ra
pprochons du produit final, plus Fig. 3 - Nucleus sur éclat à partir duquel ont été débités, notamment de façon périphérique, des éclats pour grande devient la masse du manche l'empierrement des tribute et qui, par convergence morphologique, forme à la fin un grossier rabot. dans le percuteur, c'est-à-dire l'i
mportance de la masse de la tête mét
allique diminue au fur et à mesure tées, en présence de l'artisan qui les qu'augmente celle du manche en avait taillées et avec son autorisat bois. A la fin du processus, la petite ion. tête métallique est nécessaire seule
ment pour offrir une surface tenace b) Les nucleus et les autres pièces
pour le coup. Il s'agit donc d'un perde silex ont été taillés devant les
cuteur dur avec une répercussion deux auteurs de ce travail.
élastique.
c) Toutes les pièces étudiées sont
Pour débiter les éclats, et tel que donc absolument fraîches.
nous l'avons déjà signalé, l'artisan de
Cantalejo prend doucement, mais
fermement, le nucleus avec la pointe
des doigts de la main gauche, la LA TAILLE DE LA PIERRE
PROPREMENT DITE
Lorsqu'on voit ces artisans tailler, Fig. 4 - Nucleus sur éclat dont les bords ont servi à l'extraction d'éclats pour l'empierrement des tribula selon une tradition transmise de géqui, par convergence morphologique, semble être nération en génération, la première un denticulé multiple.
chose qui nous frappe est la simpli
cité de leur technique, la facilité
d'exécution et le petit nombre d'outdes grands éclats obtenus sont aussi
ils employés ; de génération en géutilisés comme nucleus (5) (fig. 3 et 4). nération on a maintenu le système Une fois que le galet — ou une partie
de taille le plus élémentaire, le plus du galet — possède la taille adéquate
Fig. 5 - L'artisan des tribula donne des coups avec primitif, celui qui emploie un minet offre un plan de frappe approprié, le petit marteau, qu'il manie avec la main droite, sur imum d'effort et d'outils, celui avec un plan de frappe du nucleus qu'il tient à l'autre le débitage de petits éclats com main, protégée par un morceau de cuir. lequel on obtient les meilleurs promence avec le percuteur le plus léger.
duits (éclats) pour atteindre le but r
echerché : couper la paille et égrener
l'épi. La seule technique employée
LES MATÉRIAUX LITHIQUES par les artisans de tribula pour le dé-
bitage des éclats de tribulum est la
percussion directe avec un marteau
Les matériaux de pierre que nous (percuteur) de fer (fig. 5 et 6).
avons employés pour cette étude
sont absolument authentiques tous
(5) II ne s'agit pas d'éclats dont la patine réproviennent de la taille réalisée par vèle qu'ils ont été taillés il y a longtemps, mais les propres artisans de tribula. En des éclats extraits par les propres fabriquants de tribula qui seront par la suite employés aucun cas les matériaux possèdent comme nucleus par le débitage de petits éclats une autre origine. Fig. 6 - Détail de la position du nucleus dans la main pour empierrer le tribulum. avec la paume dirigée vers le haut et protégée par un morceau de cuir. Le nucleus est pris doucement, (6) BORDES F. (1947) " Étude comparative a) Les pièces de quartzite que mais fermement, avec la pointe des doigts. Uniquedes différentes techniques de taille du silex et ment la matière (fer) et la forme du percuteur diffnous avons étudiées ont été prises de roches dures". L'ANTHROPOLOGIE, Paris, érencient ce processus de celui de la taille réalisée directement d'un tas des pièces reje- T. 51, p. 1-29 (p. 3). par un artisan préhistorique. ;
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paume protégée par un morceau de
cuir et le plan de frappe du nucleus
orienté vers son visage par la suite,
il prend le percuteur avec la main
droite — parfois uniquement entre
son index et son pouce — et il donne
des coups secs et fermes dans le
plan de frappe offert par le nucleus.
Normalement il n'y a auncune prépar
ation du plan de frappe et c'est le
tailleur qui, avec des mouvements
adroits de sa main gauche, offre des
plans de frappe accessibles et
donne des coups là où il trouve un
plan de frappe approprié pour le dé-
bitage d'un produit aussi standardisé
que celui qu'il cherche. L'éclat en
levé reste toujours dans le creux de
la main du tailleur sans qu'il le laisse
tomber. Un deuxième éclat n'est j Fig. 7 - Nucleus ayant des angles de percussion de 90" ou plus, à partir duquel ont été débités des éclats pour amais débité sans que le tailleur ait re tribulum.
tiré le premier éclat de sa main, l'ait
observé rapidement et convenable
ment et l'ait posé dans le tas ou de 90° (fig. 7) (ce que les artisans pa donne ceux-ci, les résultats morphol
dans le récipient correspondant. léolithiques n'ont jamais — ou ogiques sont frappants et, bien que
Dans un deuxième tas ou récipient le presque jamais — fait) bien que la nous en reparlerons plus loin, on
tailleur laisse tomber les déchets de plupart des éclats aient été extraits trouve des nucleus de débitage pér
taille éclats cassés et, en général, en angles de 75°-80° (7). iphériques, bifaciales, plus ou moins
éclats et fragments inutilisables les centripètes qui sont parfois distrop grands et les nucleus Nous pouvons dire que la tech coïdes ou en amande.
nique de débitage de l'artisan de trépuisés y sont aussi rejetés.
ibula est fondée sur deux types de Moins fréquents, mais aussi im
plans de frappe. S'il s'agit de tailler portants, sont les nucleus dont on • Les nucleus de la quartzite, la plupart du temps débite des éclats à partir d'une
cela se fait à partir de galets ("mor- grande surface plus ou moins plane. Les observés confirment rillos"). La technique, connue à partir Cette — une extraction préalque l'exploitation des plans de able, une diaclase ou cortex — dedu Paléolithique inférieur, est très frappe dépend principalement du vient le plan de frappe qui dirige de simple on commence à travailler à support c'est ainsi que la morphol partir d'une des extrémités les plus façon parallèle, non centripète, les ogie du support est un facteur qui minces du galet cherchant un plan coups. Parfois cette surface est le conditionne l'exploitation du nu résultat d'un hasard naturel ou elle de frappe cortical adéquat. Par la cleus l'artisan cherche les plans de suite, on enlève alternativement des est obtenue par le débitage des frappe vulnérables à son outil et en éclats autour du nucleus, profitant, pièces trop grandes en pièces plus débite des éclats. C'est ainsi de au fur et à mesure qu'avance la taille, petites (éclats) (fig. 3 et 4). Le reste simple. Il ne prépare presque jamais du négatif de l'enlèvement antérieur du galet (nucleus) est exploité égaleles plans de frappe, ou plutôt il ne le les négatifs des nouveaux éclats à ment par le débitage d'éclats à partir fait pas du point de vue de la typolo et autour du négatif (contracon- talon lisse ainsi obtenus entourent gie traditionnelle parfois il adapte les nucleus. Lorsque l'artisan choïde) du nucleus (fig. 8). L'artisan ces plans d'une manière sommaire
par un plus fort enlèvement, ce qui
équivaut, grosso modo, à l'extraction 5 cm
d'une tablette d'avivage d'un plan de
frappe. Il faut signaler aussi que l'a
rtisan est capable d'attaquer avec
succès des zones des nucleus apa-
remment inaccessibles. Une étude
détaillée des angles de chasse nous
a appris que les artisans des tribula
sont capables d'extraire des éclats
avec des angles de chasse de plus
(7) Bien que le 68% des angles que nous avons pu mesurer dans notre échantillon se trouvait entre 70° et 90°, les artisans ont pu a
ttaquer des angles plus ouverts (obtus) dans le 21% des occasions, ayant extrait même des Fig. 8 - Nucleus dont le plan de frappe a été préparé à partir des deux pôles opposés du galet, afin de débiter éclats en angles de plus de 100° le maximum ensuite, tout autour, de petits éclats corticaux, complètement standardisés, dont la longueur est parfaitement mesuré étant de 1 14°. limitée. :
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crée aussi, volontairement, d'autres
plans de frappe par des enlèvements
de préparation ces plans sont re-
connaissables par leurs dimensions,
car ils sont plus petits que ceux ob
tenus par la fracture du galet et ils
sont plus grands que les négatifs des
enlèvements qui en sont obtenus. En
tout cas, plusieurs nucleus possè
dent aussi un aspect équivoque —
dont nous en parlerons plus loin —
lorsqu'ils sont abandonnés.
Dans le cas de la quartzite,
presque la moitié des nucleus analy
sés reçoivent une taille centripète
(fig. 9-a), tandis que uniquement un
peu plus de la dixième partie reçoit
une taille parallèle, tel que nous
l'avons déjà expliqué. Les nucleus
restant ont été taillés, en général,
selon ces deux techniques et même
avec d'autres, ce qui rend difficile
leur groupement il s'agit des nucleus
Fig. 9 a - Nucleus bipyramidale à partir duquel ont été enlevés, de manière centripète et alternante, des éclats d'extraction chaotique dont la phil pour tribulum. osophie dépend de l'irrégularité du Fig. 9 b - Nucleus pseudo-levallois dont la « préparation » bifaciale périphérique, a servi pour l'extraction d'éclats pour tribulum. support ou de la matière première (8).
Le silex, par contre, est employé à plus de 150 kilomètres de Cantalejo. nelles des nucleus de quartzite étupartir de supports plus hétérogènes On peut penser que si le silex est diés sont plus grandes blocs polyédriques ayant des plans objet d'un plus grand effort, c'est (97 x 68 x 47 mm) que celles des nude frappe plus variés et une morphol parce que la matière est plus valor cleus de silex (65 x 40 x 30 mm). ogie rarement régulière (à l'except isée et, en conséquence, elle est ion des éclats). C'est ainsi que bien mieux exploitée. En plus, ce même Du point de vue de la technotypolque la taille centripète soit aussi la effort révalorise encore plus cette ogie que nous proposons, les diffplus utilisée, il est moins fréquent de roche. érences entre quelques-unes de ces trouver des résidus (nucleus) stéréo
pièces et les pièces paléolithiques ne typés — discoïdes, en amande — Il
Les artisans de tribula affirment sont pas très importantes parfois est plus facile de trouver des nucleus que les éclats corticaux périphér elles sont presque imperceptibles, avec des arêtes à taille bifaciale, i iques — ou "costeras", tel qu'ils les puisque ces pièces présentent cernterrompues par des enlèvements en appellent — sont les plus utilisés et taines convergences — tout au différentes directions, apparemment les plus exploités selon la technique moins apparentes — avec les pièces sans orientation précise. déjà exposée ils sont aussi proba paléolithiques. Ce ne serait donc pas
blement les plus résistants et leur Il existe une autre raison pour di difficile qu'un inexpérimenté les
taille est facilement contrôlable. fférencier la taille du silex et celle de prenne pour des pièces préhistor
C'est par cette raison que la roche la quartzite leur exploitation. La iques, s'il les trouvait isolées et en
de l'intérieur des galets de quartzite est une matière disponible petit nombre. Par contre, un en
est à peine exploitée les galets sont semble de ces pièces — relativen quantité suffisante à quelques k
"pelés" et on débite le plus grand ement grand — comme celui que ilomètres de Cantalejo. C'est donc
nombre possible d'éclats corticaux nous étudions démontrerait à un exune matière dont on peut disposer
ou semi-corticaux, notamment des pert le caractère non préhistorique facilement. Le silex, par contre, doit
côtés les nucleus sont par la suite être "importé" il se trouve par de l'ensemble, malgré les conver
abandonnés. Par contre, une fois gences. Nous signalons encore une exemple à Brihuega (Guadalajara) à
qu'on a enlevé et rejeté le cortex, les fois que toutes les pièces étudiées
nucleus de silex sont taillés jusqu'à sont incontestablement des nucleus
leur épuisement (sauf quand la mat(8) Nous avons exceptionnellement trouvé dont on a débité des éclats de tribudeux nucleus surprenants par leur ressemb ière est altérée par des cavités i lum. Nous en sommes complètelance avec la méthode prédéterminante Levai- nternes, par exemple) ; c'est-à-dire, ment persuadés puisque, tel que lois et que nous avons appelés "nucleus
pseudo-levallois". Il s'agit de nucleus de quartz les nucleus sont taillés jusqu'au mo nous l'avons déjà dit, nous avons vu ite, allongés et aplatis, avec une préparation ment où ils deviennent si petits que tailler ces pièces (celles de silex), ou périphérique dans la face В et une taille cou
vrante dans la face A. Dans un des deux cas à l'artisan ne peut plus les tenir à la l'un de nous (L. В.), les a prises partir d'un plan de percussion faceté rectiligne, main pour les tailler. (celles de quartzite) devant le propre on a débité — depuis les deux côtés du plan —
deux éclats allongés, outre-passés dans les tailleur. C'est ainsi que nous poubords latéraux du nucleus ces éclats La comparaison des nucleus de vons affirmer que, malgré leur morainsi que les enlèvements provenant de l'autre phologie, l'utilité des pièces est uni- extrémité de la face, servent de préparation de silex et ceux de quartzite corrobore
la dernière extraction centrale, parallèle aux ce que nous venons d'exposer par voque et, en conséquence, il n'y a deux premières et de conception nettement Le- exemple, les moyennes dimension- aucun risque de se tromper. vallois (fig. 9-b). :
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— Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1994 /TOME 91 n° 3 220
Afin de simplifier, nous avons ré
duit les affinités morphologiques à
deux grands groupes d'une part,
les pièces bifaciales obtenues par la
technique de débitage centripète et,
d'autre part, les pièces obtenues par
la technique de débitage parallèle.
Par la technique de débitage cen
tripète, bifaciale, on obtient des nu
cleus dischoïdes ou bipyramidaux
(fig. 9-a) ainsi que des nucleus
pseudo-levallois (fig. 9-b) ; on obtient
aussi des authentiques galets taillés
bifaciaux (fig. 10) et même des bi-
faces ovales, amygdaloïdes (fig. 11 Fig. 10 - Nucleus de quartzite à partir duquel ont été enlevés des éclats pour tribulum et qui, par convergence et 12-a) ou protolimandes et des tri- morphologique, semble être un galet taillé, bifacial et latéral, préhistorique.
èdres (fig. 12-b) qu'en réalité sont
aussi des nucleus. Il existe donc des
convergences morphologiques très pièces ("impostoras") par exemple, Il y a des nucleus de la taille accentuées entre tous ces nucleus et la négligence de la taille de certaines d'éclats pour tribula dont on a enlevé les pièces caractéristiques du Paléol zones essentielles dans les types pa des éclats avec un angle de chasse
ithique inférieur. de 90° ou même plus (fig. 7), ce qui léolithiques. C'est ainsi que nous
pouvons observer soit des bifaces et serait extrêmement rare dans la taille Par la technique de débitage pa des trièdres dont la pointe conserve de pierre préhistorique. rallèle, nous avons identifié des ra le cortex du galet-support (fig. 11, bots et quelques macroracloirs ou Nous insistons encore d'avantage 12-a et 12-b) — pointe qui est précmacrodenticulés (fig. 4), obtenus par sur les détails mentionnés plus haut isément la partie la plus importante et des extractions directes, parallèles, car certaines de ces pièces-déchets dont la taille est très soignée dans le de toute une série d'éclats contigus, (nucleus) du débitage d'éclats pour biface et le trièdre paléolithiques — à partir, dans ce cas, d'un ou plu tribula ont remplacé la forte personnsoit des pièces présentant une exsieurs bords de l'éclat-support. alité des bifaces au Paléolithique, cessive et aberrante présence de
étant ces pièces-déchets uniquecortex. Il faut signaler aussi que surCertains arêtes des nucleus ment des nucleus. tout le point d'impact des éclats et constituent d'autres formes simi les nucleus dans le point d'impact laires ; celles-ci semblent être le ré des éclats ratés conservent, parfois, sultat de la même technique emdes microrestes d'oxyde de fer, ce • Les éclats ployée pour la préparation des lames qui pourrait être déterminant en cas à crête, bien connues au Paléoli de doute pour préciser si une pierre Malgré des apparences tromthique supérieur. peuses, les éclats pour tribula — et taillée est préhistorique ou si, au
contraire, elle a été façonnée par un non pas les ambigus nucleus — corLe mimétisme, bien qu'involont tailleur de pierres pour tribula. respondent au produit recherché par aire, est accentué par la similitude
technique de ces pièces, où il ne
manque que le percuteur tendre.
Toutes ces convergences nous i
ndiquent qu'il faut étudier très attent
ivement les industries de surface de
pierre taillée, notamment celles que
nous considérons post-paléolithiques,
composées de pièces bifacoïdes, tri-
èdres, galets taillés bifaciaux, éclats
et nucleus discoïdes, pyramidaux et
bipyramidaux ainsi que les très nom
breux nucleus ayant leur propre et
particulière morphologie. Toutes ces
pièces ont, habituellement, un état
physique frais, ayant été façonnées
exclusivement avec un percuteur dur.
C'est ainsi qu'il pourrait s'agir, dans
ces cas, de nucleus abandonnés par
les tailleurs de pierres pour tribula,
n'étant donc que des industries
pseudo-préhistoriques.
Fig. 11 - Nucleus dont on a enlevé des éclats pour tribulum et qui, par convergence morphologique, semble être un biface amygdaloïde taillé avec un percuteur dur et de base réservée, plate, comme quelques bifaces Seulement certains détails dénon paléolithiques. Signalons cependant que la pointe de la face A conserve une minuscule plage corticale entoucent parfois ces soi-disant fausses rée de taille, ce qui ne se trouve jamais, ou presque jamais, dans les bifaces paléolithiques authentiques. ;
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Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1994 / TOME 91 n" 3 221
L'EMPIERREMENT
DES TRIBULA
Tel que nous l'avons déjà indiqué,
l'empierrement des tribula constitue
la dernière phase de tout le laborieux
et complexe processus de fabrica
tion de tribula. L'empierrement est
un processus monotone, répétitif,
réalisé fondamentalement à Cantal
ejo par des femmes.
Les plus petits éclats employés
sont situés dans la partie de devant
du tribulum ; ils occupent les six ou
sept premiers rangs de la surface
empierrée. Le reste de la est
divisé en deux parties dans la partie
centrale du "ventre" du tribulum on
situe les éclats de taille moyenne et, Fig. 13 - (№a 1, 2, 3 et 4) éclats de quartzite, cortFig. 12 a - "Biface" amygdaloïde il s'agit véritabl au bout, on situe les plus grands. icaux ou semi-corticaux, fabriqués pour l'empierreement d'un nucleus dont on a débité des éclats pour ment des tribula. tribulum par une taille bifaciale, réalisée tout autour (№s 5 et 6): éclats de silex, extraits après avoir été du galet, à l'exception — précisément — de la Les éclats possèdent aussi un introduits dans les correspondantes fentes du pointe dans une des faces, lorsque c'est justement "ventre" ("panza") du tribulum, parce qu'ils étaient ordre et une position bien détermila pointe, la partie du biface préhistorique qui géné trop petits et ne se maintenaient pas bien alignés. ralement est la mieux et la plus taillée. Remarquons les retouches ou, mieux, les pseudonés dans le tribulum ; une fois finie la retouches de ces éclats, produites accidentalement Fig. 12 b- Nucleus de quartzite dont on a enlevé des courbure de devant du "ventre", les au moment de les introduire ou de les extraire des éclats pour tribulum et qui, par convergence mor fentes du "ventre" du tribulum. phologique, semble être un trièdre paléolithique. S éclats sont posés en rangs parallèles ignalons, sur la vue de droite, la petite plage corticale que le nucleus présente dans la pointe. au front du tribulum dans les fentes
préalablement ouvertes, avec un c
iseau ad hoc, dans le bois. Une fois car le tribulum est déplacé en avant
insérés, les éclats se trouvent non sur l'airée pour qu'il puisse couper la
seulement en rangs parallèles au paille et égrener l'épi. les artisans de Cantalejo. En général, front du tribulum mais en diagonale ces éclats possèdent quelques ca dans la surface empierrée. Pour ce Pour introduire la partie la plus ractéristiques déterminées que nous faire, chaque éclat des rangs suc épaisse des éclats dans les fentes, il allons résumer cessifs est situé en biais des éclats faut donner des coups dans le tra
du rang précédent, comme s'il bou nchant avec un marteau de fer a) Ces éclats sont normalement chait les vides entre eux. (fig. 14) sous l'effet des coups, des assez homogènes leur longueur éclats minuscules ou des particules moyenne est d'approximativement Une autre précaution doit être se détachent parfois, laissant dans le 30 mm (le grand axe morphologique prise au moment d'insérer les tranchant de petites retouches, ou de la plupart d'entre eux mesure éclats un bord tranchant de plutôt des pseudo-retouches (fig. 13, entre 25 et 35-40 mm) et les valeurs chaqu'un des éclats doit rester au- nos 5 et 6), normalement alternantes extrêmes varient autour des 20 mm dehors, il doit être orienté vers le ou bifaciales, rarement monofaciales, et des 45 mm. Les propres artisans front et doit avoir aussi une légère i presque toujours anarchiques. Il ne sélectionnent les éclats en fonction nclinaison vers la partie frontale du tr faut pas donc confondre ces "rde leur utilité ou de leur inutilité pour ibulum. C'est ainsi qu'au moment etouches" avec des traces d'utilisaêtre insérés dans la partie inférieure d'introduire les éclats dans les tion ; lorsque des éclats de tribulum du tribulum. Nous avons donc utilisé fentes, les artisans placent vers le sont observés, il faut bien faire attencette vision pragmatique que les art bas la zone la plus épaisse de l'éclat tion de ne pas imputer les écaillures isans donnent de leurs propres pro (ou ils essayent au moins qu'il se et les minuscules éclats anarchique- duits et nous signalons que la plu trouve vers la partie de derrière et part des éclats obtenus vers le bas), laquelle corresponde correspondent aux caractéristiques généralement à la zone talon- recherchées, et cela depuis le com conchoïde. Cela semble très logique mencement de la taille de chaque
galet-nucléus.
b) Lorsque les éclats sont de
quartzite, ils possèdent du cortex — (9) Lorsqu'il s'agit de quartzite, nous avons déjà signalé dans ce travail que les artisans de sauf quelques cas — dans une partie tribula considèrent les éclats latéraux (corticaux ou dans la totalité de la face supér ou semi-corticaux) les plus adéquats pour l'e
ieure (9). mpierrement du tribulum. Nous avons aussi signalé dans un autre travail que dans de nombreux hachéreaux de quartzite inféropaléoli- c) Bien qu'ils soient en silex, bien thiques on a préféré le tranchant d'un éclat où intervient le cortex BENITO DEL REY L. et BE- qu'ils soient en quartzite, les talons "ventre" Fig. 14 - du Empierrement tribulum. On de introduit la partie les postérieure éclats avec du un NITO ALVAREZ J.M. (1990) "El Achelense de prédominants de ces éclats sont Salamanca en su contexto peninsular. Métodos marteau dans les fentes préalablement ouvertes lisses (fig. 13, nos 1 2, 3, 4 et 6). para su estudio" (sous presse). dans le bois de pin.