La topographie médiévale de la campagne romaine et l'histoire socio-économique : pistes de recherche - article ; n°2 ; vol.88, pg 621-675

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Mélanges de l'Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes - Année 1976 - Volume 88 - Numéro 2 - Pages 621-675
Jean Coste,~~ La topographie médiévale de la Campagne Romaine et l'histoire socio-économique : pistes de recherche~~, p. 621-675. Une lecture plus attentive des textes et leur contrôle constant avec les cartes et le terrain permettent d'arriver sur les domaines de la Campagne Romaine médiévale à des données intéressant l'histoire socio-économique qui manquaient dans les ouvrages de topographie classique. On montre sur des exemples qu'une étude du renouvellement des classes propriétaires semble envisageable à partir de la fin du XIIe s. et que, à partir de la fin du XIVe s., apparaît possible un calcul de la superficie des domaines qui permettrait des statistiques sur les prix de vente et de location.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1976
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Langue Français
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Jean Coste
La topographie médiévale de la campagne romaine et l'histoire
socio-économique : pistes de recherche
In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes T. 88, N°2. 1976. pp. 621-675.
Résumé
Jean Coste, La topographie médiévale de la Campagne Romaine et l'histoire socio-économique : pistes de recherche, p. 621-
675.
Une lecture plus attentive des textes et leur contrôle constant avec les cartes et le terrain permettent d'arriver sur les domaines
de la Campagne Romaine médiévale à des données intéressant l'histoire socio-économique qui manquaient dans les ouvrages
de topographie classique. On montre sur des exemples qu'une étude du renouvellement des classes propriétaires semble
envisageable à partir de la fin du XIIe s. et que, à partir de la fin du XIVe s., apparaît possible un calcul de la superficie des
domaines qui permettrait des statistiques sur les prix de vente et de location.
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Coste Jean. La topographie médiévale de la campagne romaine et l'histoire socio-économique : pistes de recherche. In:
Mélanges de l'Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes T. 88, N°2. 1976. pp. 621-675.
doi : 10.3406/mefr.1976.2368
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mefr_0223-5110_1976_num_88_2_2368TOPOGRAPHIE MÉDIÉVALE DE LA CAMPAGNE LA
ROMAINE ET L'HISTOIRE SOCIO-ÉCONOMIQUE:
PISTES DE RECHERCHE*
PAR
Jean Coste
Un des faits les plus frappants sans doute concernant la Campagne
Eomaine x est la disproportion entre l'intérêt qu'a toujours suscité cette
terre, l'abondance de la littérature qui lui a été consacrée 2 et le peu que
* L'article qu'on va lire représente la rejmse très amplifiée de la pre
mière partie d'une communication donnée le 12 décembre 1975 au Circolo
Medievistico Romano. Au cours de la même séance, toute entière consacrée
à la Campagne Romaine, M. Jean-Claude Maire-Vigueur, ancien membre de
l'Ecole, avait introduit le sujet en insistant sur le fait que l'histoire économiqiie
de la Rome médiévale passait par celle des domaines de sa campagne. Mme
Paola Pavan apporta ensuite d'intéressants éléments sur les domaines ruraux
de la Société du Saint-Sauveur, en relation avec l'étude générale qu'elle prépare
sur cette institution.
1 Vu la multiplicité des acceptions du terme (cf. A. P. Frutaz, Le carte
del Lazio, Rome, 1972, t. I, p. xv-xvii), précisons que par « Campagne Romaine »
on entendra ici le territoire compris entre la ceinture de vignes qui entourait
la Ville et les premières cités ou villages limitrophes (anciens castra). Entière
ment divisé en domaines ruraux de grandeur variable (casali), ce territoire a
conservé jusqu'au début de ce siècle un caractère essentiellement agricole.
C'est celui que, avec les inévitables variations survenues d'une date à l'autre,
reproduisent les grandes cartes avec confins de Cingolani, Alippi, Spinetti dont
il sera question plus bas (cf. p. 657, n. 1-5). Tant du point de vue des sources le
concernant que de sa place dans l'histoire économique de Rome, il forme un
objet d'étude tout à fait distinct de celui des vignes ou des communes voisines.
Cette précision était d'autant plus nécessaire que l'ouvrage célèbre de G-. et
F. Tomassetti, La Campagna Romana, dont il sera souvent question ci-dessous,
englobe au contraire tant les unes que les autres.
2 Pour la bibliographie de la Campagne Romaine, voir C. De Cupis, Saggio
bibliografico degli scritti e delle leggi sulVAgro Homano, Roma, 1903, avec un JEAN COSTE 622
celle-ci nous apprend sur les vrais problèmes qui se posent normalement
à l'historien face à un territoire à vocation aussi nettement agricole.
A côté d'innombrables ouvrages de caractère évocateur, folklorique
ou semi-scientifique — tournant entre autres autour de l'éternel problème
de la bonification — s'est développé tout spécialement un genre litté
raire qui, pour n'être pas propre à la campagne de Eome, n'en a pas
moins connu là une vitalité et un succès auxquels on trouverait diffic
ilement un équivalent en une autre région d'Italie ou d'Europe. Nous
voulons parler de la description minutieuse du territoire, opérée suivant
un ordre topographique ou alphabétique, avec le désir de fournir sur
les diverses propriétés le maximum de « memorie », c'est-à-dire d'info
rmations historiques les plus diverses, allant de l'indication des ruines
encore visibles ou des antiquités découvertes à la liste des propriétaires
successifs et aux rares événements que l'on croit pouvoir localiser.
Les premières bases de cette topographie descriptive furent posés
par le père même de la géographie historique, Philippe Clüver, dans le
troisième livre, consacré au Latium, de son Italia Antiqua *, effort repris
et étendu dans les lourds ouvrages latins consacrés à la même région
par deux érudits jésuites, Athanase Kircher 2 et Joseph-Eoch Volpi 3.
C'est à un de leurs confrères toutefois, François Eschinardi 4, qu'il re
vient d'avoir lancé en italien, sous une forme plus aimable et en prenant
directement comme objet la Campagne Romaine au sens strict, le genre
Supplemento, Caserta, 1926. Pour la période suivante, voir E. Migliorini, Lazio
dans Collana di bibliografie geografiche delle regioni italiane, Napoli, 1959, p. 113-
126. Pour les ouvrages parus après 1959, on consultera les additions bibli
ographiques très fournies de la seconde édition du Tomassetti (cf. infra, p. 630,
note 1).
1 Philippi Cluverii Italia Antiqua, Leyde, 1626, II, p. 787-1086.
2 Athanasii Kircherii e Soc. Iesu Latium, id est nova et parallela Latii
turn veteris turn novi descriptio . . . , Rome, 1669. Réédité en 1671 à Amsterdam.
3 Vêtus Latium profanum . . . auctore Josepho Rocco Vulpio Soc. Iesu sa
cerdote, III(1726)-X(1745). Pour le détail des volumes et les lieux d'édition
de chacun d'eux, voir C. Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus,
VIII, Bruxelles, 1898, p. 897-898. Les deux premiers volumes avaient été pu
bliés par Pierre -Marcellin Corradino (Rome, 1704-1705), lequel, après son él
évation au cardinalat, passa la main au P. Volpi.
4 Fr. Eschinardi, Esposizione della carta topografica Cingolana delVAgro
Eomano con la erudiziene moderna e antica, Rome, 1696. Réédité par R. Venuti,
sous le titre Descrizione di Boma e dell'Agro Bomano già ad uso della carta topo
grafica del Cingolani, Rome, 1750. Sur cet ouvrage et la carte qu'il illustre,
voir A. P. Frutaz, op. cit., I, p. 71-75. LA TOPOGRAPHIE MÉDIÉVALE DE LA CAMPAGNE ROMAINE 623
de description évocatrice qui devait connaître un tel succès dans les
siècles suivants. Particulièrement fécond fut le début du XIXe s. avec
Mcolaï 1, un anonyme anglais 2, Coppi 3, Mbby 4, Müller 5, Westphal 6,
pour ne citer que les principaux. Dans la seconde moitié du siècle on
se contente souvent de piller sans vergogne Mbby, tandis qu'une nouv
elle documentation est versée au dossier par Adinolfì 7 qu'utilisent
souvent ses successeurs. L'apogée du genre est atteinte à la fin du siècle
1 N. M. Nicolai, Memorie, leggi ed osservazioni sulle campagne e sulV An
nona di Roma, 3 vol., Eome, 1803. Le premier volume reproduit le texte du
« Catasto Annonario » de 1783 où se trouvent indiquées les divisions (« quarti »)
des divers domaines. En ajoutant des notes pour la partie de Campagne située
en dehors de chacune des portes de la Ville, ainsi que pour un bon nombre de
domaines plus importants, l'auteur a transformé ce document cadastral en un
ouvrage descriptif sur la Campagne Eomaine. Nicolai a consacré aussi aux
lieux jadis habités de la Campagne, une série de mémoires publiés en Atti della
Pontificia Accademia di Archeologia, I (1821)-IV(1831). Pour le détail, voir
A. Canaletti-Gaudenti, La politica agraria ed annonaria dello Stato Pontificio
da Benedetto XIV a Pio VII, Rome, 1947, p. 69, n. 15. Dans le même ouvrage
on trouvera, aux pages 65-71, la liste des autres ouvrages de Nicolai
sur la Campagne Romaine qui n'entrent pas dans le genre littéraire ici
considéré.
2 Description of Latium or la Campagna di Borna, Londres, 1805.
3 A. Coppi, Memorie storiche sui luoghi una volta abitati ed ora deserti nel-
VAgro Romano, dans Atti della Pontificia Accademia di Archeologia, V(1835)-
XIV(1860). C'est la continuation de la série de Nicolai auquel Coppi avait
d'ailleurs fourni ses matériaux. Dans le tome XV(1864) des mêmes Atti, aux
p. 173-368, Coppi a publié la copie partielle ou le régeste de deux-cent-vingt-
cinq Documenti storici del medio evo relativi a Roma e all'Agro Romano, souvent
utilisés par ses successeurs.
4 A. Nibby, Viaggio antiquario nei contorni di Roma, 2 vol., Rome, 1819.
Id., Analisi storico -topografico -antiquaria della carta dei dintorni di Roma, 3 vol.,
Rome, 1837. Sur la carte qui accompagne ce dernier ouvrage, voir A. P. Frutaz,
op. cit., I, p. 117-121.
5 C. Müller, Roms Campagna in Beziehung auf alte Geschichte, Dichtung
und Kunst, Leipzig, 1824.
6 J. H. Westphal, Guida per la Campagna di Roma, Rome, 1827. Id.,
Die Römische Kampagne in topographischer und antiquarischer Hinsicht, Berlin,
1829.
7 P. Adinolfì, Roma nelVetà di mezzo, 2 vol., Rome, 1881, eh. IV, p. 33-
127. Dans ce très long chapitre, consacré aux portes de Rome, l'auteur indique
les principaux domaines médiévaux situés hors de chacune d'elles, surtout
d'après les archives de la Société du Saint-Sauveur et les copies du chartrier
de Sainte-Marie-Majeure conservées dans les Miscellanea Bianchini de la Bi
bliothèque Vallicelliana. 624 JEAN COSTE
et au début du nôtre avec les deux Tomassetti 1, De Cupis 2, Ashby 3,
relayés un peu plus tard par Silvestrelli4 et Martinori5, sans parler pour
1 Giuseppe Tomassetti (1848-1911), professeur de topographie de la Cam
pagne Romaine à l'Université de Rome, publia de 1879 à 1907 dans V Archivio
della Beale Società Romana di Storia Patria (désormais cité A8R8P), sous le
titre Della Campagna nel medio evo, une série d'articles suivant l'ordre
alphabétique des grandes voies consulaires. En 1910, parurent les deux pre
miers volumes d'une reprise très élargie de ces études, sous le titre La Campagna
Romana antica, medioevale e moderna, Rome, Loescher. En 1913, parut, tou
jours sous le nom de Giuseppe, le troisième volume, mis au point par son fils
Francesco (1880-1954). Ce dernier, archiviste puis surintendant de l'Archivio
Capitolino et archiviste de la famille Colonna, attendit treize ans pour publier,
sous le même titre mais en ajoutant son nom à celui de son père, le quatrième
volume, consacré à la Via Latina, dont la qualité est infiniment supérieure à
celle des précédents, grâce au dépouillement des fonds dont l'auteur était le
gardien et d'autres fonds médiévaux. L'expression courante « le Tomassetti »
réfère aux quatre volumes de cet ouvrage inachevé dont le succès considérable
tient plus à la passion communicative du père pour la Campagne Romaine
qu'à l'érudition archivistique du fils. Sur la réédition en cours, voir infra, p. 630.
Pour une bio -bibliographie des deux Tomassetti, voir les notices qui leur ont
été consacrées en A8R8P 71 (1948), p. 49-87 et 77 (1954), p. 97-101. L'ouvrage
sera cité dans les pages qui suivent G. Tomassetti (ou Fr. Tomassetti pour le
seul quatrième volume) La Campagna. . .
2 C. De Cupis, Storia dei luoghi già abitati nell'Agro Romano nella zona
dell' agricoltura e della pastorizia neldella bonifica obbligatoria dans Le vicende
l'Agro Romano, Rome, 1911, p. 447-546.
3 Th. Ashby, La Campagna Romana al tempo di Paolo III : Mappa della
Campagna Romana del 1547 di Eufrosino della Volpaia, Rome, 1914 (désormais
cité Th. Ashby, Mappa...). Le commentaire donne pour chaque toponyme
la référence aux documents connus les concernant. Sur l'auteur, plus connu
comme spécialiste de topographie antique, voir la notice bio -bibliographique
que lui a consacrée Fr. Tomassetti en ASR8P, 50 (1927), p. 77-123.
4 G-. Silvestrelli, Città, Castelli e Terre della regione romana. Ricerche di
storia medioevale e moderna sino alVanno 1800, Città di Castello, 1914. Seconde
édition refondue et augmentée en deux vol., Rome, 1940. Reproduction anas-
tatique de la seconde édition avec additions de Mario Zocca, Rome, 1970. Nous
nous référerons toujours à cette dernière édition, citée désormais G. Silvestrelli,
Città . . . Comme son titre l'indique, l'ouvrage est consacré directement aux
fiefs et communes distincts de Rome elle-même, documentés surtout par les
archives vaticanes. La Campagne romaine au sens où nous l'avons définie n'y
est donc touchée qu'occasionnellement, à propos d'anciens castra devenus
simples propriétés et incorporés ainsi au territoire de la Commune de Rome;
v.g. Lunghezza, Corcolle etc.
5 A. Martinori, Le Vie maestre d'Italia : Via Flaminia, Rome, 1929; Via
Cassia e sue deviazioni, Rome, 1930; Via Salaria, Rome, 1931; Via Nomentana,
Via Patinaria, Via Tiburtina, Rome, 1932. Id., Lazio Turrito, 3 vol., Rome,
1933-1934. Ce dernier répertoire, très rapide, fourmille d'erreurs. LA TOPOGRAPHIE MÉDIÉVALE DE LA CAMPAGNE ROMAINE 625
l'instant de publications plus récentes sur lesquelles nous aurons l'oc
casion de revenir plus loin.
Précieux pour le promeneur cultivé ou le propriétaire de grand do
maine auxquels ils fournissent un abondant matériel pour l'évocation
du passé du coin de terre qui les intéresse, ces ouvrages sont aussi abon
damment cités par historiens et éditeurs de textes, qui y trouvent le
moyen commode de renvoyer le lecteur aux données déjà rassemblées
sur les divers lieux de la Campagne Romaine rencontrés dans leurs sour
ces. Par contre, dès qu'il entend non plus simplement citer mais direct
ement utiliser, dans le cadre d'une étude précise, telle ou telle donnée
de ces répertoires, l'historien s'aperçoit très souvent qu'en fait il n'a
rien dans les mains. Il n'est sans doute pas inutile de se demander pour
quoi, moins d'ailleurs pour souligner les imperfections d'ouvrages qui,
pour une première orientation, restent encore indispensables, que pour
mieux déterminer les directions dans lesquelles la recherche peut encore
progresser.
Tout d'abord, aucun de ces ouvrages, pas même le plus connu de
tous, le « Tomassetti » n'est, ni ne prétend être, basé sur un dépouillement
systématique des sources. Et il ne s'agit pas là de quelques lacunes part
ielles. C'est la majorité des fonds archivistiques des églises, hôpitaux
et familles qui est pratiquement restée hors du champ d'investigation *
et même des sources publiées avec index, comme les registres des papes,
sont souvent ignorées. Ce qui est plus gênant encore c'est que, en grande
partie, les données fournies ne proviennent même pas d'une lecture des
actes eux-mêmes (fût-ce en copies ou en éditions anciennes) mais repré
sentent l'utilisation, souvent de troisième ou quatrième main, de dé
pouillement faits par d'autres, suivant des critères et préoccupations
nullement homogènes. C'est ainsi que les deux Tomassetti et Ashby ont
fait un très large usage du fichier des propriétés de la Campagne établi
par De Cupis 2, fichier basé lui-même en grande partie sur le répertoire
1 Rien, ni dans les volumes publiés ni dans les notes inédites des Tomass
etti, n'indique une consultation directe des archives des quatre grandes ba
siliques, ni de celles des hôpitaux du Saint-Esprit et du Saint-Sauveur, ni des
archives Borghése, c'est-à-dire de sept parmi les plus grands propriétaires de
la Campagne Romaine. Par contre, une heureuse fortune a voulu que les mê
mes auteurs et C. De Cupis fussent en mesure de dépouiller systématiquement
les archives Colonna, celles précisément dont la consultation reste aujourd'hui
la plus difficile.
2 Donné par De Cupis à l'Académie de Saint Luc (cf. Th. Ashby, Mapp
a. . . p. V, n. 3), ce fichier est aujourd'hui introuvable tant à l'Académie qu'à
l'Archivio Capitolino où figure toutefois, dans le fonds Tomassetti, un paquet JEAN COSTE 626
des familles romaines de Jacovacci 1, lequel à son tour compile des Not
ìzie d'Istromenti ou brefs régestes d'actes faits au XVIe ou XVIIe s. 2,
lesquels seulement ont été établis directement sur les registres des no
taires. Inutile d'insister sur l'état dans lequel nous parviennent les don
nées de l'acte original au terme d'un tel iter. Sans parler des inévitables
déformations de noms et de toponymes et des erreurs de dates, ce qui
a disparu souvent c'est l'exacte mention des quantités faisant l'objet
du contrat (totalité, moitié ou quart de la propriété), ou de la nature
de la transaction : la vente des herbes d'un terrain ou d'une rente an
nuelle constituée sur ce dernier est tout de même autre chose que la vente
du terrain!
Même quand l'auteur a opéré des vérifications sur les actes eux-
mêmes ou procédé à des dépouillements directs de séries archivistiques,
un second vice fondamental grève ce type d'ouvrages, à savoir le prin
cipe de classement des données sous le toponyme auquel elles sont cen
sées se référer. S'il s'agit, comme c'est encore le cas dans les trois pre
miers volumes du Tomassetti, du nom des domaines modernes, leur
correspondance avec les fonds antiques ou médiévaux est si approximative
qu'il est pratiquement impossible de référer la donnée d'un acte cité à
un terrain précis 3. Que si l'on prend comme base les toponymes du XVIe
s., comme le fait Ashby dans son commentaire de la carte de 1547, on
a certes plus de chances de savoir de quoi l'on parle, mais, même alors,
seule une méthode rigoureuse et un recours direct aux actes permettrait
de ne pas confondre les multiples fonds homonymes. On nous permettra
de fiches qui paraît en provenir. Tant Ashby que les deux Tomassetti réfèrent
à cet outil de travail par le sigle DC, sans numéro.
1 Biblioteca Apostolica Vaticana (désormais citée BAV), codd. Ottobon.
lat. 2548-2554, aujourd'hui subdivisés en plusieurs volumes chacun. Un index
des familles se trouve en V. Forcella, Catalogo dei manoscritti riguardanti la
storia di Roma della Biblioteca Vaticana, 2, p. 235-394. La dépendance de De Cu-
pis par rapport à Jacovacci avait déjà été remarquée par Th. Ashby, Mappa. . .,
p. V, n. 3.
2 De telles « Notizie d'Istromenti » forment la plus grande partie des
37 volumes du Credenzone XIII de l'Archivio Capitolino, lequel comprend
aussi un index alphabétique des précédents en 95 petits volumes. Que Jaco
vacci ait utilisé pour son ouvrage des recueils de cette sorte est absolument
hors de doute. Le rapport entre son Repertorio di Famiglie et les volumes de
l'Archivio Capitolino reste toutefois à étudier dans le détail et pourrait amener
à conclure que l'auteur avait sa propre collection de « Notizie ».
3 Voir plus bas les remarques faites à propos des grands latifundia compos
ites comme Salone (infra, p. 655) et Torrenova (infra, p. 670). On pourrait
en dire autant, sans quitter la zone est, de Pantano et du Quadraro. TOPOGRAPHIE MÉDIÉVALE DE LA CAMPAGNE ROMAINE 627 LA
de ne retenir qu'un seul exemple particulièrement significatif : Aux pa
ges 15-16 du commentaire cité à l'instant, Ashby rassemble, sous le to-
ponyme Casablanca rencontré sur sa carte, seize données pourvues de
références archi visti ques précises. Or sur les seize documents cités, cinq
se rapportent au Casanova de Saint-Paul au sud de l'Aniene x, cinq à
un Casale nuovo sur la Tiburtina à côté de Castel Arcione 2, trois à Cas-
telnuovo di Porto sur la Flaminia 3, et deux seulement au fonds Casanova
sur la Nomentana, qui est celui sur lequel porte le commentaire 4. La
dernière référence est erronée et l'acte inidentifiable 5. Précisons qu'une
fois, au cours de ce défilé hétéroclite, l'auteur a prudemment inséré entre
parenthèses la clause : « Se le notizie si riferiscono allo stesso casale o
agli stessi dintorni ». Mais précisément, s'il y avait doute — or la totale
incohérence du chassé-croisé des propriétaires suffisait à l'indiquer —
quel sens pouvait-il y avoir à publier, sans vérification aucune, une telle
liste de références1?
Dans le volume plus fouillé de Francesco Tomassetti sur la Via La
tina, les données sont rassemblées sous les noms des domaines médiévaux
eux-mêmes et avec une attention beaucoup plus grande aux données
topographiques des actes, dont un très grand nombre ont été directement
consultés. On trouve même à la fin du volume, pour la première fois,
un essai de cartographie des données avec en majuscules l'indication
des « fondi e luoghi del medio evo ». Hélas ! même parmi les noms longue
ment commentés dans le texte, nombreux sont ceux qui manquent sur
la carte et, en toute hypothèse, la place d'un nom sur une carte n'indique
que fort mal l'aire couverte par la propriété correspondante. Pouvait-il
en être autrement avec une carte non datée, censée valable pour une
période aussi longue et tourmentée que « le Moyen Age »? On saisit mieux
ici la limite d'un ouvrage par ailleurs si riche en renseignements : même
avec l'adoption comme base de référence du nom des domaines médié
vaux, la méthode n'a pas changé. On a toujours une juxtaposition de
données, beaucoup plus nombreuses et mieux contrôlées, mais pas de
véritable effort pour les critiquer, les rapprocher les unes des autres,
1 Ceux des 15 mai 1218, 22 septembre 1385, 13 octobre 1488, 23 septembre
1478, 23 octobre 1478.
2 Ceux de 1400, 3 mai 1494, 11 septembre 1536, 1537, 1538.
3 11 avril 1526, 30 mars 1538, 15 septembre 1576.
4 Les deux premières références à l'ouvrage de Boccamazza et aux cata
combes de Saint Alexandre.
5 Celle du 14 février 1429, tirée de Jaco vacci.
MEFRM 1976, 2 41 JEAN COSTE 628
les confronter avec les éléments fournis par la lecture des cartes histori
ques et du terrain lui-même.
Bref, il faut le dire clairement une fois, ce que l'on peut regretter
dans ces ouvrages ce n'est pas qu'ils soient passés à côté de certaines
questions que nous nous posons aujourd'hui; c'est qu'ils aient manqué
le but qu'ils se proposaient le plus explicitement : centrés sur l'illustra
tion de lieux déterminés, se réclamant ouvertement, par leur titre et
la qualification de leurs auteurs, d'une discipline topographique, c'est
sur le plan topographique qu'ils révèlent les carences les plus nettes.
Comme le remarquait déjà fort bien A. Celli avant 1925, dans son ouvrage
sur la malaria : « Ce que nous avons déploré le plus dans le cours de nos
recherches a été le manque presque absolu d'indications topographiques
de la part de ceux qui ont pris la peine de recueillir et organiser tant de
documents intéressants sur la Campagne Romaine. Ces travaux eux-
mêmes perdent de ce fait un peu de leur valeur pour nous » 1.
Si, après cinquante ans, on croit devoir revenir sur une telle critique
c'est que, dans l'intervalle, aucun signe de progrès réel n'est apparu en
ce domaine. Entendons-nous bien : plusieurs ouvrages récents sur la
Campagne Romaine ont mis de manière remarquable au service de sa
topographie des techniques encore peu vulgarisées un demi-siècle plus
tôt : excellentes photos, plans et croquis d'édifices et de ruines, riche
collection de cartes et dessins anciens reproduits pour le plus grand bé
néfice du lecteur, bibliographies à jour, utilisation d'inédits, voilà ce
que nous offrent les très beaux ouvrages de G. M. de Eossi sur les tours
et châteaux 2, de Mme Isa Belli-Barsali sur les villas 3, et de L. Quilici
sur la zone de Collatia, où le médiéval est recensé en même temps que
l'antique 4. On est là, certes, bien au delà du Tomassetti mais quand du
1 A. Celli, La storia della malaria nell'Agro Romano, Città di Castello,
1925 (œuvre posthume). C'est nous qui traduisons.
2 Gr. M. de Rossi, Torri e Castelli della Campagna Romana, Rome, 1969
(désormais cité Torri. . .). L'auteur a utilisé entre autres les notes inédites de
Francesco Tomassetti à l'Archivio Capitolino, mais n'indique pas la référence
aux actes qu'il cite.
3 I. Belli Barsali et M. Gr. Branchetti, Ville della Campagna Romana (coll.
Ville italiane, Lazio 2) (désormais cité Ville...), Milan, 1975. Nombreux do
maines ruraux conservant une demeure ancienne ont leur fiche dans cet ouvrage.
4 L. Quilici, Collatia (Forma Italiae, Regio I, vol. X), Rome, 1974. Par
ses dimensions (938 p.), la richesse de ses croquis et illustrations et la manière
dont l'auteur a rendu compte des moindres restes du terrain, cet ouvrage laisse
loin derrière lui tous les autres de la même collection relatifs à la région romaine.
Malgré certaines faiblesses, notamment dans le domaine épigraphique, il res- LA TOPOGRAPHIE MÉDIÉVALE DE LA CAMPAGNE ROMAINE 629
commentaire archéologique, architectural ou artistique on passe aux
données historiques, on s'aperçoit que les vieux démons n'ont pas été
exorcisés. Sur le nom d'une tour, d'une villa, d'un château, viennent
à nouveau s'enfiler les « memorie » destinées à l'illustrer, mais dans des
conditions qui en diminuent encore la valeur. Avec Tomassetti ou Sil-
vestrelli, il était clair au moins que les données fournies se référaient
au domaine : ici on ne sait plus si elles s'appliquent à la tour de pierre
dont on donne la photo ou au domaine portant le même nom x, tandis
que la succession des propriétaires, simplifiée pour ne pas ennuyer le
lecteur, en devient souvent, à force de schématisme, franchement inexac
te 2, et que certaines erreurs, solidement enracinées, attestent une fois
de plus leur séculaire vitalité 3. Cité ou non, le « Tomassetti » est partout
tera l'ouvrage de base pour toute étude sur la partie de la Campagne Eomaine
comprise entre l'Aniene et les premières pentes des Monts Albains. Toutefois,
comme on va le dire, les plus expresses réserves sont à faire, là comme ailleurs,
sur les données historiques concernant les domaines médiévaux.
1 Les confusions deviennent manifestes dès que l'auteur s'applique à
préciser, sans s'être livré à une étude préalable des textes. Voir par exemple
en Gr. M. de Eossi, Torri ... les n°s 261 (Torre Vergata), 285 (Torre di Salone),
295 (Torre Angela), 321 (Torre di San Antonio) etc.
2 Comparer par exemple les données sur Salone et Torrenova fournies
en G-. M. de Eossi, Torri . . . , nos 285-286 et 313 ou en I. Belli-Barsali, Ville. . .,
p. 104 et 323, avec leur source Gr. Tomassetti, La Campagna. . . , Ill, p. 480-48]
et 402-403 qu'Ashby avait entre temps complété et rectifié (Th. Ashby, Mapp
a. .., p. 24 et 29).
3 L'histoire de l'une d'elles mérite d'être contée. Au XVIe s., un archiviste
de Sainte-Marie-Majeure écrivit au dos d'une charte de la basilique en date
du 7 mai 1319 : Anno 1219 .Papa Joanne 22. Emptio casalis Turris Pauli Mo
nad. Pertinet ad casale Salonis (BAV, fonds de Sainte-Marie-Majeure, perg. 106).
L'erreur de millésime représentait un pur lapsus, le texte lui-même étant par
faitement lisible et sans équivoque. Quant à l'acte, il concernait la vente d'un
« casale » anonyme de la part de Maria Monaci au procureur de Landolfo Co
lonna. La basilique n'y était pas nommée, mais au XVIe s. on savait que ce
munimen concernait le « casale » Torre Paolo Monaco, entré plus tard parmi
les biens de Sainte-Marie-Majeure et considéré alors comme simple « pedica »
de Salone. Ceci étant, l'auteur d'un rapport sur les biens de la basilique dressé
en 1659 assigna sans sourciller à l'origine de la propriété de Sainte-Marie-
Majeure sur la Torre Paolo Monaco la date du 7 mai 1219 (Arch, capitulaires
de Sainte-Marie-Majeure, Catasti e inventari, Stato temporale del 1659, p. 31),
donnée reproduite dans un des manuscrits de la Miscellanea Bianchini de la
Vallicelliana (T 98, p. 895) de qui la prit P. Adinolfi (Borna nell'età di mezzo,
I, p. 123, η. 2) suivi par Gr. Tomassetti (La Campagna. . . , Ill, p. 477) de qui
dépendent E. Martinori (Lazio Turrito, I, p. 84), G-. M. de Eossi (Torri...
n° 316), L. Quilici (Collatia, n° 489) etc. Pendant le même temps, le texte de