Le cours villafranchien de la Sénouire dans le bassin de Paulhaguet et quelques remarques sur certains phénomènes volcaniques de la région au S-E de Cerzat (Haute-Loire-Massif central français) - article ; n°2 ; vol.4, pg 145-163

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Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Année 1967 - Volume 4 - Numéro 2 - Pages 145-163
Les sédiments villafranchiens du bassin de Paulhaguet se sont déposés dans un lac formé à la suite du barrage de la vallée de la Sénouire villafranchienne, par des coulées de lave émises par le Puy-du-Roi et par un autre volcan de la région de Saint-Privat-du-Dragon. La Sénouire, qui se jetait dans l'Allier, à 7 km en aval de Langeac, fut déviée ; elle rejoignit le Doulon a Domeyrat, en empruntant l'étroit goulet de Domarget, pour atteindre l'Allier à la Bageasse, près de Brioure, à 29 km en aval de son ancien confluent.
The Villafranchtan sediments in the Paulhaguet basin, have been deposited in a lake formed after the damming of the valley of the villafranchian Sénouire river, by lava flows that came from the Puy-du-Roi and from another extinct volcano in the vicinity of Saint-Privat-du-Dragon. The course of the Sénouire river, which emptied, at that time, into the Allier river at about 7 km down Langeac, changed ; the Sénouire found its way to Doulon creek, through a narrow passage just south of Domeyrat, then it joined the Allier river at « la Bageasse », near the town of Brioude, at 29 km down its previous confluence.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1967
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Pierre Grangeon
Le cours villafranchien de la Sénouire dans le bassin de
Paulhaguet et quelques remarques sur certains phénomènes
volcaniques de la région au S-E de Cerzat (Haute-Loire-Massif
central français)
In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 4 - Numéro 2 - 1967. pp. 145-163.
Résumé
Les sédiments villafranchiens du bassin de Paulhaguet se sont déposés dans un lac formé à la suite du barrage de la vallée de
la Sénouire villafranchienne, par des coulées de lave émises par le Puy-du-Roi et par un autre volcan de la région de Saint-
Privat-du-Dragon. La Sénouire, qui se jetait dans l'Allier, à 7 km en aval de Langeac, fut déviée ; elle rejoignit le Doulon a
Domeyrat, en empruntant l'étroit goulet de Domarget, pour atteindre l'Allier à la Bageasse, près de Brioure, à 29 km en aval de
son ancien confluent.
Abstract
The Villafranchtan sediments in the Paulhaguet basin, have been deposited in a lake formed after the damming of the valley of
the villafranchian Sénouire river, by lava flows that came from the Puy-du-Roi and from another extinct volcano in the vicinity of
Saint-Privat-du-Dragon. The course of the Sénouire river, which emptied, at that time, into the Allier river at about 7 km down
Langeac, changed ; the Sénouire found its way to Doulon creek, through a narrow passage just south of Domeyrat, then it joined
the Allier river at « la Bageasse », near the town of Brioude, at 29 km down its previous confluence.
Citer ce document / Cite this document :
Grangeon Pierre. Le cours villafranchien de la Sénouire dans le bassin de Paulhaguet et quelques remarques sur certains
phénomènes volcaniques de la région au S-E de Cerzat (Haute-Loire-Massif central français). In: Bulletin de l'Association
française pour l'étude du quaternaire - Volume 4 - Numéro 2 - 1967. pp. 145-163.
doi : 10.3406/quate.1967.1057
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/quate_0004-5500_1967_num_4_2_1057Bulletin de l'Association française 1967 . 2 page 145 pour l'étude du Quaternaire.
LE COURS VILLAFRANCHIEN DE LA SENOUIRE
DANS LE BASSIN DE PAULHAGUET
ET QUELQUES REMARQUES
SUR CERTAINS PHENOMENES VOLCANIQUES
DE LA REGION AU S-E DE CERZAT
(Haute-Loire - Massif central français)
PAR
Pierre GRANGEON *,
Département de Géologie, Faculté des sciences, Clermont-Ferrand.
Résumé. — Les sédiments villafranchiens du bassin de Paulhaguet se sont déposés
dans un lac formé à la suite du barrage de la vallée de la Sénouire villafranchienne, par
des coulées de lave émises par le Puy-du-Roi et par un autre volcan de la région de
Saint-Privat-du-Dragon.
La Sénouire, qui se jetait dans l'Allier, à 7 km en aval de Langeac, fut déviée; elle
rejoignit le Doulon a Domeyrat, en empruntant l'étroit goulet de Domarget, pour
atteindre l'Allier à la Bageasse, près de Brioure, à 29 km en aval de son ancien confluent.
Summary. — The Villafranchtan sediments in the Paulhaguet basin, have been depos
ited in a lake formed after the damming of the valley of the villafranchian Sénouire
river, by lava flows that came from the Puy-du-Roi and from another extinct volcano
in the vicinity of Saint-Pnvat-du~Dragon.
The course of the Sénouire river, which emptied, at that time, into the Allier river
at about 7 km down Langeac, changed ; the Sénouire found its way to Doulon creek,
through a narrow passage just south of Domeyrat, then it joined the Allier river at
« la Bageasse », near the town of Brioude, at 29 km down its previous confluence.
I. — Le cours actuel de la Sénouire.
La Sénouire est un affluent de la rive droite de l'Allier. Elle prend sa source
à 2,500 km environ, au SE de la Chaise-Dieu et se jette dans l'Allier à la Bageasse,
près de Brioude, après avoir parcouru 64 km. Sa source se trouve à 1 061 m
d'altitude, son embouchure à 425 m ; sa pente moyenne par kilomètre est de
9,93 m.
Elle se dirige d'abord vers le NW puis à 700 m environ au NE de la
Chapelle Geneste, elle prend une direction générale SW, qu'elle conserve jusqu'à
500 m au SE de Mazeyrat-Aurouze. A partir de ce point, elle change brusquement
de direction et coule vers le NW jusqu'en aval de Paulhaguet, où au contact du
horst cristallin de la Chomette, elle se dirige d'abord vers le N, puis après
Domarget reprend la direction NW qu'elle gardera approximativement jusqu'à
son confluent avec l'Allier.
* Manuscrit déposé le 6 mai 1967 BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 146
II. — DÉPÔT DES SÉDIMENTS VILLAFRANCHIENS DANS LE BASSIN DE PAULHAGUET.
Les dépôts sédimentaires villafranchiens sont bien développés dans toute la
partie sud du bassin de Paulhaguet. Ils sont essentiellement constitués par des
argiles et des sables plus ou moins argileux. Leur position et leurs constituants
furent étudiés récemment par P. Bout (1960), pour plus de détails sur ces sédi
ments, nous prions le lecteur de se reporter à cet ouvrage.
Nous avons cependant demandé à M1™ Méon- Vilain *, du département des
Sciences de la terre de Lyon, d'effectuer un examen palynologique des argiles
du château du Coudert et de la Tuillière basse. Ces argiles, de couleur ocre,
furent jadis exploitées pour la fabrication de briques et de tuiles. Les carrières
sont encore visibles à 150 m au NE du château du Coudert, entre la route de
Couteuges et celle de Lavoûte-Chilhac, ainsi que derrière les maisons de la Tuillière
basse. Les argiles occupent une bande de 700 m de long et 400 m de large environ,
leur épaisseur visible est de 15 m au Coudert et d'une dizaine de mètres à la
Tuillière basse, leur épaisseur probable est de l'ordre de 25 m ; elles se situent
approximativement à 2 km au SW de Paulhaguet ; elles butent par faille contre
les argiles bariolées oligocènes à 200 m environ au NE de la Tuillière basse.
Nous venons d'indiquer que l'épaisseur probable de ces argiles est voisine
de 25 m ; en effet, nous avons observé, grâce aux tranchées creusées pour l'adduc
tion d'eau dans la région, que les prairies entre la voie ferrée et le Coudert,
étaient installées sur des argiles verdâtres dont le faciès rappelle celui des dépôts
oligocènes. Il est donc probable, nous disons probable, non certain, car nous
n'avons pas de documents paléontologiques, que les argiles du Coudert reposent
ur l'Oligocène dont l'altitude en ce point est de 530 m le rejet de la faille qui
les fait buter contre l'Oligocène serait donc de 20 m environ.
D'autre part, comme le dos d'âne à l'W du Coudert, dont l'altitude est de
555 m, est selon toute vraisemblance, constitué par les argiles du Coudert, si
l'on en juge par les blocs argileux ramenés par la charrue, il s'ensuit que la
couche des argiles ocres s'étendrait depuis 530 m jusqu'à 555 m, soit sur une
épaisseur de 25 m environ.
Les argiles ocres sont visibles jusqu'à la ferme du Coudert, mais au S et S-W
du château, elles sont remplacées par des sables qui forment, sur 2 m d'épaisseur,
le talus du parc à 30 m au S du château. Il faut donc admettre que les sables
butent par faille contre les argiles du Coudert ; la faille de direction E W passe
entre la partie S du parc et la ferme ; elle se prolonge vers l'W entre le dos
d'âne argileux et le champ installé sur les sables, immédiatement au S de ce
dos d'âne.
Cinq échantillons furent prélevés pour l'analyse pollinique, tous ont donné
des pollens, sauf celui recueilli à l'E^de la carrière de la Tuillière basse.
Echantillons Lieu du prélèvement
1 Partie ouest de la carrière la Tuillière basse, à la base
de la carrière.
2 Entrée de la carrière du château du Coudert, base des
couches anciennement exploitées.
3 . . . . . . Milieu de la formation visible dans la carrière du
château du Coudert.
4 Sommet des argiles de la carrière du Coudert.
1 Nous remercions vivement Mme Méon-Vilaix d'avoir bien voulu se charger de l'analyse poll
inique des argiles du Coudert. COURS VILLAFRANCHIEN DE LA SÉNOUIRE DANS LE BASSIN DE PAULHAGUET 1 47 LE
D'après Mme Méon-Vilain, les résultats de ces analyses polliniques ne permett
ent pas de confirmer ou d'infirmer l'âge villafranchien des argiles du Coudert
et de la Tuillière basse.
La présence dans l'échantillon n° 1 d'espèces et genres tertiaires tels que
Inaperturopollenites dubius, Rhus, Tricolpopollenites microhenrici, Castanopsis,
dont l'ensemble constitue 2,6 % du total des pollens, confère plus d'ancienneté
aux argiles de la base de la carrière de la Tuillière basse qu'à celles du château
du Coudert.
Les trois échantillons du château du Coudert sont relativement riches en
pollens et montrent, de la base au sommet, une évolution de la flore avec une
nette augmentation des herbacées et une diminution consécutive des arbres.
Dans tous les échantillons analysés, on constate que le pourcentage des arbres
est inférieur à celui des plantes herbacées :
Echantillon„ , .„ Pourcentage, , s , Pourcentage , t . s u , des arbres des plantes herbacées
1 37,3 % 62,5 %
2 24 % 76 %
3 2,5 % 97,4 %
4 3 % 97 %
L'analyse pollinique nous montre qu'au moment où se déposaient les argiles
situées à la base des carrières de la Tuillière basse et du château du Coudert,
la région possédait des forêts aux essences variées, entrecoupées par de larges
espaces découverts. Au contraire, lors du dépôt des argiles situées au sommet de
la carrière du Coudert, la forêt s'était complètement dégradée, le paysage recou
vert surtout par la sous-famille des Chicoriae, ne devait posséder que quelques
bouquets d'arbres appartenant presque uniquement au sous-genre Pinus diploxylon.
Cette augmentation des herbacées marque sans doute le passage d'une période
tempérée à une période plus froide et plus sèche.
Comparée à la flore pollinique de Bannat — localité située à 2,700 km plus
au S — la flore du Coudert paraît nettement plus récente. Le pourcentage
important des herbacées à 10,50 m de profondeur dans le sondage de Bannat
s'est accru dans une proportion considérable dans les argiles du sommet de la
carrière du Coudert.
A Senèze, à 5,200 km au N-NW du Coudert, de 10 m au sommet du dépôt
analysé (H. Elhaï et P. Grangeon, 1963) ElhaÏ constate que la flore est très pauvre,
tous les genres thermophiles ont disparu, le Pin est quasi exclusif parmi les
arbres, suivi du Bouleau. Les herbacées sont représentées par des pourcentages
importants de Graminées et de l'Armoise. Cependant, à ce niveau, on rencontre
— outre les genres Pinus et Betula — des arbres appartenant aux genres Corylus,
Alnus, Fagus, Quercus, Ulmus, Pterocarya, Picea.
Il ne fait pas de doute que le sommet des argiles du Coudert représente
une période plus froide, plus récente, que celle des dernières argiles analysées
à Senèze.
On peut dès lors se demander quel est l'âge des argiles du Coudert. Nous
savons que les argiles du sondage de Senèze sont plus anciennes que la faune
mais nous ignorons la position de celles du Coudert et de la Tuillière basse par
rapport à la faune de Senèze. Il faudra sans doute attendre les résultats de
l'analyse pollinique de la couche d'argile interstratifiée dans les dépôts à ossements
fossiles épars de Senèze, pour connaître quelle était la physionomie de la végé
tation contemporaine des derniers représentants de la faune de cette localité. i
Conifères ailes
Pinus diploxylon-typus
Pinus haploxylon-typus
Abies
Picea
Inaperturopollenites dubius
Lanx
Alnus
Corylus
Rhus
Quercus
Ulmus
Fraxinus
Fagus
Pterocarya
Tricolpopollenites mi-crohenrici
Costanopsis
Rosaceae
Compositae
o\o
I
Chenopodia Papilionaceae Umbellif erae ceae
I
Plo ntaginaceae
Grammae
I
carrière. 1 : échantillon — 2 : échantillon prélevé des argiles Fig. provenant à la 1. base du — de Diagramme Coudert, la base carrière Indéterminés F Varia de lie près de la es polhnique carrière la Paulhaguet. Tuilhère du Coudert basse, à — l'W 3 : de échantcette
illon recueilli vers le milieu des couches jadis exploitées dans la carrière du Coudert. — 4 . échantillon récolté au sommet de la carrière du Coudert LE COURS VILLAFRANCHIEN DE LA SENOUIRE DANS LE BASSIN DE PAULHAGUET 149
Mazeyrat Amblard
— Aurouze O /^Passerelle O St-Privat-du-Dragon
^_oOuSSOUX 11 _ jVaes Priou
_*' °La Brequeille
Bannat
<oa//
Zerzat o //' ° Gare St-Georges-d'Aurac
Chilhac
Peyre - *$?' Le Puy-du-Roi A o Le Monteil
oTruchon
Langeac o E±3i
Q ikm
FlG. 2. — Croquis de situation des principaux lieux cités
et du cours villafranchien de la Sénouire.
aux 1 endroits : pointements non recouverts du socle par cristallin les dépôts qui marquent oligocènes les ou par versants les coulees de l'ancienne de basalte. vallée, bULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 150
On pourra alors comparer utilement la flore pollinique la plus récente de Senèze
à celle des argiles du Coudert.
Dans l'attente de ces résultats et jusqu'à preuve du contraire, nous croyons
que les iormations de la région du Coudert appartiennent à un Villafranchien
relativement récent.
Diverses hypothèses furent émises pour expliquer la présence des sables
dits « sables à mastodontes » dans le bassin de Paulhaguet.
Pour J. Jung (1946, p. 183) le grand barrage boueux issu du Mont-Dore obstrua
le passage de l'Allier à la hauteur d'Issoire, jusqu'à l'altitude de 600 m ; il se
constitua un lac de retenue dont le remous serait remonté jusque dans la région
de Langeac. Ainsi s'expliquent à la fois l'étendue des sables de Saint-Georges-
d'Aurac sur le plateau et la finesse de ce dépôt.
Pour P. Bout (1960, p. 118) le faciès toujours fin des dépôts villatranchiens
de Paulhaguet, leur relative extension, leur épaisseur parfois importante, certains
aspects de sédimentation sous faible profondeur d'eau, prouvent leur accumul
ation par subsidence.
Pour nous, à la suite de nombreuses observations dans tout le bassin de
Paulhaguet, nous proposons une hypothèse différente pour expliquer l'origine des
alluvions villafranchiennes de la région de Paulhaguet.
Le brusque changement de direction de la Sénouire, au contact des coulées
de laves émises par le volcan de la Brequeille, à 500 m au SE de Mazeyrat-Aurouze,
permet de se demander si l'activité volcanique qui a affecté une bonne partie
du pourtour du bassin de Paulhaguet ne serait pas à l'origine du changement
du cours de cette rivière qui, primitivement, aurait rejoint l'Allier, bien en amont
de son confluent actuel.
Les argiles et sables, attribués au Villafranchien, auraient été déposés dans
un lac formé à la suite du barrage de la Sénouire, soit par l'une des coulées
de lave qui, d'après la carte géologique dessinée par Tournaire (1880), serait issue
du volcan dont le cône de scories culmine à 768 m, à 1,500 km au SE de Saint-
Privat-du-Dragon, soit par une coulée venue du Puy-du-Roi.
Postérieurement aux premiers dépôts, d'autres coulées émises par le Puy-du-
Roi, situé à 1,400 km au SE de Cerzat, vinrent compléter le barrage, pour lui
donner une altitude qui, actuellement, est encore de 620 m entre Cerzat et le
hameau du Chambon, sur la rive droite de l'Allier.
Ces dernières coulées portèrent l'altitude du barrage à un niveau plus élevé
que celui des collines qui bordent le bassin de Paulhaguet, vers le nord. Par
suite, le lac se vida par le défilé qui devait exister au sud du hameau de
Domarget ; l'altitude actuelle de ce défilé oscille entre 500 et 505 m. Les eaux du
lac rejoignirent celles du Doulon à la sortie du village de Domeyrat, pour se
mêler à celles de l'Allier, à la Bageasse.
Il est possible que des mouvements tectoniques aient favorisé ce changement,
car plusieurs failles postoligocènes s'observent dans la région de Domeyrat-
Domarget.
III. — Le cours villafranchien de la Sénouire,
DANS LE BASSIN DE PAULHAGUET.
Pour vérifier l'exactitude de l'hypothèse que nous avons émise pour expliquer
la présence des dépôts villafranchiens dans le bassin de Paulhaguet, il fallait
retrouver :
— l'ancien lit de la rivière sous les basaltes ;
— l'emplacement présumé de son confluent avec l'Allier ;
— le cours approximatif de la rivière villafranchienne. LE COURS VILLAFRANCHIEN DE LA SÉNOUIRE DANS LE BASSIN DE PAULHAGUET 151
— Ancienne vallée de la Sénouire sous les basaltes.
Le petit ruisseau qui prend sa source à 200 m environ au Nord de la
Brequeille et se dirige vers la Sénouire, entaille les coulées de lave et les alluvions
fluviatiles jusqu'au socle cristallin et forme le ravin des Prioux. De direction
générale N-NW, S-SE, ce petit ravin se trouve dans le prolongement du cours
de la Sénouire en aval de Bacou, avant qu'elle ne bifurque vers l'W. Il permet
d'observer les alluvions anciennes de la Sénouire jusqu'à la cascade qui franchit
la coulée basaltique inférieure, soit sur une longueur de 80 m environ.
— Alluvions du ravin des Prioux.
Les alluvions de l'ancienne rivière reposent sur le socle cristallin à une
altitude approximative de 583-585 m, soit à 21-23 m au-dessus de la rivière
actuelle, dont l'altitude à la passerelle des Prioux, d'après le profil dressé par
l'Institut géographique national, est de 562,1. Ces alluvions visibles sur une épais
seur de 1,80 m doivent avoir une puissance de 3-4 m, puisque le contact basalte-
alluvions s'opère vers 587-588 m d'altitude.
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+-4--I-++++ + +- 4--I-4- 4-4-4-4-4-4-4-4-4-4-
- 4- 4- 4- 4- +• 4- 4-4-4-
FlG. 3. — Coupe du ravin situé à 200 m environ au S E de
la passerelle des Prioux et à 450 m au N-W du hameau de la
Brequeille. Cette coupe montre la position des alluvions ancien
nes de la Sénouire, sous la couleé basaltique inférieure.
1 • socle cristallin. — 2 • partie masquée par les ebouhs — 3 : sable
et galets, épaisseur visible . 1,30 m — 4 : argile verdâtre : 10 cm — 5 : argile rouge : 20 cm — 6 • argile ligniteuse . 15 cm — 7 : coulee inférieure du volcan de la Brequeille, épaisseur : 5-6 m — 8 : scories volcaniques noires, emballées par une argile ocre — 9 • argile grise, micacée, a empreintes végétales, devenant ligniteuse vers le sommet. — 10 : coulee n° 2 du volcan de la Brequeille.
Ces dépôts fluviatiles sont essentiellement constitués, de la base au sommet,
par des sables et graviers, visibles sur une épaisseur de 1,30 m. Les galets sont
uniquement cristallins : granite, gneiss, micaschistes, ces derniers étant de beau
coup les plus nombreux ; ils sont emballés par des sables ocres. L'orientation
des galets au sein de ces alluvions montre que la rivière coulait, en ce point, dans
une direction NE-SW. BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 152
Vers le sommet, ces alluvions passent à une argile verdâtre (10 cm), puis
rouge (20 cm), enfin noire ligniteuse (15 cm) au contact du basalte.
Sur les alluvions fluviatiles, repose une coulée de basalte de 5-6 m d'épaisseur
qui plonge légèrement vers le fond de l'ancienne vallée. Au-dessus de cette coulée
inférieure, on observe, sur une épaisseur de 1 à 1,50 m, une couche de scories
noires emballées dans une argile ocre, cette couche est surmontée par une argile
grise, micacée, à empreintes végétales, devenant ligniteuse vers le sommet. Le
tout est coiffé par une deuxième coulée de basalte, la coulée n° 2, dont la base
se trouve à l'altitude de 594 m.
On retrouve ces mêmes alluvions à l'altitude 585, le long du sentier qui, de
la passerelle des Prioux, conduit au hameau de la Brequeille.
La présence d'alluvions fluviatiles dans le ravin des Prioux, prouve que la
Sénouire passait sous les basaltes de la Brequeille, avant qu'elle ne soit déviée.
— Alluvions observables le long de la route de Bacou à la Brequeille.
Outre les alluvions fluviatiles dont nous venons de parler, des dépôts lacustres
s'observent tout près du ravin des Prioux ; leur présence en ces lieux, entre des
coulées basaltiques, est une preuve de l'existence d'un lac dont les eaux sont
montées au moins jusqu'à la cote 610.
S-SE N-NE
4 «
3 3
2
Fie. 4. — entre Coupe Bacou observée et la Brequeille. le long de la D 21
1 : socle cristallin arémsé. — 2 : coulée inférieure du volcan
de la Brequeille, ep. : 4 m environ. — 3 : argile et scories volcaniques noires : 1 à 1,50 m. — 4 : argile sableuse : 1,50 m — 5 : coulée n° 2 du volcan de la Brequeille, épaisseur : 10 m envi
ron. — 6 : sables argileux, gris, avec quelques galets de quartz et des scories a la base • épaisseur : 1,50 m — 7 : argile sableuse, ligniteuse, épaisseur : 30-40 cm. — 8 : coulée n° 3 du volcan de la
Brequeille. LE COURS VILLAFRANCHIEN DE LA SENOUIRE DANS LE BASSIN DE PAULHAGUEl 1 53
La route D21 qui, entre Bacou et la Brequeille, longe le ravin des Prioux
et le domine d'une vingtaine de mètres, permet d'effectuer d'intéressantes obser
vations. Sur le talus de cette route, on retrouve, en particulier les deux coulées
de basalte du ravin des Prioux, mais ici leur base est à 6-7 m au-dessus de leur
contact avec les alluvions du ravin.
De plus, la coulée inférieure repose directement sur le socle cristallin très
arénisé en ce point. Par contre, on retrouve entre la coulée inférieure et la
coulée n° 2, les mêmes sédiments que dans le ravin des Prioux.
En remontant la route, au-dessus de la coulée n° 2, se trouvent de nouvelles
alluvions. Ces dépôts dont l'épaisseur est de 1,5-2 m, débutent par une formation
argilo-sableuse emballant, à la base, quelques galets de quartz et des scories
volcaniques noires, plus abondantes que les galets de quartz. L'ensemble de ces
galets ne forme pas une couche régulière, on les observe au contact de la
coulée n° 2, où ils sont épars dans le dépôt argilo-sableux, sans aucune orientation
préférentielle. Cette formation de base est surmontée par une argile sableuse
ligniteuse de 30-40 cm d'épaisseur. Sur ces dépôts, repose la coulée de basalte n° 3,
dont la base se trouve en ce point à 610 m d'altitude.
— Emplacement présumé de l'ancien confluent de la Sénouire avec l'Allier.
En prolongeant jusqu'à l'Allier la direction générale SW de la Sénouire en
amont du point où au contact des coulées de lave, elle se dirige brusquement
vers l'W, on aboutit légèrement en amont du Chambon de Cerzat. C'est donc
dans cette région qu'il faut rechercher le confluent présumé de la rivière villa-
franchienne avec l'Allier.
W-SW E-NE
Route
100m
Fig. 5. — Profil géologique transversal de la vallée prééruptive
confluent présumé de la Sénouire villafranchienne et de l'Allier.
1 : socle cristallin. — 2 : terrasse alluviale de 30 m. — 3 : partie masquée par la végétation. — 4 : sables ocres, épaisseur 20-30 m — 5 : ébouhs —
6 : coulee de lave émise par le volcan situé à 1,500 km environ, au S-E de Saint- Pnvat du Dragon. — 7 : coulée de lave émise par le Puy-du-Roi.
Remarque : On n'a pas tenu compte :
— des ébouhs au pied de la coulée 6 ; — des galets qui se trouvent sous cette coulée, mais qui sont caches par les ébouhs.
Dans le grand méandre de l'Allier entre le Chambon et Peyre, existe une
vallée creusée dans le socle cristallin et remblayée par une puissante coulée de
la*e. Le socle qui forme le versant oriental de cette vallée prééruptive, protégé
par le basalte du Puy-du-Roy, atteint une altitude voisine de 600 m, sur le versant
SW de ce volcan. Le flanc occidental de cette même vallée, non protégé par des
coulées volcaniques ne s'élève qu'à 525 m d'altitude.