Le développement de l
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Le développement de l'infrastructure dans la Ruhr, 1840-1990. 2ème partie : de la gestion de l'eau au syndicat d'aménagement - article ; n°6 ; vol.7, pg 19-32

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Flux - Année 1991 - Volume 7 - Numéro 6 - Pages 19-32
Hermann KORTE, ~~The development of infrastructure in the Ruhr, 1840-1990, Part 2~~: Water and land development management. Infrastructure, that is, basic economic functions under public control, develops according to an unplanned process, made of a succession of decisions forming a structured sequence of events. The study of the social and economic history of the Ruhr from the beginning of industrialization illustrates this theoretical point of view. Thus, the railroad evolves according to increasing concentration phases. The State progressively organizes and controls private initiatives into nationalization and eventually, monopoly (Part I, published in FLUX 4). Part П, published here, considers the case of water distribution and purification, in which the State merely plays the role of encouraging cooperation. In addition, the institution of the union can also be found, in the case of the Rurh, a typical compromise, in which the State is merely the solicitor with respect to cooperative agreements between local partners.
Hermann KORTE,~~ Le développement de linfrastructure dans la Ruhr, 1840-1990: 2ème Partie, De la gestion de l'eau au syndicat d'aménagement de la Ruhr~~. L'infrastructure, au sens des fonctions de base économiques sous contrôle public, se développe selon un processus non planifié, fait d'une succession de décisions formant un enchaînement structuré. L'étude de l'histoire sociale et économique de la Ruhr depuis les débuts de l'industrialisation illustre ce point de vue théorique. Ainsi, le réseau ferroviaire évolue-t-il suivant des phases de concentration croissante. L'Etat organise et contrôle progressivement l'initiative privée jusqu'à la nationalisation et au monopole (1ère partie, déjà publiée dans FLUX n° 4). S'agissant de la distribution de l'eau et de l'assainissement, l'Etat se contente de jouer un rôle d'incitation à la coopération. On retrouve également dans l'institution du syndicat d'aménagement de la Ruhr le compromis typique où l'Etat sert uniquement de notaire par rapport aux accords de cooperation entre partenaires locaux (2ème partie, publiée ici).
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1991
Nombre de lectures 35
Langue Français
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Exrait

Hermann Korte
Sabine Bollack
Viviane Claude
Bernard Barraqué
Le développement de "l'infrastructure" dans la Ruhr, 1840-1990.
2ème partie : de la gestion de l'eau au syndicat d'aménagement
In: Flux n°6, 1991. pp. 19-32.
Abstract
Hermann KORTE, The development of "infrastructure" in the Ruhr, 1840-1990, Part 2: Water and land development
management. Infrastructure, that is, basic economic functions under public control, develops according to an unplanned process,
made of a succession of decisions forming a structured sequence of events. The study of the social and economic history of the
Ruhr from the beginning of industrialization illustrates this theoretical point of view. Thus, the railroad evolves according to
increasing concentration phases. The State progressively organizes and controls private initiatives into nationalization and
eventually, monopoly (Part I, published in FLUX 4). Part П, published here, considers the case of water distribution and
purification, in which the State merely plays the role of encouraging cooperation. In addition, the institution of the union can also
be found, in the case of the Rurh, a typical compromise, in which the State is merely the solicitor with respect to cooperative
agreements between local partners.
Résumé
Hermann KORTE, Le développement de l"infrastructure" dans la Ruhr, 1840-1990: 2ème Partie, De la gestion de l'eau au
syndicat d'aménagement de la Ruhr. L'infrastructure, au sens des fonctions de base économiques sous contrôle public, se
développe selon un processus non planifié, fait d'une succession de décisions formant un enchaînement structuré. L'étude de
l'histoire sociale et économique de la Ruhr depuis les débuts de l'industrialisation illustre ce point de vue théorique. Ainsi, le
réseau ferroviaire évolue-t-il suivant des phases de concentration croissante. L'Etat organise et contrôle progressivement
l'initiative privée jusqu'à la nationalisation et au monopole (1ère partie, déjà publiée dans FLUX n° 4). S'agissant de la distribution
de l'eau et de l'assainissement, l'Etat se contente de jouer un rôle d'incitation à la coopération. On retrouve également dans
l'institution du syndicat d'aménagement de la Ruhr le compromis typique où l'Etat sert uniquement de "notaire" par rapport aux
accords de cooperation entre partenaires locaux (2ème partie, publiée ici).
Citer ce document / Cite this document :
Korte Hermann, Bollack Sabine, Claude Viviane, Barraqué Bernard. Le développement de "l'infrastructure" dans la Ruhr, 1840-
1990. 2ème partie : de la gestion de l'eau au syndicat d'aménagement. In: Flux n°6, 1991. pp. 19-32.
doi : 10.3406/flux.1991.1160
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/flux_1154-2721_1991_num_7_6_1160LE DEVELOPPEMENT DE
"L'INFRASTRUCTURE" DANS LA RUHR
1840-1990
2ème Partie : De la gestion de l'eau au Syndicat
d'aménagement de la Ruhr
HERMANN KORTE
Dans la lignée intellectuelle de Norbert Elias (dont il
prépare actuellement une biographie),- Hermann Kořte a
travaillé sur l'histoire sociale de la Ruhr à l'époque de
l'industrialisation. L'article publié par FLUX est la Hermann KORTE, né en 1937, a fait des traduction partielle de la contribution à l'ouvrage études de sociologie, d'économie et d'eth collectif Sozialgescbichte des Ruhrgebiets, im Industrie nologie aux Universités de Munster et Zeitatter (W< Kôllmann, H. Kořte, D- Petřína, W4 Weber; Bielefeld. Ses intérêts scientifiques com Patmos Verlag Schwann), II s'intéresse Ici à Г "infrastrucprennent les processus et la théorie de la ture", ce terme étant utilisé dans son acception la plus civilisation, la sociologie urbaine, la large de base économique et institutionnelle: les réseaux démographie, et les problèmes théoriques techniques - le transport» Peau.., * mais aussi les espace et politiques des migrations internatio de loisirs ou les centres universitaires (abordé dans le nales de travailleurs. Ses livres les plus texte en allemand, ce su|et n'a pas été repris pour cette récents: Migration und ihre sozialen Fol-
version française). gen (1985), Stadtsoziologie (1986), Eine
Gesellschaft im Aufbruch. Die Bundes-
S'agissant des réseaux d'infrastructure, qui intéressent republik in den 60er Jahren (1987), et plus directement les lecteurs de Flux, Hermann Kořte Ùber Norbert Elias. Das Werden eines apporte par exemple une contribution originale à la Menschenwissenschaftlers (1988). // est compréhension des agences de bassin de la Ruhr. Si les co-rédacteur de trois volumes d'essais aspects technico-économiques de leur fonctionnement sur la théorie de la civilisation de Norb sont bien connus * en particulier depuis la mise en place ert Elias, et co-directeur de la Norbert- des agences de bassin en France - les raisons politiques Elias-Foundation à Amsterdam. de cette précocité de la gestion coordonnée de l'eau
restaient inconnues. C'est dans cette seconde partie que
Korte développe principalement ce sujet, la première
partie étant consacrée au chemin de fer (voir FLUX 4f
avril-juin 199X, pp. 31 - 39).
.Dans le cas des chemins de fer, il fallait maîtriser des
problèmes techniques et financiers pour pouvoir introduire
une innovation technologique. Dans l'exploitation de l'eau,
qui pose des problèmes d'approvisionnement et d'évacuation,
il s'agissait de contrôler et de "canaliser" l'activité humaine.
Comment pouvait-on dissuader les gens de prendre n'importe
19 6 Octobre - Décembre 1991 FLUX
où dans les fleuves et les rivières l'eau nécessaire pompage et d'autres eaux usagées entraînèrent
à leurs besoins, surtout si ceux-ci étaient liés à des d'une part une inondation et d'autre part un
industries privées - ou bien de creuser des puits ? envasement, avec des conséquences aggravées par
Comment assurer de façon durable l'approvisionne l'affaissement du sol consécutif aux tailles et gale
ment en eau potable et en eau industrielle de la ries souterraines. L'envasement entraîna une perte
région de la Ruhr ? Comment empêcher une indust de dénivellation de la partie inférieure du cours de
rie orientée vers le profit, par exemple la mine, de la rivière et l'affaissement du sol du lit de la rivière.
rejeter tout simplement ses eaux sales, ou l'eau Ainsi, de faible au départ, la dénivellation devenait
pompée des mines dans la rivière la plus proche, quasi nulle. C'est alors qu'apparurent des mares
sans égards pour les riverains situés en aval ? Il d'affaissement et des marais où se décomposaient
fallut attendre la première décennie du 20ème des matières putrescibles, surtout les eaux ménagèr
siècle pour trouver du côté des organisations et es. La construction acharnée de chemins de fer
des institutions quelques éléments de réponse avait également des conséquences tragiques, car les
adéquate à ces questions. remblais, disposés de façon désordonnée, sans
percées suffisantes, rendaient plus difficile encore
L'eau est depuis toujours indispensable à la vie l'écoulement des eaux.
quotidienne des hommes, mais aussi à l'artisanat et
à l'industrie. Avec l'industrialisation de la Ruhr, Cette situation avait des conséquences néfastes sur
l'eau est devenue un grave problème, tant du point la santé de la population. Dès 1868, la compagnie
de vue quantitatif que du point de vue qualitatif. minière d'Arenberg faisait un rapport sur "la fièvre
L'extraction d'une tonne de charbon requiert 1,75 qui paralysait l'activité des employés et des ouvriers
dans la dépression de l'Ernscher" (Heinrichsbauer mètre cube d'eau, la production d'une tonne de
coke nécessite 2,25 mètres cubes ; les déchets sont 1936, p. 28). Le typhus menaçait de plus en plus
également très élevés. Si l'on se dit que l'extraction sérieusement, rendant de vastes territoires impro
de charbon s'est multipliée par dix, que la main pres au peuplement. En 1900, la mortalité par le
d'oeuvre employée dans les mines et par consé typhus était double par rapport au reste de la
quent la population en général s'est considérable Prusse. En 1901, année de l'épidémie de typhus de
ment accrue et que les autres branches de l'indu Gelsenkirchen, elle était même trois fois plus
strie minière ont connu un essor semblable, on se élevée. Les directions d'entreprise et les administra
représentera facilement l'importance des problèmes tions des villes s'inquiétaient de cette situation. A
qui devaient se poser à la longue pour l'approv cela s'ajoutait le fait que les surfaces agricoles
isionnement en eau et l'évacuation de celle-ci. Les avaient subi de grands dommages à cause des
inondations et des affaissements des nappes d'eau premiers problèmes concernèrent l'évacuation, ce
qu'on peut montrer sur l'exemple de la région de souterraines et que les agriculteurs se plaignaient
l'Emscher qui servit de modèle pour l'ensemble de de plus en plus.
l'exploitation de l'eau dans la Ruhr.
Malgré ces problèmes et les conflits qu'ils déclen
Au début des années 1860, l'activité minière se chèrent entre les différents groupes d'intérêts, les
déplaça vers le nord et plus précisément vers le premières tentatives pour trouver une solution
bassin versant de l'Emscher. "Il n'a pas fallu long collective se firent attendre relativement longtemps.
temps pour que sur tout le bassin un grand nomb Il est intéressant de constater à ce propos que
re de nouveaux puits de mines soiert ouverts en l'Etat, malgré son engagement des années 1850 en
progressant constamment vers le nord jusqu'à faveur de l'industrialisation, resta longtemps inactif.
jouxter l'Emscher," écrivait Michaelis (Schuster Soit qu'il n'y ait eu aucun gain fiscal en perspect
1917, p.7), et il rapportait également que "non ive, mais seulement des investissements, autrement
seulement la mine a pris possession de ce territoire dit des pertes, soit parce que l'on s'imaginait que
mais que sur les lieux d'extraction se sont établis les problèmes étaient en de bonnes mains auprès
partout d'autres usines liées à l'industrie minière, des autorités compétentes du Land de Westphalie
dès lors que les chemins de fer avaient diminué les et de l'administration des villes.
coûts de transport des produits bruts" {idem.).
Le terrain du bassin de l'Emscher n'était pas très ASSAINISSEMENT LA COOPERATION
adapté à l'industrialisation, surtout pas à celle des OBLIGATOIRE
débuts. Longue de 110 km, la rivière avait une
dénivellation de 121,5 m dont 40 sur les premiers
9 km. Son cours était déjà relativement lent par Les premières tentatives de réglementation furent
lui-même, sans intervention extérieure. Au cours de déterminés par le principe "tout contre tous."
l'expansion de la mine vers le nord, les eaux de Citons pour son côté caractéristique le conflit
20 - ^"Infrastructure" dans la Ruhr Kořte
juridique entre les villes d'Altenessen et d'Essen. Il également coopérative vit le jour dans des cercles
fut interdit à cette dernière à la demande de la d'entrepreneurs privés, comme le rapporte Trainer
première d'amener ses eaux usagées dans la Berne, (1897, p. 198-200). Mais comme il ne s'agissait
au bord de laquelle Essen se trouvait également, finalement que des propriétaires de mine et que les
mais en aval. Le verdict eut peu d'effet car Essen communes, les fonciers riverains et les
n'avait guère d'autre possibilité d'évacuer ses eaux autres industriels refusèrent leur collaboration, on
usagées et aurait dû s'inonder elle-même s'il avait en resta à des mesures restreintes et peu efficaces.
fallu satisfaire à la demande du tribunal.
Signalons une fois de plus que l'Etat prussien avait
Les premières mesures furent prises par le préfet eu la possibilité dès cette époque de remédier à la
de la province de Westphalie. Michaelis, le chef du situation soit par une loi soit par un engagement
service chargé des travaux publics de Munster, propre. La charge prévisible qui en aurait résulté
proposa en 1883 une série de mesures techniques explique probablement la réserve de l'Etat dans la
question de l'assainissement - et comme nous le ainsi qu'un projet de réglementation du drainage.
L'essentiel de son projet consistait à creuser des verrons par la suite dans celle de l'approvisionne
bassins artificiels dans le territoire situé entre ment en eau. Il manquait peut-être aussi l'étape
Oberhausen et Herne pour absorber l'eau des intermédiaire d'un premier stade de centralisation
surfaces affaissées. Ses propositions furent accep qui aurait permis aux intéressés de mettre sur pied
tées ensuite par une "commission de régulation de la première réglementation supra-locale. Il est
l'Emscher" instituée par un décret ministériel de possible que cette étape intermédiaire de coordinat
1884. Cette commission rassemblant des fonction ion et de contrôle supra-local constitue une
naires de l'administration générale, de l'office condition de départ du mouvement de centralisa
tion aboutissant plus tard à une solution suprarégi- supérieur des mines et des constructions hydrauli
ques était dirigée par le président de la province. onale au niveau de l'Etat.
Elle devait dresser un état des lieux, rechercher les
causes, proposer des mesures et, le cas échéant, C'était une tâche difficile que de rassembler sous
les appliquer. une même autorité les nombreux intérêts privés de
la mine, de l'industrie et de l'agriculture. Une autre
Il en résulta un projet de loi, que le président difficulté venait encore s'ajouter à celle-ci, la
présenta en 1885. Il contient entre autres les complexité administrative de la région de l'Emscher
propositions de Michaelis. Mais l'essentiel du projet qui, à la fin du 19ème siècle, n'avait pas encore été
consistait à engager les parties concernées à finan unifiée : deux provinces, trois arrondissements
cer les travaux onéreux sur une base coopérative. administratifs, six cantons urbains, sans oublier huit
La mise en place des bassins artificiels devait, à elle cantons ruraux, quarante -trois services municipaux
seule, coûter 4 millions de marks. Une commission et mairies, et cent trente-sept communes (Hein-
indépendante de fonctionnaires devait être chargée richsbauer 1936, p. 28).
d'appliquer la loi. Ce dernier point montre bien
que l'administration de l'Etat ne s'engageait pas L'insatisfaction causée par la situation finit quand
complètement dans cette affaire. Il ne pouvait même par aboutir à une initiative commune. Un
encore être question à cette époque de centralisat certain nombre de mesures prises entre 1889 et
ion. Ce n'est donc pas surprenant que le projet ait 1903 d'après les idées de Michaelis mentionnées
été assailli de reproches de tous les côtés. Ceux-ci plus haut n'avaient apporté aucune amélioration
pouvaient viser la composition, et les domaines de durable à la situation, alors qu'on avait déjà dépens
compétences attribués à la commission ainsi que sa é six millions de marks. Cet argent "avait été en
non-participation aux dépenses. Les compagnies partie rassemblé par les mines elles-mêmes, et en
minières, l'industrie et l'agriculture rejetèrent le par les communes et des groupements de
projet de loi. L'Etat prussien n'eut dans ces condi personnes concernées (avec l'aide financière de
l'Etat et des provinces)" (Middeldorf 1904, p. 5). tions guère de difficulté à le rejeter lui aussi et à
se débarrasser d'une participation financière élevée. Mais ce ne fut pas un succès foudroyant.
Un destin analogue attendait la tentative entreprise C'est à Karl Gerstein, conseiller régional (Landrat)
parallèlement à une plus petite échelle de fonder de Bochum et président de la police, qu'on attr
une association pour les eaux usagées de la région ibue la réussite d'un projet commun associant les
du Schwarzbach. Le Schwarzbach est une ramifica différents intérêts. Cette personnalisation n'est pas
tion de l'Emscher qui drainait la majeure partie de vraiment fiable. Gerstein avait il est vrai reconnu
Gelsenkirchen ainsi que certains secteurs d'Essen. comme beaucoup d'autres avant lui la nécessité
Au début des années 1880, une première tentative d'"une démarche commune à tous les intéressés du
bassin de l'Emscher sur la question de l'Ernscher" de résolution de ces problèmes sur une base
21 6 Octobre - Décembre 1991 FLUX
(Schuster 1917, p. 16), mais ce n'est pas une tion de la fonction de contrôle, de coordination et
raison pour exagérer son importance historique. de décision sous le regard de l'Etat. Cette solution
tenait compte des nécessités d'une région de plus
En décembre 1899, des notables et des spécialistes en plus industrialisée avec une division du travail
invités par le président de l'arrondissement adminis de plus en plus poussée, et avait le mérite de
s'élever au-dessus des intérêts particuliers. tratif d'Arnsberg délibérèrent à nouveau sur la
question de l'Emscher. On décida une fois de plus
Il faut cependant insister sur deux points. D'une de chercher à former une association qui serait
chargée de réaliser un drainage suffisant. Après un part sur le fait que, à la différence des réseaux
état des lieux détaillé établi par une "Commission régionaux et supra-régionaux de chemins de fer,
pour un projet général de l'assainissement de la l'Etat se contente ici de mettre en place la centrali
vallée de l'Emscher" formée par des représentants sation sans y participer lui-même directement, ce
de l'industrie et des communes, étude suivie d'une qui était tout à son avantage étant donné l'impor
estimation réaliste des coûts, on proposa de fonder tance des frais engagés.
un syndicat coopératif dont les membres devaient
Il ne fait pas de doute qu'il s'agit là d'une démarêtre les représentants des cantons ruraux et ur
bains du pays de l'Emscher. Le groupement devait che centralisatrice, même si elle reste limitée à
se faire sur la base d'une loi et on décida d'accor l'échelle régionale. Tous les efforts antérieurs,
der un statut particulier aux autres parties concer tentatives et entreprises avortées, se trouvent
nées dans la mesure où ils participaient financière réunies dans le syndicat de l'Emscher. Grâce à lui,
il devenait possible de prendre des mesures infra- ment.
structurelles dans le domaine de l'évacuation des
eaux sans avoir à tenir compte des frontières Cette initiative fut couronnée de succès. Dans le
mouvement de centralisation qui suivit, l'Etat joua politiques. La participation à la coopérative n'était
le rôle du notaire et prit en même temps un droit pas volontaire mais obligatoire et réglementée. Il y
a en outre une instance centrale qui a le monopole de contrôle. La loi "relative à la création d'un
syndicat pour la réglementation du fossé/canal de de déterminer l'assiette des contributions qui
drainage et l'épuration des eaux dans le bassin de peuvent être levées avec l'aide de l'Etat.
l'Emscher" a été promulguée le 14 juillet 1904. La
commission mentionnée ci-dessus fut dissoute en Il faut d'autre part signaler que le syndicat de
l'Emscher a offert un modèle dont se sont inspirées mars 1905. Le 17 juin 1905, eut lieu la première
d'autres vallées de la Ruhr. Par exemple dans la assemblée de la coopérative de l'Emscher.
région de la Lippe où l'on fonda tout d'abord le
Toutes les communes concernée par le drainage syndicat de Geseke par une loi du 5 juin 1913.
Cette Genossenschaft a été dissoute lorsque le 19 étaient obligatoirement membres du syndicat.
C'étaient les communes, les mines et d'autres janvier 1926, on fonda l'union de la Lippe {Lippe
entreprises industrielles qui supportaient les frais. Verband). Ce syndicat n'avait plus uniquement
On établit l'assiette des contributions et des char pour tâche de régler les problèmes d'assainisse
ges coopératives en tenant compte de la différence ment, mais était responsable également de la
entre la rivière et ses affluents. Il fallait prendre en production d'eau en quantité et en qualité. C'était
considération d'une part les "dommages causés par entre temps devenu une tâche relevant de l'infr
les participants dans le bassin de l'Emscher, et astructure qui, peu après la fondation de la Genoss
d'autre part les avantages directs et indirects qu'on enschaft de l'Emscher, avait abouti à la fondation
légale de l'Union des barrages de la Ruhr {Ruhr- pouvait attendre de la construction, de l'entretien
et de l'exploitation des équipements coopératifs" talsperrenvereiri) .
(§6, art. 2). D'autre part les contributions étaient
traitées comme d'autres obligatoires.
Avec cette réglementation, l'Etat assurait au syndi
cat les moyens juridiques de se maintenir dans la
durée. Le syndicat était soumis au contrôle de IA DISTRIBUTION D'EAU
l'Etat, qui devait garantir que "les affaires du syndi
cat" seraient administrées conformément au statut
et aux lois (§20, art. 2). Une grande confusion avait également caractérisé
l'approvisionnement en eau potable et à usage
la phase au cours de laquelle les réponses institut industriel. D'après un rapport évocateur rédigé au
ionnelles sont développées et imposées se termine début du siècle par le directeur du service des
par une nouvelle étape de centralisation. Le problè eaux de Dortmund, Reese, tout le monde n'aspirait
me d'infrastructure est résolu par une qu'à une seule chose : "atteindre la Ruhr et, avec
22 - ^'Infrastructure" dans la Ruhr Kořte
la même rapidité que celle avec laquelle Moïse barrages. Avec la loi du 5 juin 1913 sur les bar
avait frappé le rocher, creuser un puits dans la rages de la Ruhr, l'administration prussienne donn
couche de graviers pour en prendre juste la quant ait une base juridique officielle à l'Union des
ité d'eau correspondante à la demande du mo barrages. Celle-ci se composait désormais des
ment" (Reese 1902, p. 5). Ce comportement ne fut propriétaires des pompes au bord de la Ruhr ou de
pas sans conséquences sur la quantité d'eau util ses affluents ainsi que des propriétaires de stations
isable ainsi que sur la quantité et la qualité de l'eau hydroniotrices. Les tâches de l'Union des barrages
potable. consistaient à "restituer l'eau prélevée à la Ruhr si elle
fait défaut" et si nécessaire à "construire des installa
L'industrie consommait de formidables quantités tions pour améliorer la qualité de l'eau ... ou parti
ciper à des projets d'amélioration" (§2). d'eau, et les besoins d'une population qui
s'accroissait rapidement posaient eux aussi des
problèmes considérables aux services des eaux. Tout comme dans le syndicat de l'Emscher, un
Quelques chiffres suffisent à donner une idée de modèle centralisateur fut mis en place légalement
l'ampleur du problème. En 1897, on captait déjà par l'Etat, celui-ci ne se réservant qu'un droit de
135 millions m3 dans la Ruhr. En 1901, 78 installa contrôle. Comme le syndicat de l'Emscher, l'Union
tions pompaient 180 millions m3 et, en 1911, 89 des barrages fut un succès. Sous le troisième Reich,
elle put même - comme les autres associations de installations de pompage fournissaient 315 millions
m3. L'exploitation de l'eau de la Ruhr pâtissait gestion de l'eau dans la Ruhr - échapper à la
encore de cette circonstance aggravante qu'une subordination au principe du Fiihrer et affirmer sa
partie importante de l'approvisionnement (70% de structure coopérative. Aujourd'hui, les 14 barrages
l'ensemble en 1901) desservait d'autres bassins cumulent une capacité de stockage de 471 millions
m3 contre 186 millions en 1912. versants et ne pouvait donc revenir sous forme
d'eau usée. Par exemple, dès 1872, Dortmund
s'approvisionnait en eau de la Ruhr via l'Ardey. Les La loi du 5 juin 1913 sur les barrages abroge aussi
eaux usées partaient ensuite dans l'Emscher. la loi sur le maintien de la propreté de la Ruhr.
Cette loi qui avait fondé le syndicat de la Ruhr,
La nécessaire planification a été compliquée par les avait une préhistoire analogue. Il s'agissait d'assurer
conflits qui sévissaient entre les propriétaires des la qualité de l'eau, surtout de l'eau potable. Avant
usines, utilisant en aval l'eau comme source d'énerg que la Ruhr ne soit devenue la source principale
ie, et les installations de pompage sur la partie d'eau potable et d'eau à usage industriel de la
supérieure du cours de la rivière, accusés de région, on prenait de l'eau partout, sans se préoc
prélever des quantités excessives d'eau. Il y eut cuper de la dégradation des sols. Vers 1900, "la
donc dès la fin du 19ème siècle des projets de contamination des sols n'empêcha pas... l'utilisation
construction de barrages-réservoirs permettant de 18.000 puits dans la région de l'Emscher pour
la boisson, la lessive et la préparation des aliments" d'assurer la production d'eau dans les années de
sécheresse. 1897 marque le début des délibérations (Heinrichsbauer 1936, p. 15).
qui aboutirent en 1899 à la fondation de l'Union
des barrages de la vallée de la Ruhr (RTV), "asso Lorsqu'il devint clair que la Ruhr avait "beaucoup
ciation libre des captages d'eau et des stations plus ďimportance en tant que source d'eau po
hydromécaniques de la Ruhr inférieure" (Kaufmass table qu'en tant que réceptacle d'eaux usées"
1963, p. 14). (Imhoff 1928, p. 8) et que d'autre part l'état des
lois ne permettait pas d'intervenir efficacement
Cette première association se fit expressément sans contre le nombre des pollutions et que la dilution
obtenue avec l'eau des barrages ne suffisait plus à l'aide de l'Etat. On misait alors sur la participation
volontaire à l'action commune et la collaboration assurer durablement la qualité de l'eau, de nou
veaux plans furent élaborés vers 1908 pour fonder put se faire malgré la divergence des intérêts des
stations hydromotrices et des installations de une nouveau syndicat de l'eau. Il devait être
pompage. L'association fonctionna plus de dix ans composé à la fois des opérateurs d'eau potable et
d'assainissement. On commanda tout d'abord - en sur ces bases. Mais ses capacités d'organisation
ce temps-là déjà - une expertise que le directeur n'étaient pas assez résistantes pour faire face à la
multiplication des problèmes qu'elle avait à résoud de la section des eaux usées de la coopérative de
re. D'autre part, le modèle de financement - l'Emscher livra en 1910.
l'Union des barrages soutenait financièrement les
syndicats professionnels (mutuelles) d'usiniers pour Le texte qu'on connaît sous l'appellation de loi sur
la construction des barrages et obtenait en échange le maintien de la propreté de la Ruhr a été préparé
une certaine quantité d'eau en cas de sécheresse - par une commission de 28 personnes qui avait été
était inadaptée à la construction de nouveaux élue le 27 octobre 1911 au cours d'une assemblée
23 6 Octobre - Décembre 1991 FLUX
soient réunies ; depuis lors elles sont dirigées et à Witten. Avec l'adoption de la loi du 5 juin 1913,
la commission de la Ruhr devint le syndicat de la gérées par le même personnel.
Ruhr. Sa tâche essentielle consistait à mettre en
place et à entretenir un réseau de stations d'épura Sans l'aide de l'Etat, il n'aurait pas été possible de
faire aboutir ce processus de coordination de tion et à prendre les mesures correspondant à ce
but. Les différents lacs artificiels qui furent cons compétences en matière de gestion des eaux qui
truits pour augmenter la capacité d'auto-épuration s'est développé entre 1870 et 1920. L'Etat prussien
a fonctionné comme un notaire et comme une de la Ruhr sont encore là aujourd'hui : Hengstey
instance de contrôle juridique en évitant toutefois (1928), Harkort (1931), Baldeney (1933), Kettwiger
(1950) et finalement le lac de Kemnade en 1979. de s'attribuer des compétences spécialisées ou
Ils servirent très vite de centres aérés populaires : d'intervenir directement. Il y aura eu plusieurs
usage promu par le syndicat de la Ruhr. Aujourd' raisons à cela, depuis l'engagement suffisant des
hui on emploie le terme de zone de loisirs de communes, des institutions et des entreprises en
proximité. Ces installations relèvent de l'infrastruc passant par les frais énormes assumés par les
coopératives, jusqu'au fait que l'eau n'était pas ture du temps libre.
aussi utile à la défense nationale que, par exemple,
les voies ferrées.
UNE GESTION UNIFIEE DE L'EAU
Avec ces deux lois, l'Etat prussien avait créé la LE CAS DE L'ENERGIE
base juridique d'une infrastructure réunie de
l'approvisionnement en eau et de l'assainissement.
Le secteur de l'énergie, fondamental pour l'industLe processus de développement de cette infrastruc
ture s'est fait suivant le même modèle que celui de rie, connut une forme semblable de centralisation
la structuration suprarégionale des transports régionale. Cette infrastructure partit également de
petites unités communales de production et de ferrés. Elle n'a fondamentalement pas bougé dans
ses structures de base depuis l'institutionnalisation distribution électrique pour aboutir à des unités
suprarégionales de distribution telles que la RWE et des deux coopératives avant la première guerre
mondiale. Il n'y a eu depuis qu'une modification la VEW. Dans le cas de la RWE, des villes et com
dans l'organisation administrative. munes telles que Muhlheim, Essen et Gelsenkirchen
détenaient la majorité des actions ; quant à la VEW,
Ce n'est pas par hasard que les deux lois avaient elle n'avait dès sa fondation en 1925 pour action
été adoptées simultanément le 5 juin 1913- La loi naire que des communes. En 1934, les actions
sur les barrages prévoyait de faire participer les furent réparties entre les villes et les communes à
unités de production d'eau potable aux frais de approvisionner.
l'épuration. "Etant donné que l'ensemble des unités
de production d'eau chargées de contribuer à la Toutes ces solutions centralisatrices présentaient
pureté de l'eau se confondait presque avec celui, deux caractéristiques communes. Premièrement, il
déjà volontairement fermé, des consommateurs s'agissait à chaque fois d'une tâche partielle qui se
réunis dans l'union des barrages, il semblait évi trouvait réglée dans une organisation spécialisée.
dent de faire de l'union des barrages de la vallée Deuxièmement, on restait entre soi dans la région
de la Ruhr la représentante des des mines et les tâches concrètes pouvaient être
d'eau dans l'association qui serait fondée en tant résolues dans l'intérêt de l'industrie minière.
que corporation de droit public" (75 ans au service
de la Ruhr, 1988, p. 38). Pour pouvoir créer une Etant donné que jusqu'aux années 1970, le primat
de l'industrie minière ne subit pour ainsi dire représentation assez large, la loi sur les barrages
dut établir une participation obligatoire de toutes aucune modification ou plutôt que celle-ci n'en
les installations de pompage. accepta aucune, il n'était pas non plus nécessaire
de toucher aux dispositions matérielles et immatérie
Mais ces recoupements d'intérêts ne menèrent pas lles régissant les questions d'infrastructure. Le
encore à une administration commune. L'admini nouveau trend n'apparaît que vers la fin des an
stration de la Ruhrverband (RV) fut d'abord reprise nées soixante-dix. De nombreuses villes doivent
par la coopérative de l'Emscher. Il faut attendre s'émanciper du primat de l'industrie minière si elles
1922 pour que - modification que nous avons veulent rester concurrentielles, attirer de nouvelles
évoquée plus haut - les administrations de l'union entreprises et de nouveaux habitants, et le problè
des barrages (RTV) et du syndicat de la Ruhr (RV) me se pose donc par exemple de reprendre la
24 - LVInfrastructure" dans la Ruhr Kořte
distribution d'électricité dans une régie communale. des espaces verts. Inspirés par le mouvement des
De nombreux contrats de concessions passés avec villes-jardins et par l'exposition d'architecture et
la RWE et la VEW expirent dans les années 90, il y d'urbanisme de 1910 à Dusseldorf, différents
organismes de la rive droite du Rhin se mirent à aura alors des possibilités concrètes de modifier la
envisager la création - ou dans certains cas la structure de la distribution.
préservation - d'une ceinture de forêts et de prés
qui devait relier les différentes villes de la rive
droite du Rhin.
LE SYNDICAT D'AMENAGEMENT DE LA
RUHR On commença ici aussi par commander une étude:
celle-ci fut exécutée par l'adjoint au maire d'Essen,
Robert Schmidt, chargé des questions techniques.
Une autre institution qui a détenu pendant plus de Toujours est-il que ce mémoire va bien au-delà de
cinquante ans des compétences de planification, la question des espaces verts. Soucieux de faire
l'ancien Siedlungsverband Ruhrkohlensbezirk, le connaître son travail, Schmidt le présenta égale
Syndicat d'aménagement de la région minière de la ment sous forme de thèse à l'Université Technique
Ruhr (SVR) a déjà perdu ses pouvoirs et a été d'Aix-la-Chapelle. C'était là un premier pas vers la
remanié en fonction des besoins de l'époque post fondation du Syndicat SVR certes, mais aussi "vers
minière. On en trouvera ailleurs l'histoire (voir ... l'aménagement du territoire en Allemagne (Stein
Pancoke). On se contentera d'indiquer ici quelques berg 1968, p. 117). Les idées de Schmidt portent
éléments de la formation de cette organisation qui sur "l'ensemble de la planification de la partie
est un élément de l'infrastructure institutionnelle, rhénane et westphalienne de cette zone et remet
tent fortement en cause l'autonomie administrative dont le rôle fut essentiel : en effet, son développe
de chaque commune" ment présente une série de caractéristiques struc (Steinberg 1968, p. 118).
turelles dont la plus importante était une orienta
tion presque exclusive vers les besoins de l'indust Afin de réaliser ses objectifs en matière d'organisa
rie minière. tion de l'espace et de planification, Schmidt ne
misait pas seulement sur une instance centralisée
Il fut créé sous la pression des événements. Après nationale mais sur un type de compromis typique
la première guerre mondiale, les réparations à de la Ruhr : la fondation de syndicats où l'Etat ne
fournir conformément au traité de Versailles entraî sert que de notaire et de contrôleur juridique. Il
naient une nette augmentation de la production s'agissait dans ce cas comme dans tous les autres
de garantir les intérêts de la région minière et de dans la Ruhr. Pour y parvenir, la main d'oeuvre
devait s'accroître de 150.000 personnes en les préserver des mouvements d'opinion suscept
viron ; ce nombre - avec les familles, on arrive à ibles de modifier l'attitude du gouvernement
plus de 600.000 personnes - a confronté la région prussien ou d'autres instances. Ce type de com
promis conciliait toujours les nécessités politiques à des tâches insolubles en raison de la dimension
des communes. Ces circonstances expliquent la supérieures et les intérêts de l'industrie. On n'a pu
fondation du syndicat d'aménagement SVR par une arriver ni à cette époque ni plus tard à une i
nstance étatique centralisée capable de réguler par loi du 5 mai 1920.
exemple les préjudices causés à l'environnement,
Si l'on considère les tâches qui incombaient à ce pourtant manifestes dès cette époque.
syndicat (construction de logements, de routes,
Ce modèle fondamental de développement d'une planification des travaux, soutien à l'économie), on
est aussitôt surpris par l'ampleur des tâches de infrastructure institutionnelle qui a toujours produit
des instances supralocales mais autonomes s'est qui lui revenaient et, dans ce contexte,
par le caractère souverain de ses fonctions de traduit également dans la composition de l'organe
contrôle. Ceci résultait de la préhistoire de cette de décision du Syndicat d'aménagement. Dans
l'assemblée du Syndicat, les villes membres repréunion, c'est-à-dire de travaux préparatoires com
mencés avant la première guerre mondiale. sentaient 50 %, l'autre moitié était constituée des
branches industrielles installées dans la région, le
nombre d'employeurs (16) se trouvant à égalité La surcharge qui pesait sur les différentes com
avec les salariés (16). La composition de l'amunes de la région de la Ruhr ainsi que le man
ssemblée est à la fois un résultat typique du modèle que de coopération et de coordination entre les
administrations concernées par l'évolution de de base décrit plus haut et un garant de son
l'industrie minière s'était fait sentir dès la fin du succès ; et cela du moins tant que les objectifs de
la planification coïncident avec les intérêts de siècle dernier. Le point de départ des discussions
et des réflexions sur ce problème avait été le plan l'industrie.
25 6 Octobre - Décembre 1991 FLUX
Toute autre ambition fut d'ailleurs vite aban de l'industrie ne sont plus membres du Comité
donnée. Les sphères d'activité et les processus de Directeur ; n'y figurent plus que des représentants
décision furent bientôt totalement soumis aux des villes et des cantons. L'industrie est représen
intérêts de l'industrie minière ; ce qui eut pour tée par cinq patrons et cinq représentants des
conséquence la consolidation, le succès et la salariés qui n'ont qu'une voix consultative, tout
longévité d'une structure mono-industrielle dans les comme les urbanistes-conseils d'arrondissement,
régions du Rhin et de la Ruhr. L'extraction souter près les présidents de regierungen d'Arnsberg,
raine du charbon détermina en particulier l'organi Dusselldorf, Munster, ainsi que les services techni
sation des routes, des espaces verts ou de l'habitat. ques du syndicat intercommunal. Le texte déjà
La fin du Syndicat d'aménagement survint à un mentionné de la seconde réforme administrative
moment où il continuait à s'appuyer sur l'industrie (art. 10, § 2) énonce ainsi les tâches à accomplir :
minière alors qu'il était devenu évident que celle-
ci était déjà en pleine crise. Il alla jusqu'à mettre 1. Mise de terrains à la disposition de l'associa
des bâtons dans les roues à de nouvelles industries tion ;
qui cherchaient à s'installer dans la région, réussis 2. Participation à l'installation et à la gestion des
sant même parfois à les en dissuader. Le Syndicat lieux- de loisir d'intérêt supralocal ;
d'aménagement de la Ruhr considérait par exemple 3- Travail de relation avec le public ; et
qu'il ne convenait pas de "faire venir dans la région 4. Cartographie du territoire couvert par le
syndicat intercommunal. ... des industries de biens de consommation et des
entreprises de produits finis" (d'après Catalyse
1982, p. 23). Celle-ci est en outre chargée de rendre un certain
nombre de services, par exemple de collaborer aux
projets communaux d'enlèvement des ordures.
LE DECLIN DE L'INDUSTRIE MINIERE Avant de traiter le thème du temps libre et du
repos, il faut une fois de plus indiquer que le
Ce fut là la fin du Syndicat d'aménagement de la syndicat se présente comme un organisme réparat
eur. La tâche de fournir des terrains à la collectiRuhr. Lorsqu'il n'a plus été possible de méconnaît
vité en dissimule d'autres, par exemple le projet de re l'importance de la crise qui sévissait dans la
Ruhr et que le gouvernement du Land a com créer plusieurs coulées vertes liées entre elles dans
le sens nord-sud afin d'améliorer la qualité de l'air mencé, grâce à des programmes locaux, à réorgani
ser le développement spatial et structurel de la de la région. Pour ce faire, il fallait dépouiller les
région, les structures politiques de décision et les anciennes sociétés minières qui avaient fusionné
dans la RAG d'une partie de leurs propriétés fonciobjectifs de planification se modifièrent. L'aménage
ment du territoire passa aux mains de la chancell ères qu'elles auraient utilisé de façon à empêcher
erie d'Etat avec la loi fédérale d'aménagement de le développement d'autres activités que les leurs.
l'espace. Le Syndicat d'aménagement qui avait De même sa campagne médiatique s'en prend à
perdu peu à peu toutes ses compétences fut l'ancienne image de "la Ruhr, un morceau dur de
la RFA," ou encore, "charbon, acier et air pollué." dissous dans un train de réformes administratives
Cette image n'est pas sans correspondre à une du 8 avril 1975 au 31 décembre 1975.
réalité, mais la région n'y voyait guère d'inconvé
nient tant que les caisses étaient pleines. Aujourd'L'ironie de l'histoire fait qu'une partie des tâches
de l'organisation qui lui a succédé, à savoir le hui c'en est fini de la suprématie de l'industrie
Syndicat intercommunal de la Ruhr, consiste à minière. Mais si l'air est meilleur et le ciel plus
remédier aux erreurs du passé dont le SVR était en bleu qu'il ne l'a jamais été au cours des cent
partie directement responsable. Les tâches dont on dernières années, l'ancienne image accompagne
toujours les représentations qu'on se fait de la trouvera la liste dans l'article 10 § 4 de la seconde
loi de réforme administrative de septembre 1979 Ruhr et porte ombrage aux tentatives de promotion
d'une nouvelle structure industrielle entre Duis- doivent en effet servir à la poursuite du développe
ment de l'organisation de l'espace, grâce en parti bourg et Dortmund.
culier à la valorisation de l'habitat et des loisirs de
la région de la Ruhr. Il va de soi qu'il est imposs
ible de réaliser cet objectif sans aller à contre-
courant de la prépondérance écrasante de l'indus LOISIRS ET RESEAUX SOCIAUX
trie minière.
La relève générale de l'industrie minière s'est La "loisir" littérature le temps bourgeoise libre et le repos. qualifie Mais volontiers au Moyen- de également traduite dans la composition de l'assem
blée du Syndicat intercommunal. Les représentants Age déjà le loisir était un privilège de la couche
26 - ^"Infrastructure" dans la Ruhr Kořte
dominante au frais des artisans et des esclaves. tique et familiale. "Etant donné l'étroitesse et les
Disposer de temps libre n'était possible que pour autres défauts de leurs logements, les habitants des
ceux qui occupaient des positions sociales élevées, quartiers populaires devaient développer des
état de choses qui s'est maintenu jusqu'à la fin du formes de vie sociale dont les foyers étaient à
Moyen-âge, jusqu'au début de l'époque contemp l'extérieur des espaces privés. Le bistrot était le
oraine. L'économie familiale pré-industrielle ne seul lieu offrant cette possibilité. Il n'existait tout
connaissait pas la séparation entre travail, habitat simplement aucun autre endroit qui aurait cor
respondu à ce besoin" (Roberts 1982, p. 125s). Il et vie quotidienne. Cette non-séparation empêchait
la distinction entre temps de travail et temps libre. est évident que les auberges étaient également le
On travaillait toute la journée de façon relativement lieu où pouvaient se tenir des réunions politiques
irrégulière, on racontait des histoires et on chantait ou bien des formes de vie associative caractérisée.
pendant le travail ; il n'y avait même pas de Kautscky est allé jusqu'à prétendre en 1891 que les
césure séparant nettement le travail et le sommeil. auberges étaient "le seul bastion de la liberté
politique du prolétaire" (d'après Roberts 1982, p.
L'industrialisation a entraîné de nouvelles modalités 127).
de production dans des usines séparées des habita
A la différence des infrastructures étudiées ci- tions ; elle nécessitait un personnel discipliné,
observant des intervalles de travail déterminés qui dessus qui servaient à fournir des conditions
ne devaient être interrompus que par des pauses générales de production, la sphère du temps libre
prévues d'avance. Cette évolution marque l'origine et du repos ne présente pas ce processus typique
de la séparation entre travail et temps libre, qui de développement allant des actions individuelles à
suggère abusivement que les travailleurs pourraient une solution collective en passant par diverses
utiliser leur temps libre comme les couches bourg phases de centralisation. Les théâtres (voir Parent)
eoises. ainsi que les parcs qui avaient été créés dans
presque toutes les villes de la Ruhr ne correspon
Il n'en est rien, comme on le sait aujourd'hui et daient en fait qu'à la bourgeoisie et ne touchaient
comme on pourrait le prouver par des recherches que de façon exceptionnelle d'autres couches de la
population. Les membres de la bourgeoisie - proempiriques. Jusqu'aux années soixante, le temps
priétaires ou bourgeoisie cultivée - empruntaient libre était presque entièrement utilisé pour la
reproduction de la force de travail, dont le travail les allées ombragées pendant la semaine alors que
leur était et est toujours presque entièrement leur semaine de six jours ne laissait guère aux
responsable. Le bricolage ou le jardinage ne sont familles de travailleurs que le dimanche pour
pas de vrais loisirs, car ils sont liés à la subsi profiter des parcs.
stance. Jusqu'aux années soixante le temps libre
des travailleurs de la mine était entièrement con Etant donné la multiplicité des tâches qu'elles
sacré au jardinage et à la vie associative. avaient à résoudre en relation avec la croissance
des villes, les administrations communales man
C'est ce que confirment la première et la quatrième quaient tout simplement d'argent pour créer d'au
strophe du poème de Walter Dach, "Ce dont le tres centres de loisir. Il s'agissait presque toujours
mineur a besoin" : d'oeuvres charitables d'institutions bourgeoises qui
collectaient de l'argent pour des parcs. Et lorsque
l'argent venait à manquer, comme cela s'est produit
Ein Hauschen mit grunen Laden, dans le Kaiser-Wilhelm-Hain de Dortmund, sa
Ein Stuckchen Garten dabei, Majesté l'empereur était représenté assis sur un
Die Uniform fur Paraden, fauteuil au lieu de parader à cheval.
Und Bergfest mit Tanz und Juchhei.
Cette situation s'est prolongée jusque dans les
(Une maisonnette aux volets verts années vingt. On ne contestait pas la valeur des
Pourvue d'un jardinet espaces verts pour la santé publique mais l'exploi
tation industrielle du sol allait à rencontre de Des uniformes pour les défilés
Et des fêtes où l'on crie et l'on danse.) l'augmentation de la surface des parcs. Dans beau
coup de villes du bassin de la Ruhr, la destruction
des espaces verts était déjà si avancée au début du
Ces exigences propres aux premiers temps de la siècle que les quelques créations de parcs résultant
séparation entre monde du travail et vie familiale de l'acquisition à grands frais de surfaces encore
sont restées inchangées pendant presque un siècle. disponibles font aujourd'hui un effet plutôt lament
Il manque toutefois à ce tableau l'allusion au able et font penser à des tentatives de sauvetage
désespérées. bistrot. Les auberges élargissaient la sphère
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