Le SSAE : soixante ans d'accueil des réfugiés - article ; n°1 ; vol.4, pg 115-127

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Revue européenne de migrations internationales - Année 1988 - Volume 4 - Numéro 1 - Pages 115-127
Le SSAE : soixante ans d'accueil des réfugiés
Claude GUILLON
Le Service Social d'Aide aux Emigrants (SSAE) a été fondé en 1921. Association reconnue d'utilité publique, sa mission comporte notamment celle d'aider les étrangers qui demandent l'asile en France. Claude Guillon, directrice du SSAE, retrace soixante ans d'accueil des réfugiés et les actions menées en leur faveur. Cet historique permet de dresser un tableau significatif des flux de personnes persécutées se réfugiant en France, jusqu'aux migrations les plus récentes, venant de pays lointains et de cultures très différentes. L'auteur termine cette rétrospective par une analyse des difficultés croissantes de l'accueil et de la protection sociale des nouveaux demandeurs d'asile. Une réorientation et un renforcement des mesures destinées à promouvoir l'insertion des réfugiés s'avèrent aujourd'hui nécessaires.
The SSAE : sixty years of welcoming refugees
Claude GUILLON
The Social Service of Assistance for Emigrants (SSAE) was founded in 1921. Its mission as an association of officially recognized public benefit has to do with aid to foreigners bidding for asylum in France. Director of the SSAE, Ms. Claude GUILLON retraces sixty years of welcoming refugees and taking action on their behalf. This retrospective glance provides for a meaningful breakdown of the flows of persecuted people taking refuge in France, including the most recent migrations, which originate from faraway countries and highly different cultures. The author concludes with an analysis of the increasing difficulties as regards welcome and social coverage for the latest candidates for asylum. Both reorientation and reinforcement of measures designed to promote the insertion of refugees are of immediate and pressing necessity.
El S.S.A.E. : sesenta años de acogida a los refugiados
Claude GUILLON
El Servicio Social de ayuda a los Emigrantes (SSAE) fue fundado en 1921. Associación reconocida de utilidad pública, su misión consiste sobre todo en ayudar a los extranjeros que piden asilo en Francia. Claude Guillon, directora de SSAE resume los 60 años de trabajo de acogida de refugiados y de las acciones realizadas en su favor, trazando una panorama significativo del flujo de personas perseguidas que se han refugiado en Francia e incluyendo las migraciones más recientes, las que proceden de países lejanos y de culturas muy diferentes. La autora termina esta retrospectiva con un análisis de las dificultades crecientes de la acogida y de la protección social de las personas que solicitan asilo. Una reorientación y un fortalecimiento de las medidas destinadas a promover la insersión de los refugiados son hoy necesarias.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1988
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Claude Guillon
Le SSAE : soixante ans d'accueil des réfugiés
In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 4 N°1-2. 1er semestre. L'immigration en France. pp. 115-
127.
Citer ce document / Cite this document :
Guillon Claude. Le SSAE : soixante ans d'accueil des réfugiés. In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 4 N°1-
2. 1er semestre. L'immigration en France. pp. 115-127.
doi : 10.3406/remi.1988.1161
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1988_num_4_1_1161Résumé
Le SSAE : soixante ans d'accueil des réfugiés
Claude GUILLON
Le Service Social d'Aide aux Emigrants (SSAE) a été fondé en 1921. Association reconnue d'utilité
publique, sa mission comporte notamment celle d'aider les étrangers qui demandent l'asile en France.
Claude Guillon, directrice du SSAE, retrace soixante ans d'accueil des réfugiés et les actions menées
en leur faveur. Cet historique permet de dresser un tableau significatif des flux de personnes
persécutées se réfugiant en France, jusqu'aux migrations les plus récentes, venant de pays lointains et
de cultures très différentes. L'auteur termine cette rétrospective par une analyse des difficultés
croissantes de l'accueil et de la protection sociale des nouveaux demandeurs d'asile. Une réorientation
et un renforcement des mesures destinées à promouvoir l'insertion des réfugiés s'avèrent aujourd'hui
nécessaires.
Abstract
The SSAE : sixty years of welcoming refugees
Claude GUILLON
The Social Service of Assistance for Emigrants (SSAE) was founded in 1921. Its mission as an
association of officially recognized public benefit has to do with aid to foreigners bidding for asylum in
France. Director of the SSAE, Ms. Claude GUILLON retraces sixty years of welcoming refugees and
taking action on their behalf. This retrospective glance provides for a meaningful breakdown of the flows
of persecuted people taking refuge in France, including the most recent migrations, which originate from
faraway countries and highly different cultures. The author concludes with an analysis of the increasing
difficulties as regards welcome and social coverage for the latest candidates for asylum. Both
reorientation and reinforcement of measures designed to promote the insertion of refugees are of
immediate and pressing necessity.
Resumen
El S.S.A.E. : sesenta años de acogida a los refugiados
Claude GUILLON
El Servicio Social de ayuda a los Emigrantes (SSAE) fue fundado en 1921. Associación reconocida de
utilidad pública, su misión consiste sobre todo en ayudar a los extranjeros que piden asilo en Francia.
Claude Guillon, directora de SSAE resume los 60 años de trabajo de acogida de refugiados y de las
acciones realizadas en su favor, trazando una panorama significativo del flujo de personas perseguidas
que se han refugiado en Francia e incluyendo las migraciones más recientes, las que proceden de
países lejanos y de culturas muy diferentes. La autora termina esta retrospectiva con un análisis de las
dificultades crecientes de la acogida y de la protección social de las personas que solicitan asilo. Una
reorientación y un fortalecimiento de las medidas destinadas a promover la insersión de los refugiados
son hoy necesarias.Européenne Revue
des Migrations Internationales
Volume 4 - Nos 1 et 2
1er semestre 1988
Le SSAE : soixante ans
d'accueil des réfugiés
Claude GUILLON
Le Service Social d'Aide aux Emigrants (SSAE) a été
fondé en 1921. Organisé en association en 1926, il a été reconnu d'utilité publique
en 1932. Son objectif est de venir en aide aux étrangers, qui, du fait d'une migrat
ion volontaire ou forcée, ont à surmonter des difficultés personnelles ou familiales
en France. Grâce à son appartenance au réseau du Service Social International,
organisation non gouvernementale dont le siège est à Genève, le SSAE peut éga
lement aider des personnes, françaises ou étrangères, à résoudre des questions
d'ordre social dans la centaine de pays avec lesquels il a des correspondants.
Des missions de service public
Les orientations du SSAE sont arrêtées par un Conseil d'Administration
formé de 18 membres qui portent tous un grand intérêt à la question des migrat
ions internationales. Ce Conseil est soutenu par un Comité d'Honneur de hautes
personnalités. L'action du service est conduite par une Direction, avec le support
de services administratifs et d'une équipe de spécialistes dans les divers domaines
de l'action sociale développée sur le terrain ; les actions sont mises en œuvre par
plus de 400 salariés composés d'assistants sociaux qui ont reçu une formation
particulière, et de personnel administratif spécialisé. Ce personnel'est réparti en
47 équipes locales implantées dans 45 départements regroupés en 12 régions avec
des délégués régionaux. Dans les où le service n'est pas implanté, le
traitement des situations individuelles, ou des questions générales, est assuré par un
bureau voisin, ou par le siège national, de sorte que le réseau du SSAE couvre
l'ensemble du territoire. Claude GUILLON
Le SSAE accomplit, depuis son origine, des missions de service public, qui lui
sont confiées par l'Etat. Ces missions concernent essentiellement l'accueil et l'inser
tion en France des réfugiés et des travailleurs migrants ainsi que leur famille.
Une action sociale spécialisée
Dès 1928, le service s'était vu confier une mission d'aide et de protection des
femmes immigrées dans l'agriculture, qui fut rapidement étendue à l'ensemble des
travailleurs étrangers. Par la suite, pendant la dernière guerre mondiale, le service a
contribué à la mise en place de comités départementaux de la main-d'œuvre étran
gère qui fournit le support légal à ses bureaux départementaux. En 1950, en vertu
de l'accord conclu entre le gouvernement français et l'Organisation Internationale
des Réfugiés (OIR), il est incombé au SSAE de s'acquitter de tâches d'assistance
aux réfugiés, sous la tutelle du Ministère des Affaires Etrangères. En 1974, le
service a accepté de gérer 14 des 95 bureaux du réseau national d'accueil, d'info
rmation et d'orientation des migrants mis en place par le Gouvernement.
Enfin, en 1976, l'association signait une convention avec l'Etat, qui annulait et
remplaçait plusieurs accords antérieurs. En vertu de ce texte, le SSAE s'engage à
assurer une action sociale spécialisée, complémentaire de celle de services sociaux
publics, pour faciliter l'accueil, l'insertion ou la réémigration des réfugiés et des
étrangers immigrés. Cependant, une grande latitude est laissée au SSAE pour
établir des relations, contractuelles ou non, avec des organismes publics ou privés.
Ainsi, depuis la loi sur la décentralisation en 1982, l'imbrication de fait de l'action
sociale du SSAE avec celle des services sociaux départementaux, l'ont conduit à
renforcer ses liens, le plus souvent par voie contractuelle, avec des conseils
généraux.
Le SSAE, témoin et acteur
La longue histoire du SSAE a fait de lui un témoin et un acteur de l'intégra
tion ou de la réémigration des nombreuses vagues d'étrangers qui se sont succédées
en France depuis la première guerre mondiale, et parmi eux, les réfugiés venus de
tous les coins du monde.
Hier, le SSAE était confronté aux flux de populations liés à de grands événe
ments politiques : tels la révolution russe, l'avènement des régimes nazi ou fasciste,
de dictatures en Amérique latine ou de régimes communistes en Asie du sud est.
Mais il recevait également des petits groupes ou des cas spécifiques qui arrivaient,
en France après les tribulations les plus diverses. Depuis quelques années, on
assiste au développement des exils provoqués par des intolérances religieuses ou
ethniques au cœur de l'Asie ou de l'Afrique ; les assistants sociaux du SSAE
essaient chaque fois de comprendre le nouveau, de s'adapter à l'insolite, ceci afin de
mieux répondre aux besoins de ceux qui doivent s insérer dans la société française.
L'aide aux réfugiés n'est certes que Tun des volets de l'action du service, mais
un aperçu sur les soixante dernières années peut être révélateur de certains aspects
que revêt cette forme d'immigration en France. :
Le SSAE soixante ans d'accueil des réfugiés 117
DUNE GUERRE A L'AUTRE
Le SSAE ouvrit en 1921 ses premiers bureaux à Paris et à Marseille, où
arrivaient en masse des réfugiés russes ou arméniens ; au Havre, plus de
3 000 réfugiés russes s'entassaient dans l'attente d'un départ problématique pour
les Etats-Unis. Des événements importants étaient à l'origine de ces mouvements
migratoires : la guerre de 14-18 et la Révolution russe avaient poussé nombre
d'Européens à s'embarquer pour les Etats-Unis, via la France notamment. Les
USA, inquiets de cet afflux, commençaient à fermer leurs portes. C'est en 1924 que
ce pays arrêta ce qui devint, par la suite, sa politique d'immigration, à savoir une
limitation des quotas d'entrée sur son territoire, par nationalité. La décision, prise
brusquement à l'époque, eut des conséquences sociales dramatiques ; dans les
ports d'Europe où les réfugiés attendaient leur départ, il était plus aisé de partir
seul qu'avec les siens, et des séparations familiales, qui devaient durer longtemps
s'ensuivirent. Dans le même temps, une terrible épidémie de typhus ravageait
Constantinople. Arrivant peu après les massacres d'Arménie, celle-ci provoqua des
départs massifs de la ville. Des bateaux entiers d'enfants arrivaient à Marseille, des
enfants sans famille, parfois sans état civil, la plupart atteint du trachome. Profi
tant de cette situation, des personnages douteux s'employaient au vol des papiers et
de l'argent des réfugiés en leur faisant miroiter de fallacieuses promesses de départ
vers les USA.
C'est dans un tel contexte que le SSAE mena ses premières actions. Il s'agis
sait d'aider les familles séparées, de soigner et d'héberger les enfants et les vieillards
isolés, de protéger ces personnes des agissements des escrocs. Pour les réfugiés
décidés à partir aux USA, une collaboration étroite se mit en place entre les
sections américaine et française du Service Social International afin de faciliter le
rétablissement ou de maintenir les liens familiaux, d'organiser les départs et les
arrivées. Pour ceux qui restaient en France, il fallait faire face à des situations
diverses : obtenir, si possible, le bénéfice de l'assistance sociale française, faire
rectifier les états civils fantaisistes, pallier l'absence de preuves pour les filiations,
les reconnaissances d'enfants ou les mariages, intervenir pour tenter de mettre fin à
des irrégularités de toutes sortes. Ce travail se poursuivit après 1928, en collaborat
ion étroite avec l'Office NANSEN pour les réfugiés, qui venait de s'établir en
France.
1932. Le chômage est massif. L'exacerbation du sentiment national et de la
xénophobie aussi. Ce fut à ce moment là que le SSAE devint association reconnue
d'utilité publique, car l'administration centrale éprouvait le besoin de s'appuyer sur-
un service social spécialisé pour améliorer la condition de vie des étrangers. Le
SSAE se vit confier des missions, tout d'abord, pour les ouvrières agricoles polon
aises.
1933. Les premières vagues de réfugiés fuyant le nazisme arrivent : Allemands
provenant surtout de Tchécoslovaquie, et Autrichiens. Le SSAE aide les uns dans
leur projet d'émigration vers les USA, les autres à s'installer en France. Ils étaient
36 000 en 1936.
1937. Les réfugiés espagnols franchissent la frontière à leur tour. Des convois
entiers d'enfants sont dirigés vers la France. Le Comité International de la Croix Claude GUILLON
Rouge confie au Service Social International le soin de rechercher les enfants dont
les parents sont restés en Espagne et demandent leur retour. Le SSAE fait les
enquêtes sociales, s'occupe du rapatriement de ces enfants vers l'Espagne.
1939. Parallèlement à son activité en direction des réfugiés, le service cherche à
développer un réseau sur toute la France en liaison avec les services, publics ou
privés, locaux. De la volonté du Ministère du Travail, chargé de l'immigration et
de cette recherche du SSAE, naissent les comités départementaux de Service Social
de la Main-d'Œuvre Etrangère (SSMOE) qui permettront le développement des
bureaux. Ainsi se trouve « officialisée » une mission confiée aux assistants pour
l'accueil des immigrés en France. Ces bureaux ne prendront le nom de SSAE qu'en
1976.
Les événements se bousculent. Au cours du premier semestre, le nombre de
réfugiés espagnols double. Ils sont internés dans des camps d'où ils ne peuvent
sortir que pour assurer certains emplois. Le SSAE aide notamment les femmes et
organise deux centres de formation pour celles qui acceptent d'être bonnes de
ferme, ou vachères. A leur sortie des centres, elles reçoivent des sabots, des lainages
et un prêt leur permettant de s'établir avec leur famille, qui sont alors autorisées à
quitter les camps avec elles. Bientôt la Pologne est envahie et de nombreux Polo
nais arrivent en France : les uns, militaires, rejoignent des divisions polonaises qui
s'y reconstituent, les autres, civils, y cherchent refuge. Le Comité d'Assistance aux
Emigrants Juifs commence à se sentir menacé. Il demande au SSAE sa protection,
qui la lui offre en créant pour lui une section au sein de son organisation.
1941. Animés par les bureaux du SSAE de Paris et de Lyon, les assistants
sociaux des 23 bureaux des SSMOE voient se diversifier leurs actions. Des corre
spondants doivent être trouvés sur l'ensemble du territoire pour faire vivre migrants
et réfugiés pendant la période de la guerre.
1942. Des bureaux du SSAE sont créés en Algérie et au Maroc pour l'assi
stance aux nombreux réfugiés qui ont pu gagner l'Afrique du Nord. Le service doit
mener des actions multiformes, selon les besoins qui se manifestent et qui dépas
sent donc le rôle d'un service social traditionnel.
Dans les camps d'internés civils, les assistants sociaux s'efforcent de faire
sortir des réfugiés prêts à aller travailler dans l'agriculture et les mines. Ils obtien
nent des libérations en vue de placements locaux ou le retour auprès d'un ancien
employeur. La disparition des œuvres nationales et confessionnelles, qui aidaient
traditionnellement les réfugiés, conduit le service à gérer directement des fonds de
secours confiés par la Croix Rouge Française, le Secours National et le Ministère
des Affaires Etrangères.
1944. La transmission de messages familiaux entre civils des pays belligérants,
travail mené après décision du Ministère de l'Intérieur en liaison avec la Croix
Rouge Internationale à Genève, fait que le volume du courrier du SSAE atteint
374 500 lettres. Il distribue 28 868 279 francs de secours à des malades, des mutil
és, des femmes seules avec enfants, principalement espagnols et polonais. :
SSAE soixante ans d'accueil des réfugiés 119 Le
LES RÉFUGIÉS EUROPÉENS D'APRÈS GUERRE
1945 à 1952. La guerre est finie. Le Comité Intergouvernemental pour les
réfugiés, créé à l'initiative du Président Roosevelt en 1938 mais qui n'avait jamais
pu se réunir à cause de la guerre, s'installe à Paris. Immédiatement, une collaborat
ion étroite s'instaure avec le SSAE qui devient l'un de ses agents en France. En
1946, le gouvernement français règle la situation administrative des réfugiés espa
gnols en leur accordant le bénéfice de la Convention NANSEN de 1933.
En 1947. L'Organisation Internationale des Réfugiés (OIR) est mise en place
par le Conseil Economique et Social des Nations-Unies, avec mission de résoudre
définitivement le problème des réfugiés. Le SSAE est alors chargé d'assurer le
service social pour tous les réfugiés qui, n'ayant pu s'insérer, s'adressent, en France,
à l'OIR, pour obtenir assistance. Mais la question des réfugiés est loin d'être
résolue. Ils continuent d'affluer, cette fois en provenance d'Europe Centrale.
Hongrois, Yougoslaves, Roumains et Espagnols arrivent spontanément et
demandent l'asile à raison de 200 à 300 par semaine. Se pose alors le problème de
leur accueil, de l'hébergement, du travail. Par ailleurs, le service aide de nombreux
réfugiés espagnols à faire venir leur famille d'Espagne, assure une action sociale
auprès des réfugiés, personnes déplacées, venant des camps d'Allemagne, sur
contrat, ou, des réfugiés espagnols présents en France.
Le SSAE participe activement à la coordination des organismes bénévoles qui
contribuent, eux aussi, à aider ces réfugiés — notamment le Secours Catholique et
la Cimade — . Il propose plusieurs réunions avec les fonctionnaires compétents
afin que des solutions concrètes soient trouvées aux problèmes de l'heure. Ceux qui
souhaitent émigrer vers l'Amérique sont conseillés dans leurs demandes. Les
autres, les plus nombreux, qui veulent rester en France, sont soutenus dans leur
adaptation à leur nouvelle existence.
En 1949. En prévision de sa dissolution prochaine, l'Organisation Internatio
nale pour les Réfugiés (OIR) confie au SSAE un travail de recensement des
réfugiés aidés, afin de déterminer l'assistance qui resterait nécessaire une fois cet
organisme disparu. En quelques mois, les assistants sociaux du service examinent
la situation de plus de 10 000 d'entre eux et créent un fichier de tous les cas assistés,
anciens et récents, ce qui représente un travail considérable. Cette base de données
permet d'établir une classification des besoins des personnes (malades, femmes
seules, vieillards, enfants isolés, etc.). Les résultats servent de base à l'accord entre
l'Organisation Internationale pour les Réfugiés (OIR) et le Gouvernement français
ainsi qu'au programme d'ouverture d'établissements spécifiques et de prise en
charge des dossiers par les diverses œuvres participant à ces actions.
1950. L'OIR se dissout. Le Gouvernement français signe un accord au terme
duquel il accepte d'assumer les responsabilités de l'OIR en matière d'assistance aux
réfugiés. Cet accord stipule que le français charge le SSAE d'exer
cer les tâches d'assistance aux réfugiés, sous son contrôle. Une commission inter
ministérielle chargée de ce contrôle est créée, présidée par un représentant du
Ministère des Affaires Etrangères. Le SSAE en fait partie. C'est cette commission
qui fixe les grandes lignes de l'assistance. Claude GUILLON 120
Concrètement, les aides ont revêtu, dès l'origine, des formes très variées :
— pour les invalides, les personnes âgées : réservations de lits dans des mai
sons de post-cure, des institutions spécialisées, création de maisons de retraite,
— pour les jeunes et les adultes : financement de frais d'apprentissage, de
bourses scolaires et universitaires, de reclassement professionnel,
— pour les adultes et les familles :
• prêts ou dons pour la création de petites entreprises agricoles, artisanales, indust
rielles, achat d'outillage.
• prêts ou dons pour l'entrée dans un logement, l'installation mobilière, l'accession
à la propriété.
Il faut souligner que dans la période qui a suivi la guerre, les réfugiés étaient
assimilés à des migrants, avec toutes les restrictions prévues pour la protection de
la main-d'œuvre nationale (recrutement sur contrat pour les seuls secteurs défici
taires de main-d'œuvre, carte de travail accordée certaines professions et
départements, interdiction pour les employeurs de dépasser un certain pourcentage
d'étrangers). A cette époque également, la plupart des réfugiés étaient exclus du
système de protection sociale — à l'exception des réfugiés NANSEN et des polo
nais, en vertu d'une ancienne convention franco-polonaise des années 1920.
La ratification par la France, en 1954, de la Convention de Genève du 28 juil
let 1951, devait entraîner des améliorations notables. D'une part, les réfugiés pou
vaient désormais bénéficier de certaines prestations d'aide sociale (en particulier
l'aide à domicile aux infirmes et aux personnes âgées). D'autre part, ils furent
autorisés à obtenir une carte de travail « toutes professions », valable pour toute la
France, après 3 ans de séjour en France. Cette première reconnaissance de la
qualité de réfugié en matière de travail a conjointement facilité l'accès au contrat de
travail exigé pour le premier emploi.
1950 à 1952 marquent deux années de participation active du SSAE, au
niveau de sa présidence et de sa direction, à la réflexion sur la création d'une
instance française de protection juridique des réfugiés, devant prendre le relais de
l'OIR. Cette instance, crée par la loi du 25 juillet 1952, l'Office Français de Protec
tion des Réfugiés et Apatrides (OFPRA), et la Commission de Recours, ont été
mises en place par un décret de mai 1953. Ce décret prévoit que le SSAE est
membre du Conseil d'Administration de l'OFPRA, où il représente les associations
habilitées à s'occuper de réfugiés.
De 1954 à 1972. L'accueil de réfugiés isolés d'Europe Centrale s'est poursuivi,
et plusieurs vagues de réfugiés se sont succédées :
— Entre décembre 1956 et janvier 1957, 9 000 Hongrois environ ont dû être
hébergés, dans des casernes. D'autres sont arrivés en 1957, en provenance de
Yougoslavie. Leur orientation sociale a été prise en charge par une coordination
des pouvoirs publics, d'un groupe de travail constitué de la Croix Rouge Franç
aise, de la Cimade, du Secours Catholique et du SSAE. Outre sa contribution à
l'insertion sociale de ces réfugiés et du regroupement de leur famille, le SSAE a pris
en charge un groupe particulièrement difficile, composé de plus de 500 garçons et
filles de 14 à 18 ans dont les parents étaient restés en Hongrie. Ces jeunes ont posé
des problèmes d'adaptation très aigus en raison d'une grande instabilité personn
elle et sociale. :
SSAE soixante ans d'accueil des réfugiés 121 Le
En décembre 1956, des réfugiés expulsés d'Egypte commencent à arriver, dont
près de 3 000 étaient de nationalité étrangère. L'accueil fut organisé par le Minist
ère des Affaires Etrangères, avec l'aide de la Croix Rouge Française. Le SSAE fut
chargé d'étudier chacune des situations des étrangers dispersés dans les hôtels et les
centres d'accueil afin de les recenser et de les aider à s'insérer. En six mois, 2 149
d'entre eux furent secourus. Les 2/3 étaient des égyptiens devenus apatrides, car
déchus de leur nationalité parce qu'ils juifs. Les autres étaient essentiell
ement marocains et tunisiens.
De 1957 à 1965, des réfugiés yougoslaves entraient en France par l'Italie et
posaient de graves problèmes d'hébergement. Ils étaient soupçonnés d'être des
migrants économiques et n'obtenaient la régularisation de leur situation, au regard
du séjour et du travail, qu'après de longues semaines, pendant lesquelles ils étaient
à la charge du SSAE sur le plan financier et social. De fait, ce flot s'est interrompu
en 1965, après qu'eut été signé un accord de main-d'œuvre entre la France et la
Yougoslavie et qu'un bureau de l'ONI fut ouvert à Belgrade.
En 1962, ce sont les réfugiés d'Algérie. A la demande du Ministère des
Affaires Etrangères le SSAE a mené une double action :
— l'aide traditionnelle auprès des réfugiés venant d'Algérie souvent âgés,
ayant perdu tous leurs droits, car les accords franco-algériens n'avaient pas prévu
leur situation,
— l'assistance aux réfugiés d'Algérie étrangers : Italiens, Espagnols, Maltais.
Ces personnes âgées avaient gardé leur nationalité d'origine alors que leurs enfants
et petits-enfants étaient français. Ces personnes ne relevant pas du service des
rapatriés, le SSAE avait obtenu un fonds d'assistance pour eux en attendant qu'ils
puissent obtenir une allocation vieillesse minimum : aide sociale ou rachat de
cotisations. Ils vivaient, fort heureusement, avec leurs enfants, petits fonctionn
aires. Au total, 6 523 dossiers ont été ouverts en 6 mois et chaque cas a fait l'objet
d'une action sociale jusqu'à sa réinsertion.
Le nombre des réfugiés tchèques, a été très réduit en France. De tout petits
groupes sont arrivés après août 1968, alors qu'on s'attendait à un flux comme pour
les Hongrois. Les premiers, très qualifiés, souhaitaient réémigrer vers des pays
anglo-saxons. Pendant la durée des formalités de départ ils étaient pris en charge
par des œuvres privées. D'autres sont restés en France, souvent embauchés comme
techniciens par de grandes entreprises. Un groupe assez important de jeunes filles
et déjeunes femmes posait plus de difficultés d'insertion car elles avaient quitté leur
pays sous la pression de leur famille avec pour seul projet de perfectionner leur
français et de travailler comme aide familiale. Un certain nombre d'entre elles sont
d'ailleurs reparties au pays après la promulgation de la loi d'amnistie en 1969.
Au total, le SSAE aidait, à cette époque, entre 1 000 et 2 000 nouveaux
réfugiés par an, ce qui est peu par rapport à la période précédente, où à celle
d'aujourd'hui. Les vieux réfugiés avaient réalisé, plus ou moins bien, leur insertion.
Les nouveaux arrivants étaient jeunes, valides, et se mettaient rapidement au
travail, dans un contexte de plein emploi. Jusqu'en 1966, les nouveaux arrivants
requéraient l'asile auprès de l'OFPRA et obtenaient très rapidement le statut de
réfugié. Claude GUILLON
C'est en 1967 que surgissent les premières discussions autour de la notion
moderne de demandeur d'asile car certaines personnes souhaitaient bénéficier de
l'asile territorial sans pour autant solliciter le statut de réfugié. D'autres, qui le
demandaient, étaient considérées comme suspectes par le Ministère de l'Intérieur
qui souhaitait faire une enquête avant de les autoriser à déposer leur dossier à
l'OFPRA. Les uns et les autres obtenaient une autorisation provisoire de séjour
avec la mention « a sollicité l'asile » ; le SSAE fut requis par la Commission Inter
ministérielle de leur verser l'allocation de subsistance aux nouveaux arrivants. Ce
débat portait sur un très petit nombre de personnes : 78 en 1967. Mais à partir de
1973, le nombre des demandeurs va de nouveau augmenter et leur origine cultu
relle se diversifier.
RÉFUGIÉS D'AUJOURD'HUI
De 1973 à 1976, plusieurs milliers de Latino-américains arrivent, en particulier
du Chili. Le SSAE participe activement à la coordination d'une douzaine d'asso
ciations pour les réfugiés d'Amérique latine. Une nouvelle association naît : France
Terre d'Asile (FTDA) qui se donne pour mission principale la défense du droit
d'asile. C'est pour les Chiliens que les premiers centres provisoires d'hébergement
ont été mis en place avec une prise en charge sur les fonds de l'aide sociale du
Ministère des Affaires Sociales.
1975. Après les événements intervenus dans toute l'ex-Indochine et devant
l'afflux des réfugiés du sud-est Asiatique — il en arrivera plus de 1 000 par mois
pendant près de 7 ans — , le dispositif de centres provisoires d'hébergement qui
était né avec les réfugiés chiliens est élargi et développé. France Terre d'Asile en
assure, par convention avec l'Etat, la coordination générale. Le SSAE signe un
protocole d'accord avec ses partenaires associatifs anciens et nouveaux (Cimade,
FTDA, Secours Catholique). La Croix Rouge Française, le Comité National d'En
traide Franco-Vietnamien, Franco-Cambodgien, Franco-Laotien et, plus tard le
Comité Médico-Social pour la Santé des Migrants, se joignent à cet accord, par
lequel chacun prend en charge un aspect de l'accueil.
Dans le cadre de ce protocole, le SSAE assure, comme pour les autres réfu
giés, le premier accueil de ceux qui ne sont pas hébergés dans le dispositif provi
soire d'hébergement, puis l'aide à leur insertion ainsi que ceux qui n'ont pas
bénéficié d'un hébergement. Une aide plus systématique est proposée par les assis
tants sociaux à six catégories de réfugiés : les enfants non encore scolarisés, les
jeunes coupés de leur famille et sans ressource, les familles éclatées, les femmes
enceintes, les malades, les handicapés et les personnes âgées.
Les conditions souvent dramatiques ayant entouré l'exode des réfugiés, mais
aussi les différences de climat et de culture qu'ils affrontent, ainsi que la disqualifi
cation qu'ils subissent, entraînent de nombreuses difficultés dans le domaine de la
santé physique et mentale, dans leur adaptation et leur nouvelle organisation
d'existence. Par ailleurs, si la question de leur séjour en France et l'obtention de
leur statut de réfugié ne posent pas de difficulté, celle de leur état civil, souvent
incertain ou transformé, soulève de nombreuses questions pour leur identification
et l'obtention de leurs droits sociaux.