Les diasporas maghrébines et la construction européenne - article ; n°2 ; vol.6, pg 97-105

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Revue européenne de migrations internationales - Année 1990 - Volume 6 - Numéro 2 - Pages 97-105
The North African diasporas and construction of Europe
Gildas SIMON
The ter m « diaspora » evokes both the idea of dispersal and the idea of solidarity between immigrants, or, in other words, their continued attachment to their country of origin.
The case of North Africans in Western Europe illustrates the role of these new « diasporas ». Their role is vital, though as yet unrecognised, and consists in furthering the development of relations between the host country and their country of origin. However, in the immediate future, a problem will become apparent in the EEC, as there will undoubtedly be repurcussions for immigrants from outside of the EEC when the principle of free movement between member countries comes into force in 1993.
Los diâsporas magrebíes y la construcciôn europea
Gildas SIMON
El termino « diáspora » no sólo evoca la dispersión sino también la solidaridad de los emigrados entre sí, su apego a un espacio de origen.
El caso de los Maghrebinos en Europa occidental pone de realce el papel de estas nuevas diásporas que son actores importantes, aunque mal conocidos, de las relaciones actuales entre el país de origen y el país de immigración, y que participan en la evolución de estas. El problema se plantea ahora ya en la CEEcon las perspectivas de la libre circulación en 1993 y las implícaciones posibles que supone para los ciudadanos de los demás paises.
Les diasporas maghrébines et la construction européenne
Gildas SIMON
Le terme de diaspora évoque la dispersion mais aussi la solidarité des émigrés entre eux, leur attachement à un espace d'origine.
Le cas des Maghrébins en Europe occidentale illustre le rôle de ces nouvelles diasporas comme acteurs importants, bien que méconnus, des relations actuelles entre pays d'origine et pays d'immigration et de leur évolution. Le problème se pose dès à présent dans la CEE avec les perspectives de la libre circulation en 1993 et les implications possibles pour les nationaux des pays tiers.

9 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1990
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Monsieur Gildas Simon
Les diasporas maghrébines et la construction européenne
In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 6 N°2. pp. 97-105.
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Simon Gildas. Les diasporas maghrébines et la construction européenne. In: Revue européenne de migrations internationales.
Vol. 6 N°2. pp. 97-105.
doi : 10.3406/remi.1990.1244
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1990_num_6_2_1244Abstract
The North African diasporas and construction of Europe
Gildas SIMON
The ter m « diaspora » evokes both the idea of dispersal and the idea of solidarity between immigrants,
or, in other words, their continued attachment to their country of origin.
The case of North Africans in Western Europe illustrates the role of these new « diasporas ». Their role
is vital, though as yet unrecognised, and consists in furthering the development of relations between the
host country and their country of origin. However, in the immediate future, a problem will become
apparent in the EEC, as there will undoubtedly be repurcussions for immigrants from outside of the EEC
when the principle of free movement between member countries comes into force in 1993.
Resumen
Los diâsporas magrebíes y la construcciôn europea
Gildas SIMON
El termino « diáspora » no sólo evoca la dispersión sino también la solidaridad de los emigrados entre
sí, su apego a un espacio de origen.
El caso de los Maghrebinos en Europa occidental pone de realce el papel de estas nuevas diásporas
que son actores importantes, aunque mal conocidos, de las relaciones actuales entre el país de origen
y el país de immigración, y que participan en la evolución de estas. El problema se plantea ahora ya en
la CEEcon las perspectivas de la libre circulación en 1993 y las implícaciones posibles que supone
para los ciudadanos de los demás paises.
Résumé
Les diasporas maghrébines et la construction européenne
Gildas SIMON
Le terme de diaspora évoque la dispersion mais aussi la solidarité des émigrés entre eux, leur
attachement à un espace d'origine.
Le cas des Maghrébins en Europe occidentale illustre le rôle de ces nouvelles diasporas comme
acteurs importants, bien que méconnus, des relations actuelles entre pays d'origine et pays
d'immigration et de leur évolution. Le problème se pose dès à présent dans la CEE avec les
perspectives de la libre circulation en 1993 et les implications possibles pour les nationaux des pays
tiers.97
Revue Européenne
des Migrations Internationales
Volume 6 - N° 2
1990
Les diasporas maghrébines
et la construction européenne
Gildas SIMON
Corrélativement à la sédentarisation et à l'insertion des
immigrés maghrébins en Europe, à l'entrée en scène de la « seconde génération »
en France, en Belgique et aux Pays-Bas, les liens avec les différents pays d'origine,
loin de se relâcher et de se distendre n'ont cessé de se renforcer, de se complexifier.
Ils fonctionnent en véritable système établi de part et d'autre de la Méditerranée
qui constitue l'une des bases les plus solides des relations entre l'Europe et le
Maghreb.
Le système migratoire maghrébin semble fonctionner comme une « dias
pora », ou peut-être, ce que nous allons examiner d'abord, des diasporas.
Cette ou ces diasporas ont chacune leur dynamique propre que nous analyse
rons ensuite. Enfin, la question se pose de savoir si la perspective de 1993, l'ach
èvement du marché intérieur et le développement de la construction européenne ne
vont pas entraîner une évolution du fonctionnement diasporique et une redéfini
tion des rapports avec les États d'origine.
UNE OU TROIS DIASPORAS MAGHRÉBINES EN EUROPE ?
Plusieurs auteurs (G. Sheffer 1986, W. Safran, A. Raulin 1988) ont attiré
l'attention sur l'émergence de nouvelles formes d'organisations dans les migrations
de travail installées dans les sociétés industrielles. Le terme de diaspora maghrébine
ou de diaspora turque est de plus en plus fréquemment utilisé. Ce concept de
diaspora n'est pas forcément bien adapté au fonctionnement des communautés
maghrébines en Europe. Tout au moins convient-il de le préciser, de le nuancer
dans le rapport qu'il implique avec l'espace d'origine, le Maghreb. 98 Gildas SIMON
G. Sheffer (1986 citée in A. Raulin 1988) définit ainsi la diaspora : « Les
diasporas ethniques sont constituées, soit par migration volontaire (par exemple
les Turcs en Allemagne de l'Ouest), soit par expulsion hors du pays d'origine et
l'installation dans un ou plusieurs pays d'accueil.
Dans ces pays d'accueil, les diasporas demeurent des groupes minoritaires.
Elles préservent leur identité ethnique ou ethnico-religieuse et leur solidarité com
munautaire. Cette solidarité sert de base au maintien et à la promotion de contacts
constants entre les éléments dynamiques de la diaspora. Ces contacts ont une
signification à la fois politique, économique, sociale et culturelle pour les diaspor
as, leurs pays d'accueil et d'origine (...). Les diasporas organisées traitent les divers
aspects de leurs besoins culturels, sociaux, économiques et politiques de façon
parfois complémentaire, parfois conflictuelle avec les activités du gouvernement du
pays d'accueil.
L'émergence d'organisations diasporiques constitue un potentiel de pressions
conflictuelles et favorise le développement d'une autorité duelle et de formes
duelles de loyauté. ...Afin d'éviter des conflits indésirables avec le groupe dominant
de leur pays d'accueil, les diasporas acceptent certaines règles du jeu de ces pays.
Néanmoins, à certaines périodes, des loyautés duelles réelles ou prétendues, pro
duites par les formes duelles d'autorité, peuvent créer des tensions entre des él
éments du pays d'accueil et la diaspora. Ceci conduit parfois à l'intervention des
pays d'origine au nom de leurs diasporas, ou dans les affaires de ces diasporas.
Finalement, et ceci est le plus important, la capacité des diasporas à mobiliser afin
de promouvoir ou de défendre leurs intérêts ou les intérêts de leurs pays d'origine
auprès des pays d'accueil conduit à la formation de réseaux triadiques, conflictuels
ou coopératifs, engageant le pays d'origine, la diaspora et le pays d'accueil ».
On constate que le système migratoire maghrébin, pris globalement, entre
dans le cadre de cette longue et vaste définition.
Sur le plan de l'espace tout d'abord, la diffusion de l'immigration maghrébine
à l'intérieur de européen nous renvoie bien au caractère premier d'une
diaspora, à son étymologie juive fondée sur le fait même de la dispersion. On sait
que depuis le milieu des années 60, un double mouvement d'ouverture s'est effectué
à l'intérieur de l'espace migratoire des Maghrébins en Europe ; le premier, dans la
seconde moitié des années 60 en raison de l'application des accords bilatéraux de
main-d'œuvre avec d'autres pays d'emploi que la France, (Belgique, Pays-Bas,
RFA), le second après 1974, sous l'effet de la crise économique et de la fermeture
de ces débouchés traditionnels, qui ont entraîné la fixation de noyaux secondaires
en Europe du Sud dans les régions agricoles, industrielles ou urbaines à fort
coefficient d'économie souterraine (Espagne, Italie).
Au total, près de deux millions de Maghrébins résident actuellement dans
l'espace de la CEE où ils représentent environ le quart des ressortissants des pays
tiers au nombre de 8 millions. Si la majorité des Maghrébins est concentrée en
France (1,5 million environ en 1989), des communautés significatives sont désor
mais fixées en Belgique (130 000), aux Pays-Bas (150 000), en RFA (40 000) mais
aussi en Espagne (100 000) et en Italie (100 000). Les diasporas mathrébines et la construction européenne 99
Mais la diaspora évoque aussi la solidarité des membres entre eux et leur
attachement à une terre, à un espace d'origine. Le fait est largement démontré en ce
qui concerne les Maghrébins de France et d'Europe. Leur enracinement effectif,
affectif dans leur société d'origine est symbolisé par la régularité des retours
annuels (les taux de retour annuels varient entre 50 et 80 % selon les pays et les
régions d'émigration) et ainsi que par l'intensité de la circulation familiale de part
et d'autre de la Méditerranée. L'importance des transferts financiers officiels ou illégaux
(20 à 25 milliards de francs selon nos estimations) et leur impact sur les économies
nationales, régionales et locales, le projet ou le mythe du retour définitif (peu
importe ici) le maintien des liens culturels, sont autant d'éléments qui structurent
des comportements de type « diasporique » et légitiment l'application de ce terme
au fonctionnement des communautés maghrébines en Europe. Sur ce plan, le
rapprochement avec la récente diaspora turque s'impose indiscutablement puis
qu'on retrouve à l'intérieur de celle-ci un système tout aussi fort et vivant de liens et
d'échanges avec le pays d'origine.
Cependant, une différence fondamentale existe entre la diaspora turque et
la/ les diasporas maghrébines dans leur référence à la société et à l'espace d'origine.
Dans le cas des Turcs, la diaspora se définit par référence à un seul État, même si
celui-ci recouvre des spécificités ethniques et socio-politiques très présentes à l'inté
rieur du système migratoire turc en Europe (minorité kurde). Dans le cas des
Maghrébins, le fait national au Maghreb, les différences de régime politico-éc
onomiques et des politiques migratoires et la non-circulation des hommes et des
biens entre les 3 pays d'origine, doivent limiter — du moins pour le moment —
l'emploi du terme très englobant de « diaspora maghrébine » et nous conduisent à
préférer le pluriel, de la même façon d'ailleurs qu'on ne parle pas de la diaspora
hispanique aux États-Unis, mais bien de la diaspora cubaine, dominicaine ou à la
limite mexicaine.
DYNAMIQUE ET DYNAMISME
DES DIASPORAS MAGHRÉBINES
II y a donc 3 diasporas maghrébines en Europe. Elles ont une histoire colo
niale commune, des intérêts et même des espaces communs de travail et de vie (par
exemple : l'usage des quartiers commerçants de la Porte d'Aix et de la Goutte
d'Or) [Toubon (J.-C.) et Messamah (K.) 1988] (') elles ont aussi des problèmes
communs comme par exemple le racisme. Maix ceux-ci n'en sont pas moins, du
fait même de la différenciation nationale, spécifiques. Cette spécificité est systéma
tiquement apparente à trois niveaux d'analyse spatiale :
— au plan de la CEE, la répartition des trois groupes, Algériens, des Marocains et
des Tunisiens, est très différente,
— à l'intérieur de chaque État (le cas de la France est évidemment le plus représent
atif), on note le même phénomène,
— enfin à l'échelle locale, à l'intérieur des grandes agglomérations urbaines.
Chaque groupe national a donc sa propre pratique de l'espace migratoire
international comme nous l'avons montré pour les Tunisiens (G. Simon 1979). 100 Gildas SIMON
Cette spécificité se marque aussi dans la dynamique et dans le dynamisme propre à
chacun de ces trois « diasporas sœurs », mais néanmoins différentes.
L'une d'entre elles attire particulièrement l'attention ; c'est la diaspora maroc
aine. C'est tout d'abord celle qui compte officiellement le plus de ressortissants à
l'étranger (1,1 million selon les estimations des autorités marocaines), y compris
ceux résidant à l'extérieur de la CEE. C'est aussi celle dont l'espace migratoire est
le plus étendu, à l'intérieur de la France (la dispersion de ce groupe dans la moitié
ouest est l'un des faits marquants de l'évolution intercensitaire 1975-1982, en ce qui
concerne les étrangers), à l'intérieur de l'espace européen (Belgique, Pays-Bas,
Espagne du Nord-Est et du Centre, Italie du Nord et du Centre), en Méditerranée
orientale mais aussi, outre-Atlantique au Canada et aux Etats-Unis.
Tout aussi importante pour le fonctionnement diasporique est l'évolution
professionnelle qui a conduit bon nombre de Marocains à s'établir dans le com
merce dans les pays d'emploi et à partir de là, à mettre en place des réseaux
commerciaux qui constituent aujourd'hui la base de véritables circuits économiq
ues, stables, qui fonctionnent de manière continue et à double sens entre les
grandes villes européennes (Paris, Lille, Bruxelles, Amsterdam), les régions de
départ (Souss, Rif) et les grandes villes marocaines et, en premier lieu, Casablanca.
Les Soussis, dont on sait la longue tradition et les compétences commerçantes — à
l'instar des Jerbiens et des Mozabites — ont joué un rôle pionnier dans la mise en
place de ces réseaux commerciaux. Ils possèdent à Paris plus de 700 établiss
ements (2) (Ait Ouaziz R. 1989). Parallèlement aux Asiatiques ils commencent à
passer du commerce de détail au commerce de gros et montent des affaires de plus
en plus importantes (Ma Mung E. et Simon G. 1990) (3).
S'intégrant dans les fonctions des « minorités intermédiaires », classiques dans
les diasporas, ils en profitent aussi pour renforcer leur position économique
leur pays d'origine et maîtrisent en définitive un espace économique transnational
euro-méditerranéen. Leur rôle dans les transferts financiers vers le Maroc ne cesse
de croître et représenterait, selon certaines estimations, près du tiers des transferts
annuels vers ce pays (qui ont connu un accroissement fort rapide, malgré la crise,
1 milliard de Dirhams en 1973, 13 milliards de Dirhams en 1987). Mais de nou
veaux groupes, en premier lieu les Rifains, se sont installés dans ces réseaux
professionnels et ont organisé à partir du Nord de la France des circuits commerc
iaux avec leurs compatriotes du Rif fixés en Belgique et aux Pays-Bas ; circuits
dont la base économique n'est pas toujours licite (Lazaar M. 1989) (4).
Plus généralement, sur ces circuits commerciaux se sont greffées d'autres
pratiques qui relèvent beaucoup plus de l'export-import que de l'activité du petit
commerce exotique.
Enfin, ces circuits remplissent des fonctions d'informations, et d'emploi fort
importantes pour le développement de la diaspora (Boubakri H. 1985).
En définitive, même si ces diasporas ne disposent encore d'organisations suff
isamment représentatives, elles sont souvent dynamiques et constituent aujourd'hui
une réalité vivante et autonome, avec laquelle les États d'origine comme les pays de
fixation de la CEE doivent ou devraient aujourd'hui compter. Les ignorer ou s'en diasporas mathrébines et la construction européenne Les
tenir à l'approche habituelle en terme de flux ou même d'insertion, c'est risquer de
ne voir qu'une partie de la réalité. On retrouve ici un système triadique mis en
évidence par G. Sheffer dans la définition initiale. Le mode de fonctionnement ne
devrait pas être oublié non plus dans la redéfinition des rapports entre la CEE et le
sud de la Méditerranée qui s'annonce avec l'échéance de 1993.
LA PERSPECTIVE DE 1993
ET L'AVENIR DES DIASPORAS MAGHRÉBINES :
HYPOTHÈSES...
L'achèvement du grand marché intérieur, dans ses aspects les plus spectacul
aires comme la suppression des frontières physiques mais aussi dans ses implica
tions moins visibles, mais tout aussi importantes pour la circulation des personnes,
avec la restructuration en cours de l'espace économique et financier européen, cet
achèvement aura probablement des effets importants sur l'évolution des diasporas
maghrébines en Europe ; mais on entre ici dans le domaine des hypothèses.
Hypothèses car si l'article 12 de l'Acte Unique indique que le « marché inté
rieur comporte un espace sans frontière intérieure dans lequel la libre circulation
des marchandises, des personnes, des services et des capitaux est assurée selon les
dispositions du présent traité », nul ne peut prévoir actuellement comment vont
évoluer les flux migratoires intra-communautaires et extra-communautaires dans
les prochaines années. L'évolution de la conjoncture économique, l'attitude des
différents Etats-membres mais aussi la dynamique de la construction européenne
elle-même, telles sont quelques-unes des principales inconnues de cette équation
migratoire, dont les déterminants démographiques au Nord et au Sud de la Médit
erranée sont, par contre, pafaitement bien en place.
G. Callovi (1988) (5), l'un des observateurs les mieux placés pour suivre cette
question à l'intérieur des instances communautaires, évoque trois scénarios que
l'on résumera schématiquement ici :
— un solde migratoire nul avec l'extérieur de la Communauté lié à une demande
économique faible, à une mobilité intra-communautaire réduite, au renforcement
du « cordon sanitaire » aux frontières de la CEE ;
— une immigration lente mais négociée au niveau communautaire « comme
réponse aux immigrations massives (...), aux immigrations par à-coups en guise de
volant économique stabilisateur et à l'immigration par des canaux semi-clandest
ins » ;
— un solde migratoire positif, corrélé avec une mobilité intra-communautaire
accrue, « fruit d'une politique communautaire en cohérence avec l'ensemble des
autres politiques et résultant de la prise en compte des contraintes internes et
externes ».
Hypothèse aussi en fonction de l'incertitude liée à l'évolution des politiques
nationales des États membres, à l'établissement d'une politique communautaire
des migrations et à la réponse des communautés étrangères originaires des pays
tiers. Il n'est pas question de développer ici un point très important et qui fait
l'objet de plusieurs interventions au colloque du CDTM Tunis 1989 (6) — Nous Gildas SIMON 102
voudrions simplement insister sur un point très important pour l'évolution de ces
diasporas, maghrébine et turque.
L'uniformisation des statuts des résidents à l'intérieur de l'espace communauta
ire, la simplification issue de la distinction entre les personnes dotées du statut
communautaire et les autres (hors CEE) ne risque-t-elle pas de déboucher, par réac
tion, sur un renforcement des comportements « diasporiques » selon la formule
suivante : « A communautaire, communautaire et demi » ?
Ceci d'autant plus que l'abolition des frontières physiques, la libre circulation
des biens, mais aussi des services ne pourront que favoriser le développement des
réseaux et donc des activités diasporiques à l'intérieur de cet espace doublement
communautaire. Le processus est déjà largement développé chez les Turcs qui ont
créé à partir de la RFA de véritables chaînes commerciales destinées à répondre
aux besoins spécifiques du marché islamique européen ; ce type d'organisation
reste encore limité chez les Maghrébins mais il est susceptible d'évoluer rapidement
(Wilpert C. et Gitmetz A. 1987) (7).
Ainsi, la rapidité avec laquelle les réseaux commerciaux issus essentiellement
d'Algérie et spécialisés dans « le commerce à la valise » se sont adaptés à l'instaura
tion du visa en France (octobre 1986) et se sont détournés de Marseille, le « super
marché du Maghreb » pour se réorienter vers Alicante et Naples, grâce à l'action
d'intermédiaires maghrébins locaux, cette vitesse du temps de réponse est caracté
ristique de la plasticité des diasporas maghrébines et de leur capacité à trouver
rapidement des solutions aux difficultés extérieures. Globalement, il est prévisible
que les relations (sur le plan familial, culturel, économique) entre les différents
pôles des diasporas maghrébines en Europe seront favorisées et stimulées par les
conditions nouvelles de circulation issues de l'Acte Unique.
Enfin, l'évolution interne de ces diasporas dépendra aussi des politiques nouv
elles (éventuellement) menées en Europe mais aussi au Maghreb. Sur le plan
européen, on notera que les efforts d'harmonisation réalisés dans le cadre restreint
de l'accord international de Schengen (17 juin 1985) ou dans les travaux commun
autaires récents du « groupe Trévi » se limitent essentiellement au contrôle des
flux, à la lutte contre l'immigration clandestine originaire des pays du Sud et visent
essentiellement à renforcer la réglementation aux frontières de quelques États jugés
les plus capables de maîtriser les flux. Par contre, le problème également important
de l'harmonisation des politiques nationales en matière d'intégration des étrangers
originaires des pays tiers, la définition d'une politique communautaire des migrat
ions semblent avoir été mises en veilleuse, après l'arrêt de la Cour Européenne de
Justice (9 juillet 1987) annulant partiellement une décision de la Commission
instaurant « une procédure de notification préalable et de concertation sur les
politiques migratoires vis-à-vis des États tiers ».
On peut penser que ce domaine réservé de la question de l'immigration et de la
gestion des étrangers en Europe fera partie des grands pôles de résistance des États
aux pressions des instances communautaires (cf. la déclaration générale annexée à
l'Acte Unique et relative aux articles 13 et 19) : Les diasporas mathrébines et la construction européenne 103
« Aucune de ces dispositions n'affecte le droit des États membres de prendre
celle des mesures qu'ils jugent nécessaire en matière de contrôle de l'immigration
des pays tiers, ainsi qu'en matière de lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue et
le trafic d'œuvres d'art et des antiquités ».
Enfin l'attitude des États d'origine, leur aptitude à négocier le tournant qui
s'annonce, leur capacité à traiter avec leurs différents partenaires du Nord (États et
CEE), mais aussi leur volonté de dialogue et d'ouverture entre eux au Maghreb
influeront également sur le devenir des trois « diasporas sœurs ».
Une question au moins se pose dès à présent ; dans la redéfinition éventuelle
des relations migratoires avec la CEE, chaque État maghrébin préférer a-t-il jouer
seul sa partie (dans le cadre des relations bilatérales avec les pays d'emploi ou dans
celui d'un accord d'association ou de coopération avec la CEE), ou les trois États
seront-ils capables de s'associer pour définir et traiter globalement de leurs rela
tions migratoires avec leurs partenaires de la CEE ?
La réunion des chefs d'États maghrébins à Alger en juin 1988 avait clairement
affiché le souhait de créer un espace de libre circulation pour les biens et les
personnes entre les trois pays du Maghreb, un grand marché intérieur faisant en
quelque sorte, pendant à l'espace économique et migratoire fonctionnant au Nord.
Il est évident que l'application effective de ce projet serait de nature à modifier les
bases de fonctionnement des trois « diasporas sœurs » et à constituer de part et
d'autre de la Méditerranée la diaspora maghrébine qui reste encore à naître.
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