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Les formulaires médicaux du Moyen-âge : Médecines savantes et médecines populaires - article ; n°277 ; vol.76, pg 138-153

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Revue d'histoire de la pharmacie - Année 1988 - Volume 76 - Numéro 277 - Pages 138-153
Medizinische Rezeptsammlungen des Mittelalters. Gelehrte- und Volksmedizin.
Das Frühmittelalter hat eine grosse Anzahl von medizinischen Formulare gekannt, mehr oder weniger wichtige, mehr oder weniger ausgearbeitete, mehr oder weniger gelehrte, in welchen traditionnelle Formeln, öfters magischer Art, häufig neben komplexen Formeln, Erbe der griechischen, lateinischen, jüdischen oder arabischen Ärzte, standen. In diesen lezteren fand eine grosse Anzahl von Spezereien platz, welche wegen ihrer Seltenheit und folglich ihrem Preis, auf nur gewisse klassen der Gesellschaft beschränkt blieben. Der Verfasser untersucht die Gebrauchsfrequenz der Spezereien in etwa fünf-und-zwanzig Rezeptsammlungen, vom 1. bis zum 15. Jh. verteilt und von verschiedener Herkunft. Die Antidotarien, welche öfters eine grosse Anzahl davon erschliessen, stellen sich als gelehrte Sammlungen von Rezepten heraus, mehr theoretisch als praktisch, während die Rezeptarien und die Thesauri pauperum für Ärzte konsipiert wären welche an Orten praktizieren wo arzneiliche Hilfsmittel und finanzielle Möglichkeiten der Patienten beschränkt sind.
Medical formularies from the Middle Ages : Learned and popular medicines.
The high middle ages knew a great number of medical formularies, of greater or lesser importance, more or less elaborate and more or less learned, in which traditional formulas, often magical, were employed alongside complex formulas inherited from Greek, Latin, Jewish or Arab physicians. These last employed numerous spices whose rarity, and thus cost, limited their use in certain classes of society. The author examines the frequency of the use of spices in a selection of some twenty five recipes drawn from the 1st to the 15th centuries, from various sources. Antidotaries, of which there are many, appear to be selected from learned recipes, more theoretical than practical, meant for the leisured classes, while the recipe books and the
Thesauri Pauperum were conceived for physicians practicing in areas where the medical and financial resources of patients were limited.
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1988
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Langue Français
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Jean Barbaud
Les formulaires médicaux du Moyen-âge : Médecines savantes
et médecines populaires
In: Revue d'histoire de la pharmacie, 76e année, N. 277, 1988. pp. 138-153.
Zusammenfassung
Medizinische Rezeptsammlungen des Mittelalters. Gelehrte- und Volksmedizin.
Das Frühmittelalter hat eine grosse Anzahl von medizinischen Formulare gekannt, mehr oder weniger wichtige, mehr oder
weniger ausgearbeitete, mehr oder weniger gelehrte, in welchen traditionnelle Formeln, öfters magischer Art, häufig neben
komplexen Formeln, Erbe der griechischen, lateinischen, jüdischen oder arabischen Ärzte, standen. In diesen lezteren fand eine
grosse Anzahl von Spezereien platz, welche wegen ihrer Seltenheit und folglich ihrem Preis, auf nur gewisse klassen der
Gesellschaft beschränkt blieben. Der Verfasser untersucht die Gebrauchsfrequenz der Spezereien in etwa fünf-und-zwanzig
Rezeptsammlungen, vom 1. bis zum 15. Jh. verteilt und von verschiedener Herkunft. Die Antidotarien, welche öfters eine grosse
Anzahl davon erschliessen, stellen sich als gelehrte Sammlungen von Rezepten heraus, mehr theoretisch als praktisch, während
die Rezeptarien und die Thesauri pauperum für Ärzte konsipiert wären welche an Orten praktizieren wo arzneiliche Hilfsmittel
und finanzielle Möglichkeiten der Patienten beschränkt sind.
Abstract
Medical formularies from the Middle Ages : Learned and popular medicines.
The high middle ages knew a great number of medical formularies, of greater or lesser importance, more or less elaborate and
more or less learned, in which traditional formulas, often magical, were employed alongside complex formulas inherited from
Greek, Latin, Jewish or Arab physicians. These last employed numerous spices whose rarity, and thus cost, limited their use in
certain classes of society. The author examines the frequency of the use of spices in a selection of some twenty five recipes
drawn from the 1st to the 15th centuries, from various sources. Antidotaries, of which there are many, appear to be selected from
learned recipes, more theoretical than practical, meant for the leisured classes, while the recipe books and the
Thesauri Pauperum were conceived for physicians practicing in areas where the medical and financial resources of patients were
limited.
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Barbaud Jean. Les formulaires médicaux du Moyen-âge : Médecines savantes et médecines populaires. In: Revue d'histoire de
la pharmacie, 76e année, N. 277, 1988. pp. 138-153.
doi : 10.3406/pharm.1988.2946
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_1988_num_76_277_2946LES FORMULAIRES MÉDICAUX DU
MOYEN ÂGE
Médecines savantes et médecines
populaires
AU Moyen-âge, comme dans l'Antiquité gréco-latine, la thérapeutique
reposait essentiellement sur la connaissance et l'emploi des simples.
Ceux-ci ont été mentionnés dans de nombreux ouvrages ou herbiers,
véritables répertoires non seulement de plantes et produits issus du règne
végétal, mais également de minéraux et produits animaux.
Pendant une grande partie de l'Antiquité, en effet, seuls les simples
furent utilisés, mais, avec l'École d'Alexandrie, et plus particulièrement sous
l'influence de l'École empirique, naquit la polypharmacie. Cette École
enseignait que chaque substance entrant dans la composition d'un médica
ment complexe s'attaquait à l'un des maux, peut-être ignoré du médecin,
dont souffrait le malade. C'était évidemment oublier que des substances de
vertus opposées pouvaient se neutraliser mutuellement. Cette nouvelle
théorie plaisait beaucoup aux gens du monde qui, à cette époque, faisaient
de la pharmacie en amateurs. Même les puissants vont sacrifier à la mode
et l'on voit des rois et des reines : Nicomède, Cléopâtre, Agrippa de Judée,
Mithridate et bien d'autres, demander à leurs médecins de leur préparer
des médicaments compliqués. La polypharmacie eut non seulement des rois
autour de son berceau, mais encore des poètes, comme le médecin naturaliste
Nicandre qui composa à Alexandrie, en 150 avant J.-C, deux poèmes : la
Thériaque et l'Alexipharmaque.
Les recueils de recettes apparurent avec l'époque impériale. Deux sont
particulièrement intéressants : celui de Scribonius Largus, écrit en 47 après
J.-C, et celui de Marcellus, originaire de Bordeaux, archiatre et maître des
offices de Théodose le Grand, en 410.
Mais, en Occident, les invasions vont arrêter le développement de la
médecine gréco-latine. Dès cette époque, cependant, les communautés
Manuscrit reçu le 9 décembre 1987.
REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE, XXXV, N° 277, 2e TRIM. 1988. LES FORMULAIRES MÉDICAUX DU MOYEN-AGE 139
monastiques vont s'attacher à sauvegarder ce qui restait du savoir antique
et assurer ce rôle civilisateur qui fera la gloire des moines d'Occident et, à
partir du VIIe siècle, les moines reconstitueront ce que, dans tous les
domaines de la science, Jacques Le Goff nomme « le savoir en miettes ».
Suivant leurs règles et animés de l'esprit de charité qui était le leur, ils
s'attachèrent, entre autres, à collecter les connaissances médicales de
l'Antiquité, à les adapter à leurs besoins et à former des personnels pour
les mettre en pratique.
Le haut Moyen-âge va donc connaître un grand nombre de recueils
anonymes, plus ou moins importants, plus ou moins élaborés, plus ou moins
savants, où les formules magiques ou populaires (encore convient-il, à l'instar
de C. Opsomer-Halleux, de n'employer ce dernier terme qu'à bon escient) (1),
côtoient assez fréquemment des formules complexes héritées des médecins
grecs ou latins.
A côté de ces textes transmis par les moines, le grand courant scientifique
qui, de Rome, gagna Constantinople, Jondichapur, Bagdad, les pays arabes,
y compris le sud-ouest de l'Europe, va nous parvenir par les Napolitains de
l'École de Salerne et les traducteurs de Tolède.
Enrichies des ressources de la pharmacopée arabe, les recettes compren
aient alors souvent un grand nombre de constituants parmi lesquels on
relevait de nombreuses épices dont la rareté, et partant le coût, allait, par
la force des choses, limiter leur emploi à certaines classes de la société.
*
Les simples qui entrent dans la composition des recettes ont été
rassemblés et décrits dans les divers herbiers qui, depuis la Matière Médicale
de Dioscoride (2), ont, par remaniements et additions successives, abouti au
Livre des Simples Médecines (3). A côté des simples d'origine locale, ces
herbiers mentionnent un nombre plus ou moins important d' épices. On
donne à ce terme le sens qu'il possédait au Moyen-âge, à savoir des
substances, aromatiques ou non, d'origine orientale et donc produits du
grand commerce international. Ces substances étaient utilisées non seul
ement en cuisine, mais encore en médecine, en parfumerie, en teinturerie, etc.
Nous avons retenu comme telles celles qui ont été mentionnées par
Pegolotti dans un ouvrage datant de la première moitié du XIVe siècle (4).
Bon nombre de ces épices étaient connues dès la plus haute antiquité et
utilisées dans les pharmacopées mésopotamienne (5) et égyptienne (6).
Sans remonter à ces époques, nous indiquons dans le tableau I la
mention de vingt-quatre épices dans quatorze documents répartis sur quinze
siècles et d'origines différentes : herbiers, traités, compilations, inventaires
de pharmacies, etc.
Pour chacun, nous indiquons le nombre de drogues figurant dans le
document et le nombre d' épices figurant parmi ces drogues. Ces vingt-quatre
épices sont celles qui, au XVe siècle, possédaient la plus forte valeur
marchande, c'est-à-dire dont le prix de détail était supérieur à une livre-mon- 140 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
Tableau I
LES ÉPICES DANS LES HERBIERS
«5 té en
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Nombre de d'épices drogues 540 112 298 82 287 31 386 113 295 99 474 127 176 89 123 97 112 29 321 84 124 438 128 80 405 93 249 82
ÉPICES PRIX
Aloès 6, + + + + + + + + + + + + +
Ambre 31,6 + + + + + + + + + + +
Baumier 1,10 + + + + + + + + + + + +
Camphre 19,4 + + + + + + + + + + + +
Castoreum 7,4 + + + + + + + + + + + + +
Corail 1, + + + + + + + + +
Cumin 1,16 + + + + + + + + + + + + +
Encens 2,2 + + + + + + + + + +
Girofle 8,8 + + + + + + + + + + + +
Galanga 9,12 + + + + + + + + + + + +
Gingembre 11, + + + + + + + + + + + + +
Manne 14,8 + + + + + + +
Mastic 4,16 + + + + + + + + + + + + +
Mirobolans 4, + + + + + + + + + +
Musc 154 + + + + + + + + +
Muscade 2,8 + + + + + + + + + + + +
Nard indien 7,4 + + + + + + + + + + + + +
Perles 18,5 + + + + +
Poivre 6 + + + + + + + + + + + +
Safran 21,12 + + + + + + + + + +
Santal 3,12 + + + + + + + + + +
Scammonée 28,16 + + + + + + + + + + + +
Styrax 4,16 + + + + + + + + + +
Zédoaire 2,8 + + + + + + + + + LES FORMULAIRES MÉDICAUX DU MOYEN-AGE 141
naie pour une livre-poids. Dans le tableau, les prix sont indiqués en livres
et sols. Ils sont extraits de l'un des plus anciens documents en la matière :
l'inventaire d'une pharmacie dijonnaise de 1439 (7).
On peut constater que, sur ces vingt-quatre épices « chères », seize
étaient déjà connues et citées par Dioscoride (2) et treize par Galien (8). Les
autres, introduites par les Arabes, sont mentionnées par Ibn El Beithar (9)
et Ibn Abi L-Bayan (10) au début du XIIIe siècle. A partir du début du XIVe,
ces épices rares et chères vont figurer au Livre des Simples Médecines (3). On
les relève dans les inventaires de diverses pharmacies, à Dijon (7), à
Metz (11), à Piernes (12), à Amiens (13), à Avignon (14), etc., ainsi que dans
le Thesaurus Medicaminum de Hans Minners en 1479 (15).
Ceci laisse supposer que les apothicaires avaient la possibilité de réaliser
la plupart des prescriptions de l'époque, à l'exception toutefois de celles
d'entre elles qui comprenaient un trop grand nombre de constituants, comme
l'Antidote d'Esdras, opiat célèbre que le prophète Esdras aurait inventé
pendant son séjour à Babylone, qui ne comprenait pas moins de cent
quarante-cinq drogues simples et composées et dont Nicolas le Myrepse
nous a transmis la recette (16). En revanche, on observera que Hildegarde
de Bingen, abbesse de Ruppertsberg (XIIe s.) ne mentionne, dans son ouvrage
Physica qu'un petit nombre d'épices (17) et que Johannes Hartlieb, médecin
bavarois de la fin du XVe siècle, en cite encore beaucoup moins (18). Ces
deux auteurs mentionnent dans leurs herbiers les drogues les plus couram
ment utilisées dans leur milieu : un monastère pour Hildegarde, une petite
ville de Bavière pour Hartlieb. Les drogues figurant dans ces herbiers étaient
prescrites assez souvent seules, mais, plus généralement, elles entraient dans
la composition de recettes plus ou moins élaborées.
*
A l'époque présalernitaine, les recettes qui trouvaient leur origine dans
les prescriptions des médecins gréco-latins furent compilées, à leur tour,
par les médecins du Bas-Empire et par les moines médecins.
Elles furent rassemblées pour la première fois, semble-t-il, par Scribo
nius Largus, dans ses Compositiones Medicamentum (Ier s.), comprenant deux
cent soixante-quinze formules collectées auprès d'une quinzaine de médecins
de cette époque (19).
Au IVe siècle, un auteur connu sous le nom de Plinius Secundus Junior
a regroupé, sous le titre de Medicina Plini, les recettes figurant dans l'Histoire
Naturelle de Pline (20). Marcellus (Ve s.) reprend la plupart de ces formules,
notamment celles de Scribonius Largus, et en ajoute d'autres, émanant de
médecins romains du Bas-Empire et de médecins gaulois. Son ouvrage De
Medicamentis Liber comprenait 2 515 formules (21).
A la même époque, dans le monde oriental, les recettes des médecins
de l'Antiquité furent à nouveau compilées et adaptées par les Byzantins et
les Arabes. Les traités de médecin firent une place de plus en plus grande
à la pharmacologie et de nombreuses recettes indiquées dans les ouvrages 142 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
des médecins latins d'Afrique (Cassius Felix, Caelius Aurelianus) et des
médecins byzantins (Alexandre de Tralles, Paul d'Egine, Oribase), comme
dans ceux des médecins arabes (Rhazès, Serapion, Mésué, etc.) vont à leur
tour être rassemblées et compilées par les médecins de Salerne qui nous les
transmettront.
Ainsi, dès le VIIe siècle, dans les monastères d'Europe occidentale, en
France comme en Angleterre, en Italie comme en Allemagne ou en Suisse,
certaines de ces recettes vont être reprises, copiées ou modifiées pour donner
naissance à de nombreux recueils anonymes où, à côté de formules élaborées
dont l'auteur est souvent cité pour en garantir l'efficacité, on rencontrera
des recettes très simples et, parfois, d'étranges prescriptions à tournure
ésotérique ou à caractère magique.
Parmi ces recueils anonymes, il convient tout d'abord de distinguer les
réceptaires des antidotaires, mais, entre ces deux genres, la frontière n'est
pas très nette.
Les réceptaires sont des recueils modestes, ordonnés, en principe, selon
les affections définies dans un certain ordre « a capite ad calcem ». Cette
classification ne permet cependant pas d'y inclure toutes les maladies ; aussi,
certaines d'entre elles sont-elles énoncées pêle-mêle, ce qui peut donner une
impression de désordre. Les recettes qui ne comportent pas de nom d'auteur
sont constituées de quelques composants seulement, la plupart du temps
issus de la pharmacopée locale. Les épices y sont rares. La rédaction en est
empirique et le copiste donne fréquemment son opinion sur la valeur
thérapeutique de telle ou telle formule. On relève ainsi de nombreuses
mentions telles que : « probatum est », « expertum est », « mirum est »,
« efficacissime prodest », etc.
Dans leur ensemble, ces réceptaires reflètent une somme de traditions,
d'expérimentations souvent obscures, transmises de génération en générat
ion. Leur composition et leurs prescriptions d'utilisation laissent présumer
que ce genre de recettes était destiné à l'usage journalier des non médecins
ou des étudiants et praticiens qui ne pouvaient disposer de beaucoup de livres.
Les antidotaires sont des recueils d'antidotes, c'est-à-dire de formules
complexes qui, d'après Galien, n'étaient initialement que des contrepoisons.
Cette notion a été étendue par le médecin de Pergame lui-même aux moyens
de lutte contre les maladies internes pour finir par désigner, plus tard, tout
moyen de guérir.
Un antidote porte généralement le nom de son inventeur. Sont ensuite
mentionnées les affections pour lesquelles il convient de l'utiliser, les drogues
entrant dans sa composition, leurs proportions, la manière de le préparer
et, parfois, son mode d'emploi. Ces formules sont empruntées aux auteurs
classiques : grecs, latins, juifs et arabes ; certaines comprennent plusieurs
dizaines de composants. La plupart de ceux-ci appartiennent à l'espace
méditerranéen et proche-oriental. Dans les antidotaires, les recettes sont
généralement classées par ordre alphabétique. LES FORMULAIRES MÉDICAUX DU MOYEN-AGE 143
On fera toutefois remarquer que le terme d'antidotaire n'apparaît
qu'avec l'École de Salerne, qu'il renferme non seulement des antidotes stricto
sensu, mais également d'autres formes pharmaceutiques : électuaires,
onguents, emplâtres, etc. et que les formules revêtent souvent un caractère
plus théorique que pratique.
Il s'agit cependant là de deux cas extrêmes, car entre les antidotaires
et les réceptaires, on rencontre dans la littérature médicale médiévale un
grand nombre de recueils qui procèdent plus ou moins de l'un et l'autre
genres. Dans un même texte il n'est d'ailleurs pas rare de rencontrer des
formules provenant d' antidotaires et d'autres de réceptaires. Ces derniers
ne répondent pas toujours aussi au classement « a capite ad calcem » et
présentent même parfois un aspect anarchique. On peut alors penser que le
copiste a réuni les recettes selon les critères d'urgence des maladies à soigner.
D'autres recueils, beaucoup plus modestes quant au nombre de formules
répertoriées, présentent plutôt l'aspect d'un aide-mémoire destiné à un
moine infirmier (22).
Nous avons étudié dans vingt-cinq recueils de recettes, échelonnés du
Ier au XVe siècle et de provenances différentes, la fréquence d'utilisation des
épices mentionnées au tableau I.
Cette fréquence s'exprime, pour chaque recueil, par le pourcentage des
formules dans la composition desquelles entre une épice déterminée.
Les résultats sont présentés en deux tableaux. Le tableau II concerne
dix-sept recueils présalernitains ; le tableau III est relatif à huit recueils
s'échelonnant du XIIe au XVe siècle.
Dans le tableau II, nous avons tout d'abord analysé trois recueils du
Bas-Empire : ceux de Scribonius Largus (19), de Marcellus (21) et de
Théodore Priscien (23), ainsi que le traité de médecine d'Alexandre de
Tralles (24).
Le De Compositione Medicamentorum Liber de Scribonius Largus, rédigé
en 47 après J.-C et comprenant 275 formules, procède à la fois de l'antidotaire
et du réceptaire. Citant un grand nombre de plantes méditerranéennes,
Scribonius Largus a largement puisé dans l'uvre d'Asclépiade de Bithynie
(120-40 av. J.-C), mais il cite également de nombreux médecins grecs ou
latins moins connus. Galien lui emprunte d'ailleurs de nombreuses formules.
Vers 410, le bordelais Marcellus, archiatre et maître des offices de
Théodose le Grand, a repris dans le De Medicamentis Liber tout Scribonius
Largus et a compilé, dans un ouvrage de 2 515 recettes, un grand nombre
de médecins latins oubliés que nous ne connaissons que grâce à lui. Il a, en
outre, fait connaître les recettes de la pharmacopée gauloise.
Chez ces deux auteurs, le nombre des épices utilisées est limité. Chez
Scribonius Largus, on en trouve cependant trois, l'encens, le poivre et le
safran, qui entrent dans la composition de plus de 10 % des recettes, tandis
que chez Marcellus, qui reprend les formules des médecins latins et gaulois,
l'épice la plus employée, le poivre, n'entre que dans 7,4 % des recettes ; il O
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Z LES FORMULAIRES MÉDICAUX DU MOYEN-AGE 145
est vrai que, chez ce dernier auteur, le nombre des recettes est beaucoup
plus élevé.
Théodore Priscien, médecin de l'empereur Gratien, n'a pas, quant à lui,
effectué une compilation de recettes, mais, en 370, il a composé un traité
de médecine populaire où peu d'épices sont mentionnées ; seul, le poivre
entre dans la composition de plus de 10 % des recettes.
Comme Théodore Priscien, Alexandre de Tralles (527-565) n'a pas écrit
de formulaire de recettes, mais, dans un traité de médecine en douze livres,
il fournit une riche collection d'ordonnances de toute nature provenant des
sources médicales officielles de l'Antiquité. Il y ajoute des médications
populaires (recettes recueillies en Turquie, à Corfou ou provenant d'Espagne
ou de France) qu'il juge aptes au traitement correspondant. Nous l'avons
analysé ici, car bon nombre de ces recettes nous parviendront par l'École
de Salerne. On peut voir qu'il utilise beaucoup plus d'épices que les
précédents ; quatre d'entre elles entrent dans plus de 10 % des recettes.
Après ces auteurs, nous avons étudié six antidotaires présalerni-
tains.
L'antidotaire du manuscrit Harleian 5792, du British Museum, est le
plus ancien des antidotaires connus. Daté de la fin du VIIe ou du début du
VIIIe siècle, il provient de France ou du nord de l'Italie et contient dix-sept
recettes reprises de Galien, Andromachus, Paul d'Égine, Théodore Priscien
et autres médecins antiques. Parmi les recettes décrites, trois d'entre elles,
« ad battetura cordis », « ad menstrua restringenda » et « ad omnem
tumore », sont vraisemblablement extraites de réceptaires. Le nombre réduit
des formules explique le pourcentage relativement élevé des épices ; pour
neuf d'entre elles, il dépasse 10 % (25).
L'antidotaire du manuscrit 44 de la bibliothèque abbatiale de Saint-
Gall (25), du IXe siècle, ne serait pas, pour Beccaria (26), un produit de cette
abbaye, car on n'y trouve pas de traces germaniques. Les recettes sont
classées selon les formes pharmaceutiques : antidotes au sens propre,
emplâtres, onguents, cataplasmes, épithèmes, huiles, etc. Dans cet antidotai-
re, huit épices entrent dans la composition de plus de 10 % des recettes.
L'antidotaire du manuscrit L. III.6 de la bibliothèque publique de
Bamberg (25) aurait été composé par un Allemand à la fin du IXe ou au
début du Xe siècle et, selon Rose, appartiendrait, comme l'antidotaire de
Reichenau, aux plus anciennes compilations effectuées en Allemagne pendant
cette période de transition qui va de l'Antiquité au Moyen-âge. Neuf épices
entrent dans la composition de plus de 10 % des formules, le poivre et le
safran dépassant même 40 %.
L'antidotaire de Reichenau (Codex Augiensis CXX) serait une production
du scriptorium de Reichenau, à la fin du IXe ou au début du Xe siècle (25).
Neuf épices entrent dans la composition de plus de 10 % des formules.
L'antidotaire T. 4.13 du Musée Hunterian, de Glasgow, est de la même
époque (25). Les caractères lombards indiquent que l'Italie en est le pays 146 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
d'origine. Il s'agit d'une vaste compilation de 475 formules provenant de
sources différentes. A côté de recettes provenant de médecins antiques, cet
antidotaire renferme de nombreuses recettes magiques, ce qui peut expliquer
que cinq épices seulement figurent dans plus de 10 % des recettes.
L'antidotaire du Codex Philippicus 1870 de Berlin (25), bien que de la
fin du XIe ou début du XIIe siècle, peut être rattaché aux antidotaires
présalernitains. Dix épices entrent dans la composition de plus de 10 % des
recettes, le poivre dépassant même 60 %.
Dans ces antidotaires, on constate que les épices les plus couramment
utilisées sont le poivre et le safran. Douze épices seulement, sur vingt-quatre,
sont mentionnées dans tous. Parmi les plus onéreuses, l'ambre n'est cité
qu'une fois et le musc deux fois ; en revanche, la scammonée et le safran
sont mentionnés dans tous, le safran entre même dans la composition de
47 % des recettes de l'Harleian il est vrai que ce recueil ne comprend que
quatorze formules d'antidotes, ce qui est, certes, peu pour effectuer une
statistique raisonnable.
A la même époque, et souvent dans les mêmes manuscrits, comme à
Saint-Gall ou à Bamberg, on trouve des recueils de recettes beaucoup plus
simples avec moins de composants et moins d'épices.
Nous avons ainsi examiné six réceptaires présalernitains :
les deux réceptaires du manuscrit 44 de Saint-Gall (27),
le réceptaire du manuscrit L. III.6 de Bamberg (27),
le du G.g.V.35 de la bibliothèque universitaire
de Cambridge (25),
le réceptaire du manuscrit 0.55 de la municipale de
Rouen (28),
le du 192 de la bibliothèque de Herten (29).
On constate, dans ces six réceptaires, des proportions beaucoup plus
faibles d'épices.
Les deux réceptaires de Saint-Gall figurent dans le même manuscrit
que l'antidotaire, mais si ce dernier mentionne dix-neuf épices de notre liste,
le réceptaire A n'en mentionne que huit et le réceptaire B dix. L'épice la
plus fréquemment mentionnée, le poivre, figure dans 10,3 % des formules
du A, tandis que dans le réceptaire B il ne concerne que 4,1 %
des formules.
Le réceptaire de Bamberg figure également dans le même manuscrit
que l'antidotaire, mais, alors que dix-sept épices sont mentionnées dans ce
dernier, il n'y en a que douze dans le réceptaire. Le poivre entre la
composition de 9 % des formules, contre 40 % pour l'antidotaire ; quant aux
épices les plus coûteuses, le safran et la scammonée, elles entrent respect
ivement dans 1,1 % et 0,5 % des formules du réceptaire, tandis que dans
l'antidotaire elles en représentent 41 % et 7 %.