Les fouilles du Sancta Sanctorum au Latran - article ; n°1 ; vol.20, pg 251-287
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Mélanges d'archéologie et d'histoire - Année 1900 - Volume 20 - Numéro 1 - Pages 251-287
37 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1900
Nombre de lectures 87
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Exrait

Ph Lauer
Les fouilles du Sancta Sanctorum au Latran
In: Mélanges d'archéologie et d'histoire T. 20, 1900. pp. 251-287.
Citer ce document / Cite this document :
Lauer Ph. Les fouilles du Sancta Sanctorum au Latran. In: Mélanges d'archéologie et d'histoire T. 20, 1900. pp. 251-287.
doi : 10.3406/mefr.1900.6221
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mefr_0223-4874_1900_num_20_1_6221FOUILLES DU SANCTA SANCTORUM LES
AU LATRAN
L'oratoire Saint- Laurent, connu aujourd'hui sous le nom
de chapelle du Sancta Sanctorum, est le seul débris de l'an
cien patriarchium du Latran qu'ait épargné le marteau des
démolisseurs. Cette circonstance seule suffirait pour attirer l'a
ttention des archéologues; mais il y a plus ici que l'intérêt
de curiosité qui s'attache aux vestiges de monuments disparus.
La chapelle est un des sanctuaires les plus célèbres de Iiome
et du monde entier; ne lit-on pas sur sa frise intérieure: Non
est in tato sanctior orbe locus? In trésor de reliques incom
parable et même étrange dans le détail y est en effet déposé,
depuis le XI" siècle au moins, ainsi que la fameuse icone aché-
Vil·!1' ropite du Christ qu'Etienne 1Γ, au siècle, porta en pro
cession pour conjurer l'invasion des Lombards. M η fi n la Scala
Santa, escalier en marbre de Paro s, que la Légende prétend
être celui du palais de Pilate à Jérusalem, y donne accès de
puis Sixte-Quint, et l'on sait toutes les indulgences que les
papes y ont attachées depuis Pascal IL Aussi n'est-il pas fa
cile d'exécuter des fouilles et des sondages au-dessous d'un
pareil sanctuaire. Je dois donc adresser l'hommage de ma gra
titude à Son Eminence le Cardinal Satolli qui a bien voulu
permettre les travaux (1) et remercier le Père Germano di
(1) Que j'ai dirigés et dont j'ai avancé les frais au nom de l'E
cole française.
Mélanges d'Ardi, et d' Hist. iüuo. 18 LES FOUILLES DU S ANC Τ A SANCTORUM 252
San Stanislao et le Père Vincenzo Vannutelli qui, par leur
bienveillant appui, m'ont permis de les mener à bien.
Les recherches ont eu deux objets:
1° Dégager les trois salles (1, 2, 3 du plan) situées au-
dessous des escaliers de la Scala Santa, où sont d'anciens pi
liers et des colonnes encore en place, et en rechercher le pa
vement.
2° Reconnaître la nature des fondations de la chapelle du
Sancta Sanctorum et déterminer la composition de l'énorme
base de maçonnerie mesurant 10rn X 13m sur laquelle cette l
égère chapelle est construite, sorte d'énigme que je ne sais quelle
superstition empêchait d'aborder.
Les travaux commencés au mois de mars n'ont pris fin
qu'en juin à cause des interruptions et des difficultés diverses
qui se sont produites (1).
I.
LES TROIS SALLES SISES SOUS LA SCALA SANTA.
Ces trois salles, à présent parfaitement aménagées, étaient
il y a quatre mois dans un tel état d'abandon qu'on pouvait
à peine ν pénétrer. Elles correspondent à V oratoire Saint- Gré
goire le Grand qui y existait au XVP siècle, au témoignage
de Panvinio (2). L'aire de cet oratoire est figurée dans le
plan de l'ancien patriarchium gravé par Contini et aussi dans
(1) Ces fouilles ont t'ait l'objet de communications au 2e Con
grès d'Archéologie Chrétienne le 19 avril (IIe Section) et à l'A-ca-
démie des Inscriptions et Belles-Lettres à la séance du l'r juin 1900.
(2) Panvinio, De Basilica, baptisterio et patriarchio £,ateranensi,.
ms. Vat. β 110. f° 165. LATRAN. 253 AU
^»- -tt. J] I;
ί yìA-j. ι η
Fi«. 1.
le plan unique conserve aux Archives Saint-Jean de Latran
dont nous devons la communication à l'extrême obligeance de
Mgr Galimberti. LES FOUILLES DU SANCTA SANCTORUM 254
En entrant par le couvent des Pères Passionistes on trouve
aussi, avant ces trois salles, une construction rectangulaire avec
deux fenêtres, l'une (A) rectangulaire (0m,80 X 0m,60) avec des
transennœ de marbre encore en place, et l'autre allongée, en
plein cintre (lm X 0m,40). C'est peut-être la base de l'ancien
clocher que l'on voit figuré sur les fresques de la Bibliothèque
Vaticane représentant le Scinda Sanctorum à l'époque de Sixte-
Quint.
Panvinio rapporte que, dans un " ancien rituel „ — sur lequel
malheureusement il ne nous apprend rien de précis, in vetusto
libro rituali — il a lu que ce vestïbulum situé devant les
édifices du Sancta Sanctorum, était appelé basilica ou Oratorium
S. Gregorii. Là, ajoute-t-il, il existe deux autels, l'un situé au
milieu de l'oratoire, l'autre appuyé à l'une des parois; et il sup
pose que ce second autel a été fondé par saint Grégoire lui-
même. Comme texte confirmant celui du Rituel, Panvinio déclare
qu'il n'en a pu retrouver aucun. Rasponi l'a copié textuellement,
sans le citer, dans son De basilica et patriarchio Lateranensi
(p. 355).
Sur le plan du Latran on peut constater facilement l'exac
titude de la trop courte description de Panvinio. Devant l'ora
toire du Sancta Sanctorum est en effet figurée une grande salle
rectangulaire occupant l'espace des salles modernes 2, 3 et 4 et
même empiétant un peu sur la chapelle actuelle du Saint-Sacre
ment (salle 5). Au milieu de cette grande salle un pilier, qui doit
être le pilier Ο situé au milieu de la salle 3, d'où partaient
deux arcs allant rejoindre deux pilastres ou piliers encastrés
dans les murailles. Au Nord se trouve une sorte de vestibule
qui correspond à la salle 1 actuelle ; on y voit figuré un autel
appuyé à la muraille. L'autel du milieu dont parle Panvinio
devait être adossé au pilier 0. Dans la paroi Nord de ce ves
tibule il existe une porte qui semble avoir été située soit entre AU LATRAS. 2δδ
les deux colonnes de cipolin que l'on voit aujourd'hui encastrées
dans la muraille, soit en dehors des colonnes, plus vers l'Est, à
l'endroit où l'on voit à présent l'amorce d'une baie (C du plan)
à cintre fortement surbaissé (de 0m, 68 de large sur lm,20
de haut). Cette porte conduisait dans un réduit plus petit, peut-
être la base du clocher que l'on voit figuré dans les anciennes
vues du Latran et que nous avons cru reconnaître dans ces rui
nes. Le vestibule (salle 1) communiquait avec la grande salle
rectangulaire par deux portes percées aux deux extrémités d'un
mur de séparation qui existe encore. Depuis Sixte-Quint il ne
restait plus qu'une porte; nous l'avons déplacée pour la com
modité de la visite du monument. L'ancienne porte s'ouvrait
plus vers l'Est.
Le sol de toutes ces salles a été remué jusqu'à trois mètres
de profondeur et aucune trace de pavement n'a été retrouvée,
mais on a mis au jour dans la salle 1 un mur orienté N.-S.
(OtH du plan), formé de blocs de tufs de 01", 75 environ de lon
gueur sur 0m, 50 de hauteur, assemblés sans ciment, vestige de
quelque édifice de l'époque républicaine. Un certain nombre de
débris d'époques très diverses ont été mis à jour :
1° Un fragment de colonne en marbre grec de lm, <">(> de
hauteur trouvé dans la salle 2 et que l'on a déplacé (F du plan).
2° Une petite urne funéraire sur la capsula de laquelle
on lit :
D · M
EGNATIAE · MIELITE
L - EGNATIVS
NARCISSVS · Ρ ATRO
ΝΑΕ · BENEMERENTI
C'est le n° 17122 des Inscriptions sépulcrales, C. 1. L., "VI,
IIP part., p. 1902, publié d'après Accurse, avec la mention: LES FOUILLES DU SAXCTA SANCTORUM 256
In horto Silvii aromatarii non procula Tib eri, regione Hare-
f° 45 v°) et d'après Boissard (ms. ■nulm (Arabros. D, 420,
f° 86 v°, Paris, p. 372, éd. 5, 56, Grut., 938, 10) avec Holm.,
la mention : In Hyperione apu-d Franciscum Lischam. Cette
urne a donc passé de la regio Harenulœ, près du Tibre, au
Latrati.
3° Un disque de marbre de 0m, 50 de diamètre avec les
armes papales gravées en creux ; les deux clefs en croix et au
dessus la tiare avec une seule couronne. Ce fragment serait
donc antérieur à la Captivité d'Avignon.
4° D'autres écussons pontificaux plus modernes.
5° Un fragment de frise avec feuillage, mesurant 0m, 30
de large sur 0m, 55 de hauteur.
6° Un petit chapiteau de marbre d'une hauteur de 0m, 18
dont le tailloir mesure 0m, 26 de côté. La corbeille est ornée
de feuilles de nénuphar grossièrement sculptées, et le tailloir
porte aux quatre coins des volutes recourbées. Ce chapiteau est
identique pour la forme et les dimensions à un autre
retrouvé récemment par M. Canizzaro dans les fouilles de Saint-
Sabas. Il se rapproche aussi des chapiteaux provenant de Porto
qui sont conservés au Musée chrétien du Latran, à l'entrée du
Vestibolo (1). Ce chapiteau a été retrouvé dans la salle 2 en
castré dans le mur qui fait face au pilier J. Il doit dater du Ve
ou du VIe siècle.
7° Un tympan de mosaïque en tiers-point portant au
milieu un agneau pascal en marbre blanc (XIIIe-XIVe s.).
8° Une vasque de marbre de forme arrondie d'un diamètre
de 0m, 50 et d'une hauteur de 0m, 28. Cette vasque a été trouvée
en Κ du plan au pied d'un pilier.
(1) De .Rossi, Bullettino di archeologia cristiana, a. 1866, pp. 87,
99; Marucchi,i?Miö5a del Museo Cristiano Later anense, p. 8. AU L ATRAN. 257
9° Une meule.
10° Une inscription de propriété des confrères du Sancta
Sanctorum qui date da XVIIe siècle.
11° Un fragment de cancel avec torsade tressée.
12° Une base de colonne engagée sous le mur des colon
nes DE auprès de la porte de la salle 1.
L'espace occupé actuellement par les trois salles et ancien
nement par l'oratoire Saint-Grégoire est divisé par des piliers
de maçonnerie également distants les uns des autres. De plus
dans le mur ISIord qui sépare la salle 1 du corridor commun
iquant avec le couvent des Pères Passionistes sont encastrées
deux colonnes. Il convient de décrire ces débris d'un édifice an
térieur et de rechercher à quelle partie de l'ancien patriar-
v Ivi uni ils peuvent correspondre.
[. Colonnes encastrées dans la muraille Nord. (D et Ë du
plan). — Ces deux colonnes sont encore eu place sur leurs bases,
couronnées de Leur architrave. Elles ont été vues et relevées
par M. liohault de r/leury (1); nous les avons dégagées davan
tage de la muraille. Les deux fûts en marbre eipolm et galbés
sont d'inégales dimensions: l'un, le plus petit (à l'Est), mesure
IV", (>O, l'autre IV", 80. Leurs liases sont aussi de profils diffé
rents. Tontes deux consistent essentiellement en un cavet bordé
de deux listels et encadré de deux tores, mais le cavet de la
base Est est plus large (0'", 07 au lieu de 0m,05) et son tore
supérieur est plus réduit comparativement à son tore inférieur
qui porte à faux sur la partie droite. La hauteur de la base
Ouest est de 0"',.'U, la largeur de 0m, 60. La hauteur de la
base Est est de 0l", 22 seulement; aussi le chapiteau de la co
lonne, qu'elle supporte, est-il surmonté d'un dais pour atteindre
à l'architrave. L'entrecolonnement est de deux mètres. Les cha-
(1) E,ohault de Fleury, Le Latran au Moyen Age, p. 378-379. 258 LES FOUILLES DU SANCTA SANCTORUM
piteaux très bas (0m, 20 de hauteur) et de style grossier sont
simplement ornés de rez-de-cœur, d'oves et de perles, avec quatre
volutes décorées de petits traits; l'architrave mesure environ
0m, 30 d'épaisseur et il y reste fixé un anneau de fer qui servait
soit à attacher le velum soit à suspendre une lampe.
Ces deux colonnes sont les débris d'un portique. Comme la-
ligne sur laquelle elles se trouvent placées correspond à la fa
çade du patriarcliium telle que nous la font connaître les plans
du XVIe siècle, on peut conclure qu'elles appartiennent à la
façade primitive. On constate en effet que la banquette de ma
çonnerie sur laquelle elles reposent se prolonge assez loin, le-
long du mur, vers l'Ouest.
II. Les piliers. — Les piliers sont de deux formes, les uns
rectangulaires, allongés dans le sens N.-S., les autres sensibl
ement carrés. Une seule rangée paraît avoir été formée de pi
liers rectangulaires, c'est la plus voisine de la colonnade. Ces
piliers (de lm, 15 sur lm, 20 de côté) sont formés de petits blocs
de tuf, de pépérin et de débris de marbre mal taillés, le tout
stuqué avant d'être mis en place, et recouvert d'un enduit sur
lequel ont été peintes des fresques dont il subsiste des frag
ments intéressants.
On ne peut songer à retrouver dans la position de ces pi
liers le plan basilical (1). Il y en a trois rangées également
espacées les unes des autres, et on n'y peut par suite reconnaître
ni nef centrale, ni bas-côtés. Les piliers s'évasent vers le haut
pour former des voûtes d'arête très reconnaissables encore, bien
qu'elles aient été coupées par les constructions de Sixte-Quint;
elles ont à la clef 5m, 95 de hauteur dans la salle 3 qui est à
un niveau inférieur de 0rn, 40 à celui des deux salles précé-
(1) Dans le sens N.-S. ils sont espacés de 4m, 90 environ, et dans
la direction E.-O. de 4m,20 seulement. AU LATRAN. 259
dentés. Ces voûtes qui sont évidemment contemporaines des pi
liers, sont d'égale hauteur, et cela est encore une preuve qu'il
n'y a pas eu de voûte centrale plus élevée que celle des bas-
côtés, c'est-à-dire que ce n'était pas une basilique. Il est donc
à supposer que primitivement ces piliers appartenaient à quelque
grande salle, à quelque vestibule ou portique.
Or, si l'on recherche dans les textes des renseignements sur
cette partie du patriarchvum qui avoisinait le Sancta Sanctorum,
on trouve que, précisément à cet endroit, fut édifié au IX<! siècle
un vaste portique. Léon III éleva non loin de l'oratoire Saint-
Laurent son célèbre triclinium et restaura cette partie du por
tique qui s'étendait du campo, c'est-à-dire depuis la place Saint-
Jean, jusqu'au delà des imagines apostoïorum, vers J'oratoire
Saint-Laurent; il le reconstruisit de fond eu comble, refit le
dallage de marbre, les voûtes, la terrasse (solar rum), le toit,
et l'orna intérieurement de peintures magnifiques :
Macronam vero ipsius Lateranensis patriarchii, quaj extenditur
a campo et usque ultra imagines apostolorum, qua; ρ ru-1, nimia vetus-
tate ruitura erant, a ruudamentis simul et sarta tecta necnori <;fc so
larium ab imo usque ad summum no ν ι ter restau ravit, et in mnlius
firrnissimis marmoribus stravi t, atque cameram ipsius macroua; no-
viter i'ecit et diversis istoriis pictura mirifico decoravit (1).
Grégoire IV fît aussi d'importantes restaurations dans cette
partie du pa.triarcldum. Il y construisit un trielimum dont M. Ro-
hault de Fleury paraît avoir retrouvé des vestiges (2). Π réé
difia une grande partie des constructions qui avoisinent l'oratoire
Saint-Laurent; il peut avoir terminé les édifices commencés par
Léon III :
Igitur post ha-ic omnia quan superius riedificata leguntur, de ajdi-
ficiis jam dirutis et prte magnitudine temporum pene casuris qute in-
(1) Lib. Pont., éd. L. Duchesne, II, 28, 29.
(2) Lib. Font., II, 76, 81; Ptohault de Fleury, Le Latran., pp. 78,
386, pi. IV.