Les mutations du vocabulaire latin des chartes au XIe siècle. - article ; n°1 ; vol.155, pg 119-148

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Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1997 - Volume 155 - Numéro 1 - Pages 119-148
30 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1997
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Langue Français
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Benoît-Michel Tock
Les mutations du vocabulaire latin des chartes au XIe siècle.
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1997, tome 155, livraison 1. pp. 119-148.
Citer ce document / Cite this document :
Tock Benoît-Michel. Les mutations du vocabulaire latin des chartes au XIe siècle. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1997,
tome 155, livraison 1. pp. 119-148.
doi : 10.3406/bec.1997.450861
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1997_num_155_1_450861Résumé
Les bases de données informatisées permettent de renouveler l'étude du vocabulaire médiéval. Des
approches complémentaires sont ici tentées sur la base des documents issus de l'actuelle Belgique et
du nord de la France. Le calcul de la fréquence d'un terme permet une première appréciation, qui
demande cependant des études complémentaires. L'examen approfondi d'un terme (ici mené sur
excommunicatio, immutabilis, malefactor, notificare, proclamatio) permet de replacer utilisation de celui-
ci dans son évolution sémantique et dans celles des pratiques diplomatiques. Mais un terme isolé est
trop pauvre: c'est plutôt l'évolution d'un vocabulaire que l'on doit globalement étudier (ici avec le
vocabulaire de l'acte écrit et du château). Une dernière approche repose sur analyse de documents
particuliers (ici pour un acte du chapitre de Saint-Omer en 1016).
Zusammenfassung
Der Einsatz von Datenbanken eröffnet neue Möglichkeiten für mediävistische Wortschatz studien. Auf
der exemplarischen Grundlage von Dokumenten aus dem Raum des heutigen Belgien und
Nordfrankreich werden einzelne, aufeinander bezogene Herangehensweisen dargestellt. Einen ersten
Ansatz bieten quantifizierende Verfahren. Darauf aufbauend können einzelne Begriffe im Detail
betrachtet werden (hier am Beispiel von excommunicatio, immutabilis, malefactor, notificare,
proclamatio. Ziel ist es, die Position der jeweiligen Wörter in ihrer semantischen Entwicklung und in ihrer
über die Zeit variierenden Verwendung im Urkundenwesen zu bestimmen. Ein Einzelwort jedoch birgt
nur unzureichende Aussagen: Man muß also darüber hinaus Wortfelder in ihrer Gesamtheit analysieren
(hier am Beispiel der Wortfelder des Urkundenwesens und der Burgenarchitektur). Ein letzter Ansatz
bemüht sich um die umfassende Wortschatzanalyse ausgewählter Dokumente (hier am Beispiel einer
Urkunde des Kapitels von Saint-Omer 1016).
Abstract
Computer databases offer new opportunities for the study of mediaeval vocabulary. The author
suggests various complementary lines of approach, tested on documents from present-day Belgium and
the North of France. By measuring the frequency of term, one can gain first a evaluation which should
however be submitted to further examination. Through close scrutiny, the use of particular words (e. g.,
in this article, excommunicatio, immutabilis, male factor, notificare, proclamatio) may be situated in
relation to their semantic evolution and the development of diplomatic practices. Nevertheless, a single
term is not enough: a more comprehensive study should cover the global evolution of specific groups of
words (e.g., vocabulary concerning the written document or the castle). Yet another possible approach
is the exhaustive study of one particular document (in this case, a deed of the chapter of Saint-Omer in
1016).Bibliothèque de l'École des chartes, t. 155, 1997, p. 119-148
LES MUTATIONS DU VOCABULAIRE LATIN
DES CHARTES AU XIe SIÈCLE
par
Benoît-Michel TOCK
Une charte, c'est d'abord un texte, c'est-à-dire des mots, et donc un voca
bulaire. Parce qu'il reflète la société, l'économie, les institutions, la vie reli
gieuse..., qui lui sont contemporaines, parce que aussi, et peut-être plus
encore, il reflète les préoccupations de ceux qui le manient, ce vocabulaire
forme un remarquable champ d'études. Non seulement comme moyen, uti
lisé à côté d'autres par les historiens pour obtenir une image d'une société
passée, mais surtout parce qu'il est le vecteur par lequel les chercheurs
entrent, ou essayent d'entrer, dans les consciences et les inconscients médié
vaux. Un fait le prouve : les grands débats qui agitent actuellement le petit
monde des médiévistes à propos des pouvoirs publics au haut Moyen Age,
de la féodo-vassalité, de la chevalerie..., tournent autour de problèmes de
compréhension du vocabulaire. Vocabulaire que, tout le monde en convient,
il faudrait mieux connaître.
Or, cela devient possible grâce aux bases de données informatisées : un
corpus de textes homogène et assez large renseigne bien mieux, et plus sûre
ment, que des lectures dispersées et des index rerum plus ou moins bien
établis, puisque tout le vocabulaire des textes concernés est immédiatement
accessible1. Avec cependant certaines réserves, sur lesquelles on revien-
1. Une problématique générale sur ce sujet a été définie par Michel Parisse, A propos
du traitement automatique des chartes : chronologie du vocabulaire et repérage des actes sus
pects, dans La lexicographie du latin médiéval et ses rapports avec les recherches actuelles sur
la civilisation du Moyen Âge (Paris, 18-21 octobre 1978), Paris, 1981 (Colloques internati
onaux du C.N.R.S., 589), p. 241-249. Voir aussi Hervé Martin, Mentalités médiévales,
XI'-XV* siècle, Paris, 1996 (Nouvelle Clio), spec. « L'outil linguistique », p. 51-76, et deux
études thématiques du regretté Leopold Genicot, Sur la survivance de la notion d'Etat dans
l'Europe du nord au haut Moyen Âge: l'emploi de 'publicus' dans les sources belges anté
rieures à l'an mil, dans Institutionen, Kultur und Gesellschaft im Mittelalter, Festschrift für
Josef Fleckenstein zu seinem 65. Geburtstag, éd. Lutz Fenske, Werner Rösener et Thomas
Zotz, Sigmaringen, 1984, p. 147-164; Sur le vocabulaire et les modalités de l'avouerie avant
l'an mil dans la Belgique actuelle, dans L'avouerie en Lotharingie, Luxembourg, 1984 (Publi
cation de la section historique de l'Institut Grand-Ducal de 98), p. 9-32.
Benoît-Michel Tock, maître de conférences à l'université Strasbourg-II, U.F.R. des sciences
historiques, Palais universitaire, F-67084 Strasbourg Cedex. BENOÎT-MICHEL TOCK B.É.C. 1997 120
dra. La présente étude voudrait montrer l'intérêt et les limites de la démarche,
en s'appuyant sur quelques cas concrets.
Pour les textes diplomatiques, deux bases de données sont proches de
leur achèvement et permettent déjà des interrogations.
L'Artem (Atelier de recherche sur les textes médiévaux, laboratoire du
C.N.R.S. et de l'université Nancy-II) a pour principal sujet d'étude dipl
omatique les chartes originales antérieures à l'an 1121, conservées en France.
Il en a constitué une triple base de données : photographies, analyse, texte.
Proche de son achèvement, ce travail réunit plus de 4 700 chartes, dont
4 195 se prêtent d'ores et déjà à des études de vocabulaire. Les actes con
cernent donc l'ensemble de la France actuelle, mais ne reprennent que les
documents originaux. L'avantage, c'est que le vocabulaire est sûr — pour
autant évidemment que les problèmes de datation et de critique d'authentic
ité permettent d'être sûr en la matière. L'inconvénient, c'est que l'on ne
peut étudier le vocabulaire que dans les chartes qu'une heureuse fortune
a conservées en original jusqu'à nos jours.
Le Cetedoc (Centre de traitement électronique des documents, rattaché
à l'Université catholique de Louvain, à Louvain-la-Neuve) a enregistré tous
les textes « belges » édités antérieurs à 1200 2, y compris les textes diplo
matiques, qui sont actuellement au nombre d'environ 5 400 3. La limite est
ici celle de l'édition, mais cette limite n'est pas grave : la plupart des char-
triers de la région concernée ont été édités. L'inconvénient, c'est que de
bonnes et de mauvaises éditions, des éditions établies à partir de bons ou
de mauvais états de la tradition manuscrite s'y trouvent mélangées4. C'est
ce corpus qui a servi de base de travail principale, du fait des listes perfec
tionnées que j'ai pu en obtenir5. La base de l'Artem a permis de complé-
2. Dans le cadre d'un projet plus large de constitution d'un dictionnaire du latin médiéval
de Belgique. Au côté des textes diplomatiques, les textes narratifs ont donc été eux aussi
enregistrés. Par textes « belges », il faut entendre, pour les documents diplomatiques, les
chartes données ou reçues par des institutions situées dans le cadre territorial de l'actuelle
Belgique : le Luxembourg a été annexé à cette Belgique ainsi que, dans une faible mesure,
le nord de la France. La qualification de « belge », bien évidemment anachronique, est rete
nue par facilité.
3. Pour des raisons techniques, l'important Liber traditionum de l'abbaye Saint-Pierre de
Gand (éd. Arnold Fayen, Liber traditionum Sancti Pétri Blandiniensis, Gand, 1906) a malheu
reusement été retiré provisoirement de la base de données. Sur le document, Maurits Gysse-
ling et Anton C. F. Koch, Diplomata belgica ante annum MC scripta, t. I, Bruxelles, 1950,
en attendant la publication de la thèse consacrée par Georges Declercq aux chartes de
l'établissement.
4. Cet inconvénient est assez largement atténué par la collation qui a été faite de nombre
de ces actes avec les originaux subsistants, voire avec des copies de cartulaires.
5. Le professeur Paul Tombeur, directeur du Cetedoc, m'a permis d'utiliser les ressources 1997 LE VOCABULAIRE LATIN DES CHARTES 121 B.E.C.
ter l'information, et de voir si la situation « belge » était ou n'était pas originale.
Avant toute autre chose, il convient de mesurer l'ampleur de la base de
données de Louvain.
Nombre
Période Nombre Nombre de formes
de formes6 d'actes différentes
VIIe-Xe siècle 501 149 985 20 978
XIe siècle 525 176 453 27 074
XIIe 4 402 1 209 223 76 191
On ne s'étonnera évidemment pas de l'augmentation du nombre d'actes.
On peut relever accessoirement que le XIe siècle est la période où les actes
sont les plus longs (336 formes en moyenne par acte, contre 299 pour la
période précédente et 274 pour la période suivante). Son vocabulaire est
plus riche que celui du VIIe au Xe siècle, mais nettement moins que celui
du XIIe. Même en tenant compte du fait que ces chiffres intègrent aussi les
noms propres, on peut constater qu'on est, au XIe siècle, dans une période
d'expansion et d'enrichissement du vocabulaire.
Un autre enseignement de ce tableau est que, lorsqu'on comparera la fr
équence des lemmes, il faudra tenir compte de la différence relevée quant
au nombre de formes pour les différentes périodes : si le nombre total de
formes est à peu près équivalent pour la période du VIIe au Xe siècle et pour
le XIe siècle, il leur est environ huit fois supérieur pour le XIIe siècle.
I. Les données brutes.
La première question à se poser, c'est de voir en quoi le vocabulaire change.
Quels mots — ou plutôt quels lemmes 7 — apparaissent pour la première
informatiques du centre. Christian Ruell, informaticien au Cetedoc, a élaboré plusieurs in
struments de travail avec sa compétence et sa serviabilité coutumières. Qu'ils en soient tous
deux vivement remerciés.
6. On rappellera qu'une forme est un mot tel qu'il se présente dans un texte, en relation
avec une entrée possible dans un dictionnaire. L'expression servus servorum Dei contient ainsi
trois formes : servus, servorum et Dei; vobiscum en contient deux : vobis et cum.
7. Par « lemme », on entend une forme choisie comme adresse dans un lexique. Pour
vobiscum, par exemple, les lemmes sont vos et cum (praepositio). 122 BENOÎT-MICHEL TOCK B.É.C. 1997
fois dans le corpus retenu au XIe siècle ? Quels sont ceux, au contraire, qui
disparaissent à cette époque 8 ?
Les choses n'étant pas souvent aussi tranchées, on regardera ensuite quels
mots sont utilisés plus au XIe qu'aux VIIe-Xe siècles, ou moins sou
vent.
1. Les lemmes qui apparaissent au XIe siècle. — D'après les relevés provi
soires que j'ai pu faire, les lemmes qui apparaissent au XIe siècle sont au
nombre de 36. Deux facteurs pourraient modifier ce chiffre : d'une part,
le corpus qui a servi de base à cette étude n'était pas encore achevé, car
tous les actes n'y étaient pas intégrés; d'autre part, le travail a été effectué
sur une liste alphabétique des formes et l'on a donc dû procéder à une « lem
matisation » rapide, en regroupant sur cette simple liste (dépourvue de con
texte) les formes issues du même lemme. Il fallait relever, par exemple, toutes
les formes conjuguées d'un verbe, et toutes les variantes orthographiques
possibles, en n'oubliant pas de tenir compte des homographes. N'avoir pu
disposer de lemmatisation, et n'avoir pu en élaborer une, a sans aucun doute
engendré des erreurs et des oublis. Le présent travail sera donc, d'une cer
taine manière, à reprendre lorsqu'on disposera d'une concordance lemma-
tisée de l'ensemble des chartes « belges ».
Fallait-il publier des listes imparfaites ? Malgré des hésitations, on a décidé
de le faire : même imparfaites, elles fournissent un ordre de grandeur et
permettent au lecteur de parcourir un assez grand nombre d'exemples conc
rets... avec à la clé, peut-être, la tentation d'essayer d'en savoir plus sur
l'évolution de tel ou tel mot. Voici donc la liste alphabétique des lemmes
dont le premier emploi dans les textes diplomatiques « belges » date du
XIe siècle.
8. On écarte de toute façon les mots outils, comme et, eapropter... Non qu'ils ne méritent
aucun intérêt : leur usage peut refléter des manies de rédacteurs, ou peut-être d'écoles. En
ce sens, ils devraient être comparés avec leurs homologues des textes narratifs, pour voir
si les évolutions sont identiques et simultanées. Mais ils ne touchent qu'indirectement le con
tenu même des actes (formules et action juridique), sur lequel on souhaite centrer ici l'atten
tion. Ont également été écartés, mais la chose va de soi, les noms propres. Les adverbes
dérivés d'adjectifs (p. ex. honorifice) ont été étudiés, mais séparément des adjectifs d'ori
gine. Il en va de même des formes adjectivées ou substantivées des participes (comme sanctus). B.É.C. 1997 LE VOCABULAIRE LATIN DES CHARTES 123
VIIe-Xe siècle XIe siècle XIIe siècle Lemmes
0 12 28 Accuso, -are
Accusatio 0 4 3
Accusator 0 6 4
0 0 Altariolum 4
0 14 16 Animadverto, -ere
Animadversio 0 5 25
Bercaria 0 18 87
Chorepiscopus 0 3 4
Civis 0 6 76
Claustralis 0 6 25
0 14 27 Condescendu, -ere
Dapifer 0 28 300
0 9 23 Definitio
0 Dissensio/dissentio 5 37
Diutinus 0 4 23
0 67 Emancipo, -are 5
Fundator 0 8 52
Furnus 0 7 52
Gladium 0 20 94
0 5 66 Gravo, -are
Immutabilis 0 7 25
Lapis/lapideus 0 6 54
0 8 48 Loco, -are
0 Majoria 2 12
Malefactor 0 6 89
Memorabilis 0 5 9
Memorialis 0 7 48
0 16 72 Notifico, -are
0 8 92 Obligo, -are
0 Oblivio 11 276
Parochianus 0 9 190
Pasnagium 0 3 17
0 4 34 Proclamo, -are
Procurator 0 7 47
Thesauraria 0 6 12
0 Vexo, -are 6 71 BENOIT-MICHEL TOCK B.E.C. 1997 124
Une première conclusion qui se dégage de l'examen de ce tableau porte
sur la rareté des termes concernés : on ne peut pas dire que la diplomatique
du XIe siècle innove beaucoup en la matière 9.
Ces innovations se répartissent de manière à peu près égale en plusieurs
catégories : termes du vocabulaire ecclésiastique (altariolum, chorepiscopus,
claustralis, parochianus, thesaurarid), juridique (accusatio, accusator, accuso,
emancipo, obligo), institutionnel (civis, dapifer, procurator), seigneurial (ber-
caria, furnus, majoria, pasnagium) et diplomatique 10 (definitio, immutabi-
lis, malefactor, memorabilis, memorialis, notifico, oblivio, proclamo, vexo).
2. Les lemmes qui disparaissent au XIe siècle. — La recherche inverse, celle
des lemmes qui ne sont plus attestés au XIe siècle (mais qui peuvent se retrou
ver au siècle suivant), donne la liste qui suit.
VIIe-Xe siècle XIe siècle XIIe siècle Lemmes
Actor 8 0 2
Coenobita 13 0 0
Cessio 5 0 1
Inexquisitus 12 0 0
Ingenuilis 17 0 0
28 0 6 Irrumpo, -ere
12 0 24 Mensuro, -are
Vasallus 8 0 1
Vassus 3 1 0
Cette liste est beaucoup plus courte que celle des lemmes qui apparaissent
au XIe siècle, phénomène normal en période d'expansion du vocabulaire.
Irrumpo et mensuro sont les lemmes dont la présence dans cette liste est la
plus étonnante. Ce n'est certes pas un hasard si le XIIe siècle les utilise à
nouveau. On ne s'étonnera pas de la disparition de vassus ou de vasallus
9. Cette observation, un peu surprenante au regard de la différence que l'on relevait quant
au nombre de formes différentes (20 978 jusqu'en l'an mil, puis 27 074 de 1000 à 1 100 :
mais la différence s'explique par le passage du comptage des formes à celui des lemmes,
et par la mise à l'écart des noms propres), est en quelque sorte corroborée par celle que
l'on peut faire pour le XIIe siècle : une cinquantaine de lemmes nouveaux seulement.
10. Vocabulaire diplomatique, au sens où ces termes sont utilisés majoritairement dans
les parties les plus spécifiquement diplomatiques des actes, c'est-à-dire le protocole, le préamb
ule, la notification, la clause comminatoire, la corroboration et l'eschatocole. 1997 LE VOCABULAIRE LATIN DES CHARTES 125 B.E.C.
(termes qui s'effacent dès la fin du IXe siècle au profit de homo, fidelis, voire
miles), pas plus d'ailleurs que d'inexquisitus, issu des anciennes formules
de pertinence.
3. Les lemmes dont l'usage s'intensifie. — Sans être de vraies nouveautés
dans les chartes du XIe siècle, certains lemmes y sont nettement plus utili
sés qu'avant l'an mil. On trouvera ci-dessous des listes des lemmes employés
au moins trois fois plus souvent au XIe siècle qu'auparavant, pour un nombre
total de chartes et une masse totale d'occurrences qui n'ont que légèrement
augmenté. Pour faciliter le commentaire, les lemmes ont été ici regroupés
par séries thématiques.
Lemmes VIIe-Xe siècle XIe siècle XIIe siècle
a. Le vocabulaire diplomatique.
4 25 38 Damno, -are
Dispositio 4 16 97
Illibatus 4 12 319
1 7 44 Imprimo, -ere
Maledictio 4 31 95
9 43 541 Mando, -are
Pagina 17 69 1269
Posteritas 13 45 113
19 66 154 Violo, -are
Violator 2 9 63
b. Le vocabulaire juridique.
1 9 65 Adjudico, -are
Altercatio 1 4 30
Conditio n 20 102 516
Conventio 4 22 249
11. Ce lemme a trois significations très distinctes : la création (et par extension l'état de
ce qui a été créé, la condition humaine), l'assaisonnement (le condiment) et, mais c'est là
un sens purement médiéval (et pas seulement scolastique, comme l'indique Albert Biaise,
Lexicon latinitatis medii aevi, Turnhout, 1975, p. 225), la condition. Je n'ai pas distingué
ici ces trois sens, dont seul le troisième nous intéresse, mais on peut supposer que dans
les chartes le deuxième est absent, le premier rare. BENOÎT-MICHEL TOCK B.E.C. 1997 126
Curia 2 18 612
9 87 Idoneus 478
2 11 77 Injungo, -ere
Injuria 3 30 294
Injuriosus 1 10 23
Injustitia 1 12 80
Justitia 14 93 1206
2 23 170 Lego, -are
Particeps 5 29 191
Placitum 8 76 258
Probabilis 3 11 98
Proclamatio 1 6 12
Querimonia 1 14 157
2 11 136 Reclamo, -are
Testimonium 24 136 1063
c. Le vocabulaire de la seigneurie et de la féodo-vassalité •
Advocatio 3 58 152
Allodium 1912 39 238
Bannum 14 62 420
Capitalis 2 12 87
Comitissa 5 88 502
Exactio 8 51 667
Feodum 1 34 931
Hospes 5 84 219
Investitura 1 10 120
Mensura 4 32 653
Miles 20 113 714
Nobilitas 5 17 23
Palefredus 1 12 30
Scabinus 2 13 738
Vadimonium 5 29 82
3 42 Villicus 577
d. Le vocabulaire ecclésiastique.
Altare 54 444 2569
Anniversarius 9 38 430
Atrium 2 20 184