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Les Nouvelles de Thomas Hardy. Choix stratégiques d’une écriture sous contrainte, Narrative discourse and strategic choices in Thomas Hardy’s short stories : the text versus the « Victorian frame of mind »

De
526 pages
Sous la direction de Michel Morel
Thèse soutenue le 24 avril 2009: Nancy 2
Thomas Hardy souhaitait que l’on se rappelât de lui comme poète. Sa réputation fut cependant bâtie sur ses romans. Partant de là, ses nouvelles, à la fois proches et différentes de sa production romanesque et poétique, offrent une perspective unique sur l’ensemble des écrits. Cette thèse se propose ainsi d’étudier les choix d’écriture en matière de discours narratif et de posture du narrateur. Il s’agit de comprendre de quelle façon les nouvelles, négligées au moins jusqu’aux travaux récents de Kristin Brady (The Short Stories of Thomas Hardy. Tales of Past and Present, 1982) et de Martin Ray (A Textual History of Hardy’s Short Stories, 1997), s’insèrent dans l’oeuvre et y trouvent leur juste place. Des analyses, menées au moyen de la narratologie de Genette ainsi que de la théorie de l’énonciation, montrent qu’une stratégie d’ensemble régit les choix en direction du narrateur. Il apparaît que toute ambivalence ou signe contradictoire surgissant ça et là relève encore de cette stratégie, laquelle est au service du projet d’écriture : raconter une histoire tout en faisant état de ce que Hardy nomme « les relations entre les sexes ». Au vu des contraintes et des codes auxquels la fiction et plus particulièrement le roman, doit se plier au cours de la période victorienne, une telle ambition semblerait vouée à l’échec, n’était la liberté offerte par la nouvelle, un genre dont l’étude formelle est alors en cours de développement. Au cours de l’étude, les nouvelles, en raison des différentes stratégies narratives qu’elles développent, émergent comme un espace médian faisant lien entre les romans et les poèmes : les premiers relèvent d’un genre alors trop codifié, et les seconds sont le lieu d’une liberté que l’auteur juge totale : « Perhaps I can express more fully in verse ideas and emotions which run counter to the inert crystallized opinion ».1 Au final, les nouvelles apparaissent comme une part essentielle de l’oeuvre, à égalité avec les romans et les poèmes qu’elles mettent en dialogue. Leur étude permet de comprendre les raisons qui ont incité l’auteur à mettre fin à sa carrière de romancier, alors même qu’il a poursuivi la rédaction de nouvelles jusqu’au début du vingtième siècle. Elle explique aussi pourquoi seule la poésie permettait à Hardy d’accomplir sa mission de raconteur d’histoires et d’observateur de la société de son temps. Enfin, et ce n’est pas le moindre de leur intérêt, les nouvelles offrent une occasion rare de considérer de plus près la figure qui abrite ce qui est communément appelé « l’auteur dans le texte ».
-Thomas Hardy
-Discours direct libre
-Autodiégétique
-Stratégie narrative
Thomas Hardy wanted to be remembered as a poet. His reputation, however, was built on his novels. In light of this, his short stories, both different from, and similar to, his novels and his poetry stylistically, offer a unique perspective on his writing as a whole. Accordingly, the purpose of this thesis is to study the choices the author made as regards the narrator’s posture and discourse. It ultimately aims at understanding how the short stories, long neglected and only quite recently brought into a new light by Kristin Brady’s The Short Stories of Thomas Hardy. Tales of Past and Present (1982) and Martin Ray’s A Textual History of Hardy’s Short Stories (1997), fit into the complete body of Hardy’s works. Analyses permitted by Gérard Genette’s theory of narratology and the French enunciation theory reveal that an overall strategy governs all the choices pertaining to the narrator, and that any contradictory or ambivalent sign is just part and parcel of that general scheme: to tell a story while offering the reader a snapshot of what Hardy called « the relation of the sexes ». Given the requirements that fiction, and more particularly the novel, had to meet in Victorian times, such a plan appears doomed to fail, were it not for the elbow room enabled by the short story, then a nascent genre. In the course of the study, Hardy’s short stories emerge as a middle ground between his novels and his poems in terms of the various narrative strategies they make it possible for the author to develop. By comparison, the novel is at that time far too coded as a genre to allow such liberties, and poetry is a completely free ground where Hardy can « express more fully […] ideas and emotions which run counter to the inert crystallized opinion ».2 Eventually, the short stories appear an essential part of Hardy’s works, on equal terms with his novels and his poems. They shed bright light on the reason why Hardy decided to put an end to his career as a novelist whereas he went on writing short fiction until the turn of the century. They also make it clear in what sense only poetry could fit what he wanted to accomplish both as a storyteller and as an observer of the society of his time. Last but not least, the short stories offer a rare opportunity to look closer to the figure which lies behind what we call « the author-in-the-text ».
Source: http://www.theses.fr/2009NAN21005/document
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UNIVERSITE DE NANCY II
U. F. R. de Langues et Cultures Etrangères Département d’Anglais

THESE DE DOCTORAT (Nouveau Régime) Discipline : Littérature anglaise




Les Nouvelles de Thomas Hardy.
Choix stratégiques d’une écriture sous contrainte




présentée par
Nathalie BANTZ


sous la direction de
M. le Professeur Michel MOREL



Jury :
Madame Isabelle Gadoin (Maître de Conférences, Paris 3)
Madame Fabienne Garcier-Dabrigeon (Professeur, Lille 3)
Monsieur Michel Morel (Professeur, Nancy 2)
Madame Annie Ramel (Professeur, Lyon 2)


Avril 2009
1











L‘idée qu‘un texte peut être définitif
relève de la religion ou de la fatigue.

Jorge-Luis Borges
2 TABLE DES MATIERES

Remerciements……………………………………………………………………………………………….5
Liste des abréviations…………………………………………………………………………………….7
INTRODUCTION…………………………………………………………………………………………..8
PREMIERE PARTIE :
Thomas Hardy et le texte de nouvelles : jubilation de la forme………………..15
I. La structure narrative : schémas narratifs et inconstance de la forme….16
1. Schéma 1………………………………………………………………………………………….19
2. Schéma 3………………………………………………………………………………………….26
3. Schéma 4………………………………………………………………………………………….36
4. Schéma 2………………………………………………………………………………………….44
5. Schéma 5………………………………………………………………………………………….54
6. Le cas de « A Changed Man », nouvelle polymorphe……………………..60
II. Les cinq schémas narratifs : conclusion………………………………………………….65
DEUXIEME PARTIE :
Thomas Hardy et le texte de nouvelles : le narrateur entre présence et
absence ?.........................................................................................80
I. Un narrateur discret ?.....................................................................82
1. Le narrateur : géniteur ou passeur ?.........................................83
2. Le texte de nouvelles comme microcosme idéal…………………………….92
II. Prolifération narrative…………………………………………………………………………….100
1. Prolifération narrative diachronique………………………………………………102
a. Dimension diachronique du récit………………………………………………..102
b. Conclusion……………………………………………………………………………………134
2. Prolifération narrative synchronique……………………………………………..141
a. Intertextualité……………………………………………………………………………..143
b. Hétéroglossie……………………………………………………………………………….184
a) Le discours de personnage : les formes indirectes……………….184
b) La zone de personnage………………………………………………………….248
c) La narration autobiographique (NPR)…………………………………..254
3. Prolifération narrative : conclusion……………………………………………….272
III. Le discours narratif : polymodalité et instabilité du texte………………….277
IV. L‘indétermination…………………………………………………………………………………..302
V. Conclusion……………………………………………………………………………………………….324
3 TROISIEME PARTIE :
Langue narrative et saillances…………………………………………………………………..328
I. Préambule……………………………………………………………………………………………….329
II. Les saillances du narrateur339
1. Les italiques…………………………………………………………………………………..341
2. Parenthèses et tirets……………………………………………………………………..361
3. Le péritexte……………………………………………………………………………………404
4. Masques…………………………………………………………………………………………425
III. Conclusion…………………………………………………………………………………………….435
CONCLUSION GENERALE……………………………………………………………………….440
ANNEXES…………………………………………………………………………………………………..462
Annexe A. Glossaire …………………………………………………………………………………..463
Annexe B. Les schémas narratifs……………………………………………………………….465
Annexe C. Annexe bibliographique…………………………………………………………….468
1. Les nouvelles dans l‘œuvre……………………………………………………468
2. Recueils et publications………………………………………………………….469
Annexe D. Classement générique des textes…………………………………………….474
Annexe E. Repérage chronologique……………………………………………………………477
Annexe F. Nouvelles et recueils, classement de 1912……………………………….481
Annexe G. « The Angel in the House », extrait………………………………………….483
Annexe H. « Domicilium »………………………………………………………………………….484
Annexe I. « Her Dilemma »……………………………………………………………………….486
Annexe J. « A Poor Man and a Lady »……………………………………………………….487
Annexe K. « When I Set Out for Lyonnesse »……………………………………………489
Annexe L. « She at His Funerals »……………………………………………………………..490
Annexe M. « Tess‘s Lament »…………………………………………………………………….491
Annexe N. « On Martock Moor »……………………………………………………….........493
Annexe O. « A Trampwoman‘s Tragedy »…………………………………………………495
Annexe P. « The Torn Letter »…………………………………………………………………..500
Annexe Q. « A Dream or No »……………………………………………………………………502
Annexe R. « He Fears His Good Fortune »…………………………………………………503
Annexe S. « Imaginings »………………………………………………………………………….504
BIBLIOGRAPHIE………………………………………………………………………………………505
INDEX…………………………………………………………………………………………………………517
4 REMERCIEMENTS

Mes remerciements les plus chaleureux et les plus sincères vont à mon
Directeur de thèse, Monsieur le Professeur Michel Morel de l‘Université de
Nancy II, pour son soutien indéfectible, sa patience et ses conseils toujours
judicieux sans lesquels ce travail n‘aurait pu aboutir. A l‘issue de cette
tâche, je mesure ma dette et le chemin qu‘il m‘a aidée à parcourir. Je pense
aussi à Madame Nicole Boireau, Professeur à l‘Université de Metz, qui a
encadré mon D. E. A. et initié cette recherche.
Merci à Jean-Luc et à mes parents pour leur soutien et leur patience
parfois mise à l‘épreuve. Je leur dois beaucoup.
Merci aussi à mes chefs d‘établissement, Messieurs Jean François,
Jean-Pascal Paillette et Mustafa Drissi du Collège Paul Verlaine de Maizières-
Les-Metz. Ils se sont toujours montrés compréhensifs et m‘ont permis,
grâce à des emplois du temps fort bien conçus tout au long de ces années,
d‘organiser mes journées de la façon la plus rentable possible entre les
cours au Collège et le travail de thèse. Je pense aussi à M. Serge Thomas,
responsable informatique du Collège, qui n‘a pas compté son temps pour
répondre à mes questions d‘ordre technique.
Je ne veux pas oublier Barbara Schmidt, Maître de Conférences à
l‘Université de Nancy II. Son aide pour la mise en page a été très utile. Je
pense également aux Professeurs Michael Millgate, Rosemarie Morgan, Bill
Morgan et Jan Jêdrzejewski pour leur promptitude à répondre à mes
courriels et pour les informations précieuses qu‘ils m‘ont livrées.
Enfin, cette liste ne serait pas complète si j‘omettais de mentionner les
personnels serviables des nombreuses bibliothèques universitaires
américaines que j‘ai contactées, de même que ceux des comités de
rédaction de revues ou périodiques américains ou anglais. Ils ont toujours
fait leur possible, souvent gracieusement, pour m‘aider dans mes
recherches : « There is no charge (mention us in your thesis) ! », m‘écrivait
par exemple Victoria A. Horst, directrice associée de la Wessels Library à
Newberry College (Newberry, SC) où est publié Studies in Short Fiction. J‘ai
parfois même reçu des excuses concernant les délais, comme le montre un
post-it envoyé avec un article : « Sorry this took so long. We are short
handed here. No charge ».
5








Ce travail est dédié au Professeur Martin Ray, rencontré à Dorchester
en août 2000 lors du quatorzième colloque international organisé par la
Thomas Hardy Society. Son ouvrage Thomas Hardy: A Textual Study of the
Short Stories a été d‘une aide précieuse, et ses conseils avisés m‘ont
accompagnée pendant toute la rédaction de cette thèse. Son absence est
ressentie cruellement dans le monde des études hardyennes.
6
LISTE DES ABREVIATIONS

Titres de recueils :

Les titres des nouvelles sont suivis d‘une parenthèse indiquant le recueil
auquel le texte appartient et éventuellement sa date de composition
lorsqu‘elle est connue. Il s‘agit sinon des dates de première publication, en
général en périodique. Chaque recueil est présenté par ses initiales :

The Wessex Tales : WT
A Group of Noble Dames : GND
Life’s Little Ironies : LLI
A Changed Man : CM

Les nouvelles non publiées en recueils sont accompagnées d‘une
parenthèse avec la mention « uncollected »

Ouvrage :

F. E. Hardy, The Life of Thomas Hardy. 1840-1928 (London: Macmillan,
1962) : Life

Termes utilisés :

Discours direct (ou rapporté) : DD
Discours indirect (ou transposé) : DI
Discours indirect libre : DIL
Discours direct libre : DDL
Narration personnelle retrospective: NPR
Zone de personnage : ZP
7


INTRODUCTION






8 Thomas Hardy a eu à se plier aux normes morales de la société
victorienne tout au long de sa carrière de romancier et de nouvelliste, et nul
n‘ignore ses démêlés avec la censure et les conventions victoriennes. C‘est
1d‘ailleurs pour échapper à la dictature des Grundyists qu‘il cesse
définitivement son activité de romancier en 1897, après la publication de la
version révisée de The Well Beloved, et de nouvelliste en 1900, une fois
achevée la rédaction des nouvelles « A Changed Man » et « Enter a
Dragoon ». Il prend alors la décision de se consacrer uniquement à la
poésie qui seule, selon lui, rend possible une liberté d‘expression :

Perhaps I can express more fully in verse ideas and emotions
which run counter to the inert crystallized opinion — hard as a
rock — which the vast body of men have vested interests in
supporting […]. If Galileo had said in verse that the world
2moved, the Inquisition might have let him alone.

Souvent rangé en son temps parmi les écrivains subversifs et
3immoraux, Thomas Hardy continue d‘être vu comme un moderniste et un
libre-penseur. Pour Rosemary Sumner par exemple, il est un écrivain
engagé dans la modernité qui cherche sans cesse à dépasser les formes
littéraires classiques, et à se débarrasser de la pesanteur des conventions
pour exprimer son sentiment de l‘irrationnel, de l‘incompréhensible, de
l‘imprévisibilité du monde. Il est désireux de trouver par son art « de
4nouvelles formes d‘expression au chaos » tout comme D. H. Lawrence et

1 « Hardy and his contemporaries used the term ‗Grundyist‘ or ‗Grundyan‘ with
reference to Mrs Grundy, the symbol of conventional propriety. Although Mrs
Grundy never actually appears in the play by T. Morton entitled Speed the Plough
(1798), she exists in the background as a constant point of reference on questions
of propriety; and she seems to have continued to exist in the background invisibly
performing her task as censor for many generations to come ». Rosemarie Morgan,
Women and Sexuality in the Novels of Thomas Hardy (London and New York:
Routledge, 1988) 166, note 1.
2 F. E. Hardy, The Life of Thomas Hardy. 1840-1928 (London: Macmillan, 1962) 28
4-285.
3 Le terme est une traduction de « modernist » in Clare Hanson, Short Stories and
Short Fiction (London: Macmillan, 1985) 56.
4 Rosemary Sumner, A Route to Modernism. Hardy, Lawrence, Woolf (London:
Macmillan, 2000) 7.
9 Virginia Woolf après lui. Peter Brooks signale de son côté que Hardy est l‘un
des premiers écrivains à dévoiler au moins partiellement le corps, dans Tess
1of the D’Urbervilles en particulier, et à le livrer au pouvoir de l‘Eros. D‘autre
part, en choisissant de présenter des personnages tels que Bathsheba,
Eustacia, Tess, ou encore Sue et Jude, en lutte contre les conventions de
leur société afin de mener à bien leur rêve de liberté et leurs désirs, Hardy
ébranle les deux piliers de la société victorienne que sont le mariage et la
religion, deux institutions qui, selon lui, empêchent le développement de
l‘individu et son épanouissement affectif. En se montrant un farouche
adversaire des carcans moraux et un défenseur des opprimés (les pauvres
et les femmes), Hardy apparaît comme l‘interprète infatigable d‘une remise
en question des valeurs victoriennes.
Pourtant, d‘autres analyses nuancent ce portrait de Thomas Hardy en
victorien hétérodoxe et engagé dans la modernité, et invitent au débat.
Dans Hardy: The Margin of the Unexpressed, Roger Ebbatson se livre à une
étude de The Dorset Labourer, essai dans lequel Thomas Hardy prend la
défense de la paysannerie et cherche à lui rendre toute la noblesse et la
dignité de son humanité. Il conclut à un fort conformisme de classe qui
animerait en fait l‘auteur. Ebbatson démontre que dans ce texte, le pauvre,
qui n‘existe déjà qu‘en tant qu‘objet de propriété de la classe dominante,
est réduit à n‘être qu‘un objet de discours littéraire, sans voix propre. La
voix du paysan ne transparaîtrait ainsi jamais par delà celle d‘un auteur
engagé dans un monologisme qui aboutirait à une réification du sujet
2éponyme. Pour Ebbatson, Hardy exploite donc esthétiquement la pauvreté
du paysan. Dans « Hardy and Critical Theory », Peter Widdowson fait de son
côté état des recherches actuelles sur le texte hardyen, et conclut à un
portrait de l‘auteur en « homme de lettres bourgeois et arriviste » :

Now that one of the principal discourses of Hardy‘s fiction is
seen to be class and class relations, readings focus not on the
production of an ‗organic‘ countryman who gives a ‗voice‘ to
the rural poor and dispossessed, but on that of a meritocratic,

1 Peter Brooks, Reading for the Plot (Cambridge, Mass: Harvard University Press,
1984) 144.
2 Roger Ebbatson, Hardy: The Margin of the Unexpressed (Sheffield: Sheffield
Academic Press, 1993) chap. 6.
10