Les pirates des prairies

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Extrait : Lorsque la cache est assez profonde, on en garnit les parois avec des peaux de bison, de crainte de l'humidité, et l'on dépose les marchandises en les recouvrant de peaux de bison

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Nombre de lectures 28
EAN13 9782824712130
Langue Français
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GUST A V E AIMARD
LES P I RA T ES DES
P RAI RI ES
BI BEBO O KGUST A V E AIMARD
LES P I RA T ES DES
P RAI RI ES
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1213-0
BI BEBO OK
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– Christian Spr emb er g
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V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.CHAP I T RE I
La cache
   sont é coulés. Nous sommes dans le désert. D e vant
nous se dér oule l’immensité . elle plume assez élo quente ose-D rait entr epr endr e de dé crir e ces incommensurables o cé ans de
v erdur e aux quels les Américains du Nord ont, dans leur lang ag e imag é ,
donné le nom p o étique et my stérieux de Far W est ( Ouest lointain), c’
està-dir e la région inconnue p ar e x cellence , aux asp e cts à la fois grandioses
et saisissants, doux et ter ribles, prairies sans b or nes, dans lesquelles on
tr ouv e cee flor e riche , puissante , é che v elé e et d’une vigueur de pr o
duction contr e laquelle l’Inde seule p eut luer ?
Ces plaines n’ offr ent d’ab ord à l’ œil ébloui du v o yag eur témérair e qui
ose s’y hasarder qu’un vaste tapis de v erdur e émaillé de fleur s, sillonné
p ar de lar g es rivièr es, et p araissent d’une régularité désesp érante , se
confondant à l’horizon av e c l’azur du ciel.
Ce n’ est que p eu à p eu, lor sque la v ue s’habitue à ce table au, que ,
quiant l’ ensemble p our les détails, on distingue çà et là des collines assez
1Les pirates des prairies Chapitr e I
éle vé es, les b ords escar p és des cour s d’ e au, enfin mille accidents impré v us
qui r omp ent agré ablement cee monotonie dont le r eg ard est d’ab ord
aristé , et que les hautes herb es et les gig antesques pr o ductions de la
flor e cachent complètement.
Comment énumér er les pr o duits de cee natur e primitiv e , qui
s’élancent, se heurtent, se cr oisent et s’ entr elacent à l’infini, dé crivant des
p arab oles majestueuses, for mant des ar cades grandioses et complétant
enfin le plus splendide et le plus sublime sp e ctacle qu’il soit donné à
l’homme d’admir er p ar ses éter nels contrastes et ses har monies
saisissantes ?
A u-dessus des gig antesques fougèr es, des mezquitès, des cactus, des
nop als, des mélèzes et des arb ousier s char g és de fr uits, s’élè v ent l’acajou
aux feuilles oblongues, le moriché ou arbr e à p ain, l’abanijo dont les lar g es
feuilles se dé v elopp ent en é v entail, le pirijao qui laisse p endr e les énor mes
grapp es de ses fr uits dorés, le p almier r o yal dont le tr onc est dénué de
feuilles et qui balance au moindr e souffle sa tête majestueuse et touffue ,
la canne de l’Inde , le limonier , le g o yavier , le bananier , le chirimo ya au
fr uit eniv rant, le chêne-lièg e , l’arbr e du Pér ou, le p almier à cir e distillant
sa g omme résineuse .
Puis ce sont des champs immenses de dahlias, des fleur s plus blanches
que les neig es du Coffr e de Per ote et du Chimb orazo , ou plus r oug es que
le sang, des lianes immenses se r oulant et se tordant autour du tr onc
des arbr es, des vignes éblouissantes de sè v e ; et dans ce pêle-mêle , dans
ce tohu-b ohu, dans ce chaos ine xtricable , v olant, courant, ramp ant dans
tous les sens et dans toutes les dir e ctions, des animaux de toutes sortes
et de toutes espè ces, oise aux, quadr upèdes, r eptiles, amphibies, chantant,
criant, hurlant, bramant et sifflant sur tous les tons et toutes les notes du
clavier humain, tantôt mo queur s et menaçants, tantôt doux et
mélancoliques.
Les cerfs, les daims b ondissant effarés, l’ or eille dr oite et l’ œil au guet ;
le longue-cor ne sautant de r o cher en r o cher p our se p oser immobile au
b ord d’un pré cipice , les bisons p esants et stupides à l’ œil triste , les
chevaux sauvag es dont les nombr euses manades ébranlent le sol dans leur
cour se sans but ; l’allig ator le cor ps dans la vase et dor mant au soleil ;
l’iguane hideux grimp ant nonchalamment après un arbr e ; le puma, ce
2Les pirates des prairies Chapitr e I
lion sans crinièr e , les p anthèr es et les jaguar s gueant sour noisement
leur pr oie au p assag e ; l’ our s br un, le g our mand chasseur de miel ; l’ our s
gris, l’hôte le plus r e doutable de ces contré es ; le cotejo à la mor sur e v
enimeuse ; le camélé on, dont la r ob e r eflète toutes les nuances ; le lézard
v ert, le basilic enfin, pêle-mêle et ramp ant silencieux et sinistr es sous les
feuilles ; le monstr ueux b o a ; le ser p ent corail, si p etit et si ter rible ; le
cascab el, le macaur el et le grand ser p ent tigré .
Sur les hautes branches des herb es et caché e sous l’ép ais feuillag e ,
chante et g azouille la g ent emplumé e : les tanagr es, les curassos, les lor os
braillards, les haras, les oise aux-mouches, les toucans au b e c énor me , les
pig e ons, les tr og ons, les élég ants flamants r oses, les cy gnes se balançant
et se jouant sur les rivièr es, et de liane en liane , de br oussaille en br
oussaille les lég er s et char mants é cur euils gris v ont sautant av e c une grâce
inimaginable .
A u plus haut des air s, planant en longs cer cles sur la prairie , l’aigle
de la Sier ra-Madr e , à l’ env er gur e immense , et le vautour à tête chauv e ,
choisissent la pr oie sur laquelle ils v ont s’abar e av e c la rapidité de la
foudr e .
Puis, tout à coup , é crasant sous les sab ots de son che val le sable et les
cailloux p ailletés d’ or étincelant au soleil, app araît, comme p ar
enchantement, un Indien à la p e au r oug e et luisante comme du cuiv r e neuf, aux
membr es r obustes, aux g estes empr eints de grâce et de majesté et à l’ œil
dominateur ; un Indien Paw nie , Navajo é , Comanche , Ap ache ou Sioux,
qui, faisant tour no y er son lasso ou son lakki autour de sa tête , chasse
de vant lui une tr oup e de buffles ép ouvantés ou de che vaux sauvag es, ou
bien une p anthèr e , une once ou un jaguar , qui fuient en b ondissant av e c
de sourds hurlements de fray eur et de rag e .
Cet enfant du désert, si grand, si noble et si dé daigneux du p éril, qui
trav er se les prairies av e c une vélo cité incr o yable , qui en connaît les mille
détour s, est b ien ré ellement le r oi de ce p ay s étrang e , que seul il p eut p
arcourir de nuit et de jour , dont il ne r e doute p as les dang er s sans nombr e ;
luant cor ps à cor ps contr e la civilisation eur op é enne qui s’avance p as à
p as, l’accule dans ses der nier s r etranchements et l’ envahit de toutes p arts.
A ussi, malheur au trapp eur ou au chasseur qui se risque à trav er ser
isolément ces p arag es ! Ses os blanchir ont dans la prairie et sa che v elur e
3Les pirates des prairies Chapitr e I
or nera le b ouclier d’un chef indien ou la crinièr e de son che val.
T el est l’asp e ct sublime , saisissant et ter rible que présente encor e
aujourd’hui le Far W est.
Le jour où nous r epr enons notr e ré cit, au moment où le soleil
aeignait son zénith, le silence funèbr e qui planait sur le désert fut tout à
coup tr oublé p ar un lég er br uit qui se fit entendr e dans les buissons
touffus qui b ordent le Rio-Gila, dans un des p arag es les plus ine xplorés de ces
solitudes.
Les branches s’é cartèr ent av e c pré caution, et au milieu des feuilles et
des lianes un homme montra son visag e r uisselant de sueur et empr eint
d’une e xpr ession de ter r eur et de désesp oir .
Cet homme , après av oir r eg ardé autour de lui av e c inquiétude et s’êtr e
assuré que nul ne l’épiait, dég ag e a lentement et av e c hésitation son cor ps
des herb es et des br oussailles qui le cachaient, fit quelques p as dans la
dir e ction du fleuv e et se laissa tomb er sur le sol en p oussant un pr ofond
soupir .
Pr esque en même temps, un énor me molosse cr oisé de loup et de
ter r e-neuv e b ondit hor s des buissons et se coucha à ses pie ds.
L’homme qui v enait d’app araîtr e si inopinément sur les riv es du
RioGila était le Cèdr e-Roug e !
Sa p osition semblait des plus critiques, car il était seul dans ce désert,
sans ar mes et sans viv r es !
Nous disons sans ar mes, p ar ce que le long coute au p endu à sa ceintur e
de p e au de daim lui était pr esque inutile .
D ans le Far W est, cet o cé an infini de v erdur e , un homme désar mé est
un homme mort !
La lue lui de vient imp ossible contr e les innombrables ennemis qui
le gueent au p assag e et n’aendent qu’une o ccasion fav orable p our
l’attaquer .
Le Cèdr e-Roug e était privé de ces richesses inestimables du chasseur :
un rifle , un che val.
D e plus, il était seul !
L’homme , tant qu’il v oit son semblable , quand même ce semblable
serait un ennemi, ne se cr oit p as abandonné . A u fond de son cœur , il r este
4Les pirates des prairies Chapitr e I
un esp oir~~vague dont il ne se r end p as compte , mais qui le soutient et
lui donne du courag e .
Mais, dès que toute figur e humaine a disp ar u, que l’homme , grain de
sable imp er ceptible dans le désert, se r etr ouv e face à face av e c Dieu, il
tr emble , car alor s le sentiment de sa faiblesse se ré vèle à lui ; il compr end
combien il est chétif de vant ces œuv r es colossales de la natur e et combien
est insensé e la lue qu’il lui faut soutenir p our soule v er un coin du linceul
de sable qui s’abaisse p eu à p eu sur lui et l’ enser r e de tous les côtés à la
fois.
Le Cèdr e-Roug e était un vieux cour eur des b ois. Maintes fois, p
endant ses e x cur sions dans les prairies, il s’était tr ouvé dans des situations
pr esque désesp éré es, et toujour s il s’ en était tiré à for ce d’audace , de p
atience et surtout de v olonté .
Seulement, jamais encor e il ne s’était v u aussi complètement dénué
de tout qu’ en ce moment.
Il lui fallait cep endant pr endr e un p arti.
Il se le va en p oussant un jur on à demi étouffé , puis, sifflant son chien,
seul êtr e qui lui fût r esté fidèle dans son malheur , il se mit lentement en
mar che , sans même se donner la p eine de s’ orienter .
En effet, qu’avait-il b esoin de choisir une dir e ction ? toutes
n’étaientelles p as b onnes p our lui et ne de vaient-elles p as, après un laps de temps
plus ou moins long, ab outir au même p oint. . . la mort !
Il chemina ainsi p endant quelques heur es, la tête basse , v o yant autour
de lui b ondir les asshatas et les bighor ns, qui semblaient le nar guer . Les
bisons daignaient à p eine r ele v er la tête à son p assag e , et le r eg ardaient,
de leur grand œil mélancolique , comme s’ils compr enaient que leur
implacable ennemi était désar mé et qu’ils n’avaient rien à r e douter de lui.
Les elks, p osés en é quilibr e sur la p ointe des r o cher s, sautaient et g
ambadaient autour de lui, p endant que son chien, qui ne compr enait rien à
cee chose toute nouv elle p our lui, r eg ardait son maîtr e et p araissait lui
demander ce que tout cela v oulait dir e .
La jour né e se p assa ainsi tout entièr e , sans app orter le moindr e
chang ement en bien dans la p osition du squaer , mais, au contrair e ,
l’aggravant.
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