Les populations étrangères en Europe ; n°2 ; vol.1, pg 187-203

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Revue européenne de migrations internationales - Année 1985 - Volume 1 - Numéro 2 - Pages 187-203
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Publié le 01 janvier 1985
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Monsieur André Lebon
Les populations étrangères en Europe
In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 1 N°2. Décembre. Générations nouvelles. pp. 187-203.
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Lebon André. Les populations étrangères en Europe. In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 1 N°2.
Décembre. Générations nouvelles. pp. 187-203.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1985_num_1_2_990187
Revue Européenne
des Migrations Internationales
Volume 1 - N° 2
Décembre 1985
CHRONIQUE STATISTIQUE
Les populations
étrangères
en Europe
André LEBON
Présenter des données aussi fiables que possible — au niveau
d'un pays d'abord, sur une aire géographique plus vaste, ce qui suppose une homog
énéité minimale, ensuite — , dégager de cette masse d'informations les éléments essent
iels pour retracer une situation et en suivre l'évolution, tout ceci sans lasser outre
mesure le lecteur, même supposé de bonne volonté, ressemble fort à une gageure.
Le rédacteur de toute chronique d'ordre statistique ne peut que prendre conscience
de la difficulté de la tâche, sinon du défi, et nous n'échappons pas à la règle.
Et de fait, si dans le champ des sciences humaines quantifier n'est pas connaît
re, l'approche quantitative est cependant indispensable. Les querelles de chiffres qui
se déchaînent aujourd'hui lorsqu'est abordé le thème de « l'immigration » pourraient
avoir au moins un aspect positif : celui de souligner la dimension numérique que doit
revêtir l'étude des migrations internationales. A condition cependant que les travaux
effectués dans cette voie soient empreints de sérénité, et que les moyens nécessaires
pour les mener soient dégagés durablement.
Pour l'heure et plus modestement (de beaucoup !), la présente chronique a été
préparée selon certaines lignes directrices que l'on s'efforcera de maintenir à l'ave
nir. D'abord, pour se situer dans le cadre spatial que privilégie la Revue, présenter
une vue d'ensemble de tel ou tel aspect de la présence étrangère dans le plus grand 188
nombre possible d'Etats européens ; ensuite, saisir les occasions qui s'offrent (publi
cation d'un document, des résultats d'un recensement, etc.) pour traiter de manière
plus approfondie, soit un thème particulier (les jeunes, les femmes, le chômage, etc.),
soit la situation dans un pays donné. C'est dire que tout en respectant une certaine
continuité, on n'entend pas figer dès maintenant les rubriques qui constitueront cette
chronique.
Dans cet esprit, ont été retenus pour cette année une description de la présence
étrangère totale et active en Europe (I), puis l'exposé des résultats de différents
travaux réalisés à la suite du recensement français de mars 1982 (II).
PANORAMA DE LA PRESENCE ETRANGERE
EN EUROPE OCCIDENTALE
Après un examen détaillé de la situation actuelle et plus succinct de l'évolution
intervenue au cours des dernières années, on mentionnera quelques-unes des carac
téristiques communes à la population étrangère résidant dans les pays étudiés.
CONSTAT QUANTITATIF ET ANALYSE RETROSPECTIVE
En recourant principalement aux données du dernier rapport SOPEMI [1] mais
en mobilisant également d'autres sources d'information [2, 3, 4], on peut évaluer
à plus de 12 millions, parmi lesquels 5 millions d'actifs, le nombre d'étrangers vivant
quotidiennement et travaillant dans les principaux pays d'Europe occidentale, à
l'exception majeure du Royaume-Uni. Ces évaluations, effectuées à une date comprise
entre 1981 et 1983, traduisent une croissance de la population étrangère totale mais
une stagnation, sinon une diminution de la main-d'œuvre.
• Dans l'estimation proposée — plus de douze millions d'étrangers dont cinq
millions de travailleurs — ne figurent que les personnes :
— possédant formellement une nationalité étrangère à la date du dénombrement,
ce qui exclut celles d'origine étrangère et celles appartenant à des minorités ethni
ques qui possèdent la nationalité du pays de résidence ;
— séjournant en situation régulière, hormis donc les clandestins ;
— occupant, pour les actifs, un emploi permanent, ce qui laisse hors de la sta
tistique les saisonniers et les frontaliers particulièrement nombreux dans certains pays
tel la Suisse où l'on enregistre à fin août 1983 100000 saisonniers et 105000 frontaliers.
Le champ d'observation ayant été ainsi circonscrit, on examinera successivement
la situation dans plusieurs groupes de pays, composés en fonction du degré de préci
sion des renseignements disponibles.
Un premier groupe comprend les huit pays « traditionnels » d'immigration ; les
tableaux 1 et 2 (ce dernier plus spécialement consacré aux effectifs de travailleurs
étrangers), récapitulent les informations relatives à la présence étrangère totale et active
et à son poids relatif dans l'ensemble de la population : TABLEAU 1 : Population étrangère dans les principaux pays européens d'emploi
Unités : millier et °/o
Catégorie de Allemagne Autriche Belgique France population
1983 1982 1981 1982
Population étrangère 4 534,9 302,9 878,5 3 680,1
totale 7,4% 4,0 % 8,9 % 6,8 %
1983 1983 1981 1982
Population étrangère 1 998,1 145,3 332,2 1 556,3
active 9,0% 5,3 °/o 7,7 % 6,6 %
Catégorie de Suisse Pays-Bas Suède Luxembourg population
1981 1983 1983 1983
Population étrangère 95,8 546,5 397,1 925,6
totale 26,3 % 3,8 % 4,8 % 14,4 %
1983 1982 1983 1983
Population étrangère 53,8 185,0 221,6 529,8
active 37,0 °7o 3,8 % 5,1 % 23,3 %
% calculés sur l'ensemble de la population (nationale + étrangère) de chaque catégorie
Sources : cf. notes 1, 2 et 4
Pour ce qui est du Royaume-Uni, et en conservant la terminologie en vigueur
dans ce pays, la comparaison entre les résultats des recensements de 1971 et 1981
permet de déceler les transformations suivantes :
— Nés dans l'Ancien Commonwealth : + 8 °/o
— Nés dans le Nouveau et au Pakistan : + 32 °/o
— Nés dans les pays étrangers : + 1 1 %
Entre ces deux dates, la population originaire du Nouveau Commonwealth et
du Pakistan — telle qu'on l'a définie précédemment — est passée de 1,4 million à
2,1 millions (soit + 50 °7o), augmentation due principalement au doublement du groupe
originaire du Pakistan et du Bengladesh et à une croissance de 75 °/o du nombre de
personnes d'origine indienne. TABLEAU 2 :
Travailleurs permanents étrangers dans les principaux pays européens d'emploi
Pays d'emploi et date Allemagne Autriche Belgique France Pays-Bas Suède Suisse Luxembourg de l'information 1983 1983 1981 1982 1983 1982 1983 1983 Pays d'origine
3,2 318,7 0,2 1,0 Algérie
1,2 19,7 Autriche
32,0 137,3 1,0 9,5 65,8 Espagne 79,6
Finlande 91,2 0,8
Grèce 124,3 10,7 2,6 1,7 6,3 4,8
Italie 279,9 1,9 90,5 146,9 9,1 8,2 230,9
Maroc 37,3 167,6 28,8 0,7
Portugal 51,2 6,2 388,8 15,9 4,1 13,4
Tunisie 4,7 76,0 1,1 1,1
41,4 24,6 Turquie 652,7 27,6 23,0 40,8
Yougoslavie 342,4 89,2 3,1 35,8 0,7 6,2 20,2 40,2
Autres 468,0 26,6 121,5 240,6 27,1 83,8 103,9 126,8
dont
— Pays de la CEE n.d. n.d. n.d. 62,8 25,0 56,1 n.d. 87,5
— Pays non CEE n.d. 27,7 n.d. 39,3 n.d. n.d. 177,8 2,1
— Effectifs 1 998,1 1 556,3 529,8 145,3 332,2 53,8 185,0 221,6
Total
— °7o sur l'ensemble 9,0 5,3 7,7 6,6 37,0 3,8 5,1 23,3
des travailleurs
Non compris les chômeurs au Luxembourg et aux Pays-Bas.
Unités : Millier et <7o Sources : cf. notes 1 et 4. QUELQUES CARACTERISTIQUES PRESENTEES
PAR LA POPULATION ETRANGERE
Dans le rapport introductif aux débats de la Deuxième Conférence des Minist
res européens responsables des questions de Migration qui s'est tenue à Rome en
1983 [2], nous avions mis en évidence plusieurs facteurs concourant à la situation
générale et à l'évolution qui viennent d'être retracées.
Parmi les facteurs explicatifs avancés, deux peuvent être utilement rappelés ici :
— dans l'ensemble des pays d'emploi, la différence entre les entrées et les sor
ties annuelles d'étrangers dégage un solde migratoire global qui reste positif [6]. Qui
plus est, la décomposition par poste (actifs d'un côté, inactifs de l'autre) montre —
partout où elle est possible — que la venue des non-actifs (essentiellement les memb
res des familles rejoignant le travailleur isolé) constitue l'élément primordial de ce
bilan positif.
— au plan interne, le mouvement naturel des populations migrantes (excédent
des naissances sur les décès) joue désormais un rôle de première importance dans
leur croissance, complétant ainsi — et supplantant même dans certains cas — l'effet
du solde migratoire extérieur.
On ne reviendra pas plus longuement sur cette analyse qui, dans ses grandes lignes,
demeure d'actualité mais, en relation avec elle, on voudrait illustrer par deux séries
de données récentes deux caractéristiques communément présentées par la populat
ion étrangère dans les principaux d'emploi (hormis l'Autriche qui ne fournit jamais
de tels renseignements), ayant trait à la natalité et à la structure par âge.
• Le tableau 4 montre que, dans les pays considérés, la proportion de naissanc
es étrangères dans l'ensemble des naissances enregistrées est plus élevée que le pour
centage d'étrangers dans la population totale de ces pays. Signalons que pour la
France, où est saisie non pas la nationalité de l'enfant mais celle des parents (d'où
le terme mieux approprié de «naissances d'origine étrangère»), le ratio indiqué
(10,7 °7o) a été obtenu en ne prenant en compte que les naissances légitimes issues
de deux parents étrangers [7] :
Deux commentaires principaux s'en dégagent :
— mis à part le cas du Luxembourg où plus d'un quart de la population est
constitué d'étrangers, la proportion de ceux-ci dans le nombre total d'habitants varie
entre 4 % (Pays-Bas et Autriche) et 14 °7o (Suisse), la France (6,8 %), l'Allemagne
(7,4 %) et la Belgique (8,9 °Io) occupant une position intermédiaire. La Suède qu'un
simple commentaire de nature statistique classerait dans la même catégorie de pays
que l'Autriche doit, en fait, cette place à une active politique de naturalisation : il
y a davantage de Suédois d'origine étrangère (plus de 600 000) que d'étrangers stricto
sensu (moins de 400 000).
— un clivage apparaît nettement entre les pays qui, dans la présence étrangère,
privilégient la dimension « force de travail » (Luxembourg, Suisse, Allemagne, Autri
che) et les autres. Parmi ces derniers, le poids relatif des actifs équivaut celui de la
population totale (Pays-Bas, Suisse) ou même se situe en deçà (France, Belgique). 192
Dans un second groupe se trouvent cinq pays qui n'ont en commun qu'un faible
pourcentage d'étrangers au sein de leur population :
TABLEAU 3 : Population étrangère dans cinq autres pays européens
Unités : millier et °/o
Portugal Danemark Norvège Espagne Italie
1982 1982 1984 1983 1982
226 (0,6 °7o) 384 (0,7 °7o) 64 (0,7 %) 102 (0,9 %) 86,5 (2,1 %)
97o calculés sur 1 ensemble de la population résidant dans le pays
Source : cf. note 2
Trois d'entre eux, l'Espagne, l'Italie et le Portugal, sont considérés — dans la
typologie habituelle — comme pays d'émigration. Tout en conservant, bien entendu,
cette caractéristique première, ils sont devenus à leur tour, et simultanément, terres
d'immigration. C'est également vrai de la Grèce que l'on n'a pas mentionnée parce
que les informations s'avèrent plus fragmentaires encore et ne concernent que le nom
bre de travailleurs immigrés. Chaque année, environ 30 000 permis de travail y sont
délivrés, représentant moins de 1 % de la population active.
Reste le cas du Royaume-Uni qui n'a pas été pris en compte dans le chiffrage
précédemment avancé. Dans ce pays, la variable retenue dans les recensements est
non pas la nationalité mais le pays de naissance, sans autre indication sur la citoyen
neté de ceux qui sont nés hors du Royaume-Uni. Ceci revient à dire que la notion
d'« étranger» cède le pas au terme d'« originaire de... » qu'emploie le Bureau des
recensements et études de population. Sur ces bases, l'opération censitaire de 1981
indique la situation suivante (effectifs en milliers et en pourcentage de la population
totale du pays) :
— Nés dans l'Ancien Commonwealth : 154,5 (0,3 %)
— Nés dans le Nouveau et au Pakistan : 1 517 (2,8 °/o)
— Nés dans les pays étrangers : 1 090 (2 %)
A partir de ces données, des travaux complémentaires ont été effectués pour éva
luer la population des « originaires du Nouveau Commonwealth et du Pakistan »,
dénomination s' appliquant aux personnes nées dans l'un quelconque des pays du
Commonwealth, à l'exception de l'Australie, du Canada et de la Nouvelle-Zélande,
et qui ne sont pas d'extraction britannique ainsi qu'aux enfants nés au Royaume-
Uni de parents dont l'un au moins est originaire du Nouveau Commonwealth [5].
A la mi- 1981, la population originaire de cette aire géographique a été estimée
à 2,1 millions de personnes (soit environ 4 % de la population totale du Royaume-
Uni). Trois groupes ethniques interviennent majoritairement (à raison de 80 °/o) dans
sa composition : le groupe d'origine indienne (plus de 650 000 personnes), celui d'ori
gine antillaise (sensiblement de même importance) et celui originaire du Pakistan et
du Bengladesh avec 350 000 personnes.
• Une rétrospective rapide de l'évolution intervenue dans les huit pays du pre
mier groupe — les pays « traditionnels » d'immigration — montre qu'en moins d'une 193
décennie (de 1974 à 1983 en règle générale, période pouvant être écourtée d'un an
ou deux dans certains cas) le volume total d'étrangers a progressé en moyenne de
7 à 8 % et celui des actifs a diminué dans les mêmes proportions. Cependant, cette
appréciation globale ne résulte que de l'addition de situations particulières et une
analyse plus attentive conduit à distinguer deux types principaux de changement :
— dans une première catégorie de pays, les variations enregistrées sont de même
sens qu'il s'agisse de l'effectif total ou de la main-d'œuvre : dans le sens de la baisse
en Suisse ( - 1 1 à - 13 °ïo) mais dans celui de la hausse en Belgique, au Luxembourg
et aux Pays-Bas ;
— dans une seconde catégorie, (Allemagne, France et Suède) les évolutions pro
pres à chaque segment de population étrangère, totale et active, divergent. Si on laisse
de côté la Suède pour la raison déjà évoquée (une politique active de naturalisation
qui entraîne une décroissance importante et continue des effectifs étrangers), il est
intéressant de constater que l'Allemagne et la France — couramment présentées
comme ayant des politiques d'immigration opposées, stricte sinon sévère pour la pre
mière, plus laxiste pour la seconde — connaissent des tendances similaires. Entre 1974
et 1983, le nombre d'étrangers résidant en Allemagne a progressé de 10 %, celui des
travailleurs permanents a régressé de 16 °7o ; en France, au cours de la dernière période
intercensitaire 1975-1982, les variations sont respectivement les suivantes : +7 °7o et
-2 %.
TABLEAU 4 : Contribution des étrangers à la natalité (Année de référence 1982)
Pays- Allemagne Ratio Belgique France Suède Suisse fédérale Bas bourg
% de naissances étran
gères dans l'ensemble 6,8 Luxem
des 11,8 15,4 10,7 38,8 7,7 6,9 16,6
°7o d'étrangers dans la
population totale 7,6 9,0 26,3 3,8 4,9 14,5
Source : cf. note 3
Cette disparité dans les pourcentages — que l'on peut vérifier dans les princi
paux pays européens d'accueil — résulte de trois caractéristiques des femmes étran
gères : une surfécondité, une structure par âge plus favorable, une proportion de
femmes mariées plus élevée, notamment dans les classes d'âge les plus jeunes.
Cependant, il est vraisemblable que ces caractéristiques s'estomperont graduel
lement « du fait du tarissement de l'immigration familiale et du rapprochement pro
gressif des comportements des femmes étrangères en matière de fécondité de ceux
des autochtones» [3].
• La seconde particularité peut être observée lorsqu'on calcule le poids relatif
des étrangers non plus dans la population totale d'un pays (comme cela a été fait
ci-dessus; cf. tableau 1) mais dans différents groupes d'âge. Partout, cette présence
étrangère apparaît plus marquée dans la classe d'âge la plus jeune (0-19 ans dans
notre exemple) que dans l'ensemble de la population, tous âges réunis : TABLEAU 5 : Proportion d'étrangers parmi les jeunes (0-19 ans)
et dans l'ensemble de la population
Pays- Proportion d'étrangers Allemagne Belgique France Suède Suisse fédérale* dans la classe d'âge Bas bourg
1983 1983 de 1983 1981 1982 1981 1983
6,8 Luxem
0 à 19 ans 9,1 13,0 7,9 34,1 5,3 6,0 15,7
14,1 20 ans et plus 7,0 7,3 6,3 23,6 3,2 4,5
Tous âges 7,4 8,9 26,3 3,8 4,8 14,4
* 0 à moins de 20 ans (et non 0-19 ans)
Sources : Belgique, France, Luxembourg : recensements
autres pays : rapports nationaux SOPEMI et sources diverses
L'écart entre les pourcentages caractérisant les 0-19 ans d'une part, l'ensemble
de la population de l'autre, est en général de 1 à 1,5 point (ainsi en France
7,9-6,8-1,1) mais il atteint 4 points en Belgique et près de 8 points au Luxembourg.
Qui plus est, le même exercice réalisé aux mêmes dates avec des tranches d'âge plus
détaillées (0-9 ans, 10-14 ans, etc.) montrerait que plus les individus composant une
classe sont jeunes, plus la proportion d'étrangers augmente. On peut inférer d'un
tel constat que « la présence étrangère contribue à une meilleure distribution par grou
pes d'âge de la population totale en renforçant le poids relatif des plus jeunes et en
atténuant celui des plus âgés. Ceci à une époque où, par suite du déclin de la natalité
nationale, la plupart des pays (d'emploi) connaissent un vieillissement de leur popu
lation» [2].
LA FRANCE : LE RECENSEMENT GENERAL
DE LA POPULATION DE MARS 1982
Selon le degré d'exhaustivité du dépouillement des documents collectés lors de
l'opération censitaire (dépouillement exhaustif, sondage au 1/20 et sondage au 1/4),
plusieurs séries de résultats sont maintenant disponibles pour le recensement effec
tué en France en mars 1982.
Du dépouillement exhaustif, on ne rappellera que quelques nombres et notam
ment celui, peu connu, des étrangers résidant dans les départements d'Outre-mer :
— population totale de la France entière : 55586714 habitants
—de la métropolitaine : 54334871 habitants
—totale des DOM : 1251843 habitants, dont 30642 étrangers géné
ralement originaires d'autres îles de la Caraïbe (Haïti, Ste-Lucie, etc.) [8].
Dans les pages qui suivent, on se limitera à la France métropolitaine, en présen
tant d'abord les principaux résultats par nationalité issus du sondage au 1/4 puis
les apports de différents travaux réalisés à la suite du dernier recensement.
RESULTATS PAR NATIONALITE TIRES DU SONDAGE AU 1/4
Ils présentent deux intérêts majeurs par rapport à ceux, mieux diffusés jusqu'à
présent et utilisés dans la première partie de cette chronique, qui sont issus de l'exploi- tation au 1/20 [9,4] : une meilleure précision surtout lorsqu'il s'agit de petits nomb
res (puisque l'incertitude sur la grandeur réelle d'un nombre X passe de X ± 9 VX
à X ± 4 VX avec l'accroissement de la taille de l'échantillon) et une comparabilité
plus grande avec les résultats du recensement de 1975, établis sur la base d'un son
dage au 1/5 notamment pour ce qui concerne la population étrangère [10].
• En mars 1982, et selon la taille de l'échantillon, la France métropolitaine
comprenait 54273200 ou 54295612 habitants, répartis comme suit :
TABLEAU 6 : Français et étrangers au recensement de 1982
Français
Population Echantillonnage dont par Etrangers totale Ensemble acquisition
Illustration non autorisée à la diffusion
Sondage au
1/20 54273200 (100) 50593100 (93,2) 1425920 (2,6) 3680100 (6,8)
Sondage au
1/4 54295612 (100) 50581412 (93,15) 1421568 (2,6) 3714200 (6,85)
Source : INSEE.
Le nombre d'étrangers progresse très légèrement, passant de 3680100 à 3714200
(soit -I- 34 100 ou + 0,9 %), tandis que celui des Français par acquisition déjà anor
malement faible — étant donné le niveau du « stock» recensé en 1975 (1 392010) et
l'importance des flux d'acquisition de la nationalité française estimés à 60000 par
an entre 1975 et 1982 — diminue encore.
Cette «progression» numérique de 34100 étrangers (terme impropre puisqu'il
s'agit, en fait, des conséquences d'un affinement de la connaissance et non d'un chan
gement à la hausse d'une réalité qui demeure la même) affecte de manière pratique
ment identique les deux sexes (+ 15208 hommes et + 18892 femmes), surtout les
inactifs ( + 9352 actifs et + 24748 non actifs), et, pour l'essentiel les Marocains
( + 10188) et les Algériens ( + 9196).
Mais surtout, les résultats du sondage au 1/4 permettent d'apprécier plus cor
rectement l'accroissement de la population étrangère au cours de la dernière période
intercensitaire 1975-1982; en valeurs absolue et relative, les variations s'établissent
ainsi :
TABLEAU 7 : Évolution de la population étrangère (1975-1982)
de 1975 Recensement Recensement de 1982 Evolution 1975/1982
Illustration non autorisée à la diffusion Sond. 1/20 3680100 + 237685 + 6,9 <7o
Sond. 1/5 3442415
Sond. 1/4 3714200 + 271785 + 7,9 °7o
Source : INSEE.