Les poteries du début du Néolithique Récent en Macédoine, II. Les fonctions des récipients - article ; n°1 ; vol.125, pg 1-39
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Bulletin de correspondance hellénique - Année 2001 - Volume 125 - Numéro 1 - Pages 1-39
Having previously proposed a new typology for the Late Neolithic pottery of Macedonia, based on a combination of technological, morphological and aesthetic criteria, we now consider the possible rôles of the différent types of vessels. Starting from the hypothesis that there is a direct relationship between the conception, fabrication and fonction ofthe vessels, we follow an analytical procedure that makes it possible to indicate the most probable fiinction of each type by a process of elimination and evaluation. We can thus identify vessels intended for preparing and cooking food, and serving, eating and storing it, etc. The suggestions are illustrated by concrete examples, and in some cases by counter-examples, which allow us to appraise the implicit difference between the func- tion envisualised and the eventual use of the pots in particular conditions.
Après avoir proposé une nouvelle typologie des récipients du début du Néolithique Récent en Macédoine, fondée sur une combinaison de critères technologiques, morphologiques et esthétiques, nous envisageons maintenant les rôles possibles des différents types de récipients. Partant de l'hypothèse qu'il y a un rapport direct entre la conception, la fabrication et la fonction des récipients, nous adoptons une démarche qui cherche à faire apparaître, à travers des éliminations et des évaluations successives, la fonction la plus probable de chaque type. Sont ainsi identifiés des récipients destinés à la préparation et à la cuisson des aliments, au service et à la consommation, au stockage, etc. Les propositions sont illustrées par des exemples concrets, mais parfois aussi accompagnées de contre- exemples, permettant d'évaluer la différence potentielle entre la fonction prévue et l'usage effectif des vases dans des contextes précis.
Έχοντας προηγουμένως προτείνει μια νέα τυπολογία των αγγείων των αρχών της Νεώτερης Νεολιθικής στη Μακεδονία, βασισμένη στο συνδυασμό τεχνολογικών, μορφολογικών και αισθητικών κριτηρίων, διερευνούμε τώρα τους δυνατούς ρόλους των διαφόρων τύπων αγγείων. Ξεκινώντας από την υπόθεση ότι υπάρχει άμεση σχέση ανάμεσα στη σύλληψη, την κατασκευή και τη λειτουργία των αγγείων, ακολουθούμε μια αναλυτική διαδικασία η οποία επιτρέπει να διαφανεί, μέσω διαδοχικών απορρίψεων και αξιολογήσεων, η πιθανότερη λειτουργία κάθε τύπου. Αναγνωρίζονται έτσι αγγεία προορισμένα για την προετοιμασία και το μαγείρεμα της τροφής, το σερβίρισμα και την κατανάλωση, την αποθήκευση, κτλ. Οι προτάσεις συνοδεύονται από συγκεκριμένα παραδείγματα, μερικές φορές δε και από αντι-παραδείγματα, τα οποία επιτρέπουν να εκτιμήσουμε την εν δυνάμει διάσταση μεταξύ της προβλεπόμενης λειτουργίας και της ενδεχόμενης χρήσης των αγγείων κάτω από συγκεκριμένες συνθήκες.
39 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2001
Nombre de lectures 15
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Exrait

Zoï Tsirtsoni
Les poteries du début du Néolithique Récent en Macédoine, II.
Les fonctions des récipients
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 125, livraison 1, 2001. pp. 1-39.
Citer ce document / Cite this document :
Tsirtsoni Zoï. Les poteries du début du Néolithique Récent en Macédoine, II. Les fonctions des récipients. In: Bulletin de
correspondance hellénique. Volume 125, livraison 1, 2001. pp. 1-39.
doi : 10.3406/bch.2001.7291
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_2001_num_125_1_7291Abstract
Having previously proposed a new typology for the Late Neolithic pottery of Macedonia, based on a
combination of technological, morphological and aesthetic criteria, we now consider the possible rôles
of the différent types of vessels. Starting from the hypothesis that there is a direct relationship between
the conception, fabrication and fonction ofthe vessels, we follow an analytical procedure that makes it
possible to indicate the most probable fiinction of each type by a process of elimination and evaluation.
We can thus identify vessels intended for preparing and cooking food, and serving, eating and storing it,
etc. The suggestions are illustrated by concrete examples, and in some cases by counter-examples,
which allow us to appraise the implicit difference between the func- tion envisualised and the eventual
use of the pots in particular conditions.
Résumé
Après avoir proposé une nouvelle typologie des récipients du début du Néolithique Récent en
Macédoine, fondée sur une combinaison de critères technologiques, morphologiques et esthétiques,
nous envisageons maintenant les rôles possibles des différents types de récipients. Partant de
l'hypothèse qu'il y a un rapport direct entre la conception, la fabrication et la fonction des récipients,
nous adoptons une démarche qui cherche à faire apparaître, à travers des éliminations et des
évaluations successives, la fonction la plus probable de chaque type. Sont ainsi identifiés des récipients
destinés à la préparation et à la cuisson des aliments, au service et à la consommation, au stockage,
etc. Les propositions sont illustrées par des exemples concrets, mais parfois aussi accompagnées de
contre- exemples, permettant d'évaluer la différence potentielle entre la fonction prévue et l'usage
effectif des vases dans des contextes précis.
περίληψη
Έχοντας προηγουμένως προτείνει μια νέα τυπολογία των αγγείων των αρχών της Νεώτερης Νεολιθικής
στη Μακεδονία, βασισμένη στο συνδυασμό τεχνολογικών, μορφολογικών και αισθητικών κριτηρίων,
διερευνούμε τώρα τους δυνατούς ρόλους των διαφόρων τύπων αγγείων. Ξεκινώντας από την υπόθεση
ότι υπάρχει άμεση σχέση ανάμεσα στη σύλληψη, την κατασκευή και τη λειτουργία των αγγείων,
ακολουθούμε μια αναλυτική διαδικασία η οποία επιτρέπει να διαφανεί, μέσω διαδοχικών απορρίψεων
και αξιολογήσεων, η πιθανότερη λειτουργία κάθε τύπου. Αναγνωρίζονται έτσι αγγεία προορισμένα για
την προετοιμασία και το μαγείρεμα της τροφής, το σερβίρισμα και την κατανάλωση, την αποθήκευση,
κτλ. Οι προτάσεις συνοδεύονται από συγκεκριμένα παραδείγματα, μερικές φορές δε και από αντι-
παραδείγματα, τα οποία επιτρέπουν να εκτιμήσουμε την εν δυνάμει διάσταση μεταξύ της
προβλεπόμενης λειτουργίας και της ενδεχόμενης χρήσης των αγγείων κάτω από συγκεκριμένες
συνθήκες.poteries du début du Néolithique Les
Récent en Macédoine
IL Les fonctions des récipients*
par Zoï Tsirtsoni
L'étude morphologique, technologique et esthétique de plusieurs centaines de récipients,
complets ou fragmentaires, sélectionnés parmi le matériel des niveaux d'occupation du début
du Néolithique Récent (ca 5400-4700 av. J.-C.) sur une dizaine de sites macédoniens, nous a
permis de proposer une nouvelle classification de ces poteries. En nous fondant sur les diffé
rents modes d'association des principaux éléments constitutifs des récipients (forme, pâte, cuis
son, traitement de la surface, décor), nous avons identifié dix-neuf types de récipients, repré
sentant l'essentiel de la vaisselle connue de l'époque.
Partant de l'hypothèse qu'il y a un rapport direct entre la conception, la fabrication et la
fonction des récipients, nous essayons maintenant d'envisager les rôles possibles de ces différents
types de vases. Pour ce faire, nous poursuivons la démarche adoptée dans la première partie de
l'étude, c'est-à-dire la recherche des associations entre les éléments structurels des vases, consi
dérées cette fois-ci d'un point de vue fonctionnel.
/. La démarche théonque : possibilités et contraintes fonctionnelles
A. Usage, fonction et possibilités fonctionnelles
Lorsqu'on parle de la fonction d'un objet, on entend son rôle, l'action à laquelle il est des
tiné. Il convient de distinguer clairement la fonction ainsi définie de l'usage, terme avec lequel
* Cet article fait suite à celui qui a été publié dans le BCH (désormais cité Tsirtsoni, Types). Le cadre général (géogra-
124 (2000), p. 1-55, sous le titre « Les poteries du début du phique, chronologique) et la méthode suivie pour l'étude sont
Néolithique Récent en Macédoine, 1. Les types de récipients», présentés à cet endroit.
BCH 125 (2001) ZOI TSIRTSONI
elle se confond souvent. En effet, le terme d'usage désigne simplement un emploi de l'objet ;
celui-ci peut, évidemment, être le même que celui initialement envisagé, et donc coïncider avec
la fonction, mais il peut aussi être complètement différent de celle-ci1.
Les usages potentiels d'un objet sont nombreux, mais pas innombrables. Leur nombre et
leur variété sont suggérés, d'une part, et conditionnés, d'autre part, par des principes et des
contraintes de valeur générale, fondés sur la forme, les matériaux, les dimensions, etc. Lorsqu'on
tente d'interpréter la fonction d'un objet archéologique, en l'occurrence d'un récipient préhis
torique, pour lequel on ne dispose pas de témoignages directs provenant de la bouche ou de la
main de son créateur, on cherche à identifier, dans un premier temps, ses possibilités fonctionn
elles — c'est-à-dire l'ensemble de ses usages potentiels, et donc, de ses fonctions possibles. Les
attributs particuliers de l'objet peuvent ensuite suggérer — sans, évidemment, imposer — un
nombre limité de ces fonctions possibles, ou même une seule, comme étant plus probable que
les autres, c'est-à-dire comme ayant plus de chances d'être celle initialement envisagée par le
créateur de l'objet. L'idée est simple : entre deux fonctions possibles, permises, celle vers laquelle
tendent les caractéristiques les plus nombreuses d'un objet est la plus probable ; plus les carac
téristiques en question sont recherchées ou complexes, plus la probabilité de la suggestion est
grande.
Notre interprétation des types de poteries néolithiques macédoniennes se fonde, précisé
ment, sur des séries d'évaluations et d'éliminations successives de fonctions possibles. Les él
éments pris en considération sont d'ordre technique et morphologique, d'une part, esthétique
d'autre part.
1. Maténaux et formes : implications pour la fonction
On reconnaît dans les grandes catégories fonctionnelles des récipients — consommation,
préparation, conservation — des réalités matérielles répondant à des besoins précis des hommes
— boire, manger, préparer et conserver des biens2. Les besoins sont universels et les catégories
fonctionnelles aussi, mais les contenants qu'on utilise pour les remplir sont loin d'être partout
et toujours les mêmes. La gamme des possibilités est vaste — au moins aussi vaste que le nombre
des récipients créés dans le monde entier depuis le début des siècles, sans compter ceux qui n'ont
1 Une définition différente est proposée par F. Sigaut, « Un tion et usage », Dossiers d'Archéologie 215 Ouillet-août 1996),
couteau ne sert pas à couper, mais en coupant. Structure, p. 146, donne encore une définition intermédiaire, selon
fonctionnement et fonction dans l'analyse des objets », in 25 laquelle la fonction représente la finalité globale, générale du
ans d'études technologiques en préhistoire. Bilan et pers- récipient, découlant de ses propriétés géométriques ou phy-
pectives, XIe5 Rencontres Internationales d'Archéologie et d'His- siques, tandis que l'usage correspond à la façon particulière
toire d'Antibes, 18-20 octobre 1990, Juan-les-Pins (1991), dont la fonction est mise en œuvre pour telle ou telle cir-
p. 21-34. Selon Sigaut, la fonction d'un objet désigne l'en- constance.
semble des finalités pour lesquelles il est mis en œuvre ; le 2 Sur ce sujet, voir l'ouvrage classique d'A. Leroi-Gourhan,
caractère circonstanciel accordé à sa notion de « fonction » Milieu et techniques2 (1973). Parmi les travaux les plus récents,
rapproche cette dernière de ce que nous entendons ici comme citons aussi P. M. Rice, Pottery Analysis : A Sourcebook (1987),
« usage ». M. Bats, « Le vase céramique dans l'habitat : fonc- sp. p. 208-210.
BCH125 (2001) LES POTERIES DU DÉBUT DU NÉOUTHIQUE RÉCENT EN MACÉDOINE.
pas été encore inventés ! L'adaptabilité d'un récipient à une fonction donnée est, en effet —
comme le montrent les témoignages historiques et ethnologiques, ou encore l'observation des
différents contenants que nous utilisons aujourd'hui — , un élément très variable, selon les modes
de vie, les habitudes sociales et même selon le goût personnel des gens. Inversement, les possi
bilités fonctionnelles d'un récipient sont, a priori, d'un nombre également vaste.
Il y a, cependant, des limitations matérielles qui s'imposent, d'une part, par la matière
dont est constitué le récipient, d'autre part, par sa morphologie.
Pour ce qui est des récipients en terre cuite, le matériau constituant est toujours l'argile ;
celle-ci, transformée par la cuisson en une matière dure, devient plus ou moins résistante à un
certain nombre de tensions mécaniques, et éventuellement aussi thermiques, qui peuvent s'exer
cer sur les parois (intérieure et extérieure) des récipients. L'argile proprement dite a déjà, en tant
que matériau, certaines limites. Ces dernières peuvent diminuer ou augmenter en fonction de
la présence, de la taille et de la distribution dans la pâte d'autres éléments qui, ayant chacun ses
propres qualités physico-chimiques, répondent de manières différentes aux différents types de
tensions exercées3.
Plus importante encore dans ce domaine est la morphologie du récipient. Un récipient
dispose, par définition, d'une cavité aménagée, destinée à contenir quelque chose, mais la façon
exacte dont celle-ci est aménagée, sa capacité, la facilité d'accès ou, inversement, la facilité de
fermeture, conditionnent les possibilités fonctionnelles du récipient. La présence, par exemple,
sur un récipient d'un col étroit lui interdit toute fonction qui demanderait un accès facile à l'i
ntérieur (préparation de la nourriture avec les mains, par exemple). Ou bien, pour citer un exemple
plus marqué encore, la présence de perforations sur la paroi d'un récipient lui interdit toute
fonction qui impliquerait la conservation d'un contenu liquide.
Très souvent, les éléments qui interdisent une fonction en suggèrent, en même temps, une
autre. Cette correspondance est d'autant plus nette que les éléments en question présentent un
caractère additionnel, clairement intentionnel ou complexe. Pour revenir à nos exemples, la pré
sence sur un récipient d'un col étroit — qui est un élément morphologique élaboré, donc vis
iblement aménagé consciemment — suggère une fonction qui saurait en bénéficier : conserva
tion de liquides, transport, etc. De même, la présence de perforations sur la paroi d'un récipient,
en tant qu'aménagement particulier, suggère une fonction qui en profiterait ou même qui les
nécessiterait : filtrage, égouttage, etc.
L'idée avancée ici est, encore une fois, simple. La présence de perforations sur la paroi du
récipient impose une limitation précise à ses possibilités fonctionnelles mais, au-delà de cette
limitation, toute possibilité est ouverte. Théoriquement, le vase pourrait très bien contenir sim
plement des solides, pourvu que leur taille soit supérieure au diamètre des perforations. Un tel
3 Comparer D. P. Braun, «Pots as Tools», in J. A. MOORE,
A. S. Keene, Archaeological Hammers and Théories (1983),
p. 122-125.
BCH12B (2001) ZOÏTSIRTSONI
usage est, du point de vue technique, tout à fait permis ; rien n'exclut, en fait, qu'il ait eu effe
ctivement lieu à un moment de la vie du récipient. Mais on se demande, dans ce cas, pourquoi
on aurait aménagé les perforations au départ. Il paraît plus logique de supposer que cela a été
fait parce que l'usage prévu à l'origine — c'est-à-dire h fonction du vase — comportait une acti
vité qui était en rapport avec les perforations. Entre les deux fonctions possibles du vase (contenu
solide ou filtration/égouttage), la deuxième paraît être L· plus probable.
2. Le rôle du décor
La présence d'un décor impose, elle aussi, certaines contraintes aux possibilités fonctionn
elles des récipients. Quoique, techniquement parlant, surmontables, ces contraintes sont, en
réalité, à peine moins restrictives que les précédentes.
Partant du principe qu'un décor est le résultat d'une activité consciente, qui implique un
investissement en temps et en matériaux, nous déduisons qu'un décor — ou, plus exactement,
un récipient décoré — reçoit une valorisation, qui se trouve en rapport direct avec les paramètres
impliqués. La valorisation est d'autant plus grande que la créativité exprimée par le potier est
grande, ou que le message transmis est apprécié par les autres membres du groupe, ou que le
temps investi est long, ou que les matériaux mis en jeu (y compris, évidemment, le vase lui-
même) sont précieux. Un récipient décoré est, normalement, prévu pour être manié ou disposé
de façon que le décor soit accessible aux sens, visible, et qu'il puisse être alors valorisé. La rési
stance du décor à l'usure est une condition supplémentaire pour la fonction du récipient décoré,
étant donné que celui-ci est, en principe, fabriqué pour être utilisé durant un certain temps, de
préférence sous la forme qu'on lui a donnée volontairement au départ.
Tout cela pris en compte, il y a peu de chances pour que les Néolithiques soient allés
mettre un vase minutieusement peint sur le feu le lendemain de sa fabrication. Moins encore
qu'ils l'aient conçu et qu'ils l'aient façonné ainsi dans le but d'en faire un récipient de cuisson.
Au contraire, il apparaît que le décor — comme des éléments morphologiques particul
iers, supra — , en même temps qu'il impose des limitations fonctionnelles, suggère d'autres fonc
tions comme plus probables. Prenons l'exemple d'un pot caréné à col4. La présence d'un décor
peint à l'extérieur aurait interdit, déjà, tout usage du récipient sur le feu, car un tel usage détruir
ait immédiatement le décor. En outre, la présence d'un décor plus élaboré sur la partie supé
rieure du récipient rend improbable une fonction qui impliquerait de placer le vase à un niveau
supérieur au niveau des yeux, car cela rendrait le décor invisible. En revanche, l'organisation du
décor suggère une fonction qui impliquerait de placer le vase à un niveau égal ou légèrement
inférieur au niveau des yeux, par exemple sur une table, une plate-forme ou une étagère basse.
4 Type 1 de notre classification des poteries : Tsirtsoni, Types,
p. 34-35 ; voir aussi infra.
BCH 125 (2001) POTERIES DU DÉBUT DU NÉOLITHIQUE RÉCENT EN MACÉDOINE. Il LES
Encore une fois, la présence et/ou l'organisation d'un décor n'excluent pas, technique
ment parlant, des usages destructifs ou dévalorisants. On peut même supposer que des récipients
décorés, dont le décor aurait été déjà efifacé, usé, ou simplement dépassé, pourraient très bien
être utilisés ensuite comme des récipients « simples », à des usages divers. Cependant, la présence
et/ou l'organisation du décor suggèrent comme plus probable une fonction qui le mettrait le
plus possible en valeur.
En résumé, notre essai d'interprétation fonctionnelle procède de la façon suivante :
Au départ, un récipient en terre cuite peut avoir n'importe quelle fonction ; ensuite :
lre étape : on élimine les usages soumis à des limitations matérielles (techniques et morp
hologiques). Les usages restants constituent l'ensemble des usages possibles du récipient.
2e étape : on élimine les usages soumis à des limitations esthétiques (présence d'un décor).
Les usages restants constituent l'ensemble des possibilités fonctionnelles, proprement dites, du
récipient.
3e étape : on évalue la contribution fonctionnelle des éléments particuliers du récipient :
a. éléments techniques (pâte) et morphologiques (forme, y compris les aménagements
particuliers, tels que cols, élévations, moyens de préhension, moyens de versement, perforations,
etc.) ;
b. éléments esthétiques (technique, organisation du décor, etc.).
Il est évident que chacun de ces éléments, seul, peut suggérer plus d'une fonction. Leur
évaluation commune permet, pourtant, de retenir à la fin celle parmi les fonctions possibles qui
est suggérée par une majorité d'éléments. Cette dernière représente l'hypothèse h plus vraisem
blable pour la fonction, proprement dite, du récipient.
B. Le contexte archéologique
Y a-t-il moyen de vérifier une hypothèse fonctionnelle ? Théoriquement non, sauf si l'on
rencontre un jour le potier qui a fabriqué le récipient et qu'il nous explique pour quoi il l'a fait
ainsi ! Dans certains cas, pourtant, le contexte de découverte de l'objet peut servir de moyen de
vérification.
Évidemment, la façon dont un objet se présente au moment de la fouille n'indique qu'un
usage de celui-ci — le dernier — et pas forcément sa fonction. Or, lorsque cet usage, tel qu'il
est suggéré par le contexte de découverte de l'objet, coïncide avec sa fonction supposée, telle que
nous l'avons identifiée à travers l'interprétation fonctionnelle, on a le droit de considérer qu'il
y a confirmation de l'interprétation proposée et que le récipient en question a, effectivement,
fini ses jours en remplissant sa fonction initiale.
Que signifierait alors le contraire, c'est-à-dire la découverte d'un objet en cours d'usage,
mais d'un usage différent de sa fonction supposée ? Est-ce que ce fait pourrait, seul, faire s'effondrer
BCH125 (2001) ZOI TSIRTSONt
notre hypothèse ? Certainement pas. La condition pour que notre démarche d'interprétation
fonctionnelle reste valable est que l'usage en question figure parmi la liste des usages possibles
du récipient. À l'intérieur de cette liste, tout est permis, comme on l'a déjà dit. Le fait qu'un
récipient, auquel nous attribuons — non sans arguments — une fonction x, se trouve utilisé, à
un moment donné, selon un usage y, aurait plus de chances d'indiquer clairement une utilisa
tion secondaire du récipient.
Dans l'analyse qui suit, le contexte archéologique des objets sera évoqué seulement lors
qu'il apparaît significatif pour l'interprétation fonctionnelle de ceux-ci. Évidemment, aucune
discussion n'est possible dans le cas de fragments provenant de contextes inconnus ou incertains
(couches de destruction indifférenciées, couche de surface, fosses)5.
//. Interprétation fonctionnelle des récipients
Type 1 : Pots carénés à col, à pâte claire et avec décor peint en sombre
Ces récipients fermés très caractéristiques présentent un corps
caréné, à partie inférieure évasée concave et partie supérieure fo
Illustration non autorisée à la diffusion rtement rentrante convexe, et un col plus ou moins haut et large,
cylindrique concave. Ils sont d'habitude munis d'une anse verti
cale, attachée sur la lèvre et à la base du col (fig. 1). Leurs dimens
ions sont de 4,5 à 8 cm pour l'assise, de 14 à 21 cm pour le dia Flg. 1. Pot caréné à col de Dikili
Tash (type 1), destiné mètre maximal, de 6 à 15 cm pour l'ouverture et de 13 à 18 cm
probablement, à l'origine, au
pour la hauteur; l'épaisseur de la paroi est de l'ordre de 0,5 cm. service de liquides dans des
contextes socialement valorisés Leur capacité, parfois inférieure à 1 1, est généralement comprise
(1/6 ; dessin B. Athanassov).
entre 1,5 et 2 l6.
Ces pots sont systématiquement faits d'une pâte plus ou moins riche en éléments miné
raux fins siliceux, contenant parfois aussi des éléments calcaires, et présentent normalement une
coloration uniforme claire en surface. Leur surface extérieure soigneusement polie reçoit un
décor peint avec une peinture sombre sur le fond clair. Celui-ci est toujours organisé en deux
5 La référence quasi exclusive aux données de deux sites seu 6 Les capacités des récipients ont été calculées d'après la
lement, Sitagri et Dikili Tash (tous les deux en Macédoine méthode proposée par Y. Rigoir, « Méthode géométrique simple
orientale), loin d'exprimer une quelconque préférence per de calcul du volume des contenants céramiques », Documents
sonnelle, reflète l'état actuel de la documentation et, jusqu'à d'Archéologie Méridionale 4 (1981), p. 193-194. Une méthode
un certain point, de la recherche dans ce domaine. Peu analogue a été utilisée par A. Kalogirou, Production and
nombreux, en effet, sont les sites qui ont fait l'objet de fouilles Consumption of Pottery in Kitrini Limni, West Macedonia,
systématiques étendues et où l'on a mis au jour des ensembles Greece, 4500 B.C-3500 B.C., Ph.D., Indiana University (1994),
de vestiges plus ou moins parlants. Pour la plupart d'entre p. 232-234. Comparer aussi P. DARCQUE, « Réflexions prélimi
eux, les résultats des opérations restent inédits ou trop som naires sur quelques dispositifs et pièces de stockage de
mairement présentés. Sur cette question, voir Tsirtsoni, 7>pes, l'époque mycénienne (1550-1050 avant J.-C.) en Grèce conti
p. 8-9. nentale », Topoi 6 (1996), p. 96-97.
BCH125 (2001) POTERIES DU DÉBUT DU NÉOLITHIQUE RÉCENT EN MACÉDOINE. Il LES
ou trois zones, correspondant aux différentes parties du vase et comportant chacune des él
éments de taille et de nature différentes : éléments larges (bandes ou festons) pour la zone infé
rieure (moitié inférieure de la panse), éléments fins (groupes de lignes, arcs de cercles, « échelles »,
triangles, spirales) pour la zone supérieure (épaule, col, anse).
Contraintes et suggestions fonctionnelles
La fragilité évidente de ces récipients représente une première contrainte fonctionnelle :
avec leurs parois peu épaisses et leur profil fortement caréné, ces pots résisteraient difficilement
à un usage qui impliquerait l'exercice sur eux de fortes tensions mécaniques7. Des fonctions
nécessitant un déplacement fréquent et/ou un maniement brusque (par exemple, transport, en
particulier sur de longues distances) sont donc à écarter. La présence d'une ouverture restreinte
interdit, par ailleurs, tout usage impliquant un accès facile à l'intérieur des récipients (tels que
la consommation d'aliments solides ou certains types de conservation ou de préparation). Sur
le plan esthétique, la présence d'un décor élaboré peint à l'extérieur constitue une contrainte
pour l'usage des vases sur le feu, ainsi que pour tout usage qui rendrait le décor invisible.
La forme de ces récipients (corps très fermé, col plus ou moins haut et étroit) suggère, en
revanche, une fonction impliquant un contenu liquide. L'existence d'une anse verticale au niveau
du col faciliterait le versement de ce contenu. D'un point de vue esthétique, la présence du décor
apporterait une valorisation certaine aux objets, pourvu que ceux-ci soient disposés de façon à
rendre ce décor visible {supra, p. 4). L'ensemble renvoie à une fonction de «vaisselle de table»,
analogue à celle de carafes, c'est-à-dire de récipients destinés au service — conservation provi
soire, présentation, versement — de boissons, au sein d'activités susceptibles de recevoir une
valorisation sociale — par exemple, repas familiaux ou autres.
Contexte archéohgique
À l'heure actuelle, seuls deux sites en Macédoine orientale, Dimitra et Dikili Tash, ont
fourni des exemplaires complets ou à profil complet de ce type de récipients.
L'unique exemplaire mentionné à Dimitra provient peut-être d'un niveau d'habitation,
où il se trouverait en place sur le sol, à côté d'un broyeur8. À Dikili Tash, une demi-douzaine
de pots ont été trouvés intacts ou brisés sur le sol d'habitations ou sur des plates-formes ; plu
sieurs d'entre eux étaient à proximité plus ou moins immédiate de fours, parmi d'autres réci
pients (jarres, marmites) et ustensiles (meules et broyeurs)9. Un tel contexte s'accorde assez bien
avec notre hypothèse sur la fonction de ces récipients : on pourrait très bien admettre que ces
7 D. P. Braun, toc. cit. (supra, n. 3), p. 118. 9 P. Darcque, G. Touchais, R. Treuil, « Rapport sur les tra-
8 D. Gramménos (éd.), Νεολιθική Μακεδονία (1997), p. 55- vaux de l'École française d'Athènes en 1993. Dikili Tash »,
56 et fig. 10 : 88. BCH 118 (1994), p. 440 et fig. 3 et 7.
BCH125 (2001) ZOÏ TSIRTSONI
pots servaient à apporter, par exemple, de l'eau, non seulement sur la « table », mais aussi sur le
lieu de préparation de la nourriture. D'autre part, il se peut qu'ils aient été simplement posés
ou rangés à ces endroits, en attendant d'être utilisés.
Ce faisant, les pots pourraient avoir eu d'autres usages. La découverte, à Dikili Tash, de
quatre vases — dont trois pots carénés — grossièrement alignés sur le sol d'une pièce d'habita
tion, nous donne une idée de la gamme de ces usages10. L'un des pots, trouvé écrasé sur le sol
sous le poids d'un « bucrane » surmodelé en terre crue11, était peut-être vide au moment de la
destruction ou alors il contenait une substance qui n'a pas laissé de traces visibles. Les deux autres
nous ont livré des contenus qui sont, pour le moins, inattendus : dans l'un il y avait une demi-
douzaine d'outils en pierre polie et taillée12, tandis que dans l'autre des analyses ont détecté des
restes d'oxydes de fer à l'état pur, probablement une matière colorante13.
Différentes hypothèses pourraient être proposées afin d'expliquer ces associations : les vases
auraient pu être utilisés comme des « cachettes » d'objets précieux, ou comme contenants d'of
frandes à la « divinité » bovine dont l'effigie se trouvait placée à moins d'un mètre de distance ; il
se pourrait encore que les gens aient simplement mis ces objets dans les pots vides, afin de les
retrouver facilement plus tard14. Une chose paraît certaine : il s'agit dans tous les cas d'usages
secondaires, non conformes à la fonction initiale des récipients. La présence, juste à côté des deux
pots, d'un récipient ouvert avec un contenu analogue (infra, p. 12), renforce l'idée d'un tel usage
secondaire aussi bien pour les uns (pots) que pour l'autre (vase ouvert) de ces récipients.
Type 2 : Jarres à pâte claire et avec décor peint en sombre
Connu essentiellement par des fragments, ce type de récipient fermé réunit les mêmes
caractéristiques technologiques que celles des pots carénés à col — pâte assez riche en éléments
minéraux fins, coloration claire en surface, polissage soigné et décor peint sombre sur clair à
l'extérieur — avec une forme différente, celle de grande jarre globulaire à col (fig. 2). Hautes
d'une soixantaine de centimètres, ces jarres présentent une panse sphéroïde, d'un diamètre maxi
mal de 45 à 50 cm, prise entre une base et un col étroits (diamètre entre 10 et 14 cm). Trois
anses verticales — ou quatre, verticales et horizontales en alternance — sont disposées juste au-
dessous du diamètre maximal. Le décor est constitué exclusivement de groupes de lignes larges,
horizontales autour du col et de la base, verticales ondulées le long de la panse.
10 R. Treuil, «Travaux de l'École française d'Athènes en 1995. 13 Voir Y. Maniatis, R. Treuil, Z. Tsirtsoni, « Dikili Tash : ana-
Dikili Tash », BCH 120 (1996), p. 870-873 et fig. 1, 2, 8 et 10. lyse du contenu d'un récipient néolithique », BCH 125/2 (2001),
11 Md., p. 871 et fig. 11-12. Pour une présentation détaillée à paraître ; Y. Maniatis, Z. Tsirtsoni, « Characterization of a
voir R. Treuil, P. Darcque, « Un "bucrane" néolithique à Dikili Black Residue in a Decorated Neolithic Pot from Dikili Tash
Tash (Macédoine orientale) : parallèles et perspectives», (Greece): An Unexpected Resuit», Archaeometry (à paraître).
BCH 122 (1998), p. 1-25. 14 S. Martinez, Ioc. cit. (supra, n. 12), p. 37, désigne ces
12 Z. Tsirtsoni, « Morphologie et fonctions de la poterie », Dos- vases comme des « vide-poches ». Sa remarque que certains
siers d'Archéologie 222 (avril 1997), p. 35. Les outils sont des outils qu'ils contenaient étaient peut-être en attente de
illustrés et décrits par S. Martinez, « L'homme et ses outils », réaffutage s'accorde avec une telle interprétation.
Md., p. 37.
BCH 125 (2001)