Les travailleurs étrangers en Europe. Combien sont-ils ? qui sont-ils ? où travaillent-ils ? - article ; n°3 ; vol.2, pg 169-184

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Revue européenne de migrations internationales - Année 1986 - Volume 2 - Numéro 3 - Pages 169-184
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1986
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Monsieur André Lebon
Les travailleurs étrangers en Europe. Combien sont-ils ? qui
sont-ils ? où travaillent-ils ?
In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 2 N°3. Décembre. pp. 169-184.
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Lebon André. Les travailleurs étrangers en Europe. Combien sont-ils ? qui sont-ils ? où travaillent-ils ?. In: Revue européenne
de migrations internationales. Vol. 2 N°3. Décembre. pp. 169-184.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1986_num_2_3_1119169
Revue Européenne
des Migrations Internationales
Volume 2 - N° 3
Décembre 1986
CHRONIQUE STATISTIQUE
Les travailleurs étrangers
en Europe
(Combien sont-ils ; qui sont-ils
où travaillent-ils ?)
André LEBON
L'appel à une force de travail étrangère a constitué, jus
qu'au milieu des années 70, l'une des caractéristiques communes à la plupart des
économies d'Europe occidentale et, à un moindre degré, d'Europe du Nord. Ulté
rieurement, l'arrêt de l'introduction de nouveaux travailleurs permanents, décidée
entre 1970 et 1974 par l'ensemble des pays formant cette aire géographique, n'a
laissé subsister pour l'essentiel — c'est-à-dire en dehors des exceptions et dérogat
ions que prévoit toute réglementation — que l'immigration active interne aux
zones de libre circulation (Communauté Economique Européenne et Marché Nor
dique du Travail) ainsi que l'entrée et l'accès à l'emploi des réfugiés et des demand
eurs d'asile, en nombre croissant et venant d'horizons de plus en plus larges.
Dans le même temps, le regroupement des membres des familles s'est pours
uivi — non sans difficultés parfois, ni tentatives de le freiner — et les enfants nés
dans les pays d'accueil des parents sont parvenus à l'âge adulte. A leur tour, les uns
et les autres sont entrés sur le marché du travail, si bien qu'aux flux externes de
main-d'œuvre étrangère enregistrés au cours de la période allant de 1960 à 1970-
1974 se sont progressivement substitués des flux internes ou endogènes. Dès le
début des années 80, ces derniers représentaient dans les pays où de tels calculs
sont réalisables (Allemagne, Belgique, France, Pays-Bas par exemple) 70 % et plus
des premières autorisations de travail accordées ou des titres uniques séjour/travail
délivrés annuellement aux étrangers exerçant une première activité. dans ce contexte général, qui perdure depuis une décennie au moins et C'est
qui ne devrait pas se modifier radicalement durant les années à venir, que se situe la
présente chronique statistique consacrée à la partie active de la population étran
gère en Europe. On ne redira pas ici, au seuil de cet exercice, les difficultés métho
dologiques rencontrées dans une telle entreprise, ni les limites d'une présentation
uniformisée à l'échelle européenne d'un phénomène déjà fort complexe à mesurer
au plan national. Le souci de rigueur scientifique exige de les rappeler même si l'on
en épargne le détail aux lecteurs.
Après avoir donné une vue d'ensemble aussi complète que possible de la
présence étrangère active dans les pays européens (I), on examinera pour quelques-
uns d'entre eux la part occupée par ces travailleurs dans les principales activités
économiques (II).
VUE GENERALE DE LA FORCE DE TRAVAIL ETRANGERE
EN EUROPE OCCIDENTALE
Les éléments statistiques dont on dispose permettent à la fois de décrire la
situation à la date la plus récente (généralement 1985) et, avec une approximation
plus grande, de mettre en évidence l'évolution intervenue au cours de la décennie
écoulée (1975-1985), en focalisant successivement l'observation sur les pays d'emp
loi de cette main-d'œuvre puis sur les pays d'où elle vient.
LA SITUATION ACTUELLE
A partir des informations transmises principalement par les correspondants
nationaux auprès du Système d'Observation Permanente des Migrations
(SOPEMI) de l'OCDE et en recourant à diverses autres sources dans le cas des
pays non représentés au sein de cet organisme [1,2], on peut évaluer à 5,3 millions
de personnes le nombre de travailleurs étrangers en Europe de l'Ouest et du Nord,
excepté le Royaume-Uni où un tel dénombrement — sur des bases tant soit peu
homogènes — s'avère impossible. Sauf exceptions signalées dans les notes de ren
voi, ne sont pris en compte dans l'évaluation proposée que les actifs, occupant un
emploi ou en recherchant un, qui répondent aux trois caractéristiques cumulatives
suivantes : posséder formellement une nationalité différente de celle du pays de
résidence, être en situation régulière au regard du séjour et du travail, occuper (ou
rechercher) un emploi permanent. C'est dire, a contrario, que sont exclus de cette
évaluation d'une part les travailleurs frontaliers et saisonniers particulièrement
nombreux dans certains pays (France, Suisse), d'autre part les travailleurs clandest
ins — qu'ils le soient au titre de la résidence et de l'activité ou uniquement à ce
second titre — pour lesquels aucune estimation sérieuse, dénuée de tout caractère
passionnel, ne peut être avancée... sauf à dire qu'il en existe partout, plus ou moins.
• Si l'on retient comme critère de classification la catégorie à laquelle appar
tiennent les pays d'emploi de cette main-d'œuvre, une typologie en trois rubriques
se dessine :
— dans la première, figurent les huit pays que la terminologie en vigueur :
:
parmi les terres d'immigration et qui, en toute logique, accueillent plus de range
90 % des travailleurs étrangers (près de 5 millions sur un total de 5,3 millions). Le
tableau de texte suivant, dans lequel sont rappelés successivement leur nombre (en
milliers) et la part qu'ils représentent dans l'ensemble de la population active,
résume les données détaillées consignées dans le tableau 1 :
Unités : millier et %
Allemagne Autriche Belgique France Pays-Bas Suède Suisse Illustration non autorisée à la diffusion Luxembourg
1985 1985 1985 1985 1984 1985 1985 1985
1 823,4 140,2 396,3 1 649,2 52,9 165,8 216,1 549,3
5,1 10,0 6,95 34,0 7,9 3,0 4,9 18,2
Source note [1]
— dans la seconde, se trouvent cinq pays non moins « traditionnellement »
considérés comme pays d'émigration. Dans le même temps où un nombre import
ant de leurs nationaux exercent une activité à l'extérieur, ces cinq pays fournissent
un emploi à 0,2 million d'étrangers ;
— enfin, la troisième est constituée par deux pays nordiques pour lesquels
cette dichotomie n'apparaît pas pertinente ; sur leur sol, vivent et travaillent envi
ron 100 000 étrangers.
Le tableau ci-après, construit sur les mêmes bases que le précédent, regroupe,
par commodité, les informations relatives aux sept pays appartenant à la seconde
et à la troisième rubriques :
Unités : millier et %
Grèce \ Norvège Portugal Danemark Illustration non autorisée à la diffusion Italie Espagne Finlande
1982 1982 1985 1985 1985 1985 1985
40 120 27,5 50 6,5 28,2 51
1,8 2,0 0,7 0,5 0,6 0,4 0,3
Source note [2]
• Dans l'évaluation globale que l'on vient de présenter, le cas du Royaume-
Uni n'a pas été évoqué tant le concept mesuré dans ce pays diffère de celui retenu
dans l'ensemble des autres pays européens.
Une tentative d'estimation sur des bases communes avait été entreprise en
1975 puis en 1976 pour aboutir à des ordres de grandeur compris entre 750 et
850 000 travailleurs étrangers (y.c. les Irlandais). Depuis lors, et tout particulièr
ement après la publication des résultats du recensement de 1981, les données com
muniquées — renseignant d'ailleurs sur la population totale et non sur la populat
ion active — ne reposent plus sur le critère de la nationalité mais sur celui du
« pays de naissance ». Ces données ont été commentées dans la précédente chroni
que statistique [3]. :
:
1 : Travailleurs permanents étrangers dans les principaux pays européens d'emploi TABLEAU
Unités : millier et %
Pays d'emploi
et date de
Suisse l'information Allemagne Autriche Belgique France Pays-Bas Suède Luxembourg
1985 1985 1985 1985 1985 1984 1985 1985
Pays d'origine
Algérie 0,2 1,1 3,6 279,0
(1,0)** 19,7 Autriche 0,1 (81,0)
Espagne 68,7 73,7 36,5 117,8 0,9 7,8 (1,5)
(0,5)** Finlande 85,3 0,8 (4,0)
(2,5)** Grèce 115,4 1,6 4,6 4,7 10,7
Italie 232,8 1,9 90,0 125,9 8,5 7,2 230,1 (2,0)
Maroc 186,4 25,0 0,9 (20,0) 44,9
20,9 15,7 3,2 Portugal 38,3 7,4 456,8
1,4 Tunisie 5,2 75,1 0,8 (10,0)
Turquie 589,0 29,1 26,0 32,5 41,6 35,3 (11,0)
Yougoslavie 4,9 22,1 47,2 324,9 82,0 3,1 44,1 0,7
127,8 Autres dont 27,2 162,4 318,5 27,0 79,8 (334,3) (21,0)*** (89,6) (11,2)* — Pays de la CEE 96,4 71,1 25,2 56,4 91,2 (225,3)
— Pays non CEE 66,0 247,4 1,8 23,4 36,6 (109,0) (68,6) (16,0)
140,2 1 649,2 52,9 165,8 216,1 549,3 • Effectifs 1 823,4 396,3
TOTAL
• 9i sur l'ensemble 7,9 5,1 6,95 4,9 18,2 (10,0) (34,0) (3,0)
des travailleurs
Illustration non autorisée à la diffusion ( ) les nombres entre parenthèses ne figurent pas dans les évaluations fournies par les correspondants nationaux du SOPEMI (c\\ note 1).
* Uniquement travailleurs originaires de la RFA ;
** Résultats du recensement de 1982 ;
*** originaires du Danemark, de France, de Grande-Bretagne et des Pays-Bas.
Sources OCDE/SOPFMI ; estimations personnelles ; note [1 Le seul élément d'appréciation dont on dispose dorénavant — qui rend
compte d'un flux et non d'un stock — correspond au nombre de permis de travail
délivrés chaque année aux étrangers, hormis les ressortissants des Etats membres
de la CEE qui en sont dispensés, et à certains citoyens du Commonwealth qui
demandent à exercer une activité professionnelle ou à suivre une formation.
Depuis 1981, le nombre annuel de ces autorisations est inférieur à 17 000, 40 %
d'entre elles étant accordées pour une courte durée et 20 % en vue d'une formation
professionnelle.
Ce tour d'horizon de la présence étrangère active en Europe étant achevé, on
ne s'attachera plus désormais, pour une exploitation fine, qu'aux informations
mentionnées dans le tableau 1.
Les pays d'emploi
Sur le territoire des huit pays considérés, résident un peu moins de 5 millions
de travailleurs étrangers (nombre précis : 4 993,2 milliers), ce qui représente par
rapport à l'ensemble des actifs dénombrés dans ces pays (soit environ 70 millions
de personnes) une proportion moyenne de 6,7 %.
Au regard de ce taux moyen théorique, — et en dehors de la situation tout à
fait particulière du Luxembourg où un tiers de la main-d'œuvre est de nationalité
étrangère (34 %) — , les pays d'immigration se positionnent de manière sensibl
ement différente. Trois d'entre eux, la Suisse (18,2 %), la Belgique (10 %) et l'All
emagne (7,9 %) se situent au-delà ; trois autres, l'Autriche (5,1 %), la
Suède (4,9 %) et les Pays-Bas (3 %) demeurent en-deçà. Reste le cas de la France :
les résultats de l'enquête Emploi de mars 1985, reproduits ici, la place dans le
premier groupe de pays avec un pourcentage d'actifs étrangers de 6,95 % ; ceux du
recensement de mars 1982 la feraient plutôt figurer dans le second groupe (6,6 %).
Que l'on retienne l'une ou l'autre de ces valeurs, elle est sans aucun doute le pays
qui se rapproche le plus du taux moyen européen.
Autre phénomène intéressant à observer de manière comparative, le degré de
féminisation de la population active étrangère. L'exercice qui n'est réalisable que
pour cinq des huit pays examinés fait apparaître une remarquable similitude de
situation dans trois d'entre eux. En France, en Allemagne et en Suisse — qui à elles
seules accueillent 4 des 5 millions de travailleurs étrangers recensés — l'élément
féminin intervient pour un tiers environ dans la composition de cette population
(respectivement 30,1 % ; 31,7 % et 33,7 %). Le processus s'avère moins avancé
aux Pays-Bas (24,2 %), il l'est davantage en Belgique (39,1 %). Ces ressemblances
et ces différences renvoient, bien entendu, à la répartition par nationalités de la
force de travail immigrée et au sein de celles-ci à la propension des femmes à
occuper un emploi.
Les pays d'origine
Moins habituelle est certainement l'exploitation que Ton peut faire de ces
mêmes données en centrant l'analyse sur l'origine géographique des actifs étran
gers en Europe, origine que par convention on déterminera d'après leur national
ité. Pour mener à bien cette recherche, on s'est d'abord efforcé d'affiner les infor- transmises par les pays d'emploi — en recoupant des renseignements mations
provenant de sources diverses [1] — de manière à réduire au maximum le poids
relatif de la rubrique « Autres », soit en ventilant son contenu entre « Autres pays
de la CEE » et « Autres pays non CEE », soit en réaffectant à une nationalité
précise un certain effectif de travailleurs. La proportion d'indéterminés a été ainsi
diminuée de près de la moitié (19,2 % dans les tableaux de l'OCDE et 1 1,4 % dans
le tableau 2 ci-après). Les premiers résultats de ce travail permettent de proposer
quelques axes nouveaux d'investigation qui ne seront ici qu'esquissés.
Il apparaît d'abord, à en juger par la composition des « stocks », que les
migrations internationales à finalité économique vers l'Europe ont avant tout
constitué un phénomène intra-européen (tableau 2). Malgré les retours et les acqui
sitions de la nationalité des pays d'emploi qui concernent au premier chef les
ressortissants de ce continent [4], 60 % des étrangers travaillant dans l'espace
géographique étudié sont des Européens et, de manière plus précise, 45 % sont des de la CEE à douze, 30 % environ de la CEE à dix.
TABLEAU 2 : Origine géographique des travailleurs étrangers
résidant dans les principaux pays européens d'emploi
Unités : millier et %
Pays d'origine Effectifs Pays d'origine Effectifs
Europe Maghreb
— Algérie 283,9 — CEE (à 10) 1 435,7
— Péninsule Ibérique 849,2 — Maroc 277,2
— Autriche 101,8 — Tunisie 92,5
— Finlande 90,6
— Yougoslavie 529,0 Total 653,6(13,1 %)
Turquie 764,5(15,3 %)
Total 3 006,3 (60,2 %) Autres pays 568,8(11,4%) Illustration non autorisée à la diffusion
— les pourcentages sont calculés sur le total des travailleurs étrangers rés
idant dans les huit pays d'emploi mentionnés dans le tableau 1, soit
4 993,2 milliers.
— dans la rubrique « Autres pays » figurent d'une part les travailleurs ori
ginaires des pays et groupes de pays qui ne sont pas listés ci-dessus
(ressortissants d'Afrique noire, d'Amérique etc. mais aussi, par exemple,
travailleurs suisses en France ou en Allemagne), d'autre part des natio
naux de pays (ou zones) d'origine individualisés mais qui sont en trop
petit nombre pour avoir été signalés par les pays d'emploi (par exemple,
Portugais en Autriche ou en Suède).
Source : tableau 1
A côté de cette présence nettement dominante, on relève par ordre décroissant
les Turcs (15,3 %) puis les Maghrébins (13 %). Quant aux ressortissants des
« Autres pays », c'est-à-dire l'ensemble des Africains noirs, Asiatiques, Américains
(du Nord et du Sud) mais aussi divers Européens que l'on n'a pu identifier, ils
interviennent pour environ 11 %. 175
Seconde piste de recherche, celle qui consiste à mettre en évidence le degré de
concentration, ou au contraire de dispersion, des communautés étrangères (fo
rmées ici uniquement d'actifs) dans les principaux pays européens d'emploi. En
fonction des liens géographiques, historiques, économiques qui se sont tissés ou à
partir de filières qui se sont développées, des « couples » de pays (l'un d'émigrat
ion, l'autre d'immigration) se sont constitués ; les travailleurs d'une nationalité
déterminée se retrouvent alors massivement sur le territoire d'un seul Etat. Ainsi en
est-il par exemple, pour les mains-d'œuvre algérienne, finlandaise, ou encore tur
que : 98 % de la première réside en France, 94 % de la seconde en Suède, 77 % de
la troisième en Allemagne. Cette enumeration pourrait être poursuivie sans diffi
culté : Grecs et Autrichiens en Allemagne, Portugais et Tunisiens en France etc.
Plus exceptionnelles en revanche sont les situations inverses de dissémination sur
l'ensemble (ou la quasi-totalité) des pays récepteurs. On ne fera mention que du cas
le plus significatif, celui de l'émigration active italienne : un tiers travaille en All
emagne, un autre tiers en Suisse, 18 % en France, 13 % en Belgique. Seuls les
Espagnols et à la rigueur les Yougoslaves présentent la même caractéristique.
Un troisième mode d'exploitation des données aurait pour finalité d'apprécier
ce que représente le stock en Europe de travailleurs originaires d'un pays émetteur
par rapport au total de la force de travail expatriée depuis ce même pays. Le
matériau réuni jusqu'à présent est trop rare, ou trop incertain lorsqu'il existe, pour
aller au-delà d'un seul exemple : le nombre de travailleurs turcs dans les grands
pays européens d'immigration (plus de 750 000 ; cf. tableau 2) ne prend tout son
sens que si on le resitue dans l'ensemble de l'émigration active turque (1,1 million
de personnes selon les autorités de ce pays), soit environ 70 %. Il s'agit en quelque
sorte de relativiser notre vision, centrée sur l'Europe, des migrations internatio
nales de main-d'œuvre, ne serait-ce que pour mieux comprendre les préoccupations
des pays d'origine.
L'EVOLUTION AU COURS DE LA DERNIERE DECENNIE (1975-1985)
Mis en place en 1973, le SOPEMI offre maintenant un recul suffisant pour
mettre en évidence les principaux changements intervenus, sur longue période,
dans le volume et l'origine de la main-d'œuvre étrangère à laquelle les pays euro
péens ont recours. Précisons toutefois que cette rétrospective sur dix ans (1975-
1985) avec un point d'arrêt à mi-parcours (1980) ne peut avoir la rigueur, toute
relative, de l'analyse d'une situation à date déterminée : en un tel laps de temps, les
systèmes statistiques ont évolué, de nouvelles sources de données sont apparues, les
modalités d'appréhension d'une même grandeur ont parfois été modifiées ; en bref,
la cohérence totale des séries statistiques n'est pas assurée.
Si, dans ces conditions, la construction d'un tableau rétrospectif — sur le
modèle du tableau 1 — croisant les informations relatives aux lieux d'emploi et
aux zones d'origine des travailleurs étrangers de cinq ans en cinq ans n'apporterait
qu'une précision illusoire, du moins est-il possible sur ces deux questions, de
déceler les grandes tendances qui se sont fait jour. Les pays récepteurs
La sommation du nombre d'actifs étrangers présents en 1975, 1980 et 1985
dans l'aire géographique formée par les huit pays européens d'immigration obser
vés puis la comparaison des totaux obtenus à ces trois dates font apparaître, sur
l'ensemble de la période, une variation globale négative de l'ordre de 5 %. Celle-ci
s'est produite pour l'essentiel durant la première phase (1975-1980), la seconde
(1980-1985) se caractérisant de manière générale par une quasi-stabilisation. Par
rapport à cette évolution moyenne qui, bien sûr, n'est celle d'aucun pays en parti
culier, on peut distinguer quatre types de transformation :
— en Allemagne et surtout en Autriche, la diminution s'avère plus accentuée
(environ — 20 %), assez lente à s'amorcer puis s'accélérant après 1980-81 ;
— le Luxembourg et plus encore la Belgique s'inscrivent à contre-courant de
la tendance générale dégagée puisque la présence étrangère active s'accroît entre
1975 et 1985 (de 15 à 30 %), surtout avant 1980 dans le premier pays, principale
ment après dans le second ;
— aux Pays-Bas et en Suède, les résultats de l'évolution décennale certes
divergent (baisse dans le premier cas d'à peu près 5 %, hausse dans le second dans
des proportions similaires) ; cependant, le rapprochement proposé tient au fait que
les variations enregistrées, quoique d'intensité différente, sont de même signe :
positif jusqu'en 1980, négatif après ;
— enfin, la Suisse et la France connaissent également des changements qui
s'effectuent en parallèle : de 1975 à 1980, à une ou deux années près, le nombre de
travailleurs étrangers régresse ce qui, dans un premier temps, conduit à ranger ces
deux pays dans la même catégorie que l'Allemagne ou l'Autriche ; dès 1980 (en
Suisse), deux ans plus tard (en France), leurs effectifs augmentent de nouveau — à
la suite respectivement de la permanisation des saisonniers et des régularisations
exceptionnelles de clandestins — , tout comme au Luxembourg et en Belgique. A
l'issue de la période d'observation, les deux mouvements de sens inverse se sont
pratiquement annulés et la population active étrangère retrouve son niveau initial.
Les pays émetteurs
L'interprétation des modifications qui se sont produites dans l'origine de la
main-d'œuvre immigrée se révèle plus délicate encore du fait de l'existence d'une
importante rubrique « Autres pays » — représentant constamment entre 1 et
1,2 million de travailleurs — , dont la composition a trop varié au cours de la
décennie pour autoriser le moindre commentaire. Ceci étant, dans un contexte de
baisse de la présence étrangère active (d'à peu près 5 % comme indiqué précédemm
ent), deux évolutions fortement contrastées sont discernables :
— d'un côté, trois pays ont vu le nombre de leurs ressortissants travaillant en
Europe s'accroître entre 1975 et 1985 : le Maroc et le Portugal (d'environ 20 %
chacun) puis la Turquie (moins de 10 % d'augmentation). Toutefois, le calendrier
de cette croissance diffère selon les nationalités : elle s'avère antérieure à 1980 pour
les travailleurs turcs, postérieure à cette date s'agissant des Marocains, également
répartie ou presque sur les deux demi-périodes dans le cas des Portugais ; 177
— de l'autre, cinq pays d'origine dont la présence active dans les pays d'emp
loi s'est plus ou moins profondément réduite : entre — 30 et — 40 % pour la
Grèce et l'Espagne, de l'ordre de — 20 % pour l'Italie et la Yougoslavie, environ
— 15 % pour l'Algérie. En d'autres termes, cette baisse a entraîné la « dispari
tion » d'un travailleur grec et espagnol sur trois, d'un italien et d'un espagnol sur
quatre ou cinq, d'un algérien sur sept.
Pour tous les autres pays de départ (Autriche, Finlande, Tunisie), les effectifs
en cause et les variations enregistrées sont trop faibles pour procéder à une telle
analyse rétrospective.
LA MAIN-D'ŒUVRE ETRANGERE DANS LES ACTIVITES
ECONOMIQUES DE QUELQUES PAYS D'EMPLOI : PARITES
ET DISSEMBLANCES
Les données étayant cette seconde partie sont rassemblées dans le tableau 3,
leur origine et leurs principales caractéristiques au regard de l'exploitation réalisée
faisant l'objet d'une note méthodologique préliminaire [5]. Pour rester dans les
limites du réalisable et, dans le même temps, pour être suffisamment riche d'ense
ignements, une telle exploitation doit tenir compte de deux contraintes : conserver
la nomenclature des activités économiques en vigueur dans chaque pays et
construire, par regroupement, des rubriques homogènes permettant — sans risque
d'erreur majeure — les comparaisons d'une distribution sectorielle à une autre.
D'où, un niveau élevé d'agrégation des informations collectées qui conduit à ne
distinguer que quatre grands secteurs : l'agriculture entendue au sens large où
figurent également, selon les cas, une ou plusieurs des activités suivantes : la sylvi
culture, l'horticulture, la pêche, la chasse et l'élevage ; les industries que ce soit
celles des biens intermédiaires, des biens d'équipement ou des biens de consommat
ion, auxquelles s'ajoutent les mines, le bâtiment assez aisément isolable et enfin,
les activités dites de service réunissant tout ce qui relève du tertiaire marchand et
du tertiaire non marchand.
Pour mener à bien cette analyse comparée — entre pays d'une part, entre
étrangers et nationaux de l'autre — , effectuée d'abord sur un plan général puis
secteur par secteur, on a eu recours à trois indicateurs : la répartition en pourcent
age des travailleurs étrangers ainsi que nationaux occupés par secteur (respect
ivement % 1 et % 3 du tableau 3) et le taux de présence étrangère active dans
chacun de ces secteurs, c'est-à-dire le rapport entre l'effectif étranger et le total de
la main-d'œuvre (nationale plus étrangère) y travaillant (% 2 du même tableau).
APPRECIATION D'ENSEMBLE
De cette première approche, où l'on cherche à repérer les grands traits qui se
dégagent de la masse des informations réunies sans entrer plus avant dans le détail,
on peut retenir trois observations essentielles.
• Tout d'abord, aussi différente soit-elle d'un pays à l'autre, la localisation
sectorielle des travailleurs étrangers — mise en regard de celle des nationaux — a
pour caractéristique commune d'en demeurer sensiblement éloignée :
— elle s'avère plus marquée dans l'industrie, et ceci dans les cinq pays étudiés
mais tout particulièrement en Allemagne fédérale, aux Pays-Bas et aussi en Suisse ;