Des accidents qui peuvent survenir pendant et après les opérations
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Des accidents qui peuvent survenir pendant etaprès les opérationFort Planton1868Format djvuDES ACCIDENTSQui peuvent survenir pendant etaprès les opérations.Je le pansay, Dieu le guérit.(Ambroise Paré)De toutes les parties de l’art de guérir, la médecine opératoire est peut-être cellequi, pendant une longue suite de siècles, a mis le plus d’hésitation dans sa marcheet de la lenteur dans ses progrès. Privée du flambeau de l’anatomie dont unesuperstition funeste lui interdisait la conquête, elle marchait à tâtons dans lessentiers inconnus et bordés de précipices. Ce n’est pas que les anciens n’aientessayé parfois des opérations d’une hardiesse remarquable, car les premiersessais de la castration paraissent appartenir à une époque antérieure à celle deMoïse. Du temps de Calumelle on ne pratiquait que deux ou trois opérations, et lesaccidents redoutables qu’ils voyaient si souvent surgir et qu’ils ne savaient niprévenir ni combattre, étaient à la fois la cause et l’excuse de cette réserve timidequi presque toujours les condamnaient à l’inaction, en présence des indications lesplus urgentes, les plus précises.Ce n’est que vers la fin du siècle dernier, à l’époque de la fondation des écolesvétérinaires, que Lafosse et Bourgelat ayant fait faire des progrès aux sciencesanatomiques et physiologiques, que la chirurgie a pu être assise sur une basesolide. Et par les progrès que leur ont fait faire les hommes sérieux qui se sontdévoués aux écoles ...

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Des accidents qui peuvent survenir pendant etaprès les opérationFort Planton8681Format djvuDES ACCIDENTSQui peuvent survenir pendant etaprès les opérations.Je le pansay, Dieu le guérit.(Ambroise Paré)De toutes les parties de l’art de guérir, la médecine opératoire est peut-être cellequi, pendant une longue suite de siècles, a mis le plus d’hésitation dans sa marcheet de la lenteur dans ses progrès. Privée du flambeau de l’anatomie dont unesuperstition funeste lui interdisait la conquête, elle marchait à tâtons dans lessentiers inconnus et bordés de précipices. Ce n’est pas que les anciens n’aientessayé parfois des opérations d’une hardiesse remarquable, car les premiersessais de la castration paraissent appartenir à une époque antérieure à celle deMoïse. Du temps de Calumelle on ne pratiquait que deux ou trois opérations, et lesaccidents redoutables qu’ils voyaient si souvent surgir et qu’ils ne savaient niprévenir ni combattre, étaient à la fois la cause et l’excuse de cette réserve timidequi presque toujours les condamnaient à l’inaction, en présence des indications lesplus urgentes, les plus précises.Ce n’est que vers la fin du siècle dernier, à l’époque de la fondation des écolesvétérinaires, que Lafosse et Bourgelat ayant fait faire des progrès aux sciencesanatomiques et physiologiques, que la chirurgie a pu être assise sur une basesolide. Et par les progrès que leur ont fait faire les hommes sérieux qui se sontdévoués aux écoles vétérinaires, que l’art ne recule plus devant les dangers contrelesquels il peut s’armer à l’avance ; et le fer du chirurgien anatomiste pénètresûrement à travers l’épaisseur des tissus de nos animaux devenus pour ainsi diretransparents jusqu’aux parties les plus profondes.Cependant il faut se garder de croire que tout soit si bien prévu et calculé dans lesopérations, qu’il ne se trouve plus de place pour les événements anormaux quiconstituent les accidents. Sans parler des fautes que peut commettre le chirurgien,à combien de circonstances indépendantes de celles-ci, n’est pas subordonné lesuccès d’une opération ! N’est-il pas forcé d’abandonner une part de son œuvre àdes aides dont l’intelligence n’est pas toujours à la hauteur de cet emploi et dont laforce ne suffit pas pour maintenir les mouvements désordonnés du maladeindocile ? L’observation de ces prescriptions n’est elle pas à la merci des gens quidoivent avoir soin des animaux ? Ne lui est-il pas souvent impossible de satisfaireaux exigences les plus rigoureuses de l’hygiène ? Enfin, les sciences qui ont pourobjet les organismes vivants, ont fait sans doute un pas immense dans ces dernierstemps, mais elles sont loin encore de ce degré de précision qui caractérise lessciences physiques à notre époque. Ainsi il n’est pas toujours possible de tenir uncompte exact des dispositions individuelles, d’apprécier, de soupçonner même cesidiosyncrasies si bizarres, ces degrés si divers de résistance vitale, qui font quetelle secousse de l’économie, à peine ressentie par l’un devient mortelle pourl’autre, sans qu’on puisse trouver, dans l’état apparent des organes, rien quiexplique une susceptibilité si différente dans les deux cas. Ces influences aussipuissantes qu’insaisissables, qui déjouent parfois tous les calculs de la prudencede l’opérateur, justifient les modestes paroles qui servent d’épigraphe à ma Thèse.
Des faits nombreux prouvent, en effet, qu’une opération, quelque simple qu’elle soit,peut se compliquer d’accidents graves et même devenir mortelle. Ces casmalheureux ont été observés plus souvent de nos jours qu’à aucune autre époque,malgré les progrès récents de la médecine opératoire ; et on le conçoit sans peinequand on considère que le champ de la chirurgie est devenu beaucoup plus vastequ’il ne l’était, et l’observation des maladies, de tous les phénomènes qui lesaccompagnent, plus minutieuse et plus exacte. L’histoire de ces accidents est doncun point important des connaissances chirurgicales. Pour apprécierconvenablement l’opportunité d’une opération, le chirurgien ne doit jamais oublierd’opposer aux avantages qui peuvent en résulter pour le malade, les accidents dontelle peut devenir la source, car le premier devoir de sa profession est de ne pasnuire. Il doit sans cesse se tenir sur ses gardes, soit pour éloigner autant quepossible toutes les circonstances qui peuvent provoquer le développement de cesaccidents, soit pour les combattre et en réprimer les funestes effets, lorsqu’il n’a pules prévenir.Ce sujet est si vaste que je suis réduit à le traiter d’une manière très-sommaire ; jecrains même d’être forcé d’en retrancher certaines parties essentielles, descirconstances particulières m’imposant l’obligation de me renfermer dans deslimites assez restreintes.Sans prétendre définir d’une manière rigoureuse, ce qu’on entend par accidents enmédecine opératoire, je désignerai par là toute circonstance qui, survenant endehors du plan de l’opérateur, peut exercer une influence plus ou moins fâcheusesur le but et les suites d’une opération. Les accidents peuvent se montrer dans le cours même de l’opération, ou à la suitede celui-ci. Sous ce rapport, ils ont été divisés en accidents primitifs ou immédiats,et en accidents consécutifs. Il faut convenir qu’il n’existe pas toujours entre ces deuxclasses une ligne de démarcation bien tranchée ; les accidents de la premièreentraînent souvent à leur suite ceux de la seconde, qui tiennent alors à un vice, àune imperfection dans le mode opératoire. Ainsi l’ouverture du canal de sténondans la ponction d’un abcès parotidien, si légère d’abord qu’elle passe inaperçue,donne lieu, plus tard, à une fistule salivaire.La division qui nous est fournie par l’énoncé du sujet sera maintenue ; car nousverrons plus tard qu’elle est importante et mérite d’être conservée. Notre travailsera donc divisé en deux parties correspondant aux deux classes d’accidents quenous venons d’admettre.Nous ferons remarquer que, parmi les accidents, soit immédiats, soit consécutifs, ilen est qui sont propres à chaque opération ; on conçoit que ces accidents doiventêtre nombreux et variés, toute cause d’insuccès, dans une opération, pouvant êtreconsidéré comme un accident. Pour les passer en revue il faudrait parcourir toute lasérie des opérations chirurgicales ; nous ne pouvons donc les envisager que d’unemanière générale. Les autres tels que l’hémorrhagie, l’introduction de l’air dans lesveines, une inflammation violente. etc., sont communs à la plupart des opérations.Leur étude offrant beaucoup plus d’importance que celle des précédents, nousnous proposons de leur consacrer à chacun un article spécial. L’impossibilité decommander à l’intelligence de ses malades laissent le vétérinaire entièrementexposé aux défenses que les animaux opposent constamment, et l’obligent àrecourir à des moyens de contrainte qui quelquefois occasionnent des accidentsexcessivement graves, et parfois mortels (de la part des opérés) : tels sont lesfractures de la colonne vertébrale, des côtes, des os du bassin, des os desmembres ; les ruptures des parties molles de l’estomac, du rectum, du diaphragme,des artères, des veines, du cœur ; les distentions et inflammations musculaires, etc.Tous ces faits ont été observés et signalés dans l’excellent ouvrage (Éléments dechirurgie vétérinaire de M. le professeur Gourdon.)Des accidents qui peuvent survenir pendant et après lesopérations.Nous présenterons d’abord quelques considérations générales sur les causes, lescaractères, le degré de gravité et le mode de traitement des accidents immédiats.Nous étudierons ensuite dans deux articles spéciaux, ceux de ces accidents quisont communs à la plupart des opérations, l’hémorrhagie et l’introduction de l’airdans les veines, enfin nous dirons quelques mots des accidents nerveux.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.Les causes qui peuvent faire dévier le mode opératoire de son type normal sont sinombreuses, que lorsqu’on y réfléchit on est moins surpris de la fréquence desaccidents qui surviennent pendant l’exécution des opérations, que du grand nombredes cas dans lesquels tout s’accomplit suivant l’ordre normal.Les causes peuvent dépendre de l’opérateur, de l’opéré, de l’opération elle-mêmeou des circonstances au milieu desquelles elle est exécutée. l’ignorance, ladistraction, l’imprudence, la maladresse de l’opérateur ou de ses aides et millecirconstances que rien ne peut faire prévoir, sont autant de sources d’accidentsqu’on ne saurait méconnaître.Ainsi une erreur de diagnostic a fait plonger le bistouri dans une tumeur herniéeprise pour une collection purulente.La maladresse, le manque d’habitude du maréchal font maintenir le fer chaud sur lepied pendant trop longtemps et exposent ainsi les animaux à des brûlures au piedqui sont quelquefois très-graves. Une lenteur trop grande à donné lieu quelquefois àde graves hémorrhagies, dans l’ablation des tumeurs érectiles, cancéreuses ; etc.Au contraire une précipitation imprudente peut produire dans certains cas desaccidents fâcheux, tels que les lésions de l’intestin dans l’opération de la hernieétranglée ou l’ouverture d’une grosse veine et la pénétration de l’air, dans lesopérations faites au voisinage de la poitrine.L’ignorance, l’inattention des aides sont des circonstances également fâcheusesdans la pratique des opérations. Ainsi lorsqu’un animal est couché et fixé pour uneopération quelconque, il se peut que l’animal se fracture quelques vertèbrespendant les mouvements extraordinaires auxquels il se livre, si la tète n’est pastendue parallèlement au dos. Les instruments dont on se sert dans une opérationont aussi quelquefois leur part dans la production des accidents. C’est ainsi, qu’envoulant repousser un corps étranger arrêté dans l’œsophage, la sondeœsophagienne peut se briser dans ce conduit et occasionner des suites funestes.Les instruments dont le tranchant est eu mauvais état obligent l’opérateur àemployer une force insolite dont il ne peut bien calculer les effets, et peuventoccasionner ainsi la lésion de certains organes qui devraient être respectés. Lesaccidents qui peuvent être attribués à l’opérateur sont bien peu fréquents,relativement à ceux qui dépendent de circonstances impossibles à prévoir et quipourraient arriver au chirurgien le plus habile, le plus exercé, quelle que fût l’époquede l’année, l’état de l’atmosphère, le climat du pays.De la part de l’opéré, les causes d’accidents sont bien plus nombreuses. Sansparler des causes prédisposantes relatives à l’espèce, à l’âge, à la constitution, autempérament, au degré de force ou de faiblesse de l’animal, il est plusieurs autrescirconstances qui agissent d’une manière plus directe dans la production desaccidents. Son indocilité, ses mouvements involontaires ont souvent fait dévierl’instrument dans la saignée, et plusieurs fois produit la myosite traumatique à lasuite de violents efforts auxquels se livrent les animaux pendant qu’ils sont abattus.La négligence de certaines précautions recommandées par le chirurgien, commecelle de tenir les malades à jeun peut devenir une source d’accidents fâcheux. Il estdes sujets qui présentent certaines modifications d’organisation, certaines variétésanatomiques, qu’il est souvent impossible de soupçonner à l’avance, et qui peuventoccasionner la lésion d’organes importants.Quant aux causes d’accidents inhérents à l’opération, elles sont relatives à sanature même, à sa nouveauté, aux difficultés de son exécution, à l’espèce demoyen mis en usage, etc. Les opérations pratiquées sur le tronc exposent à desaccidents plus graves que celles qu’on pratique sur les membres. Celles qui ontpour siège le cou, la base de la queue pouvant donner lieu à l’introduction de l’airdans les veines. Les parties riches en vaisseaux et en nerfs offrent aussi desconditions défavorables. Une opération longue et douloureuse entraîne un dangersérieux en épuisant en quelque sorte les succès de la sensibilité qui ne peut, audelà de certaines limites, résister à une excitation de cette espèce. Les violences,les efforts que nécessitent certaines opérations agissent encore dans le mêmesens ; ils exposent en outre à la contusion, à la distension, à la rupture des organes.Les circonstances au milieu desquelles une opération est pratiquée peuvent avoiraussi une part dans le développement des accidents. En mer le chirurgien estsouvent forcé d’opérer malgré le roulis du vaisseau qui s’oppose à la précision deses mouvements. En général, en médecine vétérinaire, lorsqu’on pratique une
opération un peu importante, l’opérateur est entouré par une foule de curieux qui sepressent autour de lui et de ses aides, peuvent gêner les mouvements opératoires,et par suite, des accidents en sont le résultat. Mais si une affluence tropconsidérable peut donner lieu à quelques accidents, l’isolement absolu pour uneopération urgente, est une circonstance bien autrement fâcheuse. Ainsi, levétérinaire de campagne dépourvu d’aides intelligents est forcé par fois deprocéder au débridement d’une hernie étranglée ou à l’ouverture de la trachée dansun cas de suffocation imminente, alors il n’y a pas à attendre des aides ou à choisirun moment plus favorable, il faut opérer de suite. Par conséquent il est facile deconcevoir que dans ces circonstances le succès de l’opération peut être plus oumoins gravement compromis.Considérés en eux-mêmes, les accidents immédiats ne sont pas moins variés, queles causes qui les déterminent. Ils diffèrent entre eux et par leur nature et parl’espèce d’organe qui se trouve lésé. Sous ce dernier point de vue nous feronsremarquer que quelquefois des accidents se produisent sans qu’il existe aucunelésion organique appréciable. Ce sont les accidents nerveux proprement dits, dontje me réserve d’en faire un article spécial plus loin. Les autres, au contraire, sontessentiellement constitués par une lésion organique qu’on peut subdiviser en 3genres : 1° accidents par solution de continuité ; 2° accidents par obstruction ; 3°accidents par déplacement.Le premier genre offre plusieurs variétés suivant que la solution de continuité qui lecaractérise consiste à une ponction, une incision, une déchirure, un arrachement, unétranglement, une cautérisation. Quelle que soit la variété qui se présente, lescaractères des accidents diffèrent suivant la nature et l’importance des fonctions del’organe affecté. Si des parties nerveuses ont été intéressées ce sont des douleurs,des paralysies. La solution de continuité dans les vaisseaux, produit deshémorrhagies. Dans les membranes séreuses splanchniques, articulaires ettendineuses, elle peut entrainer des accidents inflammatoires, dont la gravité est enrapport avec l’étendue et les infractuosités de ces membranes. Une gèneimmédiate dans les mouvements, est le résultat des solutions de continuité dans lesmuscles, et, pour peu que celles-ci soient grandes l’antagonisme musculaire setrouvant détruit, les parties se renversent, dans le sens opposé à celui de la lésion.Celles des os, des cartilages occasionnent des dénudations, des déplacements.Celles des parois des cavités splanchniques les affectent tantôt dans une partie deleur épaisseur seulement, tantôt dans toute leur épaisseur. Dans ce dernier cas, siles viscères pourvus d’une cavité intérieure, participent à la perforation, il survientun accident nouveau subordonné au premier, savoir : l’issue hors de son réservoir,du fluide renfermé dans la cavité ouverte. Tantôt ce fluide se porte au dehors par laplaie des téguments, tantôt il fuse dans les tissus ou dans les interstices desorganes, tantôt il s’accumule dans un organe voisin, comme la cavité péritonéale,dans le cas, par exemple, où le bec d’une sonde qui aurait traversé la paroispostérieure de la vessie.Les accidents caractérisés par une obstruction organique diffèrent entre eux suivantla nature des corps qui sont les agents de l’obstruction, et suivant les points del’organisation qui en sont le siège. Ces corps sont fluides ou solides. Les fluidesviennent du dehors, comme les matières des diverses injections, lavements, etc. oude l’intérieur des organes en sortant de leurs réservoirs ordinaires, tels que de l’air,du sang, de la sérosité, des fluides glandulaires, des matières stercorales, du pus,etc. Les solides sont des morceaux d’instruments forcés ou cassés dans certainescavités ; dans l’épaisseur des os, une portion de séquestre, etc.Les points de l’organisme dans lesquels on observe les obstructions, sont lesaréoles du tissu cellulaire, les cavités séreuses, celle des voies aériennes, lescanaux des vaisseaux et des glandes. Les aréoles du tissu cellulaire peuvent êtreobstruées par du sang, de l’urine et de l’air sortis de leurs voies. Les cavitésséreuses peuvent être obstruées par de l’air dans l’empyème, par exemple, par dusang dans la même opération si l’on avait le malheur de blesser l’artèreintercostale, le cœur même comme nous l’avons malheureusement vu ; par du pusdans l’ouverture d’un abcès, si le bistouri traversait de part en part le foyer purulentet allait intéresser les parois d’une de ces cavités, enfin par la bile, des hydatides ;etc. Le même accident peut se produire dans les voies aériennes de plusieursmanières ; le sang peut s’y précipiter dans la trachéotomie ; chez le chien un polypede la gorge peut s’engager au moment où il se détache sous l’étreinte du fil quiserre son pédoncule, et par suite, provoquer de fortes suffocations, et quelquefoisl’asphyxie. M. le professeur Lafosse a vu à l’école d’Alfort une dent que l’on venaitde sortir de son alvéole, échapper à la pince qui avait servi à exécuter cetteopération, tomber dans l’arrière bouche, déglutie par l’animal et être la caused’accidents mortels. Les réservoirs et tes canaux excréteurs peuvent être obstruéspar des instruments, qui se brisent dans leurs cavités.
Le troisième genre d’accidents immédiats caractérisé par un déplacementd’organes, est moins nombreux que les deux précédents. Dans l’opération de lacataracte par extraction, l’iris pressé par le cristallin peut faire hernie par la plaie dela cornée. Dans l’abaissement, le cristallin peut se porter dans la chambreantérieure. Chez les carnivores quelquefois à la suite des opérations pratiquées surl’abdomen, le péritoine ayant été intéressé, des anses intestinales peuvent seporter au-dehors. Enfin, en médecine humaine, dans l’amputation de là mâchoireinférieure on a plusieurs fois observé un remarquable déplacement de la langue,par la section des muscles de cet organe.La gravité de ces accidents varie à l’infini. Tout ce qu’on peut dire d’une manièregénérale, c’est qu’elle dépend de leur nature, de l’importance physiologique, del’organe affecté, de l’âge, du tempérament, de la constitution et quelquefois desespèces. La mort même peut survenir dans certains cas, sinon immédiatement, dumoins à titre d’accident consécutif ; car leur gravité ne se révèle souvent que par lasuite. Je ferai remarquer qu’un accident qui survient pendant une opération peutdevenir une heureuse circonstance de celle-ci. Ainsi un cheval qui était atteint detétanos a été guéri, parce que à la place de lavements d’eau tiède qu’avait ordonnéle vétérinaire, on lui porta de l’eau bouillante [1]. Mais par malheur ces cas sontextrêmement rares. Les moyens à opposer aux accidents immédiats sont presqueaussi variés que ces accidents eus-mêmes. Tout ce qui peut atténuer les dangersqui leur sont inhérents ou réparer leurs ravages, constitue leur traitement rationnel.Chacune des classes d’accidents que nous avons admises, présente cependantdes indications qu’on peut exposer d’une manière générale. Ainsi dans lesaccidents par solution de continuité, la réunion est généralement. indiquée. Laponction, l’incision, la déchirure, réclament l’application rigoureuse de ce précepte.Mais dans le cas de contusions profondes, d’étranglement, il faut de prime abordchercher à atténuer les effets de la lésion, et, si la solution de continuité survientmalgré les moyens employés pour la prévenir, la réunion est encore indiquéeaussitôt que les tissus paraissent avoir de la tendance à s’agglutiner. Ce que nousvenons de dire, s’applique en général aux organes pleins. Quant aux organes creux,il est souvent nécessaire, pour obtenir la cicatrisation de détourner de la plaie lesfibres qui sont renfermées dans la cavité ou qui circulent dans le canal ouvert.Les accidents par obstruction présentent ordinairement deux indications à remplir.Les cavités qui sont le siège de l’obstruction offrent presque toujours une solutionde continuité dont il s’agit de favoriser la réunion. Mais avant tout, la matière del’obstruction constitue un corps étranger auquel il faut donner issue. Cependant, sielle consiste en fluide de l’économie, tels que du sang, du pus, de la sérositéépanchés en quantité considérables, ils peuvent disparaître par l’absorption qu’ilconvient alors de favoriser. Dans les déplacements organiques, les moyens àemployer sont très simples et consistent à refouler l’organe ou à l’attirer à soi,suivant les cas, en un mot, à le restituer au plus vite dans sa position normale.Lorsque l’accident est grave, c’est sur le champ et au milieu même de l’opérationque ces moyens doivent être mis en usage. Dans le cas contraire, on peutquelquefois poursuivre l’opération en confiant à un aide le soin d’y remédierprovisoirement. Il est même quelquefois avantageux de renvoyer l’application dutraitement définitif à une époque plus éloignée.De l’Hémorrhagie.Toute opération chirurgicale qui nécessite une solution de continuité des tissus,donne lieu, par sa nature même, à un écoulement sanguin ; mais cet écoulement neprend le nom d’hémorrhagie qu’autant qu’il est assez considérable pour mettre endanger la vie de l’opéré, ou pour porter une atteinte grave à l’économie. Soit qu’onait mal pris les précautions hémostatiques préalables, soit que l’opération se fassesur une de ces régions où les moyens préventifs de l’hémorrhagie sontinapplicables, il arrive assez souvent que le sang coule en abondance, et qu’ildevient indispensable de s’en rendre maître. Cet accident peut survenir dans tousles temps d’une opération et entraver plus on moins les manœuvres opératoires.L’hémorrhagie peut se faite par jet en nappe, émaner des artères ou des veines, oudes deux sources à la fois. Les causes qui peuvent donner lieu à l’hémorrhagie sontnombreuses. Elles peuvent survenir par la faute de l’opérateur. S’il était asseztéméraire pour porter l’instrument tranchant sur une région dont il ne connaîtrait passuffisamment la disposition anatomique, il pourrait blesser des vaisseauximportants et occasionner une hémorrhagie grave. Le même accident peut aussiarriver à un opérateur instruit, s’il se présente une de ces variétés d’organisationqui n’ont pas encore été signalées ou s’il s’agit d’un de ces cas, ou des branchesartérielles bien connues qui n’offrent ordinairement qu’un très-petit calibre ont pris
un développement anormal. Une circonstance pathologique peut encore modifierles rapports des parties de manière à mettre en défaut la science du chirurgien.Une erreur de diagnostic a fait prendre une tumeur sanguine non pulsative pour unabcès, une tumeur érectile pour une masse squirhreuse. Ces fautes ont étécommises par des praticiens habiles. Enfin, une distraction au moment où l’onexécute la partie la plus délicate d’une opération, une trop grande lenteur, quanddes vaisseaux nombreux et volumineux ont été intéressés, trop de précipitationdans les moyens hémostatiques, voilà des fautes qui peuvent donner lieu àl’accident qui nous occupe.Les aides qui assistent l’opérateur ne sont pas toujours étrangers à la productionde l’hémorrhagie. Les instruments dont on se sert peuvent devenir aussi une caused’hémorrhagie. Un bistouri, une paire de ciseaux dont le tranchant est en mauvaisétat, ne permettent pas à l’opérateur de calculer exactement la force qu’il convientd’employer. La lésion d’un vaisseau considérable dans l’ablation d’une tumeur, del’artère testiculaire pendant l’enlèvement des casseaux, etc., peut tenir à cettecirconstance. Des causes nombreuses sont inhérentes au sujet lui-même. Lescirconstances relatives à l’espèce, à l’âge, à la constitution, à l’état de santé ou demaladie, jouent ici un rôle important comme causes prédisposantes. Les solipèdespar leur tempérament, sanguin-nerveux, sont les animaux qui sont le plusprédisposés à l’hémorrhagie, puis, en deuxième ligne, viennent les carnivores, etc.Dans le jeune âge et la vieillesse, les animaux domestiques sont sujets à deshémorrhagies capillaires et veineuses, dont il n’est pas toujours facile de se rendremaître. Tous les états morbides qui consistent dans l’appauvrissement du sang etl’atonie des tissus, comme dans l’épuisement produit par des pertes considérablesdes maladies antérieures constituent des prédispositions puissantes aux accidentshémorrhagiques. Chez certains individus, la disposition hémorrhagique estnaturellement portée à un tel degré, que les plus petites plaies peuvent donnernaissance à des hémorrhagies capillaires qui sont quelquefois très difficiles àmaîtriser. Les déviations de l’organisme que nous signalions tout à l’heure peuventêtre encore considérées jusqu’à un certain point comme des causesprédisposantes individuelles.Au moment même de l’opération, les mouvements du sujet peuvent faire dévierl’instrument et déterminer un accident qu’on eût quelquefois pu prévenir, enexerçant une surveillance plus attentive. Les plaintes, les efforts auxquels ils selivrent souvent, ralentissent les mouvements respiratoires, et produisent la stase dusang veineux qui abonde à la surface de la plaie. La position donnée au malade,une compression accidentelle entre le cœur et le lieu de l’opération peuvent encorefavoriser cette hémorrhagie.La région sur laquelle on pratique une opération peut aussi avoir son influence. Pluselle sera vasculaire, plus on devra se tenir en garde contre l’accident qui nousoccupe. D’autres circonstances locales peuvent encore favoriser l’écoulement dusang. Dans les opérations sur les voies aériennes, l’aspiration qui s’exerce sur lasurface de la plaie, y attire sans cesse les liquides et s’oppose à l’oblitération desvaisseaux ouverts. La friabilité des tissus, l’ossification des artères peuvent donnerlieu à des hémorrhagies extrêmement dangereuses en rendant l’application desmoyens hémostatiques très difficiles et quelquefois impossibles. Tantôt les artèresse laissent couper entièrement par le fil avec lequel on les serre, tantôt au contraireelles résistent à l’étreinte de ce fil qui ne peut effacer leur calibre.Les hémorrhagies qui surviennent dans les opérations n’ont pas toutes le mêmedegré de gravité. Il en est qui n’apportent qu’un peu de gène et que l’emploi dequelques moyens simples suffit pour arrêter. Mais il en est d’autres qui par leurabondance et leur opiniâtreté peuvent en peu d’instants devenir funestes. Une sueurfroide se montre sur toute la surface du corps. mais avec une plus grande intensitéaux parties sensibles ; les muqueuses pâlissent, se décolorent, il survient desnausées, des vomissements chez les carnivores ; la respiration perd peu à peu desa régularité ; le pouls devient plus fréquent, petit, irrégulier enfin le malade se livreà des accès de vertige, des convulsions, etc., qui peuvent être suivis de la mort.Pour apprécier le danger d’une hémorrhagie il ne faut pas seulement tenir comptede la quantité de sang perdu, mais encore de la force particulière du sujet, de lalongueur de l’opération et de l’épuisement nerveux qu’elle a pu produire.L’hémorrhagie artérielle est en général beaucoup plus grave que celle qui provientdes veines, parce que le sang artériel parait être plus essentiel à la vie, et surtoutdans le même temps la perte de celui-ci est beaucoup plus grande. Soumis en effetà la double impulsion que lui communiquent les contractions du cœur et la réactiondes parois artérielles, il s’échappe, disent les physiologistes, avec une vitesse telle,que dans l’espace de quelques instants presque tout le sang du corps vient seprésenter à l’ouverture du vaisseau. Cependant quo que les hémorrhagies
veineuses soient moins rapidement débilitantes, elles sont quelquefois plusembarrassantes pour le chirurgien parce qu’il est plus difficile de s’en rendre maîtrepar la ligature ou la compression. D’ailleurs l’ouverture des gros troncs veineux à laracine des membres est plus grave que celle de l’artère correspondante, en cesens, que la compression ou la ligature nécessaire pour arrêter l’écoulement dusang s’opposant au retour de ce liquide dans le cœur, le membre s’engorge et lagangrène peut s’en emparer.Le lieu sur lequel se manifeste une hémorrhagie peut donner à celle ci une gravitétoute particulière. Dans la trachéotomie par exemple, le sang peut en pénétrantdans les voies aériennes produire une prompte suffocation et par suite l’asphyxie etla mort.Les funestes résultats de l’hémorrhagie ne se manifestent pas toujours d’unemanière immédiate. La débilité extrême qui succède à une perte de sangconsidérable peut déterminer la mort trois ou quatre jours après l’opération.Cependant il est bon de faire remarquer, que les hémorrhagies consécutives sontd’autant moins graves, qu’elles se produisent à un moment plus rapproché del’opération. Quand elles apparaissent le même jour où le lendemain, elles sontencore actives, c’est-à-dire résultent d’une incomplète oblitération des vaisseaux,et dans ce cas, à moins qu’elles ne soient très abondantes, que le sujet ne soit lui-même dans un état de faiblesse extrême, on peut sans inconvénient ne pas s’enoccuper beaucoup ; elles sont en général sans danger grâce à l’obstaclequ’apprête l’appareil du pansement ; elles finissent presque toujours par s’arrêterd’elles-mêmes ; il est même de remarque qu’une plaie qui a longtemps saignéguérit plus vile qu’une autre.Cependant si l’on juge que l’hémorrhagie dépasse la force de l’animal, le chirurgiendoit s’attacher à découvrir la cause qui peut y donner lieu. Si l’emploi des moyenshémostatiques provisoires avait été négligé, il faudrait se hâter d’y recourir. Lacompression peut être mal faite et devenir inefficace ; elle doit alors êtreréappliquée d’une manière plus régulière. Si l’hémorrhagie dépend de lacompression elle-même qui interrompt le cours du sang dans le tronc veineux, onfera en sorte de la restreindre à la plus petite surface possible.Si le sang s’échappe des petites artères, on a quelquefois conseillé pour ne pasralentir la marche de l’opération, de faire appliquer les doigts des aides sur lesorifices des vaisseaux qui versent le sang. Ce moyen est gênant pour l’opérateur etprésente en outre un inconvénient grave, c’est que les vaisseaux se rétractent sousle doigt qui les comprime, et il est souvent impossible à la fin de l’opération d’enfaire la ligature. Plus tard lorsque la circulation se rétablit du côté de la plaie, lesang qui avait cessé de couler reparaît ; circonstance peu importante en elle mêmedans le cas où l’on ne se propose d’obtenir qu’une réunion secondaire, mais qui faitconstamment échouer la réunion immédiate en forçant à lever prématurémentl’appareil. Quoi qu’il en soit. on peut y recourir si les artères sont très-petites, cardans ce cas leur rétraction sera permanente, et surtout lorsqu’il est urgent determiner une opération chez les sujets irritables. Hors ces cas, la cautérisationactuelle ou bien la torsion nous paraitraient préférables pour les petites, car lorsquele calibre de ces vaisseaux est plus gros, nous serons d’avis d’en faire la ligature àmesure qu’elles sont ouvertes par l’instrument. Cette méthode rend sans doutel’opération plus longue et moins brillante ; mais elle présente plus de sureté, et cetavantage l’emporte à nos yeux sur les inconvénients. Elle est d’ailleurs la seuleapplicable si l’opération est délicate, si les instruments doivent agir profondément ;enfin, si les vaisseaux sont nombreux, la présence de plusieurs doigts dans la plaierendrait ces opérations inexécutables.Lorsqu’on agit sur des parties enflammées la torsion ne peut avoir d’efficacité, àcause de la friabilité des vaisseaux. Souvent la ligature médiate ou immédiate neréussit pas non plus, les tissus cédant également à l’étreinte du fil. On n’a plus alorsqu’une ressource, celle de cautériser avec le cautère actuel chauffé au rougesombre et à réitérer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un écoulement en nappe. Leshémorrhagies veineuses, quoique peu importantes, peuvent être très incommodesen masquant sans cesse aux yeux de l’opérateur les tissus qu’il doit diviser, que lesang veineux afflue du côté du cœur ou du côté des capillaires, il faut d’abords’assurer du vaisseau qui le fournit, et faire appliquer le doigt d’un aide sur le trajetde ce vaisseau à une petite distance de la plaie. Ce genre de compression a ici lesavantages sur la ligature des veines. On ne doit recourir à ce dernier moyen quedans le cas où le vaisseau ouvert est d’un très gros calibre. Mais le cas le plusembarrassant est celui de l’hémorrhagie qui résulte de la blessure d’un gros troncveineux, comme la jugulaire, la veine crurale, etc.. Quand la plaie du vaisseau neconsiste qu’en une simple piqûre, la compression suffit ordinairement pour arrêterl’hémorrhagie et obtenir la cicatrisation.
Si la veine a été coupée dans une étendue de 5 ou 6 millimètres, il convient desaisir les bords de la plaie entre les mors d’une pince et de les froncer au moyend’une ligature. Mais que doit on faire dans le cas où la veine a été intéressée dansla moitié au moins de sa circonférence. Lorsqu’il s’agit d’une veine principale onconseille de lier l’artère en comprimant seulement la veine, ou de lier toutsimplement la veine an-dessous de la blessure.Les hémorrhagies capillaires le plus souvent s’arrêtent seules au contact de l’air, sielles résistent, quelques aspersions d’eau fraîche suffisent ordinairement pour lesarrêter. Quand elles sont plus opiniâtres, on a recours à la compression, soit enréunissant exactement les lèvres de la plaie, soit en appliquant à sa surface unléger pansement que l’air maintient à l’aide d’un bandage suffisamment serré.Mais contre les hémorrhagies capillaires qui succèdent à l’ablation des tumeursérectiles ou cancéreuses, il faut que, dans ce cas, le cautère actuel constitue uneressource précieuse.De l’Introduction spontanée de l’air dans les veines.Cet accident, le plus redoutable peut-être de tous ceux qui peuvent survenir pendantles opérations, n’a pas été signalé par les anciens. S’ils ont observé ses funesteseffets, ils n’ont pas su les rapporter à leur véritable cause, ils ont dû les confondreavec ces cas d’apoplexie foudroyante qui enlevaient si souvent les opérés à uneépoque où les moyens hémostatiques étaient à peu près nuls. Sans m’occuper del’historique ni des expériences qui ont été faites, à ce que l’air peut s’introduirespontanément dans les veines et de là dans le torrent circulatoire et donner lieu àdes accidents graves et à une mort plus ou moins spontanée, quand il est introduiten certaine quantité, je vais passer de suite aux causes qui peuvent déterminer oufavoriser la production de ce phénomène.La dilatation de la poitrine, au moment de l’inspiration, a pour effet d’attirer danscette cavité tous les fluides qui communiquent avec elle par des canaux spéciaux.Le sang noir qui se trouve dans ce cas, se précipite donc dans la poitrine pendantl’inspiration comme dans un corps de pompe dont on tire le piston. Au contraire,dans l’expiration, la poitrine se resserrant, la pression de l’air intérieur devient plusgrande, comprime les veines, et le sang de ces vaisseaux reflue au dehors. Un despremiers physiologistes qui aient étudié l’influence des mouvements respiratoiressur le cours du sang veineux, Barry, est allé trop loin en affirmant que l’aspiration sefait sentir dans toute l’étendue du système circulatoire à sang noir.En mettant à découvert, sur un chien, la veine jugulaire dans une certaine étendue,M. Poiseuille a reconnu que dans l’inspiration, le calibre de cette veine s’effaçait à4 centimètres environ de la poitrine. Les parois maintenues en contact par lapression atmosphérique pendant l’inspiration, empêchent le sang qui est au delàde pénétrer dans cette cavité. « On voit, dit-il, un phénomène de même genrequand une seringue vide étant adaptée à un tuyau à parois mobiles et plein d’eau,on veut remplir la seringue. Si le tuyau n’est pas susceptible de locomotion dans lesens de sa longueur, ce qui a lieu dans les veines au moment où l’on tire le piston,une petite quantité de liquide entre dans la seringue, et bientôt on ne peut plusmouvoir le piston. Si l’on examine le tuyau, on voit les parois appliquées l’une contrel’autre par la pression atmosphérique, de sorte que cette pression, cause premièrede l’entrée du liquide dans la seringue, se trouve bientôt changée en un obstacleinsurmontable à une nouvelle entrée de liquide.Poiseuille a conclu de ses expériences que l’aspiration des parois thoraciques surle fluide contenu dans les veines ne s’étendait pas au delà de quelques centimètreshors de la poitrine. Nous ne sommes pas de cet avis et nous croyons, commebeaucoup de physiologistes l’ont dit, que cette aspiration s’étend à toute cettepartie des grosses veines, dans laquelle se fait sentir le flux et le reflux du sang quiconstituent le pouls veineux.Si nous supposons à présent une veine ouverte dans les limites que nous venonsd’admettre, il est évident que l’aspiration exercée par la poitrine et aussi par lescavités droites du cœur agira en même temps sur le sang veineux et sur l’airextérieur, qui se précipitera par la plaie de la veine vers le centre de la circulation.Ce fait d’ailleurs a été démontré devant plusieurs membres de l’Académie demédecine de Paris par Anussat.Il résulte de ce qui précède que les opérations qui se pratiquent au voisinage ducou, du tronc, à la queue peuvent seuls donner lieu à l’introduction de l’air dans lesveines. On comprend que cette introduction sera d’autant plus facile que la veine
blessée sera volumineuse, à ouverture plus grande et plus voisine de la poitrine.Les tiraillements exercés sur ces vaisseaux, la tension du cou, les mouvementsviolents auxquels se livrent les animaux pendant qu’on les opère ; les grands effortsd’inspiration favorisent aussi la production du phénomène. Amussat a prétendu quel’affaiblissement qui suit la perte d’une certaine quantité de sang influe sur lapromptitude du résultat, mais cette influence a été contestée par M. Gerdy, qui a faitvoir que les résultats varient également, que l’animal ait été ou non préalablementaffaibli.La première chose qui frappe au moment où une veine ouverte donne accès à l’air,c’est d’abord un bruit particulier qui d’abord avait été comparé au sifflement que faitentendre l’air lorsqu’il s’introduit dans le récipient de la machine pneumatique, danslequel on a fait le vide. Mais ce bruit a été mieux étudié dans les expériences quel’on a faites, et l’on a reconnu qu’il ne présente pas toujours les mêmes caractères :Quelquefois il est sourd, à peine perceptible et il rappelle le lappement du chien ;lorsqu’il est plus intense, il simule le glouglou d’une bouteille qui verse à plein goulotle liquide qu’elle contient. Il est isochrome aux mouvements d’inspiration et quelquepeu aussi aux mouvements de dilatation de l’oreillette.Quelquefois, au moment de la pénétration de l’air, on a vu le malade tomber tout àcoup, comme frappé de la foudre, mais il est parfaitement démontré aujourd’huique les cas de ce genre sont tout-à-fait exceptionnels. Chez les animaux soumisaux expériences, l’introduction d’une assez grande quantité d’air a été nécessairepour faire naître des symptômes un peu graves et surtout pour produire la mort.Si l’on applique l’oreille nue ou armée d’un stéthoscope sur la poitrine d’un animalqui a reçu de l’air dans les veines, on entend un bruit de souffle et un gargouillementparticulier qui dure tant que le phénomène a lieu et se prolonge encore quelquetemps après. Ce bruit résulte sans doute du mélange de l’air avec le sang, cesdeux liquides se trouvant battus ensemble dans les cavités du cœur. Dans lespremiers moments, la plaie de la veine donne alternativement accès à l’air et sortieà du sang veineux pur, mais lorsque le phénomène dure depuis quelques minutes,on voit s’échapper en bouillant de l’ouverture de la veine un sang écumeux, et quioffre une couleur rouge analogue à celle du sang artériel. C’est encore au mélangede l’air avec le sang et au reflux de ce fluide pendant l’expiration qu’est due laproduction de cette écume sanguinolente. La formation de cette écume a parucauser une grande amélioration, de sorte que l’occlusion de la veine, loin deproduire un effet favorable, est au contraire suivie d’une exacerbation de tous lesaccidents. La région du cœur donne un son clair à la percussion. On remarque enoutre une perturbation extrême dans le rhythme et la fréquence des battements ducœur, les mouvements de cet organe deviennent tumultueux et irréguliers. Larespiration est également modifiée ; elle s’accélère considérablement et devienttrois ou quatre fois plus fréquente que dans l’état normal. Enfin, lorsque les effets del’introduction de l’air sont très-prononcés, l’animal paraît en proie à une vivesouffrance ; il s’agite, chancelle et tombe ; il y a excrétion involontaire d’urines et dematières fécales, et la mort survient entre quatre ou cinq minutes, et un quartd’heure après avoir été précédé de quelques mouvements convulsifs. Mais pourque ces phénomènes se produisent, il faut que l’ouverture pratiquée à la veine aitd’assez larges dimensions et que ses bords restent écartés. Si quelquemouvement de l’animal ou quelque caillot de sang ont produit l’oblitération, l’entréede l’air s’arrête et l’animal est peu ou point affecté. Les accidents sont plus promptset plus violents si l’on tient l’animal dans une position verticale.Il serait sans doute du plus haut intérêt de connaître le mode d’action de l’airintroduit dans les voies circulatoires ; mais on ne possède encore sur ce point quedes hypothèses plus ou moins vraisemblables.Bichat prétendait que l’air mêlé au sang exerçait une influence délétère sur lecerveau dont il enrayait les fonctions ; cette doctrine n’a pas été admise. On nesaurait non plus admettre, avec Nysten, que les cavités droites du cœur soientparalysées par la distension que leur fait subir l’air raréfié qu’elles renferment, carles expériences faites par Barthélemy ont prouvé que le cœur continue à battrejusqu’au dernier moment, et que le sang s’échappe des artères jusqu’à la fin del’expérience. M. Gerdy soutient que la mort est le résultat de la difficulté qu’éprouvela sang mousseux à traverser les poumons et les autres organes. Cette opinion,bien qu’elle soit encore très-contestable, nous paraît la plus rationnelle. Il résulte, eneffet, des expériences de Poiseuille, que quelques bulles de gaz suffisent pourralentir et même pour suspendre le cours des liquides à travers des tubes d’un trèspetit diamètre.Lorsque la mort n’arrive qu’après un certain temps, elle paraît due à la gêne et auxtroubles de la circulation. Quelquefois l’animal succombe à une véritable
inflammation du poumon, déterminée sans doute par la présence de l’air dans lesdivisions de l’artère pulmonaire. Nysten a constaté sur des chiens morts dans cescirconstances les lésions de la pneumonie.A l’autopsie on trouve l’air intimement mêlé au sang dans le système vasculaire àsang noir. Si l’ouverture du cadavre a lieu peu de temps après la mort, l’air et lesang se sentent sous une forme rougeâtre et mousseuse : vingt—quatre heuresaprès, le sang coagulé représente une auréole dans laquelle l’air est infiltré bulle àbulle et d’où il ne peut se dégager que difficilement. On trouve le sang dans cet état,principalement dans la veine ouverte, depuis la blessure jusqu’au cœur, dans lescavités droites de cet organe et dans l’artère pulmonaire. Le cœur volumineuxremplit le péricarde et présente une résistance et une sonorité remarquables, duesà la distension des cavités droites par le gaz qu’elles renferment, les cavitésgauches étant vides. Quand les animaux ont survécu quelques jours à l’expérience,l’air se trouve en égale quantité dans les artères et dans les veines ; il tend de plusen plus à s’isoler de son mélange avec le sang. On a trouvé aussi dans ce derniercas, de l’emphysème dans les poumons, le médiastin, à la surface du cerveau et dela moelle épinière, etc.Pour pouvoir prononcer avec quelque certitude que l’air vient réellement depénétrer dans une veine ouverte pendant une opération, plusieurs signes doivent setrouver réunis : il faut d’abord que la veine blessée soit assez voisine du cœur etque son calibre soit rendu béant par quelques circonstances spéciales. li fautensuite qu’on ait entendu un véritable bruit de lappement ou de glouglou, et quel’auscultation lasse reconnaître dans la poitrine un gargouillement et un bruit desouffle particuliers. Enfin, lorsqu’à ces caractères vient se joindre la sortie du sangécumeux par la plaie de la veine, et à l’autopsie qu’on trouve la présence de lamousse sanguine dans le cœur, on est autorisé à affirmer que la mort a étéprécédée de l’entrée de l’air dans les veines. Ce dernier caractère s’est en effetprésenté d’une manière constante chez les animaux qui ont été sacrifiés. Aussi,sommes-nous portés à regarder comme entachés d’erreur de diagnostic les casde mort attribués à l’introduction de l’air et dans lesquels l’autopsie n’a pas révélécette circonstance.Il faut convenir que le traitement à opposer à cette redoutable complication est bienpeu avancé ; les recherches faites à ce sujet, n’ont pas toujours conduit à desrésultats satisfaisants. Parlons d’abord du traitement prophylactique. Quand on estobligé d’agir sur des régions qui ont le triste privilège d’être le siège du laphénomène, il faut se garder autant que possible de donner au malade une positionqui favorise l’introduction de l’air dans les veines. On doit donner la plus grandeattention au tissu que l’on divise, si l’on prévoit que la section d’une veine estinévitable, on a conseillé d’appliquer une double ligature avant de l’attaquer parl’instrument ; mais ce moyen étant d’une application difficile, quelquefois mêmeimpossible, on se contente d’exercer avec les doigts ou à l’aide d’un garrot, si larégion le permet, une compression préalable du côté du cœur. Il faut avoir soin dene pas tirailler la tumeur, afin de ne pas tendre les veines, car cette cause permetaisément la pénétration de l’air La compression exercée méthodiquement a étéconseillée par certains auteurs, tels sont Gerdy, Amussat, Erichson, afin dediminuer l’étendue des inspirations ; mais elle ne saurait avoir une grandeefficacité, puisqu’elle n’agit ni sur le diaphragme, ni sur le cœur, dont lesmouvements paraissent aussi avoir de l’influence sur la production du phénomène.Dans l’opération du niquetage, M. Lafosse, conseille de toujours appliquer unpansement afin d’éviter l’air de pénétrer dans les veines coccigiennes, qui, vu leurposition au milieu des os, ne s’affaissent pas lorsqu’elles sont vides ; par ce moyencet habile praticien a toujours évité la bronchorrhée asphyxiante, qui est le résultatprobable de l’introduction de l’air par les veines coccigiennes.Lorsque les précautions que nous venons d’indiquer ont été impuissantes pourprévenir l’accident, le moyen qui saute d’abord aux yeux, c’est l’occlusion de laplaie veineuse. Mais ce moyen, mis en usage un grand nombre de fois offre peut-être autant de dangers d’un côté que d’avantages de l’autre ; s’il met un terme àl’introduction de l’air dans le vaisseau blessé, il a l’inconvénient d’empêcher lasortie de celui que les contractions du cœur tendent à repousser au dehors ; ensorte qu’il ne peut réussir. que si au moment de son application, le gaz introduitn’est pas en quantité suffisante pour donner la mort. Nysten et plus lard Amussat,ont préconisé la compression du thorax comme moyen propre à favoriserl’expulsion de l’air. On a espéré parvenir, par ce procédé, à imiter le reflux du sangveineux : mais il ne faut pas croire qu’on puisse réussir à l’aide de cellecompression après l’expulsion complète de l’air parvenu dans le cœur droit, attenduque le resserrement de la poitrine dans l’expiration n’exerce qu’une influence très-secondaire sur ce reflux dont le véritable agent est la systole auriculaire. Ce moyenmérite donc peu de confiance. Mais Magendie est allé plus loin ; il a proposé
d’introduire par la plaie de la veine, et de pousser jusqu’au cœur, un tuyau élastiquearmé d’une seringue qui s’y adapte parfaitement et à pomper à l’aide de cetappareil, la masse sanguine qui remplit les cavités droites du cœur. Ce moyen quiparait avoir réussi plusieurs fois dans les expériences qu’on a faites ; mais quoiqu’il en soit, l’emploi de ce moyen ne peut être regardé que comme dangereux.Il faudrait, en effet, prendre des précautions minutieuses, et que ne comporte pas larapidité avec laquelle on doit agir, pour que cette opération ne rendit pas l’accès del’air plus facile. C’est comme on l’a dit une nouvelle porte ouverte à l’ennemi. Ainsi,bien qu’en apparence l’indication de retirer l’air mêlé au sang soit très bien fondée,elle est par le fait même impossible à remplir.La saignée a fourni d’heureux résultats, elle a mis fin aux désordres qui semblaienttenir à un état de gêne dans la circulation. Si l’on considère en effet, que la causeprincipale de la mort est l’arrêt de la circulation, par la suspension des fonctions dupoumon et du cœur. Elle s’est montrée en effet d’une efficacité réelle dans unemultitude de cas et notamment dans les observations de M. Bouley jeune, Lesaint,Riss. Chambert, Reboul, Carrière etc., « Si, au moment ou l’animal ne donne plusaucun signe de vie, dit M. H. Bouley rapportant des expériences faites sur deschiens, on fait une ouverture à la veine du côté de ses racines, le sang qui s’enéchappe est écumeux et s’écoule de la veine en bruissant ; puis, au bout d’une oudeux minutes, on voit, d’abord à des distances d’abord très éloignées, l’animal,effectuer des inspirations grandes, forcées et comme convulsives ; la gueules’ouvre largement ; les côtés se soulèvent par un mouvement manqué de torsion,sur elles-mêmes ; puis, peu à peu, et toujours à mesure que le sang s’écoule duvaisseau béant, les mouvements d’inspiration se rapprochent ; puis, enfin, larespiration se précipite dans son rythme normal ; et au bout d’un quart d’heure, sion a eu soin lorsque l’harmonie de la respiration est établie, de fermer le vaisseaupour mettre un obstacle à l’écoulement du sang, l’animal peut se redresser sur sesjambes. [2]Nous avons vu nous-même dans une expérience qui consistait à injecter du jetageprovenant d’un animal morveux, dans la jugulaire d’un autre cheval, l’appareil àinjection n’étant pas bien appliqué à l’ouverture de la jugulaire, le bruit particulier degouglou qui caractérise l’introduction de l’air dans les vaisseaux s’est fait entendre,et l’animal a présenté aussitôt les symptômes de ce grave accident : il est tombé etne donnait plus de signes de vie ; mais ayant réouvert largement la saignée, lesphénomènes annoncés par notre honorable inspecteur, M. H. Bouley, se sontproduits, l’animal s’est complètement rétabli, et a vécu tout le temps qu’a nécessitél’expérience à laquelle il était destiné. La saignée est donc le principal et l’uniquemoyen que l’on a à sa disposition pour le terrible accident dont nous venons deparler.Des accidents nerveux.Sous ce titre, on peut comprendre tous les accidents qui ne sont caractérisés paraucune lésion spéciale des tissus. Tels sont les douleurs très aiguës, lesconvulsions, le froid des extrémités, le vomissement chez les carnivores, et lesindigestions, alors qu’on a oublié de tenir les animaux à la diète.Ce genre d’accidents qui joue un si grand rôle dans l’exercice de la chirurgiehumaine, n’a qu’une faible importance en chirurgie vétérinaire, cependant on a vudes animaux mourir de douleur entre les mains du chirurgien lorsque les opérationsportent sur des parties sensibles ayant de nombreuses divisions nerveuses, et queces opérations sont d’une longue durée. C’est ainsi que la douleur a fait périr desanimaux que l’on castrait par la chaîne de Chassaignac, et dans les opérations dela hernie étranglée. La syncope se remarque fréquemment chez les bœufs que l’onabat. pour leur pratiquer une opération, et ils périraient infailliblement si on ne lesrendait pas à la liberté ; on remarque également très-souvent cet accident sur dejeunes chiens auxquels on pratique l’amputation des oreilles. Chez le bœuf, cesaccidents se manifestent quelquefois avant le début de l’opération ; pour peu qu’ilmontre de la tendance à persister, il est prudent, si l’opération n’est urgente, d’enremettre l’exécution à un moment plus favorable Si l’opération est commencée, laconduite à tenir dépend de la gravité des accidents. Lorsqu’elle est très avancée ilfaut se hâter d’en accomplir les dernières parties.Des accidents qui peuvent survenir après les opérations.Si par le fait d’accidents imprévus survenant dans le cours des opérations, celles-ci
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