Mobilité et ethnicité - article ; n°2 ; vol.6, pg 123-132

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Revue européenne de migrations internationales - Année 1990 - Volume 6 - Numéro 2 - Pages 123-132
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1990
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Gilles Lavigne
Mobilité et ethnicité
In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 6 N°2. pp. 123-132.
Citer ce document / Cite this document :
Lavigne Gilles. Mobilité et ethnicité. In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 6 N°2. pp. 123-132.
doi : 10.3406/remi.1990.1247
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1990_num_6_2_1247123
Revue Européenne
des Migrations Internationales
Volume 6 - N° 2
1990
Mobilité et ethnicité
Gilles LAVIGNE
La localisation et la mobilité demeurent des objets privilé
giés d'étude pour les géographes et les sociologues dans la recherche sur les groupes
ethniques en raison des problématiques parallèles de la ségrégation et de l'intégra
tion. La mobilité des individus et des groupes, qui se réalise en Amérique du Nord
avec moins de contraintes qu'en Europe, est donc révélatrice des forces sociales en
œuvre. Le cas des Portugais à Montréal met à jour des motifs inusités pour justifier
localisation et déplacements et des pratiques très particulières pour gérer le process
us.
PROBLÉMATIQUE
Que savons-nous de la localisation et de la mobilité en général et de celles des
« ethniques » (l) en particulier ? Les démonstrations se révèlent toujours sector
ielles, ponctuelles, peu généralisables. Que l'explication soit associée, principal
ement ou accessoirement à la richesse, à la proximité du travail, à l'accès aux
transports, aux valeurs foncières, aux « aménités » (services)..., celle-ci laisse trop
de dimensions inexpliquées pour faire consensus (lbis). Les théories qui expliquent
la localisation et la mobilité sont centrées soit sur les groupes soit sur l'individu,
dans le premier cas elles œuvrent à l'échelle de l'urbain, dans le second à celui de
l'habitat.
La sociologie urbaine, américaine surtout, a toujours conçu la problématique
de la mobilité et de la localisation comme unitaire, la localisation ne représentant
qu'un moment particulier, un instant d'immobilité, dans un mouvement global et
perpétuel. Cette conception, cohérente avec la proposition théorique voulant que
la mobilité géographique soit tributaire de la mobilité sociale, postule la mobilité
comme constante et « ascendante », aux Etats-Unis tout au moins (2). Dans le cas
dès ethniques, mobilités géographique et sociale se conditionnent l'une/ l'autre sous
l'effet combiné de la ségrégation et de la discrimination (3). 124 Gilles LAVIGNE
Cette explication est évidemment battue en brèche, de l'intérieur même. Si
pour certains chercheurs la ségrégation diminue au gré de l'assimilation, assimila
tion qui faciliterait, en théorie, la mobilité sociale en réduisant la discrimination et
par là favoriserait la mobilité géographique, pour d'autres la ségrégation se maint
ient, se renforce, se reproduit (4). Ségrégés ou non, les ethniques bougent autant,
sinon plus, que les autres nord-américains (5). Au Canada les statistiques des
recensements montrent que tous les cinq ans près de 50 % de la population démén
age.
L'autre approche privilégie l'individu et sa décision de bouger. Qui bouge et
pourquoi ? Essentiellement behavoriste, la théorie de la mobilité ïésidentielle pos
tule un déséquilibre entre les besoins d'un individu en termes d'habitation et le
logement occupé (6). La décision de déménager serait prise au terme de trois phases
successives : 1° évaluation des besoins ; 2° recherche d'un logement ; 3° choix d'un
logement. La première phase met en cause des données objectives, taille du loge
ment, services... et des données subjectives relatives aux aspirations plus qu'aux
nécessités. La seconde repose pour l'essentiel sur les réseaux d'information. La
troisième fait appel au dur principe de réalité.
La théorie repose donc sur la définition des besoins. Ils sont liés : 1° cycle de
vie, c'est-à-dire à la composition des ménages et à ses transformations ; 2° au statut
économique, occupation et revenu ; 3° à la ségrégation. Ces trois catégories ont été
mises en évidence par les études dites d'écologie urbaine et par la géographie
factorielle (7). Elles sont totalement distinctes. Aucune ne prime sur les autres en
termes de signification statistique. A un niveau plus fin, les caractéristiques liées à
l'accessibilité, aux données physiques du milieu, aux services, à l'habitation, for
ment un compost difficile à hiérarchiser.
Les deux approches se complètent, les prémisses convergent, les explications...
s'entraident. Il reste que ni l'une, ni l'autre ne permet d'expliquer la localisation et
la mobilité des Portugais à Montréal. Et sans doute est-ce vrai pour tous les
groupes ethniques. Notre étude, menée avec la participation de membres de la
communauté portugaise, montre que ce sont d'abord les relations primaires,
parents, amis... et ensuite les relations ethniques, secondaires certes, mais caution
nées sans doute par les relations primaires, qui influent presque exclusivement sur
le choix d'une résidence. La pratique en cause déroge considérablement des
schemes d'explication consacrés (8).
CADRE DE L'ÉTUDE
Les Portugais constituent le dernier groupe d'immigrants d'origine euro
péenne venu s'installer au Canada. Les conditions économiques prévalant au Por
tugal ont fait en sorte que les Portugais ont massivement émigré à partir des années
soixantes et qu'ils ont essaimé des colonies aux quatre coins du monde et, ce, à
l'intérieur d'une même génération. Le cas des Portugais est donc unique en ce sens
qu'il autorise une analyse synchronique d'une migration d'envergure mondiale
ayant une source unique. et ethnicité 125 Mobilité
Les Portugais ont commencé à venir au Canada dans les années cinquante. Ce
n'est toutefois qu'à partir de 1960 que leur immigration est devenue massive. En
1981, Statistique-Canada recensait 27 370 Portugais au Québec, la quasi-totalité
installés à Montréal. Sous-estimé en raison principalement de l'immigration ill
égale, le nombre des Portugais vivant au Québec avoisine sans doute 50 à 60 000.
Bien que peu nombreux, ils ont démontré un dynamisme rare. En moins de dix ans
ils ont pris possession d'une partie de la ville, petite certes mais clairement identif
iée, ils ont développé une structure commerciale importante, créé des institutions,
formé une petite bourgeoisie très affairée (9). L'analyse de la localisation des pre
miers immigrants et de leur mobilité subséquente méritait d'être faite.
Deux zones d'études furent choisies, une première correspond au quartier
portugais (18 secteurs de recensement) et regroupant 41 % des Portugais installés à
Montréal, une seconde comprenant le reste de la ville de Montréal. Cette dichoto
mie voulait démarquer les Portugais vivant à l'intérieur du quartier de ceux vivant
à l'extérieur afin de contrôler une mobilité géographique associée éventuellement à
une mobilité sociale, telle que postulée par le cadre théorique de la sociologie
urbaine. Deux groupes d'études furent constitués de 30 répondants chacun. Ne
furent retenus que les chefs de ménage immigrants de première génération. Le
« Guia comercial Portugês Québec - 1984 » fut utilisé comme source de base pour
identifier les répondants qui furent choisis selon une technique de sélection aléa
toire simple (10). Ensuite chacun des répondants fut soumis à un questionnaire de
37 questions regroupées en cinq thèmes : données sociographiques, déplacements,
aspirations, gestion de l'information, déplacements futurs (ll).
RÉSULTATS
Le profil migratoire des répondants coïncide avec celui des néo-canadiens
d'origne portugaise (12). Des 60 répondants, 51,7 % étaient originaires des Açores,
78,3 % étaient des ruraux, 75 % immigrèrent entre 1961 et 1975, 61,7 % furent
officiellement parainnés et 76,7 % quittèrent le Portugal pour des raisons écono
miques^3). Au plan des caractéristiques sociales, le profil des répondants peut être
considéré également comme représentatif de celui des immigrants portugais de
première date (14). En 1984, les répondants avaient près de 44 ans, ils résidaient au
Canada depuis 15 ans et 95 % d'entre eux étaient illétrés, 30 % œuvraient dans les
services commerciaux, 40 % dans l'industrie, 8 % dans le bâtiment. Au plan du
revenu, le chef de ménage gagnait 16 000$ en moyenne (11 % -
10 000 $ et 20 % + 20 000 $) alors que le revenu familial totalisait 22 250 $ en
moyenne (10 % + 30 000 $) (15).
LA PREMIÈRE LOCALISATION
La première localisation des premiers immigrants, quels qu'ils soient, reste
toujours un mystère (16). La reconnaissance d'une zone de réception ou de transi
tion telle que l'ont définie Burgess d'abord et John Rex ensuite n'explique pas la
localisation des premiers immigrants. Après, c'est déjà plus facile à concevoir
compte tenu du type d'immigration. Gilles LAVIGNE
II est néanmoins remarquable d'observer jusqu'à quel point les Portugais ont
« appliqué » un modèle de localisation, classique au possible et au demeurant très
discutable. Que les répondants aient immigré avant 1960, entre 1961 et 1970 ou
après 1971, 75 % de ceux qui s'installèrent directement à Montréal se localisèrent
dans le quartier dit portugais (correspondant à la première zone d'étude). Fait
important, 71,7 % des répondants reconnaissent avoir été aidés par des parents
pour se loger la première fois : chez eux directement, dans des logements leur
appartenant, dans des logements choisis par eux.
LES DÉMÉNAGEMENTS
Tous les répondants ont déménagé au moins une fois. En général, ils quittent
le quartier de leur première localisation, mais le quartier les suit. Les 60 ménages
ont totalisé 143 déplacements (2,38 mouvements en moyenne par ménage) en
15 ans de résidence au Canada, soit un déménagement tous les 6 ans ; 51 % de
tous ces déplacements se sont effectués à l'intérieur du même quartier. Comme le
montre le tableau 1 la grande majorité des déménagements se sont effectués sur de
courtes distances. De plus, alors que les premiers immigrants se localisaient au sud
de l'avenue des Pins (cf. Carte 1), après 1960 ils se concentrèrent autour de la rue
Duluth. Les déménagements se firent vers le nord, induisant un déplacement du
quartier portugais (17)
Illustration non autorisée à la diffusion
PERJOOe DTMMK3RATION
Carte 1 Première résidence par période d'immigration et ethnicité 127 Mobilité
TABLEAU 1 : Distances parcourues lors des déménagements
Distance Nombre de mouvements ota % 1er 2e et 3e 4e à 7e km
31 8 64 44,75 <0,5 25 Illustration non autorisée à la diffusion
0,5-2 17 6 39 27,26 16
2-4 9 6 15 10,48
4-9 5 11 1 17 11,8
9< 5 3 8 5,59
LES RAISONS, LES BESOINS, LES ASPIRATIONS
La principale raison invoquée pour justifier les déménagements met en cause
le désir d'être propriétaire (51,9 %). Vient ensuite l'état de l'habitation, maison trop
petite (44,4 %), réparations (20,4 %). La justification du choix de la maison
(43,3 %) ; présence d'un sous-sol (36,7 %) ; possibilité de faire un potager
(30,0 %) ; accessibilité aux transports (20,0 %). La décision finale semble avoir
reposée, en sus des raisons précédentes, sur le coût (217 %), le caractère portugais
du quartier (20,0 %). Les facteurs plus classiques, telles la proximité d'écoles, de
commerces, de services, la tranquilité... ne semblent avoir joué que de façon limi
naire.
TABLEAU 2 : Zones de recherche d'une habitation
Quartiers Zones de résidence Statut d'occupation Total
de Zone I Zone II Propriét. Locataires
N = = 30 = 30 N = = 30 = 24 prospection N V = 60 N ]
n n n n n % % % % %
Zonel
St-Louis 28 93,3 8 26,7 15 41,7 21 87,5 36 60,0
Zone II
14 2 6,7 12 40,0 12 33,3 2 8,3 23,3 Jarry
Mile-end 6 20,0 6 20,0 6 16,7 6 25,0 12 20,0
Rosemont 3 10,0 9 30,0 10 27,8 2 8,3 12
St-Michel 1 3,3 8 26,7 8 22,2 1 4,2 9 15,0
4 16,8 58,3 Ailleurs 3 9,9 32 106,6 31 103,3 35
Indice de r 1,4 2,5 2,2-/ 1,5 1,96 mobilité
Quelques observations additionnelles méritent d'être faites. La totalité des
répondants étaient locataires de leur premier logement. Pour 60 % d'entre eux les
déménagements ont été liés à l'accession à la propriété. Tous ont acheté des mai- Gilles LAVIGNE 128
sons comprenant au moins deux logements, ce qui implique un revenu de location.
Les deux-tiers de ceux qui sont encore locataires comptent bien acheter une mai
son dans un proche avenir ; les autres qui veulent rester locataires espèrent pour la
plupart retourner au Portugal. Les locataires résident tous dans le quartier portug
ais, les propriétaires se partagent entre les deux aires d'études. Dans 90,0 % des
cas les déménagements ont été volontaires. Enfin, même si les répondants étaient
satisfaits de leur habitation (entre 80 % et 93 %), la majorité comptait encore
déménager, les uns pour accéder à la propriété ou retourner au pays, les autres
pour acheter un « bungalow ».
TABLEAU 3 : Sources d'information pour la recherche d'une habitation
Zones de résidence Statut d'occupation Total
Sources Zone I Zone II Propriét. Locataires
n % n % N % n N % %
Parents et amis 18 60,0 7 23,3 7 19,4 18 75,0 25 41,7
Agents
Illustration non autorisée à la diffusion immobiliers 5 16,7 14 46,7 19 52,8 19 31,7
Recherche
personnelle 6 20,0 7 23,3 9 25,0 4 16,7 13 21,7
Autre 1 3,3 2 6,7 1 2,8 2 8,3 3 5,0
Total 30 100,0 30 100,0 36 100,0 24 100,0 60 100,0
LA QUÊTE D'UNE NOUVELLE MAISON
La recherche d'une maison met à profit une information relative à un marché,
locatif ou immobilier, marché délimité dans l'espace. Les données de l'enquête
montrent que les Portugais recherchent une nouvelle demeure principalement dans
le quartier où ils résident ensuite dans les quartiers limitrophes (cf. carte 2). Le
tableau 2 révèle toutefois des différences importantes. Les résidents de la zone II,
les dispersés, sont plus mobiles que ceux du quartier portugais (St. Louis), tout
comme les propriétaires. En termes de sources d'information, la distinction entre
les deux groupes est également notable (tableau 3). Les Portugais dispersés de la
zone II (et les propriétaires, les mêmes en majorité) ont utilisé les services d'agents
immobiliers, portugais à 93 % ; les Portugais concentrés de la zone I ont utilisé des
informations fournies par des parents ou des amis, dans tous les cas l'affaire fut
menée rondement. Pour les trois-quarts des répondants, il leur fallut moins d'un
mois pour trouver une habitation et pour la moitié d'entre eux la visite d'une à
deux maisons fut suffisante. '
Mobilité et ethnicité
Illustration non autorisée à la diffusion
%MiiiL' fc "JZX..LJliii™iBBiiiMy" ...'.'■^i^irT rauaxDiMMKXA-naN
HP' : :":::::;
0 0,5 1 1,5 2
Dernière (1984) résidence par période d'immigration Carte 2
ANALYSE ET QUESTIONS
Cette recherche suggère que les propositions théoriques formulées pour expli
quer la mobilité résidentielle intra-urbaine ne peuvent fournir qu'une explication
imparfaite. Certes le désir d'une maison plus grande correspond sans doute à des
besoins liés au cycle de vie ; certes l'achat d'une maison requiert une plus grande
fortune. Mais ce sont là des liaisons ténues. Les motifs invoqués par les répondants
étaient bien différents. A l'inverse, l'accessibilité au travail, aux services, au trans
port... ne semble pas avoir joué, ou si peu. Ou bien les théories n'expliquent le
comportement que de certains groupes sociaux, ou bien elles ont perdu de leur
actualité.
Ce qui ressort par contre de l'étude, c'est le poids des composantes ethniques.
Il faut préciser que des raisons telles la recherche d'un sous-sol ou d'un potager
correspondent à des pratiques culturelles des Portugais montréalais (idem à
Toronto). Le sous-sol sert à l'aménagement d'une cuisine familiale (« vernacu-
laire » ?) alors que la cuisine « normale » est utilisée comme cuisine d'apparat. Le
potager sert pour cultiver du chou, de la tomate, du safran... produits pourtant 130 Gilles LAVIGNE
commercialisés. Ces « besoins » mis en valeur par les répondants ne sont pas
anodins, ils expriment une certaine façon de vivre que l'on ne peut réduire à des
indices sociographiques.
Quant au désir de devenir propriétaire, si les Portugais en ont fait un mythe ils
ne sont pas les seuls parmi les ethniques à entretenir ce désir (i8). A Montréal, les
Juifs, les Italiens, les Grecs... ont aussi acheté beaucoup de maisons et nombre
d'entre eux se sont enrichis par le biais du foncier. Il ne faut pas voir là un trait
spécifiquement ethnique. Le potentiel du foncier à procurer une part de la plus-va
lue sociale constitue un facteur non négligeable de capitalisation que diverses
formations sociales ont mis et mettent encore en valeur à différentes époques
historiques (I9).
Plus spécifiquement ethniques sont les types de réseaux d'information utilisés.
Les parents et les amis ont un rôle crucial puisqu'ils jouent encore un rôle très
important après la première localisation. Comme ils sont la source principale
d'information des locataires et (ou) des résidents du quartier, les Portugais inte
rviennent donc activement dans le processus de regroupement et ils le font sciem
ment. Les relations ethniques internes ne peuvent plus être conçues seulement
comme réactives à une discrimination appliquée de l'extérieur, comme protectrices
vis-à-vis d'un milieu étranger. Il est question d'argent, de capital, de pouvoir, et pas
seulement de bienfaisance.
Le cas des agents immobiliers est encore plus étonnant. Selon les répondants,
les agents avec lesquels ils ont fait affaire étaient, eux aussi, portugais. Dans le
même laps de temps où une fraction des immigrants portugais accédait à la pro
priété foncière se constituait un corps d'agents immobiliers portugais, signe de la
définition d'un marché foncier spécifique. Le commerce de l'immobilier ne corre
spond pas à un service essentiel, et pourtant il a été mis en place, dans un cadre
ethnique, très rapidement, signe d'une importance jusque-là insoupçonnée de cet
acteur urbain. Une question reste sans réponse : l'action des agents immobiliers
induit-elle la reconstitution des groupes ethniques au rythme des mouvements
urbains, mouvements que ces acteurs contribueraient ainsi à canaliser ? Pour
quoi ? Pour qui ?
La mobilité des Portugais à Montréal ne souscrit donc que très partiellement
aux théories, si cette mobilité rencontre l'image du processus dit de succession, ce
n'est qu'en apparence. L'enrichissement n'est pas lié à une ascension sociale. La
mobilité observée paraît directement assujettie à des facteurs significatifs d'un
contrôle ethnique. Ce qui ressort, par contre, c'est la constitution d'un marché
immobilier ethniquement défini et mis en valeur. Ce constat met à jour une dimens
ion cachée de la problématique de l'insertion spatiale (et sociale ?) des immigrants.
Il oblige également à reconsidérer le phénomène de la ségrégation sous sa forme
contemporaine. Il ne peut s'agir d'un univoque, induit du seul rapport
dominés et dominants. Les forces à l'œuvre sont plus diversifiées que les théories
ne le laissent entendre. et ethnicité 131 Mobilité
Notes et références bibliographiques
(1) « Aux Etats-Unis l'ethnie est celui qui n'est ni Wasp ni colored. Au Canada, la connotation du
terme varie selon les régions : tantôt elle inclut les francophones, tantôt non. Le côté fabriqué de la
notion est patent ». Voir Lavigne (G.). Les Ethniques et la ville. Le préambule, Montréal, 1987.
(l)bls Référence est faite ici aux modèles théoriques américains développés dans la mouvance de la
sociologie fonctionnaliste.
(2) L'ensemble du corpus théorique est distribué dans de nombreux ouvrages « L'école de Chicago »
traduction de Y. Grafmeyer et I. Joseph, Paris, Champs Urbains, 1979 ; « Sociologie urbaine » de
R. Ledrut, Paris, PUF, 1968 ; les articles de M. Castells « Y a-t-il une sociologie urbaine ? », Sociolog
ie du Travail, 1968, 1 : 72-90 ; « Théorie et idéologie en sociologie urbaine », et Sociétés,
1970, 1-2 : 171-190. Reste le livre non traduit de RE Park et EW Burgess, Introduction to The Science
of Sociology. Chicago, University of Chicago Press, 1924.
(3) Lavigne G., Formation d'un quartier ethnique : les Portugais à Montréal. Montréal, Université de
Montréal, thèse de doctorat, Faculté d'aménagement, 1979.
(4) Le débat sur le dynamisme de la ségrégation est dans les travaux de deux chercheurs américains :
S. Lieberson et N. Kantrowitz. Guest M. et Weed J.A. en font une bonne revue dans « Ethnie
Residential Segregation : Patterns of Change ». American Journal of Sociology, 1976, 81-5 : 1088-
1111. Voir aussi Lavigne (1979) op. cit.
(5) Les avis sont partagés. Anderson I « Internal Migration in Canada, 1921-1961 », Ottawa : Eco
nomic Council of Canada, 1966.
(6) Simmons JW, « Changing Residence in the City : A review on Intra-Urban Mobility », Geograp
hical Review, 1968, 58 : 622-651. 1968. Rossi P. « Why Families Move », Glencoe (III.) : Free Press,
1955 et 1980 Peterson GL, « A Model of Preference : Quantitative Analysis of the Perception of the
Visual Appearance of Residential Neighbourhoods », Journal of Regional Sciences, 1967, 7 : 19-32.
Brown LA et Moore EG, « The Intra-Urban Migration Process : A Perspective », 1970, Geografiska
Annaler, 52b- 1 : 1-13 ; Butler EW et al, « Moving Behavior and Residential Choice : A National
Survey, 1969, Report n° 81, Washington : Highway Research Board ; Clark WD et Cadwallader M,
« Residential Preferences : An Alternetive View of Intra-Urban Space », 1973, Environment and
Planning, 5 :693-703 ; Short JR, « Residential Mobility » in Internal Structure of the City, New
York : Oxford University Press, 1982.S
(7) Lavigne, 1979, op.cit.
(8) L'immobilité n'exprime pas une insertion réussie. Elle signifie une inertie sociale constatée, sans
plus. Et d'ailleurs les « ethniques » français bougent plus que les « nationaux » made in France. Les
travaux de M. Guillon sont les plus instructifs sur la mobilité des étrangers en France : « Banlieue et
concentration des étrangers : l'exemple de l'Ile-de-France », Banlieue, immigration et gestion urbaine,
Grenoble : Institut de Géographie Alpine, 1988 ; « Les ménages étrangers en France : évolution et
disparités régionales », 1988, Espace Populations Sociétés.
(9) Lavigne, 1979, op.cit. Les ethniques et la ville. Montréal, Le préambule, 1987.
(10) En 1984 cet annuaire dénombrait 6 658 chefs de ménage portugais.
(11) Cette analyse est extraite du mémoire de Teixeira Carlos, « La mobilité résidentielle intra-urbaine
des Portugais de première génération à Montréal », Montréal : Université du Québec, Géographie,
1986. Les enquêtes furent menées de septembre à novembre 1984. En tout ce sont 80 répondants qui
ont été sélectionnés, 75 furent contactés, 60 acceptèrent de répondre.
(12) Les données sur ces immigrants de première date recoupent celle qui sont disponibles, voire entre
autres Anderson G. et Higgs D. L'héritage du futur : les communautés portugaises au Canada.
Montréal, Cercle du Livre de France, 1979 et Lavigne, 1979, op. cit.
(13) Le parrainage est une forme d'immigration justifiée par le principe du regroupement des familles.
A titre d'exemple, l'un des réponants a parrainé l'immigration directe de 18 personnes et indirecte de