Ofanto et Bradano (Etude sur les déplacements d'une ligne de partage des eaux) - article ; n°3 ; vol.4, pg 245-256

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Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Année 1967 - Volume 4 - Numéro 3 - Pages 245-256
Etude de deux captures fluviales au profit de l'Ofanto et au détriment du Bradano à la suite de mouvements tectoniques quaternaires dans la région de plateaux compris entre les Murge et l'Apennin lucanien (Italie du Sud).
Study of the captures of two affluents of the Bradano by the Ofanto caused by quaternary tectonic movements in the area of plateaux between the Murge and the Apennin of Lucania (Southern Italy).
Studio su due catture fluviali in pro dell'Ofanto e a spese del Bradano in seguito a movimenti tettonici quaternari nella regione degli altipiani compresi fra le Murge e l' Appennino Lucano (Italia del Sud).
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1967
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René Neboit-Guilhot
Ofanto et Bradano (Etude sur les déplacements d'une ligne de
partage des eaux)
In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 4 - Numéro 3 - 1967. pp. 245-256.
Résumé
Etude de deux captures fluviales au profit de l'Ofanto et au détriment du Bradano à la suite de mouvements tectoniques
quaternaires dans la région de plateaux compris entre les Murge et l'Apennin lucanien (Italie du Sud).
Abstract
Study of the captures of two affluents of the Bradano by the Ofanto caused by quaternary tectonic movements in the area of
plateaux between the Murge and the Apennin of Lucania (Southern Italy).
Riassunto
Studio su due catture fluviali in pro dell'Ofanto e a spese del Bradano in seguito a movimenti tettonici quaternari nella regione
degli altipiani compresi fra le Murge e l' Appennino Lucano (Italia del Sud).
Citer ce document / Cite this document :
Neboit-Guilhot René. Ofanto et Bradano (Etude sur les déplacements d'une ligne de partage des eaux). In: Bulletin de
l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 4 - Numéro 3 - 1967. pp. 245-256.
doi : 10.3406/quate.1967.1064
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/quate_0004-5500_1967_num_4_3_1064Bulletin pour l'étude de V du Association Quaternaire française 2967 - 3 naee 245
OFANTO ET BRADANO
Etude sur les déplacements
d'une ligne de partage des eaux *
PAR
René NEBOIT,
Institut de Géographie de Clermont-Ferrand.
Sommaire. — Etude de deux captures fluviales au profit de l'Ofanto et au détriment
du Bradano à la suite de mouvements tectoniques quaternaires dans la région de plateaux
compris entre les Murge et l'Apennin lucanien {Italie du Sud).
Abstract. — Study of the captures of two affluents of the Bradano by the Ofanto
caused by quaternary tectonic movements in the area of plateaux between the Murge
and the Apennin of Lucania {Southern Italy).
Riassunto. — Studio su due catture fluviali in pro dell'Ofanto e a spese del Bradano
in segwto a movimenti tettomci quaternari nella tegwne degh altipiani compresi fra le
Murge e V Appenmno Lucano {Italia del Sud).
INTRODUCTION
Entre, au N-W la basse vallée de l'Ofanto et au S-E le débouché du Bradano
supérieur hors de l'Apennin, l'escarpement bordier des Murge calcaires au N-E et le
modeste front montagneux de l'Apennin au S-W, s'étendent de vastes plateaux.
Ils se développent, en règle générale, sur des conglomérats, terme ultime d'une
série composée d'argiles, de sables et de galets d'âge probablement calabrien1,
et correspondraient à peu de choses près à une surface de remblaiement (Gignoux,
1913 2). La personnalité de cette région est nettement marquée par rapport à celles
qui, plus au nord et plus au sud, appartiennent aussi à la Fosse Bradanique :
il s'agit d'un pays plus élevé et plus accidenté que les plaines et bas plateaux
de la Capitanata, mais beaucoup moins découpé et raviné que la Lucanie
materane.
Ces plateaux sont drainés en direction à la fois de l'Adriatique par l'inte
rmédiaire d'affluents de l'Ofanto et de la mer Ionienne principalement par celui
du Basentello, affluent du Bradano. Il n'en était pas de même à l'origine. Il est
possible de montrer que le drainage a d'abord été intégralement assuré en direction
du golfe de Tarente, et que c'est à une époque relativement récente que des
captures se sont produites au détriment du Bradano.
C'est ce que suggère l'étude des vallées du Fiumara di Venosa et du Basent
ello principalement, et secondairement du Torrente Roviniero et du Locone.
* Séance du 25 novembre 1967
1 Carte géologique au 1/100 000e Gravina di Pugha, seconde edition, 1967
2 L'opinion de Gignoux serait peut-être a nuancer La surface des plateaux ne coïncide pas aussi
exactement avec la surface de remblaiement qu'il le laisse entendre (p 134) Nous parleions néanmoins,
pour simplifier, des « plateaux calabnens ». BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 246
FlG. 1. — Croquis morphologique.
1. Plateaux calcaires des Murge — 2 Plateaux calabnens. — 3. Monte Vulture. — 4 Apennin — 5 Vallées remblayées. — 6 Escarpement bordier des Murge. — 7 Front montagneux de l'Apennin — 8 Rebord de plateau calabrien — 9 Vallée actuelle encaissée dans le remblaiement rissien ('). — 10. Ancienne
direction de drainage (prouvée ou hypothétique) — 11. Ligne de partage des eaux actuelle — 12 Ligne de partage des eaux avant les captures. — 13. Courbe de 500 m. — 14 Courbe de 1 000 m.
N. B. — Direction de drainage hypothétique à l'emplacement du Vulture.
Dans le premier cas la capture a été signalée par De Lorenzo dans son étude
sur le Vulture (De Lorenzo, 1899) ; il semble que mention n'ait jamais été faite
de la seconde3.
3. Nous avons commencé l'étude de cette region au cours de deux séjours en Pouille et en
Lucarne pour lesquels nous avons bénéficie d'une subvention du CNRS auquel nous exprimons ici
notre reconnaissance. OFANTO ET BRADANO 247
LES INDICES DE CAPTURES
1° Le problème se pose d'abord très concrètement dans le paysage. On ne
peut manquer d'être frappé par l'existence près de Palazzo San Gervasio d'une très
belle vallée sans cours d'eau, le Piano de Palazzo, orientée N-W-S-E. Elle est
modestement mais très nettement encaissée par rapport aux plateaux calabriens,
d'une centaine de mètres pour son versant S-W, d'une soixantaine pour son ver
sant N-E (peut-être est-elle alignée sur le tracé faille affectant longitudina-
lement les plateaux). Son fond, à 375-380 m, est large d'environ 2 km, parfait
ement plat, entaillé seulement de fossés de drainage aménagés artificiellement.
A cet égard le Torrente Basentello indiqué ici sur la carte au 1/25 000 ne doit pas
faire illusion : ce n'est qu'une rigole de quelques mètres de profondeur et de lar
geur (photo 1).
Photo 1. — Le piano de Palazzo.
Dans le fond, le bourg de Palazzo San Gervasio.
Cette vallée a forcément été creusée, mais elle est à l'heure actuelle dépourvue
de cours d'eau, et la disposition présente du réseau hydrographique ne permet
pas d'en comprendre facilement l'origine. Voici pourquoi :
En direction du S-E l'altitude du fond de l'auge décroît très lentement, et,
relavant les canaux de drainage, s'individualise très progressivement la vallée
du Basentello qui l'entaille, le défonce, le réduit finalement à l'état de replats
que l'on suit jusque vers la confluence avec le Canale Roviniero. De l'autre côté,
le Fiumara di Venosa y débouche, venant du S-W, et on peut suivre d'emblée de part
et d'autre de sa vallée, emboîté par rapport à la surface des plateaux calabriens
de quelques dizaines de mètres, un niveau de plateaux et de replats large d'environ BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 248
4 km à hauteur de Venosa qui prolonge le fond du Piano de Palazzo en s'abaissant
lentement. On observe ces replats jusqu'à la confluence du Fiumara di Venosa
et du Fiumara l'Arcidiaconata : ils se prolongent vers l'amont de cette vallée,
mais il n'y en a pas trace à l'aval de la confluence.
Le Piano de Palazzo fait donc partie intégrante d'un ensemble qui morpho
logiquement présente une unité, qui évoque par son tracé une vallée. Mais
l'ampleur de cette « vallée » contraste avec la médiocrité des rivières actuelles :
à leur propos J. Sion (1934, p. 326) parlait de « ruisseaux marécageux ». Surtout,
ces rivières coulent en sens inverse l'une de l'autre.
2° Entre le plateau calabrien de Spinazzola et le rebord des Murge, on trouve
en plus petit la même situation au partage des eaux entre un petit affluent
anonyme du Locone et un affluent également anonyme du Roviniero. Le plateau est
franchement entaillé par une auge courte, elle aussi orientée N-W - S-E, dont le
fond très plat, à 375 m, est large de près d'un kilomètre. En direction du N-W
elle se prolonge sur deux kilomètres (environ) sous forme de replats le Ions de
l'affluent du Locone qui l'incise brutalement. L'affluent du Roviniero ne s'indivi
dualise et ne s'encaisse au contraire que progressivement.
ORIENTATION DES RECHERCHES
Les coupes données par les versants des vallées qui ont entaillé les auges
permettent d'orienter les recherches. On peut préciser trois points.
— Le Piano de Palazzo n'est pas à proprement parler un fond de vallée. C'est
le niveau atteint par le remblaiement partiel d'une vallée plus profonde de quelques
dizaines de mètres.
— Ce remblaiement est défoncé par deux systèmes de cours d'eau mais c'est
une vallée unique qui a été comblée.
— Cette vallée était celle d'une rivière qui venait de l'Apennin, et se jetait
dans le Bradano.
Le long du Basentello et du Fiumara di Venosa il est clair en effet que les
replats ne s'étendent pas sur du matériel calabrien mais sur des formations plus
récentes qui fossilisent un relief en creux préexistant. Ces formes ne sont pas
cycliques mais construites (fig. 2).
Tufaralle N NE
EUl CJ2 £^3 ^4
Fig. 2. — Coupe en travers du remblaiement à hauteur de Venosa.
— 1 4. Conglomérat Remblaiement calabrien fluvio-lacustre — 2 Sables calab riens. — 3 Argiles calabnennes
La partie inférieure de ce remblaiement se compose d'alluvions fluviatiles
caractérisées par la présence d'éléments volcaniques grossiers. Ils sont très
abondants le long des versants du Fiumara di Venosa ; ils sont également présents ET BRADANO 249 OFANTO
aux versants du Basentello : on trouve des galets volcaniques par exemple à proxi
mité de la Masseria Spada, à 15 km à l'aval du Piano de Palazzo, et De Lorfnzo
signale même des dépôts à éléments volcaniques beaucoup plus à l'aval dans la
vallée du Basentello (De Lorenzo, 1899) mais il ne précise ni leur position topogra
phique, ni surtout leur granulométrie. Ces éléments volcaniques grossiers vien
nent du Vulture : un cours d'eau a donc coule du Vulture au Bradano4.
A l'est de Spinazzola on ne dispose pas d'éléments aussi incontestablement
démonstratifs que ces blocs et galets volcaniques au sein des formations de rem
blaiement sur lesquelles ici aussi s'étendent les replats. Ce qui peut en tenir
lieu, ce sont, à la base de la coupe de la vallée affluente du Locone, des galets
de calcaire dont on peut affirmer qu'ils ne sont pas repris du conglomérat
calabrien (où ils sont mieux émoussés). Or, dans ce petit bassin versant, il n'y a
pas d'affleurements de calcaire : ces petits galets ne peuvent donc venir que des
Murge ou de leur pied, et la solution la plus simple est de considérer qu'ils ont
été apportés par le Locone supérieur. Cette hypothèse implique que le haut Locone
se prolongeait vers le S-E, et n'obliquait pas comme aujourd'hui brusquement
en direction du N-W5.
L'évolution a donc, semble-t-il, été la suivante : les bas plateaux qui se suivent
de la vallée de l'Arcidiaconata à celle du Basentello jalonnent la vallée remblayée
d'un cours d'eau originaire de l'Apennin et tributaire du Bradano. Il y a eu
creusement de la vallée, remblaiement partiel, puis reprise d'érosion qui s'est faite
en fonction et du Bradano (par le Basentello qui n'est que l'héritier indirect
et appauvri du cours d'eau primitif), et de l'Ofanto par le Torrente Olivento6.
A l'est de Spinazzola il y a eu également renversement du drainage succédant
à un épisode de remblaiement.
Il faut donc préciser :
— le tracé des vallées primitives ;
— Les causes et modalités du remblaiement ;
— la façon dont s'est faite la reprise d'érosion en fonction de deux bassins
fluviaux différents ;
— et la place de ces captures dans le cadre des temps quaternaires.
On peut pour cela utiliser les coupes qui montrent le détail du remblaiement.
Elles sont nombreuses ; malheureusement on n'en trouve pas qui soit complètement
lisible de bas en haut, et les variations latérales de faciès semblent être de règle
le long du Fiumara di Venosa, en particulier au niveau de la partie du remblaiement
constituée de matériaux fins. Quant aux travaux des géologues, rares sur cette
région, ils manquent de précision. Le remblaiement a été décrit pour la première
fois mais assez succintement par De Lorenzo qui en a indiqué les caractères
généraux (De Lorenzo, 1899). Une stratigraphie plus détaillée, mais encore rapide,
a été proposée par A.C. Blanc (1953) utilisant en partie les travaux de U. Rellini
(1931).
L'EPISODE DE REMBLAIEMENT EST LIE A L'ACTIVITE DU VULTURE
La base du remblaiement est toujours grossière et elle montre que l'épisode
de remblaiement est étroitement lié à l'activité du Vulture.
4 II s'agit de galets et blocs d'une lave de type acide mais très altérée 5 La carte géologique de Gravina sépare le remblaiement de l'affluent du Locone de celui de
l'affluent du Roviniero par un affleurement d'argiles calabnennes Dans ces conditions le relief est
inexplicable. L'absence de bonnes coupes (a rotre connaissance) dans cette partie de l'auge non
ravinée nous empêche néanmoins d'affirmer positivement que ce figure est faux
6 C'est le nom du cours d'eau qui résulte de la confluence du Fiumara di Venosa et du
Fiumara l'Arcidiaconata. BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 250
II débute par des alluvions fluviatiles totalement exemptes d'éléments volca
niques, bien visibles à Terranera ou au confluent du Macéra et de l'Arcidiaconata.
Ce niveau de galets est peu épais (quelques mètres) : la tendance à l'alluvionement
devait être modeste. A on voit très nettement les galets volcaniques
faire leur apparition à la partie supérieure de ce niveau. Le lien est très net
entre l'apparition de ces éléments nouveaux et l'affirmation de la tendance à
l'accumulation. C'est que les premières manifestations volcaniques ont bouleversé
le bassin supérieur du cours d'eau : il semble, en effet, que sa vallée remontait
largement au-delà du Vulture et qu'elle a été décapitée par le volcan. Au sud
du Vulture, près d'Atella, un plateau établi sur un remblaiement fluvio-lacustre
peut être interprété comme le résultat du comblement d'une vallée prévolcanique
à l'amont du volcan formant barrage. De Lorenzo (1899) avait émis l'hypothèse que
la vallée supérieure prévolcanique du Fiumara d'Atella se prolongeait à l'empl
acement du Vulture en direction de la basse vallée de l'Arcidiaconata et qu'elle
avait été barrée par la masse du volcan (avec ultérieurement capture de cette
haute vallée au profit de l'Ofanto supérieur par l'actuel Fiumara d'Atella inférieur).
L'existence d'épaisseurs considérables de galets et de blocs exclusivement volcani
ques dans les coupes de la vallée de l'Arcidiaconata et à proximité, succédant à
des alluvions non volcaniques, s'accorde bien avec cette façon de voir : une
vallée coupée brusquement de la majeure partie de son bassin-versant sédimen-
taire Une première conséquence que l'on peut envisager, c'est une très sensible
réduction du débit du cours d'eau. Mais cette hypothèse d'une ancienne vallée
décapitée est discutée. Pour A.G. Segre (1957), la vallée d'Atella aurait conflué
originellement avec l'Ofanto ; mais dans cette perspective il n'explique pas très
clairement les modalités du remblaiement fluvio-lacustre d'Atella.
Photo 2. — Formation grossière à blocs volcaniques près de Terranera,
à la base du remblaiement. OFANTO ET BRADANO 251
D'autre part, le volcan est largement constitué de matériaux de projections
peu résistants. Une deuxième conséquence de son apparition a certainement été
un accroissement sensible et durable de la charge. On peut admettre que l'éveil
du volcanisme s'est traduit, de toute façon, par une variation du rapport débit-
charge dans un sens favorable à l'accumulation.
Les coupes montrent enfin qu'il y a eu à ce moment là des épisodes d'accu
mulation massifs et d'une grande brutalité caractérisés par le transport de très
gros blocs emballés dans une matrice assez fine. Les coupes de la petite vallée
de l'Acqua Rossa en donnent de bons exemples : on y voit des blocs dont l'un
dépasse 3 m. Près de Terranera, donc très nettement en dehors de la montagne,
les blocs de 50 cm à 1 m ne sont pas rares (photo 2) et l'un d'eux atteint encore
1,80 m de grand axe. Il s'agit de laves acides, peut-être de phonolite, très altérées.
A quoi sont dus ces dépôts d'écoulement boueux de type lahar ? Probablement ni
à des pluies catastrophiques, ni à de brutales fontes de neiges, mais plutôt a
de brusques vidanges de lacs7. En effet, et De Lorenzo (1899) que ces blocs ont
beaucoup intrigué l'avait remarqué, le matériel volcanique du remblaiement
d'Atella est beaucoup moins grossier : il y a de gros galets, pas de blocs. Ceci
exclut toute cause générale pour expliquer la mise en mouvement des coulées
de boue, conduisant à envisager plutôt des catastrophes localisées : peut-être des
vidanges lacustres dans la région de Melfi.
Il est possible enfin que les éruptions aient à distance accru la charge des
cours d'eau. Les alluvions sableuses de la base du remblaiement de l'affluent du
Locone sont en effet très fortement chargées en éléments volcaniques fins (augite
et magnetite) qui leur confèrent une couleur grise extrêmement prononcée
L'activité volcanique dans cette région a certainement favorisé la tendance à
l'accumulation. Mais la cause déterminante n'était pas là
L'INFLUENCE DETERMINANTE DE LA TECTONIQUE
La tendance au remblaiement a été provoquée fondamentalement par des mou
vements du sol qui ont affecté les plateaux calabriens en leur conférant une pente
générale vers le N-N-W. Les variations du rapport débit-charge n'expliquent
pas tout.
Elles rendent mal compte de la répétition du phénomène : les apports vr^ca-
niques, éoliens, ne représentent tout de même qu'une petite partie du remblaie
ment de la zone de partage des eaux entre Locone et Roviniero.
Elles n'expliquent pas non plus pourquoi dans la région de Venosa à un allu-
vionement fluviatile a succédé une sédimentation en partie lacustre. Près de
Terranera, à Tufarelle, le long de la route de Venosa à Montemilone, on observe
au-dessus des formations à galets et blocs de la base, et interstratitiées avec des
niveaux sableux et argileux, des dalles de calcaire compact d'origine lacustre
dont l'épaisseur est d'ordre décimétrique. Cette coupe ne montre pas (ou plus)
avec netteté le terme ultime du remblaiement, mais d'après A.C. Blanc (195V il
s'agit encore d'un banc de calcaire lacustre. Ces épisodes lacustres impliquent un
blocage total de l'écoulement. Rien ne venant étayer l'hypothèse d'un barrage en
travers de la vallée, reste celle de déformations ayant déprimé l'amont par rapport
à l'aval (dans ce qui suit nous entendrons par amont et aval et l'aval
par rapport à l'ancien cours d'eau).
7 Derruau (1965) Ce sont les causes diverses qu'il évoque pour expliquer les dépôts de ce
genre (p 289). BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 252
II existe d'autres arguments en faveur de cette hypothèse.
L'altitude des plateaux interfluves calabriens décroît de façon assez continue
de l'ancien aval vers l'ancien amont : on voit mal comment le réseau primitif
aurait pu s'installer sur une surface ainsi disposée (d'une façon très générale cette
remarque est valable pour l'ensemble des cours d'eau orientés N-W - S.E. tributaires
du Bradano qui dissèquent ces plateaux : l'altitude de leurs interfluves croît
d'amont en aval). Originellement, la pente des plateaux devait être vers le S-E,
comme elle l'est encore dans la région des basses vallées. Il y a donc eu un mou
vement de bascule postérieur à la mise en place de l'ancien réseau, mouvement
contemporain de l'épisode de remblaiement, comme le suggèrent plusieurs faits.
Les variations d'épaisseur du remblaiement attestent l'existence de mouve
ments du sol pendant sa mise en place. Près de Terranera le sommet du plateau
est à 350 m et la base du remblaiement se trouve vers 310 m. Au confluent de
l'Arcidiaconata et du Macéra le sommet du remblaiement est également vers 350 m,
mais il est observable ici sur une centaine de mètres d'épaisseur. Dans la mesure
où on ne connaît pas exactement la position de ces coupes par rapport au talweg
initial (en réalité ni l'une ni l'autre ne doivent en être très éloignées) les compar
aisons doivent rester prudentes, mais on peut admettre qu'il y a eu pendant la
sédimentation une subsidence de l'amont par rapport à l'aval. Une autre constata
tion va dans le même sens : au Piano de Palazzo le sommet du remblaiement
est encaissé d'environ 50 m par rapport aux plateaux calabriens qui sont au nord,
d'une trentaine seulement à l'ouest de Venosa. Le remblaiement est donc monté
plus haut au flanc des versants à l'amont qu'à l'aval.
Tandis que le niveau des replats s'abaisse le long du Fiumara di Venosa (d'une
cinquantaine de mètres), on n'observe pas à l'aval du Piano de Palazzo de relèv
ement important du fond de l'auge vers le S-E : il n'y a pas parallélisme exact
entre la disposition des plateaux calabriens et celle du sommet du remblaiement
de la vallée. A l'est de Palazzo san Gervasio l'inclinaison des interfluves a été
acquise avant l'achèvement du remblaiement, le mouvement de bascule étant plus
accentué et plus prolongé à l'ouest où il affecte le sommet du remblaiement
En définitive la cause principale du remblaiement est de nature tectonique.
Que ces déformations soient en liaison avec les manifestations du volcanisme,
il n'est pas interdit de le penser. Il est néanmoins difficile d'admettre à la suite
de De Lorenzo (1899) qu'elles en sont la conséquence directe. Il pensait à un
mouvement de subsidence provoqué directement par le poids du volcan et le vide
créé en profondeur. Morphologiquement cette thèse est difficilement soutenable :
l'aire intéressée par ces mouvements est trop étendue pour qu'il s'agisse de
volcano-tectonisme, et ses limites trop imprécises.
Parmi les causes de remblaiement la primauté revient à la tectonique cmi a
donné aux plateaux leur pente vers le N-N-W (pente qui se compose avec leur
inclinaison de l'Apennin aux Murge), mais la surcharge a joué le rôle d'un agent
inhibiteur en empêchant les cours d'eau de tenir tête aux mouvements du sol.
Le remblaiement est dû à la conjonction de ces deux facteurs, peut-être génétique
ment liés par ailleurs.
LA REPRISE D'EROSION
La réorganisation du drainage s'est faite selon deux directions opposées.
A l'est de Palazzo l'ancienne direction s'est conservée, tandis qu'à l'ouest la
reprise d'érosion s'est opérée en fonction de l'Ofanto/à la suite d'une capture.
Une carte à moyenne échelle montre que la partie septentrionale des plateaux
calabriens est disséquée, laniérée, par une série d'affluents médiocres de l'Ofanto
qui approchent beaucoup leurs k têtes de sources de la vallée remblayée II est OFANTO ET BRADANO 253
probable que la capture est l'œuvre de l'un d'eux par érosion régressive (rien
n'indiquant un éventuel déversement). Pourquoi la capture s'est-elle produite au
niveau de ce Torrente Olivento et non plus à l'aval ?
Il est clair que ce cours d'eau était sérieusement avantagé par sa position
au contact des plateaux quaternaires et de l'Apennin. Si modeste que soit ici
le front montagneux (moins de 1 000 m), le fait d'y posséder une partie notable
de son bassin-versant assurait au cours d'eau en question une alimentation supé
rieure à celle des organismes strictement cantonnés aux plateaux calabriens. De par
sa position, et compte tenu de la pente donnée par la tectonique à la surface de
remblaiement à l'ouest de Palazzo, il a normalement attiré à lui les eaux venues
de l'Apennin par l'Arcidiaconata et celles du Fiumara di Venosa. Au surplus il
bénéficiait d'un niveau de base bien plus proche, l'Adriatique, que le Basentello
très sensiblement plus éloigné du golfe de Tarente.
Quoique les choses soient ici un peu moins claires, il faut penser que le bas
Locone a également capturé le haut Locone, et ceci parce qu'il bénéficiait aussi
d'un niveau de base plus proche.
Etant donné les conditions dans lesquelles elles se sont produites, ces captures
entrent dans la catégorie des captures que l'on a proposé d'appeler « tectoni
ques » (Pouquet, 1966).
ELEMENTS DE DATATION
Peut-on dater ces événements ?
Les secteurs qui ont été remblayés sont partiellement cartographies (de façon
seulement partielle car la carte de Melfi n'a encore jamais été publiée), mais ni
SW NE
370-
> 365m
-• \ — 360 V
— — _\\
350- -\ -
V
340
— - ~\. -.
— _
330- 4 •s.
— — —
320, — — • —
Fig. 3. — Coupe (hauteurs schématique fortement du remblaiement exagérées). du haut Locone
— 1 4 Argiles Niveau calabnennes sableux a petits — 2 Tufo grains — calcaires 3 Formation — 5 sableuse Niveau à sableux galets calcaires à galets
calcaires — 6 Formation rougeâtre x galets perennes
H B — Sur le terrain la vegetation cache la base de 6 (blanc). Probablement
analogue à 3, 4 et 5.