Parataxe et subordination en ancien français [Elektronische Ressource] / Julie Glikman. Betreuer: Annie Bertin

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Université Paris Ouest – Nanterre La Défense Universität Potsdam Ecole doctorale 139 – Connaissance, langage, modélisation Philosophische Fakultät Laboratoire MoDyCo – UMR 7114 Institut für Romanistik Parataxe et Subordination en Ancien Français Système syntaxique, variantes et variation Thèse pour l’obtention du grade de Docteur de l’Université Paris Ouest – Nanterre La Défense en Sciences du langage et de l’Université de Potsdam en Philosophie présentée et soutenue publiquement par Julie GLIKMAN le 5 décembre 2009 sous la direction d’Annie BERTIN et Gerda HASSLER Composition du Jury : Annie Bertin, Professeur, Université Paris Ouest – Nanterre La Défense Bernard Combettes, Professeur, Université Nancy II Gerda Ha βler, Professor Doktor, Universität Potsdam Sylvain Kahane, Professeur, Université Paris Ouest – Nanterre La Défense Peter Koch, Professor Doktor, Universität Tübingen This work is licensed under a Creative Commons License: Attribution - Noncommercial - Share Alike 3.0 Germany To view a copy of this license visit http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/3.0/de/ Published online at the Institutional Repository of the University of Potsdam: URL http://opus.kobv.de/ubp/volltexte/2011/5678/ URN urn:nbn:de:kobv:517-opus-56784 http://nbn-resolving.

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Publié le 01 janvier 2011
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Université Paris Ouest – Nanterre La Défense Universität Potsdam
Ecole doctorale 139 – Connaissance, langage, modélisation Philosophische Fakultät
Laboratoire MoDyCo – UMR 7114 Institut für Romanistik








Parataxe et Subordination en Ancien Français
Système syntaxique, variantes et variation


Thèse pour l’obtention du grade de Docteur
de l’Université Paris Ouest – Nanterre La Défense en Sciences du langage
et de l’Université de Potsdam en Philosophie

présentée et soutenue publiquement par

Julie GLIKMAN
le 5 décembre 2009
sous la direction d’Annie BERTIN et Gerda HASSLER


Composition du Jury :
Annie Bertin, Professeur, Université Paris Ouest – Nanterre La Défense
Bernard Combettes, Professeur, Université Nancy II
Gerda Ha βler, Professor Doktor, Universität Potsdam
Sylvain Kahane, Professeur, Université Paris Ouest – Nanterre La Défense
Peter Koch, Professor Doktor, Universität Tübingen
This work is licensed under a Creative Commons License:
Attribution - Noncommercial - Share Alike 3.0 Germany
To view a copy of this license visit
http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/3.0/de/










































Published online at the
Institutional Repository of the University of Potsdam:
URL http://opus.kobv.de/ubp/volltexte/2011/5678/
URN urn:nbn:de:kobv:517-opus-56784
http://nbn-resolving.de/urn:nbn:de:kobv:517-opus-56784
Remerciements
AU DEBUT DE TOUTE HISTOIRE, il y a un commencement, et au commencement de
celle-ci, il y a Mme Annie Bertin. En effet, cette thèse n’aurait jamais vu le jour sans Mme
Bertin, ma directrice de thèse, qui m’y a invitée, incitée, encouragée. Qui a su éclairer ma
route et me conduire sur de nouvelles pistes, toujours plus passionnantes. Qui a su se
rendre disponible et à l’écoute de mes questions. Et surtout qui y a cru, quand moi-même je
n’y croyais plus. Pour tout cela, et pour tout le reste qui n’a pas été dit, je remercie Mme
Bertin, et j’espère que cette collaboration passée n’était que les prémisses de celles à venir.
Je tiens également à remercier chaleureusement Mme Gerda Haßler, ma co-directrice de
thèse, pour sa constante disponibilité, ses précieux conseils et sa grande patience, ce fut un
réel plaisir de travailler ensemble, et j’espère que cela aura l’occasion de se représenter. Je
remercie Bernard Combettes, Sylvain Kahane et Peter Koch d’avoir accepté de faire partie
de mon jury de thèse, ce dont je suis très honorée. Je remercie en outre Bernard Combettes
de s’être toujours montré ouvert à la discussion, en diverses occasions. Je tiens à remercier
tout particulièrement Sylvain Kahane pour les nombreuses occasions que nous avons eu
d’échanger nos points de vue, occasions qui, je l’espère, évolueront vers davantage de
collaborations, ainsi que pour ses relectures et nombreuses suggestions, exigeantes et
critiques. Je remercie également l’École Doctorale 139 et l’Université Paris Ouest Nanterre
La Défense qui ont permis la réalisation de cette thèse dans le cadre d’un contrat
d’allocataire de recherche et l’École Doctorale Franco-allemande dans le cadre de laquelle
cette thèse a pu s’inscrire en co-tutelle avec l’Université de Potsdam.

UNE HISTOIRE NE PEUT GRANDIR SANS ARRIERE-PLAN, qui marquera son évolution.
Je remercie ainsi les enseignants de l’Université Paris Ouest Nanterre et mes collègues du
laboratoire MoDyCo pour m’avoir formée, accompagnée, encouragée, conseillée, (et
supportée !) tout au long de ces années, et en particulier D. Leeman, C. Noyau, J.-L. Minel,
M.-L. Elalouf, pour m’avoir, à un moment ou un autre, apporté une aide particulière, A.
Delaveau et S. de Voguë, pour mes premiers cours de syntaxe et de linguistique, dont je
me souviendrai encore longtemps, et Isabelle Weill, pour m’avoir, un jour, suggéré de
travailler sur cet objet étrange, la parataxe.

UNE HISTOIRE NE PEUT SE DEROULER SANS RENCONTRES, et c’est de ces rencontres
mêmes qu’elle prendra sa forme. Je ne saurais comment remercier assez, dans ces quelques
lignes, Mathieu Avanzi, Christophe Benzitoun et Cécile Barbet, qui m’ont toujours incitée
à plus de doutes, m’ont toujours amenée à plus de remises en question, et particulièrement
Christophe, qui a toujours su poser les bonnes questions, auxquelles cette thèse cherche à


répondre au moins en partie, et j’en profite pour le remercier de m’avoir fourni une partie
des exemples de français moderne présents dans le texte. Je tiens également à remercier
chaleureusement Christiane Marchello-Nizia pour s’être toujours montrée ouverte à la
discussion, disponible pour répondre à mes questions, et surtout pour m’avoir poussée à
tendre toujours vers des problématiques plus générales, j’espère que ce travail arrivera à
refléter au mieux cette volonté. Je voudrais remercier de même G. Corminboeuf, M.-J.
Béguelin, A. Berrendonner, N. Tanguy, A. Gautier, D. Van Raemdonck, F. Gachet, T.
Verjans, mes collègues du groupe de syntaxe il y a quelque temps, et ceux du groupe de
Diachronie plus récemment, avec qui c’est toujours un plaisir de parler de syntaxe,
inlassablement. Au cours de cette histoire se sont ainsi nouées de nombreuses
collaborations scientifiques, de nombreux échanges, discussions, remises en question, dont
cette thèse n’est je l’espère que le début ! Je tiens également à remercier ici toutes les
personnes que j’oublierais de nommer ici et qui ont bien voulu me faire part de leurs
remarques, suggestions ou conseils, au détour d’un couloir ou lors de conférences, oubli
dont je les prie de bien vouloir me pardonner.

ENFIN, TOUTE HISTOIRE A UNE FIN, et celle-ci n’aurait certainement pas pu se finir
sans l’aide précieuse des personnes qui m’ont soutenue et encouragée tout au long du
chemin, et tout particulièrement dans l’épreuve des dernières heures. Comment remercier
Stéphanie Weiser, sans qui cette histoire n’aurait réellement jamais pris fin, et qui a tenu
jusqu’au bout le marathon final à mes côtés, pendant même que j’écrivais ces dernières
lignes ? De même, je ne remercierai jamais assez Kerstin Ohligschlaeger, pour son soutien
appréciable et surtout son aide précieuse pour la traduction allemande, et dans l’urgence !
Enfin, un énorme merci à Marianne Desmets qui m’a redonné l’envie de raconter mon
histoire. Je remercie aussi André, Xavier, Romain et Dina d’avoir bien voulu m’aider dans
la panique des derniers jours, à eux aussi, cette thèse doit beaucoup. Je remercie également
ma famille, mes amis, en particulier Sophie de P., Leda, Géraldine, Erika, Juan, Gwenn,
Réjane, Christelle, Gaston, et Faya pour sa patience. Je ne peux que remercier tout
spécialement Sophie M., Nelly et Caroline pour leur soutien quotidien des dernières
semaines.


Ainsi, à vous tous qui m’avez soutenue, encouragée, interrogée et nourrie de réflexions,
cette thèse est un peu la vôtre, alors comment vous en remercier mieux, que de vous en
donner le résultat ?



Table des matières
Remerciements ..................................................................................................................... 1 
Table des matières ............................................................................................................... 3 
Introduction ......................................................................................................................... 6 
Première Partie – La subordination : parti pris, définition et enjeux .......................... 13 
Introduction : Encore et toujours la subordination ................................................... 13 
Chapitre 1.  Partis pris théoriques ........................................................................... 16 
1.  Phrase, proposition et construction verbale ....................................................... 16 
1.1.  Unité maximale ou constituant ? ................................................................... 18 
1.2.  Problèmes de délimitation ............................................................................. 19 
1.3.  Une approche de l’ancien français................................................................. 21 
1.4.  Parti pris : une définition « par le bas » ......................................................... 23 
2.  Choix terminologiques et critères d’analyse : les plans d’analyse ...................... 24 
2.1.  Présentation des enjeux ................................................................................. 25 
2.2.  Choix terminologiques .................................................................................. 27 
2.2.1.  Emploi de termes à des niveaux d’analyse différents ............................ 27 
2.2.2.  Créations terminologiques ambigües ..................................................... 28 
2.2.3.  La tradition grammaticale ...................................................................... 29 
2.3.  Principe d’iconicité et validité des critères d’analyse ................................... 30 
2.3.1.  L’idée de correspondance entre les niveaux d’analyse .......................... 30 
2.3.2.  Quels critères pour l’analyse syntaxique ? ............................................. 33 
3.  La notion de dépendance ..................................................................................... 44 
3.1.  La distinction argument vs ajout ................................................................... 45 
3.2.  Conséquences ................................................................................................ 51 
Chapitre 2.  La subordination : entre définition et parti pris ............................... 54 
1.  Question de méthodologie : définition étendue vs définition restreinte .............. 54 
2.  Une notion inopérante ? ....................................................................................... 56 
3.  Conséquences des points précédents et recherche de critères : une définition
impossible ? ................................................................................................................. 57 
4.  Une définition de travail ...................................................................................... 60 
4.1.  Subordination : un parti pris terminologique ................................................ 60 
4.2.  Définition théorique vs définition de travail .................................................. 60 
4.3.  Proposition de définition et ses implications ................................................. 61 
5.  Une définition en système ................................................................................... 66 
5.1.  Subordination vs coordination ...................................................................... 67 
5.2.  vs corrélation ......................................................................... 72 
5.3.  vs insertion ............................................................................. 74 


5.4.  Subordination vs indépendantes .................................................................... 76 
6.  Conséquence pour la notion de phrase, et (donc) de syntaxe (ou inversement) .. 78 
Chapitre 3.  Enjeux et conséquences ........................................................................ 80 
1.  Y a-t-il de la subordination en ancien français ? ................................................. 80 
1.1.  La question de l’évolution de la subordination ............................................. 80 
1.2.  La subordination en ancien français .............................................................. 84 
1.2.1.  La dépendance en ancien français .......................................................... 85 
1.2.2.  L’intégration des prédications secondes en ancien français ................... 86 
1.3.  La question de la simplicité de l’ancien français, et dans les langues en
général ..................................................................................................................... 87 
1.4.  Bilan .............................................................................................................. 89 
2.  Et en français moderne, y a-t-il de la subordination ? ......................................... 90 
2.1.  L’intégration des constituants en français moderne ...................................... 91 
2.2. oderne oral ? ........................................................................ 91 
2.3.  Bilan : pour une définition de la subordination ............................................. 93 
Bilan ................................................................................................................................ 94 
Deuxième partie – Statut syntaxique des constructions paratactiques : entre
intégration et indépendance .............................................................................................. 95 
Introduction ................................................................................................................... 95 
Chapitre 4.  Indices de subordination : légitimité et résultats .............................. 98 
1.  Critères traditionnels ........................................................................................... 98 
1.1.  La transitivité du verbe recteur ...................................................................... 98 
1.2.  La question de la double complémentation ................................................. 100 
1.3.  L’utilisation de tests .................................................................................... 102 
1.3.1.  Le test de la reprise par une proforme .................................................. 106 
1.3.2.  Le test de la portée des modalités ........................................................ 107 
1.4.  La présence du subjonctif en CV2 ............................................................... 108 
2.  Le recours à d’autres indices ............................................................................. 112 
2.1.  La prosodie .................................................................................................. 112 
2.2.  La question de l’ordre des mots ................................................................... 115 
2.3.  L’enchâssement de CV1-CV2 ..................................................................... 119 
Chapitre 5.  Une analyse en système : l’étude du comportement comme indice 122 
1.  La problématique des verbes de discours .......................................................... 122 
2. atique des verbes dits « recteurs faibles » ou « parenthétiques » .... 131 
2.1.  Les tenants du regroupement ....................................................................... 133 
2.2.  Les tenants d’une différenciation d’analyse ................................................ 139 
2.3.  Analyse sur l’ancien français 146 
2.4.  Sur l’existence d’incise antéposée ............................................................... 150 
2.5.  Problèmes de délimitation : théorie du rattachement et cas indécidables ... 152 
2.6.  Bilan sur les verbes parenthétiques ............................................................. 156 
2.7.  Elargissement à savoir ................................................................................. 157 
3.  La problématique des emplois restreints : figement ou usage ? ........................ 159 
Bilan .............................................................................................................................. 163 
Troisième partie – Constructions paratactiques : entre variante et variation ............ 166 
Introduction ................................................................................................................. 166 
Chapitre 6.  Une variante syntaxique .................................................................... 167 
1.  Le type de verbe recteur .................................................................................... 168 
2.  Le type de contexte syntaxique : formes et constructions verbales et effets de
parallélisme ................................................................................................................ 178 


2.1.  Variations sur la forme verbale ................................................................... 181 
2.1.1.  Le temps et mode du verbe recteur ...................................................... 181 
2.1.2. ps et mode du verbe de la construction subordonnée (CV2) .... 189 
2.1.3.  Personne de V1, de V2 et question de la coréférence du sujet ............. 198 
2.2.  Variation sur la P : négation et modalités .................................................... 209 
2.2.1.  Négation dans CV1 et dans CV2 ......................................................... 210 
2.3.  Variation en contexte : expression du sujet et ordre des mots relatif, effets de
parallélisme et variantes ........................................................................................ 219 
2.3.1.  Expression du sujet et ordre des mots relatif ....................................... 219 
2.3.2.  Effets de parallélisme ........................................................................... 224 
2.3.3.  Variantes .............................................................................................. 226 
3.  Le type de subordonnée ..................................................................................... 229 
3.1.  Type de complétive 229 
3.2.  Type de subordination en général ................................................................ 231 
4.  Bilan .................................................................................................................. 235 
Chapitre 7.  Une variation stylistique ? ................................................................. 236 
1.  Etat de la question ............................................................................................. 238 
1.1.  Explications d’ordre syntaxique .................................................................. 238 
1.2.  Explication dialectale, en fonction du type de texte ou en fonction de la
distinction vers/prose ............................................................................................. 244 
1.3.  Explication diachronique ............................................................................. 245 
2.  Proposition d’explication : une alternance langage parlé / langage écrit .......... 248 
2.1.  Arguments pour une telle analyse ............................................................... 249 
2.2.  Répercussions sur la compréhension de l’évolution, la place dans les textes et
dans la langue de ces constructions ....................................................................... 251 
Bilan : une construction dans la langue ..................................................................... 254 
Conclusion ........................................................................................................................ 255 
Bibliographie .................................................................................................................... 258 
Annexes ............................................................................................................................. 275 
Zusammenfassung ........................................................................................................... 311 
Erklärung ......................................................................................................................... 322 

Introduction
Introduction
Tout comme la fondation de Rome, cette étude s’ouvre sur un double sacrilège. Le premier
tient dans son titre même, parataxe et subordination, deux termes problématiques du fait
de leur extrême polysémie, parfois antithétiques. Cependant, c’est de cette ambiguïté
même que naît l’objet d’étude, les constructions asyndétiques, au statut incertain entre
intégration et indépendance. De cet objet d’étude découle le second sacrilège. À l’heure
des grands corpus électroniques et autres bases textuelles, la recherche de l’absent, et, à
travers lui, du lien syntaxique profond, rend toute exploitation automatique inutile, et
nécessite le retour au dépouillement manuel, sur un nombre forcément réduit d’œuvres.
Mais plus qu’un retour forcé, le contact premier au texte se pose comme un choix
méthodologique, avec un aller-retour constant entre les occurrences relevées et l’ensemble
du texte, car c’est en tant que s’inscrivant dans un système que ces constructions seront
étudiées.
Le terme de parataxe désigne, dans l’usage des médiévistes, la non-expression du
marqueur conjonctif (de type que) ou relatif dans les propositions subordonnées. Ce
phénomène est mentionné dans toutes les grammaires d’ancien français, et semble être
1considéré de tous comme un fait établi, connu et reconnu . Les descriptions qui en sont
faites ne nous semblent cependant pas suffisantes. Aucune ne s’est interrogée sur le statut
exact de ces constructions, tant pour la question de leur statut subordonné ou non, que pour
la question de leur place dans le système de la langue, en tant que constructions dans le
système syntaxique à part entière ou non. Les descriptions existantes ne permettent pas non
plus de rendre compte, selon nous, des raisons de la réalisation de ce phénomène, ni de son
absence, et les explications proposées jusqu’alors pour expliquer son évolution ne nous

1 Un état de la question plus précis sur les descriptions existantes de ce phénomène sera fait au fil de
l’analyse du corpus, dans la troisième partie. Pour éviter les redites, il ne sera pas repris ici.
6 Introduction
paraissent pas satisfaisantes. En effet, l’explication la plus courante est celle d’une
2alternance vers / prose , la parataxe ayant disparu avec le passage à la prose. Pourtant,
réduire la réalisation de la parataxe à une contrainte, ou possibilité, du vers nous semble
minimiser la place de cette construction dans la langue. En effet, si l’on considère un autre
type de changement dans l’histoire du français, la construction du complément du nom,
personne n’irait expliquer le passage d’une construction asyndétique de type la mort le roi
Artu à une construction analytique la mort du roi Arthur par le passage du vers à la prose.
Pourquoi, dans ce cas, ne pas accorder à la question de la subordination asyndétique
l’attention qui lui revient ?
Parallèlement à cela, ces dernières années ont connu un essor des travaux portant en
français moderne sur les couplages de construction (Deulofeu 1989), subordinations sans
marqueurs (Berrendonner 2008), subordination sans marques (Choi Jonin 2005) ou autres
phénomènes de parataxe au sens large (Béguelin et al. à par.), notamment avec le
développement des recherches sur le français parlé. Ainsi, cette construction laissée pour
compte et donnée comme disparue après l’ancien français revient au cœur des
3préoccupations des études sur le français moderne .
Enfin, la question de la variation, partie prenante à part entière des études en diachronie, a
également connu une réelle avancée ces dernières années, avec la prise en considération de
plus en plus grande des phénomènes de variation, variation diachronique bien sûr, mais
aussi, en synchronie, variation diatopique (avec la prise en compte des dialectes, le français
« ancien » n’étant pas une langue unifiée), ou autre, et ce, tant pour les recherches sur les
états anciens de la langue que pour les langues modernes. Avec l’essor des études en
sociolinguistique, la coexistence de différentes variantes à une même époque, tant dans les
processus de changement (coexistence pendant un certain temps d’une forme ancienne et
nouvelle, et non passage de l’une à l’autre) que dans les variétés d’une langue (avec les
variations non seulement diatopiques, diastratiques et diaphasiques, introduites par les

2 Marchello-Nizia (1993).
3 Et également dans d’autres langues, c’est le cas, entre autres, pour l’anglais et l’allemand, tant au niveau de
la langue moderne, où cette construction est vivante, qu’au niveau diachronique, ces langues connaissant
également déjà cette construction en vieil anglais (Rissanen 1991 ; Traugott 1992) et en vieil allemand,
ancien (Althochdeutsch) et moyen (Mittelhochdeutsch) (Gerdes and Spellerberg (1972: 88-91) ; Paul, Moser
& Schröbler (1969: 414 sqq.) ; De Boor 1984).
7 Introduction
travaux de Labov, mais aussi une variation entre langue orale / langue écrite, en tant que
pôle, que Gadet (2007) appelle diamésie) est de plus en plus mise en avant.
Dans cette étude, nous proposons de réinterroger ce phénomène ancien et déjà bien connu
4en ancien français , en le mettant en regard des remises en question et avancées des
recherches actuelles. En effet, avec le développement des études sur ces constructions en
français moderne, nous pouvons nous interroger, d’une part, sur le fait qu’elles ne semblent
5pas si disparues qu’on pourrait le lire dans les grammaires ou autres histoires du français .
D’autre part, un certain nombre de problématiques soulevées se retrouvent effectivement
dans les deux états de langue, et il n’est pas dénué d’intérêt de regarder les données
anciennes au vu des interrogations contemporaines. Enfin, les conceptions récentes d’une
variation oral/écrit, non plus dans sa matérialité propre, mais comme deux pôles opposés
par un ensemble de facteurs (Koch et Oesterreicher 2001) permettent également d’apporter
un regard nouveau sur ce phénomène, et éclairent ainsi la question de sa place dans la
langue et de son évolution. Ainsi, tout en étant synchronique, cette étude contribue à mieux
saisir l’évolution de ce phénomène, en proposant une analyse de son fonctionnement en
ancien français, avec un constant aller-retour avec les questions abordées pour le français
moderne, et en avançant une proposition d’explication pour son statut dans la langue.
Pour étudier cette construction, nous commencerons par établir de quel type de
construction il s’agit, si elle est subordonnée ou non. Pour cela, il faudra non seulement
s’interroger sur ce qu’est être subordonné, mais aussi sur comment établir le fait même
d’être subordonné. Après avoir vu que les constructions asyndétiques peuvent constituer
des constructions subordonnées, nous poserons la question de leur statut dans la langue, et
de leur place dans le système, entre variante et variation.
Afin de pouvoir établir le statut subordonné ou non de ces constructions, la première étape
de ce travail porte ainsi sur la définition de ce que l’on entend par subordination et sur la
justification d’un certain nombre de partis pris théoriques établis pour la suite du travail.
Plus qu’un préambule simplement nécessaire, cette première partie est également

4 En nous intéressant plus spécifiquement aux cas de constructions de type CV1 – CV2, CV pour
construction verbale, pouvant s’apparenter à des propositions complétives.
5 « Dans la langue moderne, il est impossible d’omettre que […] ; dans la vieille langue, la conjonction
s’omettait […] » (Nyrop 1904-1930 (1930) T. VI : 159), et plus loin : « le tour [absence de la conjonction
que] était assez fréquent […] il a, depuis longtemps, tout à fait disparu du français littéraire et du français
parlé. » (ibid. : 345).
8