Le mouvement néo-scolastique - article ; n°82 ; vol.21, pg 212-230
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Revue néo-scolastique de philosophie - Année 1914 - Volume 21 - Numéro 82 - Pages 212-230
19 pages

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Publié le 01 janvier 1914
Nombre de lectures 34
Langue Français
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Extrait

Jean Hoffmans
Maurice De Wulf
Le mouvement néo-scolastique
In: Revue néo-scolastique de philosophie. 21° année, N°82, 1914. pp. 212-230.
Citer ce document / Cite this document :
Hoffmans Jean, De Wulf Maurice. Le mouvement néo-scolastique. In: Revue néo-scolastique de philosophie. 21° année, N°82,
1914. pp. 212-230.
doi : 10.3406/phlou.1914.2211
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/phlou_0776-555X_1914_num_21_82_2211XII.
LE MOUVEMENT NÉO-SCOLASTIQUE.
La scolastique jugée par un néo-hégélien. — Les repré
sentants du néo-hégélianisme en Italie s'occupent volontiers, on le
sait, de la scolastique, moins en historiens qu'en critiques désireux
de la ruiner au profit de l'idéalisme. C'est leur droit, du moment
que leur exposé n'en altère pas le caractère ou les doctrines.
Dans une série de conférences x) données récemment à l'ac
adémie de Florence, un des chefs les plus autorisés du mouvement,
G. Gentile, passe en revue les principaux problèmes scolastiques.
C'est une attaque de fond, courtoise dans la forme, nuancée quel
quefois d'admiration, mais qui veut être inexorable.
Malgré ses liens intimes avec la pensée italienne, — entendez par
là le mouvement issu de la renaissance de l'humanisme et dont
l'évolution est marquée dans son moment actuel par la philosophie
néo-hégélienne, — il ne saurait être question d'une scolastique it
alienne. La philosophie de l'Ecole, en effet, est intemporelle et univer-
saliste. Toutefois, la raison de cette impersonnalité se trouve-t-elle,
comme le prétend Gentile (p. 17), dans ce fait que la science au moyen
âge est essentiellement cléricale ? Une science ecclésiastique est-elle
par cela même nécessairement impersonnelle et internationale ?
Pourquoi la suprématie spirituelle, que l'Eglise réclame au nom de
sa mission divine et qu'elle exerçait sans conteste au moyen âge,
serait-elle nécessairement opposée aux intérêts purement nationaux?
Historiquement il est permis de douter que le moyen âge ait connu
pareil conflit. On sait, en effet, que l'éveil de la conscience poli
tique chez les peuples de l'Europe Occidentale est de date relativ
ement récente et postérieure en tous cas à la constitution de la
scolastique. L'unification de la conscience européenne sous l'action
de l'Eglise explique dans une certaine mesure l'orientation géné
rale des esprits à cette époque, mais non pas le caractère d'imper-
1) / Problemi delta Scolastica e il pensiero italiano (Bibliotbeca di Caltnra
moder»a). Bari, Qius. Laterza e figli, ^ mouvement néo-scolastique 213 Le
sonnalité essentiel à la philosophie de l'Ecole. Le fait que la science
médiévale est monopolisée en quelque sorte par l'Eglise, lui est
purement accidentel et extérieur. La philosophie d'Aristote n'est
assurément pas cléricale. En est-elle pour cela moins universaliste ?
Ne serait-ce donc pas qu'il faille chercher ailleurs la raison pro
fonde de ce caractère de la scolastique ? Celle-ci, tout comme la
philosophie grecque, est objectiviste ou, si l'on aime mieux, intel
lectualiste en ce sens qu'elle oppose sujet et objet ; elle est
transcendante, c'est-à-dire qu'elle cherche l'explication de l'ordre
universel dans une raison supérieure à cet ordre. Pour elle, il
n'y a de science que de l'universel ; et, comme elle veut être une
philosophie sans plus, il ne saurait être question d'être nationale
ou antinationale, pas plus qu'il ne saurait être question pour la
mathématique, la chimie ou la géologie d'être française, italienne ou
allemande.
Si nous comprenons que le caractère international de la scolas
tique ne constitue pas un mérite aux yeux d'un homme comme
Gentile, épris de la mentalité italienne, nous nous expliquons
moins qu'un esprit de sa culture affecte du dédain à l'endroit du
« jargon scolastique, de cette sorte de xoivtj SidcXexxo;, que le latin
était devenu sous la plume de ces écrivains sans patrie, abrévia-
teurs — formulatori — d'une pensée dont les éléments sont tous
puisés à des sources grecques, alexandrine ou byzantine, judaïques
ou arabes » (p. 24). Pour Gentile, la sobriété, la concision, la
netteté, l'énergie et la précision que Hauréau lui-même aimait
à reconnaître à cette langue, seraient-elles donc des qualités moins
recommandables que le verbalisme fleuri ou la grandiloquence de
certains écrivains, qui ne voient dans la philosophie qu'un thème
à développements littéraires ou oratoires ?
Nous serons moins injustes envers l'auteur qu'il ne l'est envers
les scolastiques. Nous aimons à reconnaître, dans l'analyse des
problèmes auxquels il touche, beaucoup de sagacité, un sens cri
tique très aiguisé, sinon toujours avisé. 11 fait preuve d'une grande
puissance de synthèse et d'un talent indiscutable à recueillir, grouper
et condenser en trois conférences, — la vérité, Dieu et le monde,
l'intellect humain, — toute la moelle de la scolastique. 11 est allé
d'emblée au cœur du système et il a saisi que, par son affirmation
de la valeur absolue de l'esprit, la scolastique est de taille à lutter
avec le néo-hégélianisme.
Faisant le procès du noocentrisme de l'Ecole au nom de l'Esprit
— de l'esprit évolutif et absolu — l'auteur s'est efforcé de ramener
toutes les questions au point de vue idéaliste, afin, dit-il, d'en 214 /. Hoffmans
mieux dégager la portée et d'en préciser la signification. Nous
n'avons rien à redire à cette méthode en tant qu'elle étudie les
doctrines dans leur genèse et leur évolution historique. Il ne
faudrait pourtant pas pousser trop loin l'assimilation dans la posi
tion initiale des problèmes et dans la manière dont ils furent
envisagés aux différentes époques. Sinon, on risque fort de se
méprendre sur leur véritable sens et sur la nature des pré
occupations de ceux qui les posèrent. Or, c'est ce qui arrive en
général, selon nous, à la critique idéaliste de Gentile, trop portée
à considérer comme aussi impérieuse chez les autres une exigence
qu'elle postule gratuitement pour elle-même.
D'après Gentile, l'autodéification de l'homme — Vuomo che si fa
Dio — constitue « le problème fondamental du christianisme et
l'idéal qui creuse un abîme entre l'esprit antique en général et
l'esprit moderne » (pp. 65-66). Jamais le dogme de l'incarnation
n'a pris dans la conscience chrétienne le sens d'une théogonie qui
tendrait à identifier Dieu et l'homme. C'est également à tort que
Gentile voit dans la scolastique (entravée dans son développement
par l'influence oppressive de la tradition philosophique grecque)
une vision obscure de l'Esprit autonome et absolu. L'Ecole, au
contraire, eut une vue très nette et très claire de sa tâche qui était
d'interpréter le fait chrétien suivant les exigences d'une méthode
rigoureusement scientifique et de faire la synthèse des vérités
philosophiques éparses dans l'Ecriture, la tradition, les Pères ; ou,
comme disait Roger Bacon, de reconslituer l'édifice de la sagesse
totale. Si l'on veut pénétrer la mentalité des docteurs médiévaux,
il faut de toute nécessité commencer par accepter la démarcat
ion théorique, sinon toujours pratiquement établie par eux, entre
l'ordre naturel et l'ordre surnaturel et distinguer soigneusement
dans la scolastique une théologie et une philosophie, toutes deux
formellement autonomes. Et c'est de quoi Gentile n'a pas eu souci,
se condamnant ainsi à rester étranger à la structure interne d'un
édifice dont la hardiesse et l'originalité sont aujourd'hui difficil
ement contestables, tant dans l'une que dans l'autre de ses parties.
Quoi qu'en pense Gentile, la scolastique a comblé l'abîme que la
philosophie grecque avait laissé béant entre Dieu et l'homme.
Désormais, Dieu n'est plus isolé du monde. L'univers est l'œuvre
des mains divines. Le geste tout-puissant qui l'a appelé à l'existence
se prolonge à travers le temps pour le soutenir au

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