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Politique monétaire en économie d'endettement vue à travaes le modèle OFCE-annuel - article ; n°1 ; vol.13, pg 119-147

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Revue de l'OFCE - Année 1985 - Volume 13 - Numéro 1 - Pages 119-147
On présente l'estimation sur données françaises d'un modèle d'économie d'endettement dont les principales caractéristiques résultent des hypothèses suivantes. Les ménages placent l'essentiel de leur épargne sous forme monétaire. Le marché des titres est donc de petite dimension, ce qui oblige les entreprises à se financer pour l'essentiel par le crédit bancaire. Les autorités monétaires n'exercent le plus souvent aucun contrôle quantitatif sur le crédit et accordent tout le refinancement nécessaire aux banques. Le crédit étant l'actif financier principal, le taux d'intérêt représente le coût du crédit ; il est déterminé par les banques en fonction de leurs coûts. Les autorités peuvent donc contrôler le taux d'intérêt en jouant sur le coût du refinancement (taux du marché monétaire). Dans une telle économie le taux d'intérêt est le point de passage obligé de la politique monétaire. Des études de politique économique réalisées avec ce modèle conduisent à penser que les politiques de taux d'intérêt élevé en changes fixes sont dépressives et inflationnistes, parce qu'elles opèrent des transferts d'intérêts des entreprises vers les ménages. Ces transferts diminuent l'investissement car ils abaissent les profits plus qu'ils n'augmentent la consommation des intérêts reçus par les ménages. D'autre part la hausse des coûts financiers est inflationniste.
A model of an overdraft economy is estimated on french data. The main features of it can be summarized as follows : the most part of household's savings is held in money. Thus, the size of the bond market is small. The firms which are constrained on the bond market, have to finance their investments mostly by bank loans. Monetary authorities do not control the money supply because the central bank satisfies all commercial banks' demand for refinancing. The government only controls the cost of credit through the discount rate (day to day loan rate), the reserve-deposit ratio, etc... The interest rate is determined by banks on the credit market. In such an economy the interest rate is the only transmission variable of the monetary policy. Then, it is shown that, with a fixed exchange rate, a high interest rate policy is depressive and inflationary, because an increase of interest rate makes income over from firms to households. These interest costs reduce profits and investment more than they rise the consumption of interest income of households. In addition, the rise of financial costs is inflationary.
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1985
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Langue Français
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Michel Boutillier
Pierre Villa
Politique monétaire en économie d'endettement vue à travaes le
modèle OFCE-annuel
In: Revue de l'OFCE. N°13, 1985. pp. 119-147.
Citer ce document / Cite this document :
Boutillier Michel, Villa Pierre. Politique monétaire en économie d'endettement vue à travaes le modèle OFCE-annuel. In: Revue
de l'OFCE. N°13, 1985. pp. 119-147.
doi : 10.3406/ofce.1985.1041
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ofce_0751-6614_1985_num_13_1_1041Résumé
On présente l'estimation sur données françaises d'un modèle d'économie d'endettement dont les
principales caractéristiques résultent des hypothèses suivantes. Les ménages placent l'essentiel de leur
épargne sous forme monétaire. Le marché des titres est donc de petite dimension, ce qui oblige les
entreprises à se financer pour l'essentiel par le crédit bancaire. Les autorités monétaires n'exercent le
plus souvent aucun contrôle quantitatif sur le crédit et accordent tout le refinancement nécessaire aux
banques. Le crédit étant l'actif financier principal, le taux d'intérêt représente le coût du crédit ; il est
déterminé par les banques en fonction de leurs coûts. Les autorités peuvent donc contrôler le taux
d'intérêt en jouant sur le coût du refinancement (taux du marché monétaire). Dans une telle économie le
taux d'intérêt est le point de passage obligé de la politique monétaire. Des études de politique
économique réalisées avec ce modèle conduisent à penser que les politiques de taux d'intérêt élevé en
changes fixes sont dépressives et inflationnistes, parce qu'elles opèrent des transferts d'intérêts des
entreprises vers les ménages. Ces transferts diminuent l'investissement car ils abaissent les profits plus
qu'ils n'augmentent la consommation des intérêts reçus par les ménages. D'autre part la hausse des
coûts financiers est inflationniste.
Abstract
A model of an overdraft economy is estimated on french data. The main features of it can be
summarized as follows : the most part of household's savings is held in money. Thus, the size of the
bond market is small. The firms which are constrained on the bond market, have to finance their
investments mostly by bank loans. Monetary authorities do not control the money supply because the
central bank satisfies all commercial banks' demand for refinancing. The government only controls the
cost of credit through the discount rate (day to day loan rate), the reserve-deposit ratio, etc... The
interest rate is determined by banks on the credit market. In such an economy the interest rate is the
only transmission variable of the monetary policy. Then, it is shown that, with a fixed exchange rate, a
high interest rate policy is depressive and inflationary, because an increase of interest rate makes
income over from firms to households. These interest costs reduce profits and investment more than
they rise the consumption of interest income of households. In addition, the rise of financial costs is
inflationary.Politique monétaire
en économie d'endettement
vue à travers le modèle OFCE-annuel
Michel Boutillier,
Chargé d'études à l'OECE
Pierre Villa,
CEP REMAP
On présente l'estimation sur données françaises d'un modèle
d'économie d'endettement dont les principales caractéristiques
résultent des hypothèses suivantes. Les ménages placent l'es
sentiel de leur épargne sous forme monétaire. Le marché des
titres est donc de petite dimension, ce qui oblige les entreprises
à se financer pour l'essentiel par le crédit bancaire. Les autorités
monétaires n'exercent le plus souvent aucun contrôle quantitatif
sur le crédit et accordent tout le refinancement nécessaire aux
banques. Le crédit étant l'actif financier principal, le taux d'inté
rêt représente le coût du crédit ; il est déterminé par les ban
ques en fonction de leurs coûts. Les autorités peuvent donc
contrôler le taux d'intérêt en jouant sur le coût du refinancement
(taux du marché monétaire). Dans une telle économie le taux
d'intérêt est le point de passage obligé de la politique monét
aire.
Des études de politique économique réalisées avec ce
modèle conduisent à penser que les politiques de taux d'intérêt
élevé en changes fixes sont dépressives et inflationnistes, parce
qu'elles opèrent des transferts d'intérêts des entreprises vers les
ménages. Ces transferts diminuent l'investissement car ils abais
sent les profits plus qu'ils n'augmentent la consommation des
intérêts reçus par les ménages. D'autre part la hausse des coûts
financiers est inflationniste.
Les phénomènes financiers ne relèvent pas de simples mécanismes
de marché. L'Etat en fixant de manière discrétionnaire le taux du
marché monétaire, le taux des réserves obligatoires, les taux d'intérêt
créditeurs sur les dépôts, en gérant l'encadrement du crédit ou en
fixant le montant des émissions de titres publics agit sur le fonctionne
ment des marchés financiers et plus ou moins directement sur le coût
et la disponibilité des fonds. La sphère financière ne peut donc être
modélisée uniquement à partir des comportements des agents. Il est
Observations et diagnostics économiques n° 13/octobre 1985 119 Michel Boutillier, Pierre Villa
nécessaire de décrire de manière détaillée le système institutionnel où
s'inscrivent les interventions des institutions financières et les moyens
d'action dont l'Etat s'est doté. Notre propos est ici de présenter un
modèle économétrique du système financier français construit selon ces
principes, afin d'étudier l'efficacité de la politique monétaire.
L'article présente tout d'abord la sphère financière du modèle OFCE-
annuel (1>, inspirée des principes de «l'économie d'endettement».
Comme nous le verrons, ce terme ne désigne pas une économie où
l'endettement, quelle que soit sa forme, serait excessif par rapport au
patrimoine réel, mais une économie où la principale source de finance
ment serait le crédit. L'article se poursuit par l'analyse de la formation
du taux d'intérêt qui est le principal canal de transmission de la
politique monétaire. Il s'achève par une discussion de l'impact de la monétaire à partir des simulations du modèle.
Le modèle
L'économie d'endettement
Le modèle reprend la plupart des hypothèses qui concernent le
fonctionnement des marchés, le comportement des agents et la polit
ique monétaire, communément regroupées sous le nom d'économie
d'endettement (voir par exemple Airikkala et Bingham [1] ou Toullec
[12]) et qui ont servi de base à la construction de la plupart des
modèles macroéconométriques français (voir METRIC [2], DEFI [13],
COPAIN [3] et [4]). Nous allons rappeler rapidement ces hypothèses.
Le comportement des entreprises, structurellement endettées, doit
être distingué de celui des ménages qui sont globalement créanciers.
Ces derniers détiennent la plus grande partie de leur épargne sous
forme monétaire (2> de sorte que le marché financier est de petite
dimension. Les entreprises font donc appel, pour l'essentiel, au crédit
bancaire pour financer leurs investissements. Les banques offrent tout
le crédit demandé par les entreprises compte tenu des risques et fixent
le taux d'intérêt en fonction de leurs coûts. Enfin les autorités monét
aires n'exercent aucun contrôle quantitatif sur les banques, mais peu
vent agir à volonté sur les coûts bancaires en fixant le taux du marché
monétaire, les taux de rémunération des dépôts, le taux de réserves
obligatoires ou les règles de l'encadrement du crédit.
Dans cette optique, une fois les équilibres sur les marchés des biens
et du travail réalisés, c'est-à-dire une fois donnés les prix, les salaires,
la répartition des revenus et les capacités de financement des agents,
le secteur financier dans son ensemble joue essentiellement le rôle
(1) Une présentation d'ensemble du modèle OFCE-annuel a été effectuée dans cette
revue par A. Fonteneau [5].
(2) Nous entendons ici par épargne monétaire les liquidités (M3) qui incluent non
seulement les disponibilités monétaires mais aussi l'épargne liquide déposée dans les
banques et les caisses d'épargne.
120 monétaire en économie d'endettement Politique
d'intermédiaire financier entre les ménages et les entreprises. Il fixe le
prix de l'intermédiation qui est représenté par le taux d'intérêt des
banques du fait de l'étroitesse du marché financier. Le taux d'intérêt
n'assure donc pas l'équilibre du de la monnaie dont l'Etat
contrôlerait l'offre.
On a coutume de faire des hypothèses supplémentaires, qui ne sont
pas nécessaires pour caractériser l'économie d'endettement, mais qui
permettent de représenter de manière plus réaliste la situation française
des années soixante et soixante-dix. La première hypothèse concerne le
marché financier. On suppose qu'il y a parfaite substituabilité pour les
entreprises entre les financements par titres et par crédit. Il n'y a donc
qu'un seul marché : les entreprises rationnées sur les titres se reportent
franc pour franc sur le crédit. La différence entre le taux de rendement
des obligations et le taux du crédit provient uniquement de la différence
de terme et des risques liés à l'incertitude sur l'évolution des taux
d'intérêt, les obligations ayant une durée plus longue.
La deuxième catégorie d'hypothèses concerne les banques. Comme
le marché des titres est peu important et réglementé par le Trésor, on
admet que les sont négligeables dans le portefeuille des banques
et qu'elles n'en émettent qu'exceptionnellement pour se financer.
Comme d'autre part le réseau étatique collecte une part importante de
la monnaie, les banques doivent se refinancer auprès de la banque
centrale. Le taux d'intérêt du crédit dépend donc surtout du taux du
marché monétaire ; d'où la structure hiérarchique des taux d'intérêt :
taux du marché (comportement ^ (marché taux des * * obligations monétaire des banques) financier)
L'évolution des années récentes a modifié ce schéma. Le marché
financier a acquis une autonomie en s'élargissant, tandis que, dans le
même temps, pour les banques, le financement par titres est venu
concurrencer le marché monétaire. La détermination des taux d'intérêt
n'est plus hiérarchique, puisque les coûts bancaires dépendent du taux
de rendement des titres. On obtient le second schéma :
taux du marché monétaire
(comportement
-► taux du crédit
des banques)
taux des obligations
î (marché financier)
marché L'Etat monétaire. peut toujours Le développement contrôler les taux du marché d'intérêt financier à l'aide depuis du taux 1982 du
121 Michel Boutillier, Pierre Villa
Le cadre institutionnel
Le choix de la nomenclature est pris entre deux soucis contradictoires : la
fidélité au cadre institutionnel pousse à multiplier le nombre d'agents et d'opéra
tions et le désir de simplicité à regrouper les agents qui ont approximativement le
même comportement ou les actifs qui sont de proches substituts (tableau 1).
Outre les ménages, les entreprises (incluant les entreprises individuelles) et
l'extérieur, le modèle ne distingue que deux catégories d'intermédiaires financiers.
Les « administrations » comprennent le Trésor, la Banque de France et la Caisse
des dépôts et consignations qui est sous la tutelle plus ou moins directe de l'Etat.
Les « institutions financières » comprennent les banques, les autres institutions de
crédit et les assurances dont le comportement s'apparente plutôt à celui du
secteur privé malgré les nationalisations intervenues.
Le modèle individualise six actifs financiers :
• Les liquidités correspondent à la masse monétaire M3 (« ensemble des
liquidités » du Conseil national du crédit). Pour la définition de la masse monétaire,
on peut se reporter à l'article de Sterdyniak et Vasseur (1985). Ces liquidités sont
réparties entre le réseau « étatique » (DEPG : billets et pièces en circulation,
comptes chèques postaux, dépôts de toutes sortes auprès des caisses d'épargne,
bons du trésor sur formule...) et le réseau « bancaire » (DEPF : dépôts à vue, sur livret, dépôts à terme, bons et plans d'épargne logement déposés
auprès des banques).
• Les crédits correspondent aux crédits à l'économie recensés par le Conseil
national du crédit. Ont été distingués les crédits accordés par le Trésor et la Caisse
des dépôts et consignations (CREG) et les crédits bancaires (CREF) ; parmi les
crédits reçus, outre le crédit aux ménages (CREM) et aux entreprises (CREE), le
crédit aux « non résidents » (CREX) et aux collectivités locales (CRECO).
• Le refinancement et les réserves obligatoires (source CNC) représentent de
simples transferts entre les banques et la Banque de France.
• Les titres (en flux annuels) regroupent les obligations, les actions et autres
participations, selon la Comptabilité nationale. En toute rigueur, il faudrait
distinguer les obligations des actions parce que les secondes, plus risquées, ne
sont pas parfaitement substituables aux premières.
• Les titres étrangers comprennent les titres et crédits en devises émis par les
non-résidents et détenus par les agents intérieurs. Ils comprennent les réserves
officielles de change. Les ménages sont supposés ne pas détenir de titres en
devises. La variation totale des titres étrangers détenus (DAXX) est obtenue
statistiquement par solde du compte de l'extérieur de sorte que l'ajustement
statistique est nul. La variation des titres étrangers nette de la variation des
réserves officielles de change (DAXG) est intégralement affectée aux entreprises
(DAXE). Les plus-values de change ont été négligées. Le caractère schématique
de l'équilibre des titres étrangers est une réponse à la difficulté d'avoir des
balances de paiement cohérentes sur la période 1959-1981.
• Enfin un poste « ajustement statistique » apparaît en ressources de tous les
agents sauf l'extérieur. Il représente l'écart entre les capacités et besoins de
financement donnés par les TEE et les statistiques financières provenant du CNC
ou des TOF. Il contient en outre les opérations de « Réserves techniques
d'assurances » et de « Bons du trésor en compte courant » (détenus par la Banque
centrale et les banques et qui servent à financer le Trésor). Ces ajustements
permettent d'avoir un TOF ramassé qui décrit les opérations financières essent
ielles. Le cadre comptable étant équilibré, la somme des ajustements est
identiquement nulle.
122 Politique monétaire en économie d'endettement
1. Tableau d'Opérations Financières (flux)
EMPLOIS RESSOURCES
Opérations Institutions Institutions Ménages Entreprises Extérieur Ménages Entreprises Extérieur rations financières financières rations
Д (LIQM) Д (LIQÊ) Д (LIQF) Д (LIQG) Д (LIQX) Liquidités Д (DEPF) Д (DEPG)
Д (CREG) Crédit Д (CREF) Д (CREE) Д (CRECO) Д (CREX) A.(CREM) Д (RES) Administ
Refinancement A(REF) A(REF)
CFF AdministRéserves obligát. Д (RES)
DAFM DAFX Titres DAFE DAFF DAFG
DAXE DAXG Titres étrangers DAXX
AJUE Ajustement AJUM AJUF AJUG 0
Capacité
BFE BFG CFN ou besoin CFM
de financement
Notations :
— Le A indique que la variable existe en niveau et que, dans ce tableau de flux financiers, on n'en considère que la variation annuelle.
— Le surlignage indique que la variable est exogène.
— Les ordres de grandeurs des variables peuvent être examinés dans l'annexe 2.
Equations comptables
(1) CFM + CFF = BFE + BFG + CFN
(2a) EP = CFM + ILM + AJUM
(2b) DAFM + Д (LIQM) = EP - (ILM - Д (CREM))
(3a) M3 = LIQM + LIQE + LIQG + LIQF + LIQX
(3b) DEPF = a M3
(3c) DEPG = (1 - a) M3 0 < a < 1
(4) DAFE = DAFM + DAFX - DAFF - DAFG
(5) Д (CREE) = BFE + Д (LIQE) + DAXE - DAFE - AJUE
(6) CREF - CREM + CREE + CRECO - CREG
(7) Д (REF) = Д (LIQF + CREF + RES - DEPF) - DAFF - AJUF - CFF
(8) RES - TORES * DEPF
(9) DAXX = CFN + Д (LIQX - CREX) + DAFX
(10) DAXG = DAXX - DAXE
(11) DAXG + Д (CREG - CRECO) + (BFG - DAFG - AJUG) + Д (REF-
- RES) = Д (DEPG - LIQG)
123 Michel Boutillier, Pierre Villa
n'a donc pas entraîné de modification dans la conduite de la politique
monétaire, même si en fait la liaison entre les taux des obligations et du
crédit est devenue plus complexe.
Le modèle ayant été testé sur la période 1962-1980, on a retenu le
premier schéma avec l'hypothèse que les banques déterminent le taux
de base en fonction du taux du marché monétaire seulement. Mais la
remarque précédente nous permet de supposer que les résultats con
cernant la politique monétaire restent valables pour la période 1981-
1984.
Le fonctionnement général du modèle
Les concepts économiques retenus ainsi que le cadre institutionnel
sont définis dans l'encadré n° 1 ; ils se traduisent par un tableau d'opé
rations financières (TOF) reproduit dans le même encadré.
Le schéma de fonctionnement que nous allons brosser à grands
traits est illustré par la figure placée en annexe et va nous permettre de
mettre en lumière le rôle des équations comptables regroupées dans le
même encadré n° 1 ; ces sont en fait les soldes des comptes
d'agent et des opérations décrites dans le TOF.
On part de l'équilibre des capacités et besoins de financement des
cinq agents recensés [équation (1)].
Les ménages, compte tenu de la répartition des revenus, de leurs
décisions de consommation et d'investissement en logement, simultané
ment contractent des emprunts et répartissent leur épargne, diminuée
de leur apport personnel pour le logement, en monnaie (M3) et titres, en
fonction du taux d'intérêt selon un comportement de choix de portef
euille. Les titres ne sont pas parfaitement substituables à la monnaie
puisqu'ils sont non seulement rémunérés mais risqués [encadré n° 2 et
équations (2)].
Les équations de comportement des ménages
La demande de crédit
La demande de crédit des ménages dépend directement de leurs
achats de biens durables et de logement. Elle recouvre en outre des
crédits de termes différents qui sont affectés à la dépense : les crédits
à court terme à la consommation, qui sont rapidement remboursés, et
les crédits à long terme au logement. Comme il est difficile de séparer
les suivant leur maturité et que le modèle n'isole pas la consom
mation de biens durables, ces partages ont été supposés constants et
évalués à partir des données. Ainsi l'hypothèse a été faite que 15 % de
l'encours de crédit est remboursé chaque année, tandis que les achats
de biens durables représentent 10 % de la consommation totale. La part
des « grosses » dépenses des ménages couvertes par le crédit est :
CREM - 0,85 • CREM (- 1)
ILM + 0,10 CM
124 Politique monétaire en économie d'endettement
avec CM consommation en valeur et ILM investissement en logement en
valeur.
L'équation estimée porte sur cette part afin d'éliminer l'hétéroscé-
dasticité des erreurs. Elle dépend négativement du taux d'intérêt réel
des prêts au logement, de l'encadrement du crédit et d'un trend tempor
el, interrompu en 1972, qui représente l'évolution structurelle des
années soixante vers un élargissement de l'usage du crédit par les
particuliers. Il est à noter que l'indicateur d'encadrement du crédit
apparaît avec un retard d'un an, ce qui suggère une certaine inertie des
choix des ménages en matière d'investissement logement.
L'équation estimée est la suivante :
PART = - 0,012 TXLMR - 0,059 ENCA (- 1) + 0,035 TREND - 68,4
(1,4) (3,1) (8,9) (8,9)
R2 - 0,86 DW=1,23
SEE (%) = 13,8 Période d'estimation : 1962-1980
ENCA : indicateur d'encadrement du crédit. Il s'agit de la prime de
désencadrement, c'est-à-dire la différence entre le taux que doivent
payer les banques qui viennent buter sur l'encadrement pour trouver
des fonds auprès d'autres banques et le taux du marché monétaire.
TREND: trend interrompu en 1972.
TXLMR : taux d'intérêt du crédit au logement diminué du taux
d'inflation anticipé.
La demande de monnaie (M3)
Les demandes de monnaie et de titres sont déterminées à partir d'un
comportement patrimonial généralisé des ménages. Lorsque le taux de
rendement des obligations augmente, les ménages substituent des titres
à la monnaie. Mais en outre, s'ils augmentent leurs achats de logement,
donc leur apport personnel du fait qu'une partie seulement du logement
est. financée par crédit, ils réduisent leur détention de titres et de
monnaie.
L'équation estimée est la suivante :
'LM - Д (CREM) + 0.14 D74 u <LIQM> = - 0,035 Д (TXOB) - 0,76
ЕР ЕР
(3,4) (8,2) (3,5)
+ 0,83
(26,6)
R2 = 0,86 DW=1,5
SEE (%) = 5,75 Période d'estimation : 1962-1980
TXOB : taux de rendement des obligations.
EP : variation de l'épargne des ménages.
Une augmentation de 100 F de l'apport personnel réduit la détention
de titres de 24 F et la détention de monnaie de 76 F. A la suite d'une
augmentation de 1 point du taux des obligations, les ménages transfor
ment 8 900 MF de monnaie en titres (en 1980).
125 Michel Boutillier, Pierre Villa
En outre les entreprises, les administrations, les non-résidents et les
institutions financières détiennent de la monnaie. Il en résulte une
demande globale de monnaie (M3) qui est ventilée entre les réseaux
bancaires et étatiques [équations (3)].
Titres nationaux et étrangers ne sont pas de parfaits substituts, car
les entreprises ne détiennent qu'occasionnellement des titres étrangers
et ne s'endettent que rarement à l'étranger, sauf lorsqu'elles y sont
« encouragées ». La variation nette de titres étrangers détenus (DAXE)
est donc exogène dans le modèle.
En revanche titres et crédits jouent le même rôle pour les entreprises
puisque, par hypothèse, ils ont même coût. La différence entre le taux
des titres et du crédit est en effet liée uniquement à leur durée.
Cependant, on suppose que les entreprises ont une préférence pour les
titres, qui ne sont pas assortis de conditions de caractère économique
comme le sont les prêts bancaires. De ce fait elles s'alimentent d'abord
sur le marché financier. Or ce marché est très étroit en France et
réglementé par le Trésor. Les entreprises ne peuvent donc y émettre
que la quantité (DAFE) correspondant aux achats de titres des ménages
(DAFM) et des étrangers (DAFX), diminués des émissions des institu-
tions financières (DAFF), et des émissions prioritaires de l'Etat (DAFG)
[équation (4)].
Pour satisfaire leur besoin de financement supplémentaire, elles se
reportent intégralement (parfaite substituabilité) vers le crédit. Ce der
nier (CREE) est obtenu par solde de leur compte [équation (5)].
Le crédit demandé comprend le crédit aux ménages (CREM), aux
étrangers (CREX), aux entreprises (CREE) et aux collectivités locales
(CRECO). Les crédits distribués par les administrations CREG comprenn
ent les prêts du FDES, fixés par la planification et le budget, les prêts
de la Caisse des dépôts et consignations et des organismes qui lui sont
affiliés (agriculture, logement, collectivités locales, ...).
On fait alors l'hypothèse que les entreprises ont une préférence pour
les crédits du secteur étatique, dont elles épuisent les ressources avant
de se tourner vers le crédit bancaire.
Enfin, en dehors des périodes d'encadrement, les banques fournis
sent tout le crédit demandé en fixant le taux d'intérêt. Le crédit ban
caire équilibre donc le marché du crédit [équation (6)].
Le montant des crédits est en général supérieur aux dépôts ban
caires. Les banques doivent donc se refinancer auprès du secteur
étatique. La Banque de France n'exerce aucun contrôle quantitatif
direct : elle fournit tout le refinancement demandé par les banques en
en fixant le coût. Le solde donc le compte des banques
[équation (7)].
Les liquidités détenues par les organismes spécialisés et les assu
rances (LIQF) sont exogènes ainsi que leurs émissions nettes de titres
DAFF. Les réserves obligatoires (RES) dépendent de la politique monét
aire qui fixe le taux de réserves obligatoires par rapport aux dépôts
[TORES, équation (8)].
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