Projets et mutations agraires aux Pays-Bas méridionaux et en France du Nord à la fin du XVIIIe siècle - article ; n°1 ; vol.315, pg 41-61

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Annales historiques de la Révolution française - Année 1999 - Volume 315 - Numéro 1 - Pages 41-61
Francois Antoine, Progetti e mutazioni agrarie nei Paesi-Bassi meridionali e nella Francia del Nord alla fine del XVIII secolo.
Nel Nord della Francia, la vendita di beni nazionali andò in misura importante a beneficio del contadinato, grazie alle disposizioni adottate dai Montagnardi allo scopo di conquistarsi il favore della classe rurale. L'applicazione presso i 9 dipartimenti belgi del decreto del 2 novembre 1789, che nazionalizzava i beni del clero, avrebbe potuto permettere aile autorità repubblicane di realizzare i progetti riformatori di Giuseppe II, che includevano una ridistribuzione della proprietà fondiaria in favore dei piccoli coltivatori. Ma le difficulte finanziarie della Repubblica Francese e le prevaricazioni commesse durante il regime direttoriale limitarono gli obiettivi delle autorità repubblicane ad una semplice operazione sul debito, favorendo, in tal modo, la supremazia della borghesia.
François Antoine, Projets et mutations agraires aux Pays-Bas méridionaux et en France du Nord à la fin du XVIIIe siècle.
In Nordfrankreich nutzte der Verkauf der Nationalgüter vor allem dem Bauernstand, besonders dank der Maßnahmen, die von den Montagnards getroffen wurden, um sich die Landleute günstig zu stimmen. Die Anwendung in den neun belgischen Departements des Dekrets vom 2. November 1789, das die Güter des Klerus nationalisierte, hätte den republikanischen Behörden gestatten können, die Reformen Joseph des zweiten zu verwirklichen, die eine Neuverteilung des Grundeigentums zugunsten der kleinen Bauern einbezogen. Doch schränkten die finanziellen Schwierigkeiten der Französischen Republik und die während des Direktoriums begangenen Amtsverletzungen die Ziele der republikanischen Behörden zu einer einfachen Tilgung der Schuld ein, die die Obergewalt des Bürgertums begünstigte.
François Antoine, Agrarian Schemes and Transfers in the Southern Lowlands and Northern France in the late Eighteenth Century.
In Northern France, the peasantry reaped the benefits of the sale of biens nationaux thanks to Montagnard policies aimed at winning over the farming community. In the nine Belgian departments, the implementation of the law of 2 November 1789 nationalising the lands of the clergy might have enabled the republican authorities to put into practice Joseph II's reform plans, which included redistribution of landed property to smallholders. But the financial difficulties of the French Republic and the prevarications committed during the Directory led the republican authorities to confine themselves to containing the debt, thus favouring the supremacy of the bourgeoisie.
François Antoine, Projets et mutations agraires aux Pays-Bas méridionaux et en France du Nord à la fin du XVIIIe siècle.
Dans le Nord de la France, la vente des biens nationaux profita grandement à la paysannerie, notamment grâce aux mesures prises par les Montagnards afin de se conci- lier les ruraux. L'application dans les neuf départements belges du décret du 2 novembre 1789 nationalisant les biens du clergé aurait pu permettre aux autorités républicaines de réaliser les projets réformateurs de Joseph II qui incluaient une redistribution de la propriété foncière en faveur des petits cultivateurs. Mais les difficultés financières de la République française et les prévarications commises durant le régime directorial limitèrent les objectifs des autorités républicaines à une simple opération sur la dette favorisant de la sorte la suprématie de la bourgeoisie.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1999
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François Antoine
Projets et mutations agraires aux Pays-Bas méridionaux et en
France du Nord à la fin du XVIIIe siècle
In: Annales historiques de la Révolution française. N°315, 1999. pp. 41-61.
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Antoine François. Projets et mutations agraires aux Pays-Bas méridionaux et en France du Nord à la fin du XVIIIe siècle. In:
Annales historiques de la Révolution française. N°315, 1999. pp. 41-61.
doi : 10.3406/ahrf.1999.2222
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahrf_0003-4436_1999_num_315_1_2222Riassunto
Francois Antoine, Progetti e mutazioni agrarie nei Paesi-Bassi meridionali e nella Francia del Nord alla
fine del XVIII secolo.
Nel Nord della Francia, la vendita di beni nazionali andò in misura importante a beneficio del
contadinato, grazie alle disposizioni adottate dai Montagnardi allo scopo di conquistarsi il favore della
classe rurale. L'applicazione presso i 9 dipartimenti belgi del decreto del 2 novembre 1789, che
nazionalizzava i beni del clero, avrebbe potuto permettere aile autorità repubblicane di realizzare i
progetti riformatori di Giuseppe II, che includevano una ridistribuzione della proprietà fondiaria in favore
dei piccoli coltivatori. Ma le difficulte finanziarie della Repubblica Francese e le prevaricazioni
commesse durante il regime direttoriale limitarono gli obiettivi delle autorità repubblicane ad una
semplice operazione sul debito, favorendo, in tal modo, la supremazia della borghesia.
Zusammenfassung
François Antoine, Projets et mutations agraires aux Pays-Bas méridionaux et en France du Nord à la fin
du XVIIIe siècle.
In Nordfrankreich nutzte der Verkauf der Nationalgüter vor allem dem Bauernstand, besonders dank der
Maßnahmen, die von den Montagnards getroffen wurden, um sich die Landleute günstig zu stimmen.
Die Anwendung in den neun belgischen Departements des Dekrets vom 2. November 1789, das die
Güter des Klerus nationalisierte, hätte den republikanischen Behörden gestatten können, die Reformen
Joseph des zweiten zu verwirklichen, die eine Neuverteilung des Grundeigentums zugunsten der
kleinen Bauern einbezogen. Doch schränkten die finanziellen Schwierigkeiten der Französischen
Republik und die während des Direktoriums begangenen Amtsverletzungen die Ziele der
republikanischen Behörden zu einer einfachen Tilgung der Schuld ein, die die Obergewalt des
Bürgertums begünstigte.
Abstract
François Antoine, Agrarian Schemes and Transfers in the Southern Lowlands and Northern France in
the late Eighteenth Century.
In Northern France, the peasantry reaped the benefits of the sale of biens nationaux thanks to
Montagnard policies aimed at winning over the farming community. In the nine Belgian departments, the
implementation of the law of 2 November 1789 nationalising the lands of the clergy might have enabled
the republican authorities to put into practice Joseph II's reform plans, which included redistribution of
landed property to smallholders. But the financial difficulties of the French Republic and the
prevarications committed during the Directory led the republican authorities to confine themselves to
containing the debt, thus favouring the supremacy of the bourgeoisie.
Résumé
François Antoine, Projets et mutations agraires aux Pays-Bas méridionaux et en France du Nord à la fin
du XVIIIe siècle.
Dans le Nord de la France, la vente des biens nationaux profita grandement à la paysannerie,
notamment grâce aux mesures prises par les Montagnards afin de se conci- lier les ruraux. L'application
dans les neuf départements belges du décret du 2 novembre 1789 nationalisant les biens du clergé
aurait pu permettre aux autorités républicaines de réaliser les projets réformateurs de Joseph II qui
incluaient une redistribution de la propriété foncière en faveur des petits cultivateurs. Mais les difficultés
financières de la République française et les prévarications commises durant le régime directorial
limitèrent les objectifs des autorités républicaines à une simple opération sur la dette favorisant de la
sorte la suprématie de la bourgeoisie.PROJETS ET MUTATIONS AGRAIRES
AUX PAYS-BAS MÉRIDIONAUX
ET EN FRANCE DU NORD
À LA FIN DU XVIIIe SIÈCLE
FRANÇOIS ANTOINE
Archives générales du Royaume - Université libre de Bruxelles
À la veille de la Révolution française, le Nord de la France et les Pays-
Bas méridionaux qui avaient fait partie du même ensemble territorial jusque
dans le courant du XVIIe siècle et qui, depuis lors, avaient maintenu de
multiples liens socio-économiques, présentaient de nombreuses similitudes.
Non seulement ces deux régions contenaient un panel équivalent de struc
tures foncières, mais elles connaissaient, l'une et l'autre, une croissance
démographique soutenue et une phase de proto-industrialisation.
Comme dans le Nord de la France, la distribution du sol était fort
inégale dans les Pays-Bas autrichiens. La moitié au moins de la surface
rurale dépendait de grandes exploitations, elles-mêmes si peu nombreuses
qu'elles atteignaient rarement 15 à 20 % du nombre des entités agricoles
dans une région donnée (1).
Au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle la polémique touchant
la taille des exploitations opposait d'une part les partisans d'une agriculture
(1) C. BiLLEN, Une révolution apicole introuvable?, dans H. HASQUIN (dir.), La Belgique autri
chienne, 1713-1794, Bruxelles, 1987, p. 103.
Annales Historiques de la Révolution française - 1999 -N° 1 [41 à 61] 42 FRANÇOIS ANTOINE
intensive de type flamand ou hollandais, génératrice d'accroissement de la
population et, d'autre part, ceux qui faisaient l'apologie des grandes exploi
tations de type anglais. Ce mode d'exploitation permettait au cultivateur de
se livrer à des expériences, d'attendre les moments favorables pour obtenir
des prix plus rémunérateurs et de faire une économie de frais généraux; elle
permettait aussi au propriétaire de limiter la perception de la rente à un seul
fermier et de restreindre les frais de construction et d'entretien de bât
iments (2). Dans les Pays-Bas méridionaux, ce débat fut intimement lié à la
politique réformatrice menée par les autorités habsbourgeoises tendant à
subordonner l'Église à l'État. Cette politique, versant autrichien du
Gallicanisme français, impliquait une redéfinition des tâches du clergé
national conformément à la volonté du souverain ainsi qu'une diminution de
l'importance socio-économique et politique des ordres réguliers. L'Église
devait, de ce fait, retrouver le rôle qui lui avait été initialement assigné.
L'édit du 15 décembre 1753, relatif à l'acquisition et à la cession des
biens de mainmorte dans toutes les provinces des Pays-Bas autrichiens fut la
première étape significative de cette politique. Le système de l'amortiss
ement préexistait depuis le Moyen Age. Lorsque les établissements ecclésias
tiques, qui étaient exemptés d'un grand nombre de redevances et
d'obligations, acquéraient des biens immobiliers, ceux-ci devenaient des
biens de mainmorte. Ces acquisitions dans le domaine d'un seigneur lui
causaient un préjudice. Dès lors, les établissements ecclésiastiques devaient
indemniser celui-ci. Dans l'amortissement, tous les seigneurs qui avaient
quelque droit à sauvegarder devaient intervenir, depuis le seigneur direct
jusqu'au seigneur suzerain. À partir de l'époque bourguignonne, le droit
d'amortir un immeuble devint une prérogative du souverain et l'amortiss
ement fut requis pour tous les immeubles acquis par l'Église. Les lois sur la
mainmorte ne furent pas rigoureusement appliquées sous le régime espa
gnol. Résultant de cet état de fait, les autorités autrichiennes cherchèrent
d'une part à empêcher l'augmentation des biens de mainmorte et à remettre
en circulation les biens non amortis. L'impératrice Marie-Thérèse, par son
édit du 15 septembre 1753, réactualisa le corpus législatif antérieur, créa une
jointe chargée de son exécution et y inséra des dispositions contraignantes.
Ainsi, l'impératrice put contenir, en principe, l'expansion des monastères,
(2) H. Hasquin, « Moyenne culture et populationnisme dans les Pays-Bas autrichiens ou les ambig
uïtés du despotisme éclairé », dans Les Lumières en Hongrie, en Europe centrale et en Europe orientale,
Actes du Colloque de Matrafured, 18-24 octobre 1981, Budapest, 1984, pp. 196-208; C. Bruneel,
L'hostilité à l'égard des grandes fermes, un aspect du dans les Pays-Bas autrichiens. Théories et
réalités brabançonnes, Louvain-la-Neuve, 1990 (Centre belge d'histoire rurale. Publication n° 93) ; H. Van
HOUTTE, « Avant Malthus. La théorie de la population et le mouvement en faveur de la petite culture dans
les Pays-Bas à la fin de l'Ancien Régime », dans Mélanges d'histoire offerts à Charles Moeller, Louvain, 1914,
pp. 420-428. PROJETS ET MUTATIONS AGRAIRES AUX PAYS-BAS MÉRIDIONAUX 43
introduire une amorce de contrôle sur le patrimoine immobilier des commun
autés religieuses et dégager des rentrées financières (3).
Jalon décisif de ce processus réformateur, l'édit du 17 mars 1783 ordonn
ait la suppression des couvents des ordres contemplatifs dont les revenus
gérés par une Caisse de Religion devaient être affectés à la réorganisation
des paroisses dans les Pays-Bas autrichiens. Se présentant comme le restau
rateur de l'Église primitive, Joseph II manifestait ainsi sa volonté de renfor
cer le clergé séculier qui, fonctionnarisé, devait servir à la politique
impériale. Parallèlement, l'empereur remettait en cause le rôle de l'Église
dans la société civile afin d'assurer la primauté des relations qui liaient ses
sujets à sa personne (4).
L'administration des couvents inutiles offre de précieuses indications
sur la façon dont les maisons religieuses géraient leurs avoirs. La Caisse de
Religion devait non seulement dégager des fonds nécessaires à payer les
pensions dont elle était grevée en faveur des anciens religieux et des secours
extraordinaires qu'elle leur attribuait, mais également constituer un budget
destiné à l'entretien de toutes sources d'œuvres religieuses et humanitaires,
et principalement subvenir aux besoins des églises paroissiales. Dans ces
conditions, elle était obligée de tirer un maximum de revenus des biens qui
lui furent confiés. À cette fin, les fonctionnaires de la Caisse de Religion
contrôlèrent minutieusement la comptabilité des communautés religieuses
et mirent systématiquement en adjudication publique les baux qui expi
raient. Cette pratique inspira l'inquiétude des locataires. Ceux-ci craignirent
en effet d'être dépossédés de leurs terres par une trop forte concurrence ou
d'être ruinés par l'augmentation de leur loyer. Les requêtes qu'ils rédigèrent
dans le but d'éviter toute remise en location publique se fondaient sur des
arrangements préexistants qui liaient la reconduction tacite d'un bail par les
religieux à des prestations de services, payements en numéraire, ou encore
livraisons de produits agricoles. Une bonne part de celles-ci mentionnaient
la bonification de bâtiments construits sur les terrains occupés.
Un bail à long terme étant considéré comme une forme d'aliénation, les
établissements ecclésiastiques ne pouvaient consentir ou prendre, sans auto
risation du gouvernement, des baux de plus de neuf ans. En conséquence,
les receveurs de la Caisse de Religion relevèrent qu'une série de promesses
(3) R. KÔRPERICH, Les lois sur la mainmorte dans les Pays-Bas catholiques (U.C. Louvain, Disser-
tationes adgradum magistri infacultate theologica consequendum conscriptae, 2e série, IX), 1922.
(4) J. LaeneN, « Étude sur la suppression des couvents par l'empereur Joseph II dans les Pays-Bas
autrichiens et plus spécialement dans le Brabant (1783-1794) », dans Annales de l'Académie royale île l'a
rchéologie de Belgique, t. 57, 1905, pp. 343-418 ; G. DESCHEPPER, La réorganisation des paroisses et la suppres
sion des couvents dans les Pays-Bas autrichiens sous le règne de Joseph II, Louvain-Bruxelles, 1942. FRANÇOIS ANTOINE 44
de prolongation tacite de bail avaient été faites verbalement et subsidiaire-
ment confirmées par serment devant notaire. Durant l'époque française, les
fonctionnaires remarquèrent également l'usage pratiquement systématique
que faisaient les maisons religieuses d'actes sous seing privé.
Généralement, les corporations religieuses affermaient leurs terres un
tiers meilleur marché que les personnes privées (5). Cette importante diff
érence de loyer, élément générateur d'une image paternaliste des abbayes
vivant en symbiose avec leur terroir, peut s'expliquer par les parts de risque
différentes entre le locataire et son propriétaire (6). En vertu d'un large
éventail de choix où des éléments sociaux, politiques et culturels coexistent
avec des rapports d'ordre purement économique, l'ascendant qu'une abbaye
pouvait se prévaloir à l'égard de son fermier peut s'envisager comme une
compensation de la faible rentabilité du bien loué.
Les observations résultant de l'étude de la Caisse de Religion donnent
une raison économique à ces «traitements de faveur». Les suppléments
officieux d'un loyer et une double comptabilité permettaient à une maison
religieuse de limiter ses revenus officiels. Nous pouvons voir, dans cette
gestion informelle des corporations religieuses, l'expression d'une attitude
défensive à rencontre de la pression fiscale croissante de l'État durant le
xvme siècle. D'une part, les abbayes perdirent, au fur et à mesure, leurs
immunités fiscales, furent soumises à un contrôle plus serré, et furent char
gées de différentes contributions supplémentaires. D'autre part, le prix des
baux des terres d'abbayes ne suivit pas la même progression que ceux des
propriétaires laïcs (7). Étant donné que durant la seconde moitié du xvine
siècle, chaque renouvellement de bail se marquait généralement par une
augmentation souvent très conséquente du prix de la location, les diff
érences s'accentuèrent progressivement. Ce glissement vers l'économie infor
melle ne fut pas sans conséquences.
La volonté des abbayes de ne laisser aucune prise à l'État en matière
fiscale nous apparaît comme un élément déterminant du maintien de la
grande propriété, telle qu'elle subsiste encore de nos jours en Hesbaye. Les
cadastres, qui furent dressés durant le XVIIe siècle sur l'initiative et sous la
(5) H. Van Houtte, Histoire économique de la Belgique à la fin de l'Ancien Régime (Recueil de
travaux publiés par la Faculté de philosophie et lettres de l'Université de Gand, XLVIII), Gand, 1920,
p. 420 ; R. ULENS, Le temporel des communautés religieuses et des chapitres en Belgique à la fin de l'Ancien
Régime, s. 1. (Charleroi), 1926, p. 3 ; R. VÀN Uytven et J. Depuydt, « De toestand der abdijen in de
tweede helft der 18de eeuw», dans Bijdragen tot Geschiedenis inzonderheid van het oude Hertogdom
Brabant, 1965, 3e série, 17, p. 67 ; F. Dewever, « Pachtprijzen in Vlaanderen en Brabant in de achtiende
eeuw. Bijdrage tot de konjuktuurstudie », dans Tijdschrift voor Geschiedenis, 1972, p. 183.
(6) W. Reddy, Argent et liberté sous l'Ancien Régime, dans G. Gayot et J.-P. HiRSCH (éd.), « La
Révolution française et le développement du capitalisme », Revue du Nord, hors-série, 1989, pp. 71-72.
(7) R. Van Uytven et J. Depuydt, op. cit., p. 67 ; F. Dewever, op. cit., p. 183. PROJETS ET MUTATIONS AGRAIRES AUX PAYS-BAS MÉRIDIONAUX 45
direction des États, servirent de base à l'impôt de répartition jusqu'à la fin
de l'Ancien Régime. À l'époque, les États disposaient d'une indépendance
absolue en matière administrative. Dès lors, nous pouvons avancer l'idée
qu'ils furent tentés de faire peser les aides et subsides, de préférence, sur
ceux qui n'étaient pas membres des trois ordres. De surcroît, malgré l'a
ccroissement de la valeur vénale et locative des biens ruraux, les cahiers
devinrent une base immuable (8). Ainsi, malgré la meilleure rentabilité
économique de petites parcelles exploitées intensivement, les grands
ensembles agricoles offraient l'opportunité de pouvoir dissimuler l'étendue
et les revenus de leurs avoirs immobiliers. En contrepartie, les fermiers
échappaient à une imposition proportionnelle aux rendements véritables de
leur exploitation et bénéficiaient de baux à long terme, garantie de pouvoir
rentabiliser les intrants investis. D'ailleurs, la Jointe des amortissements,
consciente des multiples possibilités de collusion entre les corporations rel
igieuses et leurs locataires enregistra à ses débuts peu de succès dans sa
recherche des biens non amortis. Elle fut même obligée d'accorder une
prime aux dénonciateurs. Seuls les révélateurs assurés de garder l'anonymat
et de s'attribuer le tiers de la valeur des immeubles qui seraient confisqués à
la suite de leur dénonciation, rompirent cette loi du silence (9).
La ferme, ensemble cohérent, organisé, élément clef de la production
agricole et possédant sa hiérarchie interne, constitue un précieux relais dans
la structure socio-économique des abbayes. Le fermier employait une main-
d'œuvre importante constituée de permanents et de saisonniers. Dans le
même temps, les censiers dépendaient des maisons religieuses pour la loca
tion de leur ferme à une époque où les demandes allaient en augmentant
avec l'accroissement de la population (10). Cette classe, peu nombreuse
mais fort puissante, de «gros cultivateurs» qui tenaient héréditairement
leur ferme et dont le sort était nettement plus enviable que celui de la
plupart des cultivateurs-propriétaires, se préoccupait au plus haut point du
maintien de son rang. Cette crainte incitait les censiers à privilégier la
reprise de leur ferme par un seul successeur et à éviter toute « mésalliance ».
Afin de pouvoir se marier au sein de la même classe, les «paisans se
connaissent les uns les autres à dix et vingt lieues à la ronde ». Les enfants de
censiers qui n'avaient pas pu hériter ou qui étaient restés célibataires,
(8) G. BlGWOOD, «Matricules et cadastres. Aperçu sur l'organisation du cadastre de Flandre,
Brabant, Limbourg et Luxembourg avant la domination française », dans Annales de la Société d'archéologie
de Bruxelles, 12 (1898), pp. 397 et 398; G. BlGWOOD, Les impôts généraux dans les Pays-Bas autrichiens.
Étude historique de législation financière, Paris, Bruxelles, 1900, p. 114; H. Van Houtte, Histoire écono
mique, op. cit., p. 412.
(9) R. KÔRPERICH, Lois sur la mainmorte, op. cit., pp. 164, 227 à 237, 256.
(10) S. Tassier, Les démocrates belges de 1789. Études sur le vonckisme et la révolution brabançonne,
Bruxelles, 1930, p. 29 ; S. TASSIER, « L'esprit public en Belgique de 1725 à 1789», dans Revue de l'Université
de 4 (1935), p. 80. FRANÇOIS ANTOINE 46
rentraient dans les ordres ou se faisaient avocat, notaire ou procureur. Cette
attitude renforçait les liens qui unissaient les fermiers à leur abbaye et éten
dait à d'autres professions leur aire d'influence. L'Église, de son côté, par le
payement des dots, y trouvait une intéressante source de financement (11).
Cette imperméabilité sociale maintenait étanche la cloison qui séparait
les grosses fermes exploitées extensivement où se pratiquait encore la jachère
périodique en tant que système de culture (12), et les petites exploitations
agricoles. De nombreuses régions des Pays-Bas autrichiens, telles que le
Brabant wallon ou le Nord du Namurois se caractérisaient par une structure
duale où la petite culture se trouvait adossée à la grande. À terme, le régime
des grandes fermes et la croissance démographique provoquèrent une pénur
ie de terres arables (13). Étaient liés à ce phénomène, le morcellement accru
des petites parcelles de terre et sa conséquence directe, l'augmentation des
fermages (14). La précarité croissante de la masse paysanne rendit les jour
naliers plus dépendants de leur fermier. Coincés entre les censiers et les
naliers, les « ménagers » tentaient de conserver une condition intermédiaire
entre l'indépendance et la sujétion aux fermiers et gros laboureurs. Mais
leurs terres dont la superficie diminuait progressivement, telle une « peau de
chagrin », ne subvenaient plus à leurs besoins. Dans ces conditions, ces cult
ivateurs furent obligés de trouver des revenus complémentaires dans l'indus
trie rurale ou dans le travail saisonnier chez de gros fermiers. Ce phénomène
renforça l'assise des fermiers, pourvoyeurs de travail et possesseurs de
moyens techniques (15). À la base, cette imbrication économique, véritable
« écosystème » entre grosses fermes et petites exploitations qui ne pouvaient
vivre l'une sans l'autre, offrait une certaine stabilité au monde rural. Le
micro-exploitant dépendait du laboureur pour le prêt d'attelage ; en contre
partie, il lui offrait sa force de travail durant les périodes d'emploi à la
ferme (16). Mais ce système d'interrelations glissait de plus en plus, au cours
du XVIIIe siècle, vers une structure de type latifundiaire.
(11) C. BRUNEEL, L'hostilité à l'égard des grandes fermes, op. cit., pp. 17, 41 et 42; H. Hasquin, Les
réflexions sur l'état présent du commerce, fabriques et manufactures des Pais-Bas autrichiens (1765) du négo
ciant bruxellois Nicolas Bacon (1710-1779), conseiller député aux affaires du commerce, Bruxelles, 1978
(Publications de la Commission royale d'Histoire de Belgique, série in-8°), p. 68.
(12) H. VAN HOUTTE, Histoire économique, op. cit., p. 477.
(13) P. Bonenfant, Le problème du paupérisme en Belgique à la fin de l'Ancien Régime, Bruxelles,
1934, pp. 38 et 39 (Académie royale de Belgique, Classe des lettres [...], Mémoires, coll. in-8% 2e série,
t. XXXV).
(14) P. Bonenfant, Le problème du paupérisme, op. cit., p. 39; H. Van Houtte, Histoire écono
mique, op. cit., pp. 405, 435, 490, 495 et 576.
(15) P. Recht, Quelques aperçus sur les classes rurales du Namurois à la fin du XVIIF siècle, Namur,
1938, pp. 3 à 6 et 29; P. Bonenfant, op. cit., pp. 39, 52 et 53; P. Deprez, «Évolution économique et
mouvements paysans en Belgique à la fin du XVine siècle », dans Revue belge d'Histoire Contemporaine,
n° 1-2, p. 51. t. IV (1973),
(16) D. Rosselle, « La vente des biens nationaux et le changement des structures de l'exploitation
agricole : l'exemple artésien », dans « La Révolution française et le développement du capitalisme », Revue
du Nord, hors-série, pp. 314 et 315 ; P. Recht, op. cit., p. 19. PROJETS ET MUTATIONS AGRAIRES AUX PAYS-BAS MÉRIDIONAUX 47
D'autres régions telles que la Flandre ou le Brabant flamand présent
aient une structure agraire plus uniforme. Les grandes exploitations y
étaient moins présentes mais, sous l'effet de la croissance démogra
phique (17), la culture intensive et les hauts rendements n'arrivaient plus à
compenser une parcellisation persistante. Dans ces conditions, l'industrie
rurale offrait à une branche grandissante de la population un supplément de
ressources (18). Le carcan, imposé dans les villes par les corporations de
métiers à la production industrielle, favorisait la progression du secteur
secondaire dans les campagnes (19). Mais en cette fin de XVIIIe siècle, sa
perte de compétitivité causée par une hausse de ses coûts de production
nous ramène à la problématique du «régime des grandes fermes». Elle
nous paraît être, en effet, un des éléments explicatifs du paradoxe observé à
l'époque : cherté de la main-d'œuvre et insuffisance des salaires (20).
Les abbayes dont une grande partie des revenus était perçue en nature,
pouvaient, grâce à leur large réseau de fermes, spéculer sur les grains. Étant
donné qu'une partie grandissante de la population rurale devait faire appel
au marché, créant ainsi une hausse des prix, il est évident que cette spécula
tion rendait la situation de plus en plus intenable.
Les vastes possessions foncières, réparties en un nombre réduit d'unités
de production permettant de dégager d'importants revenus non déclarés
avec lesquels une lucrative spéculation était possible, garantissaient aux
abbayes des gains considérables.
Le stéréotype qui place, derrière leur apparence florissante, une
gestion financière inconséquente, nous semble par conséquent peu crédible.
La « fièvre de construction », qui obligea les riches abbayes à contracter des
emprunts, nous apparaît plutôt symptomatique d'un changement de straté
gie de placement. Les corporations religieuses ne pouvant plus acquérir des
biens immobiliers, les travaux d'embellissement (21), « la fièvre du défriche
ment dont faisaient preuve les abbayes du Brabant» (22), ainsi que les
accords informels pris avec leurs paysans visant à la mise en valeur des biens
loués, sont révélateurs d'une volonté de valoriser leur capital foncier exis-
(17) C. VÀNDENBROEKE, Agriculture et alimentation. L'agriculture et l'alimentation dans les Pays-Bas
autrichiens, Gand-Louvain, 1975, p. 33.
(18) P. Bonenfant, op. cit., pp. 38, 52 et 53; P. Deprez, op. cit., p. 51; C. Vandenbroeke,
« Mutations économiques et sociales en Flandre au cours de la phase proto-industrielle, 1650-1850 », dans
Revue du Nord, t. LXIII (1981), pp. 77 et 78; R. Van Uytven, « Peiling naar het Brabantse Platteland
omstreeks 1755 », dans Bijdragen tot geschiedems, t. 55, 1972, pp. 194 à 203.
(19) S. Tassier, Les démocrates belges, op. cit. , pp. 26, 31 et 32 ; M. Dorban, « Les débuts de la révo
lution industrielle », dans H. Hasquin (éd.), La Belgique autrichienne, 1713-1794, p. 144 ; H. Van Houtte,
Histoire économique, op. cit., p. 58.
(20) P. Bonenfant, op. cit., p. 62 ; P. Deprez, Évolution économique et mouvements paysans, op. cit.,
p. 57.
(21) S. Tassier, Idées et profils du xvhp siècle, Bruxelles, 1944, pp. 12 et 13.
(22) H. Van Houtte, Histoire économique, op. cit., p. 170; C. Vandenbroeke, Agriculture et
alimentation, op. cit., p. 38. FRANÇOIS ANTOINE 48
tant. De même, à raison des dispositions relatives à l'amortissement, les
abbayes transférèrent la destination de leurs gains de l'immobilier vers le
mobilier. De crainte que les religieux ne prennent le parti d'appliquer leur
argent dans les pays étrangers, les établissements de mainmorte conservè
rent le droit d'acquérir des rentes rachetables sans autorisation ni frais
d'amortissement (23). Le maintien de cette liberté nous apparaît comme
l'une des causes de l'augmentation continue au cours du xvme siècle du
volume de placements en rentes, et comme le reprochait le Conseil suprême
des Pays-Bas, de la baisse progressive des taux d'intérêt (24).
Aux côtés des emprunts contractés par les villes, les provinces,
l'Autriche ou les pays étrangers (25) et le prêt à des particuliers, subsistaient
la thésaurisation monétaire (26) ainsi que la thésaurisation sous forme d'ob
jets d'orfèvrerie.
L'enrichissement continu des abbayes et de leurs fermiers tranche
d'ailleurs avec l'appauvrissement grandissant des masses rurales et urbaines.
Le maintien du « régime des grandes fermes », en cette seconde moitié du
XVIIIe siècle, générait en effet directement l'indigence. Son inadaptation à la
pression démographique poussait les petits cultivateurs à s'intégrer au
processus d'industrialisation des campagnes ou à offrir leurs services aux
fermiers. Les journaliers qui n'avaient pas réussi à devenir domestiques de
ferme étaient à charge de la communauté pendant une moitié de l'année. La
hausse des prix provoquée par la pression de la demande, conjuguée à la
spéculation sur les grains, appauvrissait au fur et à mesure le « gros des gens
de la campagne ».
Pour le prolétariat des campagnes, les villes pouvaient représenter à
priori l'échappatoire à ce cercle vicieux. Mais l'activité industrielle et
commerciale dans l'ensemble du pays ne suffisait pas à occuper tous les bras
qui s'offraient (27). En outre, le chômage touchait la grande masse de ceux
qui n'avaient pas de formation professionnelle (28).
Membres des États, seigneurs de multiples localités, desservant un
grand nombre de paroisses, propriétaires de vastes domaines, clientes d'une
foule d'avocats, d'artistes, de commerçants, de médecins, etc., les abbayes
disposaient d'un large et solide réseau d'influence. État dans l'État, ces puis
santes abbayes renforçaient leurs assises : au point de vue institutionnel,
(23) R. KÔRPERICH, Les lois sur la mainmorte, op. cit., pp. 188, 190 et 211.
(24) P. DEPREZ, « Hypotekaire grondrenten in Vlaanderen gedurende de 18de eeuw», dans
Tïjdschrift voor Geschiedenis, 79e année (1966), n°2, p. 145 ; R. KORPERICH, op. cit., pp. 188 et 189.
(25) G. Bigwood, « Les origines de la dette publique belge », dans Annales de la Société royale
d'Archéologie de Bruxelles, t. XX (1906), p. 39.
(26) G. De Schepper, La réorganisation des paroisses, op. cit., p. 102.
(27) P. Bonenfant, Le problème du paupérisme, op. cit., p. 33; C. Lis, H. Soly et D. Vandamme,
Op vrije voeten ? Sociale politiek in West-Europa (1450-1914), Louvain, 1985, pp. 109-119.
(28) P. op. cit., pp. 33 et 35.