De la fréquente Communion...
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De la fréquente communion où Les sentimens des
pères, des papes et des Conciles, touchant l'usage
des sacremens de pénitence et d'Eucharistie, sont
fidèlement exposez...
Antoine Arnauld
1643
Partie 1, Chapitre 1
Partie 1, Chapitre 2
Partie 1, Chapitre 3
Partie 1, Chapitre 4
Partie 1, Chapitre 5
Partie 1, Chapitre 6
Partie 1, Chapitre 7
Partie 1, Chapitre 8
Partie 1, Chapitre 9
Partie 1, Chapitre 10
Partie 1, Chapitre 11
Partie 1, Chapitre 12
Partie 1, Chapitre 13
Partie 1, Chapitre 14
Partie 1, Chapitre 15
Partie 1, Chapitre 16
Partie 1, Chapitre 17
Partie 1, Chapitre 18
Partie 1, Chapitre 19
Partie 1, Chapitre 20
Partie 1, Chapitre 21
Partie 1, Chapitre 22
Partie 1, Chapitre 23
Partie 1, Chapitre 24
Partie 1, Chapitre 25
Partie 1, Chapitre 26
Partie 1, Chapitre 27
Partie 1, Chapitre 28
Partie 1, Chapitre 29
Partie 1, Chapitre 30
Partie 1, Chapitre 31
Partie 1, Chapitre 32
Partie 1, Chapitre 33
Partie 1, Chapitre 34
Partie 1, Chapitre 35
Partie 1, Chapitre 36
Partie 1, Chapitre 37
Partie 1, Chapitre 38
Partie 1, Chapitre 39
Partie 1, Chapitre 40
Partie 2, Chapitre 1
Partie 2, Chapitre 2
Partie 2, Chapitre 3
Partie 2, Chapitre 4
Partie 2, Chapitre 5
Partie 2, Chapitre 6
Partie 2, Chapitre 7
Partie 2, Chapitre 8
Partie 2, Chapitre 9
Partie 2, Chapitre 10
Partie 2, Chapitre 11
Partie 2, Chapitre 12
Partie 2, Chapitre 13
Partie 2, Chapitre 14
Partie 2, Chapitre 15
Partie 2, Chapitre 16
Partie 2, Chapitre 17 Partie 2, Chapitre 18
Partie 2, Chapitre 19
Partie 2, Chapitre ...

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Nombre de lectures 39
Langue Français
Poids de l'ouvrage 13 Mo

Exrait

De la fréquente communion où Les sentimens des
pères, des papes et des Conciles, touchant l'usage
des sacremens de pénitence et d'Eucharistie, sont
fidèlement exposez...
Antoine Arnauld
1643
Partie 1, Chapitre 1
Partie 1, Chapitre 2
Partie 1, Chapitre 3
Partie 1, Chapitre 4
Partie 1, Chapitre 5
Partie 1, Chapitre 6
Partie 1, Chapitre 7
Partie 1, Chapitre 8
Partie 1, Chapitre 9
Partie 1, Chapitre 10
Partie 1, Chapitre 11
Partie 1, Chapitre 12
Partie 1, Chapitre 13
Partie 1, Chapitre 14
Partie 1, Chapitre 15
Partie 1, Chapitre 16
Partie 1, Chapitre 17
Partie 1, Chapitre 18
Partie 1, Chapitre 19
Partie 1, Chapitre 20
Partie 1, Chapitre 21
Partie 1, Chapitre 22
Partie 1, Chapitre 23
Partie 1, Chapitre 24
Partie 1, Chapitre 25
Partie 1, Chapitre 26
Partie 1, Chapitre 27
Partie 1, Chapitre 28
Partie 1, Chapitre 29
Partie 1, Chapitre 30
Partie 1, Chapitre 31
Partie 1, Chapitre 32
Partie 1, Chapitre 33
Partie 1, Chapitre 34
Partie 1, Chapitre 35
Partie 1, Chapitre 36
Partie 1, Chapitre 37
Partie 1, Chapitre 38
Partie 1, Chapitre 39
Partie 1, Chapitre 40
Partie 2, Chapitre 1
Partie 2, Chapitre 2
Partie 2, Chapitre 3
Partie 2, Chapitre 4
Partie 2, Chapitre 5
Partie 2, Chapitre 6
Partie 2, Chapitre 7
Partie 2, Chapitre 8
Partie 2, Chapitre 9
Partie 2, Chapitre 10
Partie 2, Chapitre 11
Partie 2, Chapitre 12
Partie 2, Chapitre 13
Partie 2, Chapitre 14
Partie 2, Chapitre 15
Partie 2, Chapitre 16
Partie 2, Chapitre 17Partie 2, Chapitre 18
Partie 2, Chapitre 19
Partie 2, Chapitre 20
Partie 2, Chapitre 21
Partie 2, Chapitre 22
Partie 2, Chapitre 23
Partie 2, Chapitre 24
Partie 2, Chapitre 25
Partie 2, Chapitre 26
Partie 2, Chapitre 27
Partie 2, Chapitre 28
Partie 2, Chapitre 29
Partie 2, Chapitre 30
Partie 2, Chapitre 31
Partie 2, Chapitre 32
Partie 2, Chapitre 33
Partie 2, Chapitre 34
Partie 2, Chapitre 35
Partie 2, Chapitre 36
Partie 2, Chapitre 37
Partie 2, Chapitre 38
Partie 2, Chapitre 39
Partie 2, Chapitre 40
Partie 2, Chapitre 41
Partie 2, Chapitre 42
Partie 2, Chapitre 43
Partie 2, Chapitre 44
Partie 2, Chapitre 45
Partie 2, Chapitre 47
Partie 2, Chapitre 48
Partie 3, Chapitre 1
Partie 3, Chapitre 2
Partie 3, Chapitre 3
Partie 3, Chapitre 4
Partie 3, Chapitre 5
Partie 3, Chapitre 6
Partie 3, Chapitre 7
Partie 3, Chapitre 8
Partie 3, Chapitre 9
Partie 3, Chapitre 10
Partie 3, Chapitre 11
Partie 3, Chapitre 12
Partie 3, Chapitre 13
Partie 3, Chapitre 14
Partie 3, Chapitre 15
Partie 3, Chapitre 16
Partie 3, Chapitre 17
De la fréquente Communion... : Partie 1, Chapitre 1
Chapitre 1
Où il est traité de la veritable intelligence des passages de l’escriture, et des peres
que cét auteur allegue pour la frequente communion. Des conditions d’un bon
directeur pour regler les communions. Si l’on doit porter indifferemment toutes
sortes de personnes à communier tous les huit jours. Et de l’indisposition que les
pechez veniels peuvent apporter à la frequente communion. que l’auteur de cette
question a grande raison de proposer comme la meilleure regle, qu’on doive
suivre en toutes choses, les sentimens de l’antiquité, les traditions des saints, et
les vieilles coustumes de l’eglise.
response. Cette premiere maxime, sur laquelle vous pretendez establir tout vostre
escrit, est si solide, et si sainte, que je ne me tiendrois pas pour catholique, si je ne
l’embrassois de tout mon cœur, et si je ne portois une reverence particuliere à ces
paroles, par lesquelles vous reconnoissez, que (...). Car en effet, quelle asseurance
pouvons-nous avoir, que nostre esprit, qui n’est de soy-mesme qu’erreur et que
tenebres, ne s’esgare point dans la conduite des ames ; qu’en suivant la lumiereque Jesus-Christ a donnée à son eglise, et qui se conserve dans la tradition de la
mesme eglise. Si le fils de Dieu ayant esté envoyé par son pere, pour illuminer le
monde, n’a rien dit que ce qu’il a oüy de son pere, comme il le declare dans
l’evangile ; si le Saint Esprit, ayant esté depuis envoyé par le fils, n’a rien dit que ce
qu’il a oüy du fils, comme le mesme fils le tesmoigne ; si les apostres, ayans esté
envoyez par le Saint Esprit, n’ont rien dit que ce qu’ils ont appris de luy ; et enfin, si
les evesques ayans esté envoyez par les apostres, n’ont rien enseigné que ce qu’ils
avoient appris d’eux ; il n’y a point d’apparence, comme vous le jugez fort bien, qu’il
soit permis à des hommes foibles, et aveugles comme nous, de rechercher dans
nostre propre sens, et dans nostre fantaisie, les instructions que les ames nous
demandent, et de leur enseigner une autre doctrine, et d’autres regles de pieté, que
celles que l’eglise a receuës des peres de main en main, et de siecle en siecle,
comme les premiers d’entr’eux les avoient receuës des apostres, les apostres du
Saint Esprit, le Saint Esprit du fils, et le fils du pere. Car ne me croyez pas si peu
instruit dans la science de l’eglise, que je vueille renfermer dans les seuls poincts
de la foy, et de l’intelligence des mysteres, l’excellente regle que vous proposez. Je
reconnois avec vous, qu’elle s’estend dans toutes les maximes qui regardent la
vertu et la pieté chrestienne, comme est la question que vous traittez ; et qu’ainsi
que vous dites, nous la devons suivre generallement en toutes choses ; c’est à dire,
dans toutes les veritez de la foy, et dans toute la morale du christianisme. Et qui
seroit le catholique, qui pûst avoir en cette rencontre un sentiment different du
vostre ; qui pûst croire, que la tradition divine deust estre seulement la regle de
nostre creance, et non pas le modelle de nos mœurs ; que l’approbation de la
doctrine des peres nous fust commandée, et que l’imitation de leur conduite nous
fust defenduë ; qu’il soit interdit de nous esloigner de ce qu’ils enseignent, et qu’il
soit permis de chercher des voyes pour aller au ciel, ou differentes des leurs, ou qui
mesme leur sont entierement opposées ; et enfin, que l’on ne puisse pas dire de la
foy, (...), la foy des temps, et non pas de l’evangile ; et que l’on puisse dire des
mœurs, (...), les mœurs des temps, et non pas de l’evangile. Nous apprenons des
peres, et particulierement de S Gregoire Le Grand dans ses morales ; que la vertu
et la pieté chrestienne ne doit pas estre moins fondée dans la succession
apostolique, que la doctrine et la foy ; (...). Ce qu’il confirme dans son pastoral,
escrit depuis ses morales, où il remarque, (...). Voila quel est le devoir, selon ce
grand pape, d’un pasteur evangelique, et d’un fidelle directeur des ames. Voila le
modelle de sa conduite : voila ce qui le rend digne de recompense devant Dieu, et
de loüange devant les hommes : voila ce qui le deffend contre les attaques de
l’ignorance, ce qui le justifie contre les accusations de la calomnie, et ce qui
l’absout, comme entierement irreprochable devant les sçavans et les vertueux.
Adrien Ii impose la mesme loy à tous les fidelles, et leur represente en peu de mots,
(...). Mais on ne peut rien adjouster aux paroles toutes divines d’un concile de nostre
France sur ce sujet. (...). Si les papes et les conciles parlent de cette sorte,
comment est-ce que nous qui ne sommes rien, prendrons la hardiesse de
mespriser les regles saintes de la pieté chrestienne, que les ss. Nous ont laissées,
et par leurs escrits, et par leurs exemples ; et croirons marcher plus seurement, en
marchant par des voyes toutes nouvelles, que ces grands maistres de la vertu ont
entierement ignorées, qu’en suivant les routes anciennes qui les ont conduits et
menez au ciel. C’est veritablement ce que vous avez grande raison de ne pas
vouloir souffrir, et ce qui est si contraire à l’esprit du christianisme, qu’un autre
grand pape dit, qu’il ne faut pas moins s’opposer à ceux, qui combattent les
constitutions des ss. Peres, en ce qui regarde les mœurs, qu’en ce qui regarde la
foy. C’est la decision que Gregoire Vii prononce dans une apologie qu’il fit dresser
pour les decrets de son concile de Rome : (...). Que si l’autorité de ces trois grands
papes, et de tous les autres peres, n’est que trop suffisante pour confirmer cette
maxime si sainte et si constante, que vous avez avancée ; cét oracle du S Esprit
mesme que vous alleguez, est capable de fermer la bouche à tous ceux qui ne la
respecteroient pas autant qu’ils doivent. Car puis que dans le passage que vous
avez cité, Saint Jean oblige tous les chrestiens, de demeurer fermes dans ce qu’ils
ont receu au commencement ; afin que le pere demeure en eux, et eux dans le
pere ; ne seroit-ce pas resister à la voix de Dieu, que de ne vouloir pas escouter
celle de ce grand apostre ; ou plûtost la voix generalle des apostres, et des
prophetes : puis que le vieil et le nouveau testament, ne condemnent rien si
puissamment en plusieurs endroits, que de quitter les voyes anciennes, et de
passer les bornes que nos peres ont marquées, pour se laisser emporter à des
doctrines estrangeres, et à des nouveautez prophanes. Ainsi d’une part vous avez
cet avantage, que l’on ne peut esbranler le fondement que vous avez estably en
cette dispute ; que l’on ne peut vous combattre que par vos propres armes, ny juger
de vos consequences, que par la verité de vostre principe : mais de l’autre, vous
avez grand sujet d’apprehender, qu’il ne se trouve par l’examen de vostre discours,
qu’au lieu de bastir avec de l’or, de l’argent, et des pierres precieuses sur un
fondement si divin, vous n’ayez basty qu’avec du bois, du foin, et du chaume : et
qu’ainsi, la parole de Dieu, qui est appellée feu dans les escritures, ne reduise encendres tout vostre edifice. Vous avez sujet de craindre que vos propres armes ne
se tournent contre vous ; que la verité, sur laquelle vous avez pensé appuyer vostre
doctrine, ne s’esleve la premiere pour la destruire ; et que Jesus-Christ ne vous
adresse ces paroles estonnantes de son evangile ; je vous juge par vostre bouche
. C’est ce que j’espere vous monstrer dans la suitte de cette response ; et ce que
vous reconnoistrez vous-mesme, pourveu que l’amour de la verité soit plus fort dans
vostre esprit, que la passion de defendre vos sentimens, (...). Lors que vous serez
victorieux de l’animosité qui vous possede, vous pourrez posseder la verité qui est
victorieuse de vous.
De la fréquente Communion... : Partie 1, Chapitre 2
Chapitre 2
de quelle sorte on doit suivre l’exemple de la frequente communion des premiers
chrestiens.
response. Vous ne sçauriez avoir un plus loüable dessein, que celuy que vous
proposez en cét article ; mais parce que la confusion sert autant à couvrir l’erreur,
que la distinction à éclaircir la verité ; pour proceder avec ordre dans la recherche
où vous m’engagez, il est besoin de considerer avant toutes choses, ce que tous
les peres nous enseignent, que l’eglise est composée de deux sortes de
personnes, d’innocens et de pecheurs ; c’est à dire, de ceux qui sont demeurez
dans la grace du baptesme, et de ceux qui l’ont perduë par quelque peché mortel.
Pardonnez moy si je vous dis, que toutes vos mauvaises consequences ne sont
procedées que de l’ignorance de cette distinction, et de la diversité de la discipline
envers deux estats si differents. Car tout ce recueil de passages, que vous n’avez
peut-estre jamais leus dans leurs sources, comme il est aisé de le juger, ne
monstre autre chose, que ce qui se pratiquoit envers les premiers, qui sont les
innocens et les justes ; et envers ceux d’entre les derniers, c’est à dire, d’entre les
pecheurs , qui s’estans purgez de toutes leurs impuretez par une longue et serieuse
penitence, s’estoient remis dans l’exercice d’une vie vrayment chrestienne. Mais
quant à ceux qui s’estoient nouvellement relevez de quelque peché mortel, je feray
voir dans la suitte, que tant s’en faut, qu’aucun des peres leur ait jamais conseillé de
communier souvent, qu’au contraire par la pratique de l’eglise ils ont tousjours esté
retranchez de la communion pour quelque temps, comme d’une viande trop solide,
et disproportionnée à leur foiblesse. De sorte que celuy qui veut regler la maniere
dont il se faut conduire, pour ce qui regarde l’eucharistie envers les pecheurs et les
penitens, (qui est le principal point dont veritablement il s’agit) par l’usage de
l’eglise ancienne envers les innocens et les justes, se rend aussi ridicule qu’un
homme qui ramasseroit tout ce que disent Hipocrate et Galien touchant la nourriture
de ceux qui se portent bien, pour en conclure que les malades, ou ceux qui ne font
que sortir de la maladie, se doivent servir du mesme regime de vivre. Mais pour
vous monstrer, qu’en tout cecy je ne desire rien dire de moy-mesme ; escoutez ce
que Sainct Bonaventure nous enseigne sur la mesme question que vous proposez ;
s’il vaut mieux communier souvent que rarement ; et sur le mesme exemple dont
vous vous servez, des frequentes communions de l’eglise primitive. Ce grand
homme, dont Gerson prefere la doctrine à celle de tous les autres scholastiques,
apres avoir rapporté ce qui se peut dire de part et d’autre touchant la frequente
reception de l’eucharistie, forme enfin sa decision en ces excellentes paroles. (...).
Ce seul passage pourroit servir de response toute entiere à tout vostre escrit, puis
qu’il renverse en ce peu de mots toutes vos fausses maximes. Car vous proposez
generallement à toutes sortes de personnes, quelques foibles et imparfaites
qu’elles soient, afin de ne dire pis, l’exemple des premiers fidelles, pour les porter à
communier souvent : et ce saint soustient au contraire, que cét exemple ne doit
estre imité que de ceux qui imitent la ferveur et la sainteté de ces premiers
chrestiens, et qui comme eux se conservent inviolablement dans la renaissance
divine, et dans la plenitude du Saint Esprit, que le baptesme et la confirmation leur
ont conferée. Vous voulez que pour tiede et pour froide qu’une ame se reconnoisse,
elle communie souvent sans aucune crainte : et luy, soustient au contraire, que les
ames froides, et qui se trouvent en l’estat de l’eglise finissante, dont Jesus-Christ
mesme a predit que le feu de la charité se refroidiroit, ne doivent communier que
rarement. Vous ne voulez pas, que ce soit une action de respect envers
l’eucharistie, que de s’en abstenir quelquesfois par humilité : et luy nous asseure,
que ceux-mesmes, qui sont arrivez à une plus grande perfection que ne porte cét
estat de la vieillesse de l’eglise, se doivent partager entre le respect, et l’amour ; et
que ce mystere demande d’estre honoré égallement par une abstinence religieuse,et par une sainte avidité. Vous osez nier, que le delay serve en quelque chose à
communier avec plus de reverence : et S Bonaventure condemne si clairement cét
erreur, qu’il enseigne en termes exprez, que l’ame qui a desja fait quelque progrez
dans la vertu chrestienne, doit se retirer quelquesfois du saint sacrement, pour
apprendre à le reverer, ut addiscat revereri . Et enfin, vous ne connoissez point
d’autre voye pour toutes sortes de personnes, que la multiplication des
communions : et ce saint qui estoit poussé d’un autre esprit que le vostre, et qui
sçavoit en combien de differentes manieres Jesus-Christ a accoustumé de
conduire ses serviteurs, veut que chaque personne juge par sa propre experience,
s’il luy est plus utile pour son avancement dans la pieté de communier plus, ou
moins souvent ; et qu’elle choisisse la voye qu’elle sent estre la plus agreable à
Dieu, et que Jesus-Christ favorise davantage de ses graces. Jugez quelle doit
estre vostre doctrine, puis qu’elle est directement contraire à celle de ce grand
docteur. Jugez, si c’est le plus grand malheur qui puisse arriver à l’eglise , comme
vous dites sur la fin de ce discours, de suivre le conseil de ce saint, pour porter
quelques personnes à se retirer quelquesfois de l’eucharistie par humilité et par
reverence ; et pour destourner les ames impures et pecheresses de communier
souvent ; ou d’y pousser indifferemment tout le monde, comme vous faites par
vostre escrit. Jugez si c’est sa doctrine, ou la vostre, qui est un stratageme du
diable , pour user de vos paroles. Et pardonnez-nous, si nous estimons davantage
le jugement de Saint Bonaventure, qui estoit animé de l’esprit, et esclairé de la
lumiere des anciens peres ; que celuy d’un homme, qui tesmoigne ne sçavoir que
des maximes que les peres ont ignorées, et ignorer celles que les peres ont
sceuës. Pardonnez-nous, si nous reverons autant la sagesse, avec laquelle il
distingue le temps de la plus grande vigueur, et de cette force heroïque de l’eglise
primitive, d’avec celuy de sa decadence et de son declin, les chrestiens du
treiziesme siecle, d’avec ceux du premier, les foibles estincelles du feu divin,
d’avec les flammes ardentes, qui embraserent toute la terre, comme nous
improuvons l’indiscretion avec laquelle vous confondez des âges si differents, et
des choses si distinctes et si separées. Et enfin pardonnez-nous, si nous aymons
mieux nous conduire selon cette regle ancienne d’un religieux si saint, d’un docteur
si celebre, et d’un prelat si illustre ; que selon les nouveaux advis d’un directeur
inconnû, qui peut-estre n’a qu’une vertu commune, et qui certainement n’a qu’une
suffisance tres-mediocre, et nulle autorité dans l’eglise.
De la fréquente Communion... : Partie 1, Chapitre 3
Chapitre 3
de la frequente communion, dont il est parlé dans les actes des apostres.
response. Si vous aviez entrepris de confirmer ce que je viens de dire, vous n’en
pouviez apporter une preuve plus evidente. Les apostres ont estably la communion
ordinaire entre les fidelles : mais entre quels fidelles ? Entre ceux que le baptesme
venoit de despoüiller du vieil homme avec toutes ses actions, et revestir du
nouveau ; à qui l’imposition de leurs mains venoit de conferer la plenitude de l’esprit
sainct ; dont la foy operoit tous les jours une infinité de miracles ; dont l’esperance
les eslevant desja dans le ciel, leur faisoit fouler aux pieds toutes les richesses de la
terre ; dont la charité, qui est le comble de la perfection chrestienne, estoit si
parfaicte, qu’ils ne faisoient tous ensemble qu’un cœur et qu’une ame : enfin entre
ceux, que l’eglise a tousjours considerez, comme le modelle le plus accomply de la
saincteté du christianisme, et de toutes les religions. Examinez, je vous prie, la
solidité de vos raisonnemens. Les premiers fidelles tout bruslans encore de ce feu,
que Jesus-Christ venoit d’envoyer du ciel, pour embraser les cœurs des hommes,
participoient souvent à l’eucharistie : donc quelque tiedeur, et quelque indevotion
que l’on ressente , sans peser, si c’est un effect de nostre foiblesse, où une suitte
de nostre mauvaise vie, on doit faire la mesme chose sans aucune crainte ; c’est
vostre doctrine. Ceux que le sang de Jesus-Christ encore tout boüillant venoit de
remplir de son saint amour, s’approchoient souvent des autels : donc ceux qui sont
remplis de l’amour d’eux-mesmes, font tres-bien de communier souvent ; c’est
vostre conduite. Ceux qui se trouvoient si destachez de toutes les choses du
monde, qu’ils portoient avec joye tous leurs biens aux pieds des apostres,
recherchoient souvent dans l’eucharistie de s’unir à Jesus-Christ : donc ceux-là luy
font grand honneur, de faire la mesme chose, qui sont si attachez au monde que
de merveille ; ce sont vos termes, et vos conseils. Ceux qui venoient de recevoir la
grace avec abondance, se nourrissoient souvent de ce pain des forts : donc plus
on se trouve denué de grace, plus on se doit hardiment approcher de l’eucharistie; ce sont vos propres paroles. Par quelles regles du raisonnement pourroit-on tirer
ces conclusions de ces principes ? Mais pour considerer la parole de Dieu, avec
un peu plus d’attention que vous n’avez fait ; je trouve que ce mesme endroict des
actes des apostres, nous fournit deux considerations extremément remarquables.
La premiere, c’est que l’escriture nous declare deux choses de ces premiers
chrestiens ; l’une, qu’ils perseveroient en la doctrine des apostres, et l’autre, qu’ils
perseveroient en la sainte communion ; où la seconde est une suitte de la premiere.
ils perseveroient, dit l’escriture, en la doctrine des apostres, et en la communion
de la fraction du pain. ne craignez vous point de commettre un sacrilege en
renversant l’ordre estably par le Saint Esprit, en faisant marcher, comme vous faites
tousjours en cét escrit, la perseverance en la communion, avant la perseverance en
la doctrine des apostres ; au lieu que la perseverance en la doctrine des apostres,
c’est à dire l’observation des regles divines qu’ils avoient apprises de Jesus-Christ,
et qu’il leur avoit commandé d’enseigner aux autres, precede selon l’escriture la
perseverance dans la participation de l’eucharistie. La seconde remarque, qui vous
monstrera bien evidemment, quelle pureté l’on doit avoir pour se presenter à la
table du seigneur ; c’est qu’au lieu que dans ce second chapitre il est expressément
dit des nouveaux convertis, qu’ils perseveroient en la doctrine des apostres, et en la
sainte communion : dans le premier, où l’escriture descrit particulierement, ce que
faisoient ces six vingts personnes, qui depuis l’ascension de Jesus-Christ
attendoient dans Jerusalem les effects de sa promesse ; il n’en est dit autre chose,
sinon qu’ils perseveroient en prieres, sans y adjouster un seul mot de l’eucharistie ;
d’où l’on peut aysément conclurre, que les apostres, apres avoir receu depuis la
resurrection tant de graces de leur maistre ; apres avoir receu le Saint Esprit par le
souffle mesme de sa bouche ; apres avoir receu de luy le commandement de
prescher par tout sa doctrine, et la puissance de la confirmer par toutes sortes de
miracles, ne se creurent pas neantmoins encore assez bien disposez pour se
nourrir de ce pain du ciel ; et voulurent attendre la plenitude du Saint Esprit, pour
celebrer plus dignement ces redoutables mysteres. Ce qui monstre l’ordre dans
lequel l’eucharistie doit estre receuë selon son vray usage : et l’on peut croire avec
raison que c’est pour cette cause que l’eglise, conduite par son espoux, a fait
celebrer la feste du saint sacrement immediatement apres celle de la pentecoste ;
afin d’apprendre à ses enfans, que la premiere est une preparation à la seconde ;
et qu’il faut que le Saint Esprit descende sur les hommes, pour les rendre capables
de s’approcher de cette viande sainte, afin que le mesme esprit qui a preparé la
Sainte Vierge par la plenitude de ses graces, pour former dans elle le corps mortel
du fils de Dieu, prepare encore et purifie par ses lumieres les ames des chrestiens
pour recevoir ce mesme corps du fils de Dieu ; mais impassible, immortel, et
glorieux, selon ce que les peres enseignent, que le saint sacrement est une suitte et
une estenduë de l’incarnation, extensio incarnationis . Et cette consideration de
l’eglise est si solide, et si veritable, que lors que le fils de Dieu communia les deux
disciples d’Emaüs, qui est la seule communion qui ait esté faite avant la descente
du Saint Esprit, l’evangile fait voir expressément par leurs propres paroles, qu’il leur
avoit auparavant remply le cœur du feu divin, ainsi qu’ils le tesmoignent eux-
mesmes, en s’escriant comme dans un transport de la grace qu’ils avoient receuë ;
nonne cor nostrum ardens erat in nobis ? nostre cœur n’estoit-il pas tout bruslant
dans nous ? De sorte qu’ainsi qu’il avança pour eux la distribution de son corps, il
avança de mesme l’effusion de son esprit, il leur donna des dispositions
extraordinaires, comme il les communia en un temps extraordinaire ; pour tracer en
eux une image de ce qui devoit arriver à tous les fidelles apres la descente du Saint
Esprit, comme il a figuré en une infinité de manieres dans l’evangile ce qui devoit
arriver à toute l’eglise.
De la fréquente Communion... : Partie 1, Chapitre 4
Chapitre 4
qui sont ceux qui meritent d’assister à la messe, selon S Denys.
response. Si vous aviez bien compris l’esprit veritable de cette sainte discipline, qui
s’observoit à la naissance de l’eglise, non seulement vous vous seriez abstenu de
la rapporter comme vous estant favorable, mais vous auriez facilement reconnu,
qu’il ne se peut rien concevoir qui soit plus contraire à vos maximes, et qui ruine
davantage toutes vos pretensions. Car que sert-il de nous dire, qu’avant la
celebration des mysteres, on chassoit tous ceux qui n’estoient pas disposez à
recevoir l’eucharistie, si vous ne nous enseignez, qui estoient ceux qu’ils n’y
jugeoient pas disposez. Et s’il se trouvoit, qu’ils eussent mis de ce nombre, nonseulement ceux, qui ne font pas profession de vivre vertueusement, (à qui
neantmoins vous conseillez la frequente communion, ainsi que je le feray voir,) mais
ceux mesmes, qui estoient une fois tombez de l’estat d’une vie sainte et
chrestienne, quoy qu’ils eussent dessein d’y r’entrer : non seulement ceux, qui
portans à la haste aux pieds d’un prestre leurs habitudes enracinées, et leurs
crimes encore tous vivans, doivent, selon vous, estre aussi-tost admis à
l’eucharistie, mais ceux mesmes, qui s’estans desja retirez de la vie contraire à la
vertu, ne sont pas encore purifiez des images qui leur restent de leurs
déreglemens passez : non seulement ceux, qui sont remplis de l’amour d’eux-
mesmes, mais aussi ceux, qui n’ont pas encore l’amour divin, pur, et sans aucun
meslange : non seulement ceux, qui sont si attachez au monde que de merveille ;
mais tous ceux, qui ne sont pas encore parfaictement unis à Dieu seul, et
entierement irreprochables.
si, dis-je, il se rencontroit, que toutes ces personnes eussent esté chassées du
sacrifice, cette sainte discipline feroit-elle voir autre chose, sinon, que ceux que
vous admettez, ou plustost que vous poussez à la frequente participation des
mysteres ; ne devroient pas seulement y assister, selon le sentiment de ces grands
saints, que vous confessez avec tous les catholiques au commencement de ce
discours, nous devoir servir de regle. Je ne desire pas que vous m’en croyez, mais
escoutons tous deux vos propres tesmoins ; et principalement celuy d’entr’eux qui
vous en peut le mieux informer, comme estant le seul qui ait escrit particulierement
de ces choses. Le grand S Denis declare ce que vous rapportez, qu’apres
l’evangile, et la lecture des saintes lettres, ceux, qui n’estoient pas disposez à
recevoir l’eucharistie, estoient mis dehors : mais parce que vous avez oblié de nous
dire, quels estoient ces gens-là, que l’on mettoit hors de l’eglise, il faut que ses
paroles vous l’apprennent ; ouvrez donc les yeux et les oreilles du cœur, et voyez si
vous pourrez soustenir la splendeur de ces esclairs, et le bruit de ce tonnerre. Cette
doctrine est-elle conforme à la vostre ? Et si ce grand saint avoit preveu tous vos
excez, et tous les desordres que vous voulez establir, (comme l’esprit qui l’animoit
les prevoyoit bien) les auroit-il peu estouffer avec des paroles plus pressantes ?
De la fréquente Communion... : Partie 1, Chapitre 5
Chapitre 5
de la coustume de communier tous les jours.
vous nous obligerez de nous monstrer ces divers endroicts, où Saint Augustin fait
cette remarque des eglises de Rome, et d’Espagne ; car je suis fort trompé si vous
en pouvez faire voir un seul. Pour Saint Hierosme il ne parle, dans l’apologie
adressée à Pammachius pour ses livres contre Jouinien, que des eglises de
Rome ; c’est dans l’epistre à Lucinius qu’il y adjouste celles d’Espagne : mais il ne
dit en nul endroict, que cette coustume leur fust demeurée du temps des apostres ;
comme il semble par vos paroles que vous le vouliez persuader. Et de plus, vous ne
deviez pas obmetre, que dans le lieu mesme que vous citez, Saint Hierosme parle
fortement contre ceux, qui sous le pretexte de cette coustume prenoient la
hardiesse de communier, n’estans pas dans toute la pureté que demande cet
auguste sacrement. Ce qui nous fait voir que quelque coustume qu’il y ait eu dans
l’eglise d’approcher souvent de l’eucharistie, elle ne donne jamais la liberté d’en
approcher qu’avec les dispositions necessaires pour un mystere si adorable : et
qu’ainsi, ne s’agissant pas s’il est bon de communier souvent, mais quelles doivent
estre les dispositions pour le faire, il suffit de vous renvoyer à Saint Denys, pour
apprendre sur ce sujet les sentimens des apostres ; et de leurs disciples.
De la fréquente Communion... : Partie 1, Chapitre 6
Chapitre 6
du commandement de communier en la primitive eglise.
vous avez raison de reconnoistre qu’il n’y a point de fondement assez solide, pourestablir dans la primitive eglise le precepte de communier tous les jours : et quant à
la coustume de participer au sacrifice toutes les fois que l’on y assistoit ; je vous ay
desja monstré qu’elle ne nous fait voir autre chose, sinon que ces saints disciples
des apostres, demandoient les mesmes dispositions pour entendre la messe, que
pour recevoir l’eucharistie : et par consequent, qu’il ne faut pas s’estonner si la plus
grande partie de ceux qui l’entendoient, y communioient. C’est pourquoy, quand
vous aurez banny de l’eglise tous ceux qu’ils en bannissoient, c’est à dire, (comme
Saint Denys nous le tesmoigne,) (...) ; l’on ne trouvera nullement mauvais, qu’à
l’exemple de ces premiers chrestiens, vous conviez à la reception de l’eucharistie,
tous ceux qui demeureront pour assister à la celebration des mysteres. Mais que
vous vous serviez de cette sainte pratique, pour porter ceux qu’ils auroient chassez
de l’eglise à s’approcher souvent des autels ; c’est ce qu’on ne peut voir sans
gemissement, et sans douleur. Et pour vous apprendre en passant (en attendant
que je le fasse plus au long en un autre endroit) que la coustume, ou mesme le
precepte, si vous le voulez, de communier souvent en la primitive eglise, ne
regardoit, que les innocens et les justes , et non pas les pecheurs et les penitens ,
il ne faut que vous renvoyer à vostre office, où vous trouverez que Saint Soter pape,
faisant commandement à tous les fidelles de communier le jour de la cene, ne
manque pas d’en excepter ceux, qui estoient separez de l’eucharistie pour quelque
peché mortel.
De la fréquente Communion... : Partie 1, Chapitre 7
Chapitre 7
en quel sens les peres conseillent la frequente communion.
hé ! Qui ne la conseille avec eux ? Mais vous ne nous dites jamais, que la moitié de
ce qu’il faut dire. Ce n’est pas assez de nous monstrer, que les peres ont conseillé
la frequente communion ; il faut faire voir à qui ils l’ont conseillée. Tous les
medecins conseillent le pain et la viande, comme une fort bonne nourriture :
s’ensuit-il pour cela qu’ils les conseillent indifferemment à toutes sortes de
personnes, et qu’ils en nourrissent les malades, aussi-tost mesme qu’ils sont hors
de fievre ? C’est pourquoy je vous conjure au nom de celuy, qui ayant rachepté ses
brebis de son propre sang, ne veut pas qu’on les nourrisse du poison d’une
mauvaise doctrine ; de nous declarer, si vous croyez, que cette frequente
communion, dont les peres parlent, s’estendist égallement aux innocens et aux
coupables ; aux justes , et aux penitens . Si vous avez cette creance, je vous feray
voir par tous les peres que vous citez, que vous n’estes pas fort intelligent dans leur
doctrine : que si vous ne l’avez pas ; vous abusez de l’ignorance des autres dans
une matiere aussi importante que la conduite des ames ; leur faisant accroire, que
suivant l’esprit des peres, ils doivent communier souvent, au lieu qu’en l’estat où
une grande partie se trouve, les peres les eussent retranchez pour long-temps de la
veuë mesme des mysteres.
De la fréquente Communion... : Partie 1, Chapitre 8
Chapitre 8
sentimens de Saint Basile, touchant la penitence et la sainte communion.
ce que vous rapportez de Saint Basile, (puis qu’il faut que je vous trouve tous vos
passages) ne se rencontre que dans un recueil d’epistres adjousté à ses œuvres,
dont une grande partie n’est pas de luy : et il y a mesme beaucoup de sujet de
croire, que celle que vous citez, qui est la 289 ad caesariam patritiam , n’est pas
de ce saint. Mais quoy qu’il en soit, en retranchant de ce passage le mot de, tous,
que vous y avez adjousté, le reste ne nous monstre, que ce qui se pratiquoit envers
ceux, qui menoient une vie veritablement chrestienne ; et non point envers ceux, qui
en estoient decheus par des pechez mortels ; en quoy consiste le principal point de
nostre contestation, personne ne doutant que la frequente communion ne soit utile
aux ames pures. Mais pour ce qui regarde les personnes, qui ont besoin de
penitence, si vous aviez un peu leu Saint Basile, vous n’auriez eu garde de le
produire en cette rencontre pour apuyer vos sentimens : car si entre les ouvragesqui sont indubitablement de luy, vous aviez leu seulement ses deux epistres à
Amphilochius, qui ayant esté inserées par l’eglise grecque dans le corps de ses
canons, ne doivent plus estre considerées, comme l’opinion du seul Saint Basile,
mais comme la voix de toute l’eglise d’Orient ; vous y auriez trouvé des choses fort
peu propres à establir vostre doctrine. Vous y auriez veu plusieurs années de
penitence, et de separation de l’eucharistie, pour des pechez fort ordinaires, et
pour quelques-uns des moindres d’entre les pechez mortels. Une année, et
quelquefois deux pour un larcin : quatre ans, et quelquefois sept pour une simple
fornication : onze ans pour les parjures : quinze ans pour un adultere : le mesme
temps pour avoir contracté mariage dans les degrez deffendus : vingt ans pour un
homicide : toute la vie pour le violement qu’un religieux ou une religieuse auroient
fait de leur vœu de chasteté. Vous y auriez mesme rencontré des années entieres
de retranchement de l’autel pour des actions qui sont innocentes d’elles-mesmes, à
cause seulement qu’elles portent quelque image d’incontinence, et que
procedantes de quelque sorte de relaschement, elles sembloient un peu blesser
cette grande pureté, que l’eglise jugeoit necessaire à ceux qui s’approchoient de
l’eucharistie ; sçavoir pour les secondes nopces ; quoy qu’il declare formellement,
qu’il les tient pour de bons, et legitimes mariages : mais afin que cette severité ne
vous estonne pas trop, vous apprendrez deux choses du mesme saint, qui vous
feront voir le juste temperament, que l’esprit de Dieu veut estre observé entre la trop
grande rigueur, et la trop grande condescendence. La premiere, que bien que ces
temps fussent prescrits par les canons, il demeuroit tousjours en la puissance de
l’evesque d’en relascher quelque chose, selon les fruits de penitence, que ceux à
qui l’on l’avoit imposée, faisoient paroistre. La seconde, que si les pecheurs
refusoient de subir ces lois, ces grands saints ne se relaschoient pas pour cela de
la vigueur de l’evangile. Le canon 84 de la seconde epistre justifie l’un et l’autre en
des termes tres remarquables, (...) ! Mais pour apprendre encore plus
particulierement de ce grand saint avec quelle disposition il se faut approcher de
l’eucharistie, il ne faut que lire ce qu’il escrit dans le chapitre dernier du livre premier
du baptesme ; (...). Et Sainct Basile ne separe point ses deux nourritures, l’une
d’avec l’autre ; establissant comme une maxime constante, que celuy qui ne fait pas
la volonté de Dieu, en violant les preceptes de l’evangile par la corruption de ses
mœurs, doit estre privé de la communion ; c’est à dire que celuy qui ne se nourrit
pas de bonnes œuvres, qui sont la premiere nourriture celeste, et spirituelle, doit
estre privé de l’autre : ce qu’il ne dit pas seulement de ceux qui sont dans le
desordre du vice, et qui commettent des pechez mortels à toutes rencontres ; mais
de ceux mesmes qui menent une vie plus reglée, et comme moitié chrestienne, et
moitié seculiere, ne vivans pas tout à fait pour Jesus-Christ, selon ce qu’ils ont
promis au baptesme. Et il establit cette maxime, (...). Considerez, je vous prie, avec
quelque attention, les paroles de ce grand saint, et jugez si celuy qui ne se contente
pas que l’on soit exempt de toute impureté de corps, et d’esprit , pour approcher
de l’eucharistie, envoyeroit à la table sacrée ceux qui auroient commis des pechez
mortels, aussi tost apres une simple confession. Jugez, si celuy qui veut, que l’on
monstre clairement, que l’on est mort au peché,
(ce qui ne se peut faire, que par le tesmoignage des bonnes œuvres, qui sont les
fruits certains et visibles de cette mort sainte) feroit communier tous les huict jours,
ceux dont les habitudes inveterées, et les passions criminelles sont encore toutes
vivantes. Jugez enfin si celuy qui veut, que l’on tesmoigne clairement, que l’on est
mort au monde, et à soy-mesme, et que l’on ne vit plus que pour Dieu seul,
porteroit à des frequentes communions (ainsi que vous faites, et que vous le
declarez en termes formels dans cet escrit) ceux qui sont remplis d’amour d’eux-
mesmes, et si attachez au monde que de merveille ?
De la fréquente Communion... : Partie 1, Chapitre 9
Chapitre 9
que Saint Epiphane ne dit rien qui favorise cet auteur.
vous demeurez tousjours dans le mesme esgarement, ne prouvant jamais ce dont il
s’agit. Mais de plus, encore que vostre façon de citer des volumes tous entiers,
sans specifier aucun lieu, soit fort propre pour n’estre pas facilement convaincu
d’alleguer à faux : je prendray neantmoins la hardiesse d’asseurer en cét endroit
que vous vous trompez, ou que vous voulez tromper les autres, ce que j’aurois plus
de peine à croire. Vous n’avez pû prendre ce que vous rapportez de Saint
Epiphane, que de la declaration de la foy, qui est à la fin de son ouvrage contre lesheresies : où il ne dit autre chose, sinon (...) ; mais par ce qu’il y a dans le grec le
mot de (...), qui se prend assez souvent pour l’eucharistie, un medecin alleman la
traduit inconsiderément, communiones,
ce que vous avez aussi-tost pris, pour un precepte de communier trois fois la
semaine, en y adjoustant du vostre, que Saint Epiphane parle de son eglise en
particulier. On pourroit traiter cette question, si toutes les fois que les chrestiens
s’assembloient, on leur distribuoit l’eucharistie ; mais elle n’est pas de nostre sujet,
et il n’est point besoin de l’examiner icy. Car quand cela eust esté, les penitens en
seroient tousjours demeurez exclus, et pour ce qui regarde les autres fidelles, il eust
entierement dependu de leur liberté, de ne s’en approcher pas. Ce qui justifie bien
le peu de verité qu’il y a dans vos paroles : lors que vous faites dire à Sainct
Epiphane ; qu’il estoit enjoint à ceux de son eglise de communier trois fois la
semaine. et pour monstrer, que vous faites force sur ce mot, d’enjoint ; qui marque
precepte, et necessité, vous adjoustez ; qu’aux autres jours il n’estoit pas
deffendu, comme de fait plusieurs ne laissoient pas de communier ; ce qui est
une fausseté si estrange, et qui m’a tellement surpris, que je ne puis m’empescher
d’en rougir pour vous, n’y ayant pas un seul mot dans Sainct Epiphane, qui puisse
donner la moindre occasion de luy attribuer des choses, aux quelles il ne pensa
jamais. C’est à vous à me detromper si je m’abuse, et à nous descouvrir ce secret,
par lequel vous lisez dans les peres, ce que tous les autres n’y ont jamais leu.
De la fréquente Communion... : Partie 1, Chapitre 10
Chapitre 10
explication d’un passage de Saint Ignace.
il ne faut qu’opposer à l’obscurité de vos paroles la clarté de celles de S Ignace,
pour juger, que leur vray sens est tres-éloigné de vostre pensee : car voicy comme
ce S Martyr parle dans l’epistre aux ephesiens, de laquelle seule vous pouvez avoir
tiré ce passage, quoy que sur vostre citation il soit assez difficile de le reconnoistre.
(...). Je sçay bien, que ces paroles du texte grec (...), ont donné lieu à quelques
interpretes d’entendre de l’eucharistie le commencement de ce passage. Mais le
mot de (...) qui suit apres, monstre clairement, que ces termes ne signifient autre
chose en ce lieu, que l’action de graces, et de loüanges qu’on rend à Dieu ; pour
laquelle l’on sçait que les chrestiens s’assembloient, et non pas seulement pour
communier. Et d’ailleurs, il est visible, que l’effect dont vous parlez en vostre article,
de repousser les puissances de Sathan, n’est pas attribué à l’eucharistie, quand
mesme le mot (...), la marqueroit ; mais à l’unité de l’esprit, et de la foy, au lien de la
paix, et de la concorde, qui s’entretenoit par ces saintes assemblees, et qui
s’enflammoit par les hymnes, et par les cantiques qu’ils chantoient, pour imiter dans
la terre, ce que les anges font dans le ciel. Et ce que Sainct Ignace dit icy a grand
rapport à ces paroles celebres de Tertullien ; (...). Qui peut douter, que ce qui est
agreable à Dieu, ne soit odieux, et formidable aux demons, comme dit ce grand
martyr ? Et qui ne voit, que ces esprits de tenebres conspirans tous ensemble pour
blasphemer Dieu, ils ne peuvent rien haïr davantage, que ceux qui conspirent
ensemble pour le loüer ? Cette interpretation neantmoins, qui paroist tres veritable
et tres naturelle, n’empesche pas, que sous ces paroles generales de rendre
graces à Dieu, et de le loüer , l’eucharistie ne puisse estre comprise, comme la
plus parfaite de toutes les actions de graces, et qui est appellée particulierement le
sacrifice de loüange. Mais apres que vous aurez remarqué, que ceux à qui il
escrivoit, estoient en un si eminent degré de saincteté, qu’il prie Dieu peu
auparavant, (...). Apres cela, dis-je, vous n’aurez plus sujet d’abuser de ce passage
(quand mesme il ne s’entendroit que de la seule communion ; ce qui n’est pas) pour
porter à une aussi frequente participation de l’eucharistie, ceux qui n’ont pas
seulement l’ombre de la vertu de ces chrestiens d’Ephese, et qui pour user de vos
mesmes termes ; (...), que ces premiers fidels estoient remplis de l’amour de Dieu,
et attachez à Jesus Christ seul.
De la fréquente Communion... : Partie 1, Chapitre 11
Chapitre 11

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