Découverte des tombeaux des rois de Navarre à Lescar - article ; n°77 ; vol.17, pg 450-463

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Revue d'histoire de l'Église de France - Année 1931 - Volume 17 - Numéro 77 - Pages 450-463
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1931
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Victor Dubarat
Découverte des tombeaux des rois de Navarre à Lescar
In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 17. N°77, 1931. pp. 450-463.
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Dubarat Victor. Découverte des tombeaux des rois de Navarre à Lescar. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 17.
N°77, 1931. pp. 450-463.
doi : 10.3406/rhef.1931.2593
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1931_num_17_77_2593u'r
DÉCOUVERTE
DES TOMBEAUX DES ROIS DE NAVARRE
A LESCAR
I. Les origines de Lescar. — II. Le Saint-Denis du Béarn. — III. Opi
nions diverses sur le véritable emplacement des tombeaux royaux. —
IV. Les tombeaux des rois de Navarre ont-ils été toujours respectés ?
— V. Comment est venue la pensée de faire des recherches dans la
cathédrale de Lescar. — VI. Discussion sur l'emplacement des tom
beaux des princes de la maison de Navarre. Opinion de Lanore. —
VII. Les documents de 1555 et de 1617. — VIII. Les fouilles de 1928
et 1929. — IX. L'opposition. Princes enterrés à Lescar. — X. Ce que
nous n'avons pas retrouvé. — XI. Sépulture nouvelle.
I. — Les origines de Lescar.
Lescar est maintenant une petite ville, située sur la gau
che du chemin de fer de Bayonne à Pau, à 8 kilomètres en
viron du chef-lieu des Basses-Pyrénées. C'est le grand his
torien béarnais Marca, qui a identifié Lescar avec l'antique
Beneharnum; cité épiscopale d'avant le vie siècle, elle fut
gouvernée par l'évêque Galactoire qui assista au concile d'Ag-
de en 506 et mourut, en martyr, victime des Ariens Wisi-
goths, à Mimizan (Landes), d'après la tradition. Une belle
cathédrale romaine bâtie par l'évêque Gui de Lons, au xn*
siècle, et bien conservée encore, donne à la ville un particul
ier cachet d'antiquité et de grandeur. Fort maltraitée au
moment des guerres de religion, surtout en 1569, relevée
par les deux évêques Jean et Jean Henri de Salette (1609-
1658), elle subit encore pendant la Révolution les pires ex
cès et les suprêmes désolations. Son dernier évêque, Mgr de
Noé, appelé par Pie VII à l'évêché de Troyes, après le Concord
at, y mourut en septembre 1801, au moment où il était
désigné pour le cardinalat.
H. — Le Saint-Denis du Béarn.
La cathédrale de Lescar était réputée le Saint-Denis des
souverains du Béarn, rois de Navarre. La tradition n'en est
pas bien ancienne, mais la Gallia Christiana de 1656 le dé- TOMBEAUX DES ROIS DE NAVARRE A LESCAR 451 LES
clare alors en ces termes : « Hoc templum, ut divi Dionysii
fanum prope Lutetiam, regurn nostrorum mausoleum est, sic
et Lescariensis basilica regum Navarrae existit. » C'est-à-
dire : « De même que Saint-Denis près de Paris est le maus
olée des rois de France, de même la cathédrale de Lescar
conserve la dépouille des rois de Navarre. »
Mais où se trouvait ce dépôt royal ? Un document de 1688,.
appelé le Placet, envoyé par Lescar à Louis XIV pour ob
tenir l'érection de la statue du grand roi, projetée par les-
États de Béarn, nous dit : « Les princes de Béarn,ayant suc
cédé au rojraume de Navarre, voulurent être ensevelis dans
quelqu'une des chapelles de cette église, sans qu'on sache pré
sentement l'endroit, à cause que les derniers malheurs de l'hé
résie en ont perdu la mémoire1. » De là les opinions les plus-
fantaisistes sur l'emplacement des tombeaux royaux.
III. — Opinions diverses
sur le véritable emplacement des tombeaux royaux.
La fin du xve siècle et tout le xvi" connurent les tombeaux:'
des rois de Navarre. Le premier souverain enseveli dans lar
cathédrale de Lescar, fut, sans doute, François Phébus, mort
à Pau, à l'âge de seize ans. Dans son testament du 29 janvier
1483, il demande à être enterré, comme les rois de Navarre,
ses prédécesseurs, davant Vautar mayor de la glisia de Nostrœ
Dama de Pampalone. Sa mère, Madeleine de France, fille de
notre Charles VII et sœur de Louis XI, préféra laisser som
fils à Lescar et le fit enterrer à la cathédrale.
La sœur de ce jeune prince était Catherine de Foix, qui
épousa Jean d'Albret. C'est elle, qui disait à son mari: « Sr
vous étiez née Catherine et que je fusse Jean, nous n'au
rions pas perdu la Navarre. » Ce désastre se produisit en
1512. En quelques jours, sans cause ni raison, presque sans
déclaration de guerre, dans une sorte de promenade militaire,.
Ferdinand le Catholique s'empara, sans coup férir, de 1st
Haute-Navarre, que tous les efforts et les protestations ul
térieures ne purent jamais rendre à ses princes légitimes.
Jean et Catherine, morts en 1516 et 1517 à Monein et à
Mont-de-Marsan, furent à leur tour enterrés dans la cathé
drale de Lescar ; « quedaron depositados en un mismo ni-
cho » ajoutent les Annales de Navarre1.
1. V. Dubarat, Documents et bibliographie sur la Réforma (Pau, Vi—
gnancour, 1900), t. I, p. 27.
2. Anales del reino de Navarra, 1. XXXV, n. 12. 452 REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE
Après eux, les deux grands morts, enterrés dans la même
nécropole, furent la célèbre Marguerite d'Angoulême, sœur
de François Ier (1549), et son mari Henri II, roi de Navarre,
mort à Hagetmau (Landes), en 1555.
Pour ces cinq personnages, le moindre doute ne saurait
exister sur leur sépulture, car un certain nombre de docu
ments viennent à ce sujet apporter une affirmation sans ré
plique. On ne saurait prouver aussi facilement que tous ces
princes demandèrent à Lescar une inhumation provisoire.
Pas un texte ne le déclare et M. Boissonnade reconnaît fort
justement que c'était là une tradition rapportée par Galland,
dans son Mémoire sur l'histoire de Navarre8.
Il faut faire ici une remarque curieuse, mais très import
ante, c'est qu'aucun texte n'indique l'endroit précis où furent
déposés les corps de ces souverains, pas même les deux Pro
cès-verbaux, assez minutieux, des obsèques d'Henri II de Na
varre et de la célèbre Marguerite, sa femme. De la lecture
de ces textes, il ressort que la sépulture était assez près du
siège episcopal, non loin des stalles canoniales où s'assirent
les grands personnages qui assistèrent à leurs obsèques. Pour
l'enterrement de Marguerite, la place du roi était « en la
chaire de l'évêque à la main droite, en entrant au chœur »,
tandis que « de l'autre côté du chœur » furent placés « les
quatre grands deuils » et que « dans le fond du chœur »
se tenaient « les gens du Conseil, tant de Navarre que Béarn,
dans les hautes chaires, et aux basses, devant eux » les juges
du sénéchal. Les tombeaux royaux ne devaient pas, en effet,
être bien éloignés du chœur episcopal, mais ils n'étaient pas
dans une chapelle particulière, comme le dit le poète Fon-
deville, au xvne siècle. Les contemporains le savaient bien,
jusqu'au commencement du xvne siècle, puisque l'historien
Olhagaray, qui publiait son ouvrage en 1609, mentionne
l'existence du tombeau de la reine Catherine de Foix à la
cathédrale « où elle git ».
Au xviie siècle, un nuage s'étend peu à peu sur les tombes
royales, au point de les faire oublier.
En 1617, le Cahier des évêques béarnais en rappelle la des
truction odieuse. Il l'attribue au mauvais état de la voûte
du sanctuaire, mal entretenue par les protestants, qui lai
ssèrent les gouttières de la toiture provoquer la chute de la
3. P. Boissonnade, Hist, de la réunion de la Navarre à la Castille
■{Paris, 1893), p. 478. — V. Dubaràt, Ordre des funérailles d'Henri H,
jroi de Navarre. In-8°, 1928. Tarbes. : LES TOMBEAUX DES ROIS DE NAVARRE A LESCAR 45$
voûte vers 1599 sur les tombeaux des rois : état misérable
qui durait encore en 1629. Un vieux document, qui est la
nomination du gascon Jean Jagot, à l'évêché de Lescar, en
mars 1572, rappelle que la cathédrale est déjà magna ex
parte diruta1. Citons enfin la Gallia Christiana de 1656 qui
mentionne la cathédrale de Lescar comme le Saint-Denis
de Béarn, avec ses tombeaux et ses cénotaphes en marbre
blanc entourés de grilles en fer. Dans la crypte reposent les
princes et les princesses dont on rappelle les noms. Cela pa
raît assez précis. Mais trente ans plus tard, le Placet de 1688
proclame l'oubli du lieu où étaient enterrés les souverains,
car « les Princes de Béarn, ayant succédé aux royaumes de
Navarre, voulurent être ensevelis dans quelqu'une des cha
pelles de cette église5 ».
IV. — Les tombeaux des rois de Navarre
ont-ils été toujours respectés ?
Un texte très impressionnant du chanoine Bordenave (cou
sin germain de Marca) ne laissait à ce sujet aucune illusion.
S'adressant à Louis XIII, au moment où le roi était venu en
Béarn, en 1620, il lui disait, dans une virulente apostrophe :
« Voyez-y les sépulcres de vos prédécesseurs dans l'église
de Lascar, paganesquement ouverts, leurs caisses sacrilège-
ment emportées, leurs ossements inhumainement épandux
et mêlés confusément avec la carcasse de la lie du peuple
jusques à là que les régents et écoliers s'en jouaient dans le
temple, dans les cloîtres, dans les classes9. » C'était là une
accusation écrasante. Un autre texte, du mois de mars 1572,^
que nous venons de citer, disait encore que, par ordre de la
reine de Navarre, la cathédrale avait été en partie détruite
et mise au raz de terre, magna ex parte diruta et solo aequata
fuif. Enfin, le texte de la Gallia de 1656 n'était pas plus
rassurant, car on y parle des rois de Navarre « quorum
coenotaphia ex marmore albo cum ferreis cancellis viseban-
tur; sed regum et reginarum imagines conculcatae et in
frusta disjectae (fuerunt) a delegatis Johannae, reginae Na-
varrae* ». En face de ces documents, il semble qu'il n'y avait
pas grand espoir que leur sépulture fût conservée.
On pouvait répliquer cependant que Jeanne d'Albret avait
4. Arch. Vatic. Armar, XII, n° 145, et Acta Corner. X, fol. 104 r°.
5. V. Dubarat, Docum. et bibliogr. sur la Réforme, t. I, p. 27.
6. L'Estat des Églises et cathédrales (1641), p. 850.
7. Arch. Vatic, Armar. XII, 145.
8. Gallia christ. (1656), t. II, p. 612. 454 REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE
demandé en 1572 à être ensevelie « au sepulchre de ses an
cêtres9 ». L'eût-elle demandé, si le tombeau n'existait plus ?
Le Cahier des évêques béarnais, en 1617, signé de leurs
mains, rappelle à Louis XIII que la cathédrale de Lescar
« dans laquelle les rois de Navarre avaient jadis élu leur sé
pulture, comme les rois de France à Saint-Denis », contenait
toujours leurs tombeaux où Henri II, de Navarre, et sa fem
me, Marguerite « sœur de feu roi, François le Grand, sont
enterrés10 ». Pense-t-on qu'Henri de Sponde, qui flétrit avec
tant d'énergie, dans les Cimetières sacrés, la profanation des
tombes royales de Vendôme, d'Orthez et de celle du cardinal
d'Albret à Castel jaloux (Lot-et-Garonne), aurait passé sous
silence la violation du caveau des rois de Navarre ? Cela pa
raît tout à fait inadmissible et donnait quelque confiance sur
le succès de fouilles à Lescar.
V. — Comment est venue la pensée
de faire des recherches dans la cathédrale de i.escar.
On y pensa tout d'abord en 1818. Un rédacteur du minis
tère de l'Intérieur, M. Descombes, espérait faire plaisir aux
Bourbons, lorsqu'il entreprit des fouilles, le 24 octobre 1818.
Il commença par la Chapelle ardente, dont la dénomination
du xvie siècle se conserve encore aujourd'hui. Le procès-ver
bal du travail alors exécuté est complet. On trouva dans un
caveau, maçonné en briques, un crâne, plusieurs ossements
et divers lambeaux de vêtements et, là même, à côté du cer
cueil, trois crânes et d'autres ossements. Très peu confiant
en sa découverte, M. Descombes fit ouvrir « contre le mur de
la chapelle du Saint-Esprit » une sépulture où il ne trouva
rien. Tout cela n'empêcha pas l'archéologue improvisé de
saluer « cette heureuse découverte, qui est un dépôt pré
cieux, puisqu'il renferme une partie des cendres des ancêtres
de nos rois ». Un registre du Conseil municipal conserve ce
•document intéressant.
On né pensait plus à cette question, lorsque le 22 décem
bre 1890, le journal espagnol El Guipuzcoano de Saint-Sé
bastien, fit savoir que la Commission des monuments histo
riques de Navarre, sous la présidence de M. le marquis d'E-
chandia, membre de l'Académie d'histoire de Madrid, se pro
posait de réaliser « la clause testamentaire par laquelle les
rois dépossédés de Navarre, Don Juan et Dona Catalina, ma-
9. V. Dubarat, Découverte des tombeaux..., Tarbes, 1929, p. 24.
10. V. Dubarat, Découverte des p. 42. LES TOMBEAUX DES ROIS DE NAVARRE A LESCAR 455
nifestèrent leur volonté d'être enterrés provisoirement dans
la cathédrale de Lescar, jusqu'au moment où leurs corps
pourraient être transférés dans celle de Pampelune, à côté
des rois leurs prédécesseurs ».
M. Barthety, qui était reconnu comme l'historien très au
torisé de sa petite patrie, publia à ce sujet plusieurs articles
de journaux et sa brochure : Le tombeau de Jean d'Albret et
de Catherine de Navarre à Lescar. En fait, il n'y eut aucun
échange de vues entre les gouvernements et tout se borna à
une faible campagne de presse sans résultat. D'ailleurs, Bar
thety ne croyait guère à une découverte possible. Il écrivait
dans le Mémorial des Pyrénées du 26 décembre 1890 : « Mal
heureusement, les documents historiques n'autorisent en ce
moment aucun espoir » ; et bientôt après, rappelant toutes
les pages sinistres qui relatent les désastres du catholicisme
«n Béarn au xvie siècle, il ajoutait : « II est impossible, à
notre avis, de découvrir aujourd'hui les restes de Jean d'AU
bret et de Catherine de Foix11. »
C'est après son article du Mémorial, le 29 décembre 1890,
que je me permis d'écrire à Barthety une lettre de véritable
encouragement. Je venais de trouver, dans le courant de
mes lectures, une note curieuse d'un célèbre commentateur
des Fors de Béarn, David de Labourt, qui, dans son Introduc
tion historique, écrivait, après 1640 : « Catherine est enter
rée, ainsi que Jean d'Albret, son mari, dans l'église cathé
drale de Lescar, sous une même tombe, qui est élevée à l'en
trée du sanctuaire, ainsi qu'appert d'un ancien titre qui est
aux archives de Lescar : Ante altare Beatae Mariae in capite
chori12. » C'est ce texte, bien interprété, qui fera découvrir les
tombeaux royaux de Navarre. Et aussitôt, Barthety reprit
confiance et recommanda des fouilles à la cathédrale; mais,
peu après, toutes les ardeurs tombèrent et la question ne fut
remise sur le tapis, que quinze ans plus tard, lorsque M. La-
nore, archiviste des Basses-Pyrénées, publia sa Notice histo
rique et archéologique sur l'église Notre-Dame de Lescar, en
190523.
11. Le tombeau de Jean d'Albret... dans le Bull, de la Société des
sciences, lettres et arts de Pau, t. XX, p. 89.
12. Manuscrits aux Archives des Basses-Pyrénées et à la Bibliothèque
<le Pau. Introduction. Règne de Jean d'Albret et de Catherine de Foix.
13. Bulletin monumental, année 1904. Ce travail fur repris et aug
menté dans la Revue archéologique et historique du Béarn et du Pays
■basque, an. 1904-1905. Les deux impressions ont donné lieu à un tirage
.à part. 456 REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE
VI. — Discussion sur l'emplacement des tombeaux
des princes de la maison de Navarre. — Opinion de Lanore-
Avant Barthety, l'abbé Laplace, ancien vicaire de Lescar,.
avait publié en 1863, une Monographie de Notre-Dame de
Lescar, travail méritoire, mais sans critique, où le laborieux,
auteur s'en tenait — quoique avec quelque méfiance — aux
fouilles de Descombes en 1818. Barthety était bien resté le
seul historien de Lescar jusqu'au moment où Lanore publia
sa Notice. Véritable homme de science, d'une grande distinc
tion et de rare obligeance, Lanore était peu connu comme
érudit avant sa publication sur la cathédrale de Lescar, dont
il parut coup sur coup deux éditions14. Mais, tandis que la
première édition ne donnait que quelques lignes sur les s
épultures royales (p. 46), la seconde ne leur consacrait pas
moins de onze pages (88-99). Cette brochure était une véri
table mine de renseignements et l'exposé le plus sûr qui eût
jamais paru sur notre vieille cathédrale romane. C'est au
tour du texte de Lanore que s'établit, depuis lors, toute dis
cussion possible sur les tombeaux des rois de Navarre.
Lanore fait l'histoire assez complète et bien documentée
des sépultures royales. Malheureusement, il n'a pas connu
les deux documents de 1617 et de 1656 (quoiqu'il cite ce der
nier dans une note14). Que pense-t-il sur la destruction des
tombes ? : « La tombe de l'évêque Gui [1141], déclare-t-il»
fut violée et ne dut pas être la seule. Alla-t-on jusqu'au sac
complet des sépultures des rois et à la dispersion de leurs
restes ? C'est fort possible. » Mais, conclut-il, « en résumé*
personne, avant les environs de 1630, ne paraît soupçonner
que les sépultures royales aient été détruites; au contraire,
jusque dans le xvnc siècle, des écrivains bien placés pour
être renseignés, témoignent que les restes des souverains de
Béarn reposaient dans la cathédrale; mais, dès cette dernière
époque, on ne savait plus en quel endroit précis. J'en con
clus que la partie extérieure de ces tombes avait pu être dé
truite, les sculptures brisées, les épitaphes plus ou moins
effacées; je ne crois pas qu'on puisse aller au delà16 ». La
conclusion paraît sage.
14. Notice... (1905), p. 97, n. 1; mais une grosse erreur s'est glissée
dans la traduction de ce texte, lorsqu'il est dit des statues royales bri
sées « que leurs restes gisent dans le tombeau ». Au contraire, les sta
tues furent brisées et leurs débris dispersés : Imagines conculcatae et
in frusta disjectae.
15. Notice... (1905), p. 96. LES TOMBEAUX DES ROIS DE NAVARRE A LESCAR 457
L'emplacement des tombeaux royaux peut-il être déter
miné ?
Ici Lanore va se fourvoyer complètement. Rappelant les
fouilles de 1818, il déclare qu'on n'avait pas fouillé au bon
endroit. Le texte précieux cité par Labourt nous apprend en
effet, que le tombeau de Jean et de Catherine était placé
« ante altare beatae Mariae in capite chori », ce que Labourt
traduit par l'entrée du sanctuaire, tandis qu'il s'agit vra
isemblablement du chœur des chanoines qui était dans la
nef", ajoute Lanore. Il continue : « Depuis le xvne siècle, au
moins, l'autel de la Vierge occupe la travée [aprè;s le tro
isième pilier] du bas-côté nord, en sorte qu'un tombeau placé
devant cet autel se trouverait précisément voisin de l'entrée
du chœur. // y a là une coïncidence très frappante qui donne
à croire que l'autel au xvie siècle occupait la même place. »
Les sépultures royales n'étaient pas dispersées, mais grou
pées, puisque les rois Jean et Henri expriment la volonté
d'être enterrés chacun « au sepulchre de ses ancestres », et
dans une chapelle, remarque le poète Fondeville :
La regine houegou tout dret hens la capere
On ere susterrat son pay dab sous ayons"
Et Lanore termine ainsi sa discussion : Ce texte « prouve
que cette chapelle est celle de la Vierge. C'est donc, dans le
bas-côté nord, en avant de l'autel de la Vierge, vers la nef,
qu'il faudrait tenter une fouillels. »
En résumé, c'est le chœur qui doit diriger toute l'orienta
tion des recherches, pour Lanore; et ce chœur était le chœur
des chanoines. Pour lui, il n'y avait et il n'y eut jamais que
ce chœur des chanoines qui ait existé.
Il connaissait le long procès suscité au dernier évêque
de Lescar, Monseigneur de Noé, par ses chanoines qui se
prétendaient exempts et qui ne voulaient pas que le prélat'
traversât leur chœur avec la crosse. Ce chœur était encadré
de belles boiseries en bois, du xvne siècle, aujourd'hui encore
conservées. Ce chœur était placé « vers le milieu de l'église,
dans les travées de la nef les plus voisines du transept19 ». Et
Lanore concluait ainsi : « Cet emplacement du chœur, dont
le plan de Saint-Gall offre déjà un exemple au ixe siècle, fut
très fréquent en France, jusqu'à la Renaissance au moins20. »
16. Notice... (1905), p. 97.
17. Le Calvinisme de Bèarn, édit. Barthety et Souliée, V. 2395, 2396.
18. Notice sur l'église Notre-Dame de Lescar, p. 98.
19 et 20. Notice sur... N.-D. de Lescar, p. 50.
: 30 REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE t458
Nous ne pouvions pas douter de la science critique de
Lanore; mais sa conclusion ne nous paraissait pas sûre, car
il expliquait ainsi le vieux texte de Labourt, in capite chori :
« Peut-être le mot caput désigne-t-il, comme lorsqu'il s'agit
de l'église, la partie orientale, c'est-à-dire la région voisine
du chevet; mais, iLest plus probable que caput chori désigne
l'entrée du chœur, située au niveau du troisième pilier de
l'église, en partant du transept », vers « l'autel de la Vierge
[qui] occupe la travée suivante du bas-côté nord, en sorte
qu'un tombeau placé devant cet autel se trouvait précis
ément voisin de l'entrée du chœur" ». C'est là qu'il fallait
fouiller, d'après lui.
Cette conclusion paraissait bien discutable. Comme les ar
ticles de presse de 1890, la brochure de Lanore, en 1905, n'é
veilla suffisamment la curiosité de personne : on ne se ha
sarda pas à entreprendre des fouilles, qui paraissaient cepen
dant faciles. On n'y croyait pas; on eut raison.
VII. — Les documents de 1555 et de 1617..
Une trouvaille imprévue à la Bibliothèque nationale de
Paris, en 1927, me fit connaître le texte des obsèques du roi
Henri II de Navarre (1555) que je publiai dans le Bulletin de
la Société des sciences, lettres et arts de Pau22.
Sur ces entrefaites, M. le chanoine Maupas, curé-doyen de
Lescar, m'apprit l'existence d'un Cahier des évêques béar
nais, de 1617, que me fit bientôt passer le R. P. H. Lassalle,
de la Congrégation de Bétharram, qui le possédait. C'était
le document le plus complet et le plus clair qui eût jamais
paru sur les tombeaux des rois de Navarre, à Lescar, « le
squels y avaient jadis élu leur sépulture »; mais la toiture de
la cathédrale n'ayant pas été entretenue, tout le chœur en est
tombé par terre et les sépultures des rois de Navarre sont de
meurées sous les ruines.
Les études occasionnées à ce propos firent comprendre que
les tombeaux royaux n'étaient pas, comme le croyait Lanore,
vers le fond de la nef, mais, au contraire, vers l'abside, où
des travaux se firent depuis 1617 jusqu'en 1632 environ28.
21. Notice sur... N.-D. de Lescar, p. 97.
22. Bibliothèque nationale, f . franc. 22295, fol. 14 et suiv. — Bull,
de la Soc. des sciences, lettres et arts de Pau, 1928. Tirage à 'part de
16 p., in-8°.
23. V. Dubarat : Docum. et bibliogr. sur la Réforme, t. I (1900), p.
27; et Narré de ce qui s'est passé sous la reine Jeanne. Tirage à part du
Bull, de la Soc. des sciences, lettres et arts de Pau (1928), p. 41.