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Méditations inédites de la Bible par le pape François.
Des homélies inédites et exclusives du cardinal Bergoglio - pape François, et des commentaires de l'Ecriture écrits entre 1999 et 2012.


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Publié le 17 novembre 2014
Nombre de lectures 17
EAN13 9782728920976
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Exrait

C ARDINAL J ORGE M ARIO B ERGOGLIO
P APE F RANÇOIS
Le Témoignage
Préface de Stan Rougier
Textes réunis par Federico W ALS et traduits de l’espagnol par Antoinette de J ORNA Lætitia I TURRALDE Marie-Ange P ALACIOS Hortense de P ARSCAU
P RÉFACE
« L A RÉVOLUTION DE LA TENDRESSE  »
Dans la préface de La Miséricorde 1 , je relatais ma rencontre avec Mgr Bergoglio. Je n’y reviendrai pas ici.
*
Lors de ses cours à des responsables laïcs, Mgr Jorge Mario Bergoglio évoque la noblesse de la politique et l’attention particulière que doivent y porter les chrétiens. Il s’appuie sur de nombreux textes de Jean-Paul II : « La politique est l’utilisation du pouvoir légitime en vue d’atteindre le bien commun de la société, bien commun qui comprend l’ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupes d’atteindre plus pleinement et plus facilement leur propre accomplissement 2 . »
L’archevêque de Buenos Aires ajoute : « Un homme ou une femme politique qui ne soulève aucun problème est comme un père et une mère qui veulent que leur enfant ne leur pose aucun souci… Ils le maintiennent toute sa vie en enfance, ils ne le laissent pas grandir… »
En 1986, le cardinal Sin, de Manille, me confia en riant cette anecdote : « Un jour où Jean-Paul II me sermonnait : “N’avez-vous pas l’impression d’en faire un peu trop sur le terrain politique ?!...”, je lui ai aimablement répondu : “J’en fais sans doute moins aux Philippines que vous n’en avez fait dans votre patrie !…” »
*
Mgr Bergoglio puise volontiers dans un document de la Conférence épiscopale française, Réhabiliter la politique 3 . Il a constamment le souci de proposer aux chrétiens une véritable culture politique pour qu’ils aient à cœur de prendre des responsabilités.
Avec une sagesse et un réalisme qui caractérisent souvent les « compagnons de Jésus » (jésuites), il développe comment la politique est « l’art du possible ». Il invite sans relâche à trouver un chemin d’équilibre, une ligne de crête entre deux précipices également dangereux : « foncer tête baissée sans cap précis », et « l’enfermement sur soi-même dans la nostalgie du passé ». Il prend ses exemples avant tout dans la Bible, mais aussi dans la vie courante, les propos entendus, ses lectures… J’aime le voir comparer l’homme voué à la politique à un poète : « 10 % d’inspiration, 90 % de transpiration. »
Certains mots ressemblent à des billets de banque qui n’ont plus cours. Les mots de Mgr Bergoglio sont habités. Sa parole est en lien vivant avec le réel. C’est ce qui la rend si touchante.
*
L’archevêque de Buenos Aires a ses ennemis favoris : il se bat contre le moralisme qui conduit, il en est convaincu, à des projets théoriques, abstraits, désincarnés. Un jour où il s’adressait à des chefs d’entreprise, il s’aperçut qu’aucun d’entre eux n’était propriétaire d’une firme. Ils n’étaient que des gestionnaires. Les décisions tombaient de la multinationale dont ils dépendaient !…
*
La joie et la tendresse débordent des écrits de ce prélat argentin.
Très Saint-Père, enseignez à notre Europe fatiguée les secrets de la joie !
J’entends encore la voix chaleureuse du père Varillon :
Les poètes seuls nous avaient parlé de la joie. Les prêtres, non, ou si peu. Sur tout ce qui touchait la religion, nous avions l’impression qu’un voile de crêpe était tendu… Le père Monier (s.j.), avec une force et une parole inouïes, nous détrompait… Non seulement la joie était possible, mais elle était une nécessité urgente. Elle était la vérité de notre être au même titre que l’amour et que la liberté.
(Homélie de 1977)
C’est sur le petit pauvre d’Assise que les yeux de l’archevêque de Buenos Aires se sont tout naturellement posés lorsqu’il a choisi son nom de pape. Ne l’oublions jamais.
François était si imprégné de la bonté et de la sagesse du Seigneur qu’il savait conseiller avec affection, corriger avec bon sens et commander sans élever la voix… Si l’un ou l’autre frère venait au Chapitre, tourmenté par quelque tentation de la chair ou du monde, ou par d’autres chagrins, il lui suffisait d’entendre le bienheureux François parler avec la ferveur et la douceur qu’il y mettait, il lui suffisait de le voir en chair et en os, pour que cessent tous ses tourments. C’est qu’en effet il savait leur parler comme si lui-même ressentait leurs maux : il s’adressait à eux, non comme un juge, mais comme un père à ses enfants, comme un médecin à ses malades 4 .
Mgr Bergoglio revient avec insistance sur les obstacles à la paix, au bonheur, à la joie, non pas en donneur de leçon mais en « padre Bergolio », comme nous l’appelions.
*
« La tâche de reconstruction de notre patrie sera longue et consistera davantage en un ensemencement qu’en une série de rapides modifications », déclare le cardinal Bergoglio dans l’un de ses discours. Il est permis de penser qu’il en sera de même pour l’Église…
Il donne une place prioritaire à l’éducation pour réaliser cet objectif et nous rappelle sans détour que :
Nombreuses sont les institutions qui provoquent la formation de loups plutôt que de frères. Ils éduquent pour la concurrence et le succès au détriment des autres […]. Dans beaucoup d’écoles, on récompense le fort et le rapide et on méprise le faible et le lent. Dans de nombreux endroits, on encourage à être le numéro un en résultats et non en compassion. Notre apport spécifiquement chrétien est une éducation qui témoigne et réalise une autre manière d’être humain.
*
Ses propos ne sont-ils pas des fenêtres pour ouvrir nos ­horizons ?
Il ne suffit pas d’être bon et généreux. Il faut être intelligent, capable, efficace. Nous, chrétiens, avons tant mis l’accent sur la rectitude et la sincérité de notre amour, sur la conversion du cœur, que parfois nous avons prêté moins d’attention à la réussite d’objectifs dans notre charité fraternelle. Comme si la seule chose importante était l’intention… et on néglige les médiations adéquates. Cela ne suffit pas pour nos frères les plus nécessiteux, les victimes de l’injustice et de l’exclusion, pour qui l’intérieur de notre cœur n’est d’aucune aide dans leurs nécessités.
*
Aujourd’hui, la presse ne tarit pas d’éloges à l’égard du pape François. Certes, je me joins à l’enthousiasme des laudateurs, mais je ne me permettrais pas d’ajouter que des pasteurs de l’Église aussi ouverts que lui sont des perles rares. Peut-être ai-je eu de la chance, mais j’en ai rencontré beaucoup : le cardinal Marty, qui avait, lui aussi, cette très grande simplicité de contact ; le cardinal Etchegaray, que je retrouve avec tant de bonheur au Vatican ou dans son village natal d’Espelette ; et bien d’autres dont j’ai croisé la route au cours de mes pérégrinations sur tous les continents…
Je me souviens plus particulièrement de Mgr Leonidas Proaño, que j’interviewais à Riobamba (Équateur), dans les années 1980 : « L’Église dans ces pays est une force fantastique. Si elle le voulait, toutes les injustices disparaîtraient. Quelle organisation au monde est aussi proche du peuple et de ses aspirations ? » Et que dire de Mgr Helder Camara, dont les propos enflammés au sujet de l’attention particulière de Jésus envers les pauvres et les exclus m’ont si souvent coupé le souffle, et enthousiasmé les jeunes qui les écoutaient ! Eux aussi étaient de ce continent amérindien qui compte tant de prophètes du Dieu-Amour…
« Dieu nous donne une cascade de tendresse maternelle », nous répète le pape François. « Trouver le Seigneur qui nous console et aller consoler le peuple de Dieu », voilà bien la mission du prêtre telle que la dessine notre nouveau pape.
*
Nous avons tous en mémoire l’embrassade que le cardinal Hummes donna à son ami à peine élu nouvel évêque de Rome, en lui soufflant dans le creux de l’oreille : « N’oublie pas les pauvres ! »
Entendant un séminariste dire : « L’évangélisation se fait à genoux », le pape François retient la formule, et commente : « Sans la prière, l’évangélisation devient un métier… Cultivons la dimension contemplative, y compris dans les tourbillons des engagements. » Ainsi cet homme qui occupe la plus grande responsabilité dans l’Église reste bien toujours à l’écoute de ses frères humains.
Jésus paya de sa vie son attitude de fidélité inaltérable à ­l’Absolu de l’Amour – guérir le jour du shabbat, et qui plus est dans la synagogue ; rendre sa dignité à la femme prostituée ; chercher la brebis perdue ; guérir le serviteur d’un officier romain ; confier à une Samaritaine le secret de sa messianité… – Mgr Bergoglio recentre, comme Jésus, la dimension sacrée de la vie sur l’être humain et non plus sur des valeurs et des codes préétablis, ce qui brille, ce qui se fait, le « religieusement correct ». « On ignore la “révolution de la tendresse” qui provoqua l’incarnation du Verbe 5  », s’insurge-t-il !
L’archevêque de Buenos Aires prend le risque, à la suite de Jésus, de mécontenter les élites dominantes. Il cherche à libérer son peuple des filins qui brident la liberté de chacun, avec ses talents et sa créativité propres.
*
Ce livre nous offre des repères et des vivres pour la vie quotidienne. Leçon de vérité pour l’homme et un beau chant d’amour pour l’Église de Jésus-Christ ! « Une Église capable de redécouvrir les entrailles maternelles de la miséricorde… une Église qui n’a pas peur de sortir dans la nuit. »
Pouvais-je imaginer, lorsque je publiais mon premier livre, L’Avenir est à la tendresse 6 , que bientôt un pape en appellerait à « la révolution de la tendresse » ?
Stan Rougier Prêtre, écrivain 7 , conférencier
1 . M GR  B ERGOGLIO , La Miséricorde , Paris, Fleurus-Mame, 2013.
2 . J EAN -P AUL II, Discours du Jubilé des responsables de gouvernements, des parlementaires et des hommes politiques, Rome, 4 novembre 2000.
3 . C ONFÉRENCE DES ÉVÊQUES DE F RANCE , Réhabiliter la politique , Paris, Centurion, 1999.
4 . Anonyme de Pérouse , 39 c.
5 . Discours du pape devant le CELAM. Rio de Janeiro, 29 juillet 2013.
6 . S TAN R OUGIER , L’Avenir est à la tendresse, Paris, Salvator, 1978.
7 . Auteur de Pour vous, qui suis-je ? , Paris, Fleurus-Mame, 2013 ; et d’une trentaine d’ouvrages de spiritualité.
P ROLOGUE
Nous sommes témoins d’un moment historique. Nous sommes en train de vivre un moment unique. Pour la première fois dans l’histoire de l’Église, un Pape venu d’Amérique latine (le continent catholique) est élu pour être l’évêque de Rome et successeur de Pierre dans la conduite de cette barque millénaire. Nous sommes nombreux à nous souvenir de ces moments qui ont suivi la fumée blanche en ce début de soirée romaine à la fois pluvieuse et froide, ce mercredi 13 mars 2013. Nervosité, anxiété, incertitude… mais également une réjouissance profonde et une joie : réjouissance à l’annonce d’un nouveau Saint-Père et joie parce que nous, catholiques, sans encore connaître celui que les cardinaux avaient élu, étions déjà heureux de la venue d’un nouveau pasteur. Lorsque, en ce jour, le cardinal protodiacre français, Jean Louis Tauran, annonça au monde à 20 h 12 (heure de Rome) : « Annuntio vobis gaudium magnum. Habemus Papam ! » non seulement la place Saint-Pierre exulta de joie mais chacun de nous, en union avec tous ceux présents, s’émut au plus profond de son être à l’idée d’avoir un pape. Puis, quelques secondes après, le cardinal Tauran nous surprit tous en disant : « Eminentissimus ac Reverendissimus Dominum, Dominum Georgium Marium Sanctae Romanae Ecclesiae Cardinalem Bergoglio. »
« Bergoglio ! » « Le pape est argentin ! » « Bergoglio est pape ! » voici quelques-unes des réactions spontanées des Argentins mais également de ceux qui eurent la grâce de le connaître et de travailler avec lui. Impressions qui, au fil des heures, se muèrent en un sentiment indescriptible de joie, d’émotion et de larmes pour ce nouvel évêque de Rome, cadeau de l’archidiocèse de Buenos Aires en particulier et plus largement de tout le peuple argentin, à l’Église universelle. Homme simple et austère, d’une profonde humilité et avec un grand sens du service, le père Bergoglio (comme il se présente lui-même) a su s’attirer la connivence et l’affection de ses fidèles car il n’a jamais cessé d’être prêtre tout en exerçant les plus hautes fonctions ecclésiastiques. Dans sa nature profonde, il l’a toujours été et, aujourd’hui encore, il nous montre comment François ne cessera d’être un pasteur au milieu de son troupeau qu’il connaît et aime comme sa propre chair. Aussi, dès ses premiers gestes, il laisse transparaître un pontificat empreint de paternité et de présence auprès des plus démunis.

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