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Les écoles de la cathédrale de Notre-Dame et le commencement de l'université de Paris - article ; n°147 ; vol.50, pg 73-98

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Revue d'histoire de l'Église de France - Année 1964 - Volume 50 - Numéro 147 - Pages 73-98
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1964
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Langue Français
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Chanoine Astrik Ladislas Gabriel
Les écoles de la cathédrale de Notre-Dame et le
commencement de l'université de Paris
In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 50. N°147, 1964. pp. 73-98.
Citer ce document / Cite this document :
Gabriel Astrik Ladislas. Les écoles de la cathédrale de Notre-Dame et le commencement de l'université de Paris. In: Revue
d'histoire de l'Église de France. Tome 50. N°147, 1964. pp. 73-98.
doi : 10.3406/rhef.1964.1730
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1964_num_50_147_1730LES ÉCOLES
DE LA CATHÉDRALE DE NOTRE-DAME
ET LE COMMENCEMENT
DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS
Le Chapitre de Notre-Dame et l'Université : question de priorité.
Au courant du xive siècle une dispute acharnée éclata entre
le Chapitre de l'église de Notre-Dame et la Faculté de Décret
de l'Université de Paris. L'illustre doyen de la Facultas Consul-
tissima s'écria en 1384 : « La Faculté de Paris est plus ancienne
que l'Église de Paris » *. Les chanoines de l'église de Notre-Dame
ne tardèrent pas à riposter : « Le chapitre de exis
tait avant la fondation de l'Université » 2. Trois siècles se sont
écoulés depuis la naissance des écoles capitulaires de Notre-
Dame et la dispute entre la Faculté de Décret et le Chapitre
de l'Église de Paris, une puissante et un
désireux de regagner le droit de donner des cours en droit canon
« au cloistre de l'ecglise » 8. En 1384 les Décrétistes donnaient
déjà leurs classes, comme leur doyen le disait, « en la rue de Clo
Brunei, et non point es escoles du cloistre de Paris, et onques
ni f u fait » *.
Le but de cette étude est de montrer que la vérité se trouve
un peu des deux côtés : Le Chapitre de Notre-Dame voulait
regagner la splendeur des écoles cathédrales du xne siècle ; le
doyen de la Faculté de Décret, le porte-parole du progrès, voul
ait rompre tous liens avec l'île de la Cité, berceau qui avait
donné naissance à l'illustre Université de Paris. Mais qui peut
revenir en arrière ? La position du Chapitre en 1384 était basée
1. Chartularium Universitatia Parisiensis, [en abrégé, Chart. Univ. Paris.]
édité par H. Df.nifle et E. Châtelain (Paris, 1894), t. III, p. 324, n° 1486.
2. « Et sont ceux de chapitre fondez avant que l'Université fust à Paris
et avant que la science de decrez fust » (ibid., p, 322).
3. Ibid., p. 320.
4.p. 321. 74 A. L. GABRIEL
sur de vieux arguments usés par le temps, d'après lesquels —
prétendait-on — le doyen du Chapitre ne pourrait donner sa
leçon au Clos Bruneau, à cause du service divin (ne servidum
dwinum impediatur) auquel les membres du Chapitre devaient
assister 5.
Les Décrétistes savaient bien que beaucoup de choses avaient
changé depuis trois siècles quand l'écolâtre ou le chancelier avait
dirigé les écoles du cloître ; par conséquent, ils n'hésitaient pas
à dire aux chanoines que le service divin ne constituait pas un
empêchement pour le doyen du Chapitre de donner ses cours
au Clos Bruneau, parce qu'au moment où le doyen donne ses
cours, ni les chanoines ni les chapelains ne peuvent aller à son
école, comme il n'y a personne parmi eux « qui ne aymast mieuls
iij sol en sa bourse que la lection du doyen » 6, allusion à la di
stribution prébendaire pour l'assistance au service divin.
Dans cet article je voudrais simplement donner l'explication
historique d'un argument du Chapitre de Notre-Dame présenté
pendant le procès : « Avant que les écoles de Droit fussent inven
tées il y avait des écoles au cloître de Paris où on a donné des
leçons dans les sciences qui existaient dans ce temps » 7.
Quel dommage que les chanoines de 1384 n'aient pas eu con
naissance de la lettre de Gui de Bazoches, clerc champenois,
sur les écoles de la cathédrale entre 1175 et 1190 : « Dans cet
Ile [de la Cité] royale, depuis les temps les plus anciens, la phi
losophie s'établit un siège pour elle-même » 8.
Paris, science hautaine, l'échelle de Jacob.
Le succès d'une institution consacrée à l'enseignement supé
rieur dépend d'abord de l'atmosphère de la cité qui accueille
avec bienveillance l'éclosion des écoles, un endroit qui possède
ce loci amoenitas, ce charme du lieu, comme disait Etienne de
Tournai 9 ; puis de la présence de maîtres illustres qui attirent
les étudiants du pays et de l'étranger par le seul éclat de leur
pensée (remolos allicit, invitât absentes) 10 ; enfin, d'une ambiance
5. Ibid., p. 324.
6. Ibid.
7. t Et priusquam dicta sciencia decretorum adinveniretur, erant scole
in dicto claustro Paris, in quibus de scienciis que tune erant legebatur... »
(ibid., p. 329, n° 1488).
8. « In hac insula regale sibi solium ab antiquo filosofia collocavit » (ibid.,
t. I, p. 56, n° 54).
9. J. Launoi, De scholis celebrioribus seu a Carolo Magno, seu post eundem
Carolum per Occidentem instaurais liber (Hamburg, 1717), p. 203.
10. Chart. Univ. Paris., t. I, p. 55, n° 54. ÉCOLES DE N.-D. ET COMMENCEMENT DE L'UNIVERSITÉ 75
de respect assurant la liberté de parole et la protection des éco
liers étrangers. Tel était Paris :
Paisible domaine
Amoureux verger
Repos sans danger
Justice certaine
Science hautaine
C'est Paris entier u.
Paris, entre 1175 et 1190, pour Gui de Bazoches, fut la source
de la doctrine salutaire, la forteresse éternelle de la lumière et
de l'immortalité où les sept arts libéraux établirent leur demeure 12.
Pour Philippe de Harvengt (f 1183), prélat des chanoines
Prémontrés de Bonne-Espérance, auteur de De V institution des
clercs, Paris est la Jérusalem où le nombre d'éminents profes
seurs est tel qu'on pourrait l'appeler la Cité des lettres 13. Paris
n'est plus la Babylone dépravée, elle est Cité des auteurs sacrés,
de David, de Salomon 14.
En 1164 Jean de Salisbury remarque l'abondance des vivres,
la gaîté de la population parisienne, le respect qui entoure le
clergé et la majesté de l'Église, et compare Paris à l'échelle de
Jacob dont le sommet touche le Ciel 15.
Peut-être est-ce Eustache Deschamps, en 1394, qui exprime
le mieux l'amour des étudiants étrangers pour Paris :
Tuit estrangier l'aiment et ameront
Car, pour déduit et pour estre jolis,
Jamais cite tele no trouveront :
Rien ne se puet comparer Paris u.
. 11. L. Sieber, t Description de Paris par Thomas Platter le Jeune de
Bâle (1599) », dans Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-
France, t. XXIII (1896), p. 175.
12. « Perhemnem lucis et immortalitatis possidens arcem... In has insula
perpetuam sibi maiisionem septem pepigere sorores, artes videlicet libérales...
Hic fons doctrine salutaris exuberat » (Chart. Univ. Paris., t. I, p. 56, n° 54).
Cf. S. d' 1rs a y, Histoire des universités françaises et étrangères des origines
à nos jours (Paris, 1933), t. I, p. 58.
13. « Sic et tu amore ductus scientie Parisius advenisti, et a muJtis expe-
titam optato compendio Jerusalem invenisti. ... ut in modum Cariath Sepher
merito dici possit, civitas litterarum » [Chart. Univ. Paris., t. I, p. 50, n° 51).
Cf. J. Le Goff, Les intellectuels au Moyen âge (Paris, 1957), p. 29 ; F. Petit,
IjU spiritualité des Prémontrés aux XIIe et XIIIe siècles (Études de Théolog
ie et d'histoire de la spiritualité, X, Paris, 1947), p. 129-166.
14. Ph. Delhaye, « L'organisation scolaire au xne siècle, » dans Traditio,
t. V (1947), p. 239.
15. < Ubi cum viderem victualium copiam, letitiam populi, reverentiam
cleri, et totius ecclesie majestatem et gloriam et varias occupationes phi-
losophantium, admirans velut illam scalam Jacob, cuius summitas celum
tangebat » (Chart. Univ. Paris., t. I, p. 17-18, n» 19).
16. Eustache Deschamps, Œuvres complètes, édit. par le marquis de Queux
de Saint-Hilaire, (Société des anciens textes français, vol. 28, Paris, 1878)
t. I, p. 302, n° 169. 76 A. L. GABRIEL
Ces étudiants convergeaient vers Paris non dans l'espoir de gain
matériel mais poussés par l'amour de la science 17.
Mais la gloire « de l'aime, inclyte et célèbre académie que l'on
vocite Lutece » 18 n'était pas seulement le résultat de l'efferve
scence après l'angoisse des terreurs de l'An Mil. Les cadres de
l'enseignement à Paris au xie siècle ne différaient pas essentiell
ement de ceux des grandes écoles cathédrales de Reims, Laon,
Chartres et Tournai. Mais dès le commencement du xne siècle,
avec la consolidation de la monarchie capétienne, et la cour
royale se fixant à Paris, la ville devint un grand centre urbain,
organisé, offrant protection permanente et assurée 19.
Le Cloître et le Parvis de Notre-Dame et les écoliers.
A l'origine, les écoles de furent situées dans le
cloître, une enceinte qui s'étendait au nord et à l'est de l'église,
le long de la Seine. Son emplacement est délimité aujourd'hui
par la rue d'Arcole, la rue du Cloître-Notre-Dame et la Seine
avec le quai aux Fleurs 20. Le cloître ne ressemblait pas aux
cloîtres des monastères, mais était une agglomération de maisons
dont un grand nombre était habité par les chanoines 21.
Le soin des écoles était confié à l'écolâtre et aux chanoines
de Notre-Dame. Il est question du Chapitre pour la première
fois en 1073 : Congretatio vel conventus Fratrum aut Canonico-
rum Beatae Mariae 22. Les écoliers étaient hébergés chez les
chanoines, dont les maisons vers le début du xie siècle ressem
blaient aux paedagogia des siècles postérieurs. Un des premiers
écoliers dont nous connaissons le nom est Ansellus, le futur
chantre de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, qui, vers 1084-88,
17. Philippe de Harvengt à Hergaldus : « tu amore ductus scientie Pari-
sius advenisti » (Chart. Univ. Paris., t. I, p. 50, n° 51).
18. Pantagruel, ch. vi (édit. A. Lefranc, Œuvres de François Rabelais,
Paris, 1922, t. III, p. 61).
19. Ch. Samakan, « Vocation universitaire de Paris, » dans Colloques.
Cahiers de Civilisation. Paris. Fonctions d'une capitale (Paris, s. d.), p. 84.
20. J. B. M. Jaillot, Recherches critiques, historiques et topographiques
sur la ville de Paris, depuis ses commencements connus jusqu'à présent ; avec
le plan de chaque quartier (Paris, 1782), t. I : La Cité, p. 143 ; E. Durkheim,
L'évolution pédagogique en France des origines à la renaissance (Paris, 1938),
p. 90 ; A. Friedmann, Paris, ses rues, ses paroisses du Moyen âge à la Révol
ution. Origine et évolution des circonscriptions paroissiales (Paris, 1959),
p. 52-53.
21. F. Hoffbauer, Paris à travers les âges : aspects successifs des monu
ments et quartiers historiques de Paris depuis le XIIIe siècle jusqu'à nos jours
fidèlement restitués d'après les documents authentiques (Paris, 1885), t. I ;
Notre-Dame, p. 41.
22. Jaillot, op. cit., p. 146. ÉCOLES DE N.-D. ET COMMENCEMENT DE L'UNIVERSITÉ 77
a dû séjourner au cloître pour suivre les leçons des chanoines.
Dans une lettre adressée en 1108 au Chapitre (conventui sanctae
Mariae Parisiensis)1 il rappelle avec affection que vingt-quatre
ans auparavant, il a été nourri et éduqué dans le cloître par les
chanoines 2a.
Tous lea chanoines n'habitaient pas le cloître ; par conséquent,
toutes les écoles de la Cité ne devaient pas y être nécessairement
situées. Louis VI le Gros, dans un accès de colère, fit, en 1115,
détruire la maison d'un chanoine nommé Durannus, parce que
le chanoine avait établi sa demeure en dehors du cloître. L'évêque
Galo se hâta d'expliquer au roi que toutes les maisons des cha
noines étaient privilégiées 24, y compris celles qui étaient en
dehors du cloître 25. Néanmoins, les informations que nous avons
sur les écoles du premier quart du xne siècle sont restreintes
aux écoles du cloître de Notre-Dame. Abélard lui-même, pendant
sa quatrième visite à Paris, vers 1114, logeait chez un chanoine
Fulbert, cette maison étant près de son école 2S.
Les chanoines aimaient la paix et la tranquillité. Qu'il me soit
permis de juger de leur attitude à l'égard du bruit et du tapage
par un document de 1245, en admettant que l'attitude des cha
noines n'ait guère changé pendant cent vingt ans ! En cette
année 1245, on a renforcé de nouveau l'obligation de calme
absolu pour les habitants du cloître : ni taverne, ni vente du vin,
ni animaux nuisibles ou destinés à l'amusement (inutilia seu
jocosa) comme des ours, des cerfs, des corbeaux, des singes (ursos,
cervos, corbos aut simias) et autres espèces n'étaient tolérés 27.
Après les calamités d' Abélard, qui avec ses adhérents, avait
dû être la cause de pas mal de désordres dans le cloître, on ne
peut être surpris que les chanoines aient voulu mettre fin au
bruit causé par les étudiants externes. Ceux-ci suivaient les
cours dans la partie ouest du cloître, appelé Tresantia. A la
suite des protestations des chanoines, l'évêque Etienne de Senlis
fit un accord avec le Chapitre en 1127, en vertu duquel les étu
diants externes (scolare externi) ne seraient plus admis dans la
23. « Cum ab ecclesia vestra, et a vobis, in qua, et cum quibus nutritus
et eruditug fui » (P. L., t. CLXll, col. 729 A) ; cf. E. Lesne, Histoire de
la propriété ecclésiastique en France, t. V : Les écoles de la fin du VIIIe siècle
à la fin du XIIe (Lille, 1940), p. 201-202.
24. « Omnes domus canonicorum nostrorum solutas quietasque esse debere »
(Cartulaire de l'Eglise Notre-Dame de Paris, édit. M. Guérard, Collection
des cartulaires de France, IV-VII. Collection de documents inédits sur
l'histoire de France, Paris, 1850, t. II, p. 430).
25. « Tarn illas que sunt extra claustrum quam eas que sunt in ipso claus-
tro » (ibid.).
26. « Que scolis nostris proxima erat » (J. Monfrin, Abélard. Historia
Calamitatum. Texte critique avec une introduction, Paris, 1959, p. 72, lignes 305-
306). Cf. A. L. Gabriel, Abélard (Gôdôllô, 1942), pp. 7-8.
27. Guérard, op. cit., t. I, Préface, p. cxi ; t. II, p. 406. ,
78 A. L. GABRIEL
maison des chanoines et l'enseignement ne serait plus donné
dans la partie du cloître M qu'on appelait Tresantia 29.
Pour mettre fin aux désordres causés par les étudiants externes,
l'évêque promit, amore et gracia (quelle jolie expression pour
exprimer son amour pour les études), de construire dans l'enceinte
du cloître (infra ambitu claustri) un endroit couvert, à côté de
l'entrée de son palais (quidam locus adherens episcopali curie), où
les cours seraient donnés à l'avenir 30. Le résultat de cet accord fut
d'interdire aux externes désormais les écoles situées à l'intérieur du
cloître. Un groupe de personnages illustres assista à la signature
de cet accord : Suger, abbé de Saint-Denis ; Gilduin, abbé de
Saint- Victor, successeur de Guillaume Champeaux, et deux
de ses chanoines réguliers, Thomas prieur et Robert 81.
Les écoles furent alors transférées vers le sud, à l'endroit
anciennement dit le Chantier, entre le « Port-1'Évêque » et
1' a Hôtel-de-Dieux » 32 ; et après cet accord, les écoles se dévelop
pèrent vers le sud, émigrèrent vers les ponts, et le regroupement
des écoles de la rive gauche fut effectivement encouragé.
Le palais episcopal, dont il ne reste aucune trace aujourd'hui,
fut remplacé, au temps de Maurice de Sully lors- de la construc
tion de la nouvelle cathédrale, par un jardin et la nouvelle maison
presbytérale. Simon Matiffas de Bucy, évêque de Paris, fit éle
ver une vaste salle destinée à des cérémonies exceptionnelles.
C'est là que se déroulaient, en toute probabilité, les actes Aulica
pour les exercices de maîtrise pour les candidats de la Faculté
de Théologie 38.
Mais malgré la nouvelle politique du Chapitre, les chanoines
ouvraient leur maison à d'illustre pensionnaires. Louis VII, en
accordant en 1157 aux chanoines l'exemption de ses droits de
gîte, se rappelle qu'il fut élevé dans le cloître 34.
Il semble bien qu'il y eut certaines maisons dans le cloître,
réservées aux érudits du Chapitre ou préférées par eux, comme
« la maison de la Sainte Vierge » (domus Sancte Marie), qui depuis
1178 fut habitée par des chanoines ayant le titre de Maître.
28. « Neque in illa parte claustri que vulgo Tresantie nomiuantur dein-
ceps legerent neque scole haberentur » (ibid., t. I, p. 339.
29. Le mot dérive de Trisantia désignant une aile du cloître (Du Cange,
Glossarium mediae et infimae latinitatis, Paris, 1846, t. VI, p. 674, col. 1).
30. « In quo scole deinceps tenerentur et regerentur » (Guérahd, op. cit.,
t. I, p. 339) ; cf. M. Félibien et G. Lobinaeu, Histoire de la ville de Paris
(Paris, 1725), t. I, p. 217 ; A. Franklin, Les anciennes bibliothèques de
(Histoire générale de Paris, Collection des documents publiés sous les aus
pices de l'édilité parisienne, Paris, 1867), t. I, p. 3.
31. Jaillot, op. cit., t. I, p. 115.
32. Ibid.
33. Hoffbauer, op. cit., t. I, p. 35.
34. Guérard, op. cit., t. I, p. 271 et préface, p. cxxx. ÉCOLES DE N.-D. ET COMMENCEMENT DE L'UNIVERSITE , 79
Maître Symon de Pissiaco (f 1178) ; le chancelier Hilduin
(fllOO)36 et Philippe [de Grève] le chancelier (f 1238) habi
tèrent successivement dans la domo Sancte Marie 36.
Les écoles durent définitivement abandonner le cloître quand
Maurice de Sully monta en 1160 sur le trône episcopal de Notre-
Dame, puisqu'il renforça une ordonnance de son prédécesseur
Thibaud (Theobaldus) interdisant aux chanoines de louer leur
maison à un écolier, ou même de leur offrir l'hospitalité 37.
L'application de cette règle était tellement stricte que le pape
Alexandre IV dut demander, en 1256 au Chapitre de Notre-Dame
d'accorder comme une faveur spéciale, que ses trois neveux,
Roger, Jean, et Biaise, fussent admis au cloître pour y habiter
et vaquer aux études (disciplinis scolasticis ibidem vacaturos) t8.
Certaines écoles devaient être situées sur le parvis (Paraviso)
devant la cathédrale. Jean de Garland, le célèbre maître anglais
qui enseignait à Paris autour de 1220, nous apprend dans son
Dictionarius, ce Larousse du xme siècle, que des bouquinistes,
ancêtres de ceux d'aujourd'hui sur le quai de Tournelle, ouvraient
déjà leurs boutiques sur le parvis (Paravisus est V endroit où
les livres sont vendus) 39.
Malgré la migration des écoliers vers la rive gauche, le parvis
a gardé longtemps encore son caractère estudiantin. En 1267,
plusieurs étudiants réunis devant le parvis « pour [faire] pèle
rinage et tenir discussions » (turn peregrinationibus disputatio-
nibus gratia) furent attaqués par les serviteurs de l'évêque et
de l'ofïîcial de Paris 40. Il fut la scène d'une autre bagarre entre
écoliers en 1286, quand sur le parvis ou dans sa proximité (in
paraviso vel prope) un étudiant de l'Université de Paris fut tué
par trois clercs du chœur de Notre-Dame (clerici de coro nostro)
apparemment inscrits dans les écoles de la cathédrale *L.
35. A. Molinier, Obituaires de la province de Sens, t. 1 : Diocèses de Sens et
de Paris (Recueil des Historiens de la France. Obituaires, Paris, 1902), p. 210.
36. « De domo Sancte Marie obiit Philippus cancellarius » (ibid.).
37. « Ne quis canonicorum domos claustrales alicui scolari conduceret
aut etiam commodaret » (Chart. Univ. Paris., t. I, p. 56, n° 55).
38. « Ipsos cum ipsorum familia, in dominus claustri ecclesie vestre morari
pro reverentia nostra benignius permittatis » (ibid., p. 326, n° 283). Cf. Feli-
BIEN et LOBINEAU, Op. Cit., t. I, p. 217.
39. « Paravisus est locus ubi libri scolarium venduntur » (H. Geraud,
Paris sous Philippe-le-Bel, d'après des documents originaux et notamment
d'après un manuscrit contenant le rôle de la taille imposée sur les habitants
de Paris en 1292, Collection de document» inédits sur l'histoire de France,
Paris, 1837, p. 608, n° 68).
40. « Qui ante portas ejusdem ecclesie in loco qui dicitur Parvisium et
ibi circa hora serotina turn perigrinationis turn disputationibus gratia ex
more convenerant » {Chart. Univ. Paris., t. I, p. 463, n° 415).
41. Chart. Univ. Paris., t. II, p. 5,n° 534 ; Cf. C. Hemeraeus, De Academia
parisiensi qualis primo fuit in insula et episcoporum scholis liber (Paris,
1637), p. 37. 80 A. L. GABRIEL
Les maîtres des écoles de Notre-Dame.
Il y avait trois sortes d'écoles à Paris : l'école épiscopale diri
gée par le chancelier (ou écolâtre) assisté par le chantre ; — les
écoles monastiques : Sainte-Geneviève, Saint- Victor, Saint-Ger-
main-des-Prés, Saint-Magloire, etc. ; — les écoles privées que
tout « maître » pouvait ouvrir avec l'autorisation du chancelier 42.
Dès 1100 Paris devient la rivale d'écoles célèbres en France :
Chartres, Laon, Reims, etc. Vers la fin du xie siècle, deux futurs
évêques de Paris, Guillaume (f 1102) et Galo (f 1116) 48 sui
vaient les cours de l'école d'Yves de Chartres et emportaient
avec eux l'amour des lettres à Paris **.
Au début du xne siècle, les écoles les plus célèbres se trouvaient
à Paris, non dans les centres monastiques mais à l'ombre du
cloître et sur le parvis de Notre-Dame 45. Les écoles épiscopales
offraient aux élèves un grand avantage sur les écoles monast
iques : la liberté de choisir leur propre maître. En parlant des
« maîtres » qui enseignaient à Paris et des écoliers qui y étudiaient,
je ne traite que de ceux qui furent en rapport avec les écoles de
Notre-Dame ou des maîtres qui y professaient.
Parmi les chanoines de l'église de Notre-Dame, le premier qui
nous est connu comme portant le titre de maître fut Maître
Albert, archidiacre de Notre-Dame (f 1040) 46.
Un autre de Paris, Dragon le Parisien (entre 1044-
1081), esprit curieux, rend visite à Béranger de Tours pour
admirer sa connaissance des Écritures et de la médecine 47.
Souhaitons qu'il ne soit pas ce Maître Dragon, ridiculisé par
Ecgbert de Liège, qui, bien que ses élèves le crussent le plus
sage de tous (nos docuit sapiens multorum Drogo magister), igno
rait la signification de Sabaoth ou de Osanna et ne pouvait tra
duire Dominus vobiscum 48.
42. V. Mortet, « Maurice de Sully évêque de Paris (1160-1196). Étude
sur l'administration épiscopale pendant la seconde moitié du xne siècle »
dans Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris et de V Ile-de-France, t. XVI
(1889), p. 118.
43. P. L., t. CLXII, col. 721 ; Histoire littéraire de la France, t. IX (1868),
p. 63.
44. A. Clerval, Les écoles de Chartres au Moyen âge, du Ve au XVIe siècle
(Paris, 1895), p. 147.
45. A. Franklin, Histoire de la bibliothèque de Saint-Victor à Paris (Paris,
1865), p. 3.
46. Guérard, op. cit., t. IV. p. 169.
47. P. L., t. CXLIII, col. 902 A ; Lesne, op. cit., p. 199 ; Clerval, op. cit.,
p. 78.
48. E. Voigt, Egberts von Lûtlich, Fecunda Ratis (Halle a. S., 1889),
p. 173 ; Lesne, op. cit., p. 200. DE N.-D. ET COMMENCEMENT DE L'UNIVERSITÉ 81 ÉCOLES
Guillaume de Champeaux et Abélard.
Les écoles de Paris au xne siècle devaient leur popularité à
l'enseignement de la dialectique. Abélard fut attiré à Paris par grandissant de la dialectique (percent tandem
Parisius ubi jam maxime disciplina hec florere consuerat) 49,
et par la réputation de Guillaume de Champeaux, archidiacre
de Paris, qui dirigeait les écoles au cloître depuis 1103. Avec
Guillaume de Champeaux, l'école de Notre-Dame eut son premier
maître de grand renom 50, qui — suivant le conseil de son ami
Hildebert : « La science distribuée augmente » (scientia quoque
distributa suscepit incrementum) 61 — enseigna à l'école du cloître
de 1103 à 1108 52.
Il quitta sa chaire en 1108, non comme Abélard le laisse penser
parce qu'épuisé et désillusionné par la lutte, mais pour prendre
part au mouvement de réforme des chanoines réguliers et rétablir
la paix dans l'anarchie des écoles urbaines. Ce n'est pas le philo
sophe vaincu qui abandonna Notre-Dame, mais l'homme aspi
rant à la perfection. C'est grâce à l'intervention d'un de ses amis,
Hildebert de Lavardin, qu'il décida de reprendre de nouveau
son enseignement dans l'abbaye de Saint- Victor 5S.
Vers 1100, Guillaume de Champeaux est le seul maître réputé
enseignant à Paris, non plus au cloître mais à Saint- Victor (publicas
exercuit scolas). Ces écoles, à l'instar de celle de Notre-Dame,
furent ouvertes au public, une innovation des chanoines réguliers
en contraste avec les écoles des anciens ordres monastiques u.
C'est à ce moment qu' Abélard revient pour la deuxième fois
à Paris et s'incrivit dans les écoles de Champeaux pour étudier
la rhétorique (ego ad eum reversus, ut ab ipso rethoricam audie-
rem) 55. Le successeur de Guillaume de dans la chaire
de l'école épiscopale, séduit par les doctrines d' Abélard, lui offrit
49. Monfrin, op. cit., p. 64, lignes 31-32.
50. E. Gilson, History of Christian Philosophy in the Middle Ages (New-
York, 1954), pp. 154, 626, n. 90.
51. P. L., t. CLXXI, col. 143 A.
52. G. Paré, A. Bru net, P. Tremblay, La renaissance du XIIe siècle.
Les écoles et l'enseignement (Publications de l'Institut d'Études Médiévales
d'Ottawa, 1933), p. 24.
53. J. C. Dickinson, The Origins of the Austin Canons and their Introduc
tion into England (London, 1950), p. 190-191 ; J. Chatillon, « De Guillaume
de Champeaux à Thomas Gallus » dans Revue du Moyen âge latin, t. VIII
(1952), p. 146 ; E. Michaud, Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris
au XIIe siècle (Paris, 1867), p. 79-81.
54. Monfrin, op. cit., p. 65, ligne 80.
55. Ibid., ligne 81.
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