Notes bibliographiques
In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 25. N°109, 1939. pp. 513-526.
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Notes bibliographiques. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 25. N°109, 1939. pp. 513-526.
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RÉPERTOIRES
Dictionnaire des Lettres fiançaises, publié sous la direction de
Mgr Georges Gulnit, ... assisté de Albert P\upiiili:t, ... et de
Louis Pichvrd, ... avec le concours de Robert B\iuu)u\, ... et du
P. Maxime Goiur.... Moyen Age : Vue générale par Edmond
F\n\L. Fascicule I : Abailard-Athis et Prophilias. — Paris, Beau-
cliesne, 1939. In-4° de wn-42 pages à 2 col., planches.
L'histoire de la littérature française a fait l'objet, dans ces der
nières années, de plusieurs publications dues à l'initiathe de
MM. Gabriel Hanotaux (Histoire des lettres, dans l'Histoire de la
nation française), Bédier et Hazard (Histoire de la littérature fran
çaise illustrée) et Cahet (Histoire de la littérature française) qui
n'ont pas fait oublier ni délaisser celles qui avaient été composées
en des temps plus lointains par Lanson et Petit de Julleville. Il a
semblé aux éditeurs et directeurs du Dictionnaire des Lettres
françaises que le moment était venu de reprendre cet in\entaire
général et synthétique sous une forme noirvelle et anal) tique,
autrement dit de le distribuer dans le cadre le plus apte à une
consultation rapide, l'ordre alphabétique d'un dictionnaire. Cette
idée nous paraît heureusement réalisée par le présent ouvrage.
Sans doute les écrivains ligureront, avec beaucoup d'autres per
sonnes, dans le Dictionnaire de biographie française actuellement
en cours de publication (avec quelle lenteur, nous le savons !);
beaucoup d'entre eux, parmi les médié\aux surtout, auront leur
nom dans le Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiasti
ques. Mais ces répertoires n'ont pas précisément le même objet
que le Dictionnaire des Lettres dont la publication, d'ailleurs, pro
met d'être plus rapide. L'utilité" de ce dernier est donc indéniable.
Il comprendra six \olumes consacrés chacun à une période de
l'histoire, le premier au Moj en Age et les cinq suivants à chacun
des siècles écoulés du xvie au xxe inclus. Il renseignera sur tous
les écrivains français ou de langue française, sans se limiter aux
frontières du ro\ aume médiéval; il s'étendra aux Français em's
ant en langue latine ou pro\ençale. En plus des notices affectées
aux auteurs, d'autres notices traiteront des oin rages collectifs ou
réunis par les classements traditionnels tels que les cvcles des
chansons de geste; ce procédé évitera d'encombrantes redites.
Les idées qui dominent et ordonnent la matière sont esquissées
à grands traits dans une courte mais magistrale introduction due
à la plume de M. Faral, et dans laquelle il réagit judicieusement 514 revue d'histoire de l'église de fr\nce
contre certains partis pris relatifs au Moven Age, comme ce carac
tère de naïveté que des observateurs superficiels lui attribuent
depuis le romantisme.
Il suffit de parcourir le premier fascicule pour juger de la
richesse de l'arsenal qui s'offre à nous. Les articles ont été conf
iés à des auteurs nombreux et compétents, par exemple, au
P. Gorce pour les théologiens, à M. Gustave Cohen pour les dra
maturges, à M. Robert Bossuat pour les « Arts d'aimer » ; à M. Edm.
Faral pour « Arthur ». D'autres sont dus à des médiévistes éprou
vés tels que MM. Barroux et André Lesort, à des philologues auto
risés tels que MM. Pauphilet et Millardet, à un bon latiniste
comme M. Jean Porcher. Ces notices qui réussissent à être subs
tantielles sans sécheresse, se terminent par l'indication des œu
vres de l'auteur et des travaux qui lui ont été consacrés.
Enfin quelques planches reproduisant des miniatures de manusc
rits viennent illustrer le texte (le collier de la Toison d'or qui
figure sur la première ne s'accorde guère a\ec la date qu'on lui
donne).
Il nous reste à formuler le vœu qu'une entreprise si opportune
soit menée à bon terme dans le moindre délai.
B.-A. Pocquet du Haut-Jussé.
Dictionnaire de biographie française, sous la direction de J. Bal-
ttvu, M. IUrroux et M. Pri'vost. Fascicules XII à XVIII. Anjou
(duc d')-Aubermemil. — Paris, Letouzey et Ané, 1936-1939.
In- 4°, t. II, col. 1281-1528 et t. III, col. 1-1502.
Ces sept fascicules, qui n'achè\cnt pas la part de la" lettre A,
apportent, comme toujours, un nombre imposant de notices rela-
ti\es à des évêques, abbés, religieux, religieuses, théologiens, laïcs
plus ou moins mêlés aux choses de la religion et de l'Église. Plu
sieurs sont relativement ou même tout à fait neuves, en ce sens
que les personnages en cause ne figuraient pas dans d'autres
recueils de ce genre, spécialement dans le Dictionnaire d'histoire
et de géographie ecclésiastiques. Dans d'autres cas les notices du
Dictionnaire de biographie ont l'avantage d'être plus détaillées
ou plus claires que celles du Dictionnaire d'histoire. C'est le cas,
par exemple, pour le prédicateur Antoine Anselme (t en 1737),
remis en lumière par A. Degert. La biographie de cet homme élo
quent, si oublié aujourd'hui, fournit un témoignage éclatant de ce
qu'a toujours d'inconsistant la renommée d'un orateur qui n'est
qu'orateur. Qui sait donc aujourd'hui que cet Anselme, admiré
par la marquise de Sévigné et par Saint-Simon, connut dans la
chaire plus de succès que Bossuet ? Bien curieux aussi, à un autre
titre, Ange-François-Alexandre Appert, curé du diocèse de Vers
ailles, que son illuminisme et sa naïve confiance en Naundorf
entraînèrent jusqu'au schisme — inclusivement — et à la vice-
présidence d'une prétendue église catholique évangélique.
Il serait trop long de relever ici tous les noms qui, ne fût-ce que NOTES BIBLIOGRAPHIQUE 515
de notre point de vue, attirent l'œil. Un peu au hasard citons :
la vénérable Marguerite de Vény d'Arbouze, abbesse et réformat
rice du Val de Grâce de Paris (par A. Desforges); Archambaud,
arche\èque de Sens de 958 à 9G7, dont la très substantielle bio
graphie, composée par R. Louis, n'a que le tort de constituer par
son ampleur, ses discussions critiques et ses longues citations
latines, moins un article de dictionnaire qu'un mémoire d'érudi
tion; le P. Archange, ce mystérieux capucin qui a été souvent
donné — à tort suivant M. Balteau — pour un bâtard de Margot
de Valois; Hugues d'Arcy, successivement évèque de Laon et ar-
che\éque de Reims au xive siècle (par E.-G. Ledos); le marquis
• René-Louis de Vo\er d'Argenson, non parce qu'il fut secrétaire
d'Ltat aux Affaires étrangères de 1744 à 1747, mais en raison de
son attitude religieuse, de ses idées sociales et de ses relations
étroites a\ec Voltaire (par M. Citoleux); les divers membres de
la célèbre tribu des Arnauld, notamment le Grand Arnauld, traité
par E.-G. Ledos, son frère Henri, é\êque d'Angers, par H. Cour-
teault, et M. d'Andilly, par E.-G. Ledos; les nombreux Arnaud
issus des provinces du Midi, parmi lesquels l'abbé François Ar
naud d'Aubignan, qui fut au x\me siècle membre de l'Académie littê-* française et de celle des Inscriptions et dirigea la Gazette
raire de l'Europe (par R. Chincholle); le catalan Arnaud de Ville-
neine, gloire de l'école médicale de Montpellier, le plus grand
médecin du Mo\ en Age, théologien et quelque peu alchimiste (par
E.-G. Ledos) et l'inquisiteur Fr. Guilhem Arnaud, dont le zèle
inflexible eut pour effet de décider Grégoire IX à suspendre l'I
nquisition en Languedoc de 1237 à 1241 (par Roman d'Amat);
Gabriel d'Artis, théologien protestant français à Berlin, en Hol
lande, en Suède et à Londres aux x\ne et xvnr* siècles (par Huetz
de Lemps); Alexandre Assier (de Tro}es), journaliste et éducateur,
qui fut un des champions les plus résolus de l'enseignement catho
lique dans la deuxième moitié du siècle dernier (par E.-G. Ledos).
Le Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques ne don
nait rien sur ces deux derniers personnages.
La valeur de la publication se maintient. Par malheur l'année
1939 a mi successhement disparaître l'un des trois directeurs,
M. Barroux, et un des collaborateurs les plus assidus, M. E.-G.
Ledos. Souhaitons que, malgré ces deux lourdes pertes, aggra\ées
par les effets de la guerre, le Dictionnaire de biographie fran
çaise puisse continuer à paraître et même, groupant des auteurs
plus nombreux, hâter sa marche. Il répond à un grand besoin.
Son seul défaut, trop évident — et déplorable — , n'est pas de ceux
qui sont sans remède.
H. Waquet. REVUE D'HISTOIRE DI L'eGLISE-DE FRANCE 510
Dom L.-H. Cottim'mj, O. S. B. Répertoire topo-bibliographique des
abbaijes et prieurés. Fascicules 5-11 : Ghistclles - Zijfflich. —
Mâcon, Protat, 1936-1939. In-4°, col. 1281-3488.
Les derniers fascicules du dictionnaire de Dom Cottineau sont
maintenant parus; il ne manque plus, pour compléter l'ouvrage,
que l'index bibliographique, qui est en préparation, et qui, en
donnant la clé des références abrégées, rendra plus aisée la con
sultation du répertoire.
A la bibliographie très abondante donnée par Dom Cottineau,
j'ajouterai quelques travaux récents, relatifs à de grandes abbajes
françaises : deux guides historiques et artistiques de la Grande
Chartreuse, a)ant pour auteurs, l'un A. Dumanoir, l'autre A. Baton;
une étude suivie d'éditions de textes (censier-cartulaire des xnT-
xvie siècles et déclaration du temporel de 1547) parue sous le
titre : Contribution à l'histoire de l'abbaye de Jouarre, dans la
Revue Mabillon, t. XX1IT (1933), p. 33-49, 112-122, 218-232 et
t. XXV (1935), p. 41-60, 103-117, 193-206, 225-269; G. Bazin, le
Mont Saint-Michel (1933); H. Gouin, l'Abbaije de Royanmont (1932);
Fr. Lehoux, le Bourg Saint-Germain-des-Prés, des origines au XVe
siècle, dans Position des thèses ... de l'École des chartes (1934),
p. 83-97 et Deux obituaires de Saint-Germain-des-Prés retrouvés aux
Archives nationales, dans Bibliothèque de l'École des chartes,
t. XCVII (1936), p. 257-304; J. Buhot, l'Abbaye normande de Savi-
gnij, chef d'ordre et fille de Citeaux, dans le Moyen Age, 3e série,
t. VII (1936), p. 1-19, 104-121, 178-190, 249-272; P. Tisset, l'Abbaye
de Gellonc au diocèse de Lodève, des origines au XIIIe siècle
(1933); Ch. Grolleau et G. Chastel, l'Ordre de Cîteaux. La Trappe
(1932); A. Carrier de Belleuse, Études et documents sur l'Ordre de
Saint-Ruf, et Liste des abbayes... de l'ordre de Saint-Ruf de Valence
en Dauphiné, dans le Bulletin de la Société d'archéologie et de sta
tistique de la Drome, t. LXIV (1934), p. 260-274, 306-323, 372-381,
402-423 et t. LXV (1935), p. 29-44, 99-111, 167-190, 215-229.
On pourrait allonger cette enumeration, car, je l'ai déjà dit, les
dépouillements effectués par l'auteur ont été arrêtés il y a plusieurs
années et il y a lieu de les compléter à l'aide d'autres catalogues,
par exemple de la bibliographie publiée par la Revue d'histoire
ecclésiastique, de Louvain. Seules des publications périodiques peu
vent se tenir au courant de la production scientifique. Mais les
derniers ouvrages parus ne sont pas forcément les meilleurs; ce
qui importe surtout, c'est de connaître l'ensemble des travaux
consacrés à une abba\e donnée, et à ce point de \ue le répertoire
de Dom Cottineau rendra aux travailleurs des services inappréc
iables.
Françoise Lehoux. NOTTS BIBLIOGRA.PHIQLLS 017
SOURCES ET CRITIQUE DOCUMENTAIRE
Jean-François LEM\mGNirn. La justice sur Guernesey accordée
par Robert le Magnifique aux moines du Mont-Saint-Michel
(1027 ou Î02S-Î035). — Caen, imprimerie Caron, 1939. In-8° de
15 pages et une carte.
Un diplôme émanant du duc de Normandie Robert le Magnifi
que accordait aux moines du Mont-Saint-Michel les « coutumes »
«sur l'île de Guernesev. M. Lemarignier passe ce diplôme au crible
de la critique ; il conclut que les moines acquirent alors la juri
diction criminelle laïque sur (ïuernesey, mais il pense que le
diplôme ne leur accordait probablement pas la juridiction ecclé
siastique, ainsi que pourrait le faire croire une notice rédigée au
xn" siècle.
L'auteur donne à cet épisode tout l'intérêt qu'il compoite en le
replaçant dans l'histoire générale du temps, et en nous montrant
comment, en ce début du XIe siècle, les ducs de Normandie se ser-
\irent de l'Eglise — en particulier des monastères — pour assurer
la police de leur État et par là faire régner la paix à laquelle le
monde aspirait.
Françoise Llhoux.
Ferdinand Guttrhock. Zur Geschichte Burgunds im Zeitaîter
Barbarossas. — Extrait de Zeitschrift fur schweizerische Ge
schichte, t. XVII, 1937, p. 145-229.
L'auteur commence son étude par l'examen d'une charte, datée
de 1173, d'après laquelle l'empereur Frédéric Ier (Barberousse) et
son fils Otton, comte de Bourgogne, auraient accordé un privilège
•de protection à Aymon, prieur de Chaux-lés-Clerval, près Besan
çon. Le texte, que l'on regardait jusqu'ici comme authentique, est
sûrement interpolé, car Otton, le troisième fils de Frédéric, ne
devint comte de Bourgogne qu'en 1189. De fait deux copies du
privilège, conservées dans des manuscrits du xvne et du xviir9
siècle aux archives départementales du Doubs, contiennent le vrai
texte du privilège accordé en 1173 par Frédéric « et son héritier,
qui sera comte de Bourgogne », sans désignation plus précise; le
texte, qu'on regardait comme l'original, conservé aux Archives
nationales à Paris (K 21G8), n'est qu'une confirmation, donnée
probablement dès 1189. L'auteur part de ces deux chartes, dont il
publie le texte, pour examiner de plus près les différents vovages
de Frédéric 1er et de son épouse Béatrice (t 1184) en Bourgogne
et pour montrer les relations de l'empereur avec les seigneurs du
pavs et, en particulier, avec les archevêques de Besancon, dont
les uns étaient pour le pape Alexandre III, les autres pour l'ant
ipape Victor IV, nommé par Frédéric. Cet examen montre aussi
les premiers mouvements des bourgeois bisontins contre l'autorité
temporelle de leurs évêques. Dans un appendice, M. Guterbock revue n'iiisTomi: de l'église de frange 518
examine une dizaine de chartes données entre 1156 et 1187 en
faveur de monastères alsaciens et bourguignons de l'ordre de
Cîteaux. Ces chartes, plus ou moins copiées les unes sur les autres,
sont pourtant contemporaines : elles semblent avoir été rédigées
par les destinataires eux-mêmes pour être soumises à la chanceller
ie impériale qui ne jugea pas à propos de les ratifier et de leur
donner la forme régulière, mais les renseignements historiques
qu'elles renferment semblent conformes à la vérité. L'étude de
M. Guterbock éclaircit un certain nombre de points obscurs de
l'histoire bourguignonne à l'époque de Frédéric Ier.
G. Allemang.
R. Viilli\rd. Translation de reliques des catacombes à Rouen ait
XVIIe siècle. — Extrait de la Rivista di archeologia cristiana,
n° 1-2, pages 135-140. anno XIV (1939),
Texte d'une lettre écrite en 1(597 par un religieux augustin rela
tant les fêtes données à Rouen à l'occasion de l'arrivée en cette
ville des reliques de « sainte Colombe, vierge et martyre ». Ce
document est intéressant, non seulement parce qu'il décrit le mou
vement de ferveur extraordinaire qui accompagnait alors de telles
manifestations, mais aussi parce qu'il montre la simplicité a\ec
laquelle on attribuait une histoire aux martjrs dont on exhumait
les restes. Le thème fourni aux prédicateurs de Rouen é\oquait,
à propos de sainte Colombe, la -vie, mieux connue, de sainte Agnès»
Mais il est intéressant de noter que les Augustins n'avaient pas
obtenu la permission de faire imprimer « les mémoires ... de la
vie de sainte Colombe », dont on aurait, suivant notre épistolier
qui le regrette, « aisément débité dix mille exemplaires ». C'est
le temps où Mabillon, qui s'inquiétait de telles pratiques, se déci
dait à publier son Epistola de cul tu sanctorum ignotorum qu'il
avait écrite dès 1691.
R. Limouzix-Lamothe.
MOYEN AGE
René Groussft. L'épopée des Croisades. — Paris, Pion, 1939.
In-8° de 385 pages, 10 gra\ures hors texte et une carte. Prix r
36 francs.
M. René Grousset, qui a voulu mettre l'histoire des Croisades
à la portée du grand public, nous présente aujourd'hui un abrégé-
de son Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem
dont les trois tomes, parus de 1934 à 1936, ont été longuement
anahsés dans cette Revue1.
Condenser en quelque quatre cents pages près de deux siècles
de guerres, cela semble une gageure. M. Grousset y est par\enu; et
l'accumulation des faits et des dates ne nuit en rien à l'intérêt
d'un omrage dont la lecture est fort attachante. C'est que, plus
encore que l'histoire des croisades, l'auteur fait l'histoire des.
1. Cf. t. XXI (1933), p. 361-364 et XXIV (1938), p. 478-481. NOTTS BIBLIOGRAPHIQUES 519
croisés et de leurs adversaires, qu'il connaît à merveille et dont
il aiiahse les caractères a\ec beaucoup de psvchologie. Godefroi
de Bouillon, Baudouin de Boulogne, le fondateur du rovaume de-
Jérusalem, III, « le modèle du roi franc », Baudouin IV,
« le roi lépreux » mort à vinet-quatre ans, et dont le règne ne fut
« qu'une lente agonie, mais une agonie à cheval, face à l'ennemi »,
le sultan Saladin, dont la « lovante » et la « bonne grâce che
valeresque... ont frappé d'admiration les chroniqueurs latins » :
autant de personnages qu'on tuait l'impression de ne pas con
naître avant et qu'on ne peut plus maintenant oublier.
J'ajouterai que l'ouvrage est écrit dans un stvle élégant et sim
ple à la fois — qualité assez rare pour qu'on la souligne — et
qu'il est agrémenté d'une carte et de photographies.
Françoise Li houx.
Madeleine Touloust. La Nation anglaise-allemande de l'Université
de Paris, des origines a la fin du XVe siècle. — Paris, librairie
du Recueil Sirey, 1939. In-8° de 182 pages.
On ne doit pas se tromper au titre de ce livre. Mlle Toulouse,
comme c'était son droit, a limite son sujet. Elle n'a pas prétendu
écrire une histoire de la « nation » d'abord appelée anglaise, puis
allemande, à partir de la lin du xive siècle en\iron, lorsque la
guerre de Cent Ans, et le dé\eloppement des Universités d'Outre-
Manche, eurent réduit considérablement le nombre ties étudiants
britanniques, en sorte que les Allemands, sans augmenter peut
être leur chillre absolu, formèrent une propoition plus considé
rable du groupe. Mlle Toulouse n\x rien dit non plus des maîtres
célèbres, allemands ou anglais, qui sont \enus étudier ou ensei
gner à Paris; ni du rôle que la Nation a pu jouer dans les crises
politico-religieuses. Elle s'est simplement proposé d'en décrire l'o
rganisation et le fonctionnement normal. Le choix s'explique; des
quatre nations groupées en Faculté des arts, et qui ne devaient pas
différer beaucoup les unes des autres, aucune n'a laissé plus de
documents. Comme beaucoup d'institutions médiévales, elle n'a
pas été créée d'un coup; elle paraît bien s'être formée peu à peu,
insensiblement, par coutume. Elle pouvait jouer dans l'Université
un rôle d'autant plus important que, dans le sein de la Faculté des
arts, on \otait non par tète, mais par nation. L'exposé de Mlle
Toulouse, remarquablement clair, précis et sobre, ne se prête pas
à une analvse, qui dégénérerait en liste. Il suffit de dire qu'elle
fait très bien ressortir les traits caractéristiques : nombre consi
dérable des officiers, tantôt élus à très court terme, comme les
procureurs; tantôt, comme les bedeaux, systématiquement réélus,
et donc, en fait, à peu près inamovibles; — difficultés financières
à peu près constantes, dues, il fjut bien le dire, à l'abus, blâmé
sans succès, des banquets, mais aussi à la générosité a\ec laquelle
les étudiants pauvres sont dispensés du paiement des bourses,
c'est-à-dire des sommes à v ersei* pour accéder aux grades.
Ed. Jordan. revue d'histoire de l'église de trance 520
BIOGRAPHIES
R. P. Rvubyud, O.P.' Saint Dominique (1170-1221). Sa vie, son
âme, son Ordre. — L\on-Paris, Emm. Vitte, 1939. In-8° de xvi-
300 pages, G planches hors texte, 24 francs.
Réédition, à peu près identique pour le fond, plus élégante dans
la forme, d'un livre qui avait eu — et qui retrouvera — un légi
time succès religieux. Quelques réser\es cependant. Même dans
un livre de vulgarisation comme celui-ci, ne faut-il pas se piquer
d'exactitude ? Il ne nous semble pas qu'on puisse rejeter pure
ment et simplement sur le bras séculier les exécutions d'héréti
ques. Il est bien douteux que le Rosaire remonte à saint Dominiq
ue. Il aurait été bon d'expliquer quelque peu en quoi la pauvreté
dominicaine différait de la pauvreté franciscaine.
Ed. Jordan.
Georgia Romsow Révellière-Lépeanx, Citizen Director, 1753-182't. '
— In-8° de 307 Xew-York, Columbia Unhersity Press, 1938.
pages, cartes et illustrations.
Aux États généraux de 1789 se présenta un député de trente-
cinq ans qui se faisait appeler Louis-Marie de la Ré\ellière de
Lépeaux. Né à Montaigu en Poitou, fils cadet du maire, lui-même
de descendance angevine, le jeune homme avait étudié le droit
à l'Uni\ersité d'Angers, puis il s'était livré à des recherches d'his
toire naturelle et était devenu, à la veille de la Révolution, pro
fesseur, ou plutôt conférencier, de botanique. Habitant l'hiver à
Angers, l'été à la campagne, il lisait les philosophes, surtout
Rousseau, quand il fut envo\é à Versailles comme député du Tiers-
État.
Sa carrière à la Constituante, son retour à Angers durant la
Législative, son élection à la Convention, sa fuite au moment de
la Terreur, sa rentrée à la Convention et ses travaux comme memb
re du Comité des Onze qui rédigea la Constitution de l'an III :
tout cela a été raconté, il y a une trentaine d'années, par Albert
Me\nier.
Récemment, dans une thèse de doctorat soutenue à Columbia
University, une Américaine, miss Georgia Robison, a continué
l'histoire de ce conventionnel devenu directeur. Après avoir, en
deux chapitres préliminaires, ajouté de nombreux renseignements
à ceux fournis par Meunier, notamment une précieuse table gé
néalogique, l'auteur aborde le sujet même de sa thèse, qui est de
distinguer le rôle personnel de Révelhère-Lépeaux — il signera
ainsi désormais — de celui de ses collègues du Directoire. A cet
effet aucune information n'a été négligée et les recherches les plus
diligentes ont été longuement poursuivies dans les dépôts publics
de Paris et de Londres, et dans les collections privées.
Il en résulte que Ré\elhère-Lépeaux, malgré la haute situation
où l'axaient porté les hasards d'une époque troublée, n'eut de \oirs BiuLioGii\pniQurs 521
part réelle à aucune mesure vraiment importante; son action
directe fut réduite à ce qui concernait la religion, les sciences,
les beaux-arts et les mœurs publiques. Par haine du catholicisme,
il encouragea la théophilanthropie, bien qu'il ne de\înt point
membre ni surtout « pape » de ce culte, comme le montrent les
caricatures contemporaines; sa préoccupation constante fut de
consolider la République dans le cœur des citoyens par des ins
titutions nou\ elles : culte déiste très simple, cérémonies civiques,
fêtes nationales.
De nombreuses illustrations, fac-similés, cartes, et une étude
iconographique — que l'on ne trouve pas dans les biographies en
Amérique — ajoutent beaucoup d'intérêt et d'agrément à cet ou
vrage, composé et présenté avec tant de soin qu'il a mérité de
paraître dans Ja série Studies in History, Economies and public
Law de Columbia University; le Ha re est en effet bien digne de l«i
faveur avec laquelle il a été accueilli par les revues historiques
des Etats-Unis.
Emile P\SQUirR.
Paul Li sourd. Dans le rayonnement de sainte Thérèse de Lisieux.
L'holocauste de Jeanne Biqard (1859-Î93't), fondatrice de V<r l
ivre pontificale de Saint-Pierre apôtre. — Paris, Pion, 1938.
In-8° de 247 pages, 2 gravures hors texte, 18 francs.
L'histoire de l'œuvre de Saint-Pierre apôtre relè\e maintenant
de l'histoire de l'Eglise universelle. Ses origines sont nôtres. Née
à Coutances en 1850, Jeanne Bigard, après une enfance provinc
iale, se consacra avec sa mère à des travaux de couture pour les
missions, que leur avait fait connaître l'Œuvre apostolique. Des
deuils cruels ébranlèrent ses facultés, mais l'incitèrent à se \ouer
totalement aux missions. En juin 1888, Jeanne Bigard apportait
aux Pères des Missions étrangères, la somme de 50.000 francs
pour la construction d'une église catholique à Kvoto. En 1889,
une lettre de Mgr Cousin, \icaire apostolique du Japon méridion
al, précisa sa \ocation : elle s'occupera désormais du clergé
indigène. Aidée par sa mère, sa \ie et sa fortune fut dès lors con
sacrée à la fondation de l'œinre de Saint-Pierre apôtre. Le pre
mier prospectus fut imprimé en octobre 1894. Les buts y étaient
ainsi déliais : paver des pensions de séminaristes indigènes, fon
der des bourses, aider les jeunes prêtres indigènes. En 1895, l'a
ssociation comptait 600 membres. Patronnée par les Pères de la
rue du Bac, les Pères du Saint-Esprit, notamment Mgr Le Rov,
alors \icaire apostolique du Gabon, Jeanne Bigard obtenait la
première approbation épiscopale de Mgr Trégaro, é\êque de Séez,
le (5 août 1895. Dès lors, l'œirvre s'amplifia rapidement et gagna
toute la France. La persécution légale menée par les gouverne
ments français incita la fondatrice à s'adresser au canton de
Fribourg (Suisse) : l'œuvre y acquérait la personnalité civile le
18 octobre 1902.