Notes bibliographiques ; n°129 ; vol.37, pg 86-123

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Revue d'histoire de l'Église de France - Année 1951 - Volume 37 - Numéro 129 - Pages 86-123
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Publié le 01 janvier 1951
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In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 37. N°129, 1951. pp. 86-123.
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Notes bibliographiques. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 37. N°129, 1951. pp. 86-123.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1951_num_37_129_3112BIBLIOGRAPHIQUES NOTES
SCIENCES AUXILIAIRES ET RÉPERTOIRES
— Abbé Eugène Jarry. Provinces et pays de France. Essai de géogra
phie historique. Tome I : Formation de l'unité française. 2e édition,
entièrement refondue (Paris, Ch. Poisson, 1950. In-8°, xix-365 p.). —
Le tome Itor de l'œuvre magistrale entreprise par M. l'abbé Jarry sur
la géographie historique de nos provinces a paru en 1942 (cf. Revue,
t. XXIX, 1943, p. 325-327). Il traitait, de façon assez succincte, de la
formation de l'unité française et constituait en quelque sorte une i
ntroduction à l'ouvrage tout entier. Depuis, deux autres volumes ont
paru : le tome II sur les provinces qui se rangent, dans l'ordre alpha
bétique, de l'Agenais au Béarn (cf. Revue, t. XXX, 1944, p. 102-104) et
le tome III, fascicule 2, sur la Bourgogne (cf. Revue, t. XXXV, 1949.
p. 223-228). Il semble qu'au fur et à mesure que l'œuvre s'est déve
loppée, l'auteur a senti le besoin de lui donner des proportions plus
importantes, et c'est pour cela, vraisemblablement, qu'il a dû revenir
aussi sur le tome I, dont il vient de publier une seconde édition, enti
èrement refondue et considérablement augmentée.
De nouveaux chapitres étudient les frontières naturelles et les fron
tières historiques de la France, son peuplement, la naissance et le
développement des villages, voire même la France d'outre-mer et le pro
blème de l'indépendance nationale en face des pactes internationaux
Les différentes périodes de la formation de l'unité française sont aussi
subdivisées, pour entrer avec plus de précision dans la réalité histori
que. La période qui s'étend de l'avènement des Capétiens à la Révolut
ion était, en particulier, traitée en un seul chapitre dans la première
édition, sous le titre : Les rassembleurs de terres; elle comporte, dans
la seconde, trois chapitres distincts, où l'auteur étudie successivement
l'œuvre des Capétiens jusqu'aux guerres d'Italie, celle des grands féo
daux du xiii" au xvie siècle et celle des rois de France depuis les guer
res d'Italie jusqu'à la Révolution. En outre, aux appendices qui don
naient seulement la liste des provinces, celle des cités gauloises et la
bibliographie générale, M. Jarry a ajouté une table des bailliages, une
étude des régions géographiques, des renseignements sur les remanie
ments des départements entre 1792 et 1811 et une liste des diocèses
français depuis le Concordat de 1801. Enfin, une table des noms pro
pres a été dressée, qui facilite grandement la consultation de l'ouvrage.
L'idée essentielle que M. Jarry a dégagée de cette étude minutieuse,
c'est que l'unité française ne s'est pas imposée par une sorte de déter
minisme. La géographie et l'ethnographie ont joué leur rôle, mais non
sans laisser place aux initiatives individuelles et aux conséquences des
faits historiques. « La France aurait pu ne pas être ce qu'elle est; elle
sera peut-être un jour autre que nous la connaissons... L'unité fran
çaise aurait pu ne pas se faire; elle aurait pu avoir pour centre de
rassemblement une principauté bourguignonne, aquitanique; la terre NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 87
française aurait pu faire partie intégrante d'un empire anglo-normand.
Cela n'a pas été. Le vrai problème, ce n'est pas de déterminer ce qui
devrait être, mais d'expliquer ce qui a été. » On reconnaît là la position
d'un historien véritable, qui regarde les faite et ne s'en laisse pas
imposer par les constructions abstraites et les systèmes a priori qu'
n'ont que trop de succès de nos jours.
R. Limouzin-Lamothe.
— Albert Mirot. Manuel de géographie historique de la France. 2e édi
tion. Tome second : Les divisions religieuses et administratives de la
France (Paris, A. et J. Picard, 1950. In-8°, 316 pages, 16 cartes hors
texte). — Ce volume fait suite à celui qui traite de l'Unité française et
dont il a été rendu compte dans un précédent numéro de la Revup
(tome XXXiIV, 1948, p. 144). Dans la première «Sdition parue en 1929,
Léon Mirot avait consacré 185 pages de son travail à la matière qui
constitue aujourd'hui un volume de 316 pages. C'est dire le développe
ment qu'a apporté M. Albert Mirot, conservateur aux Archives national
es, à l'œuvre primitive de son père.
J'attire spécialement l'attention du lecteur sur le très copieux cha
pitre relatif à la formation des départements français. M. Mirot y fait
état des projets élaborés par l'Assemblée constituante avant d'être codif
iés dans la Constitution de l'an VIII; il donne la liste des départe
ments de la Révolution et de l'Empire hors de France.
Citons sans nous y arrêter les chapitres consacrés aux dhisions
financières de la France, aux organisations forestière, routière, postale,
aux divisions économiques, aux académies et universités, aux divisions
militaires et maritimes, à l'organisation judiciaire et arrêtons-nous un
instant sur le premier chapitre du livre, les divisions religieuses de la
France. M. Mirot y étudie d'abord les premiers évêchés connus, puis
passe en revue les divisions ecclésiastiques jusqu'au xe siècle, énumère
ces divisions jusqu'en 1790, puis de cette date à nos jours, sans oublier
de donner la liste des vicariats et des préfectures apostoliques dans
l'Union française et les pays placés sous le protectorat ou le mandat
français. En annexe, il publie le ressort des archevêchés et évêchés
après le Concordat de 18Q1, jusqu'à la Restauration.
D'utiles renseignements concernent le culte réformé et le culte israé-
lite.
Le volume se termine par un index des noms de personnes et un
index des noms de lieux et de matières, très développés et indispensa
bles pour se référer rapidement aux différents chapitres des deux tomes
de ce manuel qui sera, souhaitons-le, complété par un manuel des
Provinces françaises.
J'ajoute que le manuel de M. Mirot, excellent instrument de travail
pour les historiens et les étudiants, pourra être utilisé avec profit par
les jeunes administrateurs, soucieux de connaître l'origine de la forma
tion administrative de la France et son armature actuelle.
J'aurais préféré, pour ma part, que les nombreuses cartes qui illus
trent l'ouvrage, fussent rassemblées en une pochette; le lecteur aurait
pu à son gré les placer les unes sur les autres et tirer de cette super
position d'utiles conclusions.
Guy Duboscq. REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 88
— Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, commencé
sous la direction de S. Ém. le cardinal Alfred Baudrillart .... continué
par A. de Meyer et Et. Van Cauwenbergh. Fascicules LXV et LXVI :
Cardoso-Catulensis [t. XI, col. 1025-1528] ; fascicule LXVII : Catulinus-
Ceuta [t. XII, col. 1-256] (Paris, Letouzey et Ané, 1949. In-4°). — Les
principaux articles de ces trois fascicules n'intéressent pas la France
ou ne le font qu'indirectement, tels Carthage, dû à J. Ferron et à
G. Lapeyre, et Cassiodore, dû à M. Cappuyns; ce dernier, cependant,
demande plus qu'une mention, car il apporte une synthèse riche et
commode sur un des hommes les plus remarquables de la fin du monde
antique, un des maîtres à penser du Moyen Age.
Sur les hommes et les localités de la Frande elle-même, notons, outre
les divers Caribert mérovingiens et les Carloman carolingiens, saint
Jean Cassien, le fondateur de Saint-Victor de Marseille, des Institutio-
nes de qui Cassiodore faisait le plus grand cas et dont les écrits sont
étudiés avec soin par M. Cappuyns. Aux xvii" et xviii* siècles, relevons
quelques jésuites intéressants, ainsi le P. Nicolas Caussin, confesseur
de Louis XIII, choisi par Richelieu, puis entré en conflit avec son pro
tecteur, sans aller, quoi que certains aient pu dire, jusqu'à machiner
sa perte. Le P. Cellot, qui avait succédé à Caussin dans la chaire de
rhétorique du collège de La Flèche avant de s'adonner à la polémique,
compte parmi les meilleurs auteurs latins de tragédies scolaires, au
point que l'influence d'une de ses productions se retrouve dans le Saint-
Genest de Rotrou. Après le P. Cellot, le P. Cerceau, professeur lui aussi
à La Flèche, brilla à son tour, en latin et en français, dans les genres
les plus variés de la littérature de collège. Le P. A. de Bil a traité de
ces trois personnages. Parmi les évêques, la première place revient à
saint Césaire d'Arles, à qui G. de Plinval consacre une excellente notice
de dix colonnes. Pierre Cauchon, le trop fameux juge de Jeanne d'Arc,
sévèrement jugé d'ordinaire, se trouve présenté par C Laplatte, avec
une nuance d'indulgence, comme un « collaborateur », au bénéfice de
qui on est fondé à invoquer des circonstances atténuantes.
Les diocèses de Carpentras et de Castres, le premier assez exigu, sont
les seuls qu'amène l'ordre alphabétique; il n'amène aucune abbaye
vraiment notable.
Félicitons les directeurs et l'éditeur du Dictionnaire et souhaitons
que la faveur — qu'ils méritent — de leur public facilite l'accomplis
sement de leur tâche avec toute la célérité possible.
' H. Waquet.
— Dictionnaire de biographie française, sous la direction de M. Pré
vost et Roman d'Amat. Fascicules XXVII : Barodet-Bassot et XXVIII :
Bassuel-Bazin [t. V, col. 513 à 1024] (Paris, Letouzey et Ané, 1950. In-4°).
— Cette précieuse entreprise poursuit sa marche en s'efforçant de rega
gner le temps involontairement perdu. MM. Prévost et Roman d'Amat
assument définitivement à eux deux seuls la charge de plus de la moit
ié de la rédaction, le premier en s'occupant de préférence des person
nages du Nord de la France, le second en se réservant les régions plus
ou moins méridionales.
Rappelons que les dignitaires tels que cardinaux, archevêques et évê
ques donnent toujours lieu à des notices qui sont loin de suivre avec
servilité le Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques. Cette
fois se distinguent celles de Thomas Basin, l'évêque de Lisieux, histo
rien de Charles VII et de Louis XI (par M. Prévost), du sage, actif et BIBLIOGRAPHIQUES - 89 NOTES
vertueux évèque de Saintes Louis de Bassompierre, fils du maréchal,
par Roman d'Amat, — du cardinal Baudrillart par V.-L. Saulnier. En
général, c'est des personnages moins officiels qu'on appréciera le plus
les notices, par exemple le P. Augustin Barruel, S. J. (1741-1820), l'i
nfatigable controversiste, à la fois adversaire résolu du jacobinisme et
défavorable à une attitude de bouderie de la part du clergé, et Gui
llaume-André-René Baston, ce théologien antijanséniste et adversaire
de la Constitution civile, mais gallican, qui a laissé des mémoires de
premier intérêt pour l'histoire de la Révolution et de l'Empire, —
personnalités très fortes l'une et l'autre, que présente M. Prévost. C'est
M. Prévost aussi qui présente, parmi les Protestants, les deux pasteurs
rormands Benjamin et Jacques Basnage, dont le second dirigea après
1709 l'église française de La Haye, véritable homme d'État, du reste
modéré. Le juriste François Bauduin, du xvie siècle, professeur à Bourg
es, à Strasbourg et à Angers, théologien constamment balancé entre
le catholicisme et les nouveautés, un instant même secrétaire de Cal
vin, a été traité par A. Gandilhon. Enfin Bayle a joué un trop grand
rôle dans la préparation de l'offensive antireligieuse du xviii* siècle
pour que ne soit pas mentionnée la notice à lui consacrée par M. Pré
vost, — un peu sommaire peut-être, mais ce n'est pas sur les individus
de cette taille qu'on va le plus souvent consulter les dictionnaires bio
graphiques.
H. Waquet.
— Catholicisme. Hier, Aujourd'hui, Demain. Encyclopédie en sept
volumes dirigée par G. Jacquemet. Tome II : Bethléem-Cîteaux (Paris,
Letouzey et Ané). — Fidèle à son programme, cette encyclopédie, dont
le tome second est maintenant achevé, donne une large part au catho
licisme d'hier, c'est-à-dire à l'histoire de l'Église : comme dans le
tome Jer, dont il a déjà été rendu compte ici, de très nombreuses noti
ces lui sont consacrées.
Mais ceux qui demain écriront l'histoire, et par avance beaucoup
d'historiens d'aujourd'hui, trouveront dans cet ouvrage une ample do
cumentation sur la vie religieuse contemporaine. Citons comme exemp
le les articles groupés sous les mots « bulletin », « centre », « cer
cle » ; ils reflètent le bouillonnement du catholicisme français à l'heure
présente, et situent des publications et des mouvements dans lesquels
il sera demain bien difficile de se reconnaître.
R. Vielliard.
— Dictionnaire de Spiritualité ascétique et mystique, publié sous la
direction de Marcel Viller, S. J. Fascicule XIII : Connaissance de soi-
Contemplation (Paris, Beauchesne, 1950. In-4°, col. 1521-1776). — Ce
fascicule n'étudie aucun personnage intéressant directement l'histoire
de l'Église de France. Mais il contient d'importants traités sur la Consc
ience, la Consécration, le Don de Conseil, les Conseils évangéliques,
la Consolation spirituelle et la Contemplation (dans la Bible, par le
R. P. Lebreton; chez les philosophes gréco-romains, par le R. P. Arnou).
R. L.-L. REVUE D'HISTOIRE DE i/ÉGLISE DE FRANCE 90
TEXTES
— Hilaire de Poitiers. Traité des mystères. Texte établi et traduit
avec Introduction et notes par Jean-Paul Brisson (« Sources chrétien
nes », 19. Paris, Éditions du Cerf, s. d., 176 pages in-8°). — éthérie.
Journal de voyage. Texte latin, Introduction et traduction de Hélène
Pétré {ibid., 21, s. d., 286 pages in-8°). — La collection « Sources chré
tiennes », dont nous avons recensé ici les premiers volumes (Revue,
t. XXIX, 1943, p. 333; t. XXXI, 1945, p. 361; t. XXXII, 1946, p. 350), a
poursuivi régulièrement sa carrière : elle a publié à ce jour plus de
vingt-cinq volumes; et si nous n'avons pas continué à les signaler ici.
c'est que nous devions désormais nous borner à ce qui concerne le
christianisme gaulois. Voici que l'occasion nous est offerte de dire à
nouveau tout le bien que nous pensons de cette collection, puisque la
série latine qui double maintenant la série grecque, s'est inaugurée
par deux opuscules du ive siècle issus de notre Occident : le Tractatus
mysteriorum d'Hilaire de Poitiers et l'Itinerarium de la mystérieuse
Éthérie. Chacun d'eux, connu par un seul manuscrit, a été édité dans le
Corpus de Vienne, dont le texte est reproduit ici, à quelques nuances
près; mais ni l'un ni l'autre n'avait été traduit en français. Ils le sont
excellemment ici par deux érudits, qui les accompagnent de notes abon
dantes et judicieuses et d'une Introduction documentée et instructive.
J. P. Brisson y dégage fort bien les caractères de l'ouvrage de saint
Hilaire, où sont commentés quelques épisodes de la Genèse, de l'Exode
et du livre de Josué, et le replace dans la ligne de l'exégèse figurative
de l'antiquité, où il apporte un élément assez original. Mlle Pétré
expose longuement et clairement toutes les questions que pose la Pere-
grinatio attribuée d'abord à une Silvia, puis à une moniale que Dom
Férotin appelle Etheria, le P. Bouvy Eucheria et, plus récemment,
Wilmart et Dom Lambert Egeria; elle rappelle tout ce que nous savons
des pèlerinages au iv* siècle, dégage les données topographiques du
voyage au Sinaï, en Palestine, en Mésopotamie (avec cartes), les don
nées liturgiques et ecclésiastiques. Mais il se pourrait que la pieuse
voyageuse dont nous lisons le récit naïf, ne soit pas gallo-romaine,
comme on l'avait d'abord pensé : donnant impersonnellement l'état de
la question, Mlle Pétré paraît se rallier aux conclusions de Dom Féro
tin qui la regarde comme originaire de Galice, en Espagne.
Jean-Remy Palanque.
— Richard de Saint-Victor. Sermons et opuscules spirituels inédits.
Tome I : L'édit d'Alexandre ou les Trois Processions. Texte latin, intro
duction et notes de Jean Chatillon et William Tulloch. Traduction
française de Joseph Barthélémy [Bibliothèque de spiritualité médiév
ale] (Desclée de Brouwer, s. d. (1931). In-8° de xc-127 pages). — De
ce livre, il suffit de dire qu'il est indispensable. Richard de Saint-Vic
tor étant l'un des maîtres les plus importants de la spiritualité médiév
ale, tout ce qui le concerne s'impose au médiéviste. A combien plus
forte raison toute publication d'inédit, surtout lorsqu'elle se présente
avec l'ensemble de mérites qui caractérise l'œuvre de 'M. l'abbé Jean
Chatillon et de ses deux collaborateurs. Nul n'ignore avec quelle con
tinuité et quelle sûreté M. l'abbé Jean Chatillon s'est appliqué à péné
trer la doctrine du grand victorin et à développer la connaissance que
nous en avons. Toutes les qualités de sa méthode ont concouru à la NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 91
perfection de ce livre. Inventaire de la tradition manuscrite, reconsti
tution du contexte historique, analyse doctrinale poussée jusqu'au
degré le plus élevé de la rigueur scientifique grâce à une analyse te
rminologique et conceptuelle aussi fine que possible, exégèse de détail
et d'ensemble conduite avec ce bonheur que seule permet la connatura-
lité obtenue par la longue fréquentation d'une intelligente sympathie,
rien ne manque à l'introduction, à l'établissement ou à l'interprétation
du texte. On doit également louer l'exactitude d'une traduction qui
ouvrira à un bien plus grand nombre de lecteurs une œuvre que son
symbolisme raffiné ne peut manquer de rendre mystérieuse à beau
coup. Une ou deux réserves seulement. Le traducteur a-t-il correctement
interprété le qui dicat de la page 8, ligne 8 ? Et surtout, ne manque-
t-il pas un paragraphe à l'Introduction si complète ? Ce serait celui
où serait discutée une hypothèse que M. Jean Châtillon ne repousse
que par prétérition, bien qu'à mon avis il y aurait eu quelques rai
sons sérieuses d'en soupeser attentivement la valeur. Sans paraître
hésiter, M. Jean Châtillon identifie au pape Alexandre III l'Alexandre
dont parle Richard de Saint-Victor et auquel il attribue un édit vra
iment bien étrange. L'identification n'est certes pas dépourvue de tout
appui dans le texte même. Mais le même texte contient aussi de quoi
douter, en obligeant, me semble-t-il, à se demander si Richard n'en
tendrait pas plutôt désigner par ce nom Jésus-Christ en personne. J'es
père qu'une deuxième édition élucidera ce point. Il n'est pas négli
geable, car l'interprétation d'ensemble en dépend à bien des égards.
André Combes.
HISTOIRE GÉNÉRALE
— Le Christianisme aux quinze premiers siècles (Paris, Berger-Le
vrault, 1951. In-8°, ix-216 p., une carte et huit photographies hors texte").
— Ce petit livre a été rédigé en vue de l'enseignement religieux dans les
églises réformées de France. Il tend à faire connaître en milieu protes
tant, où l'on passe souvent « presque sans transition de l'histoire des
origines chrétiennes à celle de la Réforme », les richesses, malgré « ses
ombres et ses faiblesses », de l'Église du Moyen Age. L'ouvrage se
divise en quatre parties : l'Église en face du inonde païen ; l'Évangile
à la conquête du monde; Moines et missionnaires; l'Église du Moyen
Age. Chaque partie est subdivisée en plusieurs chapitres, rédigés par
des collaborateurs différents et suivis de quelques textes bien choisis.
On ne sera pas étonné de rencontrer, ici et là, certaines exagérations,
par exemple sur l'infidélité de « l'Église officielle » à la vérité évan-
gélique, à quoi l'on oppose la vie spirituelle des foyers monastiques
« où fut sauvegardée et alimentée la flamme de l'Évangile ». Mais il
y a un effort intéressant pour faire comprendre la vie artistique, intel
lectuelle et mystique des chrétiens du Moyen Age. L'ouvrage se termine
par un chapitre sur les précurseurs de la Réforme, Wyclef et Jean Huss.
R. L.-L.
— Marcel Pacaut. Les institutions religieuses. [Collection Que sais-
je ?] (Paris, Presses universitaires de France, 1951. In-16 de 124 pages).
— Comme les autres volumes de la même collection, celui-ci a été spé
cialement écrit à l'intention du « lecteur moyen », et a le caractère
d'une synthèse de vulgarisation. Les institutions religieuses sont une REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 92
matière immense, que l'on ne pouvait songer à traiter dans l'ensemb
le. M. Pacaut s'est donc limité aux questions qui lui ont paru pré
senter le plus d'intérêt pour le public auquel il s'adresse. Il traite
uniquement de la constitution extérieure des Églises. D'autre part il
a cru devoir se borner aux principales religions pratiquées en France,
c'est-à-dire le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme. Au catho
licisme est consacrée la première partie du volume. On ne peut, écrit
'M. Pacaut, « s'empêcher d'admirer le perfectionnement de son organi
sation, la minutie de son administration et la majesté de l'édifice tout
entier.... L'Église catholique apparaît comme l'organisme le plus impo
sant du monde contemporain, solide sur sa base, difficile à désorganiser
ou à entamer, prompt à la riposte ». Une deuxième partie du volume
est consacrée aux cultes protestants. On y lira avec intérêt les pages
clans lesquelles, traitant des institutions typiques du protestantisme,
M. Pacaut passe successivement en revue les organisations épiscopales,
synodales, congrégationnelles. On notera aussi ce qui a trait aux efforts
manifestés dans le sens du regroupement, et à ce propos les indica
tions fournies sur le Concile œcuménique des Églises. Dans une tro
isième partie, beaucoup plus brève que les deux précédentes, M. Pacaul
s'occupe du judaïsme. Après un rapide exposé des caractères généraux
de la religion juive, il donne quelques précisions sur le judaïsme en
Israël, puis sur le culte israélite dans les autres pays. A la fin du
volume, on trouvera une bibliographie du sujet. Volontairement très
sommaire, elle se borne à un petit nombre d'ouvrages, les plus prati
ques et les plus aisément accessibles. Elle est de nature à rendre ser
vice à ce « lecteur moyen » que l'on a eu en vue.
E. DURTELLE DE SaINT-SaUVEUR.
— Léon Lemonnier. Histoire du Canada français (« L'histoire racon
tée à tous », Paris, Hachette, s. d. [1949], 448 pages). — Claude de
Bonnault. Histoire du Canada français (« Colonies et Empires ». Pre
mière série : Études coloniales, 6. Paris, Presses universitaires, 1950
348 pages). — On ne peut écrire l'histoire du Canada français de 1534
à 1760 sans rencontrer à chaque pas des faits religieux; de la croix de
Gaspé à la fondation de Montréal sous le nom de Ville-Marie, l'arrivée
des Récollets, puis des Jésuites, les martyrs des missions iroquoises.
la conversion des Hurons, les voyages du P. Marquette, l'œuvre des
Sulpiciens et des Ursulines, la vie de la jeune Tekakwitha, première
religieuse indienne : autant de faits qui justifient le nom d' « épopée
mystique » employé naguère par Georges Goyau. Les deux livres qui
viennent de paraître sous le même titre ne pouvaient manquer d'y
faire écho. Malgré la grande diversité de leur présentation, — le pre
mier (prolongé jusqu'à nos jours) plus classique et narratif, le second
(qui s'arrête à la conquête anglaise) plus vivant et d'un style haché, un
peu journalistique, — ces deux ouvrages font à l'histoire religieuse
des temps héroïques la place qu'elle mérite. On regrettera cependant
qu'après le premier évêque de Québec, Mgr de Laval, il ne soit à peu
près plus question, dans l'un et dans l'autre ouvrages, de l'Église cana
dienne : pourtant l'organisation de son temporel, les conflits avec le
pouvoir civil (à peine indiqués), le développement des congrégations,
le sort des missions indiennes et finalement la répercussion de la con
quête anglaise sur la vie de l'Église catholique au Canada méritaient
d'être traités au moins autant que les batailles contre Iroquois et
Anglais. M. de Bonnault, qui connaît bien les sources canadiennes NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 93
(voir son importante Bibliographie), aurait pu sans doute y trouver
les éléments de développements intéressants.
Jean-Remy Palanque.
Livres nouveaux. — Histoire de la France pour tous les Français, par
les historiens spécialistes de chaque époque. Tome I : Des origines à
177b, par Ed. Perroy, R. Doucet et A. Latreille. Tome II : De 1774 à
nos jours, par G. Lefebvre, Ch.-H. Pouthas et M. Baumont (Paris, Ha
chette, 1950. In-8°, 507 et 512 p., cartes. Prix : 750 fr. chaque volume).
— Les noms mêmes des auteurs recommandent cette synthèse, où l'on
trouvera d'utiles mises au point, d'après les travaux les plus récents.
ANTIQUITÉ CHRÉTIENNE
— Ph.-I. André-Vincent. La Sainte-Baume (Paris, Laffont, [1950].
In-12 de 148 pages, avec plusieurs gravures hors texte). — Le but pre
mier et essentiel de ce petit livre est de décrire le site de la Sainte-
Baume, d'en faire revivre l'âme et de retracer à grands traits l'histoire
du pèlerinage. Tout cela ne peut que mériter notre approbation et cette
approbation serait sans réserve si l'auteur n'avait cédé à la tentation
de vouloir justifier, à cette occasion, la fameuse « tradition » proven
çale relative à la venue en Gaule de sainte Marie-Madeleine.
Le R. P. sait très bien que la dite tradition n'est pas parole d'évang
ile. Il accorde même qu'un jour peut venir où la science historique
démontrera péremptoirement que c'est une légende. Il convie les sa
vants à la recherche, mais, en attendant, ajoute-t-il, « l'honnête homme
doit former son opinion sur l'état de la science de son temps et sur
les preuves fournies par elle ».
S'il fallait l'en croire, la science de notre temps serait en mesure
d'aligner vingt-trois preuves, plus ou moins explicites, en faveur de
la tradition. Voilà qui est impressionnant, mais que valent ces preu
ves ? Nous ne pouvons reprendre ici les réfutations faites — il y a
déjà longtemps — soit par Mgr Duchesne, soit par M. le chanoine
Vacandard {Revue des questions hist., t. C, 1924, p. 257-305). Qu'il nous
suffise, à titre d'exemple, de citer le document qui, au témoignage de
notre auteur, est « le plus décisif en faveur de la tradition proven
cale, celui sur lequel Mgr Duchesne a fait porter tout le poids de sa
critique ». C'est un parchemin, aujourd'hui perdu, qui fut trouvé dans
un des sarcophages de la crypte de Saint-Maximin lors de l'invention
des reliques de sainte Marie-Madeleine en 1279.
Il y est relaté qu'en l'an 710 de la Nativité du Seigneur (d'autres
voudraient lire 716 ou même 715), sous le règne d'Odoinus (ou Clodo-
veus), roi des Francs, le corps de sainte Marie-Madeleine fut transféré
d'un tombeau dans un autre par crainte de la nation perfide des Sarras
ins, qui ravageaient le pays. « Que cet authentique soit apocryphe,
n'a pas hésité à écrire Mgr Duchesne, c'est ce qui crève tous les yeux
non provençaux. » Sans s'exprimer d'une façon aussi brutale, M. Va
candard déclare, lui aussi, que ce « fameux certificat n'offre aucune
garantie ». Et c'est bien ce qu'il faut que nous disions à notre tour.
Ni en 710, ni en 715 ou 716, il n'y avait de roi des Francs portant le
nom d'Odoinus ou de Clodoueus. Et c'est en vain qu'on ferait appel
au duc d'Aquitaine Eudo, qui n'est pas Odoinus et qu'un contemporain
ne pouvait qualifier de roi des Francs. REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 94
On a beau examiner, une après l'autre, toutes les preuves, c'est à la
conclusion de Mgr Duchesne que nous sommes forcés de revenir : avant
le milieu du xie siècle, il n'y a pas trace de système d'après lequel les
saints palestiniens seraient venus en France. Les textes qu'on invoque
ne sauraient être pris au sérieux par la critique historique.
Le R. P. reconnaît sans difficulté qu'on peut faire dévotement le
pèlerinage de la Sainte-Baume, pour y retrouver la « présence » de
Marie-Madeleine, tout en étant « un sceptique de la tradition provenç
ale ». Mgr Duchesne et M. Vacandard sont tout à fait d'accord avec
lui sur ce point. « En tout état de cause, déclare M. Vacandard, nos
conclusions ne sauraient porter atteinte au culte de sainte Marie-Madel
eine en Provence. Que la sœur de Lazare soit venue, ou non, en Gaule,
qu'on y ait pris pour ses restes les restes d'une autre personne inhumée
à Saint-Maximin, ce n'est pas moins à la sainte elle-même que la foi
des populations, des souverains ou même des papes, a toujours adressé
ses hommages et ses prières... » « L'autorité ecclésiastique, écrit 'Mgr
Duchesne, comprendrait mal son devoir si elle faisait table rase d'une
tradition de culte qui dure depuis six cents ans. Après tout, les hon
neurs rendus à la mémoire de sainte Marie-Madeleine en Provence ne
sauraient choquer aucun catholique, fût-il le critique le plus sévère.
Que le lieu où on les lui rend ait été déterminé d'après une tradition
plus ou moins suspecte, que les reliques de ce sanctuaire soient authen
tiques ou apocryphes, cela n'empêche pas la piété d'être sincère, et
c'est ce qui importe à Dieu et aux hommes. »
Le R4 P. André-Vincent a voulu terminer son ouvrage par une « briève
réflexion théologique ». Il y affirme qu' « il serait faux d'écarter la
tradition provençale de nos perspectives sous prétexte qu'elle n'est pas
le fondement de notre culte à Marie-Madeleine ». En vérité, il ne s'agit
pas de cela. La tradition provençale est à rejeter parce que c'est une
fausse tradition historique. Comme le dit fort bien le R. P., « avec
la méthode historique que le croyant doit s'engager dans les problèmes
d'histoire ». Faut-il, comme il l'ajoute, que le croyant soit « moins
qu'un autre enclin à s'enfermer dans sa science ou en méconnaître
les limites » ? Disons plus simplement qu'il doit avoir, autant que
quiconque, le souci de la vérité : ni plus, ni moins.
E. Griffe.
— É. Griffe. A propos des origines chrétiennes de la Gaule (extr. du
Bulletin de littérature ecclésiastique publié par l'Institut catholique
de Toulouse, juillet-décembre 1948, p. 148-159) ; — Le christianisme en
face de l'État romain (ibid., juillet-septembre 1949, p. 129-145); — Les
premières « paroisses » de la Gaule (ibid., octobre-décembre 1949, p. 229-
239); — La primatie d'Arles et les métropoles d'Aix et d'Embrun au
Ve siècle (ibid., avril-juin 1950, p. 65-74) ; — La date du martyre d?
saint Saturnin de Toulouse (ibid., juillet-septembre 1950, p. 129-135).
— Le probe historien qui nous a donné naguère le premier tome de sa
Gaule chrétienne à l'époque romaine (voir Revue, t. XXXIV, 1948, p. 118)
continue à publier d'importantes contributions à l'histoire de nos ori
gines, dans le Bulletin de l'Institut où il est professeur. Elles méritent
d'être spécialement signalées à nos lecteurs.
La première énonce, à propos d'une recension de son livre, les règles
les plus sages de la critique historique; l'auteur y montre qu'en récl
amant « des méthodes neuves », orientées vers « des horizons nou
veaux », on fait preuve d'illusions singulièrement aventureuses et qu'il