Notes bibliographiques
In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 55. N°155, 1969. pp. 365-400.
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Notes bibliographiques. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 55. N°155, 1969. pp. 365-400.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1969_num_55_155_1822NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
RÉPERTOIRES
— Institut français de presse, section d'histoire. Tables du Journal
Le Temps, vol. III (1871-1875), Introduction de Pierre Albert, Éd. du
C.N.R.S., 1968, In-8°, (17 X 24). xn-752 p. — Avec une régularité exemplaire,
l'Institut français de Presse poursuit la publication de ces tables. Malgré
quelques améliorations de détail, la méthode suivie est toujours la même.
(Voir nos comptes-rendus précédents dans le numéro 153 (année 1968) de la
R.H.E.F., p. 390). Pour cette période, les tables ont inventorié les différentes
éditions du journal : celle de Paris qui fut interrompue du 6 au 30 mai 1871,
celle de Saint-Germain-en-Laye, du 23 avril au 1er juin et le Bulletin du jour
paru à Paris du 16 au 22 mai qui tenta de tourner l'interdiction du Temps.
L'histoire religieuse a beaucoup à puiser dans ces tables.
Guy Duboscq.
— René Nelli. Dictionnaire des Hérésies méridionales. Toulouse, Éd.
Privât, 1968, (14 X 21), 306 p. — Le sous-titre ajoute... « et des mouvements
hétérodoxes ou indépendants apparus dans le Midi de la France depuis, l'ét
ablissement du christianisme... » — Comme le commente l'avant-propos :
« le terme d'hérésie a l'inconvénient de manquer d'objectivité »... Mais il est
employé ici parce qu'il est usuel et commode pour recouvrir sept grandes
doctrines de caractère religieux, mystique ou simplement éthique, nées ou
1' « amour », développées dans le Midi de la France : l'arianisme, la kabbale,
le catharisme, le valdéïsme, le calvinisme, la religion de l'humanité (d'Auguste
Comte) — « L'implantation de ces sept mouvements en Occitanie fut certes
de densité fort variable. Même si, par exemple, Auguste Comte est né à Montp
ellier c'est plutôt au Brésil qu'en France méridionale qu'on trouverait implant
ée une descendance du comtisme religieux. Faut-il voir dans cette religion
de l'humanité, une composante qui serait « l'erotique occitane » ? L'hypothèse
est fragile même si elle est séduisante. La population de notices obéit ainsi à
un critère assez large. Il est vrai que dans l'avant-propos, l'auteur avertit
que le « Midi attire les hérésies » (p. 8). Du moins c'est par rapport à ce midi,
lieu à.' origine ou lieu d'implantation, que ces notices sont écrites. Le catha
risme y occupe la plus grande place, mais d'autres noms aussi émergent
comme celui de Fabre d'Olivet, occitant militant, avec son utopie œcumén
ique ou pré-œcuménique d'une « théodoxie universelle », émule du saint-
simonisme ou du comtisme (p. 140)... Il manque sans doute à chacune des
notices, l'approche bibliographique habituellement bienvenue dans ce genre
de dictionnaire.
H. Desroche. 366 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
— A propos d'études démographiques. — Le Centre de documentation des
Archives des Alpes-Maritimes publie régulièrement depuis 1961 un recueil
trimestriel ronéographié intitulé « Recherches régionales, Côte d'Azur et
contrées limitrophes ». Ce bulletin se propose de présenter les travaux
(mémoires, diplômes ou thèses) rédigés pour l'obtention d'un titre univers
itaire. Les textes publiés sont le plus souvent des résumés très étoffés de
ces travaux ; quelquefois c'est la publication intégrale de l'étude qui est
donnée.
Il nous a paru utile de signaler aux lecteurs de la Revue d'histoire de V Église
de France une étude publiée dans le 4e fascicule trimestriel de 1968 par
M. Joseph Cabagno st qui s'intitule Analyse et études statistiques du livre des
morts de la paroisse de Saorge, entre 1668 et 1832 1.
Sans donner de développement à cette note qu'il soit permis d'indiquer
que cette étude se divise en deux parties : la première traite des droits res
pectifs de la paroisse, du prieuré de la Madone relevant de l'Abbé de Lérins
et plus récemment (xvne siècle) du couvent des Pères Réformés Mineurs de
Saint-François sur les sépultures dans cette ancienne place forte du comté de
Nice, située dans la vallée de la Roya, sur la route de Tende ; le plus ancien
de ces droits est sanctionné par un acte de confirmation de l'évêque de Vin-
timille daté du 4 octobre 1092 et lui est donc antérieur.
La seconde partie fournit d'après l'analyse des registres des morts que
l'on peut qualifier de « registres paroissiaux de décès » et qui sont conservés
pour les années 1668-1680, 1681-1702, 1702-1733, 1758-1799, 1800-1810 et
1811-1832, des données statistiques sur le nombre des décès, les âges des
décédés, les causes des décès, la délivrance des sacrements etc..
Le rassemblement de tels éléments accompli avec autant de science que de
patience est précieux pour les historiens et les sociologues.
Guy Duboscq.
HISTOIRE GÉNÉRALE. SOCIOLOGIE. ŒCUMÉNISME
— Pierre Pierrard, Le prêtre français. Paris, Bloud et Gay, 1969. In-8°,
192 p. 15 F. — Cette étude ouvre une collection que dirige M. Pierrard et
qui se propose d'éclairer par l'histoire les problèmes actuels de l'ouvrier,
du patron, du professeur, de l'officier. Ce premier ouvrage sur le prêtre est
une vulgarisation de bon aloi : il bénéficie de l'expérience de son auteur,
spécialiste rompu aux méthodes scientifiques et tranche dans l'immense
littérature consacrée depuis quelques années à ce sujet. Sa composition
s'articule naturellement autour des trois temps forts que fuient la réforme
tridentine, la Révolution et les nouvelles expériences missionnaires du dernier
demi-siècle. Le recours à l'histoire générale, que jalonnent les trois pages
de bibliographie en fin de volume, permet de fixer nos principaux points
de repère sur les prêtres de paroisse à l'époque médiévale. Mais déjà, l'exploi
tation des ouvrages plus spécialisés comme la thèse de P. Adam sur la vie
paroissiale en France au xive s. (1964) permet des descriptions plus précises
et l'évocation de cas concrets (Gerson), qui abondent pour les siècles suivants.
L'auteur fait une juste place aux évêques et fondateurs d'Ordres qui, dans
l'élan du renouveau spirituel du 17e s., assurèrent l'application des décrets
tridentins et fixèrent pour des siècles l'image du prêtre français. Il évoque
1. Recherches régionales, Cote d'Azur et Contrées limitrophes,
1968, n° 4, 8e année, p. 11 à 44. [Publié par le Centre de documentation des
Archives des Alpes-Maritimes, 5 ter, avenue Edith-Cavell, 06-Nice.] NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 367
avec bonheur les figures de S. François de Sales, et de Bérulle, de Bourdoise,
S. Vincent de Paul et de JJ. Olier. Le tableau du bas-clergé du 18e s., dans
son recrutement, sa situation matérielle (jugée un peu précaire (?), son
ouverture intellectuelle, est plus rapide, mais il est sans doute nécessaire
d'attendre des travaux comme celui que prépare M. Julia pour avoir de& vues
plus précises en la matière. Sur la période révolutionnaire, M. Pierrard résume
quelques-unes des acquisitions dues à MM. Latreille et Plongeron. L'étude
du clergé concordataire sacrifie davantage à l'histoire générale et à l'anec
dote (même si celle-ci est puisée à de bonnes sources comme les journaux
personnels de JJ. Massoni et d'Augustin Devoille au milieu du siècle). Les
allusions à la courbe de son recrutement, au problème capital de l'inamov
ibilité des desservants, support d'un véritable presbytérianisme, enfin au
développement du néo-ultramontanisme sous l'influence de l'Univers sont
fugitives, voire inexistantes. L'ouvrage reprend tout son intérêt avec l'his
toire des efforts de renouvellement qui vont de la génération des abbés
démocrates des années 90 aux expériences des prêtres au travail et de la
Mission de France, au cours de la deuxième guerre mondiale et après elle.
L'histoire permet ainsi de mesurer quels efforts le sacerdoce doit réaliser pour
dépasser les limites d'une formation sacerdotale un peu fermée sur elle-même,
tout en gardant le legs essentiel du grand siècle dans l'image du prêtre.
Cet ouvrage constitue une bonne introduction à des analyses plus appro
fondies sur le clergé français, sa formation, son recrutement, sa condition
aux diverses époques, — analyses qui auraient débordé le cadre de cette
étude descriptive 1.
J. Gadille.
— J. Leslie Dunstan. Le protestantisme. Traduction française par Albert
Cavin. (Coll. « Les grandes religions du monde », n° 7). Genève-Paris, Gamier,
s. d. (1968). In-16 (13,5 X 22) de 340 p., 20 ill. dont 6 en coul.. Rel. : 24 F. —
Distribué par le Cercle du bibliophile, cet ouvrage bénéficie d'une présentation
élégante et comporte peu d'erreurs matérielles (p. 194, 247, 266). Après un
rappel des origines et des principes de la Réforme, dont il situe les néces
saires variations entre le donatisme des anabaptistes et la dialectique éras-
tienne de l'Église d'Angleterre, l'auteur évoque la vie intéiieure du protes
tantisme (2e partie) et ses rapports avec le monde, dans une perspective
tour à tour historique, missionnaire (4e partie) et actuelle, déplaçant l'accent
vers le problème de l'autorité et la question de l'unité, en fin de compte sur le
ministère des laïques (6e partie, p. 323). Son dessein est de montrer la perma
nence de la foi protestante, d'en dégager la spécificité, l'une et l'autre insé
parables de l'expérience moderne de la liberté. Le résultat cependant ne répond
pas à l'intention. Objectivité et ampleur de vue le cèdent trop souvent à une
rhétorique insipide, sinon dépassée. Le choix et l'utilisation des textes gardent
un caractère arbitraire. Le déséquilibre des chapitres (l'un d'entre eux se
réduisant à 16 lignes) accuse leur juxtaposition. L'anthologie peut bien
s'élever à la hauteur d'un essai. Le croyant n'en reconnaîtra pas toujours la
philosophie.
1. Au sujet de mon compte-rendu sur le livre de Pierre Lafue, Le prêtre
ancien et les commencements du nouveau prêtre, [R.H.E.F., t. LIV, juil.-déc.
1968, p. 394), on me signale que le P. Pie de Langogne a été créé archevêque
de Corinthe in partibus inf. au Consistoire du 27 novembre 1911. Cette pré
cision n'est pas de nature à modifier mon jugement sur cet ouvrage. Y.-M.
HlLAIRE. NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 368
— Daniel Ligou. Le protestantisme en France de 1598 à 1715. (« Regards
sur l'histoire ». Coll. dirigée par Victor L. Tapie. II. Histoire générale, n° 4) —
Paris, Sedes, 1968. In-16 (11,5 X 18,5) de 280 p. — 18 F. — Éviter de traiter
le protestantisme du xvne siècle comme la préface de la Révocation n'est
pas chose facile, du moins dans les limites du genre. La familiarité du cours
d'agrégation, sa vigueur, qui éclatent ici en formules savoureuses (les « bar
bouzes » de Louis XIV, p. 260 ; sa « dévotion d'enfant de Marie », p. 213...),
l'abondance d'une information puisée aux sources et, du reste, fort sélective
(p. 226 : J. Orcibal et P. Chaunu jugés « trop sérieux » pour comprendre vrai
ment Pellisson) impliquent certaines simplifications pédagogiques (dans
la présentation doctrinale, en particulier), un schématisme plus propice
à la narration des événements qu'à l'approche de la foi. En choisissant dès
l'abord d'analyser l'Ëdit de Nantes et son application, l'auteur s'enferme,
malgré son dessein, dans une perspective étroitement politique, sinon jur
idique. Qu'il étudie les caractères extérieurs ou l'évolution du fait protestant
ne diminue en rien les qualités de son manuel, bien au contraire : il n'est
guère possible de mieux décrire, en peu de phrases, la reconnaissance des
lieux de culte protestants et — les brevets rachetant le séquestre — le réta
blissement du clergé dans ses droits (non sans litiges, comme à Montauban,
où le procès des Augustins dure jusqu'en 1715 !). Mais il lui devient alors
difficile de renoncer à la vision traditionnelle d'un protestantisme extirpé
en deux phases successives et, par là même, à la recherche des cause*? d'un
supposé déclin de? Églises ou de « l'anachronique » Révocation. M. Ligou
s'accommode donc de ce parti, tout en s'efïorçant à son tour de le renouveler
dans le détail. Ainsi évoque-t-il, jusqu'en 1661, une première étape marquée
par la disparition des places de sûreté et l'effritement d'un protestantisme
« marginal » (chap, m à v). Tandis que, portée par les « hautes eaux catho
liques », la Compagnie du Saint-Sacrement organiserait dès cette époque
l'interprétation de l'Ëdit « à la rigueur », la foi réformée s'exprimeiait tout
entière dans un « protestantisme d'Église ». Rompant avec ces péripéties,
le tableau de la vie huguenote esquisse une sociologie des communautés et,
plus discutable, insiste sur le « gauchissement » du système presbytérien-
synodal, les incertitudes théologiques, l'aisance relative des ministres (Jean
Bayle ?) et, enfin, sur un érastianisme qui, pourtant, ne saurait exclure toute
forme de résistance active à l'État. Consacrés au temps de la Révocation,
sacrifiant quelque peu les années 1685-1715, les derniers chapitres (xn à xiv)
offrent une critique des ouvrages de base, un excellent regroupement des faits
(quant à la persécution juridique, par exemple). Péremptoire ou nuancé,
l'ouvrage, en fin de compte, demeure toujours suggestif. Inévitables, quelques
lacunes ou obscurités (p. 151 et 158 : B. ou F. Turretin ? ; 156 : Borgeaud
théologien ?. 163 : P. Bayle pasteur ? ; 179 : Dury avant Cromwell ?..., etc.)
n'en amoindrissent pas l'utilité.
R. Stauffenegger.
— Les Francs-Maçons : dialogue entre Michel Riquet et Jean Baylot.
Collection « Verse et Controverse ». Paris, Beauchesne, 1968, (11 X 22), 96
p. — Dans un dialogue très vivant et très agréable à lire, l'éminent jésuite
et le Grand Secrétaire de la Grande Loge Nationale française éclaircissent
les problèmes complexes que posent les relations de la franc-maçonnerie
et de l'Église catholique.
Le premier point, c'est qu'il existe aujourd'hui deux types de maçonnerie,
la première dite « régulière », rassemblant sous la houlette de la Grande
Loge Unie d'Angleterre de 5 à 6 millions de frères, la seconde dite « irrégu- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 369
Hère », mais qui ne s'estime pas telle, et qui compte en France de 20 à 30 000
maçons et en Belgique de 3 à 4 000. La première oblige ses membres à croire
en Dieu, la deuxième non, d'où rupture depuis 1877 (lorsque le Grand Orient
de France supprima l'obligation du Grand Architecte de l'Univers) entre les
deux maçonneries, des relations fraternelles.
Le deuxième, c'est que de 1738 à 1884, les papes ont condamné l'ordre
et interdit aux catholiques d'y appartenir, motifs pris du « secret », du syncré
tisme religieux et des déviations morales possibles. Le dialogue met bien en
relief les raisons générales et circonstancielles (situation des Stuarts au
xvnie, unité italienne et pouvoir temporel au xixe siècle) des condamnations
romaines. Sur celles-ci, l'interprétation décisive est donnée par le P. Riquet.
Après avoir rappelé les termes du canon 2335 qui frappe d'excommunication
les catholiques devenus maçons (p. 42), il explique fort bien comment entendre
et appliquer le texte, en fonction d'une déclaration explicative du Saint-
Office du 5 août 1846 : « Les sociétés secrètes dont il est question dans les
Constitutions pontificales sont celle« qui se proposent quelque chose contre
l'Église ou le gouvernement, qu'elles exigent ou n'exigent pas de leurs adeptes
le serment de respecter le secret ». Doctrine reprise par Pie IX et rappelée
dans l'Instruction du Saint-office du 10 mai 1884 après l'encyclique Humanum
Genus (p. 43). Donc la franc-maçonnerie « régulière » obligeant ses membres à
croire en Dieu et ne se livrant à « aucune machination contre l'Église » se
trouve, suivant le P. Riquet, en dehors du canon 2335, tandis: que la maçonn
erie « irrégulière » tombe sous le coup du même canon, ne serait-ce que par
l'absence de la croyance obligatoire en Dieu. On peut remarquer, du re°te,
qu'en raison d'une longue évolution historique, le seul dénominateur com
mun entre les deux maçonneries, c'est d'abord l'appellation, une relative
communauté de rituel, de fêtes et de banquets, ainsi que de philanthropie,
tandis que le contenu doctrinal et intellectuel est différent et même opposé.
Le dernier point, puisque la maçonnerie « régulière » ne peut plus être
considérée comme ennemie et adversaire de l'Église, est de savoir quel est
son sens et son utilité présente. La thèse intéressante de J. Baylot, c'est
qu'elle n'a de raison d'être que par un retour aux sources médiévales, aux
confréries de bâtisseurs. Son but est de construire une « cathédrale humaine »,
à l'image des cathédrales de pierre, entreprise que rendent nécessaire de nos
jours la civilisation technocratique et la disparition du sacré.
En conclusion, le P. Riquet rappelant les paroles de Paul VI sur le rôle
des Rotary-Clubs (souvent qualifiés de paramaçonniques) estime qu'il est
possible « d'espérer que les autorités responsables sauront finalement « dis
cerner l'ivraie du bon grain ». Remercions aussi personnellement le P. Riquet
d'avoir repris à son compte l'interprétation que nous avions donnée ici-
même * d'une phrase de la bulle de Clément XII au sujet de la thèse défendue
par Me Mellor dans son livre Nos frères Séparés les Francs-Maçons, à propos
des motifs cachés (?) de la condamnation portée par Clément XII en 1738.
Pierre Chevallier.
— René Laurentin. L'Amérique latine à l'heure de l'enfantement. Paris,
Éd. du Seuil, 1968, (14 X 21). 280 p. — Journal de voyage en. Amérique latine
centré par des enquêtes-éclairs (flashes) sur les « communautés de base ».
Ces communautés d'inspiration religieuse et plus spécialement catholique
avec leurs implications actives et coopératives, formeraient le tissu sinon
d'une église souterraine du moins d'une église organique extra-paroissiale,
1. R.H.E.F., t. LI, 1965, p. 200. 370 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
génératrice d'un nouveau christianisme latino-américain. A travers ces expé
riences, maint problème ecclésiologique ou théologique se trouve posé : les
relations de la vie religieuse avec ses institutionnalisations, la participation
des chrétiens à la lutte pour le développement, les statuts nouveaux du
diacre ou du prêtre, le célibat ecclésiastique, les références liturgiques, la
violence révolutionnaire, la distribution socio-politique des chrétiens...
etc.
Optimiste, grave, alerte, mesuré, souvent aigu, iréniquement contestat
aire, l'ouvrage se laisse lire comme un grand reportage lesté par ses obser
vations attentives et ses compétences ecclésiologiques. Quelques annexes
complémentaires sont bienvenues pour le compléter, en particulier les lettres
collectives adressées au pape, à l'occasion de l'Assemblée de Medellin dont
un chapitre averti (p. 120-168) éclaire les tenants et les aboutissants. Parmi
ces lettres « la lettre au Frère Paul adressée par les dirigeants de cinq mil
lions de syndicalistes chrétiens » (p. 209-222) et la « lettre sur la violence
adressée par huit cents prêtres aux évêques latino-américains » (p. 223-229)
avivent le problème de la « révolution » tel qu'il est posé ou imposé au catho
licisme latino-américain. Question d'autant plus grave que l'Amérique
latine est le « laboratoire de l'Église Universelle » (p. 192) ; celle-ci représente
en effet « aujourd'hui plus du tiers des catholiques : 208 329 000 sur
572 488 000. On se demande si « la réponse des communautés de base » (p.
177 et ss.) n'est pas trop mince pour l'énormité de semblables questions.
Certes, « le dilemme s'impose donc aujourd'hui à l'Église par sa simplicité :
être ou ne pas être, s'engager au service d'un authentique développement
pour dépérir ou disparaître » (p. 188). Mais les trames technologiques et
économiques d'un tel « authentique développement » ne sont-elles pas ici
escamotées ou occultées. ? Et la mobilisation escomptée d'un grand vouloir
collectif si elle est nécessaire, serait-elle suffisante à résoudre, et comment,
les trois autres problèmes qui sont celui du pouvoir, celui du savoir et celui
de l'articulation de ce savoir sur ce pouvoir ?
H. Desroche.
— Henri Desroche. Sociologies religieuses, collection « SUP », Paris,
P.U.F., 1968, (11,5 X 17,5), 220 p. — Ce manuel destiné aux étudiants en
sociologie comprend bien des pages qui ne concernent pas l'historien de
façon directe. Dans la mesure cependant où l'histoire religieuse fait de plus
en plus un large usage des méthodes sociologiques, l'ouvrage ne nous laisse
pas indifférent. Une fois apaisé l'agacement que provoque l'emploi d'un
vocabulaire trop spécialisé (« sociométriser », catégories « classifîcatoires »
etc.), on ne peut qu'être sensible aux préoccupations œcuméniques de ces
lignes : « Nous savions que celle-ci (la sociologie des religions) pouvait paraître
suspecte à certaines spécialités déjà implantées : théologie, histoire, philo
sophie sociale... Et pourtant nous découvrions avec ravissement, dans ces
royaumes mitoyens de notre province, des connivences, des complicités,
des alliances, des dons qui nous portaient aux contre-dons... Tantôt montant
la garde sur des lignes de démarcation têtues : « c'est de la théologie, c'est de
l'histoire, etc., ce n'est pas de la sociologie... » Et tantôt sollicités de déraidir
cette axiomatique d'une secte latente au profit d'un œcuménisme métho
dologique de bon voisinage » (p. 12).
L'auteur rappelle les difficultés de la sociologie en ses débuts, alors qu'elle
paraissait représenter une « arme offensive » contre les croyances religieuses.
D'où le désir d'une sociologie qui serait « religieuse » c'est-à-dire « catholique »
ou « protestante ». L'opposition est aujourd'hui largement dépassée. Il en NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 371
subsiste cependant quelque chose quand la sociologie se fait praticienne, et
Gabriel Le Bras a distingué une « sociologie pastorale » d'une sociologie qui ne
serait que « scientifique ». Le développement de la sociologie religieuse est
inégal selon les domaines d'application : celle du catholicisme, sur le plan
quantitatif du moins, est la plus avancée. Elle consiste pour une large part,
en études sociographiques — c'est-à-dire de caractère descriptif. Mais il s'agit
d'une étape qui appelle un dépassement, celui que désirait Gabriel Le Bras
en intitulant son second volume des Études de Sociologie religieuse (1956) :
« De la morphologie à la typologie » : les descriptions faites, il s'agit de par
venir à une évaluation qualitative des mesures obtenues. Les formes prises
par les développements ultérieurs de la sociographie des pratiquants (enquêtes
dans les différents diocèses ; consultations de pratique dominicale urbaine)
ont pu masquer un moment les prémisses de sociologie historique qui furent
leur berceau. Assez rapidement cependant on en revint à l'hypothèse origi
nelle. En 1954 le chanoine F. Boulard écrivait ceci : « II apparaîtrait ainsi que
la Géographie religieuse des campagnes devrait chercher le secret de sa
physionomie surtout dans l'Histoire ». Cette recherche — historique ou non
— est une sociographie de la participation : a) du peuple à la vie religieuse
(les critères sont choisis parmi les moins discutables : la pratique est un acte
social, public, sollicité par l'Église catholique de façon formelle : elle comprend
des degrés).
b) de la religion à la vie populaire (religiosité, mythes) ; ce domaine étant
moins développé que le premier.
Mais l'investigation rencontre ses limites — au niveau de l'interprétation :
les débats sur la déchristianisation en sont un exemple (mais l'auteur ne dit
pas qu'ils ont préoccupé les historiens). La discussion du critère de la pratique
permet d'affiner le concept, à tout le moins de montrer que bien des problèmes
restent à approfondir. L'auteur, partant d'une définition de l'Histoire, donnée
par Marc Bloch (« la science des hommes dans le temps ») note justement
qu'entre l'histoire sociale et la sociologie historique, la frontière s'avère bien
menue. Mais le pluri-disciplinaire que nos vœux appellent suppose autre
chose que des changements de structure. Il y faut un esprit d'ouverture fait
de connaissance mutuelle.
— C. Brockmoller. Civilisation industrielle et religicn. Tournai, Desclée,
1967, (14 X 21), 248 p. — Le problème de l'adaptation est devenu fonda
mental dans les missions chrétiennes en pays de races et de cultures différentes
de celles de l'Occident européen. La mentalité ancienne d'assimilation a cédé
la place à la volonté de respecter les cultures et d'insérer le christianisme dans
les formes de vie qui leur sont propres. Le problème se pose également au
sein de l'Occident chrétien, — car, à la suite de l'industrialisation, une impor
tante mutation culturelle s'accomplit. L'auteur s'attache à montrer comment
la forme sous laquelle les vérités de la foi sont énoncées, doit être profondément
renouvelée. La grande majorité des hommes vivant dans les sociétés indust
rielles n'ont plus le sentiment que c'est à eux qu'on parle dans l'Église. Ce
n'est pas un hasard si les fêtes ou les sacramentaux sanctifiant le travail
et la vie économique sont tombés en désuétude. Ils constituaient le langage
des symboles de la civilisation agraire du passé. Les conséquences du change
ment de civilisation sont aussi analysées dans le domaine de la vie morale.
— F. Houtart et J. Remy. Milieu urbain et communauté chrétienne.
Tours, Marne, 1968, (12,5 X 18), 389 p. — Cet ouvrage rassemble une série
24 372 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
d'articles écrits au cours des dix dernières années. Il est le premier volume
d'une collection sur « L'Église et la civilisation contemporaine ». Il aborde le
thème du christianisme dans une société urbaine. L'Église a eu une attitude
défensive face au phénomène urbain : spiritualité détachée du monde temporel,
repliement sur l'institution ecclésiale, ghettos de formes diverses ; « le pape
de Rome ne peut et ne doit se réconcilier ni avec le progrès, ni avec le libéra
lisme, ni avec la civilisation moderne » (Syllabus. 1864). Aujourd'hui encore,
malgré les efforts entrepris, la présence de l'Église dans les milieux urbains,
est très faible. Les divers problèmes de la pastorale urbaine sont analysés à
partir du point de vue sociologique.
— Église et Communauté humaine, Études sur « Gaudium et Spes ». Tournai,
Desclée, 1968, (14 X 21), 300 p. — Réflexion collective, de caractère essentiell
ement théologique, sur les implications d'un texte conciliaire, h'aggior-
namento est la grande tâche historique de l'Église (Louis Vereecke p. 33-58) :
Vatican II commence avec Léon XIII. Les grandes encycliques, Immortale
dei, Rerum novarum, Providentissimus... sont les bases de départ d'une réfl
exion théologique qui s'épanouira dans les textes de Vatican II. Alphonse
Hubert étudie l'attitude des premiers chrétiens devant les biens temporels
(p. 133-174).
Gérard Cholvy.
— Marc Boegner. L'exigence œcuménique. Souvenirs et perspectives. Paris,
Albin-Michel, 1968. In-8°, 366 p. — Figure marquante du protestantisme
français contemporain, le pasteur Marc Boegner a joué un rôle de premier
plan dans la genèse du mouvement œcuménique. Après un demi-siècle de
responsabilités, une retraite très relative lui permet de rassembler souvenirs
et réflexions, de dresser le bilan de son expérience œcuménique.
Entre 1910 et 1937, quelques retentissantes conférences interconfessionn
elles posent, de manière aiguë, la question de l'unité des chrétiens. Converti
à l'œcuménisme au début du siècle par la découverte de la pensée de son
oncle Tommy Fallot, le pasteur Boegner travaille activement en France, au
rapprochement : contacts personnels, vie éphémère de groupes mixtes à
caractère privé, collaboration du président de la Fédération protestante de
France avec les autorités catholiques et juives, sont autant de jalons sur un
chemin alors malaisé. Notons au passage les témoignages rendus au R. P.
Laberthonnière, dont l'auteur fut l'ami, et au cardinal Verdier, aux côtés
duquel il défendit maintes fois les droits du croyant.
En 1937, Marc Boegner est présent aux conférences œcuméniques d'Oxford
et d'Edimbourg. Nommé par la première au comité chargé de l'installation
du futur Conseil œcuménique des Églises, dont il deviendra, en 1948, l'un
des présidents, son action se situe désormais à l'échelon international : pen
dant vingt ans, il participe à toute" les réunions importantes et à toutes les
décisions. Les longs développements consacrés aux années de guerre sont,
peut-être, les plus intéressants du livre. On y découvre les efforts constants
pour maintenir les liens et la visée d'unité par delà difficultés de communic
ations et divergences doctrinales, notamment à l'égard du nazisme. On y
trouve aussi une chronique sur les travaux et les jours du protestantisme
français qui, textes à l'appui, met en lumière la défense de la liberté rel
igieuse et des juifs persécutés, en accord avec hiérarchie et fidèles catholiques :
pour le pasteur Boegner, il n'est pas de dialogue profond concevable sans
collaboration concrète.
Après 1962, l'auteur n'occupe plus aucune fonction œcuménique officielle, NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 373
mais son autorité morale demeure au service de l'unité : invité au second
Concile du Vatican, reçu par Paul VI, conférencier recherché pour la semaine
de prière de janvier, il se réjouit sans réserve de l'entrée décisive de l'Église
catholique dans le concert œcuménique.
Le spécialiste pourra regretter les coquilles dont le nombre s'accroit sur
la fin (R. P. Brillais pour Brillet, R. P. Hammer pour Hamer...), le catho
lique, tels jugements sévères sur les conversations de Malines ou les deux
derniers dogmes mariaux, qui n'ont d'ailleurs aucune raison d'étonner sous
une plume réformée. Il n'en reste pas moins que ce livre précieux qui, de
l'évêque Brent au R. P. Congar, du pasteur Visser't Hooft à Jean XXIII,
fait côtoyer les promoteurs du mouvement œcuménique, représente, de la
part d'un homme dont c'est là une des préoccupations majeures, un témoi
gnage et un plaidoyer pour l'unité. Dans un monde chrétien en effervescence,
les perspectives d'avenir sur lesquelles il s'achève, apparaissent particu
lièrement sereines : la crise actuelle du catholicisme est abordée avec respect
et retenue, tandis que les tensions au sein des Églises de la Réforme sont
évoquées avec une largeur d'esprit remarquable qui souhaite faire droit aux
requêtes les plus urgentes et les plus profondes : seul le confessionnalisme
étroit est vigoureusement renié. En un temps où les impatiences se font jour,
où l'œcuménisme triomphant est accusé, le pasteur Boegner affirme de nou
veau sa foi en la réalisation plénière de la promesse du Christ à son Église.
E. Fouilloux.
— W.-H. Vandepol, La fin du christianisme conventionnel. Traduction
fiançaise par Jean Evrard d'un texte néerlandais publié en 1966. Paris, Éd.
du Centurion, 1968, (12,5 X 20), 444 p. — L'auteur définit lui-même son
œuvre, comme une œuvre de « phénoménologie » et non de théologie, en
glissant peut-être trop rapidement sur les rapports ou l'absence de rapport
avec, d'une part l'histoire et d'autre part la sociologie. C'est donc le « phéno
mène » de conventionality qui retient son attention et qu'il s'efforce de dis
cerner pour l'appliquer à sa catégorie maîtresse « le christianisme convent
ionnel ». Ce christianisme de convention n'est pas pour autant un christi
anisme de préjugé (p. 42). C'est en quelque sorte un de contrat
social culturel, attestataire de telle société et de telle culture et pour autant
opiniâtrement réfractaire à la contestation : « Accepter des doctrines et des
prescriptions conventionnelles déterminées dans un milieu donné entraîne
des conséquences. La plus immédiate est que l'on considère ce caractère
« naturel » comme ne souffrant aucune contestation » (p. 35).
Ce christianisme conventionnel est plus large que le christianisme de
chrétienté puisqu'il englobe catholicisme et protestantisme. « On entend par
christianisme conventionnel, le christianisme tel qu'il a été conçu et pratiqué
par le peuple chrétien depuis environ le début de la christianisation de l'Eu
rope Occidentale ». Certes la Réforme du xvie siècle a été un coup dur pour
le christianisme médiéval, mais même après cette époque on peut toujours
parler d'un christianisme conventionnel, que ce soit chez les catholiques ou
chez les protestants » (p. 51). Les pages qui suivent présentent des positions
et des caractéristiques du christianisme dit conventionnel (p. 51-92).
D'accord au moins sur ce point avec les théologies ou le mouvement de
la Mort de Dieu, l'auteur considère la fin de ce christianisme conventionnel
comme indubitable. Ce n'est pas pour autant la fin du christianisme. Ce
pourrait même être une retrouvée du christianisme biblique, y compris
dans ce qu'il pourrait avoir « d'areligieux » ou à la limite « d'athée ». L'essentiel