Notes bibliographiques ; n°50 ; vol.11, pg 92-113

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Revue d'histoire de l'Église de France - Année 1925 - Volume 11 - Numéro 50 - Pages 92-113
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Publié le 01 janvier 1925
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In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 11. N°50, 1925. pp. 92-113.
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Notes bibliographiques. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 11. N°50, 1925. pp. 92-113.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1925_num_11_50_3672NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
BIBLIOGRAPHIE
Bibliothèque nationale. Catalogue des manuscrits de la collec
tion des Mélanges de Colbert, par Paul-M. Bondois. Tome II
(Nos 344-424) et table alphabétique. Paris, Leroux, 1922. In,-8° de
322 pages.
Le tome II de ce catalogue porte sur la quatrième partie de la
collection dite des Mélanges de Colbert, soit 984 diplômes et
chartes, provenus de la Chambre des Comptes de Lille et se réfé
rant en majorité, à l'histoire de la Flandre et des pays voisins.
Sous les numéros 374 à 377 sont cotées des bulles pontificales,
datées de 1215 à 1594. Mais ce ne sont pas les seuls documents
intéressant l'histoire ecclésiastique que l'on trouve dans les
Mélanges de Colbert et dont l'excellent catalogue de M. B., pourvu
d'une table dressée avec une exactitude minutieuse, procurera
l'utilisation aux travailleurs.
R. N. S.
ART CHRETIEN
Dom F. Cabrol et dom H. Leclercq. Dictionnaire d'archéologie
chrétienne et de liturgie. Fascicules LVI-LXI : G.-Gotha. Tome VI,
col. 1-1392. Paris, Letouzey, 1924. In-4°.
Voici trois nouveaux fascicules, presque entièrement rédigés
par dom Leclercq, qui poursuit son travail avec une application
et une science qu'admirent tous ceux qui se servent du Diction
naire d' archéologie chrétienne. Certains sujets se trouvent renouv
elés, par la manière même dont les expose le savant bénédictin.
Je n'en veux pour exemple que le mot gemmes. On sait quelle
difficulté présente l'étude de ces pierres dures gravées, dont les
sujets sont souvent difficiles à interpréter, comme aussi les ins
criptions qui les décorent et auxquelles on attribuait un sens
magique. Les travaux du regretté E. Babelon servent de guide à
dom Leclercq, mais la liste que donne celui-ci des 3191 gemmes
chrétiennes actuellement connues, classées pour la première fois
par ordre iconographique, est destinée à rendre les plus grands
services aux historiens de l'art chrétien primitif.
Parmi les articles qui m'ont paru pouvoir retenir particulièr
ement notre attention ici, je signalerai celui qui traite de Saint-
Gall, commençant par une description très complète de l'Abbaye .
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 93
du ixs siècle, d'après le fameux plan conservé à la Bibliothèque
de Saint-Gall, publié ici à grande échelle, en trois couleurs, ce qui
en rend la lecture particulièrement aisée. La notice sur Germigny-
des-Prés, d'après la description donnée par Bouet, avant la res
tauration de 1870, est également très bien rédigée. Depuis que
dom Leclercq a écrit son article, il a paru dans le Bulletin de la
Société archéologique et historique du Loiret un article de
M. Jacques Soyer, montrant que, seule la première partie de l'in
scription donnant la date de l'édifice, est ancienne, et que la
deuxième partie, précisément celle où se trouve l'année 806, est
l'œuvre d'un restaurateur de 1840-1846.
L'article consacré à Saint-Germain-des-Prés est plein de rense
ignements sur les anciennes églises de Paris. Dom Leclerq réim
prime la fameuse pièce où Fortunat décrit une église qui pourrait
être la cathédrale d'après le titre : De Ecclesia Parisiaca, et qui
en réalité est Sainte-Croix et Saint-Vincent, qui prit plus tard le
titre de Saint-Germain, évêque de Paris, son bienfaiteur. Dans les
temps les plus anciens, et jusqu'aux vie et vne siècles, où il n'y
avait qu'un autel par église et une relique par autel, il n'était pas
rare de trouver en une même ville plusieurs églises cathédrales,
où l' évêque trônait et officiait suivant les besoins de son minist
ère, sans parler du baptistère, qui était toujours un petit édifice
à part. C'était notamment le cas à Paris, où l'on trouve, parmi
les églises cathédrales, Saint-Etienne, Notre-Dame et Saint-Ger-
main-le-Vieux. Cette dernière avait été fondée par Tévêque en
la Cité, non loin de son palais, dans l'espoir d'y ramener le corps
de Saint-Germain et d'en déposséder la basilique trop riche de
Saint-Vincent; mais les moines tinrent bon et conservèrent les
précieuses reliques. ,, , Marcel Aubert.
Joseph David. Les routes de l'art roman. Notes sur la sculpture
chrétienne au XIIe siècle dans la vallée du Rhône. Grenoble, J. Aub
ert, 1924. In-8° de 23 pages.
L'auteur rappelle les différentes théories émises sur les origines
de la sculpture romane, et la part prépondérante de la Bourgogne
et du Languedoc dans cette Renaissance. On sait que les théories
de Voge sur la priorité de la sculpture provençale sont, depuis
les travaux de Lasteyrie et Mâle, complètement rejetées; l'auteur
le reconnaît et place les magnifiques chapiteaux de Saint-André-
le-Bas et de Saint-Maurice de Vienne, comme ceux de Saint-
Barnard de Romans, et les façades sculptées de Saint-Gilles et de
Saint-Trophime d'Arles, dans la deuxième moitié du xne siècle,
mais il propose de dater du début de ce siècle quelques figures de
Saint-Alban-du-Rhône, de^ Saint-Pierre et Saint-Maurice de Vienne,
d'aspect archaïque et où l'influence de l'antiquité classique se fait
fortement sentir à côté des influences bourguignonnes ou langue
dociennes, mais qui, par l'énergie de leur facture, la puissance de 94 REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE
leur expression, la science de leur exécution, ne me paraissent pas
pouvoir remonter plus haut que le milieu du xne siècle. Le Saint
Pierre de Saint-Pierre de Vienne, le Saint Paul de Saint-Maurice,
ne le cèdent en rien par la beauté aux plus beaux chapiteaux
romans des églises de Vienne, et leur aspect un peu archaïque
tient à leur emplacement dans le portail. C'est aussi l'avis de
M. Formigé et de M. Deshoulières, qui les publient dans le volume
du Congrès archéologique de Valence (1923), actuellement sous
presse.
Marcel Aubert.
Joseph David. Laval Saint-Etienne. La chapelle des Aleman et la
Vierge au manteau. Grenoble, L. Aubert, 1923. In-8° de 34 pages,
lpl.
L'auteur signale dans l'ancienne chapelle des Aleman, seigneurs
de Laval, au nord de l'église de Laval (Isère), une peinture murale
dégagée en 1885 du badigeon qui la recouvrait, et qui présente le
type bien connu, depuis les travaux de MM. Perdrizet et Mâle, de
la « Vierge au manteau » ou « Vierge de Miséricorde ».
Cette peinture, fort abîmée, doit dater du xve siècle, si l'on en
juge du style des anges qui soutiennent le manteau de la Vierge,
et surtout des deux angelots, vêtus de robes aux plis cassants et
secs, qui déposent la couronne sur la tête de la Vierge.
M. A.
HISTOIRE GENERALE
Mgr Alfred Baudrillart, R. Aigrain, P. Richard et U. Rouziès.
Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques. Fascicul
es XVII-XVIII. Arabie-Arfons. Paris, Letouzey et Ané, 1924.
In-4°, col. 1185-1670, une carte hors texte.
Avec ces deux fascicules s'achève le tome troisième (d'Anforaria
à Arfons). La publication complète comprendra au moins cin
quante à soixante tomes. Evidemment, il est fort à craindre
qu'aucun érudit vivant aujourd'hui n'en voie la fin. Il en sera du
Dictionnaire d'histoire comme du Dictionnaire de théologie,
comme encore des Acta Sanctorum et de l'Histoire littéraire de la
France. Seulement, pour un dictionnaire, qui est un ouvrage de
synthèse, une telle lenteur est beaucoup plus regrettable que pour
une publication de textes ou une série d'études classées suivant
l'ordre chronologique des matières. Certaines notices ne pourr
aient-elles être abrégées sans inconvénient? Autre chose est un
article de dictionnaire, autre chose un article de revue. Dans
l'un comme dans l'autre, il faut de l'esprit critique, certes, et de
la netteté, mais un article de dictionnaire doit nécessairement se
tenir dans des limites assez serrées; il doit, surtout quand il s'agit
de grands sujets, ne contenir que les faits essentiels, donner des NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 95
définitions précises, indiquer les problèmes encore obscurs. Nous
pourrions presque dire sans paradoxe que la partie principale en
est la bibliographie. Quand l'Arabie, du reste remarquablement
étudiée, a pris 183 colonnes, on se demande avec inquiétude
combien en prendra la France!
Les fascicules XVII et XVIII ne présentent pas de noms très
importants dans l'histoire de l'Eglise de France. Quelques notices
n'en méritent pas moins d'être relevées, relatives à des person
nages ou à des localités : Aradon (Georges du* Plessis d'), évêque
de Vannes à la fin du xvie siècle; Aranthon d'Alex (Jean),
de Genève de 1661 à 1695; Arbert Ier et Arbert II, évêques d'Avi
gnon aux xie et xne siècles; Arbois (prieuré d'); Arbois (Phi
lippe d'), évêque de Noyon puis de Tournai au xive siècle;
Arbouze (Jacques III de Vény d'), abbé de Cluny de 1622 à 1629;
Arces (Jean d'), cardinal, archevêque de Tarentaise de 1438 à 1454;
Archambaud, archevêque de Sens de 959 à 968; Arcis-sur-Aube ;
Arcy (Hugues d'), évêque de Laon de 1340 à 1352; Ardenne
(Abbaye d'); Ardorel (Abbaye d'); Ardres; Aredius ou Aridius
(saint), abbé de Saint-Yrieix. Parmi les articles d'ordre général,
il en est un, celui de Léon Le Grand sur les Archives ecclésias
tiques, qui rendra beaucoup de services aux travailleurs, en leur
révélant l'organisation et les ressources des dépôts nationaux et
départementaux. A noter aussi Aragon (royaume d'), à cause de la
■ part si fréquemment prise par les rois d'Aragon aux affaires fran
çaises; cet article, clair et fondé sur une solide bibliographie, est
signé A. Lambert.
H. Waquet.
E. Amann. Dictionnaire de théologie catholique, Fasc. LIX (2e par-
tie)-LXÏV : Isaac-Jeûne : Tome VIII, col. 1-1418. Paris, Letouzey,
1923-1924. In-4°.
La publication de ce dictionnaire se poursuit toujours avec une
diligence soutenue. Les fascicules qui constituent le tome VIII
encore inachevé, contiennent des études substantielles qui, direct
ement ou indirectement, intéressent l'histoire de l'Eglise de France.
Parmi celles qui n'ont qu'un rapport indirect avec notre histoire
ecclésiastique, il faut mentionner l'article' sur Isidore de Seville, de
M. Bareille, étude condensée et précise qui laisse apercevoir clair
ement tout ce qui reste à mettre au point sur ce vaste sujet. Dans
le même ordre d'idées, signalons l'article de M. Jugie sur Saint-
Jean Damascene, bonne étude où l'auteur a noté l'influence de de Damas sur l'Eglise d'Occident comme sur celle d'Orient.
Toutefois, la bibliographie laisse à désirer : on s'étonne qu'il n'in
dique pas les travaux des historiens du dogme qui touchent à son
sujet. On trouvera aussi, dans les notices concernant tous les
papes qui ont porté le nom de Jean, quantité d'indications pré
cieuses pour l'histoire de l'Eglise de France.
Parmi les études qui intéressent directement cette histoire, la REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 96
plus importante est, sans contredit, celle de M. Carreyre, sur le
Jansénisme. L'auteur étudie avec beaucoup de détails la vie de
Jansénius — son œuvre fondamentale, VAugustinus — les luttes
qui se déroulèrent autour de cette œuvre jusqu'à la Paix de
Clément IX (1669). Cet important travail, conduit avec méthode
et précision, mériterait d'être publié en un volume séparé. Bon
article également sur le mot Jésuites, du P. Le Bachelet.
H. X. Arquillière.
Jean Carrêre. Le Pape. Paris, Pion, 1924. In-16 de 328 pages.
Correspondant du Temps en Italie, l'auteur connaît admirable
ment et aime beaucoup la Ville éternelle. Elle lui a inspiré un
éloquent ouvrage, dont le titre devrait être : Rome, le Pape, la
question romaine.
Frappés par la grande œuvre accomplie par leur peuple, les
Romains croyaient volontiers leur empire éternel. Influencés par
cette antique opinion, certains auteurs modernes (Gibbon, Gœthe,
Léon Daudet) ont pensé que Rome portait en elle « sinon un prin
cipe d'éternité, du moins un principe de force supérieure à toutes
les autres formes politiques qui ont gouverné le monde. »
M. Carrère réfute ce préjugé.
Il réfute aussi Nietzche, qui a dit : « Le christianisme a été le
vampire de l'empire romain ». Seulement, tout en ayant raison,
M. Carrère voit trop le côté politique, et pas assez le côté intel
lectuel et moral de la pensée nietzchéenne.
Enfin M. Carrère combat ceux qui, comme Gregorovius et Taine,
estiment que la papauté a recueilli la succession de l'empire
romain; avec forcé" il montre que l'Eglise et son chef s'inspirent
de principes différents et poursuivent une fin différente des prin
cipes et de la fin des anciens empereurs; il insiste sur l'idéal
papal, qui est « exactement et absolument le contraire de celui
que représentait l'empire romain ».
La Rome des césars « est sous terre depuis longtemps », et
pourtant « Rome continue à vivre et à rayonner ». C'est que
« l'éternité de Rome n'est pas due à elle-même, mais à une puis
sance étrangère venue se fixer, à l'insu de Rome, d'abord, et plus
tard, malgré elle, dans les murs de la cité maîtresse ». Cette puis
sance, c'est le pape, successeur de saint Pierre. A force de méditer
les passages de l'Evangile et des Actes mentionnant Simon-Pierre,
M. Carrère a bien compris le caractère de cet apôtre, dont il nous
trace (p. 34) un magnifique et vivant portrait.
Au lieu de la domination matérielle fondée sur la contrainte,
saint Pierre a apporté à Rome un nouveau principe d'unité :
« la puissance morale d'un idéal d'amour et de foi » ; seulement,
comme l'esprit de domination et de violence n'était pas mort, la
lutte a commencé .entre le pape et césar. En cent cinquante pages
ardentes M. Carrère retrace les principaux épisodes de cette .
BIBLIOGRAPHIQUES 97 NOTES
lutte, « la plus belle épopée du monde » . Il faut lire les passages
concernant Charles-Quint (p. 140), Adrien VI (p. 142), Léon X
(p. 145), Pie VII (p. 162), Montalembert (p. 179), Napoléon III
(p. 184), et surtout ceux concernant saint Grégoire VII (p. 92)*
Napoléon Ier (p. 156), Pie X (p. 194).
Pour remplir leur mission religieuse, les successeurs de Pierre
doivent être indépendants; car il ne faut pas « soumettre l'Eglise
aux volontés et aux intérêts du pouvoir laïque ». Or, au temps
de Pépin et de Charlemagne, « il n'y avait qu'un moyen de rendre
le pape indépendant, c'était de lui donner l'absolue possession du
territoire au centre duquel il avait établi son siège. Alors nous
étions en plein moyen âge, en plein conflit de royaumes contre
royaumes. Il était donc fatal que Pierre, pour être libre, devînt à
son tour roi de son domaine. Et ainsi naquit inévitablement le
pape roi » (p. 82). la* Onze siècles plus tard, politique était dirigée par d'autres
idées, notamment par le principe de la souveraineté du peuple
et par celui des nationalités. Au nom de ces principes, en
septembre 1870, le royaume d'Italie annexa Rome et supprima le
pouvoir temporel du pape. La question romaine était posée. On
peut la résumer ainsi : l'Italie, pour réaliser son unité, a-t-elle le
droit de posséder Rome; le pape, pour assurer son indépendance
spirftuelle, a-t-il le droit de conserver un pouvoir temporel?
Pour résoudre la question romaine, le gouvernement italien
promulgua {13 mai 1871) la loi des garanties (M. Carrère en donne
la traduction française), qui est encore en vigueur; mais cet acte
a le double défaut et d'être unilatéral, et de n'assurer, ni en droit
ni en fait, la véritable et complète indépendance du Saint-Siège.
M. Carrère met cela en pleine lumière (p. 246-250).
Depuis 1870, la papauté renouvelle de temps à autre sa protes
tation, et puis continue à attendre patiemment. Les politiques
italiens sont plus embarrassés que le pape, et Crispi a dit : « Le
plus grand homme d'Etat de l'Italie sera celui qui résoudra la
question romaine ».
Quand, en 1921, la France replaça un ambassadeur auprès du
Vatican, les grands journaux italiens reparlèrent de la question
romaine. Le 2 juin, le Tempo imprima ceci : « Ce ne sera pas une
diminution des droits de l'Etat que d'abandonner à la pleine
possession du pontificat la zone de territoire qui lui est nécessaire
pour qu'aux yeux de tout l'univers croyant le Saint-Siège paraisse
parfaitement et sereinement à l'abri de toute ingérence et de toute
prédominance de la part d'une nationalité particulière ».
Le 19 juin 1921, dand YOsservatore Romano, le comte délia Torre
montra que l'Italie a intérêt à résoudre la question romaine, mais
que cette solution nécessite que le pape possède une totale indé
pendance, laquelle exige une souveraineté territoriale.
Ainsi, à quelques jours de distance, le journal de M. Giolitti et
l'organe officieux du Saint-Siège exprimèrent la même pensée.
7 REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 98
La question romaine ne fut pas résolue en 1921; mais les articles
publiés alors montrèrent qu'un accord est maintenant possible
entre l'Italie et la papauté. Le cardinal Gasparri ayant dit qu'en
cette affaire le Saint-Siège a confiance « dans le sentiment de
justice du peuple italien », il semble que le premier pas devra
être fait par le gouvernement italien.
Dans le présent ouvrage, M. Carrère a touché à divers faits
historiques, et il n'en a pas toujours parlé aussi pertinemment
•m qu'il serait souhaitable ; mais, comme ce ne sera pas dans ce
volume qu'on se renseignera sur ces faits, il est inutile de relever
ces détails. Par contre, M. Carrère a élpquemment exprimé son
grand amour pour l'Italie contemporaine, et aussi son ardente
sympathie pour la papauté, dont il apprécie sainement le grand
rôle religieux et civilisateur, et dont il fait connaître les justes
prétentions. Ce livre charmera tous ses lecteurs et les fera réflé
chir; et à beaucoup d'entre eux il apprendra ce qu'est la question
romaine.
Maurice Rousset*
Alphonse Jouet. Un beau divorce au Moyen âge, Bertrade de
Montfort (Collection Les clochers de France, n° 2). Paris, J. Peyron-
net, 1924. In-12 de 61 pages.
On ne peut évidemment que louer le but poursuivi par l'auteur,
qui a voulu évoquer et vulgariser un des épisodes les plus curieux
de l'histoire du xie siècle, mais aucun historien ne saurait sous
crire au jugement porté dans sa spirituelle préface par M. le
bâtonnier Henri Robert sur « l'érudition si sûre » de M. Alphonse
Jouet. Nous avons lu sa plaquette avec d'autant plus de curiosité
que nous eu nous-même l'occasion d'étudier le problème
qui en fait l'objet dans un chapitre de notre volume sur le règne
de Philippe Ier, dont la lecture eut épargné à M. Jouet un certain
nombre d'erreurs fâcheuses. Il y aurait vu notamment que
Philippe Ier n'avait rien d'un « gracieux sire », que les évêques de
France n'ont pas refusé, comme il le croit sur la foi d'Orderic
Vital, de bénir l'union adultérine du roi de France avec la comt
esse d'Anjou et que ce n'est pas Odon de Bayeux qui a procédé
à sa célébration, mais bien Ursion de Senlis, positivement nommé
dans une bulle d'Urbain IL Le récit des négociations avec le
Saint-Siège fourmille également d'inexactitudes; les circonstances
qui ont déterminé et entouré la réconciliation avec Pascal II ne
sont même pas soupçonnées. Aussi bien, le public auquel M. Jouet
a entrepris de faire connaître ce qu'il appelle en termes plutôt
malheureux « un des plus jolis romans d'amour que nous ait laissé
le moyen-âge » n'aura-t-il de la triste histoire de Philippe Ier et
de Bertrade qu'une notion incomplète et erronée.
Augustin Fliche. NOTES fcIBLlOGRÀPHIÔUES 99
Abbé L. Cristiani. Naturalisme et laïcisme; esquisses historiques*
Lyon-Caluire, impr. Brochay, 1924. In-12 de 22 pages.
Le naturalisme est la doctrine qui, niant le surnaturel, rejette
la révélation, les prophéties, les miracles; ne reconnaît que la
science positive; n'accepte que la morale indépendante.
Depuis Occam et son école (xive siècle), depuis surtout Herbert
de Cherbury (1581-1648) jusqu'à Rousseau, Kant, Auguste Comte et
Renan, M. Cristiani note les écrivains qui préparèrent, lancèrent
et précisèrent cette doctrine. Il montre ensuite comment, élaborée
dans les hautes sphères intellectuelles, elle gagna le public cultivé,
puis descendit au bas de l'échelle sociale, où elle déchaîne les
instincts et les convoitises.
Depuis cinquante ans, le naturalisme inspire et dirige la poli
tique française. Il a causé la neutralité scolaire, la proscription
des congrégations, la séparation des- églises et de l'Etat; et « la
formule qu'il adopte pour l'école nationale est exclusivement la qui convient à l'église libre-penseuse ». Cette application
du naturalisme, c'est le laïcisme. Loin de ruiner le catholicisme,
le naturalisme obligea « la pensée catholique à s'approfondir, à se
contrôler, à se fortifier ». Par ailleurs, pour les luttes politiques
et sociales, il mobilise les forces mystiques des foules incroyantes;
mais le socialisme et le communisme procureront-ils à une société
athée le paradis terrestre qu'ils annoncent?
Maurice Rousset.
Ludwig von Pastor. Geschichle der Pâpste seit Ausgang des Mit-
telalters. 111. Band. 1. Abteilung : Innozenz VIII und Alexander VI.
2. Abteilung : Pius HI. und Julius IL 5.-7. Auflage. Freiburg im
Breisgau, Herder, 1924. 2 vol. in-8° de lxx-1166 pages. Prix en
francs suisses : 38 fr. 30.
« L'Histoire des Papes, depuis la fin du moyen âge », de
M. Pastor, rencontre partout le plus chaleureux accueil, et c'est
avec impatience qu'on attend l'achèvement de cette œuvre monum
entale, dont ont paru maintenant neuf volumes (en 11 tomes)*
Les nouvelles éditions des volumes déjà épuisés ne sont pas de
simples reproductions, mais chaque fois l'œuvre est revisée avec
soin, complétée et augmentée de nouveaux détails. Aussi le tro
isième volume qui vient de paraître montre-t-il plus de 200 pages
sur l'édition précédente, et le volume, pour être plus maniable,
a été divisé en deux tomes. Il n'est pas de chapitre qui ne se
distingue par quelque addition et supplément. Les jugements et
les appréciations des événements et des personnages sont restés
à peu près les mêmes, notamment le jugement un peu sévère sur
Alexandre VI malgré des essais d'apologétique maladroite tentée
par certains. Le Dr Pastor a eu la bonne fortune de découvrir
dans les archives secrètes du Vatican une partie de la correspon
dance privée d'Alexandre VI, de 1493 à 1494. Ces 44 lettres, pu- '
REVUE D'HISTOIRE DE L' ÉGLISE DE FRANCE ICO
bliées en appendice (p. 1079-1111), forment précisément le supplé
ment le plus important de cette nouvelle édition. On y trouve en
particulier 7 lettres de Charles VIII, roi de France, dont 4 au
Pape, une au cardinal César Borgia, une au cardinal Jean Villier
de la Groslays et une au comte de Ligny (lettres qui ne se trouvent
pas dans la lre édition Pélicier-Mandot). Ces lettres ne font que
confirmer le jugement antérieur. Si ce volume est très important
pour l'histoire générale de l'Eglise, il ne manque pas non plus
d'importance pour l'histoire politique de la France, car c'est
l'époque des guerres d'Italie, de la ligne de Cambrai, dont le but
était de chasser « les barbares » de l'Italie. Pour l'histoire ecclé
siastique de notre pays, il y a moins à glaner. Il est à craindre que
le prix un peu élevé de ce volume ne nuise momentanément à sa
diffusion chez nous. „ . G. Allemang.
Pierre de Vaissière. L'Affaire du maréchal de Marillac (1630-
1632). Préface de Fr. Funck-Brentano. Paris, Perrin, 1924. In-8°
de xin-252 pages.
Dans ce volume, M. Pierre de Vaissière raconte le fameux procès
qui aboutit à la condamnation à mort du maréchal de Marillac,
le fils du célèbre garde des sceaux Michel Marillac. Sans doute,
les pièces du procès furent détruites immédiatement après l'exé
cution, par ordre de l'autorité royale, mais il existe cependant de
nombreux documents, imprimés ou manuscrits, qui permettent de
reconstituer diverses phases de cette « affaire ». En historien
scrupuleux et avisé, M. Pierre de Vaissière a examiné attentiv
ement tous ces documents, et il en a tiré un récit clair, vivant,
dramatique, écrit avec goût, du procès et de l'exécution de son
héros.
Pendant qu'on lit ce livre, une question se pose à l'esprit du
lecteur : Le maréchal de Marillac était-il coupable et méritait-il
la peine capitale dont il fut frappé? M. Pierre de Vaissière, dans
un épilogue de quelques pages, répond à cette question. Le
maréchal de Marillac n'avait certainement pas commis le crime
de lèse-majesté dont on l'accusa d'abord, et cela fut si vite évident
qu'il fallut abandonner cette accusation pour en trouver une
autre. On accusa donc le maréchal de concussions, et ici l'accu
sation paraît avoir eu quelque fondement. Dans la construction
de la citadelle de Metz, le n'avait pas ménagé les deniers
du roi, et il avait laissé glisser dans sa poche l'argent qui n'avait
pas été employé pour les travaux publics.
Néanmoins, les malversations commises par le maréchal de
Marillac ne méritaient pas la peine de mort. En réalité, en le fai
sant condamner, comme le dit très justement M. de Vaissière,
Richelieu a voulu « faire un exemple » pour effrayer les conspi
rateurs qui ne cessaient d'intriguer contre lui. Par dessus la tête
du maréchal de Marillac, il a voulu frapper la reine-mère, Marie