Notes bibliographiques
In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 13. N°58, 1927. pp. 88-102.
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Notes bibliographiques. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 13. N°58, 1927. pp. 88-102.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1927_num_13_58_3684BIBLIOGRAPHIQUES NOTES
DOCUMENTS
P. Alfaric et E. Hoepffnkr. La .Chanson de sainte Foy. Paris,
Soc. d'édition : les Belles-Lettres, 1926. In-8°, 2 vol. de vi-376
et vi-206 pages, pi. et facsim. (Publications - de la Faculté
des Lettres de Strasbourg. Fasc. 32-33).
Le plus ancien monument de la littérature provençale, la Vie
de sainte Foy, méritait l'étude attentive et détaillée que viennent
de lui consacrer 'MM. Alfaric et Hoetpffner. La première partie
de ce gros ouvrage est mine, étude philologique du poème, tant au
point de vue de la phonétique que de la morphologie et de la syn
taxe. Elle est suivie de la reproduction intégrale du manuscrit
en phototypie et de la publication du texte avec d'abondantes
notes et un glossaire. M. Hoepffner est l'auteur de ce premier
volume sur lequel nous n'insisterons: pas, étant donné -son carac
tère exclusivement technique. Dans l'a seconde partie, M. Alfaric
a essayé de déterminer l'auteur possible, la date et la nature
de cette œuvre. D'après lui, la patrie d'origine de la chanson
serait la Catalogne et plais Drécisément le monastère de Guxa
en Cerdagne. II fixe sa date aux environs de l'année 1060. Comme
sources, l'auteur a utilisé le De mortibus persecutorum de Lac-
tance, un poème latin sur la mort de sainte Foy, um récit en
prose latine de la passion de la vierge d'Agen, enfin les miracles
de la sainte et son office. L'auteur serait donc un clerc ou un
njoine assez fortement imbu des écrits de saint Augustin, d'Isidore
tt de saint Denis l'Airéopagite ; son style très personnel trahit
<n maints endroits l'exubérance et routrance méridionales.
Le poème paraît avoir été écrit pour la fête de sainte Foy qui
tombe le 6 octobre; c'est une cantilène à l'usage des laïques qui
devait se chanter avec deux chœurs alternés; bien mieux, ce chant
était probableiment accompagné de danses, de sorte que l'on peut
y voir, d'après M. Alfaric, « le livret d'un spectacle sacré dont les
figurants mimaient toutes les scènes avec des gestes rythlmdques ».
Le volume se termine par la traduction française de la chanson et
par la publication des textes latins relatifs à sainte Foy, le tout
accompagné d'abondantes notes.
. L. Royer. NOTES BIBLIOGRAPHIQUES . 89
Dom Martène. La Vie des Justes, publiée par Dom Heurtebize.
Ligugé et Paris, Picard, tomes I à III, 1 $24-1 926. ln-8° de
xxiv-128, 139, 231 pages. (Archives de la France monastique,
vol. XXVir, XXVIII et XXX). Prix : 20 francs chaque.
Les Justes dont il est ici question sont des religieux de la con
grégation die SaintJMaur, ceux qui, depuis la réforme de l'ordre
jusque vers* 1730, déployèrent le plus d'austérité et de vertu. Dom
Martène a raconté leur vie d'après les renseignements oraux et les
documents écrits recueillis par lui au cours de ses nombreuses
pérégrinations, parfois en se contentant de reproduire des notices
reçues de divers monastères, sans qu'il soit facile de reconnaître
toutes ces dernières avec certitude.
L'ouvrage complet compte 268 biographies, de longueur très
inégale, les unes atteignant à une douzaine de pages, plusieurs
autres se réduisant à uine douzaine de lignes. Malgré l'allure tra
înante de l'exposé dont, au surplus, trap de crédulité compromet la
valeur, La Vie des Justes aide à se représenter Ja vie intime d'un
ordre plus ordinairement connu par ses travaux di'ôrudition que
par sa tenue spirituelle. Malheureusement Doim Martène, avec une
prudence justifiée pour lui, regrettable pour nouis1, a évité toute
allusion aux querelles du jansénisme, très vives parmi ses frères.
Cependant, en se dispensant de toute critique à l'endroit des appel
ants obstinés, ne marquait-il pasi quoique discrètement, dans quel
sens allaient ses sympathies ? Dom Heurtebize a pourvu le texte de
son illustre prédécesseur d'une annotation historique qui contribue
à l'éclairer et à le com,pléiter très à propos. N'omettons pas de
rappeler que les notices de Dora Martène se retrouvent toutes,
abrégées et corrigées, dans son Histoire de la congrégation de
Saint-Maur. Il se pourrait donc bien que l'annotation de Dom Heurt
ebize, en y comprenant la préface, fît toute seule l'intérêt de cette
• nouvelle publication-, .
H. Waquet.
HISTOIRE GÉNÉRALE
Dr Louis Pastor. Histoire des Papes du Moyen Age. Ouvrage traduit
de l'allemand, par Alfred Poizat. Tome XI. Paris, Pion, 1925.
In-8° de 553 pages. Prix : 30 francs.
En rendant compte des trois derniers volumes de l'Histoire des
Papes1, nous exprimions le désir de voir continuer la traduction
française de l'ouvrage. Ce commence à se réaliser, car voici
la traduction de la première moitié du cinquième volume allemand,
formant le tome XI de la traduction' française. Ce tome nous
1. Revue d'histoire de l'Eglise de France, t. X, an. 1924, p. 2#7. REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 90
raconte l'histoire du pontificat de Paul III, depuis son élection en
1534 jusqu'à l'oujverture du concile de Trente en 1545. Si ce pape
se laisse encore entraîner par le népotisme — car élu en octobre,
en décembre déjà il nomme cardânaux ses petits-fils dont l'un avait
seize ans et l'autre quatorze ans à peine — < il faut dire cependant
qu'il se montra zélé pour la réforme de l'Eglise en cherchant, dès
le commencement de :son pontificat, à réunir uni concile général,
en protégeant les nouveaux ordres religieux des Théatiens, des
Baraabites et surtout des Jésuites. Le plus grand obstacle pour la
réunion du concile venait des discussions politiques entre Gharles-
Quint et François 1er. L'empereur se laissait trop guider par les
intérêts politiques, et le roi de France, tout occupé de ses alliances
avec les princes protestants et les Turcs, oubliait complètement
les intérêts dui catholicisme.
Malheureusement, le traducteur est resté au-dessous de sa tâche.
Presque à chaque page, dans les annotations surtout, on rencontre
des fautes d'impression. Certaines sont faciles à corriger, par
exemple : Herzgos p. Herzogs (p. 74, note 1) ; Puper p. Pieper (p. 91,
note 1); Bruîisberger p. Braunsberger (p. 480, note 2); Boreo p.
Boero (p. 517, note 3); Stifers p. Stifters (p. 473, note 3); pp. 99 à
101, on lit treize fois Nuntiaturberitche p. berichte. Mais comment
reconnaître : Acta dans Greta (p. 123, note 3); Nunez dlanis Nûmes
(p. 543)'? P. 208 et 209': Cardauns, Karl, L V, p. 211; lire: Cardauns
Karl V, p. 211. L'abréviation : Min. brev. Arm. (Minuta breviunn,
Àrmarium...) a été prise pour le titre d'un ouvrage, aussi le tra-
dfuicteur fait suivre régulièrement Arm. d'une virgule, et même
parfois1 de la lettre p (page ?), par exemple p. 277, note 2. Mfin.
brev. Arm., p. 41, t. XVI; p. 423, note 2, il n'y a que : « Arm. 41 ».
P. 59, note 3 : « L'extravagance du couvent (lire convent) na
tional français ». On devine qu'il s'agit de la Convention; d'ailleurs
M. Poizat aime ce mot de « convent » pour désigner des assem
blées de princes, etc. (p. ex., pp. 316,, 318, 320, etc.); p. 404, note 2
et 434, note 2l : on renvoie le lecteur à Hist. Polit., et on oublite
précisément le mot principal : Blaetter (c'est-à-dire « Feuilles
d'histoire et de politique » ou « Cahiers jaunes », la célèbre revue
fondée par J. Goeirres). Les titres des ouvrages sont cités tantôt
dans la langue originale, tantôt en traduction française, et pour
les noms propres et les prénoms^ il y règne la plus belle confusion.
Ainsi le jésuite Faber s'appelle tantôt Pierre, tantôt Petrus et le
plus souvent Peter; Firanz Suarez (p. 504, note 4), Giovio ou Jovius,
etc. P. 517 : « Chez MM. Claudius, Jacobet et Alphonse de la Com
pagnie de Jésus », est tiré de Massarelli, mais comment soupçonner
qu'il s'agit des PP. Claude Lejay, Jacques Laynez et Alphonse
Alméron. Les noms géographiques gardent leur forme allemande ou
prennent une forme étrange, quand il y a un bon équivalent
français, par exemple, Luttieh (Liège)1; p. 422, Brindisi (Brindes);
p. 425, note 5, l'Apulie (la Pouille); p. 523à Lucca (Lucques); p. 538,
H y a Ratisbonne dans le> texte et Regensbourg en note; p. 444, le " NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 91
« cardinal Semens », est le cardinal de Sienne; p. 58, on lit Bruns-
chwich; p. 78, etc., Brunschwig : pourquoi ne pas prendre la forme
française : Brunswick ? P. 339, note 1, on parle d'archives d'empire
à Munich. Trois fois, pp. 546 et 547, on des îles Mollusques,
plors même qu'en allemand on dit : Melukken (en français : les
Moluques).
La traduction elle-même laisse à désirer; il y a des expressions
qu'on ne comprend, qu'en les retraduisant en allemand : par situation' » (p. 31 et 309), « l'attaque exemple : « Le sérieux de la
sur la Provence » (p. 217), « le regard en arrière que Seripando
jette sur son activité » p. 425); la « Vita Ignatii... puis l'autobiogra
phie » (p. 451; lisez : la vita... d'après l'autobiographie); « l'ordre
allemand » (p. 518, lisez : l'ordre teutonique); p. 519 : « au domi-
nicaiin A. Catarino, fut donné par son diocèse Minori Bobadilla »
(lisez: pour son diocèse Minori, Catarino reçut Bobadilla); et p. 524:
« l'évêquie de Patti Sebastiano, de Aragon » (lisez : Sebastiano de
Aragon, évêque die Patti); p. 536, pour : « chanteur de la cathé
drale », lire simplement : chanoine; et p. 481, pour « Doyen dç
la cathédrale », lire : doyen du1 chapitre (les chapitres allemands
ont presque tous deux dignitaires! : le prévôt et, après lui, le doyen) ;
p. 536, pour « évêque consacré », lire : coadjutteur (en allemand :
Weihbischof). Plusieurs fois (p. ex. p. 117, note 1 et 161, note 5),
en traduit : verdiente, par « méritait » ; lire : « mériterait » .
En somme, si nous devons louer M. Poizat pour avoir repris la
traduction di'uin ouvrage de première valeur, nous ne pouvons que
blâmer la hâte excessive qui ne lui a pas permis de revoir ou de
faire revoir sa traduction, afin d'y mettre l'uniformité nécessaire,
et surtout afin de corriger les nombreuses fautes d'impression et
même de traduction qui déparent son travail3.
G. Allemang.
L'Apostolat missionnaire de la France. Conférences données â
l'Institut catholique de Paris. Première série (1923-1924).
Deuxième série (1924-1925). Paris, Téqui, 1924-1926. In-12 de
xxii-310 et xxi-321 pages.
Ceux qui s'intéressent aux diverses manifestations de l'activité
catholique n'ignorent pas qu'à d'instigation de l'Union missionnaire
du clergé, deis conférences sont données à l'Institut catholique de
Paris, afin de faire connaître au public les efforts tentés par les
missionnaires pour propager l'Evangile à travers le monde et les
résultats de ces efforts. Ces conférences qui ont attiré à l'Institut
catholique de nombreux auditeurs, méritent d'ère lues et voilà
pourquoi l'Union missionnaire du clergé a bien fait de lies réunir
en volume. La première série (1923-1924) comprend dix confé-
2. Voir7 aussi la critique sévère de M. E.^G. Ledos, dans la Revue dçs
Questions historiques, juillet 1926, p. 135 et suiv. REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE» DE FRANCE 92
pences : la Chine Catholique, par Mgr de Guébriant; Ce que nous
faisons en Turquie, par R. P. Cazot, lazariste; le cardinal Lavigeric
et l'Afrique chrétienne, par le R. P. Tauzin, provincial des Pères
Blancs; le catholicisme dans les Indes, par le R.vP. Grangeneuse,
S. J.; Aux glaces polaires, par le R. P. Duchaussoy, oblat de Marie-
ïmmaculée; Les Missions d'Orient, par le R. P. Maniglier, assomp-
tioniniste; Terre Sainte et Maroc, par le T. R. P. Rémi Leprêtre,
provincial des FF. Mineurs; l'Afrique occidentale, par le R. P.
Joulord, des Missions Africaines de Lyon; Le Vicariat apostolique
du Golfe Saint-Laurent, par le R. P. Lajoie, Eudiste; L' evangeli
sation des colonies françaises, par Mgr Leroy, supérieur des P. P.
du Saint-Esprit.
Toutes ces conférences présentent le plus grand intérêt. Elles
nous transporteint à travers les diverses contrées du. monde où les
missionnaires vont porter la bonne parole et elles nous montrent
leur apostolat héroïque. On verra au prix de quels efforts et de
. quelles privations les ouvriers évangéliques agrandissent le
royaume de Dieui, dans les conférences du P. Ducbaussoy et du
V. Lajoie: On aura aussi une idée d©s beaux résultats qu'ils obtien
nent. Les fils du grand cardinal Lavigerie ont aujourd'hui dans
l'Afrique centrale, il y a encore peu de temps livrée toute entière
à la barbarie, 14 missions, dont douze vicariats apostoliques,
522 missionnaires, 282 sœurs et un demi-million de fidèles. Et il en
est die même à peu près partout. En dépit des forces nombreuses
qui lui. font obstacle, l'Evangile progresse. C'est donc le devoir des
catholiques de soutenir de tout leur pouvoir l'effort des missionn
aires. En travaillant pour la vraie religion;, on travaille pour la
vraie civilisation; c'est la conviction que ne manquera pas de
fortifier dans toutes les âmes la lecture de ce livre.
Les conférences, de la deuxième série n'ont pas moins d'intérêt
que celles de la première. Mgr de Guébriant nous raconte les
origines vraiment apostoliques de la vaillante Société dies Missions
étrangères. Mgr Beaupin donne un aperçu des principales congré
gations françaises ou étrangères vouées à l'évangélisation des
infidèles. Le Fr. Gordien montre comment l'Institut des Ecoles
. chrétiennes, par ses maisons d'enseignement à l'étranger, prépare
les voies à U'Evangile. D'autres conférenciers nous exposent les
résultats obtenus par les efforts persévérants des missionnaires
aux Indes, où il y a tant à faire pour le «relèvement de la femme,
on Océanie, au pays des Gallas, à Madagascar, au Japon où l'ense
ignement supérieur conquiert une élite au christianisme et fait
tomber des barrières réputées jadis infranchissables. Dans la
neuvième conférence, le P. Leble étudie le problème des étudiants
chinois à l'étranger. La dixième conférence contient le récit vivant
et pittoresque d'un voyage fait par Mgr Descamps à travers les
missions de l'Afrique occidentale française.
On remarquera dans ce second volume l'introduction de
Mgr Beaupin. Celui-ci .signale, avec une grande étendue d'mfor- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 93 :
niation, les idées révolutionnaires qui agitent les esprits aux Indes
et dans l'Extrême-Orient. IL conclut très justement que, seules, les
missions catholiques peuvent assurer à ces pays urne civilisation
vraiment humaine.
Qu'on me permette, en terminant, d'exprimer le regret que ce
livre, de par ailleurs si intéressant, contienne tant de fautes
d'impression (voir par ex. : p. 211, 1. 7, p. 201, 1/4).
J.-B. Sabrié.
Henri Sée. La France économique et sociale au xviu* siècle.' Paris,
Colin, 1925. In-16, de 194 pages.
En 1789, le servage ayant presque entièrement disparu et la
royauté s'étant partout imposée, le public commençait à oublier,
que jadis1 certains hommes avaient eu sur leurs semblables des
pouvoirs étendus, et qu'il en restait encore quelque chose. D'autre
part, comme on n'avait guère étudié historiquement le système
f-ë-odal, les tenanciers ne se rappelaient plus qu'ils étaient seulement
ies usagers d'immeubles, dont les seigneurs seuls lies pro
priétaires complets. Aussi regardait-on comme d'injustes exactions
toutes ces redevances qui marquaient et le pouvoir sur les per
sonnes et la propriété émimente sur les terres. De leur côté, les
seigneurs réclamaient assez âprement ces redevances; car ils
avaient grand besoin d'argent, soit pour vivre fastueusement à la
cour, soit pour suppléer à l'insuffisance de leur domaine proche,
lequel, dans beaucoup de cas, avait été singulièrement diminué par
une longue suite d'acensements. Très justement M. Sée fait
îemarquer que cette question féodale domina la Révolution.
Une autre question donna aussi le branle à la Depuis
longtemps la noblesse accaparait toutes les hautes situations; mais
au cours du xvme siècle cet accaparement s'accentua au point de
ïïb presque rien laisser aux roturiers. Par ailleurs, cette même
noblesse, dans laquelle on entrait jadis par le mérite ou par l'argent,
se ferma de plus en plus. Alors la roture se fâcha; et elle se fâcha
d'autant plus que, pouvant prétendre à tout sans talent ni mérite,
les nobles étaient souvent très^ inférieuirs aux bourgeois en savoir
et en; activité.
La concorde ne régnait pas davantage dans le monde écono
mique. Les négociants, surtout dams les grandes villes et dans les
ports, réclamaient la liberté commerciale ; et ceux qui avaient de
grosses fortunes commençaient à enrégimenter des ouvriers- et à
profiter de cette main-d'œuvre. Les artisans défendaient les vieilles
corporations; mais les règlements surannés entravaient le perfec
tionnement de la technique et de l'outillage, sans empêcher com
plètement les malfaçons; Au xvme siècle, les corporations se
trouvaient généralement en fâcheuse situation financière; en outre,
elles étaient divisées' : les apprentis se plaignaient de i'friobser- REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 94
vation des statuts des protégeant; ne pouvant plus guère arriver à
la maîtrise devenue trop coûteuse et accaparée par les fils de
maîtres, les .compagnons ■■bataillaient à propos des conditions du
travail, et faisaient grève tout comme aujourd'hui; enfin, pour des
intérêts our dies préséances, les corps se dressaient les uins contre
les autres, apothicaires contre épiciers, tanneurs contre corroyeurs.
Malgré toutes ces difficultés, la France, au xvme siècle, fut pros
père. Sans 'doute il y eut de la misère, surtout à la campagne,
et la mendicité causa de constants soucis aux intendants : mais les
voies de comimunicatkmi se développèrent; l'agriculture améliora
ses méthodes; le .machinisme apparut dams l'industrie, laquelle,
d'une part, déborda sur l'es campagnes et, d'autre part, commença
cette concentration qui devait être poussée si loin au cours du
xixe siècle; le commerce, surtout le négoce maritime -et colonial,
prit uoti très, grand essor.
A la fin de l'ancien régime, quelle était la situation économique
de l'Eglise de France ? Plus urbaine que rurale depuis les amput
ations1 faites à son patrimoine à l'époquie des guerres de religion,
et très morcelée, la propriété ecclésiastique « comprenait tout
au plus 5 à 6 % diW territoire », et rapportait environ 100 'millions
délivres; la dîme fournissait annuellement 123 millions: par contre,
à titre de don gratuit, le clergé fournissait au roi,, en moyenne,
5.400.000 livres par a<n. Restait, malgré les charges diverses, un
revenu net appréciable; seulement il n'était pas partagé unifo
rmément entre lés 70.000 prêtres séculiers et les 60.000 réguliers.
Les deux tiers des abbayes étant tombées en commende, beaucoup
de religieux végétaient, tandis que les abbés commendataires,
évêques titrés oui ecclésiastiques courtisanis, touchaient la plus
grosse part des revenuis monastiques. En 1789, la noblesse' avait
obtenu pour ses cadets tous les évêchés; et elle avait largement
envahi leis chapitrés cathédraux et collégiaux, qui jouissaient de
privilèges considérables et de riches prébendes. Tout en rendant
d'appréciables services, les évêques grands seigneurs menaient
grand train; pair contre, curés et vicaires vivaient parfois dans
l'aisamce, et souvent dans la pauvreté. Ne pouvant plus accéder
aux hautes dignités, ne participant guère à l'administration de son
ordre, vivant médiocrement,, le bas clergé,,, en 1789, commençait
6 se plaindre et à s'agiter. En s'umissant au Tiers-Etat, il assura
!e triomphe de l'Assemblée nationale.
L'ouvrage de M. Sée est une bonne et complète synthèse. En
considérant ce beau tableau d'ensemble, les profeissioinnels ne
songeront pas à chicaner l'auteur sur quelques détails; quant aux
gens cultivés, ils béniront M. Sée d'avoir écrit un livre peuucoûteux,
portatif, et aussi profitable qu'agréable à lire.
• Maurice Rousset.
. NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 95
G. Lenotre. Le mysticisme révolutionnaire. Robespierre et la
« Mère de Dieu ». Paris, Perrin, 1926. Jnrl'2, -de 335 pages
illustrées. Prix : 15 francs.
Malgré tout ce qu'an a écrit sur Robespierre, on peut encore
trouver de d'inédit et du neuf suir sa vie et suir le régime de la
Terreur, comme on le voit par l'ouvrage de Lenotre. Après avoir'
parié de la f amillie de Robespierre, de ses années d'études et de ses -
commencements au. barreau d'Anras, l'auteur montre le tribun
entouré de nombreux adhérents et à l'apogée de sa puissance. C'est
alors qu'en fidèle disciple de J.-J. Rousseaui, il fit décréter la fête
de l'Etre Suprême et la fit célébrer au milieu des cérémonies les
plus extraordinaires : mais quelques semaines plus tard, c'est le
9 thermidor et la chute du tyran. La, première1 origine de cette
chute iremonte au mécontentement que l'annonce de la fête de l'Etre
Suprême suscita parmi les nomibreux Voltairiens de la Convention.
Un gascon, Vadier, avait fait saisir une vieille presque octogénaire,
Catherine Théot, qui se disait « la Mère de Dieu », et l'avait fait
jeter en prison avec plusieurs adeptes, entre autres l'ex-chartreux
Dom Gerle. Comme Robespierre ne vouilut pas souscrire à la con
damnation de ces illuminés, Vadier qui avait déjà cherché des
connexions entre la mère Théot (il l'appelait « Théos ») et le chef
de la Terreur, crut trouver là une nouvelle connivence, et il en
profita pour ridiculiser Robespierre. Quand ce dernier tomba,
Catherine Théot était encore en prison, où elle mourut le
SI août 1794.
M. Lenotre ne s'arrête pas à parler de ce qui est déjà suffisamment
connu; la nouveauté de son livre consiste précisément en ce qu'il
dit de la faimille et de la jeunesse de Robespierre, de la manière
dont il organisa la fête de l'Etre Suprême, de sa « séquelle » , c'est-
à-dire de ses protégés (par ex., le menuisier Duplay, l'imprimeur
Ni collas, etc.), et enfin des événements du 9 et 10 thermidor. Si
l'histoire de la « Mère de Dieu » ne forme pas la partie princi
pale du livre, comme le titre pourrait le faire supposer, elle en
forme au moins un des épisodes les plus neufis et les pdus attachants.
G. Allemang.
Pierre Lelièvre. Histoire de la France catholique. Paris, Editions
« Spes », 1926. In-8° de 432 pages. Prix : 18 francs:.
Dans les quatre livres de la première partie (p. 7-207), l'auteur
retrace l'histoire de la France catholique, depuis le « berceau »
jusqu'au coin cordât de Léon X et de François 1er; la secandie partie
(p. 209-426), également en quatre livres, parle des temps modernes*
depuis le protestantisme jusqu'à nos jours." Le voluime, sorti d'urne
série de conférences au lycée Pasteur, garde parfois un ton REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 96
un peu trop oratoire et n'a pas évité quelques inexactitudes de
détail, Surtout- dans la première partie. A côté de la littérature génér
ale, citée au bas des pages, nous aurions aimé à trouver au com
mencement ou à la fin de chaque chapitre les ouvrages de détail lès
plus importants, aptes à guider les lecteurs qui voudraient appro
fondir davantage l'urne- ou l'autre question. Le livre, écrit avec
verve et enthousiasme, montre bien les Gesta Dei per Francos, et
l'on peut féliciter l'auteur d'avoir été jugé digne du prix Juteau-
Dijvigneaux, de l'Académie française.
G. Allemang.
BIOGRAPHIES
Emile Dermenghem. La. Vie admirable et les révélations de Marie
des Vallées, d'après des textes inédits. Paris, Pion, 1926. In-8*
écu de 3*26 pages (Le Roseau d'or).
C'est u»ne vie bien curieuse que celle de Mairie des Vallées, la
pieuse dirigée du P. Eudes, qu'on appelle souvent « la sainte de
Coutances ». Elle est pleine de merveilleux du commencement à la
fin et il s'en dégage le parfum du plus pur mysticisme.
- Marie des Vallées naquit en 1590, dans une paroisse du diocèse
de Coutances. En 1609, à la fête d'un village voisin, elle est prise
d'un mai étrange, à la suite d'une rencontre avec um prétendant
dont elle avait refusé la main et ressent d'horribles douleurs.
Dénoncée-comme sorcière au Parlement de Rouen, elle est conduite
an prison en 1614. Après de nombreux exorcismes faits par
l'archevêque de Rouen, son coadijuteuir, plusieurs1 prêtres, il est-
reconnui qu'elle est possédée, « quoique fille de vertu ». On ne
voyait pas, en effet, d'incolmpatibilité entre % possession et la
volonté drroite. Le P. Surin, dont le P. Cavallera a publié les lettres,
ne fut-il pas ou ne se ctrut-ii pas lui aussi possédé ? Persuadé qu'elle
est victime des maléfices des sorciers. Marie des Vallées prend un
parti héroïque; elle s'offre à Dieu pour souffrir les peines éter
nelles à leur place. « Durant deux ans, elle sentit un désir si ardent
de souffrir, qu'il lui semblait qu'il était impossible de vivre sans
souffrir et que, si elle avait eu le Paradis, elle l'aurait volontiers
donné pour avoir des souffrances ».
De 1609 à 1614, c'est la période des charmes. Des phénomène®
étranges se produisent en elle. Le sacrement de Pénitence lui
devient um supplice intolérable, car elle ne trouvait rien dont elle
pût s'accuser. Elle demeura trente-cinq ans sans pouvoir se con
fesser et eMe fut autorisée par ses directeurs à s'en abstenir. La
communion lui devint aussi impossible que la confession et,
durant trente-trois ans, elle n'eut pas? la joie de faire même la spirituelle. En 1615, comlmença pour Marie des Vallées
un nouveau tourment qui consistait en deux peines : 1* « A porter
,