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Notes bibliographiques ; n°72 ; vol.16, pg 413-436

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Revue d'histoire de l'Église de France - Année 1930 - Volume 16 - Numéro 72 - Pages 413-436
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Publié le 01 janvier 1930
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In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 16. N°72, 1930. pp. 413-436.
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Notes bibliographiques. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 16. N°72, 1930. pp. 413-436.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1930_num_16_72_3704NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
TEXTES ET DOCUMENTS
Jean Reviron. Les idées politico-religieuses d'un évêque du ixe siè
cle. Jonas d'Orléans et son « De institutione regia ». Etude et
texte critique. Paris, Vrin, 1930. In-8° de 2'0€ pages. Prix :
35 francs1.
En succédant, peu après l'année 818, à Théodulf, évêque d'Or
léans, Jonas l'Aquitain héritait d'une situation délicate. Louis le
Pieux, dont la faveur l'avait appelé au siège d'Orléans, se trouvait
dès lors aux prises avec les princes ecclésiastiques et temporels
de son empire à commencer par ses propres fils. Pépin, que son
père avait fait roi d'Aquitaine, lui donnait plus d'un sujet de
plainte. Jonas, bien qu'appartenant à l'Aquitaine par sa naissance
et sa formation cléricale, n'avait guère fréquenté le roi; et il se
savait desservi auprès de lui par des conseillers malveillants.
Néanmoins il s'enhardit à lui représenter le devoir de la piété
filiale et ses autres devoirs. De là une épître et le traité De institu
tione regia, rappelé à l'attention de nos jours par l'étude très soi
gnée que vient de lui consacrer M. l'abbé Reviron.
Le De institutione regia fut édité pour la première fois en' 1661
par Dom Luc d'Achery, d'après un manuscrit encore existant à
la Bibliothèque des chanoines de Saint-Pierre de Rome (D 168).
Un autre manuscrit, découvert par Baluze à Orléans, permit
d'amender la première édition; et le texte amendé nous est acces
sible, au tome CVI de la Patrologie latine. Mais il demeure peu
lisible, n'étant pas d'une seule teneur, mais coupé de renvois qui
obligent de chercher dans le De institutione laicali, autre écrit de
Jonas, les parties communes aux deux ouvrages.
Aujourd'hui le manuscrit d'Orléans, d'ailleurs incomplet, a dis
paru. L'unique témoin du texte est le manuscrit romain. Non con
tent de le collationner avec soin, pour nous donner une édition
parfaitement correcte, M. Reviron a voulu éclairer sous toutes les
faces la vie et l'œuvre de Jonas.
Durant un épiscopat de presque vingt-cinq ans (818 et 843
sont les dates extrêmes; mais probablement l'une et l'autre doivent
être un peu resserrées), Jonas montra un souci réel de son devoir
episcopal. Sans originalité transcendante, il représente honorait
. Cet ouvrage, après avoir été un mémoire présenté à ItfEcole pratique
des Hautes Etudes, est devenu une thèse de doctorat présentée à la
Faculté de théologie de l'Institut catholique de Paris. Il a va!hi à son
auteur la mention turn magna laude. La publication inaugure une codilec-
tion sur l'Eglise et d'Etat au Moyen Age, dirigée par M. H.-X. Arquiillière, revue d'histoire de l'église de France 4i4
blement le type de l'évêque pieux à l'époque carolingienne. Ami
de la justice et de la paix, il ne se hausse point jusqu'à la concept
ion très nette des principes supérieurs qui régissent la société
chrétienne, et les idées un peu courtes du De institutione regia,
touchant les relations entre le pouvoir spirituel et le pouvoir tem
porel, laisseront l'auteur plutôt démuni lors du conflit qui éclatera
entre l'empereur Louis le Pieux et le pape Grégoire IV. Son loya
lisme envers l'empereur semble ne s'être jamais démenti; son indé
pendance à l'égard du pape ne lui permettra pas de dominer
l'anarchie chronique de ce ixe siècle, livré au conflit d'ambitions
humaines.
Supérieur à la plupart de ses pairs par la culture de l'esprit,
il a laissé plusieurs, écrits portant l'empreinte profonde de leur
temps. Le De cultu imaginum, composé vers 840, où il revendique
contre Claude de Turin la légitimité du culte rendu par l'Eglise
aux saints, fut imprimé avant tous les autres, dès 1554, et reste
le plus populaire. Le De institutione regia présente non seulement
des points de contact, mais de larges développements communs
avec le De institutione laicali, et avec les Acta concilii Parisiensis,
de l'année 829. La parenté de ces trois écrits est manifeste; mais
l'ordre de succession demeure discuté. M.. Reviron estime que le
De institutione laicali, traité de morale chrétienne écrit à la requête
de Matfrid comte d'Orléans, est le plus ancien. Plusieurs des ques
tions abordées dans cet ouvrage furent reprises par le concile de
Paris, et Jonas, secrétaire de l'assemblée, puisa largement dans sa
rédaction précédente. En écrivant, probablement vers l'année 831,
son De institutione regia, il ne fit guère encore que reprendre son
bien. Toutes ces conclusions nous paraissent fort plausibles.
Théoricien du pouvoir politique, Jonas remonte expressément
jusqu'à Dieu, de qui descend tout pouvoir ordonné. On a cru
découvrir chez lui la doctrine du conféré immédiatement
par Dieu, sans passer par la multitude; et sans doute en ^in y
chercherait-on la doctrine contraire, d'une intervention nécessaire
de la multitude dans la collation du pouvoir. Mais M. Reviron
estime, et nous l'en croyons volontiers, ' que cette controverse
moderne est trop subtile pour Jonas et n'apparaît point sur son
horizon. Ce que l'évêque du ixe siècle met bien en lumière, c'est
le caractère sacré du pouvoir, et conséquemment le devoir parti
culier de justice — on pourrait dire de sainteté — personnelle,
qui incombe aux gouvernants.
Le De institutione regia est un des plus notables témoins des
'préoccupations familières à la renaissance carolingienne. La
route est jalonnée par le De via regia, dû à Smaragde, vers la
fin du règne Charlemagne; par le De ordine palatii, dû à Adalhard,
vers 830, aujourd'hui perdu; par le De comparatione regiminis
ecclesiastici et politici, dû à Agobard de Lyon, en 833. Nous
avons dit que M. Reviron situe l'œuvre de Jonas un peu a,vant ce
dernier écrit, vers 831. L'influence augustinienne y est manifeste, NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 415
comme dans toutes les productions de la même époque; elle s'est
exercée non seulement par le contact direct de la Cité de Dieu
et des autres œuvres d'Augustin, mais plus encore par l'intermé
diaire de ses disciples, surtout par Isidore de Seville.
M. Reviron n'a pas voulu surfaire l'originalité de Jonas. Il a
raison. Les citations que Jonas emprunte à Isidore et à d'autres,
représentent plus de la moitié du De institutione regia. Les con
temporains paraissent avoir tenu en haute estime sa prose et ses
vers : tel d'entre eux recourait à lui pour faire châtier des pages
trop barbares; tel autre le comparait à Homère et à Virgile. Le peu
qui reste de son œuvre poétique — six distiques en tout — ne
justifie pas ces éloges. Mais le traité où nous pouvons étudier la
première éclosion de la théocratie médiévale, est hautement reprér
sentatif d'une société fort différente de la nôtre. L'éditeur, qui a
mis tant de soin à nous en faciliter la lecture, a droit à notre
vive reconnaissance2.
Adhémar d'ALÊs.
Dom Ursmer Berliere. Les collectories pontificales dans les
anciens diocèses de Cambrai, Thérouanne et Tournai au
xivc siècle. (Analecta Vaticano-Belgica, vol. X). Rome, Institut
historique belge, 1929. In-8° de xlv-899 pages. Prix : 60 francs.
On sait que sous le nom d'Analecta Vaticano-Belgica paraissent
les ouvrages les plus importants dus aux recherches du directeur
et des membres de l'Institut historique belge de Rome. Très* sage
ment le champ d'investigation a été limité par le titre même de la
collection aux anciens diocèses de Cambrai, Liège, Thérouanne et
Tournai. Dom Ursmer Berliere qui s'est spécialisé dans l'étude des
documents financiers du Saint-Siège a déjà fait paraître un volume
d'inventaires analytiques des Libri obligationum et solutionum et
un autre des Diversa Cameralia. Il nous offre aujourd'hui en un
copieux volume le texte même des rapports présentés par des col
lecteurs apostoliques du xive siècle. Les Français qui connaissent
les travaux de De Loye et de 'MM. Samaran et Mollat apprécient à leur
valeur ce genre de documents. Dom Ursmer Berliere, estimant, que
les ouvrages de ces auteurs et ceux d'Emil Gœller ont dit le néces
saire sur les généralités du sujet, se borne dans son introduction
aux éclaircissements indispensables. Il y donne la nomenclature
des collecteurs et sous^collecteurs et la liste de toutes les espèces
monétaires dont il a rencontré le nom. Il ajoute, d'après un registre
2. La correction des épreuves est en généiral fort soignée; néanmoins
•eflile a laissé çà et là échapper- des distractions qu'on ne trouve pas dans
M'igme. Citations dm, De institutione laicali, ip. 96 n. 5, lire : opprimentes',
p. 11'6, n., lire : condolendum. Texte du De institutione regia, cap. 8,
ip. l'5® .1. 24, lire : congruum; cap. HO, p. 162l 1. 20, lire : Dei.
— L'index des noms propres rendra de précieux services. Plus d'un
tpavaiiilleur eût apprécié eni' outre un index éclectique du voca'buladire
llalin. REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 416
inédit des archives d'Etat à Mons, un curieux tableau de la valeur
en livres des diverses monnaies courant à Tournai entre 1318
et 1347. Les comptes publiés in-extenso ou à peu près par Dom
Berlière sont au nombre de dix. Le plus ancien est de 1 328-1 335
et le plus récent de 1393. Le diocèse de Liège n'est pas représenté.
Important en revanche est le nombre des paroisses citées qui se
trouvent actuellement en France. Un index soigneusement établi
permet de retrouver les innombrables noms de lieu et de per
sonne. Dom Berlière a l'intention de continuer cette publication
pour le xve siècle. Cependant à cette époque-là les documents ne
sont plus groupés par collectories. Les décimes étaient beaucoup
moins nombreuses et les annates se payaient à Rome même par
l'intermédiaire des procureurs qui vinrent y augmenter le nomb
re des curiaux gravitant autour du siège apostolique. Quoi qu'il
en soit Dom Berlière ne donne pas, pour le moment, les conclu
sions historiques qui ressortiront de son gros ouvrage. Il les
indique rapidement, mais -ce n'est qu'un appât. On aimerait savoir
le rendement réel de ces impôt», sa progression ou sa diminution.
Il est malaisé de s'en faire une idée exacte, car les rapports des
collecteurs sont des comptes de caisse dont les récapitulations
ne distinguent pas toujours les différents exercices, et surtout
parce qu'ils sont marqués en espèces réelles sans correspondance
en livres et deniers. On lirait aussi avec intérêt un équivalent de
la Désolation... des églises, monastères et hôpitaux du P. Denifle,
c'est-à-dire un relevé bien groupé des édifices détruits ou dété
riorés par la guerre ; ou encore la répartition du clergé entre les
deux obédiences durant le Grand schisme (il semble avoir été
constamment cléimentin). En attendant ces exposés, le présent re
cueil fournira des renseignements précis sur nombre d'églises et
de gens d'église français.
iB.-A. Pocquet du Haut-Jussé.
Le P. Paul Dudon, S. J. Le Gnostique de saint Clément d'Alexand
rie. Opuscule inédit de Fénelon, publié avec une Introduction.
(Etudes de Théologie historique, publiées sous la direction des
professeurs de théologie à l'Institut catholique de Paris). Paris,
Beauchesne, 1930. In-8° de xi-299 pages.
C'est une découverte, que le très judicieux érudit vient de faire
darns les collections de M. E. Levesque à Saint-Sulpice. Cet opusc
ule, attribué jadis par M. Gosselin à Lacombe, est incontesta'-
blement de Fénelon ; il a été composé pendant les Conférences
d'Issy, comme un exposé et une apologie des sentiments de Féne
lon et de Mme Guyon; Bossuet a pris à tâche d'y répondre point par
point dans sa Tradition des nouveaux mystiques. Le P. Dudon
ne se contente pas de prouver l'authenticité du Gnostique, II étu
die la pensée de Clément d'Alexandrie, il indique les raisons
profondes de la sympathie qui portait Fénelon vers cet auteur, NOTES BIBLIOGRAPHIQUES HT
et de l'antipathie qui en détournait Bossuet. La place du Gnos-
tique dans l'es débats d'Issy, dans les diverses phases de la contro
verse et du dissentiment, est marquée par le P. Dudon d'une
manière précise, décidée, vivante. Sur un point, je l'avoue, j'hé
siterais un peu à le suivre ; il s'agit de l'abandon complet, dit-il,
que Fénelon, persuadé par Bossuet et ses acolytes, aurait fait de
la « tradition secrète » sur « l'oraison perpétuelle et incorrupt
ible ». Sans doute Fénelon a-t-il, au cours des conférences et
après la signature, des formules vives contre la tradition secrète.
Et cependant, est-ce bien une absolue renonciation que l'on trouve
sur ce sujet, dans sa première Explication des Articles d'Issy ?
Commentant l'article xx, il s'élève, avec son ordinaire véhémence,
contre les « traditions secrètes sur les dogmes..., les dogmes se*
crets..., propres à détruire l'unité de la foi. » Mais aussitôt, selon
sa méthode ou son attitude habituelle dans l'Explication, il
ajoute* : « II est vrai seulement que les parfaits entendent plus
parfaitement et plus priofondément les mêmes vérités qui sont an
noncées à tous. Par exemple le renoncement à soi-même et l'amour
de Dieu ordonnés dans l'Evangile sont compris diversement sui
vant l'es divers degrés de grâce de ceux qui lisent ces préceptes...
Je conclus qu'il faut se faire tout à tous, donner le lait aux enfants,
et réserver le pain solide pour les seules âmes qui sont fortes et
grandes, en un mot n'annoncer la parfaite sagesse qu'entre lies
parfaits... » II n'y a pas là de doctrine secrète, dit encore Fénelon,
'maisi un « régime des âmes » que l'on doit « tenir dans le se
cret » ; du reste « cette économie secrète, loin de favoriser l'i
llusion, servirait beaucoup à en préserver les âmes »...
A. Cherel.
F. Pasquier et Fr. Galabert. Cahiers paroissiaux des sénêchausi
sées de Toulouse et de Comniinges en 1789. (Documents sur
l'Histoire économique de la Révolution française). Toulouse,
impr. E. Privât, 1928. In-8° de xxxi-222 pages.
Vingt-et-un cahiers de doléances seulement ont été retrouvés
pour le département de la Haute-Garonne. Les éditeurs lies ont
intégralement reproduits en les faisant précéder chacun d'une
substantielle notice donnant les indications les plus précises sur
l'état de la communauté à la fin de l'Ancien Régime. Sauf
Toulouse et Saint-Béat, il ne s'agit que de petites paroisses rurales
de 200 à 500 habitants, qui ne s'occupent pourra plupart que de
questions locales. C'est dire que l'intérêt de ces cahiers, d'ailleurs
fort bien édités, est assez mince. Au point de vue de l'histoire
religieuse, on y relèvera des plaintes unanimes contre lia dîme,
dont on ne réclame pas la suppression, mais la réglementation et
la réduction. On attaque les gros décimateurs : une partie de lia
dîme devrait être affectée à rétablissement de bureaux de cha
rité et de maîtres d'école, à l'entretien des églises et des pres-
5*7 418" revue d'histoire de l'église de franêe
bytères, même à celui des chemins. L'antipathie est violente contre
lie haut clergé ; un cahier propose de priver les bénéficiers non
résidants des trois quarts de leurs revenus, pour éteindre la dette
nationale. Le cahier de Toulouse voudrait interdire la pluralité
des bénéfices, et affecter le tiers de leurs revenus aux cultes, un
autre tieirs à la réparation des bâtiments. Le curé à portion con
grue est populaire. On le défend contre les gros décimateurs ; on
désire améliorer sa situation, parfois en supprimant le casuel,
contraire à sa dignité et aux principes de l'église. 'Certaines com
munautés proposent de réduire le nombre des abbayes : Saint-
Béat se contenterait de deux monastères par diocèse, Toulouse
demande la réforme des couvents. Enfin un cahier suggère de
restituer les biens des pauvres et des églises « que le clergé s'est
appropriés en profitant de la faiblesse et de l'ignorance des peu^
pies » ; c'est déjà le principe de la nationalisation des biens ecclé
siastiques.
P. PlÉTRESSON ~DE SAINT-AUBIN.
HISTOIRE GÉNÉRALE
Théodore Robinson, professeur à l'Université de Cardif. Intro
duction à l'histoire des religions. La religion primitive. L'ani
misme. Le philosophique. Le monothéisme. Le christianisme.
Traduit de l'Anglais par Georges Rom. Paris, Payot, 1929. In-8°
de 246 pages, 20 francs.
Cet ouvrage, qui fait partie de la Bibliothèque historique publiée
chez Payot, contient un essai d'explication des origines et du
développement des religions. L'auteur a voulu décrire la « phylo-
génie » des religions. C'est là une tâche ardue, dans l'état actuel de
nos connaissances. Une assimilation, ne fut-elle que méthodique,
entre la science des religions et la biologie nécessite tant de sim
plifications déforimatrices ! Après avoir indiqué l'esprit du livre,
nous l'analyserons et formulerons quelques critiques.
L'esprit du livre est largement bienveillant pour l'idée rel
igieuse : L'auteur se propose d'inciter ses lecteurs à étudier « la
faculté croissante chez l'homme de mieux connaître Dieu et de
communier avec lui » (p. 11). Chez les historiens des religions
de langue anglaise, même rationalistes (Tylor, Frazer, etc.) la
révérence est habituelle envers les religions qu'ils tiennent pour
de pures superstitions, et cette attitude trompe parfois le lecteur
français accoutumé K un rationalisme agressif. Chez M. T. Ro-
binsoji il! y a estime de l'idée religieuse en général. Il pense,
qu'unie à .la morale et à la philosophie, elle fait connaître et
aimer Dieu. Très compétent sur le bouddhisme, le judaïsme et
l'islamisante, il1 semble ne connaître que par le dehors le catho
licisme ; la façon dont il parle du péché et de la rédemption lui en
devraient rendre bien des dogmes attirants. Pour ce qui concerne NOTES ÊIBLlOGRAPHlQUES 419
les travaux récents d'histoire des religions, l'auteur a échappé aux
systématisations de l'école sociologique ; il a lu surtout semble-
t-il, les travaux de langue anglaise ; mais, sa synthèse est per
sonnelle, sobrement exposée, dans une traduction qui ne s'em
barrasse pas de détails inutiles, ni de métaphores.
Le premier chapitre est consacré à la description des phé
nomènes religieux. L'auteur les groupe sous diverses rubriques :
Théologie, Relations entre l'adorateur et l'objet de son culte,
(révélations, théophanies, écritures sacrées, prophétisme, culte, sa
crifice, sacerdoce, communion, péché, expiation, etc.) et enfin la
Morale. Cette dernière paraît à l'auteur distincte de la religion,
sauf dans cinq grandes religions. Il termine le chapitre par. ces
mots : « La religion et la conscience poussent Ites hommes dans
des directions opposées et l'on eonnaît des cas notoires où les
hommes ont délibérément abandonné la religion dans l'intérêt du
bien et sont devenus athées par amour de la justice ». Nous r
eviendrons sur cette conception rationalisée de la morale.
L'exposé phylogénique de l'histoire des religions comporte l'i
ndication des diverses étapes suivies par l'esprit humain en quête
de Dieu. Qu'était la religion primitive ? (L'auteur écarte l'origine
monothéiste). La conception du sacré, un animisme ou un préani
misme ? En tout cas une religion grossière.
L'animisme est une des formes les plus rudimentaires de la
religion, c'est une « croyance à un grand nombre d'esprits qui
peuvent tous ou isolément intervenir dans la vie humaine ». On
ne la doit pas confondre avec « l'animatisme hypothétique »,
sorte de confusion d'esprit que feraient les sauvages entre l'animé
et l'inanimé. De cet animisme l'auteur trouve des traces dans
les diverses religions et jusque chez les Pré-Israélites.
Seconde étape le polythéisme. Les personnalités divines sont
plus nettement individualisées, indépendantes. Le polythéisme
règne en Egypte, à Rome, en Grèce, chez les Hindous, etc.
Deux chapitres sont consacrés aux rapports entre la philoso
phie et la religion. Dans l'un d'eux, il est question obscurément
de distinguer le monothéisme de la monolâtrie. L'auteur expose
ensuite la critique rationnelle et morale du polythéisme que firent
les philosophes et les poètes et qui aboutit à la philosophie sé
parée des Grecs. Par contre, une religion philosophique peut
exister, au moins dans des esprits élevés ; le bouddhisme primitif
et le confucianisme en sont des exemples.
Quant au monothéisme, il provient, soit de la critique philoso
phique, soit de Vhénothéisme. Ces affirmations sont historique
ment plus que contestables. Du moins les caractéristiques du mo
nothéisme sont-elles nettement analysées. Des observations fort
justes sur le rôle des habitudes sociales et leur influence sur la
religion et la morale sont à noter. Je signalerai en outre la r
emarque sur le panthéisme religieux qui aboutit, fatalement, bien
qu'inconsciemment, chez ses adeptes, à une véritable personnifi
cation divine, dès lors que Dieu est l'objet d'un culte. 42ôy REVUE D'HISTOIRE DE L?EGLISE DE FRANCE
Une vue sommaire des divers cultes monothéistes : zoroas-
trisme, judaisune, islamisme, christianisme termine le livre.
Il va sans dire qu'un exposé aussi général' appelle bien des ré
serves. Les unes sont inhérentes à la méthode comparative com-
jpliquée de « phylogénie »\. Cette considération par les* sommets
des diverses religions est nécessairement fallacieuse. Toute reli
gion comporte un culte, une théologie. Peut-on regarder ces di
vers phénomènes de la vie religieuse analogues, comme parfai
tement comparables et également acceptables ? M. Robinson ne le
pense pas. Mais alors, comment peut-on, en décrivant sommaiTe-
luent les croyances et les institutions, les désigner du même mot
sans faire de réserves. Par exemple, l'incarnation est une doc
trine précise pour les chrétiens, peut-on parler sans distinguer
d'incarnation bouddhique ? Renan a faussé bien des études d'his
toire religieuse par ce travers de transposer les conceptions chré
tiennes dans des domaines absolument étrangers. Il a fait école.
Une autre remarque concerne ce que j'appellerais le moralisme,
d'ailleurs élevé, de l'auteur. Au fond, pour lui, la religion ne
suit ni la morale ni la civilisation dans leurs progrès. Dans les
formes les plus élevées du monothéisme, elle en est inséparable.
C'est que la morale a conquis la religion. M. Robinson qui a par
faitement remarqué que les variations de la morale ne l'empê
chaient pas d'être partout existante, semble croire que la morale
relève de la raison et est absolue comme elle, tandis que la re
ligion, avec ses exigences rituelles prédominantes, est sujette à des
transformations incessantes. Croit-il vraiment que l'impératif re
ligieux et l'impératif moral soient de mature bien différents ?
Enfin la thèse que l'on entreprend de démontrer est elle-même
impossible à étayer. Pour marquer le développement des rel
igions et leur origine, il serait nécessaire d'indiquer historique
ment les débuts et les diverses transitions d'une forme de croyance
à une autre. Manifestement c'est le côté obscur du livre : L'auteur
passe rapidement sur ces questions d'origine historique des di
verses étapes de la pensée religieuse. Il ne pouvait, dans l'état
actuel de nos, connaissances, faire mieux. Soit. Mais alors pour
quoi écrire dans la Préface : « II nous est possible de voir com
ment naissent, se développent et meurent les religions »8. L'évo-
lutionnisme biologique peut aligner des anneaux de transition
pour se justifier. En histoire des religions on en est réduit quand
on entreprend des synthèses de ce genre à imaginer.
En terminant cet exposé d'un travail, dont nous ne méconnaiss
ons pas l'intérêt, nous voudrions demander à l'auteur de ne plus
confondre (p. 179-215) l'Immaculée-Conception avec la Parthénog
enèse, et de ne plus écrire que « dans l'Eglise romaine le service
est toujours lu en latin » (p. 233), ce qui étonnerait fort les ca
tholiques d'Orient.
A. Bros. NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 421
René Aigrain. La Musique religieuse, (Bibliothèque catholique des
sciences religieuses). Paris, Bloud et Gay, 1929. In-12 de
2401 pages, 12i francs.
Dans un chapitre du volume collectif intitulé Ecclesia, René
Aigrain avait déjà retracé sommairement 'l'histoire de la Musique
religieuse ; c'est un développement de ce chapitre qu'il nous
donne aujourd'hui. L'auteur remarque, à juste titre dans son in
troduction, que le chant grégorien « seul chant officiel de l'Eglise
catholique doit avoir le pas, dans une histoire de la musique reli
gieuse, sur les formes plus modernes du langage musical ». La
première partie de son livre est donc consacrée uniquement au
plain chant : c'est une étude consciencieuse et documentée des
origines du chant chrétien, 4e sa diffusion, des principales écoles
qu'il a suscitées, des théoriciens qui s'en sont occupé, enfin de sa
décadence et de sa restauration. Si quelques idées de René Aigrain
sont discutables, on ne peut que le louer d'avoir donné en une
centaine de pages un aperçu général d'une question aussi comp
lexe.
Dans la seconde partie de l'ouvrage, l'auteur étudie la musi
que figurée : il passe en revue les premiers essais de notation, les
origines de la polyphonie, Vorganum et le déchant, et consacre
un excellent chapitre à la polyphonie de l'âge d'or. On pourrait
Regretter q'une soixantaine de pages seulement aient été laissées
aux chapitres que R. Aigrain, intitule l'Art classique et les Modern
es. Traiter Bach en deux pages dans une histoire de la musique
religieuse, même catholique, paraît surprenant; n'accorder que
quelques lignes à César Franck semble faire bien peu de cas de
ce grand chrétien qui a créé toute une littérature d'orgue nouvelle.
L'orgue ne tient-il pas, à l'église, une place équivalente à celle du
chant ? Si, dans ce volume, les organistes des xvii9 et xviii* siècles
sont étudiés avec quelques détails, il n'en est pas de même de
ceux des xixe et xxe siècles, et c'est une lacune fâcheuse.
A part ces quelques réserves, cet excellent manuel rendra de
grands services à qui voudra se documenter rapidement sur quel
que sujet touchant la musique religieuse. L'ouvrage est suivi d'une
bibliographie sommaire bien comprise, et d'un index alphabéti
que qui sera précieux. On devrait trouver ce résumé de l'histoire
de la musique dans toute bibliothèque d'un maître de chapelle ou
d'un organiste.
Norbert Dufourcq.
F. Mourret. La Papauté. (Bibliothèque catholique des Sciences
religieuses). Paris, Bloud et Gay, 1929. In-12 de 208 pages.
Prix : 12 francs.
M. Mourret ne pouvait songer à condenser en deux cents pages
l'histoire de la papauté. Il a préféré — et l'on ne saurait assez
l'en louer — indiquer, en quelques aperçus généraux, quels avaient

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