Notes bibliographiques
In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 18. N°78, 1932. pp. 83-100.
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Notes bibliographiques. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 18. N°78, 1932. pp. 83-100.
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NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
ARCHIVES ET TEXTES
L. Demaison et G. Robert. Inventaire sommaire des archives dé'
partementales antérieures à 1790. Marne. Archives ecclésiasti~
ques. Série G. Fonds déposés à Reims. Tome II (1™ partie).
Reims, Archives de la Ville, 1931. In-4° de xn-367 pages.
Ce volume, consacré au fonds du chapitre métropolitain, con
tient l'analyse des registres et liasses relatifs au spirituel et au
temporel.
P. G.
P. Autbertus Stroick, 0. F. M. Verfasser und Quellen der «.Collectio
de scandalis Ecclesiae » (Reformschrift des Fr. Gilbert von Tour-
nay, O. F. M. Extr. ex Periodico « Archivum Franciscanum His-
toricum, XXIII, 1930. Typ. Gollegii S. Bonaventurae « Ad Claras
Aquas », Florentiae, 1930. In-8° de 104 pages.
P. Autbertus Stroick, O. F. M. Collectio de scandalis Ecclesiae,
Nova Editio (Extr. ex Periodico Archivum Franciscanum His-
toricum, XXIV, 1931). Typ. Gollegii S. Bonaventurae, Florentiae,
1931. In-8° de 32 pages. •
Avant de réunir le 2e concile de Lyon (1274), le pape Grégoire X
avait demandé à tous les évêques et chefs d'ordres religieux de
lui signaler les désordres et tous les maux dont souffraient le
clergé et tout le peuple chrétien, ainsi que les remèdes qu'il con
tiendrait d'y apporter. L'écrit anonyme qui nous est parvenu
sous le titre de Collectio de scandalis Ecclesiae est une des répons
es à cette consultation. Tous les états ecclésiastiques y sont pas
sés en revue, depuis les plus hauts dignitaires jusqu'aux modestes
curés de paroisses et aux simples moines, et chacun d'eux est
l'objet de vives critiques; plus brièvement, mais non moins s
évèrement sont jugés les xois, les nobles et les laïques de toutes
professions, commerçants, laboureurs, artisans. Ces critiques ne
diffèrent pas, en général, de celles que l'on trouve dans les se
rmons et les écrits satiriques en prose ou en vers du xne et du xiii*
siècles. Le P. Autbert Stroick s'est appliqué à en découvrir l'au
teur et à déterminer les sources où il a puisé. On doit évidem
ment attribuer cet ouvrage à un religieux des Ordres Mendiants,
que l'auteur, si dur pour le reste du clergé, s'efforce de défendre
•contre les attaques qu'ils subissaient. Il s'agit très probablement REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 84
du Franciscain Gilbert de Tournay, comme le démontre le rap
prochement de ses écrits connus avec le texte de la Collectio.
Mais l'auteur a i|ait aussi de nombreux emprunts à diVers ouvrages
de saint Bernard, d'Alain de Lille, aux lettres dé Pierre tfe Blois,
d'Etienne de Tournay, surtout aux sermons de Jacques de Vitry,
dont il a reproduit de longs passages presque mot à mot. Cette
compilation, dépourvue de valeur originale, n'en est pas moins
intéressante pour la connaissance des mœurs et des habitudes de
la société du Moyen Age, principalement du clergé, dont elle nous
présente, en raccourci, un tableau un peu chargé, en s'attachant
seulement aux traits les moins favorables.
Le texte de cette Collectio avait été déjà publié, en 1882, par
Ignace von Doellinger, d'après le manuscrit unique conservé à la
Bibliothèque nationale de Vienne, mais d'une façon très défec
tueuse. Dans l'édition nouvelle qu'en donne le P. Stroick, les nom
breuses erreurs de copiste sont relevées et corrigées; en, outre
des notes abondantes renvoient le lecteur aux passages des Écri
tures cités par l'auteur ainsi qu'aux divers écrits de son temps,
qu'il a largement mis à contribution. On doit féliciter l'érudit
Franciscain de ce travail consciencieux, éminemment utile aux
recherches sur la société du Moyen Age.
Ph. Pouzet.
B.-A. Pocquet du Haut-Jussé. Henri IV en Gascogne. Sa corre
spondance avec Denis de Maulèon de Savaillan. Auch, impr, F»
Çocharaux, 1931. In-8° de 32 pages. ,
Voici, doctement commentées, dix lettres missives de Henri IV,
toutes inédites, adressées à Denis de Savaillan, capitaine huguen
ot, de 1577 à 1586. Écrites à des fins particulières, elles témoi
gnent par surcroît un intérêt constant du bien général. C'est l'
époque où le roi de Navarre fait l'apprentissage de la royauté dans
son gouvernement de Guienne. Il vient d'embrasser à nouveau le
protestantisme, en représaille, semble-t-il, de la contrainte qui, au
lendemain de la Saint-Barthélémy, avait fait de lui un papiste pour
la Cour. On sait les ordonnances mémorables qu'il rendit dès lors
pour rassurer les campagnes contre les excès des gens de guerre.
Un égal souci de protection à l'égard des commerçants et des par
ticuliers est encore le trait dominant de ces lettres. Le Béarnais
ne prisait rien tant qu'une paix royale pour lui et pour les autres. "" '■ - ■;- ' 7 V. C- '• •/
HISTOIRE GÉNÉRALE -
Henri Sée. Science et philosophie de rhistoire., Paris, F. Alçan>
1928. In-12, 513/ pages, 25 francs. !
Ce, volume est divisé en deux parties : la première, intituled
Essai d'une théorie de, V histoire, a pour but de répondre à ces.
deux questions s : 1 ° Fhistoire peutrelle être considérée
■ ' BIBLIOGRAPHIQUES; • 85 NOTES
science ? 2° peut-on concevoir une philosophie de l'histoire qui
iserait en quelque sorte le prolongement de l'histoire comme la
philosophie des sciences est le des sciences de la
iiature ? La seconde partie renferme une série d'Essais critiques
ayant trait aux questions les plus diverses, mais dont le but est
d'illustrer les théories précédemment exposées.
Sur la science historique elle-même et sur les méthodes qu'elle
utilise, le livre de M. Sée n'apporte pas de conceptions bien nou
velles (pouvait-il en apporter ?), mais il est une mise au point in
téressante des travaux ou articles qui ont paru sur ce sujet. M.
Sée a bien montré comment les historiens modernes, délaissant
les conceptions métaphysiques ou positivistes de l'histoire, en
étaient arrivés à considérer l'histoire comme une science, science
d'un caractère particulier sans doute puisqu'elle ne peut, à l'ins
tar des sciences physiques par exemple, formuler des lois ni le
plus souvent établir des rapports certains de causalité entre les
faits qu'elle étudie, science pourtant, car si elle utilise des procé
dés forcément imparfaits d'expérimentation, elle cherche du moins
à donner des faits qu'elle recueille une explication rendant compt
e autant que possible des transformations et des changements
qui se sont opérés dans le passé. Que doit être cette explication ?
C'est ici que les difficultés surgissent en raison même de la mult
iplicité des facteurs qui interviennent : si l'on envisage les
grands événements de l'histoire, on s'aperçoit que le rôle des
hommes a été souvent décisif, mais que celui des institutions ne
l'a pas été moins, sans qu'il soit possible d'établir une priorité
quelconque, car, suivant les époques et les faits observés, on about
irait à des conclusions différentes. Dès lors, admettre que Fhis-
toire-science ne peut, comme on l'a dit parfois, « s'appliquer
qu'aux phénomènes permanents, ou tout au moins à ceux qui sont
susceptibles de se répéter souvent avec plus ou moins de simili
tude, en un mot aux institutions de tout ordre, politiques, écono
miques ou sociales » et discuter le travail historique en consé
quence, c'est rétrécir singulièrement le champ d'activité de l'his
toire et, en bien des cas, fausser la réalité du passé. Il faut donc
se garder de conceptions trop systématiques, ne pas oublier sur
tout que la découverte de documents nouveaux peut modifier du
tout au tout les explications considérées comme définitives et, s'il
est fort utile de tenter périodiquement de grandes synthèses d'his
toire générale qui donnent l'état de la science à un moment don
né, on devra se défier des conceptions artificielles qui n'envisa
gent qu'une portion de la réalité sans tenir compte des autres.
Reconstituer cette réalité aussi exactement que possible, qu'il s'a
gisse d'histoire générale ou de fait spéciaux, telle doit être la
tâche essentielle de l'historien : le sociologue, l'économiste, le
théologien, d'autres encore échafauderont là-dessus leurs théories
et leurs systèmes.
Aussi y a-t-il lieu de se défier de la « philosophie de l'histoire »
dont il est bien difficile de se forger une conception précise. RE^liE D-HISTOIRE DE i/ÉGLISE DE FRANCE 86
m€ Cette philosophie de l'histoire, écrit M. Sée (p. 288}, nous la
considérerons comme le prolongement de l'histoire concrète,
« empirique »„ disent les Allemands, au même titre que
la philosophie des sciences est le prolongement des sciences. Elle
se garderait de. toute métaphysique. Elle aurait pour but essentiel
de discriminer, dans les multiples événements de l'histoire, ceux
qui ont un caractère accidentel et ceux qui ont un caractère per
manent. » Voilà une distinction qui paraîtra singulièrement mal
aisée à établir : accidentel et permanent ne sont-ils pas int
imement mêlés et confondus, à tel point que vouloir les séparer,
c'est bien souvent briser la réalité elle-même ? Aussi comprenons-
nous fort bien que, comme le constate avec quelque regret M. Sée,
« la philosophie de l'histoire ait été pratiquée plus souvent ~par
des historiens que par des philosophes », les historiens considé
rant les « explications plus complexes, plus hasardeuses, plus hy
pothétiques » de la philosophie de l'histoire comme n'ayant rien
de commun avec l'histoire-science. Nous ne croyons pas en effet
que ce que M. Sée appelle (p. 246) les « hypothèses plus ou moins
hasardeuses » de la philosophie de l'histoire puissent « contribuer
à nous rendre plus intelligibles les faits de l'histoire-science »,
et les verrions avec inquiétude « inspirer l'idée de nou
veaux groupements, de nouvelles combinaisons, susciter aussi de
nouvelles recherches » ; ne serait-ce pas s'éloigner de plus en
plus du domaine de la science pour errer dans celui de l'imagina
tion et de la fantaisie ? **
Augustin Fliche.
Henri Sée. Esquisse d'une histoire économique et sociale de la
France depuis les origines jusqu'à la guerre mondiale. Paris,
Alcan, 1929. In-8° de 560 pages. Prix : 50 francs.
Cet ouvrage, qui tient à la fois du manuel et de la synthèse,
comble une lacune; il apporte une somme considérable de ren
seignements aisés à retrouver grâce à un bon index des matiè
res; il est au courant de la plus récente littérature.
On soupçonne la complexité du sujet traité. Maints problèmes
— parfois les plus importants — sont encore à peine posés et
pourtant il faut les mettre à leur place, sous peine de fausser la
perspective d'un tableau naturellement encombré par les ques
tions mieux connues. Par sa profonde connaissance de l'histoire
économique, par ses dons de clarté aussi, M. Sée a su maintenir
presque toujours un harmonieux équilibre entre les différentes
parties de son exposé. Peut-être jugera-t-on qu'il n'insiste pas as
sez sur les transformations économiques et sociales au xixe siècle,
celles notamment de l'ère capitaliste (1848-1914), pendant laquelle
se produisit une si extraordinaire évolution. Concédons volon
tiers que le bilan scientifique, donc précis, de cette période, dont
l'histoire s'ébauche, n'est pas facile à dresser. Il convient d'ajou
ter toutefois que si M. Sée a insisté sur l'histoire économique, This- ' BIBLIOGRAPHIQUES 87 NOTES
toire sociale proprement dite ne l'a pas retenu aussi longuement.
L'histoire de l'Église de France, qui fut au cours des siècles,
par sa puissance foncière surtout, l'un des rouages économiques
essentiels du royaume, ne pouvait être oubliée. On sait que de
puis le Moyen Age ce rôle matériel de l'Église a été capi
tal : action bienfaisante des moines défricheurs jusqu'au xme siè
cle; rôle plus discuté, mais fort important, de la propriété ecclé
siastique, liée de bonne heure au système féodal, au régime do
manial pour employer une expression chère à l'auteur.
Celui-ci n'est pas spécialement tendre- pour les propriétaires
ecclésiastiques, qui, dit-il, « n'ont pas exploité moins durement
leurs paysans » que les seigneurs laïques (p. 76). Sans doute, et
il est évident que l'histoire de la propriété ecclésiastique révèle
bien des abus. Nous croyons cependant que dans l'action géné
rale de l'Église — action économique et action sociale réunies —
l'actif l'emporte sur le passif, sans oublier pour autant la dîme et
ses excès, ni même, si l'on y tient, les serfs du Mont Jura.
L'économie française ne doit-elle pas à l'Église l'exemple d'ex
ploitations agricoles stables, en général prospères et partant créa^
trices de richesse paysanne ? Ne lui est-elle pas surtout redeva
ble — plus ou moins directement - — d'idées, de traditions mor
ales, de coutumes, dont les classes les plus humbles ont large
ment bénéficié dans leur vie matérielle et dans leur ascension sé
culaire ? Qu'on songe, par exemple, aux luttes entreprises par le
clergé contre les abus de l'esclavage et du servage, contre les
guerres privées, contre l'usure...
Il faut louer hautement les qualités maîtresses de ce difficile
travail : la modération dans les jugements, la sûreté de l'informat
ion. Des notes excellentes donnent sur chacune des questions r
ésumées dans le texte les dernières nouveautés bibliographiques,
sans préjudice d'une liste d'ouvrages choisis, qui termine le livre
et compte 193 numéros. Étudiants et spécialistes seront reconnais
sants à M. Sée d'avoir mis entre leurs mains un instrument de
travail de cette qualité, auquel ils recourront souvent.
• Jean de La Monneraye.
Mgr Victor Martin. Les Cardinaux et la curie, tribunaux et offi
ces, la vacance du siège apostolique (Bibliothèque catholique
des sciences religieuses). Paris, Bloud et Gay, 1930. In-16, 211
pages, 12 francs.
— Les Congrégations romaines (Même collection). Paris, Bloud,
1930. In-16, 211 pages, 12 francs.
Ces deux volumes ne forment rationnellement qu'un seul ou
vrage. Le second devrait s'insérer dans le premier comme un de
ses chapitres. Le lit de Procuste sur lequel l'éditeur étend l'au
teur a imposé ces coupures. Cet auteur a été particulièrement
bien choisi. Avant d'être professeur, puis doyen de la Faculté de
théologie catholique de Strasbourg, Mgr V. Martin a résidé plu- revue d'histoire -pe l'&swse de France 88
sfeurs années à Rome, comme chapelain de Saint-Louis des Franç
ais. Sous la débonnaire férule de Mgr Guthlin, puis de Mgr Bou-
dinhon, il s'est initié aux usages de la cour romaine. D'ailleurs
historien du concile de Trente et du Gallicanisme, il est. un ter
moin averti des vicissitudes subies au travers .des siècles par les
administrations apostoliques. Aussi son travail constitue-t-il sans
doute l'un des meilleurs de là collectiqn dans laquelle il prend
place. ;
Parmi les idées qui ressorjent de son exposé je signalerai celles
qui me paraissent les «plus importantes. A plusieurs reprises il
"rapproche les institutions pontificales de celles de Byzance. C'est
très bien vu. Le droit romain a fasciné le Moyen Age. Saint Ber
nard déplorait éloquemment que « les lois de Justinien fussent
plus souvent invoquées au palais du Latran que les préceptes de
l'Évangile ». Chapelains auditeurs, référendaires, chanceliers, pro
cédure judiciaire, etc., ont leur source dans ces institutions aux
quelles Justinien a donné la forme définitive dans laquelle elles
ont été connues en Occident, mais qui remontent à Constantin et
à Dioclétien. Cependant je ne crç^b$>as que cette influence se soit
exercée par le canal des" apôcrisiaires qui (tel le futur saint Gré
goire le Grand) représentaient les papes à la cour de Constantinop
le. Elle résulte à l'origine de l'existence concomitante de l'Église
et de l'empire romain d'Occident; elle a été ensuite renforcée au
XIIe siècle quand la restauration du droit romain est devenue un
phénomène /général.
Mgr Martin rend justice à la claire et régulière administration
des Papes d'Avignon. Mais, en rappelant la grande pitié des égli
ses de France à cette époque, il oublie de noter que les mêmes
documents qui en marquent la « désolation » en attestent égal
ement la consolation; je veux dire que les indulgences accordées
aux édifices religieux ruinés le sont en vue de leur reconstruct
tion. Elles donnent donc les dates de la renaissance architecturale
du xve siècle qui, semblable à celle qui suivit l'an mille, couvrit»
en peu d'années le sol de là France d'une blanche parure d'é
glises.
L'impression qui se dégage de cette lecture est que l'Église a
joui sous les plus récents pontificats d'un accroissement inouï de
centralisation. Il n'est pas dû seulement au caractère personnel
du pontife actuellement régnant, car son étape décisive est mar
quée par la bulle Sapienti consilio dont l'auteur est Pie X.
On exige toujours plus des auteurs qu'ils n'ont voulu donner.
Peut-être eût-il été agréable aux lecteurs de savoir que Guy de
Foulques, archevêque de Narbonne, est Guy Foucois, futur pape
Clément IV, étudié par M. Paul Fournier; que, si la qualité de ne
veu d'un cardinal vivant écarte « positivement » de la dignité
cardinalice, une exception éclatante a été faite en 1925 en faveur
d'Emile Gasparri neveu du secrétaire d'État; il eut été agréable
encore de savoir à quelle date remonte la plus ancienne bulle In
cqena domini connue; d'entendre rappeler à propos des perru- MBJ.I0ORAÏHIÎQUES ,tv- 8îf . ...,i NOTES
ques la curieuse histoire qu'en a écrite notre J.-B. Thiers (1690).
J'ai relevé par ailleurs deux lapsus graves : l'emploi réitéré du
mot « collateur » pour collecteur (p. 142),-ainsi qu'une confusipn
entre l'abandon du style de Pâques (1563) et la réforme du ca
lendrier julien par Grégoire XIII (1582), enfin l'omission du titre
de duc parmi ceux que confère le pape.
Il reste, je le répète, que cet ouvrage, matériellement bref, est
plein de substance et sera du plus grand secours pour ses lec
teurs qui, en France du moins, j'en suis convaincu, auront pres
que tout à y apprendre.
B.-A. Pocquet du Haut-Jussé.
Henri Pirenne, Augustin Renaudet, Edouard Perroy, Marcel Hen-
delsman, Louis Halphen. La fin du Moyen Age. Tome I, La dé
sagrégation du monde médiéval (1285-1453); tome II, L'annonce
des temps nouveaux (1453-1492) (Collection : Peuples et civilisa
tions). Paris, F. Alcan, 1931. ln-8°, 569 et 324 pages, 60 et
35 francs.
En présence d'un ouvrage comme celui-ci, dont les noms des
auteurs suffisent à garantir la haute valeur scientifique; qu'on n'a
pas à résumer, puisqu'il est déjà un résumé; et auquel on ne
pourrait adresser que d'insignifiantes critiques de détail, la tâche
d'un auteur de compte rendu consiste en somme à expliquer sui
vant quels principes les directeurs de la collection et leurs coll
aborateurs ont conçu leur plan et organisé leur matière. Une chose
frappe tout de suite. Pour les grandes lignes de l'histoire politi
que, l'essentiel est dit, exactement, clairement, sobrement, tout
au plus parfois avec une nuance d& sécheresse. Par l'effet, év
idemment, d'un plan arrêté, et à l'appui duquel on peut alléguer
de bonnes raisons, la destination de l'ouvrage étant donnée, l'his
toire des institutions paraît un peu sacrifiée : il est vrai que c'est
ce qu'il y a de plus difficile à résumer. Ainsi l'attention n'est
peut-être pas suffisamment attirée sur le progrès des institutions
monarchiques en France, ou sur le rôle du Parlement anglais;
sans décrire dans le détail le régime communal italien, ce qui
bien entendu était impossible, peut-être aurait-on pu en caracté
riser du moins le principe; de même pour le régime seigneurial,
qui donne à la péninsule sa physionomie si originale. On aurait
ain\é une page sur le condottiérisme, une autre sur la diplomatie
italienne, sa technique et ses méthodes. En revanche, l'histoire
économique et sociale, l'histoire de l'art et du mouvement intellec
tuel, ont reçu d'assez grands développements, et ont d'ailleurs
été traités de main de maître (M. Renaudet n'a-t-il pas insisté un
peu trop exclusivement sur les aspects antichrétiens de la Renais
sance ?). Une place plus grande qu'on ne le fait d'ordinaire dans
les livres français a été accordée à l'histoire des pays situés sur
les barrières de l'Europe orientale, et même au delà, dans l'Asie
centrale et orientale. On reconnaît là, si nous ne nous trompons,
. • REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 90
une idée chère à l'un au moins des directeurs de la collection.
C'est un parti que l'on peut approuver ou critiquer : il y a là
beaucoup de pour et de contre. Et il n'est pas mauvais, loin de
là, qu'il se trouve des auteurs pour l'adopter.
^ Edouard Jordan.
ART CHRÉTIEN
F. Eygun. Architecture romane (Bibliothèque catholique des scien
ces religieuses). Paris, Bloud et Gay. [1931]. In-12, 244 pages
avec 10 planches, 12 francs.
Encore un manuel d'archéologie ! Nos maîtres les écrivaient
jadis dans la maturité de leur longue expérience. Sachons recon
naître cependant qu'en bénéficiant des connaissances acquises,
nos jeunes auteurs réussissent parfois d'excellentes mises au point.
L'ouvrage, que nous analysons, dû à un auteur très au courant
des derniers travaux parus sur le sujet, est de ce nombre. Mais
ces publications répétées dans le même domaine ne risquent-elles
pas à la longue de faire double emploi ?
Dans une première partie, où il convient de relever de bonnes
pages sur le milieu dans lequel apparaît la renaissance romane,
l'auteur passe successivement en revue les basiliques latines, les
influences orientales, l'architecture aux époques mérovingienne
et carolingienne. — Dans la deuxième partie, le lecteur est initié
aux différents éléments de l'architecture romane. Nous demeur
ons, à vrai dire, un peu sceptique sur l'utilité de définir encore
une fois les appareils, les voûtes, les supports, les arcs, etc., après
les magistrales et définitives définitions de maîtres tels que Las-
teyrie et Brutails. — Dans la troisième partie sont exposées les
divisions chronologiques et topographiques. Une excellente dis
tinction est établie entre les églises du xie et celles du xne siècle.
On peut se demander toutefois pourquoi l'auteur, tout en faisant
allusion aux églises du premier art roman, ne les désigne pas
sous cette expression. Pour le classement des écoles françaises,
M. Eygun se réfère à l'enseignement de M. Marcel Aubert.
Parmi les nombreux exemples cités par l'auteur, nous avons
relevé quelques erreurs peu importantes. Il n'y a pas plus de col
latéraux dans l'église de Sylvanès (p. 70) qu'il n'y a de double
transept à Saint-Sernin de Toulouse (page 72). Le moulurage (?)
compliqué des arcades de la nef de la cathédrale de Bayeux n'est
qu'une réfection gothique (p. 83). Les tours romanes de la même
cathédrale ne sont pas du xne siècle, mais remontent au siècle
précédent (p. 98). L'église de Perse, dans les environs d'Espalion,
n'est pas dans le département du Cantal, mais dans celui de l'A-
veyron (p. 118). Au lieu de Sainte-Marie du Bourg à Avallon (p.
140), lire Saint-Martin du Bourg. L'arc polylobé du cloître de
l'église de Cruas (p. 109) doit être remonté au premier étage • ce BIBLIOGRAPHIQUES 91 NOTES
n'est pas le portail qu'il décore, mais une baie située au-dessus
de ce portail. Il y a quelque contradiction à parler des édifices
influencés dans la Haute-Loire par ceux du Puy-de-Dôme (p. 175),
alors qu'on affirme plus haut (p. 167) que c'est à tort que l'on
rattachait jadis à l'Auvergne les églises du Velay. En fait, on sait
que ces dernières n'ont de commun avec les églises auvergnates
qu'un décor polychrome réduit d'ailleurs à peu d'exemplaires.
Les tribunes ne doivent pas être présentées comme un des carac
tères de l'école romane en Bourgogne.
En somme, malgré ces vétilles que nous ne relevons qu'en vue
de la deuxième édition, d'où elles pourraient utilement disparaît
re, l'ouvrage de M. Eygun est un très bon instrument de travail,
maniable, peu coûteux et qui aurait mérité d'être moins chiche
ment illustré, d'autant plus que les rares dessins de l'auteur se
recommandent par leur netteté et leur précision.
Jean Vallery-Radot.
Abbé. Pierre Lescuras. L'église Sçint-Cybard de Magnac-sur-T 'ou
vre (xne siècle). Angoulême, Couturier, 1931. In-8°, 63 pages*
1 pi. et 1 ill., 5 francs.
Combien de fois avons-nous souhaité trouver sur un monument
intéressant rencontré au hasard d'une promenade une plaquette
qui puisse nous documenter de façon un peu précise et nous faire
remarquer des détails que l'examen hâtif d'un passant pouvait
oublier ! Ce travail répond à un tel vœu. M. le curé de Magnac-
sur-Touvre nous décrit pierre par pierre et avec amour sa belle
église romane qu'il date, par les caractères archéologiques, du
troisième tiers du xne siècle pour la majeure partie.
L'édifice à nef unique, comme le plus grand nombre de ceux
de l'école du Sud-Ouest, offre un plan proche de la croix grecque
avec chevet et absidioles rectangulaires. Il est de style sévère et
de décoration sobre. La façade est divisée en trois par deux con
treforts. Un massif clocher carré, auquel s'accole une tour d'es
calier terminée par une flèche hexagonale, s'élève sur la croi
sée du transept. Signalons ici un curieux détail : sur chaque côté
du clocher, une série de moellons extérieurs de l'appareillage dé
borde en encorbellement sur le mur et monte en escalier suivant
la direction et un peu au-dessus de la jonction des toits de l'église
avec la tour ; ce point sensible de la construction est ainsi pré
servé des intempéries.
Les cloches, les croix de consécration, les vestiges de la litre
et les sépultures sont décrits avec soin. M. l'abbé Lescuras n'a
pas non plus négligé le mobilier moderne ; il explique la raison
d'être des monuments et des statues qui décorent l'église, celles-ci
choisies avec un souci que l'on souhaiterait voir partout aussi clai
rvoyant.
Relevons un léger lapsus : le mot ogive (p. 11) ne s'emploie plus
pour caractériser la brisure de l'arc.
F. Eygun.