Pour vous, qui suis-je ?

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Jésus n'appartient à personne ! Une longue méditation de Stan Rougier sur le Christ, accompagnée de 40 réponses de contributeurs - sollicités avec l'aide précieuse de Corinne Prévost - à la question de Jésus "Pour vous, qui suis-je ?"
Parmi ces contributeurs : Tim Guénard, André Comte-Sponville, Michel Kubler, Xavier Emmanuelli, Jean Delumeau, Guy Gilbert etc.


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Publié le 06 octobre 2014
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EAN13 9782728918355
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0067 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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STAN ROUGIER CORINNE PRÉVOST
« POUR VOUS, QUI SUIS-JE ? »
REGARDS SUR JÉSUS
Cet ouvrage est publié avec l’aimable autorisation des contributeurs. Les titres des textes ont été choisis par Stan Rougier. Les citations bibliques en italique sont tirées de la traduction de la Bible de Jérusalem (DDB, 1975).
« Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas. » (Jn 1, 26.)
Je dédie ce livre avec mon immense gratitude à des amis qui m’ont aidé à ouvrir mes œillères au sujet de Jésus Christ : Victor Bogros, Philippe Maillard, Sarah†, Maurice Clavel†, Jacques Ravanel†, Robert Hossein, frère Roger†, Mana, Marguerite Hoppenot†, Marthe Robin†, Jean Sulivan†, Christiane Singer†, France Quéré†, André Dumas†, Olivier Clément†, Jean et Nanie Gelamur†, Marie-Jean Mossand†, Jean Onimus†, Pierre Dornier, René Berthier, Florin Callerand†, Jean Radermakers, l’abbé Pierre†, Sœur Emmanuelle†, Guy Gilbert, Paco Huidobro†, Mariano Puga, Gérard Sullivan, Philippe Goupille, Jacques Brown, Jean-René Saint-Macary (mon cousin), Pierre Abbeberry, Alain Carron de la Carrière, Jean-Pierre Lintanf, Ambroise-Marie Carré†, Bernard Bro, Pierre-Marie Del7eux, Christian Delorme, Jean Vinatier, Grzegorz Jez ; à mes amis cardinaux : Roger Etchegaray, Jean-Marie Lustiger†, Jean Margéot†, Helder Camara†, François Marty†, Philippe Barbarin ; à mes amis évêques : Hubert Coppenrath, Jean-Yves Riocreux, Jean-Michel Di Falco, Albert Rouet, François Saint-Macary(mon cousin), André Lacrampe, Hippolyte Simon, Emmanuel Lafont, Maurice Piat, Michel Dubost… et tant d’autres, moins proches ou moins connus…
Stan Rougier
Tabledesmatières
« Pour vous, qui suis-je ? »
Jésus si célèbre et si mal connu, Stan Rougier
Jésus m’a réconcilié avec Dieu
Pour moi, qui es-tu Jésus ?
Dieu trois fois saint
Le fondement de ma foi
Les divisions à son sujet
Vrai homme et vrai Dieu
Un Dieu mendiant
On ne voit bien qu’avec le cœur
« Pour vous, qui suis-je ? » Un amour sans mesure Un sauveur : pour nous sauver de quoi ? Jésus était de religion juive Pourquoi a-t-on tué Jésus ?
Qui m’a vu a vu le Père
Jésus, ami des êtres blessés et des exclus
Jésus, défenseur des femmes
Le langage est source de malentendus
Urgence du pardon
Les athées ont purifié ma foi Dieu n’est pas Celui que nous croyons Finale
Qui me délivrera ? Corinne Prévost
Trois nuits, Jacques Arnould
Le maître intérieur, Benoît Billot
Mon seul lien avec Dieu, Thierry Bizot
Un monde d’amour, de lumière et de justice, Janine Boissard
L’homme véritable uni à Dieu véritable, Brunor
L’amour juste au moment juste, Francine Carrillo
Maître d’humilité, Bruno Cazin
Un homme, simplement, un des plus grands, André Comte-Sponville
En lui sont la vie et la joie, Michel Cool
Celui par qui je suis née un jour, Anne-Véronique Dauvisis
Il hissa l’homme au-dessus de lui-même, Charles Delhez
Jésus est le grand amour de ma vie, Pierre-Marie Delfieux
Demeurons-nous des témoins de Dieu ? Chantal Delsol
Compagnon sur le chemin de la divinisation, Jean Delumeau
La clef de notre condition humaine, Xavier Emmanuelli
Je ne peux tenir la vérité, c’est elle qui me tient ! Emmanuel Faber
Une parole éblouissante de poésie, Gilles Farcet
Non pas abolir mais accomplir, Luc Ferry
Le compagnon de notre route, Guy Gilbert
Il bouscule les tentations de m’installer, Bernard Ginisty
Il fait les cent pas dans mon cœur, Anne de Grossouvre
« Pardonne, ils ne savent pas » Tim Guénard
« Ma Grâce te suffit » Rona Hartner
Présent à toute la douleur du monde, Monique Hébrard
Seigneur du cosmos et de l’histoire, maître et compagnon de ma vie, Michel Kubler
Jésus Christ en chaque homme, Dominique Lapierre
L’absolu de l’amour, Robert Le Blanc
Montrez-moi plus vrai et plus aimant ! Jean-Yves Leloup
Que reste-t-il de ma colère ? Sophie Lutz
Mon espace, ma respiration, Philippe Mac Leod
Un érudit pratiquant son judaïsme, Émile Moatti
Respect inconditionnel de notre liberté, Colette Nys-Mazure
Que la volonté de Dieu soit faite, Fouzia Oukazi
Le chemin vers le Père, Carlos Payan
Il ne m’a plus quitté, Jean-Marie Pelt
Il m’a donné le Royaume, Avril de Perthuis
Le tout autre est devenu le tout proche, Bernard Peyrous
Pourquoi vivre ? Alexande Poussin
Invitation à l’espérance, Christiane Rancé
Le Maître de mon histoire, Luc Ravel
Du côté de la vie, de la justice, de la miséricorde, Florence Taubmann
Il fait apparaître le monde sous son vrai jour, Bertrand Vergely
Du même auteur
Page de copyright
Jésus si célèbre et si mal connu STAN ROUGIER
Ayant publié déjà cinq livres sur Jésus Christ, je souhaitais que le sixième soit accompagné de témoignages d’hommes et de femmes de professions diverses et si possible de religions différentes. Il y a plus de quarante ans, le père A.-M. Carré, un dominicain avec lequel j’avais des liens d’amitié, avait demandé à une centaine de personnalités de répondre à la même question : « Pour vous, qui est Jésus Christ ? » Voici quelques extraits de ce beau florilège : « Pour crier jusqu’au bout la Bonne Nouvelle, il fallait que lui-même, par sa résurrection, annonce que toutes les limites ont été vaincues, même la limite suprême : la mort. […] Toutes les sagesses, jusque-là, méditaient sur le destin, sur la nécessité confondue avec la raison. Il a montré leur folie, lui, le contraire du destin. 1 Lui, la liberté, la création, la vie. Lui qui a défatalisé l’histoire. » « Un juif central, disait Martin Buber. Un juif unique, comme chacun peut le voir. Unique dans son essence et dans son destin. Unique par sa création et par sa présence. Unique par son raisonnement et par la contradiction qu’il 2 a introduite – comme un levain – dans la chair des nations. » « Ma joie et ma raison d’être, c’est la certitude que la présence dans l’histoire de ce Jésus a fait basculer le monde de “l’être-pour-la-mort” à l’espérance de la justice et de la réconciliation. Sa seule solidarité efficace avec les pauvres, les prisonniers et les opprimés a renversé les fondements de tous les ordres d’exploitation ; il a ouvert devant nous la route de la paix. Son enracinement dans l’humanité nous mène vers un avenir de 3 liberté et de vie. » Intéressé, étonné parfois de ce que mes semblables peuvent dire à son sujet, je pensais que la publication de quelques regards variés d’aujourd’hui donnerait encore à beaucoup le désir d’en savoir davantage. Une convertie, Corinne Prévost, a tenu à m’apporter sa collaboration dans cette entreprise. Ses courriels et ses coups de téléphone ont été souvent récompensés. Je comprends que tous n’aient pas souhaité accéder à notre invitation. Que de fois ai-je failli renoncer à ce projet ! Dire à la face du monde ce que Jésus est pour nous existentiellement, c’est peut-être aussi se dévoiler soi-même. Beaucoup répondraient plus volontiers si Jésus lui-même leur posait la question dans le secret. En lisant plusieurs fois toutes les interventions, je découvre des trésors. Comme nous en avons reçu une centaine et que les impératifs de l’édition n’en autorisent qu’une quarantaine, il nous faut envisager une suite. Elle ne tardera pas. L’éditeur m’a invité à présenter un texte plus fourni, étayé de nombreuses références des Évangiles.
Jésus m’a réconcilié avec Dieu
Longtemps, j’ai été allergique à Dieu. Je Lui en voulais de ne pas être la Bonté parfaite dont je rêvais et en même temps d’être indispensable. Amers relents d’un Dieu Père trop exigeant, jamais content, superpuissant, angoissant. Ma marraine m’avait offert pour mes douze ansLa Grèce au temps des dieux.me donnait des cauchemars. Il n’aimait ses créatures que pour se les Zeus approprier. Un peu plus tard, je me plongeais avec délectation dans les livres des « maîtres du soupçon ». « L’homme est une passion inutile », affirmait Jean-Paul Sartre. « L’homme est une libido contrariée », proclamait Sigmund Freud. « L’homme est un tas misérable de petits secrets », se plaignait André Malraux. « L’homme est un miracle sans intérêt », regrettait Jean Rostand. « L’homme est un être pour la mort », surenchérissait Sartre. Aucun ne répondait aux questions vitales : « Pourquoi existons-nous ? », « À quelle étoile accrocher ma vie ? » et « Que devenons-nous après notre courte existence ? » J’en voulais à Dieu de cette mort injuste et cruelle qui nous arrachait le bonheur au moment où notre vie terrestre nous avait donné le goût d’aimer. Qui a connu, ne serait-ce qu’une journée – ne serait-ce qu’une heure –, le miracle d’aimer, peut-il se résoudre à une mort définitive ? Dieu serait un sadique de nous laisser miroiter un bonheur fabuleux pour le retirer presque aussitôt. Sa seule excuse serait de ne pas exister ! Mais comment s’expliquer alors la symphonie de l’univers qui se joue depuis des milliards d’années ? Y a-t-il des symphonies qui se 4 composent toutes seules ? « Seul l’Être peut rendre compte de l’être. »
Après avoir affiché et confirmé son indifférence à l’égard d’une existence éternelle, un agnostique, dont j’apprécie énormément les réflexions, écrit des phrases qui m’intriguent : « Je rêve d’une spiritualité qui m’aiderait au contraire à aimer la vie jusqu’au bout, telle qu’elle est – unique, irremplaçable, éphémère –, donc à accepter sereinement la mort, comme un convive rassasié à la fin du banquet, disait Lucrèce, en tout cas sans quémander je ne sais quel rab de plaisir ou d’amour. 5 […] Réussir sa vie ? Ce n’est qu’un leurre de l’ego. » J’ai fini par découvrir un autre visage de Dieu et j’en suis ébloui chaque jour davantage. Un Dieu qui n’est qu’amour inconditionnel, un Dieu qui réhabilite une prostituée en pleine salle à manger et qui invite dans son paradis un assassin, il faut reconnaître que ce n’est pas commun ! Un Dieu qui n’a que l’amour à offrir en partage ! Un Dieu qui saigne lorsque nous saignons. Un Dieu qui réconcilie les êtres avec eux-mêmes, qui dénoue nos peurs, qui dépose un germe d’espérance au cœur de nos angoisses. Pourquoi ne laisserions-nous pas sa chance à ce Dieu-là ? Jésus, lui aussi, était défiguré. Comme on décape une superbe statue, j’ai cherché à retrouver l’original. Au-delà du « Jésus défenseur du grand capital », ou du « Jésus guérillero ». Au-delà du Jésus leucémique et coincé des images pieuses. Au-delà du Jésus « voleur des énergies humaines ». Il me fallait retrouver« le Fils de l’homme » de la prophétie de Daniel. Il me fallait retrouver le Fils éternel d’un Dieu éternel. Celui qui est venu ouvrir une brèche dans les murs de nos prisons. Par ses paroles et par sa résurrection, Jésus nous prouve que la mort n’a pas le dernier mot. Loin d’être l’antichambre de la mort, la vie nous est présentée comme un stage qui nous prépare à l’éternité. Nous existons pour partager la vie d’un Dieu qui n’est qu’amour et nous émerveiller éternellement des trésors que chacun recèle en lui-même. Trop beau pour être vrai ? Pourquoi la vérité devrait-elle être laide et triste ? La Révélation de Jésus nous ouvre à une existence où« la mort n’existera plus ; et il n’y aura plus de pleurs, de cris, ni de tristesse »(Ap 21, 4). À l’âge de quatorze ou quinze ans, un prêtre m’avait demandé : « Réponds, sur trois ou quatre pages, à la question : “Qui est Jésus Christ pour toi ?” » J’étais resté immobile et songeur toute la soirée. Puis, vers une heure du matin, et pendant deux heures d’affilée, ma plume a couru sur les feuilles. L’aumônier, après avoir lu mon texte de quatre pages, s’est exclamé : « Ton récit ressemble étonnamment à un livre d’Ernest Renan ! » J’ai éclaté de rire. J’ignorais jusqu’à l’existence de cet auteur pour qui Jésus n’était qu’un homme. Je décrivais Jésus comme une sorte de poète romantique, un doux rêveur défaitiste et tourmenté. Sa générosité n’avait pas été comprise et les hommes l’avaient rejeté. Je le voyais assez proche du personnage attachant de Dostoïevski, le prince Mychkine, « l’idiot », qui s’exprime avec la simplicité et la force du langage du cœur… C’était une utopie séduisante, mais elle avait fait fiasco. Un cadavre de plus dans les poubelles de l’histoire ! Ce même prêtre nous fit un jour un topo. Je pris quelques notes dans un carnet. J’en retrouvai la substance au hasard d’autres pages, quelques années plus tard : « Jésus associe ce qui d’ordinaire est inconciliable. Rigueur et miséricorde. Justice et amour. Solidarité sans complicité. Pardon sans 6 complaisance. Lucidité sans désespérance. Dépendant et libre. » Il suffit parfois d’une seule phrase intelligente pour faire tomber une liasse d’appréhensions.