POURQUOI DAECH NOUS TUE   Les origines de la violence en islam, dans le Coran, les hadiths et la biographie du Prophète

POURQUOI DAECH NOUS TUE Les origines de la violence en islam, dans le Coran, les hadiths et la biographie du Prophète

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104 pages

Description

Ce livre expose ce que les islamistes enseignent à leurs adeptes, chaque jour, et que le citoyen occidental ignore : le récit des actes de violence ordonnés par le Prophète de l'islam. Ces violences servent d'exemples saints, et légitiment celles de groupes comme Daech (ad-dawla al-islãmiyya).
Tirés du Coran, du recueil de hadiths de Bokhâri, de la biographie du Prophète, commentés par de savants docteurs de l'islam, ces assassinats, pillages, réductions en esclavage, acte de torture et châtiments cruels constituent une source d'inspiration pour le jihadiste, hier comme aujourd'hui.
Dans la mesure où ils se réfèrent aux agissements du Prophète, les guerriers d'un groupe comme Daech, en Irak et en Syrie, malgré leur cruauté et leur inhumanité, restent généralement dans le cadre légal fixé par l'islam. Commenté par l'orientalisme scientifique, c'est ce cadre juridique que cet ouvrage présente.
5 ans de travail ont été nécessaires pour obtenir ce résultat. 5 ans d'immersion dans le monde byzantin, la vie du Prophète, la théologie islamique, le hadith, l'univers arabique, le droit musulman.
L'auteur s'appuie sur une documentation écrite de haute qualité, issue de bibliothèques universitaires ; des références très solides, admissibles devant une cour de justice. L'ouvrage comporte une double bibliographie ainsi qu'une section intitulée « Qualité des auteurs cités », qui liste les titres des personnes citées dans le texte ou en note. Il s'agit pratiquement toujours d'universitaires de haut vol (Lewis, Mernissi, Rodinson, Andrae, Bousquet, Blachère, ...) ou de "piliers de l'islam" (Tabari, Ghazali, Bokhâri, Taimiya, Khâlil, ... ) Le texte débute par un rappel de la situation de l'islam au XIXe siècle, ainsi que par une définition de ce que l'auteur considère comme l'islam, en tant que système juridique et religieux. Il se termine par un appel à la réforme de l'islam, dans le sens d'une meilleure adaptation au monde moderne et à ses modes pacifiques de résolution des conflits .

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Ajouté le 09 août 2016
Nombre de lectures 26
EAN13 9782970104926
Langue Français
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Pourquoi Daech nous tue

 

Les sources de la violence en islam dans le Coran, les hadiths et la biographie du Prophète

 

 

Otilio Klass-Amann

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

@  EDITIONS A-EURYSTHEE    2016

 

 

ISBN 978-2-9701049-2-6

 

 

 

 

 

http://www.a-eurysthee.com

 

http://www.orbisterrae.ch/a_eurysthee.htm

 

a-eurysthee@outlook.com

 

La version papier (208 pages, A5, brochée) est disponible en librairie ou chez l'éditeur.

 

 

 

 

TABLE DES MATIERES  (courte)

 

 

INTRODUCTION : page 5  

ANNEXE de  l'INTRODUCTION : page 20

 

CHAPITRE 1     Mahomet, homme exemplaire : page 24

 

CHAPITRE 2     Une violence morale la corruption : page 34

CHAPITRE 3     Un châtiment individuel : l'assassinat : page 38

CHAPITRE 4     Un châtiment collectif : la guerre ouverte : page 52 

CHAPITRE 5    Le dépouillement des vaincus et la répartition du butin : page 61

CHAPITRE 6     La réduction des vaincus en esclavage : page 71

CHAPITRE 7     Les peines collectives d'exil : page 81

CHAPITRE 8      Le massacre collectif des vaincus : page 83

CHAPITRE 9     Les actes de cruauté : page 89

CHAPITRE 10      Commentaire général : page 102

CONCLUSION : page 107

NOTES : page 114

 

QUALITES DES AUTEURS CITES : page 125

 

BIBLIOGRAPHIES : page 130

 

TABLE DES MATIERES : page 140

 

Une Table des Matières plus complète se trouve à la fin de ce volume.

 

 

INTRODUCTION

 

 

 

 

 

Un monde malade

 

  Le monde musulman ne se porte pas bien. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, si cette partie de l'humanité a fourni de grands efforts pour développer ses capacités dans tous les domaines, les résultats obtenus ne lui permettent pas de rivaliser avec les pays de l'Asie extrême, ou ceux de l'Amérique latine. Pour ne rien dire de ce qui les sépare des pays les plus développés de la planète.

 

  L'abondance des conflits violents et des rivalités armées entre pays de la zone fournit une première explication. Elle implique des dépenses d'armement considérables |0-1|, une grande importance accordée aux appareils militaires, l'étouffement des aspirations de la société civile par les exigences de l'effort guerrier |0-2|. Un tel climat favorise l'apparition de régimes militaires, et renforce donc la tendance des sociétés de la région au despotisme politique.

 

  Le monde musulman, soit les pays arabes, l'Iran, le Pakistan, les pays d'Asie centrale, l'Indonésie, n'a pas été l'inventeur de la démocratie. Dictatures ou autocraties, les régimes politiques despotiques abondent dans la zone. Un auteur éminent faisait remarquer que la langue arabe ne comporte pas même de mot pour désigner un « président de la république » |0-3|.  Ces régimes despotiques trouvent leurs racines culturelles dans l'ancienne tradition monarchique et religieuse de l'islam. Les figures politiques du calife - successeur de Mahomet dans son rôle de chef incontestable de la communauté musulmane -, de l'émir - guide religieux et politique – ou celle du sultan – chef temporel légitimé par les ulémas –, dominent l'histoire des institutions du monde musulman.  

 

  Cette prédominance de l'islam a de nombreuses conséquences. Elle implique une condition inférieure accordée aux femmes, qui, malgré les rattrapages récents en matière d'éducation, leur ferme en partie les portes du marché du travail |0-4|. L'esclavage, sanctifié par l'exemple du Prophète, fut difficile à éradiquer |0-5|.  L'islam pèse de tout son poids dans l'enseignement, permettant une reproduction aisée de formes politiques et sociales anciennes, peu en phase avec les exigences d'une société moderne |0-6|. Il ne facilite pas l'ouverture intellectuelle et culturelle de cette région du monde |0-7|.

 

  Ce livre est consacré à l'influence de l'islam, en tant que doctrine sociale et politique, sur l'évolution des nations qui l'ont adopté. Et, plus particulièrement, sur le rôle de la violence dans la constitution de la cité musulmane idéale, celle du Prophète.

Cette arriération sociale et politique, ce recours si facile à la violence, alliée à un état de tension permanent, a causé, et cause encore, le malheur d'une multitude d'hommes et de femmes. Ce nouveau noeud gordien, plus serré et complexe que l'ancien, étrangle un milliard d'individus.

 

 

 

Essais de réforme de l'islam

 

  Depuis les premiers temps de l'islam, nombre de réformateurs sont apparus |0-8|. Qu'ils aient tenté de durcir ses prescriptions, de les adoucir, de les étendre, de les restreindre, de mieux expliquer le texte coranique, de préciser le nombre de hadiths utilisables, de modifier le mode de gouvernance de la communauté musulmane, leur action s'est étendue à tous les aspects de la vie islamique. Mais ceux dont le monde moderne a besoin sont ceux qui parviendront à déchirer le vêtement trop étroit qui emprisonne les mouvements, qui comprime les aspirations, de cette grande communauté humaine. Assez peu nombreux sont ceux qui sont allés jusque-là. On peut citer les noms de l'empereur Akbar, de Riza Ahmed, de Parwez Ghulam Ahmad, Al-Saadawi Nawal, Abdenazik Ali, Abdu Zayd Nasr Hamid, Oglu Akhindov, Allal el-Fassi Mohamed, Amin Qasim, Midhat Pacha,  Atatürk, Adivan Halidé Edip, Kemal Namik, Ahmet Agaoglu, Mahmud Zaki Najib, Taha Mahmud Muhammad, Faragh Foda, ... Bien d'autres encore...

Fondamentalement, si leur action a facilité l'irruption de la modernité en terre d'islam, il n'a pas eu d'effet décisif sur la définition même de cette religion. Si leurs idées se sont répandues au sein de leurs sociétés d'origine, elles n'ont pas entamé ce bloc central de l'islam qui garantit sa stabilité et son immuabilité.

 

  Un certain nombre de penseurs, en Occident, tel Abdennour Bidar, l'Imam de Drancy, Chalghoumi, Mohammed Arkoun, s'efforcent de pousser plus loin cette oeuvre de réforme. Mais agir en Occident, c'est être loin de la masse des musulmans. Et c'est courir le risque d'intéresser d'avantage des Européens déchristianisés, en quête de nouvelle expérience spirituelle, que les fidèles de la religion de Mahomet.

 

 

 

Le monde de l'islam au XVIIIe siècle

 

  Si le monde musulman a connu un certain âge d'or, entre le VIIIe et le XIIe siècle de l'ère chrétienne, celui-ci est désormais loin derrière nous. Quel regard portait-on sur cette partie du monde, au XVIIIe siècle, dans cette Europe qui s'ouvrait vigoureusement aux « Lumières » ? Voici ce que disait de l'empire ottoman, et de sa tête, la Sublime Porte, un individu particulièrement bien informé, le roi de Prusse Frédéric II, vers 1740, alors qu'il cherchait, en homme dégagé des traditions religieuses, une alliance de revers contre la Maison d'Autriche. Cour de Vienne avec laquelle il était engagé dans une lutte acharnée pour la possession de la province de Silésie : « La nation turque a naturellement de l'esprit : elle est brave sans art ; elle ne connaît rien à la police ; sa politique est encore plus pitoyable. Le dogme de la fatalité, qui chez elle a beaucoup de créance, fait qu'ils rejettent la cause de tous leurs malheurs sur Dieu, et qu'ils ne se corrigent jamais de leurs fautes. |0-9| » et « Nous verrons dans la suite de cet ouvrage les différentes formes que prit cette négociation, et nous aurons lieu de remarquer souvent combien peu les nations orientales sont propres a suivre les principes d'une bonne et saine politique. Ce défaut vient surtout de leur grande ignorance sur les intérêts des princes de l'Europe, de la vénalité de ces peuples, et du vice du gouvernement, qu'assujettit tout ce qui est relatif à la paix et à la guerre aux décisions du mufti, sans la fetfa duquel il serait impossible de mettre en mouvement les troupes ottomanes. |0-10| »

 

  Les effets économiques de ce mauvais gouvernement, par contraste avec l'Europe, apparaissent aux voyageurs qui traversent alors les pays ottomans, la Perse ou le Maghreb.

 

  L'introduction progressive des méthodes modernes d'évaluation permettent, pour 1900 encore, peu avant la fin définitive du régime ottoman en Syrie, de saisir cet état de vétusté : haut taux d'analphabétisme, quasi-absence de route et de transport roulé, misère rurale, faible sécurité juridique pour le fellah, vulnérabilité aux aléas climatiques, grande faiblesse de l'industrie, activité quasi-parasitaire des villes. L'empire ottoman avait conservé, presque sans changement, la Syrie dans son état médiévale |0-11|. Et le gouvernement d'Istanbul, l'ancienne Constantinople, depuis 60 ans, s'efforçait de se réformer... |0-12| La même situation, à la même époque, règne dans l'Iran des Qadjars: part massive de l'agriculture dans le PNB national (80-90%), caractère primitif des moyens agricoles, espérance de vie moyenne de moins de 30 ans, 95% d'analphabétisme, absence d'industrie moderne, 8 miles de chemin de fer pour tout le pays... |0-13|

La ressemblance avec les évaluations faites pour le Maghreb avant 1830 est étonnante : les moissons y sont faites à la faucille, les grains sont broyés à la meule à main, le transport terrestre s'y fait massivement encore par portage, le commerce maritime est limité, les attaques épidémiques y ont la virulence de celles du Moyen Âge, la sécurité générale est médiocre |0-14|.

 

  De cette situation de faiblesse, le monde musulman se satisfaisait. Tant que l'anarchie tribale était contenue et que l'organisation sociale traditionnelle maintenait les privilèges des groupes dominants, l'urgence de réformes internes n'apparaissait pas. C'est la menace extérieure qui allait changer la donne.

 

 

 

La menace militaire extérieure

 

  À  partir de 1683, la puissance militaire du monde musulman, sa capacité à nourrir un appareil de guerre coûteux, et la domination qu'il exerçait sur ses territoires périphériques, est mis en péril. Tout débute par l'échec de la seconde offensive ottomane sur Vienne, en 1683. L'empire ottoman lançait là une offensive d'envergure, à 1200 kilomètres de sa propre capitale et base d'appui, Constantinople. La contre-offensive impériale repoussa les Turcs hors de Hongrie (prise de Buda en 1686, défaites turques à Mohacs en 1687 et à Slankamen en 1691, traité de Karlowitz en 1699).  

 

  Confrontée à la puissance militaire des Habsbourg dans la plaine hongroise, la Sublime Porte allait devoir faire face à un autre adversaire, dominant, comme la Maison d'Autriche, les méthodes modernes de combat : l'empire des Romanov. De 1700 à 1735, la Russie va s'emparer du glacis dépeuplé qui sépare les territoires moscovites de ceux appartenant à l'empire ottoman et leurs alliés, les Tatars de Crimée.

Parallèlement, Moscou commençait à exercer une pression sur l'Asie centrale musulmane. En 1742, les Kazakhs acceptent la suzeraineté du Tsar.

 

  Dès ce moment, les armées russes vont mordre sans relâche dans la chair de l'empire turc. Les étapes de cette poussée se succéderont, sans discontinuer, dans les Balkans et le Caucase, pendant tout le XVIIIe siècle et le début du XIXe. Dès 1772, une armée russe pénètre jusqu'en Bulgarie, se rapprochant dangereusement de Constantinople, capitale de l'empire ottoman. Après être entré une première fois en Crimée en 1736, la Russie (traité de Küçüc Kaynarca) y établit son protectorat en 1774. Elle obtient aussi Azov, porte d'entrée maritime sur la Mer Noire. En 1775, la Porte cède la Bucovine à l'Autriche.

 

 À  l'autre bout du monde musulman, ce sont les Britanniques, animant la Compagnie des Indes orientales, qui commencent à pénétrer les territoires de l'empire moghol. D'abord collecteurs d'impôts pour le compte du Grand Moghol, ils finissent par contrôler militairement la riche province du Bengale (bataille de Plassey, 1757). Profitant de la désorganisation croissante d'un empire moghol incapable de se réformer et de faire face à la puissance des Mahrattes hindous, en révolte contre son autorité, la Compagnie va progressivement prendre le contrôle de la riche vallée du Gange, cœur humain et économique de l'empire. En 1737, Delhi capitale moghole, est mise à sac par les Mahrattes. En 1739, c'est au tour du souverain perse Nâdir Schâh de mener un raid sur la ville. En 1752, les Mahrattes, de rebelles montagnards et pillards qu'ils étaient, deviennent les protecteurs officiels de l'empire moghol. Cela n'empêche pas le chef Afghan Ahmad Shâh Durrani de faire piller Delhi en 1757 déjà. En 1758, les Mahrattes sont de retour, vaincus pourtant rapidement par les Afghans. L'empire moghol, hier l'un des plus puissants du monde, est une carcasse mourante que se disputent ses ennemis. En 1771, les Mahrattes installent sur le trône le Grand Moghol Shah Alam II. En 1803, la Compagnie britannique des Indes orientales défait les Mahrattes et prend le souverain moghol sous sa protection.

 

L'islam impérial est en recul partout.      

 

  En 1798, les régiments du général français Bonaparte, bras armé d'un mouvement politique révolutionnaire et anti-religieux, débarquent en Égypte et s'emparent aisément du pays. En 1799, ils s'emparent de la Palestine. Les Français ne s'embarqueront pour l'Europe qu'en 1801.

 

  Dans les Balkans, en 1804, la Serbie, dominée et exploité par la Porte depuis le XIVe siècle, entre en rébellion. En 1807, une flotte britannique, alliée à la Russie, force le passage des Dardanelles et attaque Constantinople elle-même. En juillet 1807, au moment des pourparlers de la Paix de Tilsit, l'empereur des Français et le Tsar envisagent rien moins que le partage de l'empire ottoman.

Le traité de Bucarest, en 1812, donne à la Russie la Bessarabie, et promet l'armistice aux Serbes s'ils acceptent le retour de la domination ottomane.

 

  En Méditerranée, la fin des guerres napoléoniennes sonne comme un glas pour la course barbaresque. Depuis le IXe siècle, la piraterie musulmane y exerce ses ravages. Basée le long des côtes de Syrie et d'Afrique du Nord, elle saigne les populations et ruine le commerce maritime. En 1817, une flotte anglo-hollandaise bombarde Alger et contraint le Dey, dignitaire ottoman, à cesser toute activité de piraterie.

 

  Dans le Caucase, la Russie repousse l'empire perse : par le traité de Golestan, en 1813, elle obtient les villes de Lankaran, Bakou et Ganja en Azerbaïjan, ainsi que le Karabagh. Par celui de Turkmentchaï, en 1828, la Perse musulmane cède à la Russie Erevan et le Nakhichevan.

 

 Dans les Balkans, en 1821, éclatent les révoltes roumaines et grecques contre la Porte. Écrasés par les Ottomans depuis le XVe siècle, les Grecs obtiennent le soutien de l'Europe. En 1827, une flotte combinée anglo-franco-russe écrase la flotte ottomane à Navarin. En 1828, une armée russe libère définitivement la Roumanie de la suzeraineté turque et franchit le Danube. En 1829, dans le Nord-Caucase, puis en Anatolie, les villes d'Erevan, Kars et Erzeroum tombent aux mains des Russes. Le 12 juillet, Bourgas, en Bulgarie ottomane, est prise par le général russe Dibitch. Le 28 août 1829, il est à 68 kilomètres de Constantinople... Dans la capitale ottomane, c'est la panique.

 

 Le traité d'Andrinople, en septembre 1829 accorde la Géorgie, l'Arménie et le delta du Danube à la Russie. La Serbie accède à l'autonomie au sein de l'empire ottoman, la Roumanie passe sous protectorat russe. Par le Protocole de Londres (1829), la Sublime Porte est contrainte d'accorder l'autonomie politique à la Grèce.

 

En 1830, la France occupe Alger.

 

 

 

De la peur naît le sursaut

 

  A Istanbul, la commotion est complète. La réalité du danger a pénétré jusqu'aux tréfonds du harem de Topkapi. La nécessité de réformer un système politique, administratif, militaire, judiciaire, totalement sclérosé et inefficace, est devenu, pour certains, une évidence.

 

En 1839, l'ère des Tanzimat (« réformes ») commence pour l'empire ottoman. Voici la liste de ces réformes :

 

1840 : Le Sultan promulgue une nouvelle série de lois pénales.

1845 : L'empire ottoman met en vigueur son premier code administratif, lequel remplace une foule de directives provinciales ou liées à la confession.

1850 : Premier Code du commerce ottoman.

1854 : Instauration d'une Assemblée des réformes. 

1855 : Le kharâj, taxe frappant spécifiquement les infidèles, et datant des premiers temps de l'islam, est abolie. Par compensation, les non-musulmans sont soumis à la conscription. 

1856 : Proclamation d' un rescrit affirmant l'égalité entre tous les sujets de l'empereur. Fondation de la Banque ottomane. 

1858 : Promulgation du Code de la propriété foncière.

1860 : Promulgation d'un Code pénal ottoman.

1862 : Réorganisation du patriarcat. 

1863 : Promulgation du Code de commerce maritime.

1864 : Création des vilayet, inspirés des départements français. 

1867 : Le gouvernement ottoman accorde aux étrangers le droit de posséder des biens immobiliers.  

1868 : Le lycée de Galatasaray est ouvert. Création d'un Conseil d’État.

1869 : Promulgation de la nationalité ottomane. La vieille conception d'un empire composé d'esclaves, de non-musulmans regroupés en Millet, et de sujets musulmans, disparaît.

1876 : Entrée en vigueur de la première Constitution ottomane, limitant les pouvoirs autocratiques du Sultan. Elle fut rapidement suspendue. Elle ne sera remise en application qu'en 1908.

1869 : Promulgation du Code civil ottoman,.

1879 : Promulgation du Code de procédure pénal ottoman.

 

L'influence du monde moderne, l'acquis de siècles d'expérience, pénètre en force dans la vie de l'empire |0-15|.

 

 

 

La modernisation de l'espace musulman: volontaire ou imposée

 

 Les États islamiques traditionnelles (empire moghol, États barbaresques, royaume du Maroc, formations politiques sahéliennes, émirats d'Asie centrale...) ou se sont effondrés, ou ont été mis sous tutelle dans le cours du XIXe siècle et au début du XXe.

 

  L'empire ottoman, par la longue séquence du Tanzimat, puis la volonté des Jeunes Turcs, a tenté des réformes intérieures. L’Égypte, sous Méhémet Ali et ses successeurs, a procédé de même. L'empire perse des Qadjars, dans une certaine mesure, aussi. La modernité est donc entré en islam à cette époque, par l'action de quelques réformateurs locaux. Dans les territoires tombés sous la férule de l'empire russe, de celui de Grande-Bretagne, du royaume d'Espagne, de la République française, par celle de l'autorité coloniale. Dans la Syrie, ou l'Irak, sous mandat, en Égypte, en Afrique du Nord française, dans l'Afrique noire britannique ou française, dans l'ancien territoire des khanats de Khiva, Boukhara, Samarkand, devenus russes, la nouvelle autorité va briser les anciens cadres et imposer une modernisation technique, industrielle, organisationnelle, juridique. Voies de chemin de fer à la place de caravanes, routes carrossables à la place de pistes, surveillance militaire à la place de l'anarchie tribale, ports modernes, mines, villes retracées à l'occidentale, ouvertures de collèges dispensant un enseignement adapté au monde moderne, mise en place d'infrastructures sanitaires efficaces, ...

 

 Ce travail a été terminé par les régimes modernisateurs qui ont conquis le pouvoir au XXe siècle (kémalisme turc, baathisme syrien et irakien, nassérisme égyptien, bourguibisme tunisien,  maoïsme au Turkestan oriental, bolchevisme en Asie Centrale, FLN en Algérie, ...). Cet effort organisationnel, technique, culturel et juridique a permis aux "musulmans" contemporains d'être relativement à l'aise dans notre siècle.

Ces avancées garantissaient la place des États musulmans au sein de la communauté internationale. Le spectre de la soumission à des formes étatiques plus évoluées et agressives avait disparu.

 

Aujourd'hui, en ce début de XXIe siècle, le résultat de ces 150 ans d'efforts est mis en danger par l'action de groupes salafistes armés.

 

 

 

Contre la modernité : les nouveaux salafistes armés

 

  L'ampleur de la contre-poussée intégriste est bien représentée par le nombre et la ventilation géographique de ces groupes armés : Al-Mourabitoun (Sahara), Ansar al-Charia (Tunisie), Ansare Dine (Sahel), Al-Qaïda au Maghreb islamique (Algérie), Boko Haram (Nigeria), Chebabs (Somalie), Abou Sayyaf (Philippines), Al-Qaïda (monde), Émirat du Caucase (Caucase), Jemaah Islamiyah (Malaisie, Indonésie), Lashkar-e-Toiba (Pakistan), Mouvement islamique d'Ouzbékistan (Ouzbékistan), Mouvement islamique du Turkestan Oriental (Chine), Talibans (Afghanistan et Pakistan), Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Arabie), Ansar Beït al-Maqdess (Égypte), Daech (Syrie et Irak), Front al-Nosra (Syrie) |0-16|.

 

  Leurs méthodes sont variées, et concernent tout le spectre des relations civilisées : attaques contre les établissements dispensant un enseignement moderne (par Boko Haram au Nigeria, ou les Taliban pakistanais) |0-17|, des massacres perpétrés dans des universités (Kenya et Pakistan) |0-18|, des manoeuvres visant à empêcher la scolarisation des filles (écoles incendiées en Afghanistan) |0-19|, une lutte contre les campagnes de vaccination (Pakistan) |0-20|, des attaques contre le tourisme international (Tunisie, Égypte ) |0-21|, des attentats contre des ambassades (Kenya) |0-22|, des destructions de sites et de monuments historiques (Syrie, Irak, Afghanistan, Mali) |0-23|, des agressions contre des femmes non-voilées |0-24|, une claire volonté d'isoler les communautés musulmanes (voile, piscine réservées, écoles spécifiques, …) |0-25|, la création de situations chaotiques (Somalie, Nigeria), des attentats de masse urbains (Paris, Bombay, Nairobi) |0-26|, des assassinats d'intellectuels (Bangladesh, Pays Bas, France, Turquie, Algérie, Tunisie...) |0-27|,   des luttes armées ouvertes contre des États laïcisants, ou simplement modérés (Irak, Syrie, Algérie, Tunisie, Indonésie, Mali), des luttes armées engagées contre des État non-musulmans (Russie, Philippines, Chine),  ...etc 

 

 

 

La violence : arme décisive des salafistes

 

 Comment expliquer la violence terroriste des salafistes ? Les explications occidentales  les plus courantes font appel à l'expérience et au vécu des peuples européens. On explique ces spasmes de violence par des difficultés d'insertion sociale, des troubles personnels, psychiatriques, un état de vulnérabilité économique, des perturbations familiales, ...etc  Ces raisons, très marquées par l’européocentrisme, si elles expliques une partie du phénomène, échouent à en donner une explication complète et satisfaisante. Je suis de ceux qui pensent qu'un phénomène religieux s'explique d'abord par lui-même. Qu'il est sa cause première. Toutes sortes de faits peuvent influer sur la cause première, mais la cause première demeure essentielle, fondamentale, incontournable, première : l’idéologie est l'élément dominant, et, à l'intérieur de celle-ci, le droit religieux de recourir à la violence.

 

 Ceci explique le lien fait dans cet ouvrage entre les pratiques violentes de l'État islamique (Daesh) et la triade constituée du Coran, des hadiths et de la Sira (biographie du Prophète). 

Daesh se réclame de l'islam. Les musulmans croient en Mahomet. Mahomet a commis des actes de violence et les a donnés en exemple.

 

  La violence, arme décisive des salafistes armés, depuis toujours. C'est le sujet de ce livre. En islam, selon l'exemple même du Prophète, l'épée permet de déterminer qui est dans le droit chemin de celui qui ne l'est pas. Cet ouvrage n'a pas pour but de donner une description des opérations militaires menées ou ordonnées par Mahomet, mais d'aborder la question de l'usage de la violence, forcément exemplaire, dans l'islam des origines. Ces exemples déterminent le sens et les moyens de l'action des musulmans zélés.  

Les conflits idéologiques, en islam, se tranchent par l'épée. Malheur au vaincu.

 

  Personne n'apprécie les mauvaises nouvelles. Apprendre que les fondements de l'islam contiennent autant d'exemples de violence, et que ces exemples viennent de si haut, est un événement pénible. Mais les citoyens occidentaux doit se rendre compte que vouloir ignorer ces faits par recherche de confort moral ne leur amènera rien de bon : les groupes salafistes armés qui mènent leur lutte contre nous connaissent parfaitement ces références. Et ils s'en servent pour recruter de nouveaux adeptes, pour les désinhiber et les pousser à passer à l'acte.