Turenne et la réunion des chrétiens - article ; n°169 ; vol.62, pg 309-328
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Revue d'histoire de l'Église de France - Année 1976 - Volume 62 - Numéro 169 - Pages 309-328
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1976
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Langue Français
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Yves Congar
Turenne et la réunion des chrétiens
In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 62. N°169, 1976. pp. 309-328.
Citer ce document / Cite this document :
Congar Yves. Turenne et la réunion des chrétiens. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 62. N°169, 1976. pp. 309-
328.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1976_num_62_169_1581.
ET LA RÉUNION DES CHRÉTIENS TURENNE
L — Projets et entreprises de réunion.
« Chaque jour voyait, à cette époque, éclore des projets de réunion » 2.
Il y en avait eu déjà sous François II, sous Charles IX (Poissy, 1561),
sous Henri IV. Ceux que nous allons rencontrer prennent plus ou moins
la suite de celui de Richelieu, secondé par le P. Joseph et le P. Dulau-
rens, anciennement ministre à Nîmes et devenu oratorien*. Il fallait
multiplier les conférences avec les ministres les plus enclins à l'irénisme
en réduisant les sujets de discussion à des termes simples et précis.
Après une préparation convenable, une assemblée serait convoquée,
qui conclurait dans le sens de la conciliation. La perspective de faveurs
et de pensions aiderait à décider les mieux disposés. Dumoulin fit
échouer ce plan à Sedan *. Théophile Brachet de La Milletière, que
Dumoulin avait pris comme second pour une conférence avec de Raconis,
évêque de Lavaur, ayant fait procession de foi catholique en 1626,
proposait son t Moyen de la paix chrétienne » à Richelieu (1634) et
multipliait les ouvrages visant à « l'extinction du schisme » (titre de
1. Ouvrages cités sous le simple nom de leur auteur :
S. d'Huart, Lettres de Turenne extraites des Archives Rohan-Bouillon. Paris,
S.E.V.P.E.N., 1971.
J. Pannier, Turenne d'après sa correspondance. Évolution de ses idée» religieuses.
Paris, 1907 (extrait de la Revue Chrétienne).
C.-G. Picavet, Les dernières années de Turenne (1660-1675), Paris, 1914.
Général Wevgand, Turenne. (Coll. « Les grands cœurs »), Paris, 1929 ; rééd. 1940.
Élie Benoît, Histoire de l'Édit de Nantes. 5 vol. in-4°, Delft, 1693 et 1695.
A. Rébelliau, Bossiiet, historien du protestantisme... Paris, 1891.
Eug. et Ém. Haag, La France protestante. 10 vol. Reprint Genève, 1966.
M. Tabaraud, Histoire critique des projets formés depuis trois cents ans pour la
réunion des Communions chrétiennes. Paris, 1808 ; nous citons la 2e édit., 1824.
O. Douen, La révocation de l'Édit de Nantes à Paris d'après des documents inédits.
3 vol. Paris, 1894.
B.S.H.P.F. = Bulletin de la Société d'Histoire du Protestantisme Français.
2. Tabaraud, p. 216.
3. Sur les activités de controverse et le projet de Richelieu, cf. Tabaraud,
p. 197 sv. — De Richelieu lui-même, Traité qui contient la méthode la plus facile
et la plus assurée pour convertir ceux qui se sont séparés de V Église. Paris, 1646 (date
du Privilège), et 1651. De son conseiller en cette affaire, Dulaurens, Le Triomphe
de l'Église romaine contre ceux de la R.P.R., par six démonstrations qui font voir
clairement comment U est impossible de se sauver dans leur communion (1667 : Taba
raud, p. 204-205).
4. Tabaraud, p. 200 ; Prégnon, Histoire du pays et de la ville de Sedan... 1856,
t. III, p. 304 ; L. Rimbault, Pierre du Moulin (1568-1658). Un pasteur classique
de l'âge classique... Paris, 1966.
20 310 YVES CONGAR
1650) 6. L'évêque de Belley, Camus, publiait en 1640 son Avoisinement
des protestants vers V Église romaine.
C'est dans ce climat général que se situent les efforts de Fabert
pour réunir les protestants du Sedanais : un effort qui était près d'about
ir quand Fabert mourut, le 17 mai 1662 8. Nous n'avons pas de lettre
de Turenne datant de cette époque. Il a certainement séjourné à Sedan,
il a dû y rencontrer Fabert et l'un ou l'autre des ministres favorables
à un rapprochement, Le Vasseur, né et mort à Sedan (1620-1672),
certainement Louis Le Blanc de Beaulieu, la même année que
Turenne (27 février 1675), que nous retrouverons plus loin. Le Blanc
de Beaulieu pensait que beaucoup d'oppositions pouvaient céder à des
explications dépassionnées, faites sur la base des doctrines officielle»
ment professées. Il a, dit Saurin que citent les frères Haag, « extrêmerétréci les espaces qui nous séparent de l'Église romaine » 7.
E. Griselle a montré que, contrairement à ce que pensait Rébel-
liau (p. 13), il n'y a pas eu de ralentissement dans les conférences de
controverse entre 1620 et 1660 8. Il existait sur Paris une « Liste des
Prédicateurs » annonçant les prédications d'Avent et de Carême.
Très souvent, on y prêchait les controverses : un genre littéraire bien
défini. Souvent les ministres protestants étaient invités à y discuter.
Voici quelques échantillons de ces annonces :
1651. A la chapelle de Bourbon... Et les dimanches l'on continuera les
Controverses pour faire voir à nos Frères errans la vérité Catholique.
Carême 1651. Au Collège de Bourgogne... Monsieur Roland, cy devant
Ministre de la R.P.R. et à présent Prestre et Prédicateur de la Foy ancienne,
Catholique et Apostolique, preschera en Anglais les Dimanches et Festes,
à deux heures. Où il fera voir les mauvais artifices des Ministres, par lesquels
ils entretiennent nos Frères errans dans la haine de l'Église Catholique et
du vray chemin de salut.
1666. Monsieur Charles, à Sainte Opportune donnera une exacte et solide
réfutation de l'Abrégé des Controverses du sieur Ministre Drelincourt •.
5. Tabaraud, p. 375-377 ; B.S.H.P.F., 1904, p. 367.
6. Cf. J. Bourelly, Le Maréchal de Fabert (1599-1662). Étude historique d'après
ses lettres et des pièces inédites tirées de la Bibliothèque et des Archives nationales,
des Archives des Affaires étrangères, du Dépôt de la Guerre, etc. Paris, 2 vol., 1880
et 1881 : t. II, p. 262 sv., 329-417. Nous écririons autrement aujourd'hui telle page
de notre article t Le maréchal Fabert (1599-1662) et le retour des calvinistes à
l'Unité », in L'Unité de l'Église, mai-juin 1934, p. 257-265. Sur Fabert et Le Blanc
de Beaulieu, cf. aussi E. Benoît, III/l, p. 522 sv., dont la façon de parler manifeste
un esprit partisan. Estime de Turenne pour Fabert : cf. la lettre du P. Adam citée
dans Bourelly, II, p. 266.
7. Cf. Haag, VI, 452-454.
8. E. Griselle, Le ton de la prédication avant Bourdaloue. Paris, 1906. Griselle,
qui note que l'histoire de la Controverse est encore à faire, y apporte une remar
quable contribution, surtout en donnant, p. 199-287, la documentation de la Liste
des prédicateurs touchant la controverse. Les citations suivantes sont empruntées
aux pages 207 (et 108, n. 1), 107, n. 1, 216. Pour le côté réformé, cf. Douen, t. I,
p. 374-457.
9. Drelincourt était né à Sedan le 10 juillet 1595 et y avait fait ses études de
théologie ; il est mort à Paris le 3 novembre 1669. Turenne a choisi son troisième
fils, Charles, comme médecin particulier. . TURENNE ET LA RÉUNION DES CHRÉTIENS 311
1667. Le Père Seignes, jésuite, et M. de Saint-Michel, prestre fera voir
que tous ceux de la R.P.R. mourant hors de la Communion de l'Église
Romaine seront tous éternellement damnez."
Nous avons choisi ces annonces, parmi tant d'autres, parce qu'elles
sont des témoignages d'un vocabulaire qui nous intéresse. En effet* .
ayant lu dans Prégnon et dans Bouteiller 10, ce texte d'une lettre de ■
Fabert au Père Adam, « Je prie le Seigneur que le châtiment tombe sur
ma personne, plutôt que sur ces frères séparés, dont je demande le
salut avec ardeur », je crus tenir un des premiers usages, peut-être le
premier usage de cette expression qui a été, jusqu'à ces derniers temps, ..
celle d'une conscience irénique et même déjà œcuménique. Le Père
Norbert avait la même expression, transcrivant une lettre de Fabert
au Père Adam, du 12 juin 1660, qu'il tirait de la Vie de Fabert publiée
auparavant par le Père Barre (2 vol., 1752) u. Déconvenue ! Le P. Barre,
qui avait l'original sous les yeux, cite ainsi la lettre, qui est du 18 juil
let 1660 (t. II, p. 187) : « Les religionnaires... m'ont dit des choses qui
m'ont touché et qui me font de plus en plus cognoistre que si vous ne
faites pas avec eux ce que vous souhaitez pour leur réunion à l'Église,
c'est que Dieu a voulu punir mes péchés, en n'accordant pas à votre
zèle le succès qu'il me propose. Je prie néanmoins le Seigneur que son
châtiment tombe en ce monde sur ma personne, plutôt que sur des
gens dont je lui demande le salut avec ardeur ». Ce n'est pas que Fabert
ne connût pas l'appellation de « frères ». Il en fait usage dans son dis
cours d'adieu quelques instants avant sa mort : S'adressant aux Ministres
et notables protestants venus à son chevet, il leur dit : « Aussy me devez
vous cette justice d'avouer que j'ay vescu avec vous comme avec
mes frères. » 12.
Il n'y a là rien d'étonnant. Ce vocable de « frères » avait été utilisé
par Du Plessis-Mornay au sujet des catholiques 1S. Mascaron l'emploie
dans son oraison funèbre de Turenne 14. Il est vrai qu'il s'agit de membres
10. Le Maréchal Fabert.- Paris, 1887, p. 330.
11. Histoire chronologique de la ville et des Principautés de Sedan, Raucourt et
Saint-Mengea, 1778. Voici son texte : « Le maréchal écrit au P. Adam, mande à
ce religieux que, si sa présence n'avait pas, malgré tout, tout le succès qu'il en espère,
il n'attribuera qu'à ses propres péchés la mauvaise réussite de ses projets pour
l'entière conversion de ses frères séparés en ajoutant qu'il prie le Seigneur de faire
tomber son châtiment sur sa propre personne, plutôt que de laisser plus longtemps
ses dits frères séparés vivre dans l'erreur et la séparation de l'Église. »
12. Ainsi dans le meilleur des trois récits que nous avons : Relation des derniers
moments de Mgr Fabert. Bibl. Nat. Fonds Français 6557, fol. 182.
13. Ainsi dans l'Exhortation à la paix, aux Catholiques Français. Poitiers, 1574,
que R. Patry lui attribue (Philippe du Plessis-Mornay. Un huguenot homme d'État
(1549-1623)). Paris, 1933, p. 273) : « Si nos frères (car tels, les debvons nous appeler,
quelque différent qu'il y ait) sont malades, il les faut guérir et non pas les tuer... »,
p. 274 : « Cependant nous nous entrebrasserons tous comme frères... » ; comp.
p. 359.
14. IIIe partie : « II (Turenne après sa conversion) souhaitait avec tant de passion
de ne voir qu'un pasteur et qu'un bercail dans l'Église, qu'avec plaisir i ût
fait anathème pour réunir les frères qu'il avait eus dans l'erreur et ceux que la vérité
luy avait donnés. > 312 YVES CONGAR
d'une communauté à laquelle Turenne avait appartenu. Même remarque
pour des textes de Pellisson 16. Depuis Optât de Milev et saint Augustin
parlant des donatistes, le titre de frères se donne à ceux qui, par la
foi en Jésus-Christ et le baptême, sont devenus d'une façon particul
ière et formelle enfants du même Père. Quand l'expression « frères
séparés » a-t-elle été introduite ? Le P. Norbert le faisait spontané
ment en 1778 ; à cette époque, cela était acquis 16. Mais qui fut l'in
itiateur ? Saint Pierre Canisius ? 17 Saint François de Sales, au dire de
Camus ? M Richelieu ? w C'est un point qui reste à préciser. En tout
cas l'expression classique à l'époque où nous sommes, 1660-1675,
était celle de « frères errans » 20.
Avec cela, évidemment, on trouve la terminologie du retour, mais
aussi de la « réunion » a. On dit parfois « réduire », mais dans le sens du
latin reducere, ramener. Fabert avait parlé des « religionnaires ». L'expres
sion « ceux de la Religion », que Turenne emploie couramment, était
absolument classique, y compris sous les plumes protestantes. On
la trouvait sans cesse chez du Plessis-Mornay qui a même rédigé en
1617 un Mémoire concernant ceux de la Religion, et aussi chez Henri IV.
Il semble que ce soit une abréviation discrète de la formule, officielle
15. Bos8Uet, Sermon pour la vêture d'une Nouvelle Catholique, 2 fév. 1654, ..
c Si, parlant aujourd'hui de nos frères qui, à notre grande douleur, se sont séparés
de nous... ». Le Père Judde (Œuvres spirituelles, V, p. 398-399 ; cité par H. Bre-
mond, Histoire littéraire du sentiment religieux, t. IX, p. 198) disait : < M. Pellisson
était né calviniste. Depuis sa conversion il eut un grand, zèle pour ramener ses frères
égarés ». Pellisson lui-même (Réflexions sur les différends de la Religion. Paris,
1686, p. 98 sv. ; cité dans Bremond, op. cit., t. X, p. 299) formule cette prière pour
le retour des protestants : «... Que le cœur de nos Frères brûle en eux quand vous
leur expliquerez les Écritures... »
16. Citons par exemple Van de Brande, Relation d'un voyage en Languedoc,
Provence et Comtat d'Avignon, fait en l'année 1774, p. 14-15 : « On fait monter jus
qu'à quarante mille les habitants de Nîmes. La plupart sont Protestants. J'assistai
un jour de Dimanche à une de leurs assemblées, qui se tint à deux heures du matin
à un quart de lieue de la ville dans une gorge entre deux montagnes... Je fus édifié
du recueillement de nos frères séparés... »
17. Suggéré par Daniel-Rops, Ces chrétiens nos frères, Paris, 1965, p. 611.
18. Cf. E. M. Lajeunie, Saint-François de Sales (« Maîtres spirituels »), Paris,
1963, p. 43.
19. Suggestion de Pierre Lafue, Le prêtre ancien et les commencements du nou
veau prêtre de la Contre-Réforme à V Aggiornamento, Paris, 1967, p. 78 n. 1. Person
nellement, nous n'avons trouvé, chez Richelieu, que c les prétendus réformés »
et « nos adversaires ».
20. Avec des nuances diverses. Ainsi Véron, Méthode nouvelle, facile et solide
de convaincre..., Paris, 1623. Approbation des évêques ; Avant-propos, t. II, p. 806,
810; £. Griselle, op. cit., p. 143 n. 1 (Bourdaloue), 207 ; Bossuet, Seconde Ins
truction pastorale sur Us Promesses de l'Église, § XLVII. — On trouve aussi « enfants
égarés » (Assemblée du Clergé : Daniel-Rops, op. cit., p. 623), c brebis égarées »
(Bourdaloue : Griselle, p. 143 n. 1) ; « Je veux contribuer de mon côté au grand
ouvrage de la conversion de nos frères égarés » (Mme de Maintenon, lettre du 14 juin
1684).
21. « Rentrer dans la communion de Eglise catholique » (Amiable Bourzeis, .,
1646), c réduire [ramener] à la communion de l'Église catholique » (Théophile -
Brachet, 1646) ; < revenir à l'union de l'Église » (Héliodore de Paris, Capucin,
1686) ; L. Maimbourg, Traité de la vraie Eglise de Jésus-Christ pour ramener les
enfans égarés à leur mère, Paris, 1671. TURENNE ET LA RÉUNION DES CHRÉTIENS 313
en droit depuis 1564, « Religion Prétendue Réformée » ? M. Les protes
tants, on le comprend, n'aimaient pas cette formule. Le frère de Turenne,
Frédéric-Maurice, devenu catholique, dans un édit de 1638 assurant
aux protestants toutes les libertés, désignait la religion des réformés
« contraire à la catholique » M. Les protestants eux-mêmes disaient
parfois « la Religion de l'Édit », ou simplement et le plus généralement
« la Religion » M.
Après ces remarques de vocabulaire, revenons au contexte des années
1650-1670. C'est celui à la fois d'une controverse plus ou moins irénique,
plus ou moins agressive, et celui de mesures tracassières mêlées d'ouver
tures vers les faveurs, par lesquelles le pouvoir royal tentait d'affai
blir le protestantisme. %
La « controverse » avait été, elle était encore caractérisée par ces
traits : 1) On était encore sous le règne des « autorités », des textes.
On argumentait texte contre texte. On s'accusait réciproquement de
malhonnêteté dans les citations, les autorités invoquées, l'exposé
de la pensée d'autrui. La vie et l'œuvre d'un du Plessis-Mornay, de
Dumoulin, avaient été remplies de telles querelles. 2) On vivait encore
dans le même climat intellectuel. Les dissertations protestantes, en
latin ou en français, ressemblent comme des sœurs aux dissertations
catholiques. Malgré les avertissements et la résistance des Synodes,
l'argument patristique ou de tradition ancienne avait encore du poids
dans les esprits protestants 25. 3) On atomisait le débat. On dressait des
listes d'erreurs qui, d'année en année, s'allongeaient. Dans la première
partie de ses Dialogues (1585), le franciscain Feuardent recensait 74
erreurs chez les Réformés ; il en examine et critique 465 dans la seconde
(1598) ; il en dénonce 1 400 dans sa Theomachia calvinistica de 1604 ae.
4) On avait une confiance intrépide dans le raisonnement pour amener
quelqu'un à une décision engageant toute sa vie. La vérité d'une réa
lité aussi complexe et vitale que la religion se démontrait. Non seul
ement nombre de conversions individuelles ont été conclues ainsi,
mais des passages collectifs à la Réforme ou des décisions favorables
à l'Église catholique. Des colloques tenus devant les princes ou les
autorités civiles ont été de ce type.
La situation avait évolué. La controverse elle-même avait contri
bué à éliminer un certain nombre de fausses querelles. Si les protes-
22. Sur l'origine de cette formule (Édit du 4 août 1564) cf. E. Maugis, < Sur un
procès en falsification d'un registre du Parlement et sur l'origine de la formule
Religion prétendue réformée », in Nouv. Rev. histor. de Droit français et étranger, 3e sér.
43 (1919) 428-434.
23. Dans E. Benoît, II, Delft, 1693, p. 582 sv.
24. E. Benoît, II, p. 590 et passim. On trouve « la religion » même dans les caté
chismes protestants : J. Pannier, op. cit., infra (n. 28), p. 465-466.
25. Cf. P. Polman, L'Élément historique dans la Controverse religieuse du
XVI* siècle, Gembloux, 1932, p. 270-277.
26. Rjébelliau, p. 5 ; Polman, op. cit., p. 350-351 ; Y. Congar, c La rencontre
des confessions chrétiennes dans le passé et aujourd'hui », in Chrétien» en dialogue,
Paris, 1964, p. 157-184 (158 gv.). . 314 YVES CONGAR
tants se louaient, avec Paul Ferry, de voir « les catholiques accorder
à l'Église réformée des articles sur lesquels on l'avait persécutée autre
fois », les catholiques se félicitaient, avec Turenne en son Avis de 1666,
de voir « beaucoup de gens de la Religion convenir avec les catholiques
sur bien des matières dont on n'était pas d'accord au commencement » 27.
Un nouveau style d'argumentation avait été proposé par Véron (f 1649),
qui mérite, malgré son ton polémique et son comportement agressif,
une appréciation moins caustique et railleuse que celle dont Élie Benoît
l'accable 28. N'en retenons que le projet de laisser de côté les discussions
scolastiques et de s'en tenir aux professions de foi officielles. Camus
suivait la même ligne. Du côté protestant, un Le Blanc de Beaulieu les mêmes principes, et l'idée des articles fondamentaux, déjà
proposée par Calvin, développée par du Plessis-Mornay, favorisait
la mise en veilleuse des points mineurs de divergence. -
Bossuet a dit n'avoir connu Véron que plus tard. Or c'est dès ses
années messines que, en discutant avec Paul Ferry, il professe et pra
tique une méthode, non tant de controverses que d'explication : « Pro
poser des explications dans lesquelles on puisse convenir » *.
Ce texte est de 1666. Louis XIV rédige alors pour son fils les pages
de ses Mémoires relatives à l'année 1661, où il fait confidence d'un
plan pour « réduire » (reducere, ramener) les huguenots de son royaume.
Il s'agissait de favoriser un mouvement de conversions qui répondrait
è un effort d'instruction que les évêques devraient prendre à cœur,
en appliquant de façon restrictive les édits concernant les protestants
et en modulant les faveurs temporelles en fonction de leur docilité à
répondre au désir du roi 30. De fait, d'année en année, au fil des occa
sions ou des prétextes, les restrictions s'ajoutaient aux restrictions,
les tracasseries aux tracasseries 81.
Controverses, colloques, désir d'entrer dans les vues du roi, il y
avait eu un certain nombre de « conversions » : au point de vue protes
tant, on dira abjurations ou apostasies, en particulier parmi les ministres.
Turenne parle de Cotibi, pasteur à Poitiers, et de Martin, pasteur en
Avis 27. (cf. Rébelliau infra), in Œuvres (qui donne de Louis encore XIV, d'autres t. VI, références), Paris, 1806, p. p. 361. 31-32 ; Turenne,
28. Cf. Méthode nouvelle, facile et solide de convaincre... 2 vol., Paris, 1623. Le
climat général demeurait polémique et agressif. Sur Véron cf. Tabaraud, p. 378 ;
Rébelliau, p. 12 ; J. Beumer, « Zu den Anfângen der neuzeitlichen Kontrovers-
theologie », in Catholica 17 (1963) 25-43. Les auteurs protestants sont excessivement
critiques et sévères : O. Douen, La révocation I, p. 244-272 ; J. Pannier, L'Église
réformée de Paris sous Louis XIII, de 1621 à 1629 environ, Paris, 1932, t. I, p. 81 sv.,
520-536, 560.
29. Lettre à Paul Ferry, 28 octobre 1666 : Correspondance, éd. Urbain et
Levesque, t. I, p. 181. Cf. Tabaraud, p. 382 sv.
30. Louis XIV, Mémoires et divers écrits. Texte établi par B. Champigneulles
(Club français du Livre), Paris, 1960, p. 39-42. Et cf. Rébelliau, p. 19 n. 3.
31. Êlie Benoît en détaille la pénible histoire. Voir aussi J. Orcibal ; John
Viénot, Histoire de la Réforme française de l'Édit de Nantes à sa révocation, Paris,
1934 ; Daniel Robert, « Louis XIV et les protestants », in XVII<* siècle, n° 76-77
(1967) 39-52. TURENNE ET LA RÉUNION DES CHRÉTIENS 315
Béarn œ; ailleurs, d'Isaac de La Boissière et d'un certain Saint- Aubin ••.
On pourrait citer d'autres noms. Il y avait aussi autour de Turenne
des protestants qui s'étaient « rangés à l'Eglise romaine », pour parler
comme Elie Benoît (ÏII/2, p. 236) : son frère Frédéric-Maurice, un
certain du Han, qui avait été son écuyer et était devenu cordelier,
gardien du couvent de Vézelay M, ou son ancien ministre Coras (avant
1665) ».
C'est dans cette conjoncture qu'en 1666 fut constitué et réuni un
« conseil » dont faisaient partie les Pères Annat et Le Tellier, l'abbé
Bossuet, quelques ministres convertis, dont Claude de La Parre, quelques
docteurs de Sorbonne et Turenne, un conseil « où l'on traite des moyens
de ramener les esprits » M. C'est alors et dans ce contexte que Turenne
32. Lettre du 16 avril 1660 : Pannier, p. 34. Sur la conversion de Samuel Cottby,
cf. Soc. de l'Hist. du Prot. frs., Bulletin histor. et littéraire, XV (1886) 517 ; XLII
(1899) 273 ; Élie Benoît, III/l, p. 323, 342 sv. ; A. Raesz, op. cit., n. suiv., t. VII,
p. 276-286. — Martin apparaît parmi les pensionnés du Clergé en 1650 : Collection
des Procèa-Verbaux du Clergé de France, t. III, Paris, 1769, p. 725. Il a expliqué
sa conversion dans La Face de l'Église primitive (Raesz, op. cit. (n. 33), t. VI,
p. 305 sv.)
33. Lettres des 22 août 1658 et 1er janvier 1659 : d'HuART, p. 558 et 567. Sur
La Boissière, quelque mots dans Haag, VI, 163. Il est question d'un Saint- Auban,
proposant dans le diocèse de Die, parmi les pensionnés du Clergé en 1675 : op. cit.,
n. préc. t. V, Paris, 1772, p. 277. Sur un mouvement de rapprochement en 1660,
puis vers 1670 et 1673, Rébeixiau, p. 21 n. 1, 31. Ministres devenus catholiques :
à Montauban, en 1648, Pontier et en 1656, D. Pié-froit (Soc. de l'Hist. du Prot. frs.
Bulletin histor. et littér. XLVI (1897) 174-175) ; en 1658, Daubus [Bull. VI (1858)
251) ; en 1662, Joseph Arbussi (id., VI (1858) 253) ; voir les Tables du B.S.H.P.F.
s.v. Abjurations, Pasteurs apostats. Les procès-verbaux des Assemblées du Clergé
contiennent toujours un chapitre sur les ministres ou proposants convertis ; il
s'agit de l'attribution de pensions ou de secours. Il y a là une source d'information
qui n'a pas été exploitée. Notons, le 23 septembre 1655, l'attribution de 200 livres
au ministre Renières, de Sedan, devenu dominicain : Collection des Procès-verbaux .
du Clergé de France, t. IV, Paris, 1770, p. 407. Cette rubrique occupe les chapitres
suivants dans les Assemblées : Collection..., t. III (Paris, 1769), Ass. de 1641 : n° X ;
de 1645, n<> XVIII ; de 1650, n° XXII ; t. IV, 1770, Ass. de 1655-57, n« XIX ;
de n° 1660-61, XIV (p. n° 284-85, XVI ; invitation de 1665-66, du n° roi XVIII à, participer ; t. V, Ass. à de un 1670, service n° XIV pour ; de la mort 1675-76, de
Turenne à Notre-Dame). Voir aussi O. Douen, La Révocation de l'Édit de Nantes
à Paris, eh. xi, Paris, 1894, t. I, p. 508 sv., 540. Abjurations antérieures à la révoca
tion ; A. Raesz, Die Convertiten seit der Reformation. 13 vol. Freiburg, 1866-1880.
Un intérêt de ce recueil est de donner, en traduction allemande, de longs passages
des écrits où les intéressés ont expliqué les raisons et l'occasion de leur conversion :
sur Joseph Arbussy, t. VII, p. 514-522.
34. Il présente au roi, en 1665, Moyen pour empêcher l'exercice delà R. P. R. en
France. Son argument est le suivant : l'Édit de Nantes avait été donné pour ceux
qui professaient la religion de Calvin. Or les Réformés de ce jour ne tiennent plus
que Dieu est l'auteur du péché, qu'il est impossible d'accomplir les commandements
de même avec l'assistance du Saint-Esprit, enfin qu'on peut se sauver sans
bonnes œuvres. De plus les Réformés ont déclaré qu'il n'y a pas de venin dans la
doctrine des Luthériens sur la Présence réelle. Cf. Élie Benoît, III/2, p. 34-35
et 80.
35. Élie Benoît, III/l, p. 654-655 ; A. Raesz, op. cit., t. VII, p. 179. Coras appar
aît avec Cottby parmi les pensionnés du Clergé, Assemblée de 1665-66 : op. cit.
(n. 32), t. IV, Paris, 1770, p. 1048.
36. Rebeixiau, p. 72-73. A.-G. Martimort [Le Gallicanisme de Bossuet, Paris,
1953, p. 278, n. 2) donne les précieuses références suivantes : Lettre de Théodore
Maimbourg à Paul Ferry, 8 septembre 1666, dans Bossuet, Correspondance, t. I, YVES CONGAR 316
écrivit pour le roi son « Avis sur ce qui regarde la religion prétendue
réformée ». C'est alors aussi que Bossuet rédigea l'Exposition de la
doctrine de l'Église catholique sur les matières de Controverse. Comme
Y Introduction à la fie dévote de François de Sales avait été d'abord
écrite pour Madame de Charmoisy, l'Exposition l'a d'abord été pour
des protestants cheminant vers l'Église catholique, Philippe de Cour-
cillon, marquis de Dangeau (f 1720) et son frère Louis (f 1724), dont
la mère était une petite-fille de du Plessis-Mornay, et pour Turenne.
Pour répondre à des accusations malveillantes mais tenaces, Bossuet
à précisé lui-même : « Cet ouvrage a été fait à deux fois ; je fis d'abord
jusqu'à l'Eucharistie ; je continuai ensuite le reste. J'envoyais le tout
à M. de Turenne, à mesure que je le composais » 87.
L'Avis du vicomte de Turenne sur ce qui regarde la Religion pré
tendue réformée semble être des premiers mois de 1666 *, encore que
sa teneur la situerait bien au moment de la conversion et du projet
de réunion auquel Turenne donna dès lors son active participation.
Il y apparaît persuadé que sur plusieurs articles les motifs pour les
quels on s'est séparé et opposé n'existent plus. Il semble que les conseil
lers du roi, le roi lui-même, croyaient à l'étendue de ce changement.
t La pensée du Roi étant que l'on sût le sentiment des ministres de la
religion prétendue réformée », Turenne rentre dans le projet de pré
parer une réunion et donne son avis sur la question de forme, c'est-à-
dire de la tactique, ou plutôt de la manière à employer. Il faut essen
tiellement éviter de provoquer une réaction de méfiance et de peur ;
elle attirerait la désignation de plus durs pour les rencontres prévues.
Il faut tâcher de joindre les mieux disposés, dans des sans
publicité, menées localement par des hommes dont Turenne définit
le caractère et l'action en des termes qui conviendraient à des personn
alités du genre de Fabert. Il donne en exemple une conférence « qu'eut
p. 447 ; lettre de Bossuet à son père, 4 septembre 1666, ibid., p. 174-175 : t II est
vrai que plusieurs théologiens d'importance confèrent ici des moyens de terminer
les controverses avec Messieurs de la religion prétendue réformée et nous réunir
tous ensemble. Il y a quelques ministres convertis fort capables, qui donnent des
ouvertures qui sont bien écoutées : ils procèdent sans passion et avec beaucoup
de charité pour le parti qu'ils ont quitté, c'est ce que vous pouvez dire à Mr Ferry,
et que très assurément on veut procéder chrétiennement et de bonne foi. » La lettre
de Théodore Maimbourg (qui se faisait écrire sous le nom de de Plerville) à Paul
Ferry, en date du 8 septembre 1866, parle de ce « conseil ». C'est elle qui indique
le nom de M. de La Paire, ancien ministre à Montpellier, comme, en faisant partie :
Correspondance de Bossuet, éd. Urbain-Levesque,'^ I, p. 445-454. Cl. de La Parre
à publié en 1666 Motifs de sa conversion (Haag, VI, 304) : extraits dans A. Raesz,
op. cit., (n. 33), t. VII, p. 202-270. Il avait été reçu par l'Assemblée du Clergé le
28 septembre 1665 : cf. Collection des Procès-verbaux, t. IV, Paris, 1770, p. 1048.
37. Lettre du 26 mai 1686 au P. J. Johnston : Correspondance, éd. Urbain-
Levesque, t. III, Paris, 1910, p. 261. Bossuet répond à Johnston (ibid., p. 232) :
t Ils font courir le bruit... qu'on a trouvé ce livre avec un manuscrit dans le cabi
net de M. le maréchal de Turenne, dans lequel, comme aussi bien tous les
autres manuscrits, il n'y avait pas, disent-ils, les chapitres de l'Eucharistie, de la
Tradition, de l'autorité du Pape ni de l'Église... »
38. Texte dans Œuvres de Louis XIV, t. VI. Lettres particulières. Opuscules
littéraires. Pièces historiques. Paris, 1806, 359-362. TURENNE ET LA RÉUNION DES CHRÉTIENS 317
le Père... avec M. Gacbe, ministre, en laquelle ils furent prêts de signer
et de convenir du point principal »w. D'autres que Turenne, vers la
même époque ou un peu après, préconisaient une manière d'agir ana
logue *°.
L'Avis de Turenne se situe nettement dans la perspective d'une
réunion d'une portion au moins de ministres pour qui un accord appar
aîtrait possible dans un climat de confiance où les protestants seraient
assurés que « le Roi maintiendra les édits de la même façon. » C'était
la situation à Sedan. Il n'y a là rien de ce que sera, après son adhésion
à la foi catholique (8 octobre 1670) l'action de Paul Pellisson (f 7 février
1693), qui achetait littéralement les « conversions ».
Mais celle de Turenne, suivie peu après par celle de ses neveux de
Duras, eut un impact décisif sur l'évolution de la situation. Lui-même
se fit ardent convertisseur. Le nonce Bargellini en témoignait au roi
le 26 juillet 1669, au cardinal Rospigliosi les 2 août et 25 octobre de
la même année. Turenne, disait-il, s'employait à gagner 50 à 60
ministres 4X. Le nonce utilisait, dans le même moment et pour le même
but, un intrigant assez ambitieux, l'abbé Nicolas Delisles d'Infren-
ville, qui lui fournissait une liste de 47 ministres dont les dispositions
étaient appréciées machiavéliquement selon des critères, en somme,
de vénalité48. Ce projet était une variété bâtarde de celui de Richel
ieu. Le roi l'estimait chimérique et se tenait d'autant plus sur la réserve
que des princes protestants, ayant eu vent de la chose à partir de Rome,
lui reprochaient de préparer une seconde Saint -Barthélémy.
Il se passait pourtant bien quelque chose dans la perspective d'un
« accomodement ». D'après Élie Benoît (II 1/2, p. 136 sv., 143) des
esprits, parfois des pasteurs étaient inclinés en ce sens en Ile-de-France,
Anjou, Vivarais, Languedoc, Saintonge. Turenne agissait de son côté,
avec l'aide de pasteurs convertis (de La Parre, Arbussi, de Versé) et
de Barriges, Exempt des Gardes 48. Le 26 mars 1671 il écrivait à Le
39. Il ne peut s'agir que de Raymon Gasches, né à Castres vers 1615, ministre
dans sa ville natale, puis à Gharenton de 1654 à décembre 1668, date de sa mort.
Haao (V, 192-193) ne fait aucune allusion à la Conférence dont parle Turenne.
D'après Èlie Benoît (III/2, p. 257), c'est par un neveu de ce Gasches qu'en 1671
Turenne fit parvenir son message à Le Blanc de Beaulieu.
40. A. et Cl. Cocbin, op. cit., n. suiv., citent ainsi Claude Pellot, intendant du
Languedoc, Mémoire « pour réunir à l'Église romaine ceux qui font profession en
France de la R.P.R. » : que le roi charge les intendants de dresser une liste des
ministres influents et accessibles. On les gagnerait secrètement. Quand les choses
seraient mûres, on réunirait un synode national dont les délégués seraient sûrs
et qui déclareraient « qu'on peut faire son salut dans l'Église romaine ». Page 250
n. 2, indiquent plusieurs projets analogues, un en 1669, un de d'Aguesseau en 1670.
41. Cf. Augustin et Claude Cocbin, Le grand dessein du nonce Bargellini et de
l'abbé Desisles contre les Réformés (1668), in Annuaire — Bulletin de la Société de
l'Histoire de France. Année 1913, p. 248-268 (251 et 257 n. 2 et 3).
42. Texte dans A. et C. Cochin, et. citée, p. 262-266. Reproduit par N. Weiss,
Une liste de prétendus candidats à l'apostasie en 1668, in B.S.H.P.F., 63 (1914)
175-181.
43. Élie Benoît, III/2, p. 136. Rien dans Haag. — A. Raesz, op. cit. (n. 33),
VIII, p. 438-451 donne le récit et les raison de la conversion, en 1690, de Noël-Aubert

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