Vie de saint Syméon le Stylite
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Vie de saint Syméon le Stylite

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Hiéromoine Macaire de Simonos Pétra Mont Athos
LE Synaxaire Vies des Saints de l’Eglise Orthodoxe Ménologe de Basile II, Vat Gr 1613 (XI s.) f° 2. er1 Septembre Vie de saint Syméon le Stylite Le 1er septembre de ce mois, mémoire de notre vénérable Père théophore SYMÉON STYLITE l’ANCIEN . Notre saint Père Syméon naquit, en 389, dans le village de Sissa, situé entre la Syrie et la Cilicie. Dès son plus jeune âge, ses pieux parents l’envoyaient dans les solitudes pour mener paître les brebis. Un jour, la neige était si abondante que le jeune garçon ne put mener son troupeau aux pâturages. Il entra donc dans une église où il entendit ces paroles : Bienheureux vous qui pleurez maintenant, car vous rirez… bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu, etc. (Mt 5, 8, Lc 6, 21). Ayant demandé ce qu’il devait faire pour suivre ces instructions du Seigneur, il abandonna sur-le-champ les siens et tout ce qui le retenait au monde et partit pour un monastère voisin, où il demeura deux ans. 1. Le terme grec hosios, équivalent de hagios, désigne les saints – en général moines – qui ont confessé le Christ par le martyre non sanglant de la conscience, dans l’ascèse et la prière. Nous le traduirons désormais de manière conventionnelle par « vénérable », sans induire toutefois une différence de degré avec les autres saints, comme c’est le cas dans l’Église latine qui l’utilise pour désigner ceux dont le culte ne jouit pas d’une pleine autorité.

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Publié le 03 janvier 2013
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Langue Français

Exrait

Vies des Saints de l’Eglise Orthodoxe
L
E
S y n a x a i r e
1
er
Septembre
Vie de saint Syméon le Stylite
Hiéromoine Macaire de Simonos Pétra
Mont Athos
Ménologe de Basile II, Vat Gr 1613
(XI
e
s.) f° 2.
Le 1
er
de ce mois, mémoire de notre vénérable
1
Père théopho-
re S
YMÉON
S
TYLITE
l’A
NCIEN
2
.
N
otre saint Père Syméon naquit, en 389, dans le village de Sissa,
situé entre la Syrie et la Cilicie. Dès son plus jeune âge, ses pieux
parents l’envoyaient dans les solitudes pour mener paître les bre-
bis. Un jour, la neige était si abondante que le jeune garçon ne put mener
son troupeau aux pâturages. Il entra donc dans une église où il entendit
ces paroles :
Bienheureux vous qui pleurez maintenant, car vous rirez…
bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu,
etc. (
Mt
5, 8,
Lc
6,
21). Ayant demandé ce qu’il devait faire pour suivre ces instructions du
Seigneur, il abandonna sur-le-champ les siens et tout ce qui le retenait au
monde et partit pour un monastère voisin, où il demeura deux ans.
1. Le terme grec
hosios
, équivalent de
hagios
, désigne les saints – en général moines – qui ont
confessé le Christ par le martyre non sanglant de la conscience, dans l’ascèse et la prière. Nous
le traduirons désormais de manière conventionnelle par « vénérable », sans induire toutefois
une différence de degré avec les autres saints, comme c’est le cas dans l’Église latine qui l’utilise
pour désigner ceux dont le culte ne jouit pas d’une pleine autorité.
2. Nous précisons l’Ancien pour ne pas le confondre avec S. Syméon Stylite du Mont Admi-
rable († 596), fêté le 24 mai, ou avec S. Syméon Stylite le Jeune (date inconnue), commémoré
le 27 avril.
Théodoret de Cyr
, qui a consacré à notre saint une notice dans son
Histoire des
moines de Syrie,
26,
SC
257, 159, mentionne un autre S. Syméon l’Ancien [26 janv.], mais il
n’était pas stylite. On possède aussi deux
Vies
étendues, l’une en syriaque,
3
LE SYNAXAIRE
Comme Syméon désirait mener une vie plus stricte que celle qu’il
avait trouvée dans cette communauté, il se rendit au monastère de Teleda
(Deir Tell Ade), près d’Antioche, où le moine Héliodoredirigeait en
toute sagesse plus de quatre-vingts moines
3
. Il y passa dix années et, dès
le début de son séjour, il dépassa tous les autres moines par la rigueur de
son ascèse. Alors que les autres mangeaient tous les deux jours, Syméon
ne prenait sa maigre réfection qu’une fois par semaine et allait distribuer
en secret aux pauvres sa portion quotidienne. Son désir de souffrir pour
le Christ était tel qu’il s’était confectionné une ceinture avec des feuilles
de palmier et la portait sous ses vêtements, serrée si fort autour des reins
qu’elle pénétrait profondément dans sa chair. À la vue de ces combats
surhumains, les anciens du monastère ordonnèrent au bienheureux de
se retirer, afin qu’il ne porte pas préjudice à ceux qui, de constitution
plus faible, voudraient à son exemple entreprendre des labeurs au-dessus
de leurs forces.
Syméon quitta donc le monastère et partit vers le lieu le plus désert
de la montagne voisine (410). Ayant trouvé un puits desséché, il y descen-
dit et y resta à chanter nuit et jour les louanges de Dieu
4
. Au bout de cinq
jours, les moines, se repentant d’avoir chassé ce valeureux combattant,
voulurent le ramener auprès d’eux. Ce n’est qu’après de longues recherches
qu’on finit par le découvrir, là où seuls les démons avaient l’audace de se
rédigée par les moines du monastère de Mandra (vers 473), et l’autre en grec, attribuée à son
disciple Antoine, qui consiste principalement en une série de miracles et qui a vraisemblable-
ment été composée alors que le corps du saint était vénéré à Antioche, voir H. G.
Blersch
,
La
colonne au carrefour du monde. L’ascension de Siméon, premier stylite
, « Spiritualité Orientale 77 »,
Abbaye de Bellefontaine 2001.
3. Il s’agit en fait du monastère dit « d’Eusèbe », filiale de Teleda. D’après la
Vie
syriaque, son
frère aîné, Schemschi, l’y suivit, exhorté par l’évêque de Gabula, Mar Mara. Il trouvera le repos
alors que Syméon était depuis cinq ans sur sa première colonne.
4. Dans la
Vie
syriaque, Syméon passa deux ans enterré à mi-corps dans un coin du jardin,
exposé à la canicule le jour et au froid la nuit. Ensuite, il s’enferma dans la crypte funéraire du
monastère, où il fut guéri d’une cécité provoquée par le démon. Il s’enferma ensuite dans un
autre lieu, souterrain lui aussi, pour y lutter contre les puissances infernales.
4
LE SYNAXAIRE
tapir. Par obéissance, Syméon revint au monastère, mais il n’y demeura
pas longtemps, car il ne pouvait se contenter de la mesure commune. Il se
rendit dans un bourg voisin nommé Télanissos (Deir Siman), situé le long
de la route allant
d’Apamée à
Cyr, où il trouva une maisonnette isolée
5
.
Il s’y installa et y vécut en reclus pendant trois ans, travaillant sans cesse
à s’enrichir des vertus célestes. Comme, à l’exemple de Moïse, d’Élie et
du Christ Sauveur, il désirait passer les quarante jours du Carême dans
un jeûne complet, il demanda à son ami Bassos de murer l’entrée de sa
retraite. Celui-ci n’accepta qu’à la condition de laisser à l’athlète du Christ
six pains et une cruche d’eau, au cas où son corps serait réduit à la der
-
nière extrémité. Les quarante jours passés, Bassos pénétra dans la cellule
plein de crainte. Il trouva les pains et l’eau tels qu’il les avait laissés et le
saint étendu immobile sur le sol, si faible qu’il ne pouvait prononcer une
parole. Syméon ne reprit quelques forces qu’après avoir communié aux
divins Mystères. Depuis lors, exercé par l’habitude, il passait tous les carê
-
mes sans rien manger et, fortifié par la grâce, il restait debout pendant
tout ce temps, rempli d’une gaieté incomparable.
Après avoir passé trois ans dans cette cellule, il monta au sommet
d’une colline, et demanda à y être attaché à une lourde chaîne fixé à un
rocher. Mais le sage Mélèce, chorévèque
6
de l’Église d’Antioche, lui fit
remarquer que la volonté de l’homme, éclairée par sa raison, doit se mon-
trer plus forte que toute entrave pour empêcher sa pensée d’errer çà et là.
Syméon, convaincu par cet argument, et sachant que l’ascèse n’est louable
que dans la mesure où elle restaure dans sa beauté originelle l’image de
Dieu déposée dans notre nature, obéit au hiérarque et fit rompre ses liens.
De gros vers sortirent alors des plaies provoquées par la chaîne, manifes-
tant que le saint faisait en tout point preuve d’une patience égale à celle
5. Dans la
Vie
syriaque, il est admis dans le petit monastère de Mari, qui n’était occupé
que par un vieillard et un jeune garçon. Il s’y fit enfermer, pour le carême, dans une chambre
haute.
6. Un chorévêque est auxiliaire de l’évêque diocésain, chargé des fidèles dispersés dans la
campagne. Ce Mélèce est distinct de S. Mélèce, archevêque d’Antioche [12 fév.].
5
LE SYNAXAIRE
des martyrs, et même supérieure s’il est possible, car c’est lui-même qui,
volontairement, s’appliquait ces tourments pour l’amour du Christ
7
.
La réputation de sa sainteté se
répandit dès lors à tel point qu’un grand
nombre de fidèles, venus des envi-
rons, mais aussi de contrées lointaines
comme la Perse, l’Arménie, la Géorgie,
l’Italie, la Gaule
8
et l’Angleterre, accou-
raient sans cesse, tels des fleuves qui se
déversent dans la mer, pour recevoir sa
bénédiction et la guérison de l’âme et
du corps. Mais Syméon n’aimait et ne
recherchait que la solitude pour s’ap-
procher du ciel dans la pure contem-
plation. Afin d’échapper à ces honneurs
importuns et suite à la vision d’une
échelle au sommet de laquelle se tenait
le Christ qui l’appelait à monter vers
lui, il dressa une colonne au centre de
l’endroit qu’il avait élu pour demeure
et s’installa, au sommet, sur une petite
plate-forme (vers 417). Il édifia d’abord
une colonne de six coudées (2, 5 m)
9
,
7. Dans la
Vie
syriaque, après avoir passé un an au sommet de la montagne, Syméon fit
construire l’enclos dans lequel il passa trois ans dans une totale réclusion, à lutter contre les
démons qu’il repoussait par son ardente prière et d’innombrables prosternations. Cette version
rapporte de nombreux miracles qui auraient eu lieu pendant les dix années qu’il passa dans cet
enclos, avant son ascension sur les colonnes successives.
8. Dans la
Vie
de S
te
Geneviève de Paris, on rapporte la relation spirituelle que S. Syméon en-
tretenait avec elle [3 janv.].
9. Dans la
Vie
syriaque, la première colonne est en fait une pierre d’un mètre de haut envi-
ron, qui rappelle la pierre sur laquelle s’était reposé le patriarche Jacob à Béthel (
Gn
28, 11-22).
Protaton, Athos (
xiv
e
s..).
6
LE SYNAXAIRE
puis une seconde de douze, une troisième de vingt-deux et enfin il demeu
-
ra au sommet d’une colonne de plus de trente-six coudées (16 m), où il se
tint debout, jusqu’à sa mort, vivant ainsi plus proche du ciel que de la
terre. Ces résidences de plus en plus élevées étaient le signe visible des
ascensions de son âme dans la lumière de Dieu. Exposé de cette manière
à la vue de tous telle une lampe brillant sur un candélabre (cf.
Mt
5, 14-16),
Syméon attirait à lui encore plus de monde et illuminait des rayons de la
foi des foules de barbares, venus contempler ce spectacle étrange. Pour
canaliser cet afflux de visiteurs, les disciples du saint bâtirent un mur de
clôture autour de la colonne, précédé d’une petite cour. C’est de cet enclos
que le monastère tira son nom de
Mandra
(“enclos”, “bergerie”).
Du haut de sa colonne, seul avec Dieu, le saint ne cessait d’être l’ins-
trument de la miséricorde divine : il accomplissait un grand nombre de
miracles et de guérisons, prédisait des calamités naturelles et était pour
tous un havre de salut et de consolation spirituelle. Crucifié au monde
et ne cachant rien de sa vie, saint Syméon s’offrait, selon la parole de
l’Apôtre,
en spectacle aux anges et aux hommes
(1
Cor
4, 9). Bien que revêtu
d’un corps mortel, il menait ici-bas la vie incorporelle des anges. Mais le
plus admirable était, qu’ayant pratiqué de tels combats ascétiques, après
avoir atteint un tel degré dans la vertu et avoir accompli de si nombreux
miracles, l’homme de Dieu se considérait sans feinte comme inférieur à
tous les hommes. Ce n’est qu’à l’égard des hérétiques qu’il manifestait de
la colère – ou plutôt un zèle divin – en vue de leur correction.
Séparé de tous par sa tension vers le ciel, mais uni à tous par la divine
charité, saint Syméon ne négligeait pas la vie de l’Église. Il adressa des let
-
tres sur les questions ecclésiastiques à l’empereur Théodose II qui, avec ses
sœurs, nourrissait à son égard un grand respect, le nommant « très saint
et céleste martyr »
10
. Il écrivit également à l’empereur Léon I
er
pour l’en-
courager à lutter contre le monophysisme et à soutenir le dogme défini
10. L’empereur Théodose II lui avait adressé une lettre, lui demandant d’user de son auto
-
rité pour que l’archevêque Jean
d’Antioche accepte les décisions du Concile d’Éphèse, cf.
Acta
Conciliorum Oecumenicorum,
éd. E. Schwartz, vol. 1.1.4 Berlin 1928, p. 518-520.
7
LE SYNAXAIRE
par le Concile de Chalcédoine. Ayant ainsi répandu autour de lui la paix
qui régnait en son cœur, saint Syméon s’endormit à l’âge de soixante-neuf
ans (459), au terme de cinquante-six années de valeureux combats, alors
qu’il était plongé dans la prière
11
.
Peu de temps après, l’archevêque
d’Antioche, Martyrios (459-468), venu
sur les lieux avec de nombreux évêques, déposa le corps du saint sur un
char, pour le transporter à
Antioche, sous escorte militaire commandée
par le général Ardaburios. La précieuse relique était accompagnée d’une
foule immense tenant des flambeaux et l’encensant à son passage. Au terme
d’une procession, qui mit cinq jours pour parcourir la distance de soixan-
te-quinze kilomètres, elle fut déposée dans la grande église bâtie par saint
Constantin le Grand. Elle fut ensuite transférée dans un vaste martyrium,
spécialement construit pour la recevoir, où elle accomplit de nombreux
miracles pour ceux qui s’en approchaient avec foi. En 468 (ou 474), à la
demande de saint Daniel le Stylite [11 déc.], l’émule des exploits de Syméon,
l’empereur Léon I
er
fit procéder au transfert des reliques du saint à Constan
-
tinople. Une église fut édifiée, non loin de la colonne de saint Daniel, pour
les abriter, où de nombreux miracles s’accomplirent aussitôt.
Le monastère de Mandra (Qalat Seman) connut, quant à lui, une
extraordinaire expansion. En 480, on édifia quatre basiliques, formant
une croix autour de la colonne de saint Syméon, au-dessus de laquelle,
chaque année, le jour de sa mémoire, apparaissait un astre immense. Ce
monastère, le plus vaste centre de pèlerinage de l’Orient à cette époque,
tomba cependant aux mains des monophysites (638), puis fut détruit par
les Arabes (985)
12
.
11. D’après la
Vie
syriaque, après neuf ans passés au monastère, il aurait vécu dix ans dans
la clôture, puis sept années sur les premières colonnes, et trente années sur la colonne la plus
haute. Alors que dans la
Vie
grecque, on rapporte qu’il passa quarante-sept ans en stylite : sept
ans sur la première colonne, quinze ans sur la colonne de trente coudées, et le reste de sa vie
sur celle de quarante coudées.
12. Il en reste aujourd’hui des ruines imposantes, qui entourent la base de la colonne du
saint.