Respecter et structurer le territoire : cohérence des échelles et articulation des réseaux  ; n°18 ; vol.10, pg 52-57
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Respecter et structurer le territoire : cohérence des échelles et articulation des réseaux ; n°18 ; vol.10, pg 52-57

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Flux - Année 1994 - Volume 10 - Numéro 18 - Pages 52-57
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Publié le 01 janvier 1994
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Langue Français

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Albert Serratosa
Respecter et structurer le territoire : cohérence des échelles et
articulation des réseaux
In: Flux n°18, 1994. pp. 52-57.
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Serratosa Albert. Respecter et structurer le territoire : cohérence des échelles et articulation des réseaux. In: Flux n°18, 1994.
pp. 52-57.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/flux_1154-2721_1994_num_10_18_1007n°18 Octobre - Décembre 1994 FLlfX
Respecter et structurer le
FLUX territoire : cohérence des échelles et
n°18
articulation des réseaux Octobre - Décembre
1994
ALBERT SERRATOSA
UN NOMBRE CROISSANT DE les égouts, parfois très évolués, ou l'al
imentation en eau des villes romaines. SERVICES ET, DONC, DE
RÉSEAUX
Dans une série télévisée, de Cari
Très souvent les réseaux sont Sagan, je crois, intitulée "Le jour qui
visibles, ils ont la forme de pylônes pen changea le monde", on présente la
construction du système d'égouts de chés et adossés aux bâtiments, de câbles,
ou bien ils sont plus ou moins camouflés Londres, comme une des étapes les plus
sous terre, avec comme seuls signes importantes de l'évolution de la civilisa
visibles les grilles, les transformateurs, tion. A partir de cette innovation pionnièr
les postes de contrôle, les plaques d'égout e, l'usage s'est étendu partout et, d'une
sur les chaussées et les trottoirs. Aériens façon accélérée, de nouveaux services se
ou souterrains, les réseaux de services sont additionnés dans une série dont on
sont omniprésents. Ils occupent des sur ne peut aujourd'hui encore prévoir la fin.
faces considérables, ils étendent leurs ten La chronologie est toujours à peu près
tacules comme autant de servitudes, et identique : à l'eau courante succèdent
découpent le territoire par la superposit l'assainissement, le transport public, le
ion, visible ou invisible, de lignes au gaz, l'électricité, le téléphone, la télévi
tracé chaotique, dessinés tout en tirant sion... Et avant même que ce processus ne
parti du moindre interstice de bâtiments soit achevé, la fibre optique permet le
complètement ignorants de leurs besoins développement de prestations téléma
en matière de desserte, d'énergie, d'eau, tiques sophistiquées, et les progrès de Barcelone :
de télécommunications, ou d'élimination l'urbanisme souterrain bouleversent les le centre historique
de déchets liquides et solides. règles d'expansion des réseaux.
Les contraintes et la qualité de la vie On peut retracer historiquement
l'apparition de chacun de ces services. On moderne exigent la pleine disponibilité de
a toujours eu besoin de voies de desserte services complets, efficients et sûrs.
et, dans ce sens, les réseaux de chemins Certainement, la fausse utopie d'un para
ruraux ou de rues urbaines sont les dis perdu d'essence bucolique, renaît une
contemporains des zones habitées qu'ils fois ou l'autre. On mythifie un passé sans
innervent. On peut dire que la fourniture eau courante, ni électricité, ni assistance
de services de réseau aux entreprises, aux sanitaire efficiente, services auquels tous
maisons ou aux bâtiments en général, les citoyens seraient supposés renoncer
commence à la fin du XVIII siècle, si l'on sans ambage. Aujourd'hui les réseaux de
excepte des exemples ponctuels, comme services, toujours plus nombreux, ne sont
Albert SERRATOSA est Docteur Ingénieur de Ponts et Chaussées de l'Universidad Politécnica de Madrid. Il a été Professeur
Adjoint Agrégé d'Urbanisme et Aménagement du Territoire à l'Universitat Politécnica de Catalunya. Actuellement, il est
Professeur Étnérite. Entre 1962 et 1965, il a été membre de la structure d'élaboration du "Pla Director de l'Area Metropolitanu
de Barcelona". De 1970 à 1975, il a dirigé la conception du "Pla General Metropolita de Barcelona", encore en vigueur aujour
d'hui. A présent, Albert Serratosa est Directeur du "Pla Territorial de Barcelona" et Coordinateur de la
Commission de Communications Pyrénéennes et du Groupe de Travail des Transports de la Commission Interméditerranéenne.
Il a dirigé les travaux du Tunnel de Cadi (5km) et la réalisation de cartes des flux routiers (1985 et 1990) et des chemins de fer
(1990) de l'Europe.
52 Note de Recherche
pas seulement des objets techniques, mais ils sont les moins d'acuité, et à des périodes historiques différentes,
rouages essentiels d'un système artificiel qui permet tous les réseaux sont soumis aux mêmes contraintes. Il
l'amélioration continue de la qualité de la vie, malgré n'est donc pas surprenant que les modèles surgis en dif
des effets secondaires néfastes qui appellent des mesures férents endroits, au cours de périodes et dans des
correctrices, la mauvaise utilisation qu'on peut en faire, contextes très variables, finissent par se ressembler, mal
ou l'absence frappante de couverture de vastes terri gré l'apparence d'une morphogénèse aléatoire. Au fond,
toires, situation indigne de la fin du XX siècle. comme le suggère Gabriel Dupuy, l'explication est très
simple : (a) tous les services finissent par s'étendre, et la
presque totalité (environ 90%) de la population finit par
être raccordée ; (b) les fournitures se développent initiMORPHOGENESES
alement de manière aléatoire, le plus souvent sans qu'il ALÉATOIRES
existe une vision finale d'ensemble qui permettrait,
moyennant des dépenses initiales plus élevées, ď obtenu-
Gabriel Dupuy l'a décrit d'une façon claire et préci un coût total plus faible à long terme, et donc une meilleu
se dans "L'Urbanisme des Réseaux". A l'exception de re rentabilité globale.
pionniers comme, par exemple, Ildefons Cerdà, auteur
du Plan d'Eixample de Barcelone de 1859, la fourniture On s'est souvent refusé - et l'on se refuse toujours -
de services de réseau s'est toujours développée à partir à admettre le caractère universel du principe de générali
d'une source ponctuelle sation des services de
en fonction des besoins réseau. Cela a conduit à
de raccordement, sans l'implantation de ré
autre logique que celle seaux sans planification
de satisfaire chaque préalable, avec des
client de la façon la plus coûts supplémentaires
rapide et la plus écono inutiles et totalement
mique à court terme. Il évitables. Les cou
en résulte, naturelle pables ne sont d'ail
ment, une structure leurs pas toujours les
arborescente si fréquent fournisseurs des ser
e dans les trois règnes vices : sans une planifi
de la nature, minéral, cation globale du terr
végétal ou animal. La itoire, la distribution
solution, dans ce sens, future des usagers est (Ildefons Cerdà, 1859) est raisonnable et elle Projet ďagrand^ement très difficile à prévoir.
marche très efficacement jusqu'à un seuil critique de Par exemple, la construction des 40 kilomètres, de cein
densité de la desserte. ture de Barcelone ont supposé une dépense de 30.000
millions de pesetas (30% du coût total) qu'on aurait pu
Lorsque le nombre d'abonnés croît et la diversité économiser avec une planification à la Cerdà.
des sources de fourniture apparaissent, la nécessité
d'interconnecter ces multiples branches apparaît, remett
ant en cause le caractère précédemment linéaire du pro DES LOGIQUES
cessus de développement. Cette exigence est renforcée STRICTEMENT par des considérations de sécurité d'alimentation, car les
SECTORIELLES interruptions de fourniture sont très mal tolérées. L'inte
rconnexion permet, par la redondance des relations, de
garantir à tous les clients la continuité du service y comp Pendant de nombreuses décennies, l'absence de pla
ris en cas d'avarie d'une liaison. nification territoriale a obligé les entreprises de services
à improviser. Ce besoin de se débrouiller est devenu une
A mesure que le nombre d'usagers croît, la marge habitude. Les mentalités des concessionnaires se sont
entre l'offre et la demande se réduit et les fournisseurs forgées dans ce contexte individualiste et, malgré les
sont obligés à rationaliser la distribution pour obtenir un avances dans le champ de la planification urbanistique et
profit optimum des ressources insuffisantes et pour assu territoriale, l'implantation, l'extension et la consolidation
rer le service dans des périodes pointe. Avec plus ou des réseaux suivent aujourd'hui encore les mêmes règles.
53 n°18 Octobre - Décembre 1994 FLUX
loppement des premières autoroutes, l'explosion des
villes commence et le modèle "sprawl" se généralise.
Cette dispersion bouleverse le modèle de la ville comp
acte, modèle aujourd'hui encore très répandu dans les
esprits, bien que la surface des villes-centres représente
une part sans cesse décroissante des zones urbanisées.
Dans l'Aire Métropolitaine de Barcelone, l'habitat di
Illustration non autorisée à la diffusion spersé apparu seulement à partir de 1975 dépasse
aujourd'hui en seurface tout l'espace urbain généré
depuis l'époque romaine.
L'expansion des agglomérations s'est apparentée à
une sorte de "conquête de l'Ouest". Servitudes et expro
priations ont été autorisées par des lois de nature strict
ement sectorielle, à peine tempérées par des lois d'u
rbanisme s'occupant pour l'essentiel de zonage et
d'alignements. Ce cadre législatif a favorisé le dévelop
Schéma Réseau Routier (Pla General Metropolita, 1976) pement sauvage des réseaux, au détriment en particulier
des espaces forestiers et des terres de culture. La superNaturellement, chaque service n'a considéré que son position chaotique d'un nombre croissant de réseaux propre intérêt. La lutte pour les parts de marché et pour réseaux a abouti à un morcellement du territoire. Les les tracés les plus économiques est illustrée de façon surfaces exemptes de toute servitude se font rares. A emblématique par la concurrence féroce entre les pre elles seules, les lignes électriques à très haute tension mières compagnies ferroviaires, reproduite plus tard (au (plus de 66.000 V) affectent 10.000 ha. de l'Aire Métropmoins à Barcelone) par les compagnies d'électricité. olitaine de Barcelone, soit une surface équivalente aux Une autre bataille a eu (et a encore) pour cadre les communes de Barcelone ou de Paris. anciennes villes où l'espace public, la voirie et plus part
iculièrement les trottoirs, sont devenu insuffisants pour
loger un nombre sans cesse croissant de câbles, de tuyaux
et de tunnels. DES COUTS CROISSANTS,
UNE SÛRETÉ DOUTEUSE
Les logiques strictement sectorielles des différents
réseaux de services n'ont pas été dépassées, et la planifi
cation territoriale ou urbanistique, dominée par le zo Lorsque les zone urbanisées s'étendent, l'espace
nage et par la répartition "superficielle" du pouvoir, n'a consommé par les réseaux qui les desservent augmente
pas été capable de les intégrer. Le découpage territorial plus que proportionnellement. Si on y ajoute un nombre
s'accorde mal avec la "globalisation" des réseaux. croissant d'usages périurbains (terrains de golf, circuits
de courses ou similaires) et une forte tolérance pour des
implantations "d'intérêt social" ou moins social, on se
trouve confronté à un nouveau cycle de pénurie d'espacL'ANALYSE MINUTIEUSE
e. Implanter une nouvelle ligne ou une nouvelle canaliDU TERRITOIRE
sation commence à être difficile. Les obstacles, qui
croissent en nombre et en difficulté, conduisent à des
Dans les quartiers anciens et hélas! également dans tracés plus tortueux.
quelques zones d'aménagement engendrées par la spécu
lation foncière (et l'absence de vision politique), la lutte Les coûts superflus s'accumulent, la productivité
décroît et les ressources pouvant être allouées à l'amlio- a eu pour enjeu le creusement de nouvelles canalisations
ration de la qualité de la vie s'en trouvent réduites. En sous des trottoirs devenus trop exigus. L'espace extérieur,
particulier, l'espace disponible en certains points privilépar contre, était soumis à peu de contraintes, surtout
giés de passage, comme les vallées ou les couloirs natulorsque les terrain étaient plats ou lorsque le type de servi
rels entre les montagnes (nous nous référons toujours ici ce (câbles) permettait de s'affranchir du relief.
à l'Aire de Barcelone), devient rare, et la proximité ou la
superposition de réseaux s'impose à nouveau, avec son Aux environs de 1970 (et beaucoup plus tôt, dans
certains pays comme l'Allemagne), sous l'effet du cortège de risques.
54 л., Note de Recherche
Le fait de ne pas relier l'implantation de réseaux à la Le besoin fonctionnel de coordination et de cohéren
planification du territoire, qui est leur support commun ce exige une progressivité d'échelles de type fractal,
et inévitable1 est la source de coûts inutiles et cumula autant sur les aspects morphologiques que sur les
aspects fonctionnels les plus quantifiables. Mettre en tifs, et engendre une augmentation des risques techno
logiques. Il serait déplorable que les avantages liés au contact direct une voirie ségrégée de type autoroutier,
contrôle relatif des catastrophes naturelles soient annulés capable de canaliser cent mille véhicules par jour, avec
par l'inconséquence humaine face à des faits aussi évi une voie secondaire de desserte provoque des étrangle
dents que ceux que nous venons de mentionner. ments bien prévisibles.
Un premier problème important consiste à faire
LA PROGRESSIVITE DES ECHELLES apparaître, si possible par l'analyse, les différents terri
toires de référence auxquels seront ensuite associés les
réseaux de différents niveaux. Les critères géograDans les paragraphes précédents, on a esquissé le pano
phiques sont prépondérants mais non exclusifs. Les rama des incohérences entre les réseaux et de ceux-ci avec
le territoire, leur support naturel. D'une façon implicite, situations politiques qui conditionnent la répartition du
l'analyse s'est limitée à un espace certes très étendu, mais pouvoir, influent souvent d'une façon plus décisive que
clairement limité. Cette hypothèse s'adapte mal aux r les limites orographiques, fluviales ou d'un autre type.
Si l'on reprend l'exéseaux, qui franchissent
emple de Barcelone il toutes les frontières. Les
existe un certain accord pays, les continents, le
monde entier sont leur sur les échelles à consi
domaine naturel. dérer : le centre histo
Illustration non autorisée à la diffusion rique ; l'agglomération ;
Lorsque les niveaux l'aire Métropolitaine ; la
Catalogne ; l'Espagne et territoriaux se télesco
la Péninsule Ibérique : pent, la simple extrapo
l'Europe (avec des indélation n'est plus pos
terminations partielles sible. De nouvelles
au Nord et à l'Est). forces deviennent pr Proposition Réseau Routier Métropolitain édominantes. Chaque ("Pla Territorial Metropolita de Barcelona" 1993)
solution, chaque dessin Garantir la progress
ivité des réseaux, l'articulation entre les niveaux (dans possède un domaine précis de validité. Le monde phy
sique, et surtout le monde biologique en donnent nombre les deux sens) devrait être un des objectifs premiers de
d'exemples. Comme l'explique Isaac Asimov, le cer n'importe quel projet d'aménagement du territoire. Faire
veau humain lui-même a une dimension appropriée : supporter par un niveau un trafic qui devrait être support
é par un autre niveau, est le moyen le plus sûr et le plus plus grand, il endommagerait la esthétique humaine, et
direct de détériorer la qualité de la vie. Il est parfaitplus petit il ne permettrait pas les milliards de synapses
ement irrationnel d'obliger un poids-lourd allant de nécessaires à l'homo sapiens.
Hambourg à Cadix à traverser un village ou un quartier.
L'on doit systématiquement s'attacher à ne pas faire tranSi à l'échelle locale, le problème est de coordonner
siter par une zone habitée des flux dont elle n'est ni l'oriles réseaux entre eux et avec les activités localisées, il en
va autrement sur des espaces plus vastes. Le besoin appar gine, ni la destination.
aît alors de relier les divers réseaux locaux de même
nature. La viscosité sanguine, nécessaire et précieuse,
serait inadaptée dans des vaisseaux trop fins, compte tenu LES MAILLONS
des phénomènes de friction. De la même façon, un réseau MANQUANTS
routier de quartier antérieur à la mécanisation du trans
port ne peut être extrapolé à une ville millionnaire à
Dans un système électrique ou hydraulique, les exil'époque de l'automobile, pas plus que le réseau adapté à
gences de connexion entre un réseau à haute tension ou une agglomération ne peut être étendu à une aire métrop
à haute pression et les réseaux de distribution corresponolitaine, une région urbaine ou un continent.
dants vont souvent de soi. Le chemin logique entre la
source de fourniture et l'usager le plus éloigné est . Voir mon ouvrage récent intitulé Infrastructures sans territoire?
55 n°18 Octobre - Décembre 1994 FLUX
presque toujours évident, et toute discontinuité sera compris aux générations futures des coûts sociaux par
immédiatement détectée. Mais les réseaux routiers sou faitement évitables.
lèvent apparemment des difficultés particulières, lors
qu'il s'agit de garantir la transition entre une autoroute, Il ne s'agit pas d'un tableau apocalyptique, mais,
espace de flux, et les lieux d'origine ou de destination, malheureusement, de dysfonctionnements très fréquents,
espaces de séjour. S 'agissant en particulier des zones partout semblables et qui sont largement responsables
urbanisées, cette lacune est surprenante puisque les du désordre urbanistique et territorial. Des investisse
besoins en matière de circulation sont toujours pris en ments faibles et localisés permettraient de donner une
compte, et les espaces qui leur sont consacrés atteignent valeur accrue à des itinéraires et des ensembles d'itiné
ou dépassent 40% de la surface totale. Y raires (réseaux) qui ne fonctionnent pas
compris dans les habitations elles- de manière satisfaisante et qui contr
mêmes, il suffit de reproduire mentale ibuent à l'appauvrissement des res
ment n'importe quel plan d'appartement sources publiques.
pour vérifier que la plus grande part des
espaces intérieurs sont destinés à la Un phénomène spécialement préoc Illustration non autorisée à la diffusion
mobilité interne du canapé au lit ou à la cupant est l'utilisation de solutions qui,
baignoire. loin de supprimer la discontinuité, en
créent une de nature différente. C'est
Il est irritant, et même gênant, de par exemple le cas des péages routiers,
devoir insister sur des faits apparem dont l'accumulation finit par être insup
ment si évidents. Mais réalité la plus portable à l'utilisateur. Le principe uniProposition Réseau Routier Catalogne
prosaïque impose de surpasser ce comp versel visant à garantir à l'ensemble de (Albert Serratosa 1982)
lexe. L'expression "les maillons man la population une bonne accessibilité
quants" est assez éloquente à cet égard. On la rencontre aux réseaux de transport, oblige à une vigilance particu
dans des programmes et des projets très variés, non seu lière et à une action énergique en matière de chaînons
lement dans des propositions modestes, mais aussi dans manquants.
des documents relatifs à des projets de dimensions conti
nentales.
LES COULOIRS ET L'INTEGRATION
Dans quelques cas, les obstacles naturels (les Alpes, DANS LA PLANIFICATION
les Pyrénées ou le la Manche) expliquent et justifient TERRITORIALE certains goulots d'étranglement, bien qu'on ne rencontre
pas toujours le même degré de conscience devant les
défaillances et la volonté d'y remédier. Plus tr La planification des réseaux sans objectifs de long
agique et moins justifiable est l'aveuglement qui conduit terme, l'explosion des nouveaux services, la constitution
à créer des discontinuités injustifiées : tronçon routier de sous-systèmes aux finalités spécifiques (la nécessaire
inexistant sur un territoire plat, différence d'écartement spécialisation du TGV ou des services de banlieue dans le
entre des réseaux ferroviaires de différents pays. secteur ferroviaire, par exemple) ont conduit au morcelle
ment du territoire que nous avons déjà commenté, et dans
Dans le champ de l'urbanisme, ce phénomène est le champ spécifique du transport à une situation absurde
habituel, en particulier du fait d'une méconnaissance marquée par le manque de synergie entre les différents
persistante de la croissance de la mobilité. On est alors modes. On continue à insister sur le besoin de coordonner
conduit à corriger les défauts a posteriori, en transfo le transport et l'aménagement du territoire comme s'ils
rmant les infrastructures en superstructures. Les soudures étaient deux questions séparables. Pis encore , la planifi
nécessaires s'apparentent à un travail d'artisan ayant cation territoriale oublie systématiquement -ou traite
vocation à durer longtemps. Au cours de ce processus, comme des éléments résiduels - l'ensemble de réseaux de
les objectifs de long terme sont fréquemment occultés distribution (énergie, eau...) ou d'assainissement.
par des intérêts inavouables, par de fausses idéologies,
par démagogie, ou simplement par incompétence profes Le moment est venu de comprendre les différentes
sionnelle. Les responsabilités individuelles s'évanouis logiques à l'oeuvre et de les intégrer dans les tech
sent à la faveur des changements politiques. Les change niques de planification, de s'apercevoir qu'un système
ments de cap successifs produisent sur le terrain une n'est pas une simple juxtaposition d'éléments, et que
multitude de chaînons manquants, et font supporter y l 'intermodalité des transports est davantage que la
56 Note de Recherche
(réseaux) et des surfaces (territoires) passe par la massi-
fication des flux. On doit renoncer à des optimums sec
toriels et admettre le besoin de couloirs spécifiques, * — \ л^ regroupant tous les services compatibles sans dépasser
les limites de la compatibilité entre des fonctionnalités
diverses.
Illustration non autorisée à la diffusion
y On se surprend alors à comprendre, comme Ildefons
Cerdà l'avait fait au XIX siècle, que les lignes dessinées
rationnellement et à l'avance structurent les surfaces, ï>
améliorent la qualité de vie, minimisent les atteintes à la
nature tout en réduisant les dépenses globales pour un
Proposition Réseau Routier Espagne
(Albert Serratosa, 1982)
simple plurimodalité. Le moment est venu d'admettre
qu'un corps vivant, qui appartient au règne biologique, a
besoin de flux et de relations, sans lesquels l'on peut Illustration non autorisée à la diffusion
certes obtenir des déserts par la simple addition de
grains de sable, mais pas des systèmes vivants, dyna
miques, capables de résister au mouvement inexorable
vers le chaos indifférencié et la mort thermique.
Dès lors, et cela est essentiel, l'on pourra résoudre la
plupart des problèmes décrits ici. Une fois qu'on aura
compris le besoin de coopération entre territoires et Proposition Réseau Routier Europe réseaux et les avantages de Г intermodalité dans le (Albert Serratosa, 1982) domaine des transports, de l'énergie et des télécommun
ications, qu'on aura admis la vision du territoire niveau de développement donné, et permettent même la
comme substrat .commun à toutes les activités humaines, généralisation du transport public avec un coût de fonc
on pourra commencer à réinterpréter le rôle de la plani tionnement raisonnable.
fication territoriale, en résolvant d'un coup et avec une
vision d'ensemble, l'ensemble des contradictions. En termes de dynamique non-linéaire, les services
rationalisés, les couloirs, les réseaux se transforment en
Compte tenu des contraintes liées d'une part au res attracteurs. Ils organisent le chaos sans imposer de
pect de la nature et au développement durable, et d'autre contraintes excessives à la liberté de millions d'agents,
part au fonctionnement des systèmes et sous-systèmes usagers du territoire aujourd'hui et dans le futur, dans un
considérés ici, la mise en compatibilité des lignes contexte économique continuellement changeant.
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