Ronald Reagan, le Congrès et les déficits budgétaires - article ; n°4 ; vol.39, pg 517-538
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Revue française de science politique - Année 1989 - Volume 39 - Numéro 4 - Pages 517-538
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1989
Nombre de lectures 10
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Exrait

Monsieur Hubert Kempf
Ronald Reagan, le Congrès et les déficits budgétaires
In: Revue française de science politique, 39e année, n°4, 1989. pp. 517-538.
Résumé
Ronald Reagan, le Congrès et les déficits budgétaires. Hubert Kempf.
Les deux mandats de R. Reagan se sont caractérisés par des déficits budgétaires spectaculaires. L'explication purement
économique de la conjoncture américaine s'avère incapable de répondre à la question cruciale que ces déficits posent : pourquoi
a-t-il été impossible de corriger la politique en cours, alors que les déficits ne cessaient de croître ? Seule une lecture politique
des rapports entre l'exécutif et le Congrès permet d'y répondre : les déficits sont le produit d'une lutte pour le contrôle du
processus budgétaire entre les responsables fédéraux. A l'issue des années Reagan, le Congrès apparaît clairement comme le
vainqueur — peut-être provisoire — de cette lutte sourde et constante.
Abstract
R. Reagan, Congress and budget deficits. Hubert Kempf.
R. Reagan's two terms were characterized by spectacular budget deficits. The purely economic explanation of the American
conjuncture provides no answer to the crucial question that these deficits pose : why was it impossible to correct the policy
although the deficits were constantly rising ? Only a political reading of the relations between the executive and Congress can
provide an answer : the deficits were the product of a struggle among federal officials for the control of the budgetary process. At
the end of the Reagan years, Congress clearly appears as the winner — perhaps temporary — in this constant and veiled fight.
Citer ce document / Cite this document :
Kempf Hubert. Ronald Reagan, le Congrès et les déficits budgétaires. In: Revue française de science politique, 39e année, n°4,
1989. pp. 517-538.
doi : 10.3406/rfsp.1989.394432
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1989_num_39_4_394432RONALD REAGAN LE CONGRES
ET LES FICITS BUDG TAIRES
HUBERT KEMPF
évidence la politique intérieure pendant les deux mandats
accomplis par le président Reagan été dominée par la question
des déficits des finances publiques fédérales Les controverses sur
la signification leur accorder et le cas échéant la meilleure manière
de les éliminer ont cessé de se développer de rebondir et opposer
les responsables politiques est là le paradoxe le plus apparent du
reaganisme Le président Carter laissait derrière lui un déficit important
quoique logique dans une période de récession économique due au second
choc pétrolier et la politique monétaire restrictive menée depuis la fin
de 1979 par la Réserve fédérale et son président Paul Voicker Ronald
Reagan candidat dénon envie ce laxisme et promit le retour rapide
équilibre des comptes de Etat malgré une politique ambitieuse de
réduction de la fiscalité1 Cette promesse était justifiée par le recours
aux arguments on ose parler de théorie des économistes de offre
qui symbolisaient le nouveau cours antikeynésien allait suivre la
politique économique américaine2
La promesse pu être tenue voir tableau Les déficits attinrent
des niveaux records pendant des huit années où Ronald Reagan fut au
pouvoir Corrélativement la part de la richesse nationale appropriée par
Etat fédéral aussi imparfait que soit cet indicateur il est éclairant en
première analyse resta imperturbablement aux alentours de 22 -23
Ronald Reagan avait inauguré son premier mandat en déclarant Dans
la présente crise le recours au gouvernement est pas la solution du
problème Le problème est le La philosophie rea-
ganienne reposait sur un anti-étatisme tout crin Pourtant Reagan
pas réussi malgré toute son opiniâtreté placide en réduire le poids4
Les enchaînements économiques qui ont conduit ce bilan sont
connus5 Mais le déséquilibre des finances fédérales pose aussi un
problème politique Il résulte des décisions prises par les dirigeants
américains est-à-dire conjointement le président et le Congrès qui
Reagan Ronald) Public papers of the President Ronald Reagan 1981 Washington
US Government Printing Office 1982 79-81
Meyer Laurence H. ed. The supply-side effects of economic policy Saint-Louis
Federal Reserve Bank of Saint-Louis 1981 Roberts Paul C.) The supply-side revolution
Cambridge Harvard University Press 1984
Ronald Reagan discours investiture 20 janvier 1981
Kempf Hubert) Les paris perdus de la Reaganomics dans Actes du colloque
de Association fran aise de science économique 1988 le libéralisme Paris Nathan 1988
Niskanen William) Reaganomics Cambridge Harvard University Press
Blanchard Olivier J.) Economie Policy 1987 Modigliani Franco)
economic policies critique Oxford Economic Papers 40 1988 397-426
Pisani-Ferry Jean) épreuve américaine Paris Syros 1988
577 Hubert Kemp
Année budgétaire KSars En Percentage du PNB
1968 252 28
32 1969
1970 28 03
230 21 1971
1972 234 19
1973 149
1974 61 04
1975 532 33
737 41 1976
1977 536 27
592 26 1978
1979 402 16
1980 738 27
1981 789 26
41 1982 1279
1983 2078 61
1984 1853 49
2123 1985 53
1986 2212 52
1987 1497 33
1988 1551 29
donc imputer la responsabilité politique de la montagne de dettes qui
est accumulée depuis 1980 et dont tout laisse penser elle pas
fini de croître exécutif et ses promesses hasardeuses et démago
giques Au Congrès lié par trop engagements électoraux et naturel
lement prodigue des fonds publics Ou encore au système institutionnel
et politique incapable de dégager des solutions de compromis
Ce que suggère cette question de la responsabilité est que existence
des déficits est liée aux relations toujours conflictuelles entre les deux
branches du pouvoir fédéral Elle ne peut alors expliquer que par une
analyse de ces relations Réciproquement les déficits devinrent un enjeu
qui contribua modifier les positions relatives des différents responsables
de la politique américaine est ce double mouvement que nous cher
cherons détailler
LE POUVOIR RAL ET LA POLITIQUE BUDG TAIRE
Le président et le Congrès partagent la responsabilité de la politique
budgétaire Mais leurs situations modelées par la Constitution et par
histoire sont différentes est pourquoi avant de engager dans une
étude des relations que ces deux branches du pouvoir fédéral ont
entretenues de 1981 1988 il convient de se pencher abord sur leur
organisation interne
518 REAGAN ET LA CONDUITE DE LA POLITIQUE CONOMIQUE RONALD
II fut beaucoup reproché au président Carter son activisme brouillon
son incapacité déléguer son autorité et hiérarchiser ses priorités en
particulier dans le domaine économique Le désordre réel ou ressenti
peu importe qui ensuivit absence de coordination et de maîtrise en
matière économique furent rendus largement responsables tant par les
spécialistes que par électorat de la conjoncture médiocre dans laquelle
acheva son mandat Ronald Reagan lui arriva au pouvoir avec un
programme audacieux une équipe dévouée et énergique bien hétéro
gène et la ferme intention de ne pas répéter les erreurs de son prédé
cesseur
Contrairement ce que on peut croire le rôle de la Maison Blanche
dans la détermination et la conduite effective de la politique économique
est relativement récent Ce fut Nixon qui dota la Maison Blanche des
moyens et de organisation nécessaires Ses successeurs tentèrent in
nover en la matière et mirent en place de nouvelles instances de coor
dination sans résultats probants et Reagan revint globalement la
structure de décision mise en place par Nixon Trois instances rattachées
directement la Maison Blanche jouaient un rôle déterminant dans la
conduite de la politique économique Le Comité des conseillers écono
miques Council of the Economie Advisers) créé par le Congrès en 1946
occasion du passage de Employment Act pour tâche essentielle
de fournir au président le point de vue économistes professionnels sur
les mesures envisagées tant microéconomiques que macroéconomiques
Le CEA est donc un organe expertise et ne participe pas la mise en
uvre des mesures adoptées2 Les questions budgétaires sont depuis une
loi de 1921 du ressort de la direction du Budget Bureau of Budget
Une loi de 1971 en renfor la structure et la compétence cette
occasion cette direction changea de nom et devint OMB Office of
Management and Budget)3 OMB donc pour responsabilité première
élaboration effective et détaillée des propositions budgétaires que le
président doit soumettre au Congrès Le budget une fois adopté par le
Congrès et signé par le président OMB est chargé en contrôler
application par administration Enfin Office of Policy Development
OPD reprenait au sein de administration le rôle avait joué auprès
de Nixon le Comité des affaires intérieures Domestic Council assurer
le suivi administratif des programmes décidés et avalisés par le président
ce qui implique de superviser les différents départements ministériels
responsables de leur gestion effective
Heinemann Bruce W.) Curt Charles A.) Memorandum for the President
strategic approach to domestic affairs in the 1980s New York Random House 1980
Sur histoire du CEA on consultera Flasch Eric S.) Economie advice and
presidential leadership New York Columbia University Press 1965 Porter Roger
Economic advice to the President from Eisenhower to Reagan Political Science
Quarterly 98 1983 403-426
Voir Berman Larry) The Office of Management and Budget and the President
1921-1979 Princeton Princeton University Press 1979
519 Hubert Kemp
Pour coiffer ensemble de ces instances et assurer la coordination des
actions des responsables de la Maison Blanche et du cabinet ministériel
un Conseil de cabinet pour les affaires économiques Cabinet Council
on Economie Affairs était créé Son secrétariat était assuré par OPD
Il rassemblait ensemble des responsables au plus haut niveau Ce conseil
se réunissait régulièrement Les membres du cabinet assistaient ces
réunions quand ils étaient concernés par les questions traitées est ce
conseil qui décidait de la stratégie suivre en matière de politique
économique Il fut maintenu après la réélection de Reagan1
Pratiquement les maîtres uvre de la politique budgétaire et fiscale
de administration étaient le chef état-major de la Maison Blanche le
secrétaire au Trésor et le directeur de OMB2 Par tradition et donc
par compétence le Trésor était le premier responsable de la politique
fiscale tandis que les dépenses publiques et leur contrôle étaient du
ressort de OMB est ainsi que les premières propositions du président
Reagan qui devaient matérialiser les principes de la reaganomics furent
élaborées de fa on séparée si David Stockman avait la haute main sur
les réductions budgétaires proposées au Congrès Donald Regan le
secrétaire au Trésor alors fit clairement comprendre que le programme
de réduction fiscale était sous son contrôle exclusif3
Outre cette volonté de rationaliser et de coordonner la Maison
Blanche action économique de exécutif Ronald Reagan recourut la
technique qui avait valu tant de critiques Richard Nixon celle de
infiltration de la bureaucratie fédérale par des partisans dévoués La
fiabilité idéologique était recherchée aux dépens souvent de la compé
tence comme la nomination Anne Gorsuch la tête de Agence pour
la protection de environnement Environment Protection Agency le
montra4
Pourtant malgré ces efforts de politisation et de coordination5 le
bilan laissé par administration Reagan est peu convaincant La
recherche une position homogène au sein de administration était plus
apparente effective Pour reprendre exemple du budget 1982 discuté
en 1981 il ne pouvait pas ne pas se ressentir du divorce marqué entre
élaboration de son volet fiscal et celle de son volet budgétaire6 De
Voir Hart John) The presidential branch New York Pergamon Press 1988
41-65 Roger Porter dans Economie advice to the President art cité Moe
Terry) The politicized presidency dans Chubb John E.) Peterson Paul E. eds The
new direction in American politics Washington The Brookings Institution 1985
Voir Anderson James E.) Developing fiscal policy dans Pfiffner J.P. ed.
The President and economic policy Philadelphie Institute for the Study of Human Issues
1986
Voir Stockman David) The triumph of politics New York Harper and Row
1986 chap.4
Voir Newland Chester A.) Executive Office Policy Apparatus enforcing the
Reagan agenda dans Salamon Lester M.) Lund Michael eds The Reagan presidency
and the governing of America Washington Urban Institute Press 1987 Newland Chester
A.) mid-term appraisal the Reagan presidency limited government and political
administration Public Administration Review 43 1983 1-21
Terry Moe The politicized presidency art cite
Kempf Hubert) La Reaganomics épreuve des faits Etudes février 1982
p.183-198
520 Les déficits budgétaires
plus les controverses et les disputes internes ont pas manqué étalant
même parfois sur la place publique La première génération de conflits
opposait les monétaristes et les économistes de offre Elle devait se
terminer par éviction progressive volontaire ou non de ces derniers
Mais elle fut suivie par une nouvelle opposition au sein de administra
tion entre les réalistes le plus souvent économistes souhaitant que la
résorption du déficit fédéral devînt la priorité première et les politiques
soucieux de ne pas ternir image publique du Président Le désaccord
prit toute son ampleur lorsque Martin Feldstein économiste de renom
de Harvard nommé président du CEA exprima publiquement plusieurs
reprises son opposition la politique économique pratiquée ce qui ne
était jamais vu jusque-là Après sa démission en juin 1984 Ronald
Reagan envisagea la suppression pure et simple du CEA1 Etabli par la
loi celui-ci ne pouvait être supprimé par la seule volonté de exécutif
mais son rôle et son prestige furent dès lors des plus réduits au sein
de administration Cet épisode dépasse le stade de la simple anecdocte
et de la péripétie bureaucratique Il marque en fait la renonciation au
sein de Reagan toute réflexion sérieuse liée des
analyses précises sur la politique économique Celle-ci ne devait plus
dépendre du côté de la Maison Blanche que de formules idéologiques
sans cesse répétées pas de hausses des impôts le Congrès est
dépensier .. et un pilotage très courte vue en fonction des événe
ments
LE CONGR ET LE PROCESSUS BUDG TAIRE
Au début des années 1980 le rôle du Congrès dans élaboration du
budget reflète les réformes entreprises dans la décennie précédente Ces
années ont vu le Congrès engager dans deux directions apparemment
contradictoires une part alarmé par les excès du président Nixon le
Congrès cherché se ressaisir du pouvoir de la bourse Ce pouvoir
que la Constitution lui avait confié est trouvé passer progressivement
au cours de ce siècle aux mains de exécutif fort de sa capacité technique
et de son unité2 Au contraire le Congrès était désavantagé par ses
divisions politiques et institutionnelles La loi de 1974 réformant les
procédures budgétaires avait pour but de permettre une meilleure coor
dination des objectifs du Congrès et de le doter une capacité expertise
et analyse pour lui permettre de faire jeu égal avec la Maison Blanche3
Mais dans le même temps est produit un desserrement de organisa
tion interne du Congrès Les commissions du budget Budget commit
tees) créées pour assurer la coordination du processus budgétaire ont
Voir John Hart The presidential branch op cit. 63
Sur le budget fédéral voir Ippolito Dennis S.) Thé budget and national politics
San Francisco W.H Freeman and Co 1978 Wildavsky Aaron) The politics of budgetary
process Boston Brown and Co 1979 ed. Toinet Marie-France) Le système politique
des Etats-Unis Paris PUF 1987 3e partie chap
Pour un bilan de la loi de 1974 voir Fisher Louis) Ten years of the Budget
Act still searching for controls Public Budgeting and Finance 1985 3-28
527 Hubert Kempf
pas pu imposer effectivement Par ailleurs les différentes mesures
adoptées par les membres du Congrès ont abouti réduire le rôle des
deux comités appropriations Appropriations Committees qui avaient
joué de facto dans les années après-guerre le rôle de chiens de berger
du Congrès1 Elles ont donné occasion ensemble des élus de peser
plus efficacement sur les décisions budgétaires et fiscales du Congrès Au
total elles ont abouti un accroissement de la fragmentation du Congrès
et de ses tendances centrifuges aux dépens de sa cohésion en
semble
la Chambre des représentants sous impulsion des Démocrates
de nouvelles règles internes furent adoptées de 1971 1974 Elles visaient
réduire le poids des présidents de commission et multiplier le nombre
des sous-commissions de manière accroître le poids des représentants
de base Parallèlement le personnel assistance la disposition des
représentants était accru De plus le pouvoir du caucus démocrate fut
renforcé aboutissant une réduction du pouvoir du leadership démo
crate mieux contrôlé par les représentants de base Une évolution
similaire se produisit dans le parti minoritaire mais un degré moindre
organisation du Sénat connut elle aussi des changements impor
tants mais une nature différente de ceux qui touchaient la Chambre
La division du Sénat est par nature étant donné infériorité numérique
des sénateurs moins poussée la Chambre Elle fut encore réduite
dans les années 1970 la faveur une réorganisation des commissions
Plusieurs furent éliminées ainsi que trente sous-commissions Mais les
présidences de sous-commission furent limitées deux au maximum ce
qui permit une participation plus égale de ensemble des sénateurs De
plus diverses mesures accrurent le pouvoir de contrôle des sur
le processus législatif indépendamment de leur action en commission
Le Sénat était ainsi devenu au début de la présidence de Ronald Reagan
plus collégial et plus difficile contrôler par la minorité des sénateurs
influents par leur ancienneté ou leur situation de leaders de parti
Au total malgré la loi de 1974 le Congrès apparaît dans les années
1980 plus fragmenté et plus démocratique auparavant Le pouvoir
des commissions été accru mais aussi la capacité intervention de
ensemble des parlementaires Le poids des leaderships été réduit en
conséquence Or cette prééminence de fait de quelques sénateurs en vue
traditionnellement permis une coordination effective du travail parle
mentaire et en particulier du processus budgétaire Il est loisible de
penser que les évolutions récentes aboutissent au résultat contraire
Franchissant un pas de plus le déficit fédéral pourra être imputé cette
plus grande anarchie centrifuge qui menace le Congrès3
Cf Ornstein Norman J.) The politics of deficits dans Cagan Philip ed.
Contemporary economic problems Washington American Enterprise Institute 1985 p.311-
333
Smith Steven S.) New patterns of decisionmaking Congress dans Chubb
et Peterson eds) The new direction in American politics op cit. 203-233
Cf Schepsle Kenneth A.) Weingast Barry R.) Legislative politics and budget
outcomes dans Mills George Palmer John L. eds Federal budget policy in the
1980s Washington Urban Institute Press 1984
522 Les déficits budgétaires
est probablement aller trop vite en besogne Une telle possibilité
existe Rien assure elle se vérifie systématiquement Ce serait ail
leurs témoigner une singulière méfiance égard de la démocratie que
assimiler collégialité et participation accrue au désordre et incohé
rence Le Congrès peut se révéler plus facile manipuler par exécutif
les solidarités partisanes étant distendues inverse le Congrès peut
se rendre compte collectivement des dangers potentiels une discussion
trop mal coordonnée en son sein et mettre en place des procédures de
coordination informelles ou non Les années Reagan comme nous allons
le voir ont témoigné de ces différents cas de figure En tout état de
cause le Congrès est moins homogène auparavant et donc plus
ductile plus imprévisible De extérieur il apparaît chaotique et insai
sissable Ce serait une erreur que de le croire plus irresponsable sans
autre forme de procès
UNE RELATION ASYM TRIQUE
La Constitution et le principe de la séparation des pouvoirs veulent
que la relation entre le président et le Congrès soit une relation obligée
un ne peut agir et décider indépendamment de autre Mais la pratique
des institutions et la Constitution non écrite qui règlent également le jeu
politique fédéral en ont fait une relation asymétrique Par relation
asymétrique nous entendons que les avantages et les handicaps de chaque
partenaire sont différents et souvent inverses
Cela est particulièrement vrai quand il agit des questions argent
et rarement cela été aussi flagrant que dans les discussions autour du
déficit pendant les deux termes de Ronald Reagan
Le chef de exécutif pour lui un atout fondamental Contrairement
ce on pourrait croire de ce côté-ci de Atlantique ce est pas
être le responsable de administration bien des égards celle-ci lui
échappe Elle peut engager dans une stratégie autonome jouant de
opacité des règlements de ses appuis au Congrès et de son réseau de
clientèle Pour une large part la politique constante et implicite de la
présidence été en conquérir la maîtrise atout majeur du président
est être le seul élu de la nation tout entière et de disposer une
visibilité politique sans commune mesure avec celle aucun autre homme
politique américain ère cathodique que nous vivons ceci est pas
un mince avantage et Ronald Reagan pour des raisons personnelles qui
dépassent son simple talent acteur su en faire un usage remarquable
Sa popularité fut en pas douter sa meilleure arme
Mais ennemi mortel de la présidence est le temps La visibilité du
président accommode malaisément de la lenteur du processus gouver
nemental que les négociations avec les différentes parties prenantes et
en particulier le Congrès la guérilla partisane et la routine bureaucratique
ingénient retarder Or le temps du président est compté Un terme
Cf John Hart The presidential branch op cit
523 Hubert Kemp
dure quatre ans et la dernière année est perdue soit cause une
campagne électorale épuisante dans le cas une tentative de réélection
soit cause de la transition vers une nouvelle équipe dans le cas un
second mandat qui achève horizon temporel un président est
nécessairement court Harold Seidman le remarque avec beaucoup de
pertinence Un président est contraint par le temps Ce il veut il
le veut maintenant La discussion des budgets reaganiens confirmera
pleinement cette assertion
La situation du Congrès est inverse2 Il est divisé quand exécutif
par la force de évidence est uni Il est pour diverses raisons abord
en vertu des clivages politiques qui le traversent Les considérations
partisanes ne sont jamais oubliées et empêchent que le Congrès agisse
de fa on unitaire sauf circonstances exceptionnelles Le parti du pré
sident est un allié naturel de exécutif même si son soutien est pas
systématique Ensuite le Congrès est divisé cause du caractère local
de élection des membres du Congrès dans un système fédéral où le
localisme dont ils font preuve Enfin le bicaméralisme et la division des
Chambres en commissions entraînent la fragmentation dont nous avons
parlé plus haut3 Ces facteurs de division expliquent le deuxième incon
vénient majeur dont souifre le Congrès sa visibilité est faible ses moyens
action sur opinion publique sont limités et il peut difficilement la
mobiliser pour appuyer ses positions politiques
En revanche il dispose un avantage décisif dont il sait jouer
merveille dans la négociation perpétuelle qui le lie exécutif la durée
Au-delà des individus qui le composent et de leurs perspectives person
nelles le Congrès est doté une pérennité collective De fait les élus
savent que leur carrière au sein de institution repose sur la séniorité
Ainsi est dans la perspective de cette relation antagoniste mais
asymétrique que peuvent se comprendre les discussions budgétaires qui
ont eu lieu année après année entre le président Reagan et le Congrès
est le temps qui leur donne leur cohérence politique Les décrire revient
raconter une fable américaine où patience et longueur de temps font
plus que force ni que rage
LA QUESTION DU BUDGET
Les discussions budgétaires prirent de 1981 1988 une intensité
rarement atteinte jusque-là Dans un premier temps la radicalité des
propositions de exécutif expliqua cette intensité Ultérieurement le
problème des déficits suffit assurer ces discussions une place de
Seidman Harold) Politics position and power Oxford Oxford University Press
1980 3e éd.) 87
Cf Fiorina Morris P.) Congress Keystone of the Washington establishment New
Haven Yale University Press 1977
Cf Fenno Richard F.) The United States Senate bicameral perspective
Washington American Enterprise Institute 1982 Fenno Richard F.) Congressmen in
committees New York Little Brown 1983
524 Les déficits budgétaires
premier plan dans les préoccupations des protagonistes Corrélativement
ce qui frappe est la dynamique du rapport de force entre Reagan et
le Congrès Les déficits ont donné lieu un lent renversement de situation
où le Congrès est sorti son avantage
LE BLITZKRIEG DE 1981
Reagan inaugura sa présidence de fa on flamboyante et prit
immédiatement un ascendant considérable sur le Congrès investiture
un nouveau président lieu le 20 janvier quelques jours peine après
que le président sortant publié ses propositions de budget et les
envoyées au Congrès Traditionnellement faute de temps et de compé
tence le nouveau président en tient des changements marginaux par
rapport au projet de son prédécesseur se concentrant sur des dossiers
plus politiques et assurant son contrôle sur administration Reagan
bouleversera ce schéma Pour plusieurs raisons Le budget de Etat était
sa priorité politique et devait être la pierre angulaire du nouveau cours
que Reagan entendait imprimer la société américaine Il jouissait
déjà une grande popularité tandis que les Démocrates désemparés
par la défaite de Carter et leurs pertes au Congrès se divisaient sur
attitude tenir face au Président Enfin il disposait une équipe
motivée ambitieuse et dévouée aux thèses de la révolution reaganienne
Celle-ci combinait le vieux fonds anti-étatiste une fraction du Parti
républicain avec les idées développées par les économistes de offre
également appelés supply-siders Pour ces derniers le fléau qui mine les
Etats-Unis est une fiscalité écrasante propre décourager les initiatives
privées La clé du retour la croissance est une réduction drastique du
poids de impôt Avec David Stockman jeune représentant du Michigan
farouche propagateur des thèses des supply-siders au sein du monde
politique Reagan trouvé un directeur de OMB une énergie sans
mesure et une grande intelligence La nouvelle administration décida
de réviser radicalement les propositions budgétaires de Jimmy Carter
Tandis que la machine de OMB se mettait frénétiquement au travail
Ronald Reagan se lan dans une campagne médiatique de dramatisa
tion Le février il prédisait la télévision une catastrophe écono
mique sans précédent si son programme était pas adopté Le
18 février il présentait devant ensemble du Congrès son Programme
pour la reprise économique Program for economic recovery En mars
OMB publiait les propositions budgétaires de la nouvelle administration
Pendant ce temps-là une intense activité de relations publiques et de
pressions sur le Congrès occupa tous les personnages de premier plan
de équipe présidentielle commencer par le président lui-même
Outre le livre de Niskanen déjà cité on trouvera une description circonstanciée
des péripéties budgétaires de 1981 dans le livre de Stockman Voir également Pfiffner
James P.) Thé Reagan budget Juggernaut dans James Pfiffner The President and
economic policy op cit. 108-135 ainsi que le Congressional Quarterly année 1981
525