Biodiversité et développement : les paysans de Guinée - article ; n°651 ; vol.115, pg 508-527

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Annales de Géographie - Année 2006 - Volume 115 - Numéro 651 - Pages 508-527
Une réflexion sur la biodiversité doit s’appuyer sur une représentation dynamique des écosystèmes, des systèmes techniques et des stratégies d’utilisation des ressources, étant entendu qu’il n’y a pas de frontières entre les milieux «naturels» et les espaces de mise en valeur. En Guinée maritime, les rôles concomitants des principaux facteurs mésologiques et des modes de gestion favorisent une flore riche et diversifiée. Ces formations ont toutes été largement manipulées depuis des siècles par les hommes. Cette mosaïque est la garantie de la conservation des espèces et joue un rôle fondamental pour la résilience des écosystèmes. Les écosystèmes actuels sont en équilibre dynamique avec les modes de gestion. Le souci de durabilité est au coeur des stratégies des paysans. Aussi, il semble aujourd’hui pertinent de considérer les populations locales comme les premières dépositaires des moyens de conservation.
Biodiversity is not a matter cut off from the social sphere. Reflection on biodiversity should be based on a dynamic representation of ecosystems, of technical systems and of resource utilisation strategies, it should be clear that there are no borders between «natural» milieus and development spaces. In Guinea coastland, concomitant roles played by the main mesological factors and modes of management favour a rich and diversified flora, from several biogeographical domains: the Sudanese-Guinean savannah flora maintained by early fires, the Guinean flora of the fallow lands, the semi-deciduous wet forest flora in gallery forest and wooded islets. These type of flora have for centuries all been more or less worked by man. This mosaic plays a fundamental part in the resilience of ecosystems. It guarantees the conservation of species. Current ecosystems are in equilibrium with the modes of management. Sustainability is at the heart of peasants’ strategies. They are too strongly dependent on «natural» resources not to worry about their deterioration or nonrenewal. They use a whole array of technical or social means to ensure this renewal. It seems pertinent today to consider local populations as the prime guardians of the conservation means, managers of biodiversity and beneficiaries of its development.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2006
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Ann. Géo., n o 651, 2006, pages 508-527, © Armand Colin
Biodiversité et développement : les paysans de Guinée maritime
A RTICLES
E. Leciak Écologue, doctorante. A. Hladik Botaniste. Responsable du volet « Biodiversité » de l’OGM. G. Rossi Géographe, Université de Bordeaux 3, Directeur scientifique de l’OGM. Une réflexion sur la biodiversité doit s’appuyer sur une représentation dynamique des écosystèmes, des systèmes techniques et des stratégies d’utilisation des res-sources, étant entendu qu’il n’y a pas de frontières entre les milieux « naturels » et les espaces de mise en valeur. En Guinée maritime, les rôles concomitants des principaux facteurs mésologiques et des modes de gestion favorisent une flore riche et diversifiée. Ces formations ont toutes été largement manipulées depuis des siècles par les hommes. Cette mosaïque est la garantie de la conservation des espèces et joue un rôle fonda-mental pour la résilience des écosystèmes. Les écosystèmes actuels sont en équi-libre dynamique avec les modes de gestion. Le souci de durabilité est au cœur des stratégies des paysans. Aussi, il semble aujourd’hui pertinent de considérer les populations locales comme les premières dépositaires des moyens de conservation. Biodiversity is not a matter cut off from the social sphere. Reflection on biodiver-sity should be based on a dynamic representation of ecosystems, of technical sys-tems and of resource utilisation strategies, it should be clear that there are no bor-ders between « natural » milieus and development spaces. In Guinea coastland, concomitant roles played by the main mesological factors and modes of management favour a rich and diversified flora, from several bio-geographical domains: the Sudanese-Guinean savannah flora maintained by early fires, the Guinean flora of the fallow lands, the semi-deciduous wet forest flora in gallery forest and wooded islets. These type of flora have for centuries all been more or less worked by man. This mosaic plays a fundamental part in the resilience of ecosystems. It guarantees the conservation of species. Current ecosystems are in equilibrium with the modes of management. Sustainability is at the heart of peasants’ strategies. They are too strongly depen-dent on « natural » resources not to worry about their deterioration or non-renewal. They use a whole array of technical or social means to ensure this renewal. It seems pertinent today to consider local populations as the prime guardians of the conservation means, managers of biodiversity and beneficiaries of its development.
Biodiversity and sustainable development: the farmers of coastal Guinea
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Articles Biodiversité et développement : les paysans de Guinée maritime • 509
1 Pour une synthèse de cet aspect, voir Rossi G.,(2000) : « L’ingérence écologique, environnement et développement rural du Nord au Sud ». CNRS Éditions. Paris.
Mots-clés Biodiversité, République de Guinée, gestion locale, pratiques paysannes, pay-sage, développement durable. Key-words Coastal Guinea, local management, rural pratices, subtainable development. La biodiversité désigne la diversité du vivant dans son ensemble à différents niveaux d’intégration biologique et écologique. Mais le terme de biodiver-sité a, en fait, une connotation marquée pour les interactions hommes-nature. En effet, les hommes, par l’éventail de leurs pratiques, façonnent la diversité des paysages, sélectionnent, déplacent ou éliminent des espèces (ou des variétés), et leurs activités sont un facteur essentiel de la dynamique de la biodiversité. Il s’agit alors de mettre en relation étroite un état du milieu, ses perspectives dynamiques et les pratiques socio-techniques dont il est l’objet. La biodiversité n’est pas un élément autonome, détaché de la sphère du social et son contrôle social revêt différentes formes : technique, sociale, économique, politique. Aussi, une réflexion sur la biodiversité doit s’appuyer sur une représentation dynamique, autant des écosystèmes que des systèmes techniques et des stratégies d’utilisation des ressources, étant entendu qu’il n’y a plus, sauf rare exception, de frontières entre les milieux qualifiés de « naturels » et les espaces de mise en valeur. Dans les pays en voie de développement, cette problématique des rap-ports hommes-nature se double de celle, impérieuse, du développement économique et social et de la réduction de la pauvreté. Si l’on se réfère à un état présumé idéal de la biodiversité qu’il faudrait conserver, ce couple environnement/développement apparaît à bien des égards comme conflic-tuel 1 . L’expérience montre que des politiques exogènes de conservation se heurtent aux logiques des acteurs locaux. Elles se traduisent souvent par la remise en cause des règles coutumières d’accès aux ressources et d’usage et provoquent d’importantes dérégulations, préjudiciables autant à l’environ-nement qu’aux populations. Ces politiques ne peuvent plus, aujourd’hui, satisfaire au double objectif de durabilité écologique et de durabilité sociale qui est celui maintenant visé par l’aide au développement. Une voie de recherche consiste, d’un point de vue conceptuel, à considérer que biodiversité et développement co-évoluent dans le temps en fonction de l’état technique, économique et social d’une société, c’est-à-dire de ses besoins successifs. Un état satisfaisant de la biodiversité est alors celui qui permet à un écosystème de remplir toutes les fonctions qu’une société lui assigne à un cer-tain moment de son histoire (Rossi, 2000, 2004). La conservation n’est donc plus envisagée comme la tentative de mettre sous cloche un certain état de la biodiversité, mais comme la capacité d’un système de gestion à assurer le renouvellement des ressources qui répondent aux besoins d’une société et à sa reproduction dans le contexte où elle se trouve.
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