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Changement social et structures spatiales dans l'agglomération et les quartiers de Grenoble (1968-1975). - article ; n°4 ; vol.67, pg 391-406

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Revue de géographie alpine - Année 1979 - Volume 67 - Numéro 4 - Pages 391-406
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Publié le 01 janvier 1979
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Langue Français
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Henri Guibourdenche
Jacques Joly
Changement social et structures spatiales dans l'agglomération
et les quartiers de Grenoble (1968-1975).
In: Revue de géographie alpine. 1979, Tome 67 N°4. pp. 391-406.
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Guibourdenche Henri, Joly Jacques. Changement social et structures spatiales dans l'agglomération et les quartiers de
Grenoble (1968-1975). In: Revue de géographie alpine. 1979, Tome 67 N°4. pp. 391-406.
doi : 10.3406/rga.1979.2182
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1979_num_67_4_2182GUIBOURDENCHE et Jacques JOLY* Henri
Changement social et structures spatiales
dans l'agglomération
et les quartiers de Grenoble (1968-1975)
Essai de typologie des communes et des quartiers.
Deux principes de base peuvent ordonner une typologie des com
munes : la dominante ouvrière qui, jusqu'à 1968, a singularisé l'aggl
omération et bon nombre de ses constituants et, d'autre part et depuis,
un certain changement social. Les deux principes sont d'autant plus
aisément combinables en vue d'une typologie que la différenciation
sociale — dans la mesure où elle se manifeste — n'affecte que des
communes à dominante ouvrière encore très marquée en 1968 et, pour
beaucoup, non encore révolue. Les communes à structure sociale de
« haut de tableau » renforcent leur spécification ; la ville centre, du fait
de l'émigration de nombre de cadres supérieurs, de leur remplacement
par des cadres moyens et des employés, du fait de la politique de
rassemblement des catégories sociales entreprise à la Villeneuve, tend
aussi à la différenciation, mais l'évolution s'y nuance selon les quartiers.
Suivant les critères démographiques qui ont servi de référence à cette
étude et qui ont été ordonnés selon la méthode de diagonalisation de
BERTIN1, on examinera successivement les cas des communes non
ouvrières et des communes à dominante ouvrière de l'agglomération.
A. Les communes de l'agglomération.
1. Les non ouvrières.
La matrice diagonalisée fait apparaître trois cas : les communes du
centre : Grenoble et La Tronche ; les communes résidentielles : Meylan
et Biviers ; un cas de transition : Saint-Egrève.
* Voir R.G.A. - 1979 - Fasc. 3, p. 257-279, pour la première partie de cet article.
1 BERTIN (J.). Traité de sémiologie graphique. Paris - La Haye, Gauthier Villars -
Mouton, 1967. HENRI GUIBOURDENCHE ET JACQUES JOLY 392
Grenoble et La Tronche ne sont ici réunies que par le biais de la
réduction de la diversité Grenobloise, étudiée plus loin, à une expression
moyenne. Elles font ainsi figure de population vieillissant (fig. 2 et 3)1 à
croissance nulle ou en déclin, leur territoire n'étant désormais susceptible
d'accueillir des nouveaux venus que par densification ou restructuration
du patrimoine immobilier. A Grenoble, la dernière tranche de la Vill
eneuve s'achevant, restent l'emplacement de l'ancienne caserne Hoche et
les opérations sur les vieux quartiers. De nombreuses familles aisées
partent pour les communes résidentielles périphériques laissant la place
à des étrangers et à des jeunes gens qui cessent de cohabiter avec leur
famille. Il en résulte une augmentation de la proportion d'étrangers en
dépit du déclin ouvrier alors qu'ailleurs ces deux variables évoluent dans
le même sens ; d'autre part, un plus grand nombre de ménages mais un
moindre taux d'occupation des logements : 2,5 personnes par logement
en moyenne à Grenoble en 1975 au lieu de 2,8 en 1968. Au contenu
socio-professionnel diversifié de Grenoble s'oppose celui de La Tronche
de plus en plus riche en cadres supérieurs et en personnels de service
appelés par le centre hospitalier régional.
Meylan et Biviers, communes « résidentielles » de la rive droite du
Grésivaudan se caractérisent par leur forte population de cadres et les
croissances contemporaines les plus élevées. Meylan, plus proche de
Grenoble, a été plus tôt atteinte par le déversement grenoblois. Sa
croissance 1962-68 avait été encore plus forte que celle de 1968-75. La
construction a gagné la plaine et s'est modifiée de sorte que les riches
villas du Haut-Meylan dominent aujourd'hui un tissu d'immeubles
collectifs et individuels, d'activités commerciales et industrielles variées.
Le contenu social laisse une large place aux couches aisées et reste très
jeune, malgré un vieillissement du Haut-Meylan, par suite de la fonction
d'accueil exercée par les constructions du Bas-Meylan sur les nouveaux
immigrants de l'agglomération grenobloise. Ce mouvement est accéléré
par le fait qu'un certain nombre de nouveaux venus ne restent en im
meuble que le temps de faire construire une villa dans les communes
voisines, comme à Biviers. Biviers est le cas typique du bourg rési
dentiel dont les lotissements ont complètement submergé l'ancien centre
villageois, il est vrai peu consistant et peu groupé, et les agriculteurs qui
n'en fournissent pas moins le maire. A dix minutes du centre de Grenoble
par la voie express, émergeant souvent des brumes de fond de vallée,
face à Belledonne, Biviers est l'un des points de ralliement des cadres
grenoblois qui y représentent, en 19782, 58 % de la population active,
34 % pour les seuls cadres supérieurs et professions libérales. Et le
1 La numérotation renvoie aux figures de la première partie, Fasc. 3.
2 D'après une étude particulière du fichier communal. LES QUARTIERS DE GRENOBLE 393
mouvement s'intensifie: 80 % des 110 ménages installés depuis le
recensement de 1975 jusqu'à la fin de 1978 sont des cadres, 46 % cadres
supérieurs et professions libérales ; les trois-quarts ont fait étape dans
une autre commune de l'agglomération, notamment dans les grandes
communes du fond de cuvette, un quart seulement vient directement de
l'extérieur ; il s'agit, dans ce dernier cas, à peu près exclusivement de
cadres dont 60 % de supérieurs. La croissance démographique, grâce
à ce mouvement migratoire, atteint les sommets ; le mouvement naturel
encore médiocre s'améliore. La population qui était relativement vieille
en 19681 est en voie de rajeunissement, mais ce rajeunissement est ci
rconstanciel ; il est consécutif à l'implantation de familles déjà constituées
avec des parents ayant souvent dépassé la quarantaine (fig. 3) ; il dépend
aussi de la surface constructible de la commune. Le plein territorial fait,
un tel espace est appelé à vieillir et à s'embourgeoiser d'autant plus que
la convivialité n'y est pas facilitée par le type d'habitat.
Saint-Eçrève, dans la cluse Grenoble- Voreppe, est un cas de tran
sition. Les cadres, en proportion bien supérieure à la moyenne : 37,1 %
au lieu de 28,6 % en 1975, les progrès de la catégorie cadres supérieurs -
professions libérales qui passe de 7,7 % en 1968 à 12,9 % en 1975 la
font apparenter aux communes précédentes. Mais elle n'en conserve pas
moins une population ouvrière assez abondante et du même ordre de
grandeur que celle de certaines communes à dominante ouvrière naguère,
en voie de diversification aujourd'hui : Seyssinet-Pariset, Sassenage,
Eybens. Sa population n'a pas connu, en 1968-75, une croissance aussi
forte qu'en 1962-68 et elle a accusé un léger vieillissement, l'indice de
vieillesse est passé de 0,13 à 0,22.
2. Les communes à dominante ouvrière.
Trois familles de communes se distinguent avec netteté : celles de
vieille industrialisation de la rive gauche du Grésivaudan, les grandes
communes de la proche banlieue et les communes en voie de diversi
fication.
Les communes de vieille industrialisation, Villard-Bonnot et Domène,
montrent le cas bien connu de communes spécifiquement ouvrières de la
phase électrométallurgique, électrochimique et papetière de l'industriali
sation qui souffrent aujourd'hui du legs socio-immobilier de cette époque,
du redéploiement des firmes industrielles et de leur mauvaise exposition
climatique. Les conséquences en sont plus pernicieuses pour Villard-
1 L'indice de vieillesse passe de 0,35 en 1968 à 0,24 en 1975 alors que pour l'ag
mération il évolue de 0,26 à 0,28, HENRI GUIBOURDENCHE ET JACQUES JOLY 394
Bonnot que pour Domène plus proche de Grenoble. Leur croissance était
devenue quasi nulle dès 1962-1968 par suite du départ de jeunes ménages.
Ces départs ont été plus nombreux encore sur 1968-1975 et retentissent sur
le mouvement naturel. Désormais, dans les structures d'âge, non seulement
les 20 - 44 ans, mais aussi les 0-4 et les 5-19, tous les moins de 45 ans
donc, sont déficitaires par rapport à l'agglomération à Villard-Bonnot
(fig. 3). L'indice de vieillesse y est passé de 0,31 à 0,35. A Domène, le
déficit ne concerne que les 20-44 ans, mais les 0-4 sont tombés à la
moyenne et l'indice de vieillesse s'est aussi dégradé de 0,24 à 0,27. Des
représentants de catégories sociales plus variées se sont établis ces
dernières années, surtout à Domène, sans entamer sérieusement la prépon
dérance ouvrière, environ 60 % des actifs, et la forte proportion d'étran
gers : environ 15 % de la population totale. Le vieux fonds agricole n'a
pas encore totalement disparu.
Les grandes communes ouvrières de la proche banlieue : Saint-
Martin-d'Hères, Echirolles, Fontaine, Le Pont-de-Claix, établies sur la
plaine, dans le croissant méridional de l'agglomération, restent dominées
par le doublet ouvriers - étrangers. Les taux de natalité sont forts, héritage
à la fois de la composition sociale et de la puissante immigration des
années 60, les structures d'fges sont les plus jeunes de l'agglomération,
les indices de vieillesse allant de 0,10 à 0,18 (fig. 2). Les autres caractéris
tiques sont moins partagées. Fontaine et le Pont-de-Claix conservent le
mieux l'image de commune ouvrière. Elles se différencient par leur dyna
mique de croissance, l'âge de leur population, leurs équipements urbains
et économiques. Le Pont-de-Claix est plus dynamique, plus jeune, plus
imbriqué dans la grande industrie que Fontaine. Saint-Martin-d'Hères,
deuxième ville du département, siège du domaine universitaire, Echirolles
qui participe à l'entreprise Villeneuve sont plus atteintes par la différen
ciation sociale, par l'enrichissement en employés voire en cadres moyens,
Echirolles surtout dont la croissance n'a pas connu de ralentissement.
Voreppe, plus éloignée du centre de l'agglomération, aux confins du
quadrilatère voironnais, avec un reste de fonds paysan qui vieillit son
contenu humain, se rapproche du sous-type Echirolles à croissance 1968-
1975 soutenue et à relatif déclin ouvrier.
Les communes en voie de diversification : Eybens, Sassenage, Seyssi-
net-Pariset, St-Martin-le-Vinoux, communes encore très ouvrières en 1968
(45 à 52 % des actifs) se sont diversifiées. Les ouvriers ne fournissent plus
que 35 à 40 % des travailleurs, taux oscillant autour de la moyenne de l'a
gglomération. Le développement économique et social par forte industriali
sation qui leur semblait promis1, suivant à quelques années de distance
1 C.E.R.A.T. - Institut d'Etudes Politiques - Typologie des communes du Sillon
Alpin. 1970. LES QUARTIERS DE GRENOBLE 395
le modèle de la catégorie précédente, a été oblitéré, au cours des années 70,
par l'évolution de la société globale autant que par la volonté de certaines
municipalités de garder la maîtrise des destinées locales. 11 est intéressant
de constater que les communes les moins transformées dans leur contenu
social en cours de période : Saint-Martin-le-Vinoux et, dans un autre genre
à plus forte dose initiale de cadres, Seyssinet-Pariset, ont marqué le pas
dans la croissance et yieilli (fig. 1 et 2). Au contraire, Sassenage, et plas
encore, Eybens sont le symbole, dans les communes à dominante ouvrière,
de la contemporaine accompagnée de la montée de cadres
moyens et d'employés,, Echirolles se trouve dans la même situation mais
la transformation qui s'y applique à des nombres initiaux plus élevés est
moins profonde. Ici, la population a tout à la fois beaucoup grandi et
rajeuni (fig. 1 et 3). Elle compte désormais une faible proportion d'étran
gers. Noyarey peut être rattachée à ces communes en voie de diversifi
cation. Ancien village au pied du Vercors, en ubac, la commune est le
théltre de la mue prévue par les auteurs du rapport de l'O.R.E.S.A.1. Les
médiocres ressources agricoles, le voisinage de Grenoble en ont fait, dès
les années 60, un bourg rurbain avant la lettre comptant, à côté de ses
agriculteurs, de nombreux ouvriers et employés travaillant dans l'aggl
omération voisine. Agriculteurs et artisans restent en proportion bien supé
rieure à la moyenne. Ils régressent néanmoins depuis 1968, de même que
les ouvriers, du temps qu'employés et cadres moyens arrivent en plus
grand nombre. Devenue véritable commune de banlieue, Noyarey a été
rattachée à l'agglomération I.N.S.E.E. en 1968. Sa croissance a ralenti au
même rythme que celle de l'agglomération, mais le bilan migratoire est
toujours positif et la population n'a pas vieilli. L'indice de vieillesse a
conservé de 1968 à 1978 la même valeur moyenne de 0,30.
B. Les quartiers de la Ville.
1. L'évolution de la vieille ville.
Un des faits majeurs de l'évolution des vieux quartiers2 est l'accen
tuation rapide du vieillissement de leur population ; seul Bir-Hakeim,
sous l'effet d'une rénovation radicale, rajeunit (fig. 2) ; le renforcement de
la tendance est particulièrement marqué dans les secteurs qui avaient les
structures les plus jeunes et les plus ouvrières. Saint-Laurent, Notre-Dame,
qui avaient des taux de moins de 20 ans parmi les plus élevés de la ville,
ont été brutalement amenés au niveau le plus bas. Notre-Dame qui est
actuellement le quartier central le plus jeune a seulement 24,5 % d'ou-
21 La CERAT vieille - op. ville cité. est constituée par le regroupement de 14 quartiers définis par
l'I.N.S.E.E., la zone médiane de 13 qui forment une demi-couronne au Sijd de la précé
dente, le secteur Sud regroupant les 8 quartiers de la périphérie méridionale de la ville. HENRÎ GUIBOURDENCHE ET JACQUES JÔLV 396
vriers de moins de 30 ans contre 40 % à Mistral. Dans les quartiers déjà
très vieillis enfin, comme Championnet et Gare, la tendance s'est encore
accentuée, le nombre de plus de 65 ans dépasse désormais celui des
jeunes ; le phénomène tend à toucher Grenette, Bruno Est et Ouest en
dépit du renouvellement de population. Ce vieillissement, corrélatif à la
décroissance de population des quartiers centraux, a sans doute été accent
ué, à Grenoble, par l'urbanisation rapide de la périphérie sud qui a
permis d'accueillir, surtout à partir de 1968, certains habitants des quartiers
pauvres et surpeuplés où la part des étrangers était forte.
La stagnation du nombre d'étrangers sur l'ensemble de la vieille
ville pendant cette période recouvre deux séries de phénomènes qui se
combinent de façon différente selon les îlots et les quartiers. Une nouvelle
localisation s'est progressivement dessinée, elle est concomitante de
l'arrivée de nouvelles nationalités et du départ ou de l'assimilation des
plus anciennes couches, la résultante étant une évolution des types de
cohabitation. Mais le rapport du nombre d'étrangers à la population totale,
proche de la moyenne de la ville, est resté très voisin entre les deux dates1.
Les quartiers de forte concentration étrangère en 1968, Notre-Dame, la
Mutualité, la rive droite de l'Isère, enregistrent une perte d'effectif similaire
à celle de la population totale de la vieille ville, fondamentalement due au
départ et à l'assimilation des Italiens qui diminuent leur effectif d'un quart.
Parallèlement les nouveaux venus, Maghrébins et Portugais, se portent
non seulement sur ces quartiers délaissés mais aussi vers d'autres, surtout
sur Berriat-Bruno où l'effectif croît de 27,4 % et sur certains points des
quartiers de la Gare et de Championnet. Désormais, Berriat-Bruno dénomb
re 30 % de tous les étrangers de la vieille ville, autant que les quartiers
où ils étaient plus anciennement installés, alors qu'il en comptait naguère
peu. Partout la proportion d'Italiens a baissé, tombant de 70 % aux
alentours de 50 % à Notre-Dame, Saint-Laurent et dans les quartiers
situés au-delà de la voie ferrée, partout les Maghrébins ont augmenté, ils
forment désormais un quart des étrangers de la vieille ville mais plus d'un
tiers des vieux quartiers ; les Portugais qui ont multiplié leur nombre
par deux dans la vieille ville représentent 8 % de tous les étrangers et
plus d'un habitant sur dix autour de Saint-Bruno ; mais l'essentiel de la
croissance étrangère s'est porté vers les quartiers du Sud, la vieille ville
ne représente plus, par exemple, que 34,4 % de tous les Maghrébins,
contre 45 % en 1968.
La structure socio- professionnelle a évolué vers le double mouvement
de baisse de l'effectif ouvrier ( — 11,7 %) et des patrons de l'industrie
et du commerce ( — 23,5%), de hausse des cadres moyens et, dans une
1 * Pourcentage d'étrangers par rapport à la population totale de la vieille ville :
1968 = 10,9 % : 1976 = 11,9 %. LES QUARTIERS DE GRENOBLE 397
plus faible mesure, des cadres supérieurs, les employés se comportant
différemment selon les quartiers. Cette double tendance affecte tous les
vieux quartiers mais d'une façon variable selon leur structure. La partie
Est de la vieille ville a été particulièrement affectée par les départs des
ouvriers ; Notre-Dame, Saint-Laurent, le quartier Mutualité1 lors de sa
démolition et l'Ile- Verte en ont fourni les deux tiers, l'évasion étant plus
lente ailleurs. Les cadres moyens et supérieurs, y compris les professions
libérales, sont passés de 23,5 % en 1968 à 30 % des actifs, les seconds
se concentrant essentiellement à l'Ile- Verte et dans la partie « rénovée »
de Bir-Hakeim qui, ensemble, en absorbent 40 %. Les nouveaux cadres
moyens, plus nombreux, se sont installés de façon moins ségrégative.
Outre les quartiers précédents, ils se sont portés pour près de la moitié
dans la ville du XIX* siècle, à Grenette, Championnet, Gare et Préfecture.
Mais ni les uns, ni les autres ne s'installent en nombre dans les quartiers
les plus prolétaires de la vieille ville. En fait, l'installation des nouveaux
venus des couches moyennes se réalise surtout dans les îlots qu'elles
occupaient déjà solidement tant dans la ville du XIXe siècle que dans les
immeubles issus d'opérations récentes. Leur diffusion ailleurs est faible
ou marginale, surtout dans les quartiers ouvriers où, à la déconcentration
de population, ne répond pas une réappropriation notoire, quelques ensei
gnants installés à côté d'ouvriers ne modifiant pas le sens général du
courant. L'étroite proximité géographique de populations aussi différentes
que celles de Notre-Dame et de l'Ile- Verte peut occasionner des frictions
entre groupes sociaux, comme ce fut le cas en 1978, à propos du découpage
du secteur de l'école Bizanet et de la forte présence d'enfants étrangers
ou à propos de l'extension prise par les ressortissants du Maghreb dans
le commerce.
Trois grands types de quartiers selon leur structure sociale peuvent
être distingués dans la vieille ville. D'une part, les vieux quartiers de
Saint-Laurent, Notre-Dame, de Berriat, Bruno Ouest et Est, Jean-Macé
et Esplanade qui rassemblent une classe d'ouvriers, d'employés et de
personnels de service se situant entre les deux-tiers et les trois-quarts
des actifs en 1976 ; ils ont évolué lentement par la baisse des effectifs
ouvriers mais aussi des artisans et des petits patrons qui pouvaient repré
senter, comme autour de Saint-Bruno, jusqu'à 10 % des actifs sept ans
plus tôt. A l'inverse, augmente le nombre des employés et des cadres
moyens auxquels s'ajoutent quelques installations de cadres supérieurs,
particulièrement à Notre-Dame. A un tout autre schéma correspondent
les quartiers de la Préfecture, de File-Verte et de Bir-Hakeim où se
renforce nettement la présence déjà forte mais plus ou moins ancienne
l Bir-Hakeim est l'appellation du quartier I.N.S.E.E., la « Mutualité » est l'ancien
nom du quartier populaire disparu et rénové de 1961 à 1975. HENRI GUIBOURDENCHE ET JACQUES JOLY 398
des cadres moyens et supérieurs ainsi que des professions libérales. Ces
catégories regroupent désormais de 42 à 49 % des actifs et repoussent
ouvriers et employés dont la représentation ne dépasse guère le tiers des
actifs. Enfin, la structure à large éventail social des trois quartiers
centraux a eu tendance à se modifier sous la pression des cadres moyens
et supérieurs, surtout à Grenette, au détriment des commerçants, des
artisans et des patrons, employés et ouvriers déjà peu représentés main
tiennent difficilement leurs effectifs.
2. Changement social et urbanisation des quartiers du Sud.
Nouveaux venus, les habitants de la périphérie sud sont des étran
gers, d'abord par rapport à la ville, une part importante des 17 000 nou
veaux recensés entre 1968 et 1976 n'habitant pas précédemment la
commune. Cette tendance s'est accentuée, semble-t-il, au cours de la
période et l'étude de l'origine des résidences antérieures des ménages
montre que si 60 % des premiers occupants du Village Olympique prove
naient de la ville même, la proportion est tombée à 42 % pour ceux de
la Galerie de l'Arlequin^L'apport extérieur à l'agglomération est passé
de 10 % dans le premier quartier à près d'un tiers pour le second. Alors
que les 3/4 des habitants recensés en 1975 2 dans la commune de Grenoble
résidaient déjà dans l'agglomération en 1968, les taux tombent à 60 %
pour le Village Olympique et en-dessous de 50 % pour la Villeneuve.
Par contre, le quartier Malherbe dont la structure sociale est plus axée
sur les couches moyennes, se rapproche de la moyenne de la ville ; de la
même façon, dans le secteur en accession de l'Arlequin, 54 % des
nouveaux ménages provenaient de la commune de Grenoble3. Déracine
ment et sous-qualification sembleraient aller de pair.
L'attractivité des nouveaux quartiers est nettement liée à l'apparte
nance sociale des individus ; 55,8 % des ménages s'étant installés à
l'Arlequin et provenant de la ville résidaient déjà dans les H.L.M., le
pourcentage étant voisin pour ceux qui provenaient des autres communes
de l'agglomération. Les quartiers les plus représentés au Village Olymp
ique et à l'Arlequin correspondent à des zones d'H.L.M. ou d'habitat
similaire. Le Sud des grands boulevards a fourni l'essentiel des apports
par décompression des quartiers d'habitat social plus anciens et plus
1 D'après A.U.R.G. Première occupation de la Galerie de l'Arlequin - H. HOL-
LARD, 13 mai 1974 - Ronéo 29 p. L'occupation de la s'échelonne de mai 1972
à septembre 1973.
2 I.N.S.E.E. Recensement de la Population, 1975 - Dépouillement au 1/5, au lieu
de résidence. Tableaux par quartiers, p. 5.
3 Nfais pour le secteur I.L.N.I.L.M., seulement 34 % des nouveaux ménages prove
naient de là ville. LES QUARTIERS DE GRENOBLE 399
encombrés. Pour l'Arlequin, un tiers seulement des ménages nouvellement
installés provenait de la vieille ville ; les quartiers voisins du Village
Olympique, de Teisseire, de Bachelard et de Beauvert ont fourni ensemble
près de 12 % de tous les nouveaux venus et les communes limitrophes
de Saint-Martin-d'Hères et d'Echirolles autant. L'analyse des changements
de résidence à travers les quartiers de 1968 à 1974 montre qu'un quart
des ménages arrivés à Villeneuve provenait de Teisseire et du Village
Olympique. L'aire géographique de recrutement est donc liée à la
structure sociale et dépend étroitement des catégories de logements.
Etrangère, cette nouvelle population l'est aussi par sa nationalité ;
l'effectif étranger a considérablement augmenté en ces sept années, il
atteint environ 6 500 personnes en 1976 ; les quartiers du Sud concentrent
un tiers de tous les étrangers de la commune pour un quart de sa
population, le taux d'étrangers : 15 %, est le plus fort des trois zones.
Cet accroissement a été particulièrement sensible dans les quartiers les
plus ouvriers ; à Mistral la proportion est passée de 9,0% en 1968 à
16,4 % en 1972 et au quart en 1976. A Teisseire, le nombre des étrangers
a doublé et dans la cité H.L.M., ils dépassent le quart ; aux Alliés, ils
passent de 14,3 % à 27,7 %. A l'échelle de la barre d'immeuble ou de
l'îlot, la concentration peut parfois atteindre le double. A Malherbe, leur
présence est la plus faible et le profil social apparaît d'autant plus
singulier que le quartier est entouré d'aires de haute concentration.
L'Arlequin, est plus chargé que le Village Olympique, 15 % contre
12 %, ce dernier ne dépassant guère, dans sa moyenne, le niveau grenob
lois. Les étrangers sont logés en quasi-totalité en H.L.M., souvent
concentrés en quelques montées où les taux peuvent dépasser 30 % des
résidents. Depuis 1973, leur nombre a eu tendance à augmenter, au moins
jusqu'en 1976, par le jeu de la politique d'attribution qui favorisait les
familles nombreuses. Dans le secteur H.L.M. de l'Arlequin, un tiers des
enfants de moins de 11 ans sont étrangers. La ségrégation reste donc un
fait dominant, intrinsèque au système qui la produit. Certaines écoles
maternelles et primaires sont les lieux de son expression, la proportion
d'enfants étrangers y étant d'autant plus élevée que certaines familles
françaises des couches moyennes refusent d'y envoyer leurs enfants ;
c'est ainsi qu'apparaît parfois une flagrante distorsion entre le taux d'en
fants étrangers scolarisables et celui des enfants scolarisés. Le tarissement
du courant italien s'est partout ressenti, ses ressortissants forment moins
d'un quart des étrangers alors qu'ils étaient majoritaires en 1968. S'il est
encore sensible au Village Olympique (28,6 % des étrangers) et à Mistral
(23,8 %), il n'a guère atteint Villeneuve (8,8 %), dernier quartier construit.
Le cas de Malherbe, où il reste encore largement dominant, montre bien
aussi sa tendance à s'intégrer aux couches moyennes. L'apport espagnol